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Hors-série 1 : conseils de lecture estivaux

Pour cet été, je vous propose sur Cinephiledoc deux hors-série en écho avec les articles qui seront proposés sur LudoDOC : en effet, nous avons décidé, avec mes comparses Béatrice, Bénédicte, Fabienne et Sophie, de publier sur LudoDOC nos projets de lectures de cet été (nos PAL).

Vous retrouverez donc ici les ouvrages que je compte lire durant l’été. Sur Cinephiledoc, j’ai décidé de vous proposer cet été une petite sélection des livres que j’ai lus durant l’année scolaire 2020-2021 et qui m’ont particulièrement marquée.

Cet article est un peu à la manière de la présentation que je propose à mes collègues, mes « Conseils de lectures de la #profdoc », mais je donnerai ici à ces conseils un tour un peu plus personnel et plus sélectif.

Ce petit tour d’horizon sera l’occasion de quelques clins d’œil amicaux, car la plupart de mes coups de cœur de cette année m’ont été recommandés par des profs docs et des paddocks que j’affectionne.

Les conseils estivaux de Bénédicte

Parmi les profs docs que je côtoie, il y a quelques profs docs de l’académie de Montpellier, bibliovores narbonnais et carcassonnais toujours à l’affut de belles expériences de lectures.

Je dois l’été dernier à Bénédicte certaines de mes plus belles découvertes, avec des textes souvent assez courts mais dont la qualité d’écriture m’a régulièrement laissée sans voix… Parmi ses nombreux conseils, j’en retiendrai deux :

  • l’évocation de Romain Gary par François Henri Désérable dans Un certain M. Piekielny :

« »Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… »
Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée.
Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.»

  • les textes fulgurants d’Alessandro Baricco, Novecento : pianiste et Soie, qui m’ont donné envie de tout découvrir de cet auteur :

Né lors d’une traversée, Novecento, à trente ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit sur l’Atlantique, il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n’appartient qu’à lui : la musique de l’Océan dont l’écho se répand dans tous les ports.

Des facéties d’auteurs pour s’évader

Je triche un peu dans ce second regroupement, car je dois à nouveau la lecture suivante à Bénédicte, mais il s’agit de trois ouvrages pleins d’originalité, de drôleries et d’inventions.

  • le livre qui rend hommage aux livres mis au pilon : Le Liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent (ou comment ne pas aimer un livre dont le nom du héros est une contrepèterie…)

Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au service d’une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zerstor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuillets sauvés la veille des dents de fer de la machine …

  • un hommage savoureux, irrésistible et attendri aux polars et aux films noirs avec Lino Ventura, Mamie Luger de Benoit Philippon, un conseil de lecture de Johann Jambu, collègue profdoc dans l’académie de Dijon : Johann, un grand merci pour la crise de fou-rire ininterrompue d’un bout à l’autre de cette pépite !

Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

  • et à propos de polar, voici l’ouvrage que j’ai réussi à faire le plus circuler parmi les paddocks lecteurs du lycée : une aventure facétieuse organisée par Romain Puértolas : La Police des fleurs, des arbres et des forêts 

Durant la canicule de 1961, un officier de policier est envoyé en mission dans un petit village reculé. Il doit enquêter sur la mort de Joël, 16 ans dont le corps a été retrouvé découpé en morceaux dans une usine à confiture…

Les conseils de lectures des paddocks du lycée (1)

Cette année, j’ai eu le bonheur de voir qu’un petit réseau de profs lecteurs s’organisait au lycée et commençait à s’échanger quelques ouvrages… nous avions d’ailleurs évoqué l’idée d’organiser des cafés littéraires, qui se sont déroulés deux fois à distance.

C’était aussi la première année qu’en plus d’emprunter régulièrement des livres au CDI, certains (ou pour être plus exactes certaines) m’en ramenaient pour me les prêter : j’ai donc pu découvrir quelques pépites, que je vous partage ici en partie dans ce premier hors-série, et dont vous découvrirez le reste le mois prochain !

