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Catégorie : Bibliothèque cinéphile (Page 1 sur 25)

Epic failures cinématographiques

Voici le premier compte-rendu de lecture cinéphile pour l’année 2020, consacré à un ouvrage attendu avec impatience et sorti en novembre 2019.

Epic failure (ou epic fail) est une expression anglaise que j’ai rencontrée pour la première fois dans l’univers des jeux vidéos. Si les dictionnaires en ligne la traduisent par « échec cuisant » ou « échec épique », je lui préfère ma propre traduction avec infinitif, à savoir : « échouer avec classe ».

Et c’est typiquement le propos du livre dont je vais vous parler aujourd’hui que d’évoquer les films qui « échouent avec classe ». Mais avant tout, un petit préambule de présentation, avec quelques digressions, comme d’habitude.

Les films disparus

Comme le dit si justement Ferrand, le metteur en scène incarné par Truffaut dans La Nuit américaine :

Un tournage de film, ça ressemble au trajet d’une diligence au Far-West. D’abord on espère faire un beau voyage, et puis très vite on en vient à se demander si on arrivera à destination.

Je cite de mémoire.

Et effectivement, tous les tournages de films ne sont pas des longs fleuves tranquilles. Il y en a même qui n’arrivent jamais à destination parce qu’ils n’ont jamais pu commencer le voyage.

Ces films avortés ont fait l’objet il y a quelques années d’un livre magnifique, l’un de mes plus beaux souvenirs de lecture sur ce blog. Il s’agit des Plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund.

Je reprends en quelques mots la critique que j’avais faite de cet ouvrage en novembre 2013 (pour en retrouver l’intégralité, c’est par ici) :

Pour chaque film, l’ouvrage raconte la genèse du projet, les étapes de mise en route (scénario, casting, négociations d’un budget, constitutions d’archives…), les obstacles et ce qui a entraîné l’arrêt, plus ou moins brutal, du projet.

À la fin de chaque projet, une note sur 10 correspond à la chance – parfois inexistante – que nous avons d’un jour voir sortir ce film. Généralement cette note ne va pas au-delà de 5, même pour les projets les plus récents.

Enfin, les auteurs nous indiquent toujours ce qui a eu lieu «après» pour le réalisateur, les acteurs, les scénaristes, et de quelle manière ce film avorté a pu nourrir leur carrière et la hanter.

J’avais adoré ces différentes histoires d’échecs cuisants, de projets arrêtés puis repris, puis finalement abandonnés définitivement. Il y a sept ans, je déplorais déjà ce Napoléon de Kubrick jamais tourné, et sept ans après, j’attends encore que Spielberg ou Scorsese se décident à lui donner vie, sans doute en vain…

Les films gueule de bois

Il y a donc les films qu’on ne verra jamais, et puis il y a les films qui sont « enfantés dans la douleur ». Ces tournages apocalyptiques, avec des changements de dernières minutes de scénario ou de réalisateur, des caprices de stars, des problèmes financiers, des coupes au montage, bref, ces films qui envoient directement après en cure de sommeil le réalisateur atteint de dépression nerveuse…

C’est pour ces raisons que je parle ici de films « gueule de bois ». Pour ces films-là, je renvoie à « Film wars » l’excellente série en vidéo réalisée par François Theurel, alias le Fossoyeur de films, sur Dailymotion :

Je rajoute ici le lien vers l’ensemble des vidéos de cette série :

https://www.dailymotion.com/playlist/x4nokp

En matière de tournage catastrophique, je vous recommande tout particulièrement l’épisode sur Roar, où un directeur de la photo se fait tout de même scalper par un lion…

Plus récemment, et dans un versant tout aussi comique (si si, je vous assure que les épreuves peuvent être très drôle), vous pouvez regarder la websérie proposée par Première « Une séance presque parfaite », avec aux commandes l’équipe de la chaîne YouTube « Et tout le monde s’en fout » :

http://www.premiere.fr/Cinema/Dossiers/Une-seance-presque-parfaite

C’est aussi sur ce versant comique qu’est construit le livre qui nous intéresse aujourd’hui… un versant comique des Plus grands films que vous ne verrez jamais et un versant « à la française » des Film wars du Fossoyeur.

Philippe Lombard, ça tourne bien !

Comme je l’annonçais en début d’article, j’ai attendu la sortie de l’ouvrage en question avec beaucoup d’impatience, et ce n’est pas la première fois, loin de là, que je parle des livres de cet auteur.

En effet, Philippe Lombard, dont je suis maintenant les publications au même titre que les « à paraître » des éditions Capricci, Sonatine, Akileos… a eu droit à l’un des premiers articles de lecture cinéphile avec Les Grandes gueules du cinéma français, en 2013, au moment où mon rythme d’écriture sur ce site n’était pas encore stabilisé, et où je pouvais publier jusqu’à 11 articles (j’ai compté) le même mois.

