Etiquette d'archives: musique

Hors-série 3 : D’amours et d’étoiles. Yves Montand / Simone Signoret

Pour ce troisième hors-série de l’été, c’est à nouveau à un couple du cinéma français que je m’intéresse, même si leurs carrières respectives sont loin de s’être cantonnées aux frontières de l’hexagone.

51990336

Et pour cause, Signoret et Montand sont au cinéma ce que Sartre et Beauvoir sont à la philosophie.

Pourtant, je ne dirais pas cette fois-ci que je connais beaucoup mieux l’un ou l’autre… disons que je les connais beaucoup mieux séparés que réunis au cinéma.

Et pour ce qui est de mon capital sympathie, celui-ci est beaucoup plus détendu que pour mon article précédent. C’est donc parti pour Montand et Signoret.

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Yves Montand et Simone Signoret

Yves Montand est né en 1921. D’une famille italienne installée à Marseille, il y commence sa carrière en 1938 avant de monter à Paris en 1944. Il triomphe grâce au soutien de Piaf, dont il a fait d’abord les premières parties, et avec qui il débute au cinéma dans Étoiles sans lumière en 1945. Séparé de Piaf en 1947, il rencontre Simone Signoret en 1949 et l’épouse en 1951.

De Montand, j’ai d’abord entendu les chansons avant de savoir qu’il était acteur. J’ai été bercée dans une famille où l’on écoutait Brassens et Gainsbourg surtout, mais aussi Brel, Barbara, Piaf, Gréco et aussi Montand. J’ai connu Montand par Les Feuilles mortes, À Paris, Grands boulevards, La bicyclette, ou Au Kabaret de la dernière chance

Simone Signoret est également née en 1921. Elle débute au cinéma en 1941, apparaît comme figurante puis dans des petits rôles, obtient le succès avec Macadam (1946) et Dédée d’Anvers (1947), puis la consécration avec Casque d’or (1951).

De Signoret, mon souvenir le plus ancien, c’est celui de Mathilde dans L’Armée des ombres, un film sur la résistance pendant la Seconde guerre mondiale, d’une beauté et d’une tristesse bouleversantes.

Petit aparté avant de parler de Signoret et Montand au cinéma. Comme je l’ai indiqué, je les connais mieux au cinéma séparément que réunis. Voici donc pour chacun cinq films dans lesquels je les ai particulièrement aimés et que je vous recommande.

  • Montand
  1. Z (1969), de Costa-Gavras
  2. Le Cercle rouge (1970), de Jean-Pierre Melville
  3. La Folie des grandeurs (1971), de Gérard Oury
  4. César et Rosalie (1972), de Claude Sautet
  5. Trois places pour le 26 (1988), de Jacques Demy
  • Signoret
  1. La Ronde (1950), de Max Ophüls
  2. Les Diaboliques (1954), de Henri-Georges Clouzot
  3. L’Armée des ombres (1969), de Jean-Pierre Melville
  4. Le Chat (1971), de Pierre Granier-Deferre
  5. L’Étoile du nord (1982), de Pierre Granier-Deferre

Et ensemble, qu’est-ce que ça donne ? 5 films où ils partagent l’affiche, plus ou moins étroitement.

Un premier film en 1957, Les Sorcières de Salem, librement adapté de la pièce de théâtre éponyme d’Arthur Miller, avec un scénario de Jean-Paul Sartre. La pièce s’appuie sur le procès en sorcellerie s’étant déroulé à Salem (Massachusetts) en 1692 pour dénoncer indirectement le maccarthysme.

Ils jouent dans un deuxième film en 1965, Compartiment tueurs, de Costa-Gavras. Ils apparaissent ensuite tous les deux à l’affiche de Paris brûle-t-il ? de René Clément en 1966.

En 1970, le même Costa-Gavras les réunit dans L’Aveu, adapté du livre d’Artur London. À Prague, en 1951, un responsable du régime communiste tchécoslovaque est accusé d’espionnage et arrêté. Ses geôliers veulent lui faire avouer des crimes qu’il n’a pas commis, lui font subir tortures et privations, avant de le pousser à réciter des aveux appris par cœur devant un tribunal.

C’est à ce jour, avec Paris brûle-t-il ?, le seul film réunissant Montand et Signoret, que j’ai pu voir.

Leur dernière collaboration a lieu en 1976, avec Police Python 357 d’Alain Corneau.

Réunis dans un livre ?

Le seul livre les réunissant que je connaisse et que j’ai eu le plaisir de feuilleter est un ouvrage de Pierre Lherminier publié en 2005 aux éditions Ramsay dans la collection Ramsay Cinéma : Signoret Montand : Deux vies dans le siècle.

Montand Signoret, qui n’a malheureusement pas été réédité, est un beau livre abondamment illustré, et qui tente de couvrir toutes les facettes de ces deux carrières incroyablement riches : la chanson pour Montand, le cinéma français et international pour les deux, l’écriture pour Signoret, et l’engagement politique, également pour les deux.

À noter que durant mes recherches sur des ouvrages qui seraient consacrés à ces deux monstres sacrés, j’ai trouvé mention d’un livre de la même collection que celle mentionnée dans le premier hors-série : Les couples célèbres des éditions Solar. Un livre très logiquement nommé Yves Montand, Simone Signoret : une passion engagée, et publié en 2001 sous la plume de Nathalie Grzescak.

C’est aussi le seul couple pour l’instant pour lequel j’ai trouvé une vidéo de l’INA : http://www.ina.fr/video/CPF86634410

ainsi qu’un article sur le site de la ville de Saint-Paul de Vence.

Séparément maintenant.

Côté Montand ?

Malheureusement, je n’ai aucun livre dans ma bibliothèque sur Montand… juste le souvenir quand j’étais petite d’un documentaire qui lui était consacré, et qui avait été religieusement enregistré sur vidéocassette : « Monsieur Montand ».

