Echanges inter-blogaux : regards croisés sur la journée franco-allemande

Un article a fait brièvement son apparition sur ce blog, puis a disparu. Cet article est parti, mais pas loin : il apparaît désormais ici, sur le blog Rainbow Berlin, magistralement tenu par Sky.

Sky – Lise pour les intimes, mais je ne sais pas si je peux briser de manière honteuse son anonymat, on verra – Sky, disais-je, n’est pas seulement une littéraire en camouflage, une dénicheuse d’anecdotes, et quelqu’un qui a une excellente capacité à lever le coude. C’est aussi une blogueuse de premier ordre, forte de son expérience en Web marketing.Rainbow Berlin lui ressemble parfaitement : riche (intellectuellement), curieux, volontiers anti-conformiste, aventureux, pragmatique et plein d’humour

A l’occasion de la Journée de l’amitié franco-allemande qui a eu lieu ce mardi 22 janvier, nous avons eu l’idée d’un échange inter-blogal : je lui transmets l’article sur l’organisation de cette journée et sur la manière de la faire connaître à des élèves français de collège, elle m’envoie ses impressions outre-Rhin : non seulement son regard de française infiltrée à Berlin, mais aussi sa vision de l’Allemagne, des relations franco-allemandes au quotidien, dans la culture. L’article qui suit est comme un jeu de ping-pong avec soi-même : par son regard de cosmopolite, elle nous offre une partie inédite entre la France et l’Allemagne, sous un seul crâne. 

Mais trêve de bavardage, laissons-lui la parole :

22 janvier

Gendarmenmarkt, un mardi soir. La place est couverte de quelques centimètres de neige, et une petite foule se serre dans la froideur piquante, dans l’espoir d’avoir un peu plus chaud. Sur les abords de la place, des voitures vertes de la police, et un camion de la Rote Kreuz. Il se met à neiger, quelques flocons timides. Sur les façades des cathédrales, les lumières s’affichent et se mettent à danser.

Aujourd’hui, c’est le Deutsch-Französische Tag. Et sur la Gendarmenmarkt, les gens sont venus assister à un light show, à l’emblème des deux nations, pour commémorer ce jour.

Lumières

Le choix de cette place berlinoise n’est pas juste du à son côté romantique et féérique et sa place privilégiée au cœur du quartier berlinois de Mitte. Non, Gendarmenmarkt, c’est surtout un bel emblème des relations franco-allemandes : bordée par un salle de concert nommée Konzerthaus, les deux cathédrales françaises et allemandes se font face, le Französischer Dom et le Deutscher Dom, deux amis, deux ennemis, unis dans la pierre et les évènements successifs qui se déroulent tout au long de l’année sur une des places les plus connues de Berlin.

Mais qui ça intéresse, Outre-Rhin, la journée franco allemande ?

Au dessus des toits enneigés, dans un nuage de brouillard, brille la Fersehturm. Elle est éclairée pour l’occasion, de vert. De vert ? Oui, de vert, car cette semaine est aussi celle de la Grüne Woche, un des salons internationaux les plus connus dédié à l’agriculture, l’horticulture et les industries alimentaires diverses. Avec ses 400000 visiteurs dépassent largement cette petite célébration qu’est la journée franco-allemande.

Et la Fashion Week, alors ? Ca aussi, c’est un événement qui a la classe. Même si cela est loin d’égaler ses grandes sœurs de New York, Paris, Londres et Milan, la Fashion Week de Berlin a lieu devant la Brandenburger Tor et réuni plus de 150 designers internationaux. Elle a fini le 20 Janvier, mais ses retombées passent largement le mois de février.

Alors que vaut la Deutsch-Französische Tag face à une compétition pareille ?

Pas grand chose, en tout cas, pas les gros titres.

Des relations franco-allemandes tendues

Merkel et Hollande ont beau sourire sur les photos des journaux allemands et français, il n’empêche qu’à vivre en Allemagne, on se rend compte des tensions constantes entre les deux pays.