  • les fresques historiques de Stéphanie : Dans la main du diable d’Anne-Marie Garat, La Part de l’aube et Le Soleil sous la soie (mon préféré) d’Éric Marchal 

À l’aube du XVIIIe siècle, un des plus petits États d’Europe, le duché de Lorraine, se relève de l’occupation française, dans l’espoir de connaître une génération de paix. Nicolas Déruet est chirurgien ambulant. Emprisonné à la suite d’une opération durant laquelle le patient est décédé, il est obligé de s’exiler dans les armées de la coalition en guerre contre les Turcs. De retour à Nancy, il développera son art à l’hôpital Saint-Charles et n’aura de cesse de laver son honneur.

  • l’escapade dépaysante d’Antonella : Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa 

Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence.

C’est sur cette aventure insolite, qui m’a conduit aux abords de l’environnement familier des copains du sud (profs docs de l’académie de Montpellier, la boucle est bouclée) que je vous laisse pour ce premier hors-série, en vous souhaitant à nouveau un bel été, au plaisir de vous retrouver pour de nouveaux conseils de lectures au mois d’août.

N’hésitez pas à partager vos conseils de lectures en commentaires et à très bientôt sur Cinephiledoc !

Des crinolines à Hollywood

Pour ce compte-rendu de lecture du mois de septembre je vais tenter, une fois n’est pas coutume, non pas de partir de mes habituelles associations d’idées pour en venir au livre, mais bien de partir du livre pour partager ensuite les associations d’idées qui m’ont été communes avec son auteur.

Un roman de cinéma

J’ai parfois eu l’occasion d’en parler sur ce site : de quelle façon j’en viens à choisir un roman sur le cinéma.

Parfois il suffit du titre, parfois de la quatrième de couverture. Pour le livre qui m’intéresse aujourd’hui, ce qui a été déterminant, ce n’est pas seulement son titre, ni même sa quatrième de couverture, sur laquelle, avant de me plonger complètement dans la lecture, je m’étais à peine attardée.

Ce qui a été déterminant, ce sont ses premières lignes :

Hollywood, USA, 1932

Un matin de printemps et le jour qui se lève sur l’immensité de la ville, les milliers de maisons alignées, la perpendicularité inexorable des avenues là où vingt ans plus tôt s’étendaient les champs d’orangers, de citronniers et les pâturages, vingt ans plus tôt à peine, lorsque Griffith, DeMille et les autres décidèrent de planter leurs caméras ici, sous le soleil de plomb californien, précisément ici, quelque part vers le croisement de Vermont et de Sunset. Cet Hollywood-là, déjà, n’est plus, et l’aventure a disparu du monde moderne.

Il me semble que, lorsque j’ai pris ce livre sur le présentoir de la librairie où je l’ai acheté, avant d’en lire la quatrième de couverture, j’en ai lu ces premières lignes, et déjà, rien qu’avec le souffle de cette première phrase, j’ai été happée par la beauté de ce style et par la mélancolie qui s’en dégageait. Et c’est ce qui a été déterminant pour me faire retourner le livre et en consulter le résumé.

De quoi s’agit-il ? D’un roman de Nelly Alard, La Vie que tu t’étais imaginée, publié aux éditions Gallimard en janvier 2020.

J’ai lu les premiers mots, j’ai tourné et retourné le livre, assez frappée par cette photographie en noir et blanc – cheveux ondulés, posture pour écrire plus qu’inconfortable, sourcils légèrement arqués – et par cette fameuse quatrième de couverture :

«Quand on ne connaît pas sa mère, on ne comprend pas ce qu’on fait sur cette terre», m’avait dit Caroline.

J’avais voulu en savoir plus sur Elissa Landi, j’étais servie. Sa vie tout entière était là, sous forme de coupures de presse, photographies, contrats avec ses agents et ses producteurs, programmes, agendas et lettres. Des milliers de lettres. Mais ce n’était pas tout. Dans ces cartons il y avait aussi la vie de la mère d’Elissa, Karoline Zanardi Landi, la soi-disant «fille secrète» de l’impératrice Sissi, que la plupart des historiens qualifiaient de mythomane.