J’avoue que le rythme actuel me convient beaucoup mieux et il m’a tout de même permis de consacrer plusieurs articles à un auteur cinéphile hyperactif – il n’y a qu’à voir sa biographie sur Wikipédia, petit florilège des trois dernières années :

  • Le Paris de Michel AudiardÉditions Parigramme, 2017 (ISBN 2840969912).
  • Le Petit Livre de Star Wars, Éditions First, 2017 (ISBN 2412016682)
  • Touche pas au grisbi, salope !- Argot, méchantes saillies et mots d’esprit du cinéma français, Éditions Dunod, 2017 (ISBN 2100760726).
  • Goscinnyscope : d’Astérix au Viager, tout le cinéma du maître de la BD, Éditions Dunod, 2017 (ISBN 2100767313).
  • Le Paris de François Truffaut, Éditions Parigramme, 2018 (ISBN 2373950480).
  • Parler comme un super-héros – 100 Répliques cultes pour devenir invincible, Éditions Dunod, 2018 (ISBN 2100777149).
  • Paris 100 films de légende, Éditions Parigramme, 2018 (ISBN 2373950863).
  • Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée !, Éditions Dunod, 2019 (ISBN 210078370X).
  • Rock’n’Paris 1956-1965, Éditions Parigramme, 2019 (ISBN 2373950960).
  • Ça tourne mal !, Éditions La Tengo, 2019 (ISBN 2354611722).

C’est donc son petit dernier qui me fait aujourd’hui convoquer Simon Braund, le Fossoyeur, Kubrick, Truffaut et même Michel Serrault, que du beau monde !

Ça tourne mal, Philippe Lombard

Cela faisait un petit moment que @phil_lombard nous parlait de la sortie prochaine de Ça tourne mal : L’histoire méconnue et tumultueuse du cinéma français, finalement publiée le 13 novembre dernier aux éditions La Tengo (j’en conclus qu’il faut que je surveille une maison d’éditions de plus).

Vu ce que j’ai dit précédemment sur le livre de Simon Braund, Ça tourne mal ne pouvait que m’intéresser.

J’aime beaucoup les anecdotes de cinéma, les secrets de fabrication, la scène de la cuisine des Tontons flingueurs, les pâtes de Lino dans L’aventure c’est l’aventure, bref j’attendais, d’autant que la couverture était des plus prometteuses !

Contrairement à Simon Braund qui propose un classement chronologique des films qu’on ne verra jamais, Philippe Lombard opte pour une organisation de la préproduction à la post-production comme le Fossoyeur dans ses Film wars.

Chaque chapitre est donc consacré à une étape de la fabrication du film où ça a « merdouillé », où ça a failli passer mais non, où c’est passé mais c’était juste…

Le tout en 160 pages des plus revigorantes !

Le premier chapitre est consacré à l’étape où l’on pourrait se dire que rien de grave ne peut arriver : il s’agit de monter des projets, de proposer des scénarios à untel ou untel et de réparer la casse avant qu’elle n’arrive. Sauf qu’évidemment, rien n’arrive comme prévu : Delon fait des siennes, Lino n’embrasse pas et surtout, surtout, il ne se fait pas acheter par une pute, Claude Sautet joue les script doctors…

Attachez vos ceintures, comme dirait Bette Davis, le voyage va secouer. Ou va caler : le deuxième chapitre ressemble à un chapitre de Simon Braund, version francophone : les films qu’on ne verra jamais, avec une aparté bien sympathique sur les adaptations de bandes-dessinées.

Troisième chapitre : les tournages qui déraillent – on est loin des « films qui avancent comme des trains dans la nuit » de notre Truffaut : grève, engueulades avec le metteur en scène, budget qui dérape, quand le réalisateur n’a pas une crise cardiaque.

À nouveau, une bonne petite aparté sur les scènes de lit dans quelques films… et une sur les gifles. J’ai repensé à cette anecdote (Truffaut toujours) sur le tournage de Vivement dimanche ! : Trintignant qui est censé gifler Fanny Ardant, Truffaut qui veut que ça soit plus réaliste et qui s’en charge lui-même, sûr d’obtenir le regard de colère et de surprise adéquat pour la scène.

Le quatrième chapitre est consacré aux acteurs : débuts de carrière foireux, querelles de stars au sommet, velléités de production, personnalités attachantes… Dans l’anecdote sur Pierre Brasseur, magnifique acteur des Enfants du paradis, et qui avait une certaine aptitude à lever le coude, j’ai retrouvé les souvenirs de Michel Serrault dans son autobiographie : Vous avez dit Serrault ?, une lecture irrésistible que je recommande à ceux qui n’auraient pas le moral.

Cinquième chapitre : les réalisateurs. Ceux qui font des tournages un enfer. Philippe Lombard en profite pour revenir sur la querelle Truffaut / Godard.

Enfin le dernier chapitre est consacré à tout ce qui se passe après le tournage : on coupe au montage, on change ceci ou cela, la critique se déchaîne, le festival pousse des cris d’orfraies.

On referme Ça tourne mal en ayant l’impression d’avoir fait un tour sur des montagnes russes, avec le soulagement de n’être que spectateur : ça a pas mal secoué, la descente était rude mais on aurait bien envie d’un petit tour supplémentaire.

Et si le coeur vous en dit, allez faire un petit tour sur le site de Philippe Lombard, je le met ici :

http://philippelombard.e-monsite.com/

puisque lui-même y rappelle ce que j’ai déjà dit (et je confirme) :

« Offrez un livre de Philippe Lombard, quel qu’il soit, vous trouverez forcément de quoi faire plaisir !« 

À bientôt sur Cinephiledoc !

2019 : Palmarès de lecture

Contrairement à mes habitudes depuis quelques années, je publie début décembre ce palmarès de lecture.