Sauf erreur de ma part, il n’a jamais écrit d’autobiographie, mais j’ai trouvé trace d’un livre publié en 2001 aux éditions du Seuil : Montand raconte Montand, dont voici la description :

MONTAND NOUS A RACONTÉ SA VIE, DE L’AUTOMNE 1988 A L’ÉTÉ 1990. De la maison d’Auteuil à Saint-Paul-de-Vence, nous avons enregistré des dizaines et des dizaines d’heures d’entretien, recueilli la plus longue interview dont puissent rêver des auteurs en quête de leur personnage. Nous travaillions avec méthode, balisant les grandes parties : Piaf et Paris, Simone et Saint-Paul, Marilyn et Hollywood, Khrouchtchev et Moscou. Montand se pliait volontiers au jeu mais s’évadait sans cesse de ce carcan que nous souhaitions lui imposer. C’est un conteur. Il ne raconte pas, il joue, il met en scène, fait revivre les situations. Il ne reste pas assis devant le micro mais déambule en tous sens, gesticule, mime.

Sans doute ces entretiens seront-ils repris dans la publication annoncée pour octobre 2016 par les éditions Nouveau Monde : Montand par Montand.

Quant aux biographies et aux évocations, il y en a pléthore : depuis les souvenirs de Signoret et de sa fille Catherine Allégret, les Lettres à Montand publiées par Carole Amiel, sa dernière compagne, jusqu’aux publications régulières qui lui sont consacrés.

Sur internet, un site lui ai consacré :

http://www.yves-montand-site-officiel.com/

L’article sur Wikipédia semble également assez complet :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Montand

Quant aux vidéos, je ne résiste pas à la tentation de citer une quasi source primaire, avec le film Trois places pour le 26 de Jacques Demy, dans lequel il joue (presque) son propre rôle :

Et j’en reviens toujours à mon inévitable Blow Up :

Passons maintenant à Simone…

Côté Signoret ?

Ma bibliothèque est d’un seul coup bien plus riche, héritage familial d’une admiration profonde vouée à Signoret.

J’y trouve évidemment ses mémoires, d’une qualité d’écriture incomparable et que je recommande vivement : La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, toujours disponible dans une réédition de 2010 chez Seuil.

J’y trouve également l’ouvrage de sa fille, Catherine Allégret, Les Souvenirs et les regrets aussi, publié en 1994 aux éditions Fixot, mais depuis uniquement disponible d’occasion.

Et puis, trois autres livres (ou plutôt deux), le meilleur d’entre eux étant une biographie d’Emmanuelle Guilcher, Signoret, une vie, parue en 2005 aux éditions Privé, et rééditée en 2010 aux éditions Michel Lafon. Curieusement j’ai les deux éditions dans ma bibliothèque, allez savoir pourquoi…

Sans doute ai-je pensé, suite à la lecture captivante de la première édition que la deuxième était un ouvrage totalement différent, qui abordait un tout autre angle, et je n’ai pas pris la peine de vérifier qu’il s’agissait du même texte. Les deux livres sont donc côte à côte dans ma bibliothèque, et je n’ai jamais songé à me défaire de l’un ou de l’autre…

Enfin le dernier livre en ma possession est Simone Signoret : entre gloire et nostalgie, de Christian Dureau, publié en 2011 aux éditions Carpentier. Il s’agit d’un petit album plutôt sympathique, qui retrace la carrière de Signoret, depuis son nom de ville, Simone Kaminker, et à travers tous les personnages marquants qu’elle a incarné à l’écran : Dédée d’Anvers, Casque d’Or, Mathilde dans L’Armée des ombres

Et sur internet ?

À nouveau, pas de site officiel (à croire que décidément, de ce côté-là, les hommes sont bien mieux lotis que les femmes, si l’on excepte évidemment les sites dégoulinants d’admiration et de bonne volonté gérés par les fans…).

L’article de Wikipédia est correct mais semble perfectible, c’est du moins ainsi qu’il est évalué sur le site :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Signoret

Plus de chances en vidéo, lorsque l’on fait une recherche sur YouTube, même si cette fois, je ne peux pas appeler Blow Up à mon secours…

https://www.youtube.com/results?search_query=simone+signoret

Parmi ces résultats, j’en ai retenu un, où elle évoque elle-même sa carrière :

Un film avec Montand et Signoret

Comme je l’ai souligné plus haut, l’un des seuls films dans lequel j’ai pu voir Signoret et Montand réunis était L’Aveu, film où ils sont maris et femmes, et film où ils sont quasiment tout du long séparés, puisque London (Montand) est arrêté au début du film…

Que l’on souhaite rester dans la gravité, et l’on se tournera davantage vers les films de Signoret, L’Armée des ombres, Le Chat, ou vers les films de Montand les plus engagés et les plus sombres : Z, I comme Icare, Le Cercle rouge

Que l’on recherche quelque chose de moins noir, et l’on pourra aller de l’ironie cinglante, du cynisme des Diaboliques, jusqu’à la drôlerie, la douceur ou la fantaisie de La Folie des grandeurs, du Diable par la queue, de César et Rosalie, de Trois places pour le 26.

Et finalement, avec Signoret et Montand, séparément ou réunis, on aura fait le tour de tout un éventail d’émotions comme seuls savent en jouer les plus grands comédiens.

Et c’est sur ce constat des plus subjectifs que je vous laisse, jusqu’au prochain (et dernier) hors-série de l’été.

Laisser un commentaire

Classé dans Bibliothèque cinéphile

À la recherche de Maurice Jaubert

Voici le premier compte-rendu de lecture de la rentrée, qui arrive assez tôt, puisqu’il s’agit d’un livre paru au mois d’août, et que je garde un deuxième compte-rendu en réserve pour fin septembre ou début octobre.

Pour le titre de cet article, j’ai quelque peu hésité : il aurait pu s’appeler, en référence à l’auteur du livre « La Femme qui aimait Maurice Jaubert » (référence également truffaldienne) mais cela m’a paru quelque peu excessif… et pourtant… j’y reviendrai.

