Etiquette d'archives: science-fiction

Promenade cinéphile d’automne

Avant de parler sur ce site (il faut que je m’habitue, même si l’en-tête reste toujours « blog ») de calendrier de l’avent, de stage, de formation à la recherche et de désinformation, voici une petite promenade parmi mes lectures cinéphiles de cet automne.

Cet article ne sera pas forcément très long, en effet je compte publier un dernier compte-rendu de lecture début décembre, consacré comme il se doit à Star Wars (puisque nous verrons une dernière fois sur grand écran une Carrie Fisher épargnée d’un double numérique…).

Collection BFI / Akileos : la suite

Durant une bonne partie du mois de novembre, j’ai poursuivi mes lectures de la collection du British Film Institute, traduite et publiée chez Akileos.

Après Rio Bravo, que j’avais adoré, et Retour vers le futur, qui m’a quelque peu laissée sur ma faim, je me suis plongée dans les deux livraisons suivantes (je garde celle consacrée à Star Wars pour mon mini compte-rendu de décembre, vous l’aurez compris…).

Ces deux livraisons étaient, dans le désordre (puisqu’elles sont numérotées 6 et 9 dans la collection) : Le Voyage de Chihiro, de Andrew Osmond et Blade Runner, de Scott Bukatman.

Les deux lectures, chacune à leur manière, m’ont emballée et m’ont plongée dans l’univers cinématographique de ces deux films, aussi différents soient-ils, à la perfection !

  • Le Voyage de Chihiro

Comme avant pu le faire plus succinctement l’ouvrage consacré aux studios Ghibli dont j’ai parlé plus tôt dans l’année, le petit livre d’Andrew Osmond revient sur la genèse du film, en s’attardant davantage sur les influences de Miyazaki.

Évidemment, cela n’enlève rien à la qualité du premier ouvrage, car il analysait chacun des films du studio, quand celui publié chez Akileos se concentre sur Chihiro.

Osmond alterne l’étude de certaines scènes du film (la fameuse scène dans le train), les influences de Miyazaki (dont Alice au pays des merveilles, Le Roi et l’oiseau…) la genèse du film, la production, les méthodes de travail du réalisateur et l’ambiance des studios, la réception du film enfin, une sorte de rêve éveillé quelque peu décousu, mais auquel le rêveur adhère tout même à chaque instant, en pleine connaissance de cause.

En effet, Osmond revient sur certaines incohérences du scénario, qui ont déconcerté les critiques à la sortie du film. Il n’en demeure pas moins que Chihiro reste un bijou, un morceau de rêve dans lequel j’ai eu envie de me replonger dès ma lecture achevée.

Ce n’est pas mon Miyazaki de prédilection. Je lui ai longtemps préféré Le Château ambulant, dont la copie en DVD a fini par souffrir à force d’être regardée, et dont j’adore les personnages secondaires : Navet et Calcifer. Et j’ai un faible pour Porco Rosso, que j’ai découvert à la sortie du dernier Miyazaki, Le Vent se lève.

Mais revenons-en à ce petit livre. Ce qui intéresse surtout Osmond, c’est le personnage de Chihiro à proprement parler, son évolution, d’une adolescente grincheuse et renfermée en aventurière.

L’évocation suit Chihiro pas à pas, et c’est aussi ce qui donne envie de revoir le film et son univers foisonnant, ses bains et ses chaufferies, ses repas gargantuesques, le vieux Kamaji et ses noiraudes, son sans-visage, les employés grenouilles, Bô, les trois têtes bondissantes, Yubaba et Haku…

Voilà pour cette première lecture.

  • Blade Runner

L’autre ouvrage publié en octobre / novembre par Akileos est Blade Runner, de Scott Bukatman.

Même plaisir à la lecture, même envie – pas encore réalisée cependant – de revoir le film (même si depuis, j’ai vu et apprécié la suite, Blade Runner 2049, réalisée par Denis Villeneuve.

L’analyse de Scott Bukatman m’a fait penser à un livre que j’ai eu l’occasion de découvrir il y a plusieurs années, et je me suis demandée d’ailleurs si l’auteur n’y avait pas participé…

Il s’agissait de La Ville au cinéma, une encyclopédie publiée par Les Cahiers du cinéma, sous la direction de Thierry Jousse et Thierry Paquot.

Pourquoi ai-je pensé cela, alors que finalement, ce n’était pas le cas ? Parce que Scott Bukatman accorde une grande place dans son analyse à la façon dont la ville est filmée dans Blade Runner.

Autre film, autre voyage… et dont les évocations entrainent le lecteur, au-delà d’une ville toute en contrastes, brumes, obscurités et lumières, vers d’autres lieux et d’autres lectures.

On y suit le tournage évidemment, on y retrouve Fritz Lang et son Metropolis comme l’une des sources d’inspiration, mais on s’attache aussi aux pas des réplicants, entre vie et illusion, à nouveau rêve et réalité, cinéma et vérité.

Pour ce mois de novembre, voici donc deux belles lectures et deux escapades dans des mondes mi-rêvés mi-cauchemardés.

Et si on parlait de Clouzot ?

Enfin ma dernière lecture de novembre n’en est pas une. Je ne l’ai même pas commencée. Il s’agirait presque de ce qu’on pourrait appeler une erreur de casting.

Cette fin d’année a été l’occasion de rendre hommage au cinéaste Henri-Georges Clouzot, disparu en 1977. Cela a donné lieu à des rétrospectives et des publications.

En tant que cinéaste, mais également par sa personnalité, Clouzot m’a toujours fascinée.

J’ai adoré les quelques films que j’ai pu voir de lui : Quai des orfèvres, Le Corbeau et surtout Les Diaboliques.

Je garde en mémoire cette anecdote d’une spectatrice parlant à Hitchcock, à peu près en ces termes :

« Depuis que j’ai vu Les Diaboliques, je ne peux plus prendre de bain. Maintenant que j’ai vu Psychose, je ne peux plus prendre de douche. Que me suggérez-vous ? »

Réponse sans appel d’Hitchcock : « Le nettoyage à sec. »

J’ai donc cherché parmi les publications récentes quelque chose qui me raconte à la fois la vie de Clouzot, et qui me donne un aperçu, avec une iconographie relativement riche, de sa filmographie.

