Etiquette d'archives: Francis Ford Coppola

Petits livres : grands moments ?

Voici le premier compte-rendu de lecture de 2017, qui évoquera non pas un livre, mais cinq.

Pour mes lectures sur le cinéma, j’en suis venue à ressembler à tout lecteur qui commence à connaître un auteur, une collection ou une thématique en particulier, et à attendre, avec plus ou moins d’impatience, certaines sorties.

En bonne cinéphile, j’attends donc avec ferveur les nouveautés des éditions Sonatine ou Rouge profond, la suite des ouvrages sur le cinéma comique d’Enrico Giacovelli (le 3e volume étant prévu pour le mois de janvier), ou encore les nouveaux numéros de la collection « BFI : Les classiques du cinéma » proposée par Akileos.

Ce sont ces derniers, attendus pour novembre 2016, et finalement publiés en janvier 2017, dont je vais parler aujourd’hui.

Une collection dédiée aux grands classiques

Je l’avais déjà évoqué au mois de septembre, au moment où j’ai découvert cette collection, lorsque 3 ouvrages avaient été publiés  : Alien, Shining et Brazil. Je n’ai lu que les deux premiers, qui se sont avérés excellents, et j’avais hâte de découvrir le quatrième et le cinquième éléments 😉 de cette collection : respectivement Le Parrain de Francis Ford Coppola et Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa.

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J’ai dévoré en une après-midi celui consacré au Parrain, et avant d’en dire plus, je voudrais encore une fois faire l’éloge de cette petite collection, qui propose à un prix tout à fait modique, pour chaque numéro, une analyse de film aussi captivante qu’accessible.

Vivement la suite, donc, bien que malheureusement, Akileos n’annonce pas de prochaines sorties pour l’instant.

À la rencontre du Parrain

Ma rencontre avec Le Parrain s’est faite tardivement, mais elle a été préparée, annoncée, par des films qui le mentionnaient et / ou lui rendaient hommage.

C’est d’abord une mention dans La Nuit américaine de Truffaut qui a attiré mon attention : le metteur en scène Ferrand (Truffaut) et la scripte Joëlle (Nathalie Baye) se retrouve pour travailler sur le script du film. Ferrand attrape un journal qui donne la programmation des salles à Nice en 1973 :

Au Kursaal : « Le Parrain« , au Rexy : « Le Parrain« … Dis donc, il n’y a que ça ! Il paraît que tous les autres films se ramassent.

La deuxième fois que j’ai entendu parler du Parrain, à nouveau sans même connaître l’histoire du film (sauf bien entendu que celui-ci évoquer la mafia), c’est à travers cet échange entre Tom Hanks et Meg Ryan dans Vous avez un message (You’ve got a mail), une comédie romantique de Nora Ephron sortie en 1998 :

Cela ne m’a pas plus éclairée mais ça a eu l’avantage de piquer ma curiosité.

C’est finalement en prépa, entre les 10 saisons de Friends et Dragon rouge, que j’ai enfin pu découvrir la trilogie, à l’occasion de la sortie de l’intégrale en DVD.

Je ne vais pas tenter de faire un résumé de cette trilogie, l’une des plus belles du cinéma, même si j’avoue une nette préférence pour les deux premiers volets. Je ne vais pas non plus faire le catalogue de mes scènes préférées. Je crois que j’aime simplement toutes les scènes dans lesquels Marlon Brando fait ne serait-ce qu’une apparition.

Et pour ceux qui voudraient découvrir ou se remémorer cette fresque magnifique, je n’ai rien trouvé de mieux que cette rétrospective, signalée par le site de la revue Première, il y a quelques jours :

Passons maintenant au livre.

Le livre que la collection BFI : Les Classiques du cinéma consacre au Parrain est l’œuvre de Jon Lewis, universitaire et auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma, dont l’un porte déjà sur Coppola.

Je n’ai que du positif à dire de ce livre qui, comme les autres volets de cette collection, étudie le film à sa façon et avec brio (attention, ce livre n’est consacré qu’au film originel de la saga, vous n’y trouverez pas de référence aux deux volets suivants).

Ce qui m’a frappée, c’est la façon dont l’auteur ouvre, si j’ose dire, progressivement l’objectif.

L’ouvrage est construit en trois grands chapitres qui se lisent quasiment d’une traite : « Je crois en l’Amérique », « Je crois en Hollywood » et « Je crois en la mafia ».