En effet, je prévois début janvier un article qui ne sera ni tout à fait cinéphile, ni tout à fait profdoc, et cela me donnera également plus de temps pour vous préparer les comptes-rendus de lecture de février et mars prochains, sur des ouvrages que j’ai déjà pour projet de lire…

Cela me permettra aussi de vous donner quelques idées de cadeaux de Noël, si vous souhaitez glisser sous le sapin l’un ou l’autre des ouvrages sympathiques dont j’ai pu vous parler cette année.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Cette année je suis un peu donc encore plus ponctuelle que l’année passée puisque j’ai préparé ce palmarès à la mi-octobre et que je le publie début décembre.

J’ai l’impression d’être comme les magasins qui font leurs annonces de promos de rentrée au mois d’août ou sortent leurs catalogues de fêtes à la Toussaint…

Comme l’an dernier, voici d’abord un état chiffré des lectures 2019 :

  1. janvier. Deux lectures : Movieland, de David Honnorat et Games of Thrones : les cartes du royaume (deux ouvrages catégorie Beaux livres)
  2. février – mars. Deux lectures : Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! de Philippe Lombard et Tout Truffaut, de Anne Gillain (catégorie Essais ?)
  3. avril : une lecture. Max, de Stéphane Olivié Bisson (roman poétique)
  4. juillet : deux lectures. Kaamelott, une livre d’histoire et Winter is coming (catégorie Essais)
  5. septembre : deux lectures. Matrix, de Joshua Clover (essais) et Louis de Funès, de Clémentine Déroudille (beau livre).

Alors oui, cela fait environ moitié moins de livres que l’an dernier, où j’ai lu 16 ouvrages qui ont pu faire l’objet d’un compte-rendu sur Cinéphiledoc. Mais vous verrez en janvier que, si j’ai moins lu sur le cinéma, j’ai tout de même beaucoup lu cette année…

Ces lectures ont l’air quelque peu disparate, mais on peut tout de même les organiser par thèmes.

Voici ce qu’on peut en retenir.

Palmarès 2019

Les figures tutélaires

Parmi les 9 ouvrages lus cette année, trois sont consacrés à un personnage emblématique du cinéma, et, sinon à l’univers cinéphile de chacun, du moins à mon imaginaire cinéphile personnel.

Il s’agit évidemment de François Truffaut, que j’ai retrouvé avec plaisir dans le Tout Truffaut de Anne Gillain, et qui m’a fourni le prétexte de quelques petites confessions ; de Max Linder, pris sur le vif dans le surprenant roman de Stéphane Olivié Bisson, et de Louis de Funès, dont l’évocation par Clémentine Déroudille m’a plongée dans une succession de répliques de films et m’a, une nouvelle fois, donné envie de revoir La Folie des grandeurs

Parmi ces trois ouvrages, je choisis le très succinct et néanmoins efficace tant dans l’écriture que dans l’émotion : Max, de Stéphane Olivié Bisson. Un texte troublant et poétique, et qui nous donne l’occasion de ranimer la mémoire sur un précurseur du cinéma comique, sur un poète maudit du cinéma muet, longtemps condamné à l’oubli. Une sorte de soldat inconnu du septième art dont la lecture de ce livre serait une des chances de ranimer la flamme.

Aux temps et lieux des séries

Il fallait bien pour la sortie tant attendue (mais je donnerai pas mon avis dessus) de la saison 8 de Game of Thrones, que je poursuive mes lectures sur le sujet.

J’ai donc eu une année 2018-2019 riche en découvertes : fin 2018 le Dictionnaire de la fantasy, publié chez Vendémiaire, et déjà évoqué dans le palmarès 2018 en janvier dernier. À la même période, l’excellent ouvrage de Cédric Delaunay, Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Début 2019, j’ai parcouru Game of Thrones : les cartes du royaume, mais il ne s’agit pas de la lecture la plus accaparante qui soit…

Petit pas de côté dans l’univers des séries médiévales, j’ai exploré les influences historiques de Kaamelott, avec Kaamelott : un livre d’histoire, de Florian Besson et Justine Breton.

Enfin, en juillet j’ai découvert l’ouvrage de Carolyne Larrington, Winter is coming, qui revient brillamment sur les références littéraires médiévales de Game of Thrones. C’est sur ce dernier que je m’arrête pour son incroyable érudition et pour la plongée qu’elle nous offre dans le Moyen Âge.

Visite guidée du cinéma : jouer sur les cartes, jouer sur les mots

Enfin, les trois livres qui me restent sont plus compliqués à classer.

J’ai apprécié l’escapade rêveuse dans Matrix proposée par Joshua Clover, même si, je l’avoue, l’ouvrage ne fait par partie de mes préférés de la collection BFI : Les classiques du cinéma de chez Akileos.

J’ai vu qu’en septembre 2019 étaient parus deux nouveaux volumes, l’un sur Toy story, l’autre sur Terminator, je vous reparlerai donc peut-être à l’occasion de ce dernier…

J’ai impatiemment attendu en fin d’année dernière le Movieland de David Honnorat, qui ne m’a absolument pas déçue, et qui propose un fabuleux voyage cinéphile par itinéraires et associations d’idées, qui ne pouvait que me séduire.

C’est à lui que j’accorde ma dernière mention, pour cette raison et aussi parce que je ne peut pas accorder tous les ans une mention à l’un de mes auteurs cinématographique fétiche : Philippe Lombard, qui a, cette année encore (et ce n’est pas fini), réussi à m’apprendre beaucoup de choses sur le cinéma tout en me distrayant, avec son désopilant Arrête de ramer, t’attaques la falaise !