Le livre que j’ai trouvé est certainement un excellent livre, Le Mystère Clouzot, publié par la Cinémathèque française. Mais les auteurs axent leur analyse de Clouzot autour d’un film que je n’ai pas vu, Le Mystère Picasso.

Je ne peux donc ni parler correctement du film, ni, à plus forte raison, parler correctement du livre.

Il faudra que je vois ce film ou que je trouve autre chose, sur Clouzot, à me mettre sous la dent.

En attendant, je vous souhaite un bon mois de décembre, je vous parlerai très prochainement de deux petits ouvrages très intéressants sur Star Wars, avant mon compte-rendu #profdoc de mes activités entre le 27 novembre et le 22 décembre.

À bientôt sur Cinephiledoc.com !

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Mythes américains : westerns, Hollywood et Fifties

Mes deux lectures cinéphiles du mois d’octobre ont en commun d’être consacrées à deux films cultes américains et de représenter deux grands mythes américains : le western et l’Amérique des années cinquante.

Les films qu’elles évoquent, aussi différents qu’ils puissent être, rendent quant à eux hommage au cinéma hollywoodien, soit parce qu’ils ont été réalisés durant « l’âge d’or » d’Hollywood – et les premières images suffisent à nous embarquer dans cette période – soit parce qu’ils ne cessent d’y faire référence.

Western : entre désamour et coup de foudre

Ma première lecture n’était au départ pas très enthousiaste. L’ouvrage évoquait un genre qu’à la fois je maîtrise mal et pour lequel je n’ai pas une affection démesurée.

Par Bernard Gagnon — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6062220

À de rares exceptions près, je n’ai pas cherché à voir des westerns. Je n’ai pas vu La Chevauchée fantastique, je n’ai pas vu La Prisonnière du désert, je n’ai pas vu Le Train sifflera trois fois.

J’ai mis un temps certain avant de voir Le Bon, la brute et le truand, et Little Big Man. La seule exception notable pour moi, la seule incursion ancienne et durable dans l’univers du western, c’est Danse avec les loups, que j’adore.

C’est donc avec beaucoup de précaution et de scepticisme que j’ai commencé à lire l’ouvrage consacré à Rio Bravo par Robin Wood, et publié chez Akileos dans la collection BFI : Les Classiques du cinéma, en juillet 2017.

Vous me direz que j’ai mis quasiment 3 mois à dénicher cet ouvrage (ainsi que le deuxième de cet article) et à vous en parler. Mais une fois encore, ma veille en matière d’ouvrages sur le cinéma était quelque peu en pause, et je n’ai pas pu me ruer sur les nouveautés de cette collection, dont j’ai déjà parlé et dont je reparlerai plus bas.

J’ai donc commencé à lire…

Du livre au film, et Howard Hawks…

Deux éléments ont joué en la faveur de Rio Bravo : d’abord, l’écriture de Robin Wood. Ce petit livre d’une centaine de pages est incroyablement bien écrit. Même sans avoir vu le film, on a l’impression de le connaître et d’être plongé dans chacune des scènes que l’auteur nous décrit.

Robin Wood évoque son expérience personnelle de Rio Bravo, et replace ce film dans la filmographie d’Howard Hawks. Ayant vu Le Port de l’angoisse, auquel l’auteur compare régulièrement Rio Bravo, j’avais un élément familier auquel me raccrocher.

Voilà pour le premier élément.

Le second, c’est un collègue avec lequel j’ai parlé de ce petit livre, et à qui j’ai confié que non, je n’avais jamais vu Rio Bravo. Au terme d’une discussion où sont revenus Le Port de l’angoisse, les westerns, Hawks, les jambes de Angie Dickinson, Dean Martin et John Wayne, j’ai été convaincue de l’absolue nécessité (bon j’exagère, mais juste un petit peu) de voir Rio Bravo.

Et évidemment, je ne l’ai pas regretté. Non seulement le film m’a réconcilié avec le genre du western, mais j’ai été à la fois époustouflée par la prestation des acteurs, qu’il s’agisse des principaux et du duo John Wayne / Dean Martin, ou des seconds rôles (Angie Dickinson et Walter Brennan) mais j’ai été à nouveau emballée par l’histoire et embarquée par Hawks avec sa façon bien à lui de me faire aimer ses films.

Walter Brennan, c’est celui qui dans Le Port de l’angoisse, joue l’ami encombrant et jamais sobre de Bogart, ne cessant de demander autour de lui « Vous avez déjà marché sur une abeille morte ? ». John Wayne face à Angie Dickinson, c’est Bogart face à Bacall, qui lui dit que s’il veut quelque chose, tout ce qu’il a à faire c’est siffler…

Bref, grâce à Robin Wood, qui a su reconstituer parfaitement les scènes de Rio Bravo, et grâce à mon collègue, j’ai vu Rio Bravo, j’ai aimé Rio Bravo et j’ai eu du coup envie de revoir un western qui, depuis mon enfance, s’était logé au fin fond de ma mémoire.

Il s’agit de Bandolero !, un western sorti près de 10 ans après Rio Bravo, où, d’après mes souvenirs, James Stewart se déguisait en bourreau pour libérer ses camarades condamnés à être pendus. S’ensuivait une poursuite qui les conduisaient jusqu’au Mexique, en compagnie d’une femme qu’ils avaient kidnappé au passage.

Évidemment, les retrouvailles avec Bandolero ! ont rendu le film quelque peu plus consistant que les quelques lignes qui précèdent.

Et si parfois, après plusieurs années à idéaliser une oeuvre, on se rend compte qu’elle n’avait finalement rien d’extraordinaire, j’ai été rassurée de constater que pour moi, Bandolero ! gardait ce charme trépidant, même sans la virtuosité de Rio Bravo...

Retour vers le futur

La deuxième lecture de ce mois-ci, c’est un ouvrage d’Andrew Shail et Robin Stoate consacré au film Retour vers le futur et publié par Akileos également en juillet 2017, dans la même collection.

Retour de vers le futur fait partie des films que les gens de ma génération ont pu voir lorsqu’ils étaient soit enfants, soit adolescents, au même titre que Gremlins, les films de Spielberg, Forrest Gump, Terminator ou encore la saga Star Wars.