Je pense qu’il n’y aurait pas pu y avoir plus grand effet de surprise que ce grand écart entre deux univers : d’un côté Hollywood, presse, photographies, maisons de productions, films et contrats, de l’autre, l’impératrice Elisabeth d’Autriche dite Sissi.

Ce livre, c’est d’ailleurs davantage qu’un grand écart, puisque ce qui fait le pont entre ces deux univers tout aussi fastueux et invraisemblables l’un que l’autre, c’est une narratrice dont on va suivre la quête en oscillant constamment entre la tendresse et l’étonnement sceptique.

Trios de têtes

L’ouvrage s’ouvre sur une première partie qui s’intitule « Marie, Marie et Marie », dont le lecteur découvrira au fur à mesure qu’il s’agit de la soeur d’Elisabeth d’Autriche, Marie de Naples, de sa nièce Marie Wallersee, et de sa dame d’honneur, Marie Festetics.

Et pourtant, dans ce début de roman, ce n’est aucune de ces trois Marie que nous rencontrons en premier, mais un autre personnage, le premier personnage de la quatrième de couverture, Elissa Landi, dans son Hollywood des années trente.

Ce chapitre est relativement court, on y suit Elissa dans ses promenades à cheval et en voiture décapotable, on y découvre sa mère Karoline, et on reçoit avec elles deux une curieuse lettre venue d’Autriche.

Dès le deuxième chapitre, la caméra prend du recul. Ce n’est plus Elissa qui se trouve au premier plan, mais la narratrice à l’origine de cette curieuse quête.

Marie de Naples

Au-delà des trois Marie donnant son titre à la première partie, le roman nous conduit en effet d’un trio de têtes à un autre.

Il y a Marie, Marie et Marie, des figures qui seraient presque des figurantes si elles ne prenaient pas de temps en temps la parole.

Il y a le trio principal : Elisabeth d’Autriche, Elissa Landi et la narratrice.

Il y en a un dernier, tout aussi important : Karoline, la mère d’Elissa, Elissa Landi et sa fille, Caroline Thomas.

Autour de toutes ces figures féminines gravitent quelques autres figures masculines si ce n’est bien moins intrigantes, en tout cas réduites à l’état de spectateurs : le réalisateur Henri, rencontré par la narratrice ; le premier mari d’Elissa, John ; le second mari de sa mère, Pi ; et le plus surprenant : Proust.

Comme l’indique l’auteure – narratrice (frontière aussi indéterminée que pour le narrateur et l’auteur de la Recherche) :

Les lieux, les temps, les personnes, Proust et le Café Central, Sassetot et Elissa, moi et Hollywood, tous nous tournons, nous confondons, nous mélangeons dans la grande essoreuse du Temps.

Cet ouvrage est un va-et-vient continu dans cette galerie improbable de personnages qui sont tous à la recherche d’une réponse (pas forcément unique ni simple) : Karoline, la mère d’Elissa, est-elle la fille cachée de Sissi ?

Sissi ou Elisabeth ?

Tout l’intérêt du livre est de ne pas répondre ici à cette question, que je laisse en suspens.

J’en viens maintenant aux faisceaux de réactions et d’associations que ce roman a suscités en moi.

D’abord Sissi ou plutôt Elisabeth de Wittelsbach, impératrice d’Autriche. Au gré des pérégrinations historiques de l’auteure, j’ai eu l’impression de replonger dans une atmosphère que, comme tout le monde, j’ai d’abord connu avec les films de Romy Schneider.

C’est curieux d’ailleurs cette tendance à parler des films de Romy Schneider, puisque, certes, elle y incarne le premier rôle, de plus en plus à son corps défendant au fil des films, mais elle n’en est pas la réalisatrice.