Vous voulez offrir deux livres à des amateurs de cinéma pour Noël ? Offrez Movieland et offrez un livre de Philippe Lombard, quel qu’il soit, vous trouverez forcément de quoi faire plaisir !

Bilan

Évidemment, pas de mention spéciale cette année, puisque j’ai eu beaucoup moins de lectures cinéphiles que l’an passé, même si mon été a été très riche de deux univers littéraires et cinématographiques captivants : celui de Daphné du Maurier et celui d’Agatha Christie.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire la biographie de Du Maurier, Manderley for ever, à lire l’autobiographie et la biographie d’Agatha Christie, et à reprendre dans l’ordre de leurs parutions les Hercule Poirot (au moment où j’écris ces lignes, j’en suis à Cinq petits cochons, c’est donc mon 23e Hercule Poirot pour 2019).

Je ne sais pas trop ce que me réserve 2020 pour mes lectures, même si j’ai une petite idée de ce à quoi ressembleront déjà mes articles de février et de mars, qui, normalement, seront consacrés à quelques dernières publications de 2019, notamment à des publications parues normalement en octobre-novembre et que j’ai beaucoup attendues.

J’y parlerai d’un cinéaste que j’apprécie énormément, et de tournages mouvementés…

D’ici là, je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes de fin d’année, et je vous mitonne pour très prochainement le dernier article #profdoc de 2019.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

Un Louis, deux Funès

Pour le titre de ce compte-rendu de lecture du mois de novembre, je pastiche un article que François Truffaut avait publié en 1983 « Un ami, deux Broca », consacré au merveilleux réalisateur du Bossu ou de Tendre poulet.

C’est sur Twitter que j’ai trouvé les références du livre qui m’intéresse ce mois-ci, sur un compte que je trouve irrésistible : @justdefunes

De Funès fait partie des personnes qui me font rire, au même titre que les personnages de Kaamelott et des planches de Gaston Lagaffe. C’est pourquoi j’ai dans mes favoris un générateur de citations de Kaamelott et dans mes abonnements Twitter le compte @justdefunes et @Franquin_Cie

C’est aussi pour Sandrine, copine #profdoc, que je publie cet article, avec laquelle j’ai régulièrement des fous-rires et des clin d’oeil lorsqu’à un mot ou une phrase nous associons immédiatement toutes les deux une réplique de De Funès :

« But alors you are French ? », « Elle ment… elle ment en allemand », « Je suis ministre, je ne sais rien faire », « Non sire, pour une fois, ce n’est pas moi, j’étais là, je priais », « Je suis zinzin, je suis zinzin », « Yes my Lord. Yes my Lord. Yes my Lord. But I beg your pardon my Lord. In my opinion, I am sure, mais alors I am tout à fait sure que c’est un coup de Fantomas. »

Aimer De Funès

Mon éducation cinéphile s’est faite à coup de clivages, qui se sont généralement réconciliés, mais pas toujours.

Il fallait choisir qui aimer : Scarlett O’Hara ou Melanie Hamilton, Buster Keaton ou Charlie Chaplin, Deneuve ou Dorléac, Dewaere ou Depardieu, Bourvil ou De Funès.

Tous ces clivages, je les ai balayés plus tard quand j’ai compris que ce que l’on prenait à l’écran ou dans la vie pour des rivalités n’était vraiment pas avéré.

Donc j’apprécie autant l’impertinence de Scarlett que la douceur de Melanie et j’aime autant l’humour lunaire de Bourvil (et sa gravité dans Le Cercle rouge) que la folie hargneuse de De Funès.

Il n’y a que Truffaut qui pour moi sera toujours d’une supériorité stratosphérique face à Godard.

J’ai dû voir un nombre incalculable de fois La Grande Vadrouille, peut-être un peu moins Le Corniaud, autant de fois La Folie des Grandeurs, la série des Gendarmes fait partie de mes « plaisirs coupables » (au même titre que Les anges gardiens, avec Clavier et Depardieu), j’adore Rabbi JacobLe Grand restaurant, Les Grandes vacances, La Zizanie et La Soupe aux choux.

Bref, après avoir tenté, plus d’une fois, de mettre à distance ce petit personnage tout en grimaces, hargneux et antipathique, j’ai fini par reconnaître qu’il m’était impossible de ne pas l’aimer.

Avant sur Cinéphiledoc

Cela ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui, puisqu’en septembre 2012 j’avais trouvé un superbe dictionnaire, Louis De Funès de A à Z, de Bertrand Dicale, aux éditions Tana, que je m’étais empressée d’ajouter à ma bibliothèque.

Voici l’article que j’avais rédigé un peu plus tard, en mars 2013 :

Dictionnaires thématiques

Je n’avais écrit que quelques lignes, puisque dans la même collection avait aussi été publié un dictionnaire Marilyn Monroe.

Il n’empêche que tout amoureux de De Funès devrait avoir ce dictionnaire, superbement illustré, dans sa bibliothèque.

En 2016, à l’occasion des 50 ans de la Grande Vadrouille, j’ai réitéré la chose, puisqu’un ouvrage sur les coulisses du tournage avait été réédité :

50 ans et pas une ride

Et je ne résiste pas à la tentation de poser ici une petite sélection :

De Funès, 2019 et 2020

Avec le livre déniché sur Twitter, et avec quelques informations supplémentaires, si vous aussi vous êtes amateurs de De Funès, voici plusieurs occasions de le retrouver en 2019 et en 2020.