Ce sont des films que je n’ai pu voir que la vingtaine bien sonnée (vers 24-25 ans). À vingt ans, je connaissais mieux les films d’Hitchcock, de Truffaut et de Chaplin, et je n’avais jamais vu les films mentionnés ci-dessus.

Évidemment, j’ai pu par la suite rattraper mon retard, mais si je garde intacte l’émotion du premier Harry Potter au cinéma, je ne saurai jamais (ou seulement en discutant avec mes amis) ce qu’on peut ressentir quand on est ado et qu’on voit pour la première fois Retour vers le futur.

Malgré ce retard, j’ai pensé que l’ouvrage d’Andrew Shail et de Robin Stoate allait ressusciter en moi le charme conjugué des années 80 et des années 50, présentes toutes deux dans Retour vers le futur, et le comique, et la folie, et la fantaisie de Marty et de Doc.

Voilà sur quoi je suis tombée au lieu de ça :

« … la capacité qu’a Marty de perturber le temps désigne une curieuse accentuation post-moderne de l’expérience adolescente, qui nécessite une conscience encore plus appuyée du caractère changeant et non-euclidien d’un mode de vie occidental dépendant de la haute technologie »

Euh… what ? Accentuation quoi ? C’est quoi le caractère non-euclidien ? Vous pouvez répéter s’il vous plait, j’ai pas tout compris. Bref, voilà l’essentiel du problème de ce petit livre.

Ce dernier s’intéresse ensuite à la restitution des années 50 et à l’image qu’elle en véhicule. Une partie est aussi consacrée à la représentation de l’informatique (sans ordinateurs contrairement à d’autres films de la même époque tels que Wargames).

Il y a un très beau chapitre sur le temps, sur les voyages spatio-temporels au cinéma. Mais je n’ai pas trouvé l’explication du « caractère non-euclidien ». D’ailleurs, si quelqu’un peut m’expliquer…

S’il restitue bien l’ambiance, le contexte, les hommages du film aux années 50, le rythme frénétique du film, le tout est plombé au détour d’une phrase par cette bouillie jargonnante, qu’on ne retrouve absolument pas dans l’ouvrage de Robin Wood sur Rio Bravo.

Une petite collection qui promet

C’est la faiblesse (et pourtant la force) de cette petite collection de Akileos. Une collection, commencée l’an dernier avec Alien, Shining, Brazil, puis Le Parrain et Les Sept samouraïs.

Cette collection s’agrandit donc cette année de Retour vers le futur, Rio Bravo, Blade Runner (déjà sortis), Le voyage de Chihiro et Star Wars (encore à paraître, ou sur le point de l’être au moment où j’écris cet article).

À l’exception des deux premiers, sur Alien et Shining, oeuvres de Roger Luckhurst, chacun des ouvrages est écrit par un ou des auteurs différents.

C’est ce qui explique la diversité du style (et parfois même de la forme) de chacun d’entre eux. Un auteur pourra privilégier son expérience personnelle du film, analyser telle ou telle scène marquante, replacer le film dans son genre, un autre pourra privilégier une approche beaucoup plus distanciée, réflexive, se pencher sur des aspects sociologiques ou psychologiques…

Telle ou telle personne retiendra un volume en particulier, qui lui correspondra, un film culte parmi la petite dizaine que s’apprête à compter désormais cette collection. Certains préféreront l’analyse distanciée de Retour vers le futur, d’autres l’approche personnelle de Rio Bravo.

Il n’en demeure pas moins que, même si certains peuvent décevoir (et cela ne constitue pas pour autant de ma part une fin de non-recevoir), chaque élément de cette collection est une pépite.

Et j’en suis venue à les guetter comme on guette la prochaine saison de Narcos, de Stranger things ou de The Crown, car c’est aussi cette diversité qui me fait les apprécier.

Pour 11€ et quelques, j’y retrouve à chaque fois l’atmosphère d’un film, et j’ajoute à ma bibliothèque une filmographie idéale.

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En attendant le réveil de la force…

Le 16 décembre, le 16 décembre, le 16 décembre… Si j’ai un peu du mal, de tête, à faire le décompte, je suis comme beaucoup à vouloir que cette date se rapproche le plus vite possible.

Certains sont suffisamment opiniâtres pour faire un compte à rebours. Je m’y mettrai sans doute quand je verrai qu’il reste moins de 30 jours, ou mieux, lorsque nous serons au 1er décembre, et j’imaginerais presque un calendrier de l’Avent exclusivement dédié à cet événement : la sortie de Star Wars, épisode VII.

Car c’est bien cette date-là que des milliers – et je n’hésite pas à dire des millions – de gens attendent. Les puristes l’ont compris, les autres ont haussé les sourcils et resteront perplexes voire hostiles.

Tant pis pour eux ! Comme beaucoup d’autres, j’ai savouré avec bonheur les premières bandes-annonces tant attendues :

Comme beaucoup d’autres, je vais calmer l’attente en revoyant tous les épisodes de la saga, même s’il faut en passer par l’épisode I et Jar Jar Binks et l’épisode II avec Padmé et Anakin qui se roulent dans l’herbe.

J’arriverai bien évidemment trop vite à l’épisode VI, et il me faudra encore patienter avant de pouvoir découvrir ce nouvel épisode, et retrouver Han Solo, Chewie, Luke et Leia…

Alors oui, vous l’aurez compris, durant cette période d’attente, je fais la joie des éditeurs et j’observe ce qui sort en librairie sur Star Wars.