Pv31

Finalement je me suis décidée pour ce « À la recherche… » car ce livre, que je nommerai dans quelques lignes, tout en allers et en retours, tout en nostalgie et en sensations, avait quelque chose de proustien.

Truffaldien et proustien, ça y est les deux termes sont posés, ceux qui me connaissent bien savent que l’ouvrage dont je vais parler m’a plu.

Parfums, promenades et musiques

Le livre en question est un roman publié par Maryline Desbiolles aux éditions du Seuil, collection Fiction & Cie, Le Beau temps. Comme j’avais déjà trouvé il y a quelques jours, un livre consacré au cinéma dont faire le compte-rendu pour le mois de septembre, je n’avais pas prévu d’acheter ce livre…

desbiolles

Mais le premier ouvrage ne devant sortir que dans une semaine, j’ai découvert en me promenant dans le rayon fictions de ma librairie, ce roman qui se trouvait parler surtout d’un homme, beaucoup de musique, mais aussi de cinéma, et dont je ne connaissais absolument pas l’auteure.

C’est en lisant une par une les quatrièmes de couverture des nouveautés que mon attention s’est fixé sur Le Beau temps. Il y avait aussi un autre livre, dont j’ai perdu le titre, mais la lecture – déterminante – des quelques premières lignes ne m’a pas vraiment emballée. Celles du Beau temps, au contraire, m’ont saisie :

L’Ariane est une donneuse. L’Ariane, la banlieue à l’est de Nice, est une donneuse de noms. Ariane en tout premier. Ariane, Maurice Jaubert. Maurice Jaubert est le nom du collège de l’Ariane où je suis invitée pour parler avec les élèves d’un de mes livres qui met leur quartier en scène.

Passées ces quelques lignes, je me dis : un livre qui s’ouvre par la visite d’un collège… J’hésite, puis je poursuis, car je pense en moi-même que l’auteure rêve sur les noms et sur les lieux – une onomastique, en somme – et déjà je pense à Proust et à son « Nom de pays : le Nom »…

Sa visite la fait s’interroger sur Maurice Jaubert, tout comme je me suis demandée moi-même souvent qui sont les Maryse Bastié, Corentin Celton, Paul Bert ou encore Edgar Quinet en voyant leur nom dans les rues et les stations de métro.

Mais c’est en revoyant La Chambre verte de Truffaut que sa curiosité va plus loin, Jaubert occupant dans ce film une place prépondérante.

Qui est Maurice Jaubert ?

Dans La Chambre verte, une photographie, une époque et surtout une musique.

La photographie, c’est celle-ci :

jaubert chambre verte

Elle apparaît dans la chapelle des morts imaginée par Julien Davenne, le héros du film incarné par Truffaut lui-même, un homme veuf, rescapé de la Grande guerre, qui préfère se consacrer au culte de ses chers disparus que vivre parmi les vivants.

Dans cette chapelle, Truffaut a fait figurer les hommes, vivants ou morts, qu’il admirait : Cocteau, Proust, Henry James, et donc, Maurice Jaubert.

Dans la scène ci-dessus, la chapelle restaurée de Davenne s’offre pour la première fois au regard du spectateur, avec, évidemment la musique de Maurice Jaubert.

La musique de ce dernier apparaît dans trois autres films de Truffaut : L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche et L’Homme qui aimait les femmes.

Mais au moment où Truffaut utilise la musique de ce compositeur, celui-ci est mort depuis plus d’une trentaine d’années, victime malheureuse de la drôle de guerre, et même disparu d’une manière injustement idiote trois jours avant l’armistice signé par Pétain, le 19 juin 1940.

C’est donc à travers les films de Truffaut que Jaubert est connu aujourd’hui, mais aussi par son travail avec certains des plus grands cinéastes français de l’entre-deux-guerres : Jean Vigo, René Clair et Marcel Carné.

Pour Jean Vigo, il a notamment écrit la musique de l’Atalante et de Zéro de conduite :

Pour Marcel Carné, il compose la musique de Drôle de drame, Quai des brumes, Le Jour se lève et Hôtel du Nord :

(Je ne mets pas forcément ces films dans l’ordre chronologique, j’ai simplement fait la part belle à ceux que je préférais).

Je dois avouer que, pour moi, Maurice Jaubert est resté longtemps indéfectiblement lié à Truffaut. Je le savais compositeur et disparu en 1940, mais je n’avais pas fait le rapprochement entre Carné, Jouvet, Arletty, Hôtel du Nord – pour ne citer qu’eux – et Maurice Jaubert.

Je rêvais d’ailleurs sur les noms moi aussi, les titres des films de Carné étant pour moi des expressions en trois mots, avec une poétique bien particulière à faire résonner : Drôle de drame, Hôtel du Nord, Quai des brumes, visiteurs du soir, enfants du paradis (j’ôte le déterminant à dessein). Et je rêvais sur les visages : celui de Jouvet aux sourcils froncés, celui de Michèle Morgan transfigurée dans Quai des brumes, celui d’un Jean-Pierre Aumont espiègle dans l’un et fiévreux dans l’autre…

Bien-sûr, j’ai une petite préférence pour Les Enfants du paradis, fresque sur les arts du spectacle, dont Jaubert n’a pas pu composer la musique, à laquelle j’avais déjà consacré un article, et dont de temps en temps, quelques répliques me reviennent en mémoire :

« Vous êtes trop fier Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ». Alors je suis rentré en moi-même… Les imprudents ! Me laisser seul avec moi-même et ils me défendaient les mauvaises fréquentations !

Ou encore…

Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour.

Je revois Arletty descendre le boulevard du crime, tout comme je peux revoir Jouvet caresser sa fourchette dans Drôle de drame, en répétant « Bizarre, bizarre… », Michel Simon chanter « Dormez, dormez, petits moutons », et Michèle Morgan demander à Gabin de l’embrasser. Tout comme je peux aussi revoir, chez Renoir, Pierre Fresnay jouer de la flûte dans La Grande illusion, ou Paul Meurisse sortir de la baignoire des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot… il y a des choses qu’on a du mal à oublier.

