Etiquette d'archives: Louis de Funès

50 ans et pas une ride

Pour ce compte-rendu de lecture du mois d’octobre, j’ai cédé à la tentation d’évoquer un souvenir cinématographique presque unanimement partagé, avec, je l’espère, un peu de légèreté et beaucoup d’humour.

Quatre questions en introduction…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit questionnaire, auquel je vous propose, si vous le souhaitez, de répondre en commentaire.

  1. Quel film vous fait le plus rire ?
  2. Quel film vous fait non seulement le plus rire, mais vous fera rire à nouveau à chaque fois que vous le reverrez ?
  3. Lorsque vous en parlez, de quel film ne pouvez-vous pas choisir une seule scène et dire « c’est celle que je préfère », avant de vous raviser à coup de « Non celle-ci, ou plutôt non, celle-là » ?
  4. Enfin, quel film pouvez-vous voir et revoir au gré de ses rediffusions même si vous en possédez une copie dans votre DVDthèque ?

Vous me répondrez sans doute, pour chaque personne, une réponse différente, et moi-même je serai capable de donner chaque jour une réponse différente (sachant qu’à ce questionnaire, je pourrais aussi bien répondre « la série Kaamelott », ou « les films Mon petit doigt m’a dit ou Le Crime est notre affaire).

Mais je pense tout de même qu’avec une certaine régularité, je tomberai sur un film avec De Funès, et, toujours avec régularité, sur La Grande Vadrouille.

Souvenirs cinématographiques de La Grande Vadrouille

Je ne sais plus si j’ai déjà parlé de La Grande Vadrouille sur ce blog, j’ai dû inévitablement mentionner ce film lorsque j’ai parlé il y a quelques années des dictionnaires thématiques, dont celui consacré à De Funès, et j’ai dû  l’évoquer au moment du décès de Marie Dubois, inoubliable Juliette qui recueille Augustin et Peter Cunningham poursuivis par les allemands.

Je saute donc sur l’occasion – 50 ans, c’est trop beau – et m’attarde quelques instants sur mes souvenirs de La Grande Vadrouille.

Tout d’abord, je ne me souviens absolument pas de la première fois où j’ai vu ce film. Je me souviens de mes premiers Chaplin, de La Nuit américaine, de mes premiers Bogart et Bacall, ou encore du Roi et l’oiseau ou de ma première vision époustouflée de Barry Lindon

Je n’ai aucun souvenir de ma première Grande Vadrouille. Par contre, assez facilement, je dirai que depuis cette première rencontre, j’ai eu l’impression toujours d’être accompagnée par ce film, et de ressentir ce même plaisir, cette même joie, à chacune de nos retrouvailles. La Grande Vadrouille peut ainsi répondre à mes deux premières questions ci-dessus, et également à la quatrième.

Enfin, pour ce qui est des scènes cultes, il est vrai que j’ai bien du mal à me décider, même si la mélomane en moi retiendra évidemment la scène de l’opéra avec De Funès en chef d’orchestre… L’amateur d’absurde se souviendra le rire aux lèvres de l’interrogatoire « De moi vous osez vous foutez ». Le nostalgique retiendra la première rencontre (dans le film, puisqu’ils avaient tourné avant Le Corniaud) entre Bourvil et De Funès :

J’ai également une tendresse particulière pour les scènes aux hospices de Beaune, en particulier celle-ci :

car elle me rappelle Caradoc dans Kaamelott, et ses obsessions culinaires « Le gras c’est la vie », et l’extrait qui suit immédiatement « Dites trente trois, trente trois. – Thirty three, thirty three »…

Bref, c’est avec bonheur, et facilité, que j’ai décidé de ma lecture du mois de septembre, à savoir un livre sorti à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce phénomène cinématographique.

Les 50 ans de La Grande Vadrouille

L’ouvrage est sorti, très opportunément, en septembre 2016 : il s’agit de Sur la route de La Grande Vadrouille : les coulisses du tournage, un livre de Vincent Chapeau, préfacé par Danièle Thompson, et sorti aux éditions Hors Collection.

On le présente comme une « édition spéciale 50 ans du film », de 144 pages.

Néanmoins, et c’est là que j’ai cédé à la facilité, ce n’est ni sous cette couverture, ni avec ce nombre de pages que je connais ce livre, mais dans une précédente édition de 2004, celle-ci de 112 pages… j’ignore donc tout des 32 pages supplémentaires, j’essaierai d’y jeter un oeil pour un éventuel addendum !

Voici le livre tel que je le connais, et tel que je l’ai trouvé à l’office de tourisme de Meursault, lors d’un petit séjour des plus sympathiques en Bourgogne il doit y avoir trois ou quatre ans.

Après la préface de Danièle Thompson, et une brève introduction de l’auteur, ce dernier revient en quelques pages sur la genèse de La Grande Vadrouille, depuis le succès du Corniaud en 1965 jusqu’aux démarches de financement, en passant par l’écriture du scénario et les repérages.