Star Wars dans ma bibliothèque…

Si je fais un rapide recensement de l’existant, en tout cas dans ma bibliothèque, je trouve trois types d’ouvrages qui abordent Star Wars de près ou de loin :

  • ceux qui lui sont exclusivement consacrés. Outre le livre dont je vais parler dans quelques instants, j’en ai trouvé deux : Générations Star Wars, publié chez Hors collection et faisant la chronique des presque 30 ans qui séparent l’épisode IV de l’épisode III ; et Star Wars : aux origines du mythe, un superbe livre qui présente les travaux des illustrateurs ayant collaboré avec George Lucas.

star wars

  • ceux qui traitent du genre cinématographique dont Star Wars fait partie. J’en ai retenu deux en particulier : Sciences et science-fiction, un ouvrage que j’avais déjà évoqué dans un de mes hors-série de l’été 2014 ; et Cent ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction, de Jean-Pierre Andrevon, un spectaculaire et incontournable pavé sur le sujet, également mentionné dans un article du blog

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  • enfin, les livres qui évoquent moins cet univers que son public et ses amoureux, et je pense surtout à l’excellent livre de David Peyron, Culture Geek. Il y a aussi le Gastronogeek, sur lequel je reviendrai en fin d’article. J’ai enfin quelques ouvrages qui évoquent Star Wars à titre d’exemple, pour la musique de films ou pour les décors… et je pense avoir fait à peu près le tour, même si les références sur Star Wars se comptent par dizaines et même si ma bibliothèque fait pâle figure à côté…

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Quant aux ressources en ligne, évidemment il y a pléthore :

Bref, que je vadrouille en ligne ou que je parcours ma bibliothèque, j’ai (presque) de quoi ronger mon frein… Et je peux aussi me plonger dans les publications récentes des éditeurs qui surfent sur la vague.

Don’t feed the troll

Cette fois-ci, cependant, je ne me suis pas lancée dans la lecture de ce qu’on appelle, par abus de langage selon moi, un « beau livre » : j’ai choisi un petit ouvrage, modestement illustré, sans fac-similés et autres trésors déterrés, mais tenant dans un sac et prompt à donner envie de revoir l’un ou l’autre des épisodes et de suivre tel ou tel personnage de la saga.

Il s’agit de Star Wars : une saga, un mythe, de Laurent Aknin, paru en septembre 2015 aux éditions Vendémiaire.

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J’ai choisi ce livre à la fois pour son sujet, plus prosaïquement pour sa taille, et aussi parce qu’il était l’œuvre d’un auteur que je connaissais déjà, puisqu’il avait publié en 2012 Mythes et idéologie du cinéma américain, réédité chez Vendémiaire en 2014, et dont le compte-rendu sur le blog avait suscité un débat légèrement houleux.

Sources : http://www.livres-cinema.info/livre/5625/mythes-et-ideologie-du-cinema-americain

J’ai décidé de lire à nouveau un livre de Laurent Aknin, et d’observer si j’en ressortais avec le même ressenti que pour son opus précédent, qui, ma foi, m’avait beaucoup plu, mais qui ne faisait pas l’unanimité dans les commentaires de l’article que je lui avais consacré.

Et comme notre ami a l’air de nourrir une passion pour les mythes, j’ai eu l’impression que celle-ci était contagieuse, je lui ai donc laissé sa chance.

Un abécédaire non exhaustif de Star Wars

Cet ouvrage, Star Wars : une saga, un mythe, n’ambitionne pas de couvrir de manière synthétique l’ensemble de l’univers réalisé puis produit par George Lucas.

Il cherche cependant à comprendre de quelle manière Star Wars constitue un matériel cinématographique à la fois profondément original (une double et bientôt une triple trilogie, un film issu de l’imaginaire d’un auteur mais commercial, une œuvre destinée aux enfants aussi bien qu’aux adultes…) et s’appuyant sur, comme l’annonce la quatrième de couverture, le « plus vieux fonds légendaire de notre humanité ».

Sous forme d’abécédaire, il va donc tout autant décoder les racines des Jedis, de la Force, l’influence du mythe arthurien ou des cultures asiatiques sur la saga, et le fait que Star Wars fait désormais figure de mythe à part entière, avec produits dérivés et univers étendu.

L’ouvrage s’ouvre sur le processus d’ « agnition » (reconnaissance de deux personnes ou plus, avec notamment la célèbre phrase de Dark Vador (Darth Vader) à Luke Skywalker, « Je suis ton père »), et se ferme, comme il se doit, avec la figure de Yoda.

On y retrouve d’autres entrées, dédiées aux personnages, ainsi que l’explication de plusieurs points emblématiques de la saga : combats, couples, droïdes, élu, empire et dictature VS république et démocratie, fantasy et science-fiction, immortalité, initiation, ordre Jedi, padawan, religion, ou encore sabre.

Avantages et inconvénients de l’abécédaire

L’avantage de ce livre est qu’il offre une vision synthétique et très accessible de l’univers de Star Wars, même pour celui (voire surtout pour celui) à qui cet univers est complètement étranger.

Les références sont claires, le propos bien documenté, et pour le spectateur averti, le texte de Laurent Aknin est une excellente mise en bouche à un revisionnage scrupuleux des six épisodes actuels de la saga.

Cependant, j’ai relevé deux petites faiblesses dans le projet de l’auteur. La première, c’est que le fan absolu de Star Wars – ou même celui qui a une vision ne serait-ce que distanciée et cultivée de l’œuvre – va certes apprécier de retrouver tous ces éléments familiers, mais qu’il ne va pas forcément y faire beaucoup de découvertes.

Personnellement, j’aurais aimé que l’auteur approfondisse davantage et se pose plus en spécialiste des mythes (d’un point de vue littéraire et culturel) qu’en critique et historien de cinéma. Certes, j’ai appris des choses, ou plutôt l’auteur a confirmé ce que je pressentais des influences de George Lucas, mais il m’a aussi laissée quelque peu sur ma faim…

Et cela tient principalement à la forme que prend son ouvrage, ce qui en constitue la deuxième faiblesse. Certes, le fait d’organiser le livre en abécédaire permet un cheminement facile du lecteur et une lecture non linéaire.

Mais justement, au lieu d’un propos linéaire et plus approfondi, ce qui faisait la force du précédent texte de Laurent Aknin, Mythes et idéologie du cinéma américain, les différentes entrées m’ont fait ressentir les répétitions de certaines d’entre elles, et de certains angles d’attaque de son propos : ordre Jedi, chevalerie, et padawan, les nombreuses occurrences du mythe arthurien, l’influence des samouraïs et du bushido, pour ne citer qu’eux…

J’ai cependant bien conscience qu’il est très facile (trop facile) de critiquer un livre sur sa forme, et l’auteur rappelle parfaitement en introduction le caractère subjectif et non exhaustif de sa démarche. Il y évoque d’ailleurs de manière personnelle et, selon moi, très complice, son expérience cinéphile de la trilogie et de la prélogie.