Mais revenons-en à Maurice Jaubert, et plus précisément, au Beau temps de Maryline Desbiolles.

Mesures d’une vie ensoleillée

Si j’ai hésité à donner comme titre à mon article « La Femme qui aimait Jaubert » – en référence à L’Homme qui aimait les femmes – c’est parce que de la première à la dernière page, ce dont le lecteur fait l’expérience, c’est une rencontre amoureuse qui a eu lieu et n’a pas eu lieu.

Elle a eu lieu car nous y assistons, nous la voyons prendre forme et vie au fil des pages, à mesure que l’auteure explore et nous raconte la brève existence de Maurice Jaubert, qui prend plusieurs visages : Niçois, fils aimé, élève trop bon élève, amateur d’alpinisme et de voitures, étudiant en droit, soldat, musicien autodidacte devenu compositeur, intellectuel, époux et père de famille, mort pour la France… j’en oublie certainement.

Elle n’a pas eu lieu parce qu’elle reste un rendez-vous manqué, avec une figure immortelle et immortalisée mais absente, disparue, une photographie dans la chapelle des morts de La Chambre verte, où pour Maryline Desbiolles, il n’y aurait que les portraits de Jaubert, de sa naissance à sa disparition.

L’auteure n’est pas une spécialiste de musique : elle le dit elle-même, elle sait à peine lire les partitions, qui lui font l’effet d’un langage mystérieux et d’autant plus irrésistible. Elle s’attache davantage à l’homme derrière la partition, dont elle guette les moindres mouvements passés comme s’ils allaient encore advenir.

Elle suit Jaubert à la trace comme on se lancerait dans une filature. Elle nous en restitue la voix, que nous pouvons presque entendre, les mouvements, que nous pouvons presque sentir, et le regard, que nous pouvons presque croiser.

Ainsi, entre allers et retours, entre enfance et maturité, Maurice Jaubert n’est-il pas seulement compositeur de musiques des films que nous avons vus et revus, il devient à part entière un personnage de cinéma – d’une usine à rêves dans laquelle tantôt il s’éloigne, tantôt il se rapproche, flashbacks, gros plans, ralentis et arrêts sur image.

Arrêts sur image au milieu d’une promenade, qui passe par Nice, principalement, au passé (celui de l’auteur et celui de Jaubert) mais aussi au présent, par Paris, par le sud et la Provence, par l’Angleterre, par l’est fatal enfin.

Une page surtout m’a beaucoup plu, dans ce livre imprégné de poésie, de nostalgie et de tendresse :

Je regarde de nouveau À propos de Nice. Il est dit que Maurice Jaubert n’a pas rencontré Jean Vigo avant 1932. On m’a pourtant raconté que Maurice et son frère René auraient figuré dans À propos de Nice tourné en 1930. (…) je crois reconnaître Maurice parmi les endormis de la promenade des Anglais,  alangui sur une chaise, la figure posée sur sa main, la bouche entrouverte, le chapeau sur les genoux. Ce n’est sûrement pas lui, mais soudain l’innocente sieste m’annonce le dormeur du val de 1940, le dormeur soustrait au soleil du Midi, soustrait à la mer, le dormeur des futaies, de la mousse, des intermittences de la lumière, de l’ombre, il aura deux trous rouges au côté droit, son visage s’enfoncera dans la paume des bois, des Hauts Bois d’Azerailles dont la sonorité même est l’envers de Nice, de son unique syllabe, brillante, aérienne.

Les références poétiques, musicales et cinématographiques fourmillent dans ce roman, on y croise non seulement Carné et Vigo, mais aussi Ravel et Jean Giono, on s’y souvient de Rimbaud et de Proust, en attendant Truffaut.

L’auteur y mêle ses souvenirs à ceux de Maurice Jaubert, sa vie à la sienne, et partageant cette relation rêvée et privilégiée – elle nous y convie, nous amène à littéralement à vivre avec lui, avec elle – elle ne fait pas seulement de nous des spectateurs, ou les lecteurs attentifs d’une partition, mais le témoin indispensable de son amour en fuite.

2 Commentaires

Classé dans Bibliothèque cinéphile

Hors-série 4-2014 : musique et cinéma

Ouvrez grandes vos esgourdes ! Le quatrième hors-série de l’été de Cinephiledoc est consacré aux relations entre musique et cinéma, sujet déjà abordé dans un précédent article, il y a quelques mois. Je m’appuierai en partie sur le livre évoqué dans cet article pour introduire l’ouvrage dont j’ai décidé de parler aujourd’hui.

HORS-SÉRIE

Dans ma playlist de bandes originales de films, je retrouve les musiques composées par Bernard Herrmann pour Hitchcock (La Mort aux trousses, Vertigo, L’Homme qui en savait trop), par Georges Delerue pour Truffaut (La Nuit américaine), par Ennio Morricone, ou encore par John Williams.

Je peux fredonner aussi bien une chanson de Disney que la Storm cloud cantanta, toujours dans L’Homme qui en savait trop.

Dans mon précédent article sur le sujet, j’avais également évoqué, pèle-mêle, les mélodies d’Autant en emporte le vent, les compositions d’Henry Mancini pour Diamants sur canapé et Victor, Victoria, le travail de Hans Zimmer pour Gladiator.

Une introduction à la musique au cinéma

L’ouvrage que j’avais choisi à cette occasion, Les plus belles musiques de films, de Michael Swift, paru en octobre 2013 aux éditions Milan, offrait une excellente porte d’entrée au lecteur dans l’univers des musiques de films.

les plus belles musiques de films

Simple, agréable à lire, attrayant, fourni avec un CD (ce qui permet de joindre l’oreille aux yeux), il tentait de faire le tour de la question, sur un plan aussi bien chronologique que cinématographique, en s’attardant sur les films d’horreur, de science-fiction, les westerns ou encore les policiers. Une sélection de compositeurs était mise en avant.