Ces trois « films » dégoulinants de guimauve et de bonnes intentions, et présentant Magda Schneider, la mère de Romy, comme bien plus maternelle qu’elle ne l’a sans doute jamais été, sont l’oeuvre d’Ernst Marischka et si la plupart des gens connaissent Elisabeth d’Autriche aujourd’hui, c’est par son intermédiaire.

J’ai eu l’occasion d’aborder sur ce site dans différents articles le rapport compliqué qu’entretenait Romy Schneider avec son personnage de Sissi. Nelly Alard me donne avec son roman l’occasion de changer de point de vue et de considérer à nouveau quel personnage de cinéma on a fait de Sissi.

Je me suis ainsi rendue compte que je n’ai vu pas forcément tous les films mais la plupart de ceux qui lui sont consacrés (et qui apparaissent dans la filmographie proposée ici).

Si, comme l’auteure, je suis vite revenue de la trilogie mielleuse des Sissi, j’ai pu apprécier une Ava Gardner vieillissante et néanmoins toujours aussi impériale dans Mayerling, j’ai adoré l’apparition en mouette d’une Sissi énigmatique dans le Ludwig de Visconti (la revanche de Romy Schneider sur son personnage) et je n’avais par contre pas fait le lien entre Sissi et L’Aigle à deux têtes de Cocteau, avec une magnifique Edwige Feuillère.

J’ai aussi le vague souvenir d’un téléfilm avec Arielle Dombasle, et qui contrastait quelque peu avec la vision fantasmée et habituelle du personnage, car aucun des films mentionnés précédemment ne semblent approcher la réalité d’Elisabeth d’Autriche, du moins telle qu’on semble l’approcher désormais : sa frigidité (qui cadre mal d’ailleurs avec la naissance d’une enfant cachée), son anorexie, son anticonformisme, son narcissisme, son refus de vieillir et d’être photographiée – Nelly Alard nous révélant dans son roman que la fameuse photo mortuaire n’est elle-même qu’un fake issu du premier film consacré à l’impératrice.

J’ai eu aussi une bonne période où l’empire austro-hongrois m’intéressait beaucoup, peut-être pas autant que cela intéressait Nelly Alard, mais j’ai gardé de cette période un ouvrage de Bernard Michel dans ma bibliothèque, où j’ai retrouvé les portraits de François-Joseph, côtoyant les tableaux de Klimt et la musique de Johann Strauss…

Ce sont ces images réelles très floues et ces images fantasmées très réelles que suscitent en nous La Vie que tu t’étais imaginée, elles se superposent à des films de Max Ophüls, à des romans de Stefan Zweig, aux mots de Proust nous décrivant la vie artistique, littéraire et mondaine de la fin du dix-neuvième siècle, et elles viennent côtoyer le Hollywood des années trente et l’histoire surprenante d’Elissa Landi.

Elissa Landi

Dans la superbe bible qu’Antoine Sire consacre aux stars des années 30 aux années 50, Hollywood, la cité des femmes, Elissa Landi ne fait l’objet que d’une seule et unique mention : à la page 194, dans le chapitre consacré à Claudette Colbert, et dans la section elle-même consacrée au Signe de la croix, le film de Cecil B. DeMille de 1932.

J’en profite pour recommander une nouvelle fois la lecture de cet ouvrage passionnant qu’est Hollywood, la cité des femmes.

Ce n’est cependant pas avec lui qu’on en apprend plus sur Elissa Landi. Je ne pense pas avoir déjà vu un film où elle apparaît, si ce n’est éventuellement Le Comte de Monte-Cristo avec Robert Donnat, que je ne connais que parce qu’il est le film préféré de V dans V pour Vendetta

J’ai donc laissé Nelly Alard me parler d’Elissa, et si l’on apprend à bien connaître Elissa dans ce livre, c’est d’abord par l’intermédiaire de sa fille, puis à travers les échanges qu’elle a avec sa mère, et c’est pour cette raison que la deuxième partie du roman fait le lien entre non pas trois, mais quatre générations de femmes : Karoline et Elissa, Caroline et Elissa.

