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Tenir salon

rat-de-bibliotheque

Jusqu’à hier se tenait à Montreuil le Salon du livre et de la presse jeunesse, avec comme thématique l’aventure. Ce salon a lieu tous les ans à l’automne, et il fait partie de certaines de ces rencontres et manifestations qui sont des passages obligés pour les professeurs documentalistes, les autres étant :

  • le festival international de la bande dessinée, à Angoulême (faut pouvoir y aller) du 31 janvier au 3 février 2013. En 2013, ce sera la 40e édition de ce festival. La sélection officielle et le programme sont déjà disponibles à cette adresse, ainsi que les accréditations, pour les petits chanceux !
  • le salon du livre, du 22 au 25 mars 2013, à la porte de Versailles. Pour les infos, la liste des auteurs présents (site progressivement mis à jour), c’est par ici.
  • la Semaine de la presse et des médias à l’école (cette année du 25 au 30 mars 2013, avec pour thème « Des images pour informer »). Cette semaine est l’une des occasions de sensibiliser les élèves à la lecture critique des médias, du journal papier à la presse en ligne, en passant par la télévision. Pendant cette semaine, les centres de documentation réceptionnent des journaux et des magazines gratuitement, reçoivent de la documentation pédagogique et peuvent travailler en partenariat avec les professionnels des médias.

En ce qui concerne Montreuil, c’est la 2e fois que je m’y rend. Je l’apprécie surtout parce que, contrairement au salon de la porte de Versailles, j’ai davantage l’impression qu’il est à taille humaine. La seule chose qui me chiffonne un peu, c’est la date : le budget des établissements étant établi sur l’année civile, et non sur l’année scolaire, je trouve difficile de faire des dépenses à cette période de l’année, ce même budget étant généralement déjà clos. J’ai donc récupéré un petit lot de catalogue d’éditeurs, pour me donner des idées d’achats dès qu’il y aura à nouveau des sous.

Par contre, je ne pense pas avoir encore suffisamment de bons réflexes. Lorsque l’on va dans ces salons, on en prend plein les mirettes, c’est un vrai supplice de Tantale. Mais ce que j’ai rapporté n’est pas ce qu’on peut faire de mieux en matière d’originalité : je me suis contentée des dernières demandes des élèves sur le cahier de suggestions – en effet, sur mon bureau, ils peuvent me dire ce qu’ils aimeraient trouver au CDI. J’ai donc rapporté le tome 5 d’Aya de Yopougon :

aya de yopougon

Cette bande dessinée plait beaucoup aux élèves. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’histoire d’une jeune fille de 19 ans, vivant à Abidjan, à la fin des années 70. Généralement à la fin du volume on trouve des petites infos comme un lexique de vocabulaire et des recettes de cuisine. J’ai pris le tome 5, qui manquait, avant de pouvoir acheter le tome 6, qui est le dernier paru.

Autre achat BD qui m’était réclamé avec insistance, et qui, lui, est une nouveauté, le tome 6 de Lou :

Lou

C’est l’histoire d’une petite fille et de ses aventures, et qui plait beaucoup aux filles, évidemment, comme Maïa ou Les Nombrils (même si ces dernières sont aussi pas mal consultées par les garçons). Les élèves attendent d’ailleurs impatiemment la suite.

La petite tentative de faire lire autre chose, pas forcément une nouveauté, s’est traduite chez moi par l’achat d’un roman de Terry Pratchett : Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, que j’ai achetée aux éditions L’Atalante (j’aime beaucoup cette maison d’édition dont j’ai d’ailleurs embarqué le catalogue).

Le fabuleux Maurice

C’est une réécriture du joueur de flûte de Hamelin, avec l’esprit délirant et plein d’humour de Terry Pratchett. Malheureusement, pour l’instant, il n’a pas tenté d’amateurs, mais je ne désespère pas, sachant que ma lectrice la plus fidèle, une petite sixième, est en ce moment plongée dans L’Etrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman.