J’avais également souligné les faiblesses de cet ouvrage, qui, sous prétexte de situer dans un contexte cinématographique et historique, tel ou tel film, perdait souvent de vue son sujet principal : la musique de film. Le livre de Michael Swift privilégiait les compositeurs hollywoodiens – exception faite de deux Italiens (Nino Rota et Ennio Morricone) et d’un français (Maurice Jarre), ces trois compositeurs ayant tout de même fait une belle carrière à Hollywood.

Une petite mention en passant de Michel Legrand et de Georges Delerue, c’est tout ce dont le lecteur mélomane devra se contenter.

Enfin, si soucieux de replacer la bande originale dans son contexte historique, l’auteur ne consacrait aux techniques de composition et au travail du musicien, que quelques citations de compositeurs, et un dernier chapitre de l’ouvrage. Il privilégiait un peu trop le cinéma par rapport à la musique : « musiques de films »… une manière, en quelque sorte, d’assujettir la seconde au premier.

Malgré ses défauts, Les plus belles musiques de films constituaient cependant une bonne première lecture sur le sujet, à approfondir.

Et puisque nous refermions ce premier livre sur les « Techniques et chronométrages » de composition, l’idéal était de trouver un livre qui se concentrait un peu plus sur les aspects techniques de cette relation musique / cinéma, et qui mettait, en somme, l’un et l’autre à égalité.

Musique et cinéma à égalité

En effet, ne serait-ce dans le titre de l’ouvrage, plus rien s’assujettit la musique au cinéma : La Musique au cinéma et dans l’audiovisuel, de Bernard Guiraud, publié aux éditions Baie des anges en janvier 2014, entend faire de la musique et du cinéma deux arts qui coexistent de manière plus ou moins paisible…

music cine couve ok

Dès le « prélude », l’auteur s’interroge sur cette curieuse relation sentimentale :

Cinéma et musique ? Un vieux couple… un couple dans lequel la musique fut tour à tour servante, accompagnatrice puis enfin collaboratrice et même inspiratrice. Un couple pas toujours en phase, mais un couple où la musique peut se mettre en contrepoint de l’image pour mieux servir l’histoire du film… leur histoire commune ! (…)

Même si la musique a rencontré le cinéma dans l’obscurité des fosses, elle en est sortie depuis longtemps pour s’installer dans la lumière des projecteurs.

Dans l’introduction, Bernard Guiraud rappelle simplement la distinction entre bruit, son et musique, montrant que, là où l’ouvrage de Swift entraînait le lecteur de manière privilégiée dans l’univers cinématographique, lui entend donner au lecteur les bases d’une analyse musicale.

Les premières pages de ce livre m’ont fait penser à l’ouvrage de Michel Chion – lui-même auteur prolifique sur la musique au cinéma – auquel j’avais consacré un article il y a quelques mois : L’écrit au cinéma. Dans ce dernier, Michel Chion s’intéressait à l’écrit diégétique (interne à l’histoire) et l’écrit non-diégétique (extérieur à l’histoire).

l'écrit au cinéma

De la même manière, Bernard Guiraud explique que la musique peut être interne au film (un musicien des rues, un chanteur de cabaret, un compositeur jouant un morceau, un disque sur un gramophone) ou externe, lorsqu’elle ne fait pas partie d’une scène et que, pourtant, elle l’accompagne.

Exploration de la musique au cinéma

Dans les pages qui vont suivre, exemples à l’appui, l’auteur va intéresser le lecteur à bon nombre d’aspects de cette relation musique / film. On y retrouvera entre autres :

  • les films sans musique ou presque (dont M le maudit, de Fritz Lang, et Le Salaire de la peur, de Clouzot) ;
  • le metteur en scène – compositeur : il revient notamment sur la carrière de Chaplin.

À l’instar de Richard Wagner, Charlie Chaplin, dans Les Feux de la rampe (1952) figure au générique en tant que metteur en scène, scénariste, compositeur et chorégraphe. (…)

Sir Chaplin qui savait jouer du violon, du violoncelle, du piano et de l’orgue, n’était pas un vrai compositeur mais plutôt un très bon mélodiste (…)

Pour schématiser, disons qu’un compositeur est une personne capable d’écrire une musique de A à Z : mélodie, contre-chant, harmonie, développement, orchestration et idéalement direction d’orchestre. Un mélodiste est une personne capable « d’inventer » un air, de le siffloter, de le pianoter et éventuellement de le transcrire sur une portée musicale, mais incapable de l’habiller : harmonisation, orchestration, etc.

  • le couple metteur en scène – compositeur, avec des relations durables et fructueuses, Fellini et Nino Rota, Hitchcock et Herrmann pendant un peu moins de dix ans, Truffaut et Delerue, Demy et Legrand, Sergio Leone et Ennio Morricone…
  • différents styles de musique et leur rapport au cinéma : musique contemporaine (avec des compositeurs ayant également contribué à l’évolution des techniques, notamment pour des films comme Farinelli), jazz, rock, ou encore chanson, comédies musicales ou films consacrés à des musiciens…
  • et également une partie incroyable sur la musique et le suspense, qui évoque, bien entendu, Hitchcock, mais aussi une scène du Amadeus de Milos Forman :

amadeus-8-f-murray-abraham-tom-hulce-wolfgang-amadeus-mozart-antonio-salieri-critique-film

Amadeus (1984) de Milos Forman propose un captivant compte à rebours, celui des dernières heures de la vie de Mozart : le compositeur allongé sur son lit dicte les notes sublimes de son Requiem au compositeur Salieri. Cette scène présentant une décomposition de toutes les parties instrumentales de l’oeuvre est d’ailleurs au passage une véritable leçon d’orchestration ! La volonté du Maître est accentuée par l’ostinato des cordes, et sa fièvre est sublimée par le rythme des notes du trombone. Mozart chante toutes les parties avec une voix fragile (en IN superposée à l’orchestre OFF) à la limite de la justesse. Salieri est subjugué par la beauté et la grandeur de l’oeuvre.