Star Wars : une saga, un mythe reste, comme je l’ai déjà dit, une bonne entrée en matière et une bonne piqûre de rappel pour les amateurs de Star Wars, qu’ils soient eux-mêmes apprentis, chevaliers ou maîtres…

Vous avez dit mise en bouche ?

Pour finir, comme je l’ai mentionné plus haut, je reviens rapidement sur un ouvrage de ma bibliothèque qui évoque Star Wars sous un aspect culinaire. Il s’agit du Gastronogeek, que j’avais brièvement évoqué dans mon article de Noël dernier.

Gastronogeek

Dans ce livre de recettes consacré à l’univers geek, où se côtoient Le Seigneur des anneaux, Retour vers le futur et Doctor Who (pour ne citer qu’eux), le lecteur – cuisinier ou non – trouvera des idées d’expériences gastronomiques inspirées de Star Wars, à savoir :

  • la salade de la Lune forestière d’Endor ;
  • le Spatioporc de Mos Eisley ;
  • et le Dôme de Hoth.

gastronogeek-livre-des-potions

Très récemment (en septembre 2015), l’un des auteurs du Gastronogeek, Thibaud Villanova, et Stéphanie Simbo, ont sorti chez le même éditeur, Hachette cuisine, un deuxième ouvrage consacré aux recettes geeks, et cette fois-ci dédié aux boissons, soupes et autres milk-shakes, Le Livre des potions. Pour Star Wars, vous y retrouverez :

  • La Corellia, un cocktail à base de whisky, de bière ambrée et de cumin ;
  • et le Ragoût de racines de Dagobah.

D’ici le 16 décembre, je vous souhaite donc de bonnes lectures, de bons revisionnages ou de bonnes découvertes, et de bonnes expérimentations culinaires.

À très vite !

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Hors-série 1-2014 : sciences et cinéma

Bonjour à tous.

Comme annoncé dans le précédent article, voici le premier des hors-série de l’été de Cinephiledoc. Cet été, les hors-série seront consacrés aux relations du cinéma avec les autres disciplines artistiques et culturelles.

HORS-SÉRIE

Dans chacun des articles, je proposerai deux références principales : un livre et un site internet, ainsi que d’autres références secondaires et pouvant avoir déjà été abordées dans d’autres articles. Enfin, à chaque fin d’article, je donnerai trois suggestions de films sur le sujet.

Sciences et cinéma

Avoir une formation littéraire n’empêche pas nécessairement d’être fasciné par la représentation des sciences dans les arts, au contraire, et ce, quelles que soient les sciences impliquées : la cartographie – une représentation des mondes réels ou imaginaires – les mathématiques, la physique, l’informatique.

BlakeMortimerPiege

C’est peut-être d’ailleurs parce qu’ils donnent une représentation visuelle de la science que le littéraire chevronné va se tourner vers des modes d’expression tels que la bande-dessinée – ah, les inventions de Tournesol et les théories incroyables de Blake et Mortimer – les séries télévisées (suivre les aléas de l’adaptation à l’intelligence sociale de Sheldon Cooper dans The Big bang theory), et surtout les films.

Voir des scientifiques à l’écran faire des découvertes majeures ou griffonner à la craie des équations qui nous restent bien-sûr très obscures – tout comme certainement aux comédiens qui les incarnent – donnent l’impression, et peut-être seulement l’impression, de toucher du doigt les mystères de la science.

Et quoi de mieux qu’un ouvrage édité par Universcience pour les éclaircir ?

Sciences et univers imaginaires

La référence que je vous propose aujourd’hui est Sciences et science-fiction, ouvrage collectif publié en octobre 2010 aux éditions de la Martinière et Universcience. Il s’agissait du catalogue de l’exposition présentée à la Cité des sciences « Science et fiction, aventures croisées ».

sciences et science fiction

Bien que centré sur le genre de la science-fiction, ce livre propose un voyage thématique au coeur de différents espaces scientifiques, littéraires et cinématographiques. Comme l’indique Bruno Racine dans l’une des préfaces :

Nourrie d’imaginaire scientifique au sens large, la science-fiction part à la rencontre des « futuribles » – des futurs possibles – pour mieux nous renvoyer à notre humanité. (…)

La science-fiction envahit aussi le grand écran dès les début du cinéma, et renforce par là sa présence dans les collections nationales grâce aux spectaculaires affiches de films. Les grands classiques comme Metropolis de Fritz Lang, Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise ou La Machine à explorer le temps de George Pal sont là pour attester que les images qu’elle engendre ne cessent d’exercer leur pouvoir d’attraction.

Quels sont les petits plus de cet ouvrage ?

  • d’abord sa structure. Comme je l’ai dit, il propose différentes thématiques que le lecteur ne va pas forcément aborder de manière linéaire. Il peut prendre le livre par un bout, le laisser de côté, et le rouvrir à un tout autre chapitre. Trois parties principales : « L’espace-temps », « L’homme » et « Les machines ». Au sein de ces trois parties, on retrouve entre autres le voyage dans le temps, les dystopies, les extraterrestres, les vaisseaux spatiaux ou encore les robots.
  • ensuite son iconographie, extrêmement riche : gravures anciennes, couvertures de livres, affiches et images de films, et respectant également l’organisation thématique de l’ouvrage (des planches entières sont consacrées aux villes, aux robots ou aux vaisseaux spatiaux). Un vrai régal visuel !
  • son incroyable érudition. L’ouvrage est rédigé par des spécialistes qui sont soit des scientifiques, chercheurs entre autres au CEA* ou au CNRS, soit des auteurs ayant travaillé sur la science-fiction ou ayant eux-mêmes publié des livres de SF. Tous les sujets sont traités sous un angle non seulement scientifique, mais également philosophique et plongent au coeur de l’histoire de la pensée humaine, comme en témoigne notamment le chapitre consacré aux mondes imaginaires, « De l’utopie à l’uchronie : petite cartographie des mondes meilleurs ».
  • enfin, le petit plus de l’ouvrage que j’ai apprécié, c’est en annexe, une chronologie mêlant découvertes scientifiques, publications d’ouvrages et sorties de films.