Voilà pour mes achats, et pour ma visite, qui était tout de même un peu trop expédiée à mon goût, mais j’entends réparer cela l’année prochaine. En effet, j’aime prendre mon temps pour préparer et installer les choses, j’aime quand elles sont bien peaufinées, j’attends donc avec impatience de pouvoir organiser une sortie et une rencontre dès l’année prochaine, avec collègues et élèves.

Drôle d’oiseau

Cette semaine est paru le tome 8 des aventures de Yann de Kermeur, l’aventurier de Patrice Pellerin.

La première fois que j’ai tenu entre les mains un album de L’épervier, c’est grâce à une amie, passionnée comme moi d’histoire, de piraterie et de la Bretagne, qui m’avait fait cadeau des quatre premiers tomes. C’est à elle que je dois ma curiosité en matière de bande-dessinée, curiosité qui m’a conduit au-delà des sentiers battus franco-belges que j’avais jusque-là privilégiés : Blake et Mortimer, Tintin et Gaston Lagaffe

L’épervier est donc une série qui raconte la vie trépidante d’un ancien gentilhomme, autrefois condamné aux galères, ancien pirate devenu corsaire, capitaine du navire La Méduse, à la recherche, dans le premier cycle, d’un trésor mystérieux qui va le conduire jusqu’en Guyane.

Patrice Pellerin met un soin tout particulier à reconstituer les navires du début du dix-huitième siècle, les costumes et les décors grandioses des missions, des châteaux perdus et de Versailles, et l’on ne s’étonne pas du coup qu’il faille attendre près de trois ans pour connaître la suite. Mais ne nous plaignons pas, après tout, Laurent Vicomte a bien publié le second tome de Sasmira onze ans après le premier…

Pellerin a publié le début du second cycle en 2009 : « La Mission ». Cette fois-ci, son Epervier, mandaté par Louis XV et son ministre Maurepas, doit partir pour le Canada afin de découvrir quels évènements imprévus ont bien pu se produire dans l’un des camps de cette colonie. Il croise sur son chemin gens de cour et espions, et il y a trois ans, il était resté en bien mauvaise posture. Le tome 8 « Corsaire du Roy », tient toutes ses promesses en matière de suspense et de rebondissements et il est déjà difficile, une fois qu’on l’a refermé, de se préparer psychologiquement à une nouvelle attente de trois ans…

Il y a deux ans déjà, alors que je préparais le concours, je découvris avec quelques camarades une librairie située juste derrière l’IUFM de Paris (boulevard des Batignolles) et spécialisée dans les bandes-dessinées et les mangas : Bulles en tête. Cette librairie est un petit bijou et on y est très bien conseillé. Au vendeur, j’expliquais que j’adorais L’Epervier, mais que, en attendant que Pellerin finisse son tome 8, j’aurais bien aimé découvrir d’autres choses traitant les thèmes suivants : pirates, historique, aventures et, à la rigueur fantastique. Le tout, s’il vous plait, avec de beaux dessins et de bons scénarios – notions qui devenaient très subjectives…

Le vendeur ne s’est pas découragé : il m’a d’abord fait découvrir Murena, une très belle bande-dessinée de Dufaux et Delaby qui se passe aux temps de Néron. Puis il m’a dirigée vers De Capes et de crocs, qui est une merveille d’humour, d’intelligence et d’aventures, orchestrée par deux magiciens : Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

De Ayroles, j’ai ensuite découvert Garulfo, D, et les Sept missionnaires. De Masbou, L’Empire céleste. Pour répondre à mon appétit de piraterie, je me suis plongée dans Barracuda et Long John Silver, qui nuancent tous les deux d’une veine sombre L’Epervier. J’ai fait quelques incursions vers le fantastique avec Le Bois des vierges, La Licorne, Wollodrin et La Balade au bout du monde. Enfin, j’ai fait connaissance tardivement avec Blacksad et Sasmira, deux très courtes séries qui valent le détour, par la qualité de leur dessin et de leurs intrigues.

