Comme je l’avais annoncé dans l’article du mois d’avril, et comme son titre l’indique, cet article est le deuxième épisode d’une série consacrée aux coulisses de films.

Je reprends ici la structure de l’article précédent, avec deux lectures cinéphiles récentes :

  • l’une dressera un panorama de la question, abordant une multitude d’aspects et de situations (dans l’article du mois d’avril, Ça alors ! de Philippe Lombard / dans cet article, 500 secrets de tournage, publié en octobre 2025) ;
  • l’autre se focalisera en gros plan sur la figure d’un réalisateur, en revenant sur ses écrits ou sur les coulisses du tournage de ses films (dans l’article précédent, la correspondance de François Truffaut avec ses comparses réalisateurs, tour à tour mentors, complices et disciples / dans cet article, le second volume des Guerres de Lucas en bande-dessinée).

Je profite donc opportunément du calendrier, qui coïncide avec le Star Wars Day, pour plonger une nouvelle fois dans l’univers de Star Wars.

À la recherche des anecdotes perdues

Comme pour l’article d’avril, c’est une idée pré-établie, et qui ne s’est pas forcément vérifiée par la suite, qui m’a lancée dans la lecture d’un des derniers ouvrages de Philippe Lombard, même si celui-ci en a depuis quatre ? cinq ? six ? de plus à son actif.

Qu’à cela ne tienne, j’avais envie de proposer cette série « coulisses de tournage » en deux parties, et je partais, convaincue de trouver, pour le premier épisode, quantités de lettres échangées entre François Truffaut et Steven Spielberg, en amont, en aval, au départ et à l’arrivée du tournage Rencontres du troisième type.

Il fallait bien ça après que Spielberg, cet éternel enfant admirateur de Peter Pan, ait décidé de donner le rôle de Claude Lacombe, scientifique français amateur d’extraterrestres, après avoir vu François Truffaut jouer le docteur Itard dans L’Enfant sauvage. L’anecdote est rapportée, ainsi que la suite du tournage, par Philippe Lombard dans Ça alors ! 

Je me suis donc plongée dans la correspondance de Truffaut, persuadée d’y trouver maintes évocations du tournage de la part de l’un des deux principaux intéressés. Comme je l’indique dans l’article du mois d’avril, j’ai finalement fait quelque peu chou blanc.

J’ai retiré bien d’autres choses de ces deux lectures, mais pas ce que je venais y chercher de prime abord… les joies de la sérendipité se révélaient une nouvelle fois à moi, comme elles n’ont pas tardé à le faire de nouveau pour cet article de mai.

Dans ma lecture des 500 secrets de tournage, j’étais persuadée de glaner un bon lot d’anecdotes sur les différents films de la saga Star Wars, ce qui me permettrait d’amorcer (et d’annoncer) la deuxième partie de cet article, et de lui adjoindre son lot de références et d’associations d’idées, de dresser – comme je l’avais fait en 2024 – un petit panorama de lectures sur l’univers de George Lucas.

Mais…

D’une part, cette rétrospective ne se serait nourrie que de fort peu d’éléments nouveaux, autres que ceux déjà mentionnés dans cette rétrospective de 2024 : j’y mentionnais déjà mes chouchous qui le sont restés, les ouvrages des éditions Taschen et le Journal d’une princesse de Carrie Fisher.

D’autre part, dans ses 500 secrets de tournage, Philippe Lombard ne mentionne la saga Star Wars que 4 fois dans l’index de l’ouvrage, et sur ces quatre fois, on ne peut retenir qu’une seule anecdote évoquant directement la saga. En effet :

  • la première d’entre elles raconte un élément de la carrière de J.J. Abrams ;
  • la seconde rapporte les plagiats turcs de la saga (que l’on peut retrouver dans l’excellent Ça retourne, du même Philippe Lombard) ;
  • la troisième revient sur les différents acteurs ayant doublé Harrison Ford en français.

Seule la toute dernière rapporte une anecdote directement liée à l’univers Star Wars, et à l’un de ses personnages. Et en furetant ici et là, on en retrouve aussi quelques autres,  au détour d’une page.

C’est donc en y cherchant les éléments pouvant donner accès à l’envers du décor et pénétrer l’esprit de George Lucas – si tant est que la chose fut possible, ce dont Carrie Fisher a quant à elle toujours douté – que j’ai collecté les pépites qui ont jalonné ma lecture de 500 secrets de tournage, et je garde celle sur Star Wars pour la fin.

Les cailloux de Petite poucette cinéphile

Sur le chemin de la cinéphilie, il y a certes des répliques et des scènes, mais il y a aussi des rencontres (pas que du troisième type, celle-là), des baisers, des passions et des haines, des cascades et des bagarres, des gueuletons et des cuites, des « Moteur, ça tourne, partez » et des « coupés au montage ».

Afin de m’y retrouver, j’ai semé, comme j’en ai pris l’habitude depuis quelque temps dans mes lectures cinéphiles (mais aussi pour retrouver quelques phrases mémorables dans mes piles de lecture), des post-it de toutes les couleurs.

J’avais commencé à en parsemer la correspondance de Truffaut, pour retrouver tel ou tel échange, comme la fameuse réponse à Jean-Luc Godard (anecdote #225 : Godard VS Truffaut) ou la lettre de Michel Audiard de 1982, après la découverte tardive de Tirez sur le pianiste (anecdote #204 : François Truffaut VS Michel Audiard).