Malgré une mise en page austère, Bernard Guiraud parvient à décrypter, pour le lecteur, que ce dernier ait fait ou non des études musicales plus ou moins poussées, les techniques de composition, d’orchestration, les choix de tel ou tel musicien ou de tel ou tel réalisateur.

S’appuyant à chaque fois sur des exemples précis, et donnant parfois des extraits de portées musicales – ce que sauront savourer les mélomanes avertis – on le sent passionné par son sujet et avide d’apprendre de nouvelles choses à quiconque feuillettera son livre, comme en témoignent les nombreuses annexes :

  • une liste des plus grands compositeurs de musiques de films,
  • un décryptage des droits d’auteurs,
  • une analyse des conditions, pour les compositeurs, d’exercice de leur métier,
  • un vocabulaire musical, suivi d’un glossaire,
  • une bibliographie

Le lecteur n’est donc pas tenu d’être un spécialiste, ni même de lire cet ouvrage de manière linéaire. Il peut ainsi l’ouvrir à n’importe quelle page et tomber sur l’information, l’anecdote, qui éclaircira sa vision de tel ou tel film, de Fantasia à Out of Africa, de 2001 : l’Odyssée de l’espace à Marie-Antoinette, de Sofia Coppola…

out of africa

Là encore, le résumé que je fais de ce livre n’est pas exhaustif, mais ce que l’on peut retenir, c’est que, si Les Plus belles musiques de films, de Michael Swift, est une excellente introduction à la « musique de film », dans un contexte cinématographique, La Musique au cinéma et dans l’audiovisuel, de Bernard Guiraud, est un excellent moyen d’approfondir les relations musique / cinéma, dans un contexte plus musical.

Quelques sites internet…

C’est devenu une habitude, le Ciné-club de Caen figure parmi les sites que je regarde en premier, et bien entendu, une page de leur site internet est consacrée à la musique de film : on y retrouve les relations parfois houleuses du cinéma muet avec la musique, une partie sur la musique à Hollywood, avec quelques couples metteur en scène – compositeur, quelques paragraphes sur les films musicaux.

En fin d’article, également, une partie consacrée aux « morceaux musicaux et aux chansons célèbres » : musique classique (Mort à Venise, Senso, films de Kubrick), liens vers des pages consacrées au jazz ou au rock, et chansons de cinéma (dont le Mrs Robinson de Simon & Garfunkel dans Le Lauréat). Quelques paragraphes sur la représentation des musiciens au cinéma ainsi qu’une liste de films où la musique joue un rôle prédominant.

Autre dossier sur Internet, celui consacré par AlloCiné aux « 100 musiques de films à écouter !« , pour tous les styles et tous les goûts musicaux et cinématographiques…

Enfin, les articles de Wikipédia : Musique de film (malheureusement à l’état d’ébauche encore), Bande son, et les catégories : Musique de film et Compositeur de musique de film.

Quelques films à écouter avec les yeux…

Je vais choisir d’autres films que ceux déjà mentionnés dans l’article consacré au livre de Michael Swift.

  • J’ai parlé de Barry Lyndon pour l’histoire au cinéma, j’ai parlé de Barry Lyndon pour la peinture au cinéma… et c’est sans doute parce que je ne pouvais pas en parler pour la science au cinéma – dommage, cela aurait fait un très bon fil conducteur – que je décide d’en reparler pour la musique au cinéma. J’adore le trio de Schubert et la sarabande de Haendel que Kubrick a utilisé dans ce film, ainsi que les marches militaires anglaises… Voici la sarabande :

Ainsi que deux liens : l’un vers le trio de Schubert, et l’un vers la marche militaire.

  • J’ai revu récemment Danse avec les loups et j’ai passé plusieurs jours à écouter en boucle la merveilleuse musique de John Barry, en particulier le thème de John Dunbar, et le thème de « Two socks » (on a rarement vu un loup et un cheval être d’aussi bons acteurs, d’ailleurs !). Voici le thème de John Dunbar :

Avec en lien, le thème de « Two socks ».

  • Enfin, l’une de mes musiques préférées est celle composée par Ennio Morricone pour Cinema Paradiso, surtout le « thème d’amour »…

Belle rêverie musicale, et à bientôt !

Laisser un commentaire

Classé dans Bibliothèque cinéphile

Regarder la musique, écouter le film

Il y en a forcément une qui vous a marqué, si vous êtes cinéphile, une dont le rythme et l’émotion vous ont accompagné, une que vous reconnaissez dès les premières notes, peut-être même une que vous fredonnez sous la douche… mais j’espère pour vous qu’il ne s’agit pas de celle de Psychose !

Quelques musiques de films…

Je ne pourrais pas faire la liste de toutes les musiques de films que j’ai pu écouter à un moment, que j’ai aimé ou dont je me suis simplement souvenu, et qui figurent encore parmi mes airs préférés… Cela me conduirait aisément de Chaplin jusqu’à Harry Potter, en passant par des détours tels que Hitchcock, Jacques Demy, Disney, George Lucas ou James Cameron. Mettons que j’essaye d’imaginer un tiercé gagnant.

1. Autant en emporte le vent. Musique composée par Max Steiner. Parce que mes parents avaient le disque de la bande originale en vinyle, parce qu’au-delà du fait que l’on s’imagine très bien à la place de Vivien Leigh dans les bras de Clark Gable, c’est une superbe fresque historique, et que sur grand écran, ça en jette.