Cherchant à démêler cette histoire incroyable, la narratrice pousse ses recherches jusqu’à prendre contact avec Caroline Thomas, la fille d’Elissa, qui lui donne accès à ses archives. S’ensuit une troisième partie dans laquelle Elissa, à travers ses lettres, prend pleinement la parole.

On y découvre une femme tiraillée entre l’écriture et le cinéma, entre l’Angleterre et les États-Unis, entre ses relations avec les hommes et son désir d’indépendance, entre son amour pour les siens et ses ambitions personnelles.

Du Je au Je, de Elissa à la narratrice

Je dois l’avouer, c’est dans les parties consacrées à Elissa, et où elle lui donne la parole dans un discours indirect libre, que Nelly Alard m’a quelque peu perdue.

En définitive, et citant de mémoire mon Pascal, « On aime mieux la chasse que la prise », j’ai préféré, et de loin, la quête de la narratrice, allant d’un personnage à l’autre, d’une Marie à une autre, d’une Elisabeth à une Elissa, d’une Karoline à une Caroline, à la mise en scène, via les lettres retrouvées, de son Elissa.

J’ai préféré le jeu des multiples coïncidences, les effets de miroirs et de reflets, les allers retours entre Hollywood, l’Autriche et la Bretagne, aux hésitations, aux tergiversations et tourments endurés pendant sa trop courte carrière et sa trop courte vie par Elissa Landi.

Et si en refermant le livre j’ai l’impression d’avoir couru après de vagues silhouettes, qu’elles soient impératrice, star hollywoodienne, auteure en quête de personnages, ce sont moins les rares arrêts sur image dont je garderai le souvenir que les foisonnements fugaces de ce kaléidoscope.

En espérant vous avoir, vous aussi, donné envie de participer à cette quête, je vous souhaite de belles lectures, et vous dis à très bientôt sur Cinephiledoc !

Une année Tolkien ?

En février dernier, sur le fil et quelques jours avant la fin de l’événement, je suis allée avec Sandrine Duquenne découvrir l’exposition de la Bibliothèque nationale de France consacrée à Tolkien.

Cela m’a donné envie de faire un petit point sur ce blog sur l’exposition en elle-même, et sur quelques ouvrages qui abordent l’univers ô combien foisonnant de cet auteur.

L’exposition de la BnF

Du 22 octobre 2019 au 16 février 2020, la BnF proposait une exposition d’envergure dédiée à l’œuvre Tolkien, avec 300 pièces exposées : de nombreux manuscrits et dessins originaux de Tolkien étaient présentés.

Parallèlement, une sélection de pièces d’exception issues pour la plupart des collections de la BnF fournissait un contexte pour cette création artistique et littéraire, on y retrouvait principalement des textes, des gravures et des tapisseries, le tout organisé de manière assez grandiose.

Cette exposition avait été annoncées plusieurs mois auparavant – à l’été 2019 il me semble – et elle était attendue avec impatience.

La BnF a bénéficié du soutien du troisième fils de Tolkien, Christopher, qui a grandement contribué à l’édition et à la diffusion de l’oeuvre de son père, et qui est malheureusement décédé le 16 janvier dernier.

Elle a également abondamment communiqué autour de cette exposition, en lançant notamment un site de référence dédié à la fantasy :

https://fantasy.bnf.fr/

Sur son site, à la présentation de l’exposition étaient associés plusieurs documents et ressources, notamment cette frise chronologique de la Terre du Milieu, qui a aussi été relayée sur le compte Twitter de la Bibliothèque nationale de France.

CHRONOLOGIE_Tolkien_EXE_BD

Bref, il n’est pas étonnant que cette exposition ait battu des records de fréquentation, de par sa richesse et de par la communication, d’une qualité incontestable, de la BnF.

Évidemment, la petite ombre au tableau reste que les photographies n’étaient pas autorisées pendant la visite, ce n’est donc pas par ce biais-là que le visiteur pouvait conserver un souvenir de cette plongée dans l’univers de Tolkien.