Durant le premier chapitre, Jon Lewis concentre son regard sur des scènes clefs du film, et en particulier la première scène, qui ouvre Le Parrain, et où le personnage de Bonasera dit justement cette phrase « I believe in America », au moment même où son visage apparaît à l’écran.

Ces quelques scènes, méticuleusement rapportées et analysées, permettent d’ouvrir le regard du spectateur à l’art de Coppola, à la mise en scène, au scénario, et aux relations entre les personnages, et jusqu’à ce qui distingue la saga du Parrain des autres films de gangsters.

Dans le second chapitre, nouvelle prise de hauteur : « Je crois en Hollywood » décrit la genèse du Parrain, et les relations houleuses entre Coppola et son producteur Robert Evans – relation qui ne s’est pas apaisée avec les années.

Enfin le troisième chapitre, « Je crois en la mafia », est consacré aux rapports du film à cette dernière, tant sur le plan romanesque et scénaristique (Le Parrain étant un roman avant d’être un film, et les deux matériaux ayant puisé leurs sources d’inspiration à la fois dans la société des États-Unis et dans l’environnement quotidien de leurs maîtres d’œuvre) qu’historique et financier.

Bref, comme les numéros précédents de cette collection, et comme le suivant, l’analyse du Parrain par Jon Lewis offre un formidable éclairage non seulement sur un film, mais sur son tournage et sur le contexte de sa réalisation.

Vous reprendrez bien un Kurosawa ?

Il en va de même pour le cinquième ouvrage de la collection, consacré aux Sept samouraïs, par Joan Mellen, professeure d’anglais et d’écriture à la Temple University de Philadelphie, et auteure de plusieurs livres sur le cinéma japonais.

Si son propos n’adopte pas la même structure que celui de Jon Lewis sur le Parrain, on y retrouve la même intention : restituer l’univers d’un film et de son réalisateur, captiver le lecteur par la force évocatrice des images et de l’analyse.

Les Sept samouraïs et Le Parrain ont ceci de commun, au-delà évidemment de leurs différences flagrantes, de retranscrire dans un film l’essence même d’une époque et / ou d’une civilisation, en partant d’un microcosme social bien déterminé : mafia d’un côté, samouraïs de l’autre, pour leur faire atteindre, chacun d’eux, une dimension quasi-mythique.

Chacun a des rites, des codes, des frontières à ne pas franchir, chacun est magnifié par le réalisateur derrière la caméra. La comparaison s’arrête là.

Pour qui ne connait pas Les Sept samouraïs, il s’agit d’un film de 1954 du réalisateur japonais Akira Kurosawa, et mettant en scène sept samouraïs sans maître – des ronins – très différents les uns des autres et venant au secours d’un village attaqué par des brigands :

Ce que j’avais aimé dans ce film, c’était la façon dont était ciselée, sans excès ni caricature, chacune des sept personnalités des samouraïs, ce sur quoi revient évidemment Joan Mellen, et le choc entre deux groupes : ceux qui se battent à pied, avec sabres, bâtons et arcs, et ceux qui combattent à cheval et armes à feu.

Je ne rentrerai pas autant dans les détails de ce livre que je l’ai fait pour celui consacré au Parrain, pour la simple raison que je n’ai vu les Sept samouraïs qu’une fois, et que j’ai dû voir Le Parrain une dizaine de fois.

Il me suffit de dire que Joan Mellen nous transporte elle aussi avec virtuosité dans l’atmosphère du film et de son réalisateur, on y apprend ou on y redécouvre beaucoup de choses sur la culture japonaise, à commencer évidemment par les samouraïs, et on ressort de cette lecture avec à nouveau l’envie de s’émerveiller devant leurs exploits.

Comment comprendre… quand… ?

Je terminerai cet article par la présentation de trois petits livres qui ont, eux aussi, été publiés en janvier 2017. Ces trois livres font partie d’une même collection, aux éditions 404, et ont les mêmes auteurs : Julien Tellouck et Mathias Lavorel.

Il s’agit de : Comprendre les super héros quand on a même pas remarqué que Superman porte son slip par-dessus son collant, Comprendre Star Wars quand on n’a toujours pas compris qui est le père de Luke Skywalker, et Comprendre Game of Thrones quand on n’est pas fan mais que tous nos amis le sont.