Ce livre, Louis de Funès, de Clémentine Deroudille, est en fait un catalogue d’exposition. Il a été publié à l’occasion de l’inauguration du musée Louis de Funès à Saint-Raphaël, inauguré en juillet 2019, donc tout récemment.

J’ignorais totalement l’existence d’un tel musée, je suis donc ravie qu’avec Chaplin World, il y ait un autre lieu qui mette un génie du comique à l’honneur.

Le site internet du musée est d’ailleurs quelque peu compliqué à trouver :

http://museedefunes.fr/

Néanmoins, Sandrine, note sur tes tablettes, voici encore un lieu où nous devons aller !

En attendant, l’ouvrage de Clémentine Deroudille sera des plus agréables à découvrir : une organisation chronologique, avec pour chaque chapitre une petite introduction biographique de une à deux pages, énormément de photographies, d’affiches, la présentation illustrée des principaux films, le tout ponctué de répliques de films ou de réactions de Louis de Funès (extraits d’interviews, notes dans des carnets).

C’est un admirable condensé, en près de 200 pages, de Louis de Funès, et qui est préfacé, j’ai oublié de le signaler, par la petite fille du comédien.

Avant, pendant ou après une visite du musée, il peut se savourer durant les 1h30 de vol d’un Paris-Nice, ou pendant l’équivalent en train (mais à compléter avec des films) qui dure environ 7h, d’après mes informations.

Et si comme moi vous ne bougez pas très souvent de la région parisienne, vous pouvez patienter jusqu’en avril 2020, date à laquelle la Cinémathèque française consacre une grande exposition à Louis De Funès, exposition qui a quelque peu enflammé les débats cinéphiles, comme en témoigne cet article du Figaro :

https://www.lefigaro.fr/cinema/2019/03/19/03002-20190319ARTFIG00137-la-retrospective-louis-de-funes-a-la-cinematheque-ne-fait-pas-rire-tout-le-monde.php

Ce débat m’a toutefois permis de découvrir cette lettre de Truffaut à Gérard Oury, où le premier indique au second avoir beaucoup aimé Le Corniaud :

Et il m’a aussi rappelé cet avis, toujours de Truffaut, selon qui, en substance, il est beaucoup plus difficile d’être De Funès que Bourvil, puisqu’il est plus difficile de faire rire en étant antipathique qu’en étant sympathique.

Là encore, je n’essaye pas de faire un choix entre Bourvil et De Funès, mais je me souviens toujours de manière émue, de la façon dont De Funès explique, très simplement, que tourner Rabbi Jacob lui a permis de se « nettoyer l’âme », cette interview à l’occasion du Corniaud :

et, un peu plus hors-sujet (mais pas tellement parce que cela fait partie du personnage) de cette vidéo sur son parc biologique :

Il reste donc les films, et ces quelques vidéos d’archives, et le livre de Clémentine Déroudille, et le dictionnaire de Bertrand Dicale, pour patienter jusqu’à l’exposition de la Cinémathèque :

https://www.cinematheque.fr/

Sandrine, des disponibilités en avril 2020 ?

Bonnes lectures, bons fous-rires et à bientôt sur Cinéphiledoc !

Rêves, philosophie et cinéma

Pour ce compte-rendu d’octobre, j’ai décidé d’évoquer des territoires familiers et pourtant étranges, des sujets déjà abordés, effleurés, mais que je n’avais pas approfondis, et comme l’indique le titre, qui s’y prêtent tout à fait, à savoir le rêve et la philosophie (cette dernière de façon un peu moins poussée) au cinéma.

Reprendre une habitude

Le premier des territoires familiers que j’aborde n’est cependant ni celui du rêve, ni celui de la philosophie, mais un territoire éditorial : celui d’Akileos et de sa collection, BFI : Les classiques du cinéma.

Cette petite collection d’ouvrages, chacun consacré à un film, et qui compte à présent 16 volumes, a fait des émules depuis son apparition, avec le premier consacré à Alien en 2016, en passant par Shining, Le Parrain, Blade Runner, Rio Bravo (mon préféré), ou encore Star Wars.

Territoires familiers mais étranges – inquiétante étrangeté – chaque volume est l’oeuvre d’un auteur, avec son style et sa personnalité, ce qui donne des analyses parfois très factuelles, parfois très oniriques, sans qu’il y ait cependant de ma part de critique cachée pour les unes ou pour les autres.

J’ai donc commencé très studieusement cette collection en 2016, au fil des parutions et des traductions. Le dernier volume que j’avais ajouté à ma bibliothèque était celui consacré à L’Exorciste (volume 12). J’ai ensuite fait une petite pause, jusqu’à apercevoir la couverture du numéro 16, celui consacré à Matrix.

Voilà pour le titre : rêves, philosophie et cinéma.

Premiers souvenirs de Matrix

Avant d’évoquer ce fameux numéro 16, j’aimerais revenir quelques instants sur mes premiers souvenirs de Matrix, ce qui me permettra, comme à mon habitude, de passer allègrement du livre qui m’intéresse à quelques autres petits sujets.

Matrix est sorti au cinéma en 1999. J’avais 13 ans en 1999… c’est dire si j’étais en plein dans ma période Leonardo di Caprio, Titanic, etc (à trois ans près, je sais, mais j’ai l’admiration tenace).