Trois lectures

  • Trésors de Tolkien, Catherine McIlwaine

Le livre le plus à même de restituer l’atmosphère de cette exposition et de donner un aperçu relativement exhaustif des pièces exposées, c’est l’ouvrage Trésors de Tolkien, de Catherine McIlwaine, publié en octobre 2018 chez Christian Bourgeois, et traduit de l’anglais par Vincent Ferré, le spécialiste français de Tolkien.

Ce petit livre, où les illustrations prédominent, présente les pièces maîtresses des archives de Tolkien, qui étaient conservées à la Bibliothèque Bodleian d’Oxford et qui ont été prêtées pour l’exposition à la BnF.

On y retrouve les illustrations réalisées par Tolkien pour le Silmarillion, le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, des cartes, des alphabets, des manuscrits ou tapuscrits de ses différentes oeuvres, des documents plus personnels (photographies, extraits de carnets) et ses fameuses cartes de Noël – en effet, à chaque Noël il adressait une carte à ses enfants en se faisant passer pour le Père Noël.

Mes préférés ? Les cartes du Silmarillion, la maquette de jaquette du Hobbit, les lettres de feu, et toute la partie consacrée aux carte de la Terre du Milieu.

  • Tolkien et les sciences

Le deuxième livre sur lequel je voulais revenir, c’est Tolkien et les sciences, un ouvrage dirigé par Roland Lehoucq (déjà fréquenté sur ce blog pour ses ouvrages de vulgarisation autour de la science-fiction et de Star Wars), Loïc Mangin et Jean-Sébastien Steyer, et publié aux éditions Belin en octobre 2019.

C’est un livre dont la lecture m’a bien occupée entre janvier et février 2020 (avec un pic de lecture entre le 20 et le 22 février.

L’ouvrage est un pavé assez passionnant, et qui, loin de se cloisonner aux domaines strictement scientifiques, fait aussi la part belle aux sciences humaines : sociologie, philosophie, économie, politique – évidemment linguistique pour Tolkien.

Il est composé de six parties, la première étant dédiée à ces sciences humaines qui permettent la construction d’un monde. Suivent des chapitres traitant du rapport de Tolkien au temps et à l’histoire, des études de l’environnement et des milieux. Enfin, les deux dernières grandes parties s’intéressent aux personnages et au bestiaire de Tolkien.

L’ouvrage remplit parfaitement sa mission de vulgarisation scientifique et nous permet de nous intéresser, tantôt à la géologie et au climat, tantôt à la chimie, tantôt à la paléontologie…

Mes chapitres préférés ? Ceux consacrés au climat, aux questionnements sur la composition chimique de l’Anneau unique, sur la médecine, celui qui s’intéresse de près aux pieds poilus des hobbits, celui qui étudie l’évolution des peuples de la Terre du Milieu, mais aussi le chapitre consacré aux dragons. Le tout avec tableaux, schémas, et arbres phylogénétiques à l’appui.

  • Atlas illustré de Tolkien, David Day

Enfin le dernier ouvrage est le petit Atlas illustré de Tolkien, de David Day, publié en février 2020 chez Hachette Heroes.

Bien que ce livre n’ait pas été réalisé sous licence ou approuvé par les héritiers de Tolkien ou le Tolkien Estate, comme cela est précisé dès la page de titre, son approche est assez originale.

Il propose de nombreuses chronologies par tableaux, ainsi que plusieurs cartes, et plus que d’être un atlas, il fait justement la recension chronologique des événements de la Terre du Milieu, depuis la création d’Arda jusqu’au départ des porteurs d’Anneaux pour les Terres immortelles.

Pour chaque chapitres sont ainsi proposées des cartes, des généalogies et des chronologies, et c’est cela, bien plus que les illustrations et le textes, qui a retenu mon attention.

Autres références

À ces lectures récentes s’ajoutent évidemment quelques autres références que peut consulter l’amateur ou le spécialiste plus ou moins chevronné de Tolkien.