Les petits points faibles, parce qu’il faut bien pinailler…

  • la science-fiction étant avant toute chose un genre littéraire, l’ouvrage se concentre principalement sur les références de la science-fiction (Wells, Asimov, Philip K Dick), n’accordant au cinéma qu’une valeur trop souvent illustrative – l’iconographie abonde d’affiches de films, d’images de Metropolis, Matrix, Star Wars ou Avatar. Vous me direz que c’est bien normal, puisque les films sont souvent les adaptations d’ouvrages de SF… mais tout de même, j’ai trop rarement savouré dans ce très bel ouvrage des analyses de cette sorte :

Dans Metropolis, la figure du robot s’inscrit en fait dans une tradition littéraire. Le « Machinenmensch » de Fritz Lang tire son apparence et sa fonction de l’Hadaly de l’Ève future de Villiers de L’Isle-Adam. Cette armure étincelante qui peut prendre forme humaine est une projection anthropomorphe du procédé de la photographie argentique. Quant à la fausse Maria, elle hérite du caractère monstrueux et du destin funeste de la créature de Frankenstein de Mary Shelley. Les robots au cinéma sont une famille aux profils et tempéraments fort différents mais qui empruntent et recombinent les éléments des mêmes archétypes : il y a le monstre qui échappe au contrôle de son créateur et en révèle l’ « hubris » (démesure), le serviteur dévoué qui suscite son amour ou son asservissement et la marionnette pleine d’aspiration à l’humanité.

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  • enfin, l’autre petit bémol tient au titre lui-même de l’ouvrage : sciences et science-fiction, et non pas sciences et fiction ou sciences et cinéma… mais cela reste secondaires par rapport aux qualités indéniables de ce livre.

D’ailleurs, si vous souhaitez compléter la lecture de Sciences et science-fiction par d’autres textes consacrés à la science-fiction, vous pouvez aller consulter les autres articles de Cinephiledoc sur ce sujet :

Et si les relations entre science-fiction et sciences vous intéressent, je vous recommande les conférences de Roland Lehoucq, chercheur au CEA, dont voici un petit exemple :

Et la science au cinéma, dans tout ça ?

Si, davantage encore que la science-fiction, c’est la science proprement dite qui vous intéresse, et sa manière d’apparaître au cinéma, je vous recommande deux sites internet.

Le premier est Sciences au cinéma : Quand le cinéma parle de sciences. Il propose de très nombreux articles sur des films, des séries télévisées ou des thématiques (voir justement la rubrique « Thématique » avec notamment les articles consacrés à « La vie des scientifiques sur (grand) écran »).

J’ai découvert ce blog juste après avoir vu le film Un homme d’exception, avec Russell Crowe, sur la vie du mathématicien John Nash et sur son travail sur la théorie des jeux. L’auteur du blog a également publié des articles sur les relations entre Harry Potter et la génétique, et plus récemment, sur la série Real humans.

Le deuxième site est Maths et tiques, qui consacre une page aux maths dans le cinéma. On y retrouve bien-sûr Un homme d’exception, mais aussi le film Pi ou encore Will Hunting.

Source : Allociné

Source : Allociné

Pour finir avec cette petite sélection de sites internet, voici justement quelques articles et vidéos qui se sont penchés sur la représentation d’internet au cinéma – autrement dit, souvent, sur comment des forcenés à lunettes parviennent à changer le monde en tapant frénétiquement sur un clavier d’ordinateur des codes qui demeurent obscurs aux êtres humains lambda – le code ayant remplacé l’équation à la craie dans ce qui rend la science glamour et mystérieuse au cinéma…

Evidemment pour chacune des sciences – mathématiques, physique, informatique, Wikipédia y va de ses petites catégories : Mathématiques au cinéma, Cinéma et espace, Informatique et cinéma.

Voilà pour cette petite sitographie, bien plus riche que prévue initialement… j’essaierai de faire de même dans les hors-séries à venir.

3 films à voir sur les sciences au cinéma

Pour finir, comme promis, une sélection de films évoquant les sciences au cinéma (avec un petit plus à la fin – je triche avec le chiffre 3). J’ai choisi trois films qui n’ont pas été du tout abordé dans cet article.

  • d’abord un souvenir d’enfance, le film Les Palmes de Monsieur Schutz de Claude Pinoteau, retraçant l’arrivée à Paris de Marie Curie, sa rencontre avec Pierre Curie et leurs découvertes du Polonium et du Radium.
  • ensuite, une comédie romantique (et oui : vous imaginez comme c’est glamour, mignon et sexy les maths ? en particulier les nombres premiers ?). Leçons de séduction, un film de Barbra Streisand AVEC Barbra Streisand et Jeff Bridges. Ou comment une prof de littérature célibataire met le grappin sur un prof de maths brillant mais coincé.
  • enfin, parlons un peu d’informatique, de codes et de réseaux sociaux, pour revoir le fabuleux The Social Network qui suit les traces de Mark Zuckerberg dans la création de Facebook.

Enfin, (et cette fois-ci un vrai enfin, parce que, oui, j’ai triché), la série qui représente selon moi le mieux la science, ou plutôt le fonctionnement de l’intellect, c’est, à consommer sans modération, Sherlock, série britannique produite par la BBC et replaçant les aventures de Sherlock Holmes dans le Londres actuel.

Bonnes lectures, bons films, bonnes cogitations et à très bientôt pour le 2e hors-série !

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Psychologie sociale du cinéma américain

Une oeuvre, littéraire, cinématographique, picturale, musicale ou philosophique, est toujours le fruit d’un contexte de création. Qu’il le veuille ou non, son auteur sera le plus souvent  influencé par la société qui l’a vu naître, et par le regard qu’il porte sur cette société. Rien ne sert de généraliser bien entendu, et je ne veux pas rentrer dans des propos sociologiques et critiques dans lesquels j’excelle bien moins que d’autres.

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Toujours est-il que généralement, on distinguera aisément le cinéma américain du cinéma européen et du cinéma asiatique, et que même à l’intérieur des continents, le cinéphile averti se réjouira des différences entre cinéma scandinave, français, italien ou espagnol à une même époque.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de mentalités, de certaines considérations sur les tempéraments chauds ou froids, explosifs ou contemplatifs, dépressifs ou extravertis. Il s’agit également d’étudier, en ethnologue et en sociologue amateurs, la manière dont une société et une culture sont représentées, mises en lumière par le cinéma.