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Ces petits ouvrages font entrer le lecteur, avec humour et bienveillance, dans l’univers dont ils traitent, et le néophyte comme le passionné y trouveront leur compte : le néophyte parce qu’il apprendra à enfin décrypter toutes ces références qui l’entourent, le passionné parce que cela lui fera l’effet d’une piqûre de rappel amusante et débridée.

J’ai choisi ces livres, pas parce que je comptais en apprendre plus sur des univers que je connais déjà, mais parce que justement, je savais que je sourirai de ces piqûres de rappel. J’ai d’ailleurs commandé celui sur les super-héros, et un autre consacré aux jeux-vidéos, pour le CDI du lycée, parce que je pense qu’ils peuvent plaire aux élèves.

Ces petits livres, très simples, ne sont pas forcément faits pour être lus d’une traite, on les prend, on les ouvre à une page au hasard, on les repose, on en prend un autre, on les prête, on les lit à voix haute à ses amis.

Ils sont autant propices à la découverte qu’au partage, et ces qualités, c’est bien ce qu’on recherche, et ce que j’ai trouvé durant les cinq lectures évoquées aujourd’hui.

Bonnes lectures et bonnes découvertes à tous, et à bientôt sur Cinéphiledoc !

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La terreur et le sublime, vampires au cinéma

Cet article, enfin consacré au cinéma – depuis un mois, il était temps – et le premier des trois que j’espère écrire d’ici la fin de la semaine, ne surfe aucunement sur la vague actuelle de la mode vampirique (Twilight, le Journal d’un vampire, etc.)

L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui fait partie de la même collection et de la même maison d’édition que L’Amérique évanouie, auquel j’avais consacré le précédent article de la rubrique « Bibliothèque cinéphile ». J’ai découvert cette maison d’édition, Rouge profond, très récemment, et je n’ai pour l’instant pas été déçue.

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Le Miroir obscur a des traits communs avec L’Amérique évanouie : l’appropriation du sujet, l’érudition aussi bien littéraire que cinématographique – L’Amérique évanouie était consacrée aux représentations des Etats-Unis présentes aussi bien dans les films d’Hitchcock que dans les romans de Stephen King et leurs adaptations à l’écran, et un amour pour le film de genre – suspense et horreur.

Conquête du cinéma par le vampire

Cet ouvrage – Le Miroir obscur : Une histoire du cinéma des vampires, de Stéphane du Mesnildot – est paru en novembre 2013. Ce qui frappe, dès l’introduction, et même dès le titre, c’est ce que recouvre ce sous-titre : « une histoire du cinéma des vampires », et non pas, comme pourrait le faire un autre livre, ou comme aurait pu le suggérer le titre de mon article, une histoire des vampires au cinéma.

En effet, ce à quoi se consacre l’auteur, ce n’est pas tant le vampire comme personnage, ou du moins comme apparition à l’écran, mais davantage la conquête, l’appropriation par le vampire, cette créature visuelle si prompte à apparaître et à disparaître, de l’art visuel qu’est le cinéma. Étrange paradoxe d’une créature sans reflet dont l’apparence déborde de l’écran. Et c’est donc avec raison que, dès l’introduction, l’auteur lui donne la parole :

« Ironie (…) que Lumière soit le nom des deux frères qui bâtirent mon royaume des ténèbres. J’ai rôdé incognito parmi ces acteurs fardés, aux visages de craie, aux cheveux brillantinés et aux bouches peintes ; j’ai étreint ces femmes aux regards lourds et aux lèvres de goules, à la chair molle et maladive. (…) Davantage que noir et blanc, ce monde était charbonneux et blafard, ce monde était le mien, de toute éternité. »

Le commencement talonné par la fin

Ou la fin talonnée par le commencement, c’est selon. Toujours est-il que cette histoire d’invasion du cinéma s’ouvre sur le film de Francis Ford Coppola, dont le titre original est Bram Stoker’s Dracula.

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Un retour aux origines, retour à l’un des romans fondateurs du mythe du vampire, et retour aux sources du cinéma, car le personnage de Dracula, incarné par Gary Oldman, déambule dans une Europe du début du 20e siècle, au cinéma naissant, à l’état encore balbutiant de phénomène de foire et de plaisir de foule.