Puis le lecteur est embarqué sur un tournage qui débute à Vézelay le 15 mai 1966, pour s’achever le 12 septembre dans un train aux abords de Paris, où un parachutiste anglais s’excuse par mégarde dans sa langue maternelle auprès d’un officier SS. S’ensuivent deux mois de post-production, avant une sortie triomphale en décembre 1966.

S’il n’était peut-être pas de bonne humeur en ouvrant le livre de Vincent Chapeau, parce que les jours raccourcissent, parce que les températures baissent, parce que… parce que… parce que… ce même lecteur va vite se rendre compte que la bonne humeur, l’euphorie, l’humour n’étaient pas que dans le scénario, et sont contagieux.

Il va suivre les comédiens parmi les plus célèbres du cinéma français des années 60-70, et toute une équipe de cascadeurs, décorateurs, figurants, d’abord dans une ambiance bourguignonne festive, entre Meursault, Beaune et Vézelay, puis dans le Cantal, pour enfin se faufiler dans la fourmilière des studios de Boulogne-Billancourt.

Le livre de Vincent Chapeau se déguste comme un bon repas – entrée, plat, dessert – servi avec une bonne bouteille : photos, documents d’archive, lettres, extraits du scénario, repérages géographiques, et évidemment, anecdotes.

Bons repas, bonne humeur et anecdotes de tournage

Comme je l’ai dit plus haut, le périple commence en Bourgogne, et on suit avec délectation les journées de tournage qui s’achèvent soit en dégustations de repas gastronomiques (et autres escargots), soit en visites de caves de la région.

On y attend Bourvil oublié sur la départementale à la fin de la journée par le régisseur, on y observe De Funès faire ses emplettes en verres à vin.

On assiste à des accueils d’habitants toujours fébriles et enthousiastes, à un tournage où chacun des deux larrons émerveillent par leur talent comique, Bourvil toujours chantonnant et de bonne humeur, et qui s’applique à dérider un De Funès taciturne en l’appelant « mon petit poussin »…

Évidemment il y a ce qu’on connait, les anecdotes dont on a forcément entendu parler et qu’on relit avec plaisir, et puis il y a les choses que l’on apprend – ou plutôt que j’ai apprises :

Pêle-mêle :

  • les répétitions harassantes de De Funès pour faire un bon chef d’orchestre,
  • la colère de Terry Thomas à l’idée de devoir tourner une prise supplémentaire dans les eaux froides du zoo de Vincennes,
  • la mort de Gil Delamare, roi des cascadeurs, au beau milieu du tournage, mais sur un autre tournage,
  • les visites de Michèle Morgan à Gérard Oury d’un plateau à l’autre des studios de Billancourt,
  • les difficultés et les tractations pour réussir à tourner dans l’Opéra Garnier,
  • les reconstitutions en studio de la loge présidentielle de l’opéra, des égouts de Paris, des chambres de l’hôtel du globe,
  • le trac de Marie Dubois pour son premier jour de tournage,
  • l’estime et le respect mutuels, et communicatifs, d’un réalisateur et de ses deux acteurs principaux

Le tout suscite en nous, à la lecture de ce livre, une pêche incroyable. On est heureux d’observer ces coulisses, d’assister à ce bonheur, parfois mêlé évidemment d’angoisses professionnelles et d’incertitudes, et on se sent privilégié de pouvoir le faire. Les plus âgés (et pour le coup les plus chanceux) d’entre nous, se rappelleront à cette lecture la sortie en salles de La Grande Vadrouille.

Je me contenterai, personnellement, de tenter une nouvelle fois de me souvenir de la première fois, de la première fois où j’ai vu un bombardier anglais traverser l’écran, se croyant au-dessus de Calais et apercevant la Tour Eiffel. De la première fois où j’ai vu De Funès diriger Faust, de la première fois où j’ai vu Bourvil repeindre une façade.

Et je me souviendrai aussi de tous les films suivants, des uns et des autres. Du Cercle rouge pour l’un, de La Folie des grandeurs pour l’autre…

Et je garderai en mémoire l’impression ultime que m’a laissée ce livre, celle de feuilleter un album de famille, entourée par des êtres exceptionnels par leur talent, leur richesse, leur douceur et leur simplicité.

Et je remercierai, encore une fois, La Grande vadrouille d’exister.

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Le comique hyperactif

Le 27 janvier dernier, était commémorée la disparition, il y a trente ans, de Louis de Funès.

À cette occasion, et depuis fin 2012, de nombreux ouvrages ont été publiés : les inévitables témoignages des enfants sur leur père disparu – Louis de Funès – Ne parlez pas trop de moi les enfants ! – les biographies (j’en ai repéré au moins trois différentes en librairie) et les études, les iconographies, les ouvrages thématiques (sur La Grande vadrouille, entre autres), et au moins deux dictionnaires : Le Dico fou de Louis de Funès et Louis de Funès de A à Z.