Always Hollywood

Pour cet article, comme pour le précédent, je reste résolument tournée vers l’ouest, et vers le cinéma américain. Ce n’est pas faute d’avoir tenté de trouver d’autres lectures potentielles, bien que le mois de mars ait été particulièrement riche en nouvelles parutions – à commencer par les innombrables biographies de Grace Kelly, surfant sans doute sur la vague du biopic à venir avec Nicole Kidman.

J’ajoute une petite tricherie à ce choix encore une fois américain, en consacrant cet article, non pas à une nouvelle parution mais à une édition poche « revue et augmentée » d’un ouvrage sorti en 2012. Et tant pis ! Cet ouvrage est certainement le meilleur que j’ai lu sur le cinéma depuis début 2014.

Je ne suis d’ailleurs pas la seule de cet avis, puisqu’il a reçu en 2012 le prix du meilleur livre de cinéma au Festival international du film d’histoire de Pessac, comme l’indique la quatrième de couverture. J’ignorais que ce genre de récompense existait mais voilà de quoi, encore, enrichir ce blog, si chaque année ce Festival récompense des ouvrages de cette qualité !

Sources : http://www.livres-cinema.info/livre/5625/mythes-et-ideologie-du-cinema-americain

Sources : http://www.livres-cinema.info/livre/5625/mythes-et-ideologie-du-cinema-americain

Trêve de suspense, voici les références de la pépite : Mythes et idéologie du cinéma américain, de Laurent Aknin, publié aux éditions Vendémiaire en mars 2014. Savourez-le sans vous ruiner : cette édition poche est à 8 euros.

Parle peu mais parle bien !

Certes, à la lecture de ce titre, j’en perçois déjà qui font la grimace et qui craignent d’ouvrir un pavé jargonnant et prétentieux. Rien de plus faux. Non seulement cette lecture ne vous prendra que quelques jours, mais elle en sera des plus agréables : fluide, sans prise de tête, imagée et riches en exemples et en références.

Bref, érudite sans être barbante, comme peuvent l’être les conversations avec des gens passionnés par leur sujet, même si ce sujet est très éloigné de vos propres préoccupations. L’amateur explorera ce livre sans crainte, comme le littéraire chevronné pourra suivre avec intérêt les propos d’un scientifique si ce dernier y met la même passion et la même simplicité.

Mythes et idéologie du cinéma américain ne se penche d’ailleurs pas sur un sujet si ésotérique que ça : Laurent Aknin a restreint son sujet à la fois sur le plan géographique et sur le plan historique. Ainsi, les films et l’univers cinématographique auxquels il consacre sa réflexion sont ceux sortis entre 1998 et 2014.

Autre restriction : il s’agit de ce qu’il appelle le cinéma de fantasy. Sous cette appellation, il regroupe « les films de science-fiction, les péplums, les films d’horreur et les films de super-héros » – étiquette contestable et maladroite si l’on s’en tient à la définition stricte de la fantasy, et que l’auteur utilise quelque peu comme un fourre-tout, ce qu’on est en droit de lui reprocher.

Enfin, pour faciliter la lecture de son livre, il propose en fin d’ouvrage un glossaire d’une dizaine de mots (soit une double page), et une chronologie. Cette dernière rappelle, pour chaque année, les principaux événements ayant impliqué les Etats-Unis, et les films traités dans l’ouvrage (production, réalisateur, interprètes principaux, suivis d’un résumé des plus concis).

 Un condensé de l’histoire américaine, à travers le cinéma

Si l’auteur s’intéresse aux films de science-fiction et de super héros, aux péplums et aux films d’horreur, c’est pour ce qu’ils révèlent de la société américaine, de sa psychologie, de ses craintes, de ses doutes, et de la façon dont elle veut être perçue dans le monde.

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Ce qu’il étudie également, c’est la rupture entre un avant et après 11 septembre, ce qui est magistralement amené par son introduction :

En 1933, King Kong se battait contre les avions au sommet de l’Empire State Building de New York. En 1976, dans le remake réalisé par John Guillermin, Kong affrontait les hélicoptères de l’armée sur une des deux tours jumelles du World Trade Center.

On a souvent rappelé, à propos des attentats du 11 septembre 2001, à quels points ceux-ci étaient prévus, mis en scène en quelque sorte, pour les caméras. (…) Mais on peut dire aussi, d’une certaine manière, que les attentats prenaient leur origine, de manière fantasmatique, dans les oeuvres cinématographiques américaines de fiction, et surtout de science-fiction (SF), de fantastique ou d’épouvante, c’est-à-dire dans les plus pures productions d’un imaginaire collectif.

L’introduction s’achèvent sur ces quelques lignes, riches de promesses :

Que faire quand l’imaginaire est devenu réel ? Inventer un nouvel imaginaire, hanté, une fois de plus et à juste titre semble-t-il, par l’idée de la fin du monde. Pur fantasme, production d’une idéologie ou nouvelle mythologie ?

C’est cette analyse de l’invention d’un nouvel imaginaire que Laurent Aknin va proposer au lecteur, partant d’exemples révélateurs d’avant 2001 – Armageddon, Deep impact, Matrix, Gladiator, X-Men, Pearl Harbor – jusqu’à aujourd’hui, soit depuis le traumatisme de l’agression, asséchant pour un temps la source des films catastrophes, jusqu’au renouvellement des genres.

Analyse sociale et philosophique

Si ce cinéma de « fantasy » trouve sa source dans les influences les plus anciennes – ancienne version de King Kong, Metropolis pour le cinéma de science-fiction, La Chute de l’empire romain pour les péplums, épisodes d’origine des Star Wars, Star Trek, Superman et Batman – l’auteur s’intéresse en effet à ses manifestations les plus récentes.

Le propos, jamais pontifiant, toujours éclairant, associe toujours l’image du film, fidèle au souvenir qu’en a le spectateur, et la réflexion sociale, voire philosophique. S’y côtoient des thématiques telles que la grandeur et la chute des civilisations, la peur de l’autre, de l’invasion ou de l’effondrement, et le renfermement d’une société sur elle-même, autour de valeurs morales qui ont parfois (toujours ?) tendance à verser dans le conservatisme.

De cette exploration, j’ai retenu quelques étapes qui m’ont séduite – je laisse volontairement de côté le cinéma d’horreur, que je connais trop mal pour pouvoir l’aborder avec le recul nécessaire.