C’est dire également si j’étais loin d’un cinéma comme Matrix. À vrai dire, j’étais encore loin d’un cinéma tout court, puisque mon intérêt pour le cinéma a commencé à dépasser les plans de Leonardo vers ma période lycée.

2000 : je commence une période Russell Crowe (Gladiator, tout ça, tout ça…) je suis encore dedans, même si le bonhomme me fait moins fantasmer à l’heure actuelle qu’en général romain ou qu’en capitaine blond dans Master and Commander.

2001 : combo Le Seigneur des anneaux, Harry Potter et Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Vous remarquez que je commence enfin à suivre l’actualité… et Matrix dans tout ça ? Patience.

Je saute quelques années, et j’atterris entre 2004-2006 où la première personne qui me parle de Matrix est mon prof de philo (celui de terminale ? celui de khâgne ? je ne sais plus).

Et ce qu’il me dit, c’est que Matrix est une parfaite relecture du mythe de la caverne de Platon. Vais-je voir le film pour autant, je ne sais plus, peut-être le premier…

Je me souviens que Matrix a fait partie pour moi d’un vaste plan de rattrapage culturel à partir de 2008, et où j’ai décidé de revoir les films de « ma génération » que je n’avais pas pu voir à leur sortie : y figuraient pêle-mêle Terminator, Star Wars, Retour vers le futur et, côté français, La Cité de la peur. J’avais du pain sur la planche !

Mais toujours m’est restée cette petite phrase entendue en cours de philo : Matrix comme relecture parfaite du mythe de la caverne de Platon. Comme quoi, il suffit d’une petite phrase apprise à l’école au bon moment et par la bonne personne pour vous donner envie d’en savoir plus.

C’est cette même petite phrase qui m’a poussée vers le volume 16 des éditions Akiléos. Je voulais retrouver Matrix.

Une vision personnelle

Comme je l’indiquais un peu plus haut, chaque volume de cette collection est l’oeuvre d’un auteur qui va proposer sa vision personnelle du film.

C’est donc Joshua Clover qui nous propose, dans ce volume 16, sa vision de Matrix, vision écrite en 2004 et traduite pour le lecteur français en février 2019.

Si j’insiste tant sur cette spécificité de l’auteur, c’est parce que le volume sur Rio Bravo (par exemple) ne va absolument pas être pensé comme celui sur Les Sept samouraïs et celui sur Blade Runner ne ressemblera en aucun point à celui sur Matrix, bien que j’ai tenté, avec ces quatre exemples, de rapprocher des films qui pourraient être, disons de connivences.

Qui est Joshua Clover ? Un auteur de poésie, nous dit la quatrième de couverture, professeur de poésie et de poétique à l’Université de Californie à Davis.

Sa lecture, même photographies issues du film à l’appui, ne ressemblera donc en aucun cas à une analyse plan par plan.

Rêver de Matrix, écrire sur Matrix

Après une introduction qui évoquent quelques exemples de films abordant la frontière entre illusion et réalité, Joshua Clover joue sur les aspects contradictoires de Matrix et organise cette lecture en quatre temps :

  1. Numérique positif
  2. Numérique négatif
  3. Spectacle positif
  4. Spectacle négatif

Le tout réfléchit à la façon dont l’aspect du film offre au spectateur une image en contradiction avec sa vision des choses. Matrix est une prouesse technique et un succès commercial qui remet en cause l’univers numérique et le bonheur factice qu’offre le divertissement…

Je résume à gros traits le propos de l’auteur, car je dois avouer que son écriture quelque peu vertigineuse (poétique), non dénuée d’ironie par endroit, m’a parfois quelque peu perdue. J’avais constamment le sentiment d’être d’accord avec lui (quoique) mais de ne pas l’être pour des raisons évidentes.

Pour simplifier, la façon dont Joshua Clover parle de Matrix, qu’elle soit politique, philosophique, économique, qu’elle aborde l’industrie cinématographique, la relation de l’être humain au travail, ou les progrès technologiques de la société, n’est en aucun cas inexacte, mais elle est sinueuse.

J’ai passé toute ma lecture à hocher la tête en gromelant « Oui bien-sûr, mais pourquoi ne pas le dire plus simplement ? »

Joshua Clover m’a donné envie de revoir Matrix, mais presque par esprit de contradiction. Il indique souvent que lire Matrix de manière philosophique, c’est rester à la surface.

Par esprit de contradiction, je décide de continuer à rêver de la relation entre illusion et réalité, parce que j’ai toujours affectionné la façon dont les soeurs Wachowski représentent le monde, le rêve, l’illusion, les sens et notre éveil à une nouvelle conscience, que ce soit dans Matrix ou dans Sense8.

Rêver, philosopher, temps et espace, passé et futur : tout en un

Il y a deux univers cinématographiques et télévisuelles qui me fascinent : celui des soeurs Wachowski, avec Matrix, Cloud Atlas et Sense8, et celui de Christopher Nolan avec Inception et Interstellar.

Deux manières, justement, d’embrasser l’univers, le réel et l’illusion, l’individu et l’universel, le temps et l’espace, le passé et le futur, avec le vertige à chaque fois que procurent leurs inventions visuelles : Matrix et sa matrice, Sense8 et ses différentes personnalités qui se rejoignent et se complètent, Inception et le labyrinthe du rêve, Interstellar et le tourbillon de l’espace-temps.