De Funès de A à Z

Parmi tout ce choix, j’ai choisi l’un des dictionnaires : Louis de Funès de A à Z, pour plusieurs raisons. D’abord, aucune des biographies ou études proposées ne me tentaient sur le sujet. Ensuite, je suis toujours un peu réticente face aux témoignages des enfants d’artistes, qui se décident par miracle à publier un témoignage à date fixe, et généralement anniversaire. Bien-sûr, il y a des exceptions, et comme promis, j’y reviendrai. Enfin, la couverture du Dico fou ne m’attirait pas du tout. Ce dernier fait partie de la collection d’ouvrages publiée par un éditeur BD, et le mélange des genres, en tout cas, celui-ci, BD et cinéma, dans ce cas précis, ne m’a pas séduit.

Bref, j’ai choisi un dictionnaire, parce que j’aime bien les dictionnaires thématiques, comme je l’ai déjà laissé entendre et, là encore, j’y reviendrai. Louis de Funès de A à Z, de Bertrand Dicale, est paru en septembre 2012, chez Tana éditions, un éditeur qui s’intéresse surtout aux livres coffrets et à la cuisine, mais chez qui on trouve aussi quelques pépites…

Louis de Funès est un comédien fait pour le dictionnaire : tout en gestes, en phrases cultes, en tics, en traits de caractères, et omniprésent dans notre culture. L’un de mes proches passait son temps à jouer à un jeu assez amusant : opposer les grandes figures. Il privilégiait forcément l’une pour mieux rejeter l’autre : Keaton contre Chaplin, Dewaere contre Depardieu, Dorléac contre Deneuve, et bien-sûr, Bourvil contre De Funès. Il opposait leur jeu, leur charisme, leur technique, et leur postérité…

J’ai passé beaucoup d’heures à choisir celui ou celle qu’il rejetait, juste pour le plaisir du débat. Il préférait Bourvil à De Funès, et j’ai souvent bataillé avec lui pour lui faire entendre que ces deux-là ne pouvaient pas être comparés : chacun sa technique, chacun sa personnalité de comique, et aussi indispensables l’un à l’autre que le clown blanc et l’auguste.

Je n’ai obtenu gain de cause qu’en citant, je crois, Truffaut, qui disait, je ne sais plus où, qu’il était beaucoup plus difficile d’être De Funès que Bourvil, parce qu’il est beaucoup plus difficile de faire rire en étant antipathique qu’en étant sympathique.

Mais revenons à nos gendarmes : ce dictionnaire. Il revendique, comme la plupart des dictionnaires thématiques, de faire le tour du savoir sur un sujet – par là même, ils sont davantage encyclopédies que dictionnaires. Ce qui m’attire, dans un dictionnaire, fait à la fois sa force et sa faiblesse, en particulier dans celui-là :

C’est la liberté de pouvoir choisir un article, puis un autre, de retourner au précédent, de sauter deux cents pages, de commencer par la dernière lettre si je veux, et de ne pas lire la première si je n’en ai pas envie. Ce dictionnaire s’ouvre avec A comme « Ah ! » pour se refermer sur Z comme La Zizanie.

Mais si je veux tout savoir du tournage du Corniaud, de la relation De Funès / Bourvil, et de la scène mémorable de la 2CV, il faut donc que j’aille d’abord à « Le Corniaud », que je passe par B comme « Bourvil », puis que j’aille voir à « Improvisation » pour enfin revenir à D comme « 2CV ». Ou alors, j’arrête de râler, et je vais m’acheter un livre estampillé « secrets de tournage du Corniaud ».

Autre petit bémol, les articles ne sont pas toujours des plus exhaustifs… lorsque l’on a un article sur un certain second rôle dans un film, on s’attend vraiment à quelque chose de complet, mais il n’y a ni les dates de naissances ou de décès, ni la filmographie (ou alors très rapidement) en dehors des collaborations avec De Funès. Je pense notamment à l’article sur Coluche. Cela est dû, selon moi, au fait que ce dictionnaire, contrairement à d’autres, n’est pas un ouvrage collectif réalisé par des spécialistes, mais plutôt l’ouvrage d’un passionné qui a fait de son mieux…

Bien-sûr, on prend beaucoup de plaisir à consulter et à lire cet ouvrage. On y apprend une foule de détails sur les grandes scènes de De Funès, sur sa vie, son parcours, ses partenaires et tout ce qui a contribué à rendre son personnage inoubliable : Ah, Box-Office, Chewing-gum, Deux chevaux, Espagne, Fou rire, Grimace, Hôtel du Globe, Il est l’or, Jardin, Langue anglaise, Mauvais sentiments, Nez, Orchestre, Public, Religieuse, Second rôle, Taille, Yeux, Zizanie.

Sur les dizaines de films dont on se souvient alors, j’en pose je ne sais combien et j’en retiens trois, comme d’habitude :

  • La Grande vadrouille, parce que c’est un monument national, et que, même si on l’a vu vingt fois à la télévision, on en rit encore (scènes favorites : l’orchestration par De Funès de Berlioz et le bain turc), et on l’achète même en DVD.
  • La Folie des grandeurs : une géniale réécriture du Ruy Blas de Victor Hugo par Gérard Oury, où rien est à jeter.
  • La Zizanie, parce que j’adore tout simplement la confrontation De Funès / Annie Girardot.

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