La première d’entre elles est bien-sûr le Dictionnaire Tolkien, plusieurs fois réédité et dirigé par Vincent Ferré, spécialiste déjà mentionné plus haut et faisant autorité dans ce domaine. Son ampleur est à la mesure du gigantisme de l’oeuvre à laquelle il est dédié : 60 contributeurs, 350 notices, et près de 550 pages.

Édité initialement aux éditions du CNRS, il a été réédité en septembre 2019 aux éditions Bragelonne.

Tolkien : l’encyclopédie illustrée est un autre travail réalisé par David Day (cité plus haut pour son atlas illustré) : 500 entrées alphabétiques et qui traite de tous les aspects de la Terre du Milieu :  l’histoire, la géographie, les peuples, la faune et la flore, les protagonistes. Des cartes, des arbres généalogiques, des tableaux chronologiques, illustrés de dessins originaux permettent de situer aisément événements et personnages. L’ouvrage est lui aussi paru chez Hachette Heroes en octobre 2017.

Plus ancien mais non moins indispensable, le travail de d’Édouard Kloczko, malheureusement difficile désormais à trouver à un prix abordable, L’Encyclopédie des elfes, qui permet d’aborder cet aspect de l’univers de Tolkien, avec toute sa richesse linguistique, et qui avait été publié en 2007 aux éditions du Pré aux clercs.

Enfin voici quelques titres dont j’ai déjà parlé sur ce blog et qui permettent d’élargir encore un peu plus le champ de vision :

Je ne crois pas avoir oublié un incontournable, mais si néanmoins c’était le cas, je l’ajouterai ci-dessus…

Voir, revoir, lire, relire…

Cette plongée dans l’univers de J.R.R. Tolkien m’a donné envie de pousser la curiosité un peu plus loin, notamment de revoir les films de Peter Jackson (même si les puristes n’y voient pas des adaptations fidèles du Seigneur des Anneaux, et à plus forte raison du Hobbit), et plus particulièrement le Seigneur des Anneaux, même si je commence à le connaître par coeur…

J’ai eu aussi envie de voir le biopic sur Tolkien sorti en 2019 et qui m’est passé sous le nez, là encore c’est la curiosité qui me pousse car le film est passé quelque peu inaperçu et ne semble pas avoir fait l’unanimité, ni parmi les critiques, ni parmi les héritiers de Tolkien.

Enfin, l’un de mes projets pour la fin de l’année 2020, après avoir passé toute la période de juillet 2019 à juin 2020 à lire l’ensemble des Hercule Poirot d’Agatha Christie, sera de me replonger, lentement mais sûrement, dans la lecture du Seigneur des Anneaux. J’imagine qu’entre deux autres lectures et vue la densité de l’oeuvre, cela occupera merveilleusement une partie de mon année 2020-2021, à l’issue de quoi je me lancerai dans un autre projet de lecture : les pièces historiques de Shakespeare.

D’ici là, je vous souhaite de belles échappées littéraires à vous aussi, et vous dis à très bientôt sur Cinephiledoc !

Hors-série 2 : Lady Agatha, du roman policier à la science-fiction

Pour ce second hors-série, j’ai décidé cet été de vous faire un très large (et non exhaustif) tour d’horizon consacré à Agatha Christie.

Pourquoi pas Christie ?

Pour parodier le titre français d’un de ses romans, Pourquoi pas Evans ?, voici quelques-unes des raisons qui m’ont poussée à écrire cet article, où il sera beaucoup questions de crimes (évidemment), de voyages, d’archéologie, de médecine, de maison, de héros, de films, de séries télévisées et… plus curieux, de science-fiction.

Mais n’allons pas trop vite ! Voici mes mobiles :

  1. cet article fait pendant à celui sur Daphné du Maurier, publié le mois dernier : je mets ainsi à l’honneur l’autre grande dame de la littérature anglaise du vingtième siècle – on pourrait objecter en me citant Virginia Woolf, mais je ne la connais pas aussi bien…
  2. vive la littérature anglaise, tout simplement
  3. comme l’indique mon teasing ci-dessus, cela me permet de vous faire découvrir ou redécouvrir tout un univers qui va des romans aux séries télévisées en passant par le cinéma, et j’en passe
  4. comme pour Daphné du Maurier, c’est l’occasion de visiter (virtuellement) quelques lieux, en attendant peut-être de les voir en vrai !