Deux univers, deux virtuosités uniques et dont j’attend impatiemment chaque nouvelle manifestation.

Pour conclure sur rêves et cinéma, je reprend quelques mots d’un article que j’avais publié en 2016, et qui était consacré aux rêves dans les séries télévisées :

Vertigo d’Hitchcock, les films de Buster Keaton et de Chaplin, Chantons sous la pluie (…) Brigadoon, curieux film où deux Américains découvrent un village qui n’existe qu’un jour par siècle… La Maison du Dr Edwardes d’Hitchcock, La Femme au portrait, un magnifique film de Fritz Lang (peut-être mon préféré à ce jour), (…) Matrix et surtout Inception, entre autres, tous ces films où le rêve est tour à tour trompe-l’œil et réalité alternative.

Voici les quelques films que j’y avais évoqués, et voici les deux vidéos que je leur avais associées : un top 10

et un numéro de Blow Up :

Et pour ceux qui veulent rester sur un terrain moins onirique, plus philosophique, voici quelques titres :

  • Cinéphilo, d’Olivier Pourriol
  • Philosophie en séries, de Thibaud de Saint-Maurice
  • Game of Thrones : une métaphysique des meurtres, de Marianne Chaillan
  • Harry Potter à l’école de la philosophie, de Marianne Chaillan

Avec tout cela, rêvez bien, philosophez bien, replongez-vous dans des films qui embrassent l’univers, et à bientôt sur Cinéphiledoc !

Moyen Âge en séries

Pour ce premier compte-rendu de lecture de rentrée, j’ai décidé de vous parler de deux de mes lectures de vacances, ainsi que de quelques autres livres que j’avais déjà évoqués.

Histoire, Moyen-Âge, cinéma et idées de lecture

Les habitués de mes articles savent que j’apprécie depuis longtemps les films et séries historiques. Voici un petit retour sur quelques lectures :

  • L’histoire fait son cinéma en 100 films

L’histoire fait son cinéma en 100 films, de Guillaume Evin, est paru en avril 2013, aux éditions de la Martinière, et est préfacé par le réalisateur Costa-Gavras, auteur d’un certain nombre de films historiques, tels que Z, L’Aveu ou encore, plus récemment, Amen.

  • Napoléon : l’épopée en 1000 films

Hervé Dumont a consacré en 2015 à Napoléon Ier un splendide pavé, paru aux éditions Ides et Calendes, Napoléon : l’épopée en 1000 films, et préfacé par Jean Tulard.

Il est également l’auteur de la merveilleuse encyclopédie en ligne du film historique : c’est un trésor ! Si histoire et cinéma vous passionnent, ne tardez plus : allez y flâner !

Enfin il a publié en octobre, dans la même veine que l’ouvrage sur Napoléon, un ouvrage sur Les Chevaliers de la Table Ronde à l’écran, aux éditions Tredaniel, un ouvrage que j’ai eu toutes les peines du monde à résister à acheter.

  • Le Moyen âge au cinéma

Le très beau livre de François Amy de la Bretèque, Le Moyen-âge au cinéma,  revient notamment sur le film Les Vikings, avec Kirk Douglas, mais aussi sur l’un de mes films scandinaves préférés : Le Septième sceau de Bergman.

  • Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes

Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes, de Ioanis Deroide est paru en 2017 aux éditions Vendémiaire, une de mes maisons d’édition préférées, ce qui se confirme encore aujourd’hui avec cet article, puisqu’il est l’occasion d’aborder de nouveau une de leurs publications.

À présent, passons à ces deux lectures qui ont en commun séries télévisées et Moyen Âge.

Kaamelott, la qualité à la française

Lorsque je me désespère devant les fleurons des séries françaises et devant leur incroyable qualité scénaristique – mon ironie est-elle palpable ? – des choses aussi informes que Plus belle la vie et Un si grand soleil très récemment, je me raccroche à quelques contre-exemples : Un village français, Dix pour cent, Le Bureau des légendes

Et puis je me souviens que Kaamelott existe.

S’il y a bien un ovni télévisuel dont on peut s’enorgueillir, c’est Kaamelott.

Et encore, on a beau jeu de s’enorgueillir de quelque chose dont on n’est absolument pas responsable et dont cependant, on continue imperturbablement à guetter la suite…

Et pour comprendre l’importance de cette série, il suffit de lire cet article publié en juillet dans The Independent :

https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/tv/features/kaamelott-french-tv-show-king-arthur-legend-spoof-monty-python-holy-grail-a8978456.html

Kaamelott est une série dont je ne me lasse absolument pas, que je peux revoir à tout moment, que je connais pratiquement par coeur, dont j’utilise au moins 2 gifs par jour.

Enfin, c’est avec fierté que je garde en favori sur mon ordinateur un générateur de citations de Kaamelott, à utiliser en toute circonstance :

https://kaamelott-soundboard.2ec0b4.fr

Kaamelott et les éditions Vendémiaire

En 2014 est paru aux éditions Vendémiaire un premier ouvrage « scientifique » se penchant sur Kaamelott : Kaamelott ou la quête du savoir, de Nicolas Truffinet.

Régulièrement cette maison d’édition surprend par des publications de qualité, dernièrement un Dictionnaire de fantasy, paru en octobre 2018 sous la direction d’Anne Besson.