Le film de Coppola est un hommage au cinéma, aux vampires imaginés par les écrivains et les cinéastes au fil du 20e siècle et incarnés aussi bien par Bela Lugosi, Boris Karloff, que Christopher Lee, et encore plus un hommage au cinéma des vampires. C’est donc tout naturellement avec le film de Coppola, datant de 1992, et rejouant l’invention et les débuts du cinéma, que s’ouvre cette histoire du cinéma des vampires :

« Après le Dracula de Coppola, peut commencer le XXe siècle, le siècle des vampires et du cinéma. »

Trois visages immortels de vampires

En un peu plus de 120 pages, Stéphane du Mesnildot explore près de 90 ans d’un cinéma tout dévoué aux vampires, depuis le Nosferatu de Murnau (1922) jusqu’à Twixt,  à nouveau de Coppola (2012). Traversée quasi chronologique si l’on excepte l’ouverture avec le Dracula de Coppola – quoique nous ayons vu de quelle manière, paradoxalement, cette exception respecte la chronologie du cinéma. Traversée poétique dans l’imaginaire et les pensées du vampire.

De cette traversée, je retiendrai trois étapes :

  • Nosferatu, vampire épidémique réalisé par Murnau. Le vampire s’y singularise par sa proximité avec le monde animal – contaminé – et végétal, et par l’omniprésence des instincts :

« Son vampire n’a en Allemagne aucune vie mondaine et ne se mêle jamais à la société des hommes. Opaque et mû par son seul instinct de survie, il représente une entité adverse à l’humanité et vouée à sa perte. Murnau définit le vampire en l’incluant dans une généalogie végétale et animale. (…)

Murnau construisit sa créature en isolant ses qualités animales : les rats pour la vermine et la contamination du mal ; la plante carnivore pour sa beauté trompeuse et malsaine ; l’araignée pour la détestation qu’elle inspire et sa perfection de prédateur ; le polype pour sa quasi inexistence, son « devenir-imperceptible » écrirait Deleuze. »

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  • Dracula (1931) « version dark » de Valentino, aristocrate et dandy incarné par Bela Lugosi. Image classique et immortalisée du vampire, théâtralisée à l’extrême :

« effets de cape allant du drapé romain à l’aile de chauve-souris, cambrure du corps, gestes incantatoires des mains »

  • Le Cauchemar de Dracula (1958) produit par les studios anglais de la Hammer, et où Dracula est incarné par Christopher Lee. Incarnation en couleur dans un film où le rouge sang est omniprésent et hyper-sexualisé :

« Le vampire a définitivement quitté la scène du petit théâtre bourgeois (…) pour la pompe du grand opéra. »

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Ce dernier film ouvre la voie à tous les films vampiriques modernes, tels que, à nouveau, le film de Coppola et Entretiens avec un vampire (1994).

Trois visions singulières du vampire – animale, aristocrate, violente et sexualisée – trois visions fondatrices au cinéma du mythe du vampire, restitué par cet ouvrage.

Réminiscence du souvenir effaré

Ce livre m’a également réservé une petite surprise, celle de faire une place à l’un de mes souvenirs de cinéma les plus anciens : La Momie (1932) avec Boris Karloff, également interprète de Frankenstein, et qui incarne ici un vampire à l’orientale, momifié vivant et ressuscité par la lecture d’un parchemin :

Décharné, les bras rigides, le corps de l’acteur est rendu plus longiligne encore par sa tunique tombant jusqu’aux pieds. Avec le fez qui allonge son front et fait ressortir des oreilles taillées en pointes, Karloff devient un Nosferatu égyptien et solaire. L’acteur ne joue jamais sur la séduction, propre à Lugosi, mais sur la volonté de survie d’un être impossible, évoluant en marge de l’humanité.

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Je vous recommande de voir ce film étrange et hypnotique, qui continuera de vous hanter des heures et des jours durant. Tout comme je vous recommande la lecture de ce livre curieux et poétique, Le Miroir obscur, qui donne un autre aperçu des vampires, que celui d’adolescents blafards et taciturnes, même si ces visions ont leur importance pour le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Et pour ceux qui souhaitent voir ou revoir quelques grands crus du cinéma vampirique, voici une petite sélection :

  • Le Dracula de Coppola, magnifique, captivant, indispensable

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18817667&cfilm=5434.html

  • Daybreakers, film non cité dans le livre – à moins que cela m’ait échappé – qui imagine un avenir peuplé de vampires en pénurie de sang humain (ou le vampirisme traité sous la forme d’une crise sanitaire). Film sorti en 2009.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18817667&cfilm=5434.html

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