En deux ans, j’ai rempli mes bibliothèques et j’ai rafraîchi mon univers à bulles, avec des personnages et des univers qui débordent des planches, tout cela, grâce à Pellerin qui m’a fait attendre son Epervier et grâce à un libraire passionné…

English touch

A chaque fois que l’on part en voyage, il faudrait parvenir à trouver un roman et un film qui nous immerge parfaitement dans l’ambiance du pays et de la ville où l’on se rend. Lorsque je suis allée à Barcelone, l’amie chez laquelle je me rendais m’a conseillée comme lecture indispensable L’ombre du vent. J’aime cerner l’atmosphère d’un lieu par le rappel incessant de souvenirs visuels et textuels. Et si je suis sensible aux reflets parisiens que je retrouve dans les films de Truffaut et de Cédric Klapisch, rien ne me plaît davantage que tout ce qui m’évoque l’Angleterre.

En ce moment, je regarde avec assiduité les adaptations de Jane Austen par la BBC, notamment la série Orgueil et préjugés, avec Colin Firth et Jennifer Ehle, que j’ai revus récemment dans Le Discours d’un roi, un de mes films préférés. Colin Firth y joue le roi George VI, et Jennifer Ehle joue la femme de Lionel Logue.

Je ne parviendrai d’ailleurs que très difficilement à classer tout ce qui est anglais, de près ou de loin, et retiens mon attention. J’aime l’histoire anglaise, depuis (environ) la guerre des deux roses jusqu’à aujourd’hui, et le jubilé de la reine. Les romans de Catherine Hermary-Vieille sur les Lancaster, les York et les Tudors me passionnent. Pour l’ère élisabéthaine, j’ai adoré les téléfilms en deux parties avec Helen Mirren et Jeremy Irons, et les films avec Cate Blanchett. Pour l’ère victorienne, les romans de Dickens. Et bien-sûr, pour le vingtième siècle, Le Discours d’un roi et The Queen.

Pour l’atmosphère, tout me convient, ville et campagne. Les œuvres des soeurs Brontë, surtout. Le roman de Mary Webb, Sarn. Mrs Dalloway. Le Portrait de Dorian Gray. Les intrigues d’Agatha Christie – Hercule Poirot joué par David Suchet. Les textes de Daphné du Maurier, à commencer par Rebecca. Harry Potter et ses adaptations cinématographiques.

Enfin, pour ce qui est des films, ils vont de ceux d’Hitchcock – Rebecca, L’Homme qui en savait trop – aux Harry Potter, en passant par les comédies sentimentales – Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill – les adaptations littéraires, Billy Elliot, The Full Monty, Les Virtuoses, The Hours, et les films historiques que j’ai déjà cités. Et pour les séries, Downton Abbey et Doctor Who.

Sans oublier, by jove, les Blake et Mortimer de La Marque jaune et de L’Affaire Francis Blake, et plus récemment les D., et les Long John Silver de la bande dessinée.

 

Reflets parisiens

Hier soir, je regardais les deux premiers volets de Métronome, l’émission de Lorant Deutsch adaptée de son ouvrage, Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien. Au-delà des partis pris de Lorant Deutsch et des critiques pointilleuses dont il a fait l’objet, ce que ces émissions m’ont apporté, c’est l’envie d’un voyage parisien littéraire et cinématographique.

Par son dynamisme, mais surtout par ses partis pris, Lorant Deutsch évoque le souvenir du Sacha Guitry de Si Paris m’était conté, auquel j’ai toujours préféré son Si Versailles m’était conté, et de Napoléon. Lorsque Guitry raconte, il affirme sa pensée historique, qui ne sera pas forcément l’exactitude, mais la rencontre de l’Histoire et d’une imagination personnelle… et c’est, selon moi, tout à fait la même chose pour Lorant Deutsch.