 Quelques exemples…

  • Le péplum

Après avoir abordé la science-fiction et les films catastrophes, l’auteur s’attarde sur les reconstitutions antiques, dans un chapitre intitulé « Magie et hantise de l’Orient : le post-péplum », chapitre qui plaira aux férus d’histoire et de mythologie. Il revient ainsi sur le fait que le péplum est, à l’aube du vingt-et-unième siècle, un genre délaissé, après le fiasco financier engendré par le Cléopâtre de Mankiewicz.

Sources : Allociné

Sources : Allociné

Gladiator, de Ridley Scott, influencé notamment par La Chute de l’empire romain, apporte un nouveau souffle au genre du péplum. Mais il est également, cinématographiquement, l’un des derniers péplums à représenter Rome en tant qu’empire, avant les attentats du 11 septembre :

Jusqu’au milieu des années 60, le péplum américain se nourrissait de deux sources d’inspiration : la Bible ou Rome (…). Gladiator, péplum d’avant le 11 septembre, est le dernier à se situer à Rome, et pendant l’Empire romain.

Rome, jusqu’alors, représentait en effet métaphoriquement les États-Unis, dans leur position de puissance dominante. Un statut qui pouvait être mis en péril par le manque de moralité ou de religion de ses citoyens (…), ou bien par des dirigeants incapables (…) mais qui renvoyait toujours à la même réalité contemporaine.

Voilà la mise en perspective : la Rome lointaine aussi bien historiquement que géographiquement représentée dans le péplum – et c’est pour cela que, selon Laurent Aknin, le genre a sa place dans ce qu’il appelle encore une fois le cinéma de fantasy, au même titre que la science-fiction, car se déroulant dans un autre univers – est tout de même le reflet d’un « empire américain » inscrit dans l’époque durant laquelle le film a été réalisé.

Bien entendu cela vaut aussi pour les films réalisés après Gladiator, qui reflètent l’évolution des mentalités, mais aussi la permanence de certaines craintes et de certaines valeurs de la société américaine, même jusqu’à la bouse incroyable qu’est Pompéi, aussi spectaculaire numériquement que vide sur le plan scénaristique. Pour ceux qui auraient deux heures à perdre, voici l’intrigue résumée en quatre mots : Titanic avec un volcan.

  • Le film de super-héros

Pour les fans, vous allez vous régaler ! L’auteur y consacre un bon tiers du livre, et évidemment, pas de jaloux, on retrouve aussi bien les représentants de Marvel que de DC Comics. Cette exploration s’ouvre naturellement sur les X-Men, dont le premier film sort un an avant les attentats du 11 septembre – là encore, il s’agit d’une évolution de la société, sous le prisme cinématographique, qu’Aknin va restituer.

Sources : Allociné

Sources : Allociné

Mais ce qui m’a laissée sans voix, c’est la relecture historique et sociologique de ce premier épisode :

D’un côté Wolverine et Xavier, de l’autre Magneto et Mystique, la femme mutante caméléon. Ils s’affrontent sur un point fondamental : l’attitude à observer face au reste de l’humanité – le gouvernement américain en l’occurrence. (…) Magneto ne ressent que de la haine et du mépris pour la race humaine ; Xavier rêve quant à lui d’une coexistence pacifique entre les groupes. Comme dans la bande dessinée d’origine,  les deux leaders représentent l’un Malcolm X (…), l’autre Martin Luther King.

Suivent les bouleversements engendrés dans cet univers cinématographique par le 11 septembre, non seulement sur les X-Men, mais également sur d’autres personnages tels que Batman vu par Christopher Nolan, ou le héros de l’uchronie V pour Vendetta. 

Durant cette lecture, on a le sentiment que ces héros, qu’ils aient connu des vies antérieures avant 2001, comme Superman, comme Batman, comme les X-Men ou encore comme Spiderman, ou qu’ils aient vu le jour bien après (cinématographiquement parlant) comme Iron Man, Captain America ou Thor… tous ces héros s’assombrissent progressivement, ou peut-être grandissent ?, à de rares exceptions près, pour gagner en intensité filmique.

Et, là encore, ce n’est que mon impression, ils sont condamnés à l’échec sans cet assombrissement ou cette maturité forcée, suscitée par une société en perte de repères et d’influence face au reste du monde.

  • Renouvellement du film de science-fiction

Grandir, s’assombrir, se renouveler, pour échapper aux cataclysmes et à la disparition, tel est l’enjeu. Telle est aussi l’incroyable richesse d’expériences comme Inception, de Christopher Nolan, présentée dans l’avant-dernier chapitre, « Une nouvelle fabrique de l’imaginaire » – et ce sera mon dernier exemple.

inception

Inception peut être considéré comme une revanche sur un cinéma hollywoodien aseptisé, ne jurant plus que par la 3D comme recette magique, délaissant au passage toute prise de risque, tout effort de scénario (…). À l’opposé, le film fait preuve d’une telle ambition qu’on pourrait presque la juger suicidaire. Christopher Nolan y conjugue pour la première fois son art et sa technique éprouvée des films d’action spectaculaires avec son goût pour les scénarios impossibles, construits selon des règles d’une précision mathématique : un Escher du cinéma.

Indépendamment de l’influence de la société et des événements sur les productions cinématographiques, et des conditions de réalisation des blockbusters américains, l’auteur voit, semble-t-il, en Nolan, l’un des représentants artistiques, portant en lui un véritable univers d’auteur, de la nouvelle science-fiction, propre à insuffler de nouvelles représentations et de nouvelles mythologies au cinéma.

Si les autres réalisations semblent directement issues de leur contexte de création, la nouvelle fabrique de l’imaginaire apparaît comme un véritable kaléidoscope qui inspire et inspirera les événements et les générations tout autant qu’il s’en est inspiré, voire plus, comme, en son temps, aura pu le faire Star Wars.

À découvrir…

L’édition « revue et complétée » de cet ouvrage s’est, vraisemblablement, enrichie d’un dernier chapitre, recensant quelques films de 2013, dont World war Z, et d’une conclusion évoquant la sortie en 2014 de Noé. 

Je me suis quelque peu attardée sur les exemples qui m’ont frappée, mais qui ne sont qu’un échantillon de ce qu’illustre ce petit livre magistral, que j’espère vous avoir donné envie de consulter…

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