2. Diamants sur canapé et Victor Victoria. Je triche mais ce sont tous les deux des films de Blake Edwards avec la musique de Henry Mancini. Le premier, parce que j’aime la légende qui veut que la douce Audrey Hepburn se soit énervée comme jamais contre son producteur pour conserver la chanson « Moon river« , qu’elle interprétait à sa fenêtre, dans le film. Le second, parce que c’est un superbe rôle offert par Blake Edwards à sa femme Julie Andrews – Mary Poppins quelques années auparavant – et que l’histoire est délirante : une femme se faisant passer pour un homme se faisant passer pour une femme. Et en plus, c’est tordant.

3. Gladiator. Trio gagnant : Ridley Scott, Russel Crowe, Hans Zimmer. La musique que j’ai toujours sur moi. De la première à la dernière note, je la trouve magnifique, en particulier cette chanson, interprétée par Lisa Gerrard :

Et vous, quels sont les vôtres ? James Bond ? Star Wars ? comédies musicales, westerns ou airs angoissants des films d’horreur ? synthétiseurs des films SF ou reprises des grands airs de la musique classique ?

Une belle traversée musicale…

Chacun les siens. Ce qui est probable, c’est que leur simple évocation vous donnera envie de revoir le film. En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé lorsque je me suis plongée dans ma dernière lecture : Les plus belles musiques de films, de Michael Swift, ouvrage publié en octobre aux éditions Milan.

les plus belles musiques de films

C’est un livre très agréable à consulter, qui propose un voyage temporel passionnant au coeur de la relation intime entre musique et cinéma. L’ouvrage est bien écrit, richement illustré, et aborde tous les aspects de cette relation depuis la naissance du cinéma – les films des Frères Lumière – jusqu’aux plus récentes productions – Avatar, The Social Network, The Artist. Avec le livre est proposé un CD qui offre 13 extraits de bandes originales (un petit plus très appréciable).

C’est une bonne source d’informations sur les compositeurs les plus célèbres du paysage hollywoodien. La « bande originale » est toujours replacée directement dans son contexte historique et cinématographique, afin de nous faire comprendre : ce n’est pas par hasard qu’on exécute telle musique pour tel film.

Au-delà de sa construction chronologique, le livre s’attarde sur tel ou tel compositeur, depuis Erich Korngold, auteur de la musique des Aventures de Robin des bois avec Errol Flynn, jusqu’à Howard Shore, à qui l’on doit celle du Seigneur des anneaux, en passant par Bernard Herrmann, reconnu pour les musiques des films d’Hitchcock, ou John Williams, qui a composé celles de Star Wars ou de Harry Potter.

L’ouvrage revient également sur les principaux genres de films : film noir, cinéma d’horreur, comédies musicales, westerns, films SF et fantasy, fresques historiques, et leurs styles musicaux spécifiques.

… avec quelques bémols…

En dépit de toutes ces qualités, quelques défauts sont tout de même à signaler :

  • A force de vouloir situer la composition musicale dans un contexte historique et cinématographique, l’auteur perd parfois de vue – et du même coup, nous perd – ce qui est son thème principal : la musique. Il se plait plus à évoquer la propagande totalitaire, les affres du maccarthysme et du code de censure américain, la libération des moeurs dans les années soixante ou la polémique de la survie du cinéma face à Internet, plutôt que les conditions de création de telle ou telle musique, et c’est dommage.
  • Le défaut majeur reste qu’il s’agit d’un ouvrage très américano-centré : une seule double-page consacrée au cinéma de Bollywood, et à moins qu’ils n’aient fait carrière à Hollywood, ou, dans une moindre mesure, en Grande Bretagne, les compositeurs sur lesquels l’ouvrage consacre plus d’un paragraphe restent en majorité anglo-saxons.

Bien-sûr, on retrouve tous les grands : Max Steiner, John Barry, Henry Mancini, Nino Rota et Ennio Morricone (les deux exceptions italiennes), Maurice Jarre (l’une des exceptions françaises), John Williams évidemment, James Horner, Hans Zimmer et Howard Shore. Mais j’ai trouvé dommage qu’il ne soit fait mention qu’en passant de Michel Legrand ou de Georges Delerue.

J’ai eu par contre quelques belles surprises : l’éloge sans restriction de ce fameux Victor / Victoria que j’évoquais plus haut, quelques lignes évidentes sur Barry Lindon, La mélodie du bonheur, quelques Disney (je cite pèle-mêle, d’après mes souvenirs), et surtout la mention de ce film de Ken Russell (cinéaste controversé), Music lovers (La Symphonie pathétique), consacré à la vie de Tchaikovsky, et que je peux enfin trouver en DVD.

Dans les coulisses, enfin !

Le dernier chapitre « Techniques et chronométrage » donne enfin un aperçu du travail colossal que doit réaliser un compositeur de musique de film :

« Tout l’exercice consiste à mettre le film en valeur, enrichir l’expérience du spectateur et aider le réalisateur dans sa création. »

et l’ouvrage est ponctué de réflexions des compositeurs sur leur travail. En définitive l’ouvrage, malgré ses défauts, reste un bel objet, agréable, instructif, même s’il aurait pu être mieux pensé et mieux construit… Un joli morceau, en quelque sorte, avec une ou deux fausses notes…

Il n’en reste pas moins naturel de clore cet article par une citation de l’homme dont, à chaque fois que l’on regarde Les Dents de la mer (c’est lui), Indiana Jones (encore lui), Star Wars (re lui), Harry Potter (toujours lui), on se dit qu’il a des doigts d’or :

« Presque tout ce que nous faisons est éphémère et trop vite oublié, y compris par nous-mêmes, alors qu’il est si gratifiant d’avoir fait quelque chose qui reste inscrit dans la mémoire collective. »

John Williams peut être rassuré, on ne risque pas de l’oublier…

7 Commentaires

Classé dans Bibliothèque cinéphile

Projets, affichages et autres joies administratives…

Comme je l’avais annoncé dans un précédent article, j’ai quelques idées que je souhaite mettre en application cette année au CDI. J’ai profité du week-end et de ce début de semaine pour les formaliser.