Mon texte préféré sur Paris, c’est le poème « Les feux de Paris », qui figure dans le recueil Les Poètes, de Louis Aragon. « Toujours quand aux matins obscènes / Entre les jambes de la Seine / Comme une noyée aux yeux fous / De la brume de vos poèmes / L’île Saint Louis se lève blême / Baudelaire, je pense à vous… » Après, me viennent des souvenirs de lectures, Baudelaire, Victor Hugo… mais surtout le Paris évoqué dans ses textes autobiographiques par Simone de Beauvoir, depuis Les Mémoires d’une jeune fille rangée jusqu’à La Cérémonie des adieux.

Les images que j’ai de Paris, ce sont surtout les œuvres de Monet, de Maurice Utrillo et de Doisneau. Mais les images qui l’emportent sont celles de L’Affaire du collier, l’une des aventures de Blake et Mortimer, débutant comme il se doit dans les embouteillages parisiens, faisant un détour par les égouts, pour aboutir dans les allées du parc Montsouris.

Enfin, les films qui m’évoquent le mieux Paris, ce sont ceux de François Truffaut – Les Quatre cents coups, Baisers volés, Le Dernier métro – et de Cédric Klapisch. Ce sont eux qui, pour moi, rêvent le mieux Paris. Et j’entends toujours la voix de Fabrice Luchini, donnant ses cours dans l’amphithéâtre de la Sorbonne et tournant ses émissions racontant l’histoire de Paris, ce que fait Métronome à sa manière.

Les vitraux radieux du palais des miroirs

Il y a un mois est paru le dernier tome de la bande dessinée De Capes et de crocs, « De la Lune à la Terre ».

Quand on se plonge dans l’univers étourdissant de De Capes et de crocs, la première chose qui frappe, c’est la beauté de la couverture, les soins méticuleux qu’on lui apporte et tout ce qu’elle laisse suggérer. Une personne sceptique dirait : « Bel emballage, et après ? » Puis, on ouvre le premier volume, on tourne les premières pages, et l’on se laisse happer par l’histoire…

Nous sommes à Venise, au 17e siècle. Atmosphère d’illusions, de théâtre, de masques et d’intrigues. Deux gentilshommes  pleins de panache et d’esprit, Armand, un renard, et Don Lope, un loup, se lancent sur la piste du fabuleux trésor des îles Tangerines. Ils croisent sur leur route pirates et monstres marins, traitre sanguinaire et savant fou, caillou doué de sentiments, et Eusèbe, le lapin échappé des galères. Ils iront jusqu’à la Lune, où vivent les chimères, où les maisons se déplacent, où les duels se font en vers et où la monnaie est le poème.

De Capes et de crocs est une superbe fresque d’aventures, pleine de rebondissements. Elle me fait penser à un tableau monumental fourmillant de détails. Pour les amateurs de littérature, d’histoire et de cinéma, elle est aussi une promenade vertigineuse. Comme dans un labyrinthe des miroirs, on tente de reconnaître les reflets que l’on rencontre : on y côtoie les Fables de La Fontaine, la Commedia dell’arte, l’univers de Molière, l’ombre du masque de fer, le hollandais volant, la mythologie, les romans de Jules Verne. On y parle souvent en alexandrins, puisque c’est le meilleur moyen de se battre et de vivre. Et bien-sûr on y retrouve comme guide du premier au dernier volume Cyrano de Bergerac. Le Cyrano écrivain, voyageur imaginaire du 17e siècle, qui rêvait aux états et empires de la lune et du soleil. Et le Cyrano personnage de Rostand, virtuose de la rime et de l’épée, qui se disperse en échos dans chaque personnage de la bande-dessinée.

Emporté à toute allure de la première page à l’apothéose du tome final, une seule question subsiste : qu’allait faire Eusèbe dans ces galères ?

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