Les titres des journaux, les infos dans le métro, jusqu’à ce policier, d’ailleurs fort charmant et qui portait des piercings un peu partout, avec lequel j’ai discuté, un soir où j’attendais quelqu’un en retard dans le froid, tous ont des mots durs pour la France.

Le nouveau président passe mal, pour sûr, et quand j’ai dit à ce policier que j’étais venue à Berlin pour travailler, il m’a dit : « Ca se passe donc si mal en France ? »

Mes amis se moquent de l’homophobie qui règne au pays des droits de l’homme et ne comprennent pas pourquoi la France laisse des gens comme Barjot manifester (moi non plus d’ailleurs). Les Allemands disent que nous allons droit dans le mur, que notre économie s’effondre, que notre système sociale s’écroule et qu’on ne va bientôt même plus pouvoir sauver les meubles. Et difficile de leur expliquer le contraire.

En attendant, ils ne valent pas mieux, avec leur pseudo AAA : rapport sur la pauvreté édulcoré, multiplication des emplois précaires ne garantissant même pas un niveau de vie décent (dont j’ai aussi été la victime), le modèle allemand a aussi ses limites !

Des amis ennemis, qui voient la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le leur.

Clichés anciens et nouveaux

Les vieux préjugés et les vieux stéréotypes n’ont pas atterri dans les poubelles de l’histoire.

Selon une étude allemande récente, les Allemands associent la France à « Paris, la Tour Eiffel, le vin rouge et baguettes ». Quant aux Français c’est « Merkel, bière, Berlin et les voitures » qu’évoquent l’Allemagne. Dès qu’un(e) Allemand(e) me sait Française, j’ai droit au même discours :

– « Je parler un peu Franssais »

– Nan mais cool, mais on peut parler Allemand, c’est bon

– Ja, petiteeuh femme, Moulin Rouche, bakette, vin rouche

– Ouais, ok, tu parles bien Français, on passe à autre chose, maintenant ?

(ouais, j’suis souvent parfois désagréable)

Et quand je rentre en France, c’est toujours les mêmes blagues graveleuses et idiotes que me sort ma famille et mes amis Français. Et ils ne s’en lassent pas. Moi si.

Au niveau des compétences linguistiques, les Français sont largués : six pour cent des Allemands parlent Français couramment et trois pour cent des Français peut parler la langue de Goethe. Dans la réalité, c’est bien plus, et dans les magasins berlinois, il ne vous sera pas difficile d’avoir des renseignements en Français (approximatifs, mais compréhensibles).

Et moi, et moi, et moi ?

En tant que Française habitant à Berlin depuis maintenant 5 ans, ce jour n’a rien de spécial. La journée franco-allemande, pour moi, c’est 24h/24, que je me batte avec l’administration allemande, monassurance sociale (tout sauf sociale, bande de rats), que je regarde le journal télévisé ou demande une baguette de pain à la boulangerie en bas de chez moi. On n’a pas l’impression, car ce sont nos voisins, mais les différences culturelles avec l’Allemagne sont bien réelles et parfois, déroutantes

Finalement, le 22 janvier, c’était juste une journée normale, sauf qu’on a eu le droit à un spectacle de lumières et à quelques articles sur François Hollande, où les mots Freude, Freundschaft et Freunde avaient enfin remplacé Fremde, Unfähigkeit et Unverantwortlich.

Je pense cependant que les relations franco-alllemandes sont suffisamment solides pour résister aux désagréments passagers européens. Un solide réseau de relations a émergé, un réseau de jumelage est né, plus de huit millions de jeunes Allemands et Français se sont rencontré ; et certains même se sont mariés, ont fondés une famille franco-allemande.

Aucun pays dans le monde ne peut se targuer d’avoir une relation aussi proche et intime avec un pays voisin. L’Allemagne et la France, c’est amis-ennemis, Freunde-Fremde.

Et vous, quelles sont vos relations avec notre voisin Outre-Rhin ?

Pour en apprendre plus sur l’Allemagne, visitez mon blog !

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