Les inévitables projets du CDI

Je ne sais pas pourquoi, mais l’élaboration de ce document m’était complètement sorti de la tête durant tout le mois de septembre. Sans doute parce que, jusque-là, je fournissais toujours le dit document à mon arrivée dans un établissement. Le fait de n’être plus la « petite nouvelle » m’aura donc fait zapper, pendant un bon mois, la rédaction de mes « projets du CDI » pour 2013-2014.

Nouvelles

Pour construire ces projets, je m’appuie à la fois sur :

  • le projet d’établissement (s’il existe : dans le cas de mon collège, nous n’avons pas de projet d’établissement, mais un contrat d’objectif qui remonte à 2009) et le projet académique ;
  • les textes officiels portant sur les missions des professeurs documentalistes (circulaire de 1986, rapport Durpaire, PACIFI et Vadémécum, et le tout récent Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation) – les liens de ces documents se trouvent dans le document cité plus bas ;
  • mon bilan d’activités de l’an passé et mes constatations sur le terrain face à la fréquentation, aux activités et aux projets menés ou à mener.

A partir de là, j’établis trois axes de priorités, qui découlent à la fois de mes missions et de mes observations. Pour cette année, les priorités sont donc :

  1. Diversifier l’accès aux ressources en proposant une offre documentaire variée (un axe que j’avais déjà l’année dernière mais que j’approfondis)
  2. Créer des conditions d’accueil de tous les élèves, favoriser l’ouverture culturelle et l’acquisition de connaissances et de compétences
  3. Accroître la visibilité du CDI et de l’établissement auprès de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative et sur l’extérieur

Le document complet fait trois pages, et, pour les courageux, le voici sous format PDF :

Projets du CDI – Collège Jean Mermoz

Dans la foulée, j’en ai profité pour détailler deux projets que je compte mettre en place cette année.

Projet CLA et atelier « Histoire du cinéma »

L’année dernière, j’avais monté un projet avec le professeur référent de la classe d’accueil – les élèves primo-arrivants qui ne parlent pas français. Il s’agissait d’un atelier lecture-écriture par lequel des ouvrages courts et d’accès facile (parfois bilingues) étaient mis à disposition des élèves. Ils devaient répondre à des questions en français sur ces ouvrages, par l’intermédiaire d’un blog (pour le détail du projet, voir ici ; pour le blog, voici son adresse). Le but était de les amener progressivement à l’écriture d’une histoire en français.

A la fin de l’année, j’ai également assisté à des exposés des élèves sur leur pays d’origine – c’était fabuleux d’en voir certains chanter ensemble leur hymne national – et chacun de ces élèves a reçu un livre en cadeau, pris sur le budget du foyer.

Cette année, je voulais monter un projet également avec ces élèves autour de la communication, en les faisant venir systématiquement une heure par semaine au CDI. Communication visuelle, orale et écrite, et personnelle. Voici le détail du projet :

Présentation du projet CLA 2013 2014

A terme, j’aimerais faire venir un conteur et offrir, comme l’an passé, un livre à chaque élève de la classe d’accueil.

cinema-studio_~k11406471

En ce qui concerne l’atelier « Histoire du cinéma », j’en avais brièvement parlé dans un précédent article. Il s’agirait de présenter aux élèves une sélection d’extraits de films appartenant à la même thématique (humour, science-fiction, guerre, péplum, policier et suspense, etc.) et de les faire réagir. J’ai détaillé ce projet dans ce document :

Atelier Histoire du cinéma

Fête de la science

Du 9 au 13 octobre a lieu la Fête de la science. A cette occasion, nous organisons, la collègue de physique-chimie et moi-même, avec le soutien d’une bonne partie de l’équipe, un concours qui prendra la forme d’une chasse aux trésors. J’en dévoilerai le détail complet dans un prochain article.

Tout ce que je peux dire, pour l’instant, c’est que les élèves auront à résoudre des énigmes qui toucheront à tous les domaines de la science (culture générale, physique, sciences de la vie et de la terre, technologie, mathématiques, santé, énergie, développement durable). Les trois premiers remporteront un prix.

Le point de départ est prévu mardi prochain au CDI et s’appuiera sur l’inévitable exposition consacrée à la Fête de la science et présentant des ouvrages du CDI.

D’ici là, j’aurais parsemé le collège d’affiches qui ressembleront à peu près à ça :

Concours Fête de la science version blog

Musique au CDI, la suite !

La bonne nouvelle de la journée, c’est que, suite à quelques craintes concernant le droit d’auteur, j’ai contacté l’antenne départementale de la SACEM, me disant que la musique classique au CDI, c’était tout de même une plus-value, et tant qu’à faire, mieux valait que cela soit légal.

Bref, je tombe sur une dame, et je vous restitue l’échange :

« Bonjour, je suis professeure documentaliste au collège Mermoz… et je voudrais diffuser de la musique classique au CDI. Pourriez-vous me renseigner ?

– Oui, quel type de musique voulez-vous diffuser ?

– Eh bien principalement des symphonies et des concertos.

– Mais tout ça c’est libre de droits.

– Comment ça ? Vous voulez dire que je peux piocher un CD de Vivaldi chez moi, et le diffuser sans payer de droits ?

– Oui, bien-sûr, le compositeur est mort. C’est dans le domaine public.

– Oui, je sais bien, mais je pensais que la maison d’édition, le chef d’orchestre, les interprètes, pouvaient toucher des droits…

– Non, tant que vous ne passez que ce style de musique, c’est libre de droits. »

Bref, assez interloquée que les choses soient finalement aussi simples, et sans aucune démarche administrative, subtilité, ou lâchage de sous supplémentaires, je suis tout de même très contente de pouvoir continuer à faire découvrir Beethoven et Brahms aux élèves, et de plus, en toute légalité. Si c’est la SACEM qui le dit !

6 Commentaires

Classé dans Tics de doc