Les couleurs ne correspondent à rien, je les dispose au gré de mes envies et de mes souvenirs, et au fil des pages, retrouvant :

  • tout au début (anecdote #2) la scène culte de Drôle de drame, entre Michel Simon et Louis Jouvet (« je vous assure mon cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre »… – Moi j’ai dit « Bizarre » ? comme c’est bizarre »),
  • le recyclage d’un décor de La Folle de Chaillot aux studios Victorine de Nice pour le tournage de La Nuit américaine (anecdote #151), tiens d’ailleurs le même film qui a provoqué la rupture entre Godard et Truffaut (retour à l’anecdote #225)
  • Truffaut (encore lui) et Chabrol tombant dans une piscine en voulant interviewer Hitchcock (anecdote #130), faisant dire à Hitchcock plusieurs années plus tard « Je pense à vous à chaque fois que je vois des glaçons dans un verre de whisky »
  • le même Hitchcock sur le tournage de L’Étau (film d’espionnage sous-estimé de la filmographie de Hitch), qui engueule Piccoli et demande à Philippe Noiret « How was the paté ? » (scène de repas assez dingue et anecdote #90)
  • d’ailleurs si l’on veut poursuivre par une scène de repas, on peut compter sur les anecdotes concernant Lino Ventura (puisqu’il ne faudra compter que sur une seule scène de baiser avec Angie Dickinson), qu’il serve des pâtes en y mettant la quantité dans La Gifle, ou quand on sert à Jean Lefebvre un mélange de whisky, de cognac, de poire et de poivre pour le faire pleurer dans la scène de la cuisine des Tontons flingueurs (anecdote #79)
  • et c’est donc avec l’anecdote #480 que je termine (ou presque) cette petite promenade, et avec des larmes, celle d’un très jeune fan de Star Wars lors de sa rencontre avec Alec Guinness, lequel ne partageait absolument pas l’enthousiasme de son interlocuteur pour la saga…

Vous remarquerez que j’ai tenté, vaille que vaille, dans les morceaux choisis de ces secrets de tournage, de tisser un mince fil d’Ariane, sacrifiant au passage la cascade de Jeanne Moreau dans Jules et Jim (plouf, dans la Seine) et la baffe baguée de Bette Davis à Errol Flynn dans La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre.

Mais le propre d’une séance de rushes est bien de ne garder que certaines scènes.

L’une de ces scènes cultes est celle rapportée dans l’anecdote #111 « Nés sous X », classée secret défense et dans laquelle Carrie Fisher apprend par Mark Hamill durant le tournage du Retour du Jedi que Dark Vador est son père, ce qui provoque chez elle un fou rire.

En effet, propos de la principale intéressée : « c’est exactement comme si l’on m’avait dit : « Carrie, Eddie Fisher n’est pas votre père ! Votre père, c’est Hitler ! »

Secrets de tournage, épisode V

On assiste à une réaction quelque peu similaire dans le récit du tournage de L’Empire contre-attaque proposé par Laurent Hopman et Renaud Roche, à savoir la réaction d’Harrison Ford découvrant durant la projection de L’Empire contre-attaque la fameuse phrase « Luke, I am your father ».

Le premier volume des Guerres de Lucas, publié en 2024, revenait sur les jeunes années de George Lucas, sa venue au cinéma et le succès triomphal, quoiqu’enfanté dans la douleur, du premier épisode de la saga.

Oui, j’avoue qu’entre les différents numéros, chiffres romains ou chiffres arabes, on s’y perd un peu. Donc, dans cette deuxième partie de cet article, épisode 2 d’une série consacrée aux secrets de tournage, je vais évoquer désormais l’épisode 2 d’une série de bandes-dessinées consacré à l’épisode V (donc 2e volet de la trilogie) de la saga Star Wars. Suivent qui peuvent.

Après l’incroyable succès de Star Wars, ce deuxième tome s’ouvre sur le spectaculaire accident de voiture de Mark Hamill en janvier 1977, qui manque de compromettre la suite de l’aventure, ou tout du moins sa participation.

On y suit le calvaire de la production du film et les errances de créateurs de George Lucas, entre désir de lâcher-prise et volonté de contrôle, et parmi les nombreux déboires au compteur :

le budget du film qui enfle progressivement, un début de tournage calamiteux en Norvège par moins trente degrés, l’incendie des studios voisins occupés par Kubrick qui tourne Shining, obligeant l’équipe à se contenter d’un nombre restreint de plateaux, les jours de retard s’accumulant, le début de dépendance de Carrie Fisher à la drogue et à l’alcool qui malmène son jeu d’actrice…

Au détour des pages, on découvre les différents éléments qui viendront consolider le mythe : décors, effets spéciaux, véhicules de guerre, et l’apparition de Yoda, sur la genèse duquel les auteurs reviennent.

Si le premier volume donnait un aperçu de la psyché inaccessible de George Lucas (et donnait la part belle aux guerres intérieures du créateur pour accoucher de sa création), c’est sur ses combats contre financiers et collaborateurs que revient le deuxième opus, pour finalement offrir aux spectateurs ce qui est considéré encore aujourd’hui comme le chef d’oeuvre de cette saga.

Et si lorsque je découvrais le premier volume, j’avais en tête la partie de l’hommage de Carrie Fisher à George Lucas où elle s’exclame que tout le monde lui a caché que Star Wars serait un succès pour savoir à quoi ressemblerait son visage lorsqu’il change d’expression…

dans ce deuxième volume, j’avais plutôt en tête la partie, également présente dans cette superbe bande-dessinée, où Leïa devient même une bouteille de shampoing.

Il n’y a qu’un mot à dire pour clore cet article, vivement l’épisode 3 (et pour le coup, je parle de la bande-dessinée, même si cela pourrait tout à fait s’appliquer à autre chose) !