En avril 2018, cette fois-ci, c’est Kaamelott : Un livre d’histoire, qui est paru, sous la direction de Florian Besson et Justine Breton.

Ce livre des plus réjouissants est issu d’un colloque organisé en mars 2017 à l’université Paris Sorbonne – en lisant ce livre, je me suis souvenue d’avoir effectivement vu passer dans ma veille l’annonce de ce colloque et j’avais bien regretté de ne pas pouvoir y assister…

Chaque chapitre est l’oeuvre d’un ou de plusieurs auteurs, chacun d’entre eux est présenté à la fin : on y retrouve naturellement des historiens mais aussi des chercheurs en littérature, en sociologie, en musique, en sciences de l’information et de la communication, ou encore en histoire de l’art.

Après une introduction et une première partie consacrée au langage (qui traite aussi bien de la construction narrative de Kaamelott, du burlesque, de la parole, de la figure héroïque, de la parodie, du vocabulaire des chercheurs, du bestiaire ou de la représentation du monde), on plonge directement dans la représentation de la société et des personnages arthuriens.

On y retrouve des analyses du pouvoir, de la justice, de la royauté, de la magie et des dragons.

Survient ensuite la troisième partie – la plus réussie selon moi : « Mélanges des temps ». On y retrouve une analyse en trois parties de la représentation de l’empire romain dans la série, des chapitres sur les vikings, sur les jeux, puis mes chapitres préférés :

  • « Festins à la cour du roi Arthur »
  • « Arts et artistes à la cour du roi Arthur »
  • « Quand les chevaliers se mettent à chanter »
  • et enfin, « Kaamelott et les mondes de la fantasy », un chapitre écrit par David Peyron, auteur il y a quelques années d’un superbe ouvrage consacré à la Culture Geek.

Bref, l’ouvrage est un indispensable pour tout fan de Kaamelott et qui aimerait bien « être considéré en tant que tel ».

Game of Thrones, de l’histoire universelle à l’histoire médiévale

L’an dernier, un auteur, Cédric Delaunay, professeur agrégé d’histoire à Tours, s’est attelé aux influences historiques de George R R Martin et a publié Game of Thrones : de l’Histoire à la série, en septembre 2018, chez Nouveau monde éditions.

J’ai eu l’occasion de revenir plusieurs fois sur la qualité de cet ouvrage, l’un des premiers à se pencher sur ce qui m’intéressait tout particulièrement dans cette série.

En 2019, Cédric Delaunay a d’ailleurs collaboré avec le YouTubeur Nota Bene et proposé une série de vidéos revenant sur les aspects historiques de Game of Thrones, au moment où la huitième saison de la série était diffusée.

Et c’est également à ce moment là qu’est paru la traduction d’un livre fabuleux qui allait approfondir à merveille l’ouvrage de Cédric Delaunay.

Ou pour ressortir ma casquette de prof doc voilà l’angle qui peut être pris : on pourrait classer le premier ouvrage, paru en septembre 2018 dans le rayon 907-909 de la bibliothèque (étude historique, histoire universelle).

L’ouvrage paru en mai 2019 dans sa traduction française et qui nous intéresse aujourd’hui sera lui rangé dans le rayon 909.1 (si l’on décide de le laisser dans la partie histoire universelle) ou bien 940.1 si l’on décide de se concentrer sur un angle de vue exclusivement européen. C’est vous qui voyez.

Game of Thrones et le Moyen Âge

Bref, ce livre, c’est celui de Carolyne Larrington, Winter is coming : les racines médiévales de Game of Thrones.

Dire que l’on pourrait le classer dans le rayon Histoire n’est pas tout à fait exact. Certes, le livre est fidèle à son sous-titre, et il vous embarque dans les racines médiévales de Game of Thrones dès les premières lignes et les premières pages, qui évoquent, comme on peut s’y attendre, la Guerre des deux roses.

Mais prolongez quelque peu la lecture, et relisez la courte biographie de l’auteur sur la quatrième de couverture : « spécialiste des contes et légendes, de la tradition arthurienne et des sagas nordiques ».

Vous déciderez alors peut-être de replacer le livre dans le rayon 800, en 830.1 éventuellement.

Lorsque l’on parcourt ce texte, ce ne sont pas les références historiques qui prédominent, même s’y côtoient les croisades, la Guerre de cent ans, Venise, ou encore la civilisation mongole et Gengis Khan.

Ce dont l’auteure aime le plus nous parler – et ce qu’on apprend le plus à apprécier au fil des pages, ce sont les valeurs et les représentations propres à la société occidentale médiévale, et bien entendu la littérature.

On y croise des mythes nordiques et germanique, Odin et Thor, Siegfried, une foule de figures arthuriennes, la Chanson de Roland, et la référence de prédilection de l’auteure : Geoffroy Chaucer et ses Contes de Canterbury.

Enfin, elle revient sur bon nombre d’aspects historiques et sociaux qui ont inspiré Game of Thrones : citons pêle-mêle la lèpre et la peste, les mercenaires et les eunuques, les religions, le mur d’Hadrien, les révoltes d’esclaves, ainsi qu’une formidable partie consacrée au jeu d’échecs.

Le livre de Cédric Delaunay se lisait comme un guide de voyage à travers les pays et les époques. Le livre de Carolyne Larrington se lit comme un roman dans le roman de George R R Martin.

Les deux sont indispensables à quiconque souhaite approfondir la connaissance de son Monde connu.

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