Commençons ce tour d’horizon par ce qu’on connaît le mieux d’Agatha Christie.

Les romans

J’ai encore le souvenir quand j’étais petite (enfin je devais être au collège) de mes premiers romans policiers d’Agatha Christie. Je revois d’abord un bon lot de livres, déniché dans une brocante, la plupart assez défraichis – ce qui est normal pour des livres d’occasion – et quasiment tous dans les éditions du Masque, vous savez ces couvertures jaunes si caractéristiques !

Ensuite, un peu plus tard, j’ai le souvenir d’une autre collection : Hachette avait sorti toute une sélection des oeuvres d’Agatha Christie, son nom s’étalant en gros tout en haut de la première de couverture, le titre en rouge, une illustration, et le tout sur fond noir. C’était le genre de collection qui sort dans les kiosques presse et qui vous entraine assez loin, lorsque vous décidez de la compléter…

De ce point de vue là, j’ai été relativement raisonnable (pour une fois) et je n’ai pris que les ouvrages soit qui étaient importants à mes yeux, soit que je souhaitais absolument découvrir.

Aussi bien compte-t-on dix petits nègres (ou dix petits indiens), aussi bien voici dix oeuvres d’Agatha Christie qui ont compté pour moi (et je vais faire un compte-à-rebours jusqu’à parvenir non pas à L’Heure zéro, mais au roman qui m’a laissé le souvenir le plus marquant) :

10. Le Miroir se brisa : avec Miss Marple et tout un univers cinématographique sur lequel je reviendrai ;

9. Le Vallon, avec Hercule Poirot. Je me souviens d’un bon nombre de fous-rires à sa lecture, notamment provoqués par le personnage de Gerda Christow ;

8. Un cadavre dans la bibliothèque, avec Miss Marple. Parce qu’une lectrice chevronnée et une future prof doc ne pouvait pas passer à côté d’un titre pareil.

7. Cinq petits cochons : avec Hercule Poirot. Je pense que c’est l’une des histoires les plus émouvantes parmi les romans policiers.

6. Le Meurtre de Roger Ackroyd : avec Hercule Poirot. L’un des premiers, et diablement bien ficelé.

5. Les Vacances d’Hercule Poirot. Parce qu’on finit par se dire que c’est tout de même incroyable qu’à chaque fois que ces détectives vont quelque part, ça tourne mal…

4. Mort sur le Nil. Et d’ailleurs, même en Égypte il se passe des trucs !

3. Le Noël d’Hercule Poirot. Et on ne peut même pas passer des fêtes de fin d’années tranquilles.

2. Dix petits nègres. Parce que c’est de la virtuosité pure et simple ! Un régal frissonnant du début à la fin, avec cette comptine qui tourne en boucle et que j’insère ici en version anglaise :

Ten little nigger boys went out to dine

One choked his little self, and then there were nine.

Nine little nigger boys sat up very late
One overslept himself, and then there were eight.

Eight little nigger boys traveling in Devon
One said he’d stay there, and then there were seven.

Seven little nigger boys chopping up sticks
One chopped himself in half, and then there were six.

Six little nigger boys playing with a hive
A bumble-bee stung one, and then there were five.

Five little nigger boys going in for law
One got in chancery, and then there were four.

Four little nigger boys going out to sea
A red herring swallowed one, and then there were three.

Three little nigger boys walking in the zoo
A big bear hugged one, and then there were two.

Two little nigger boys sitting in the sun
One got frizzled up, and then there was one.

One little nigger boys living all alone
He went and hanged himself and then there were none.

Et en premier, en tout premier, mon préféré, sans aucune surprise, celui que j’ai lu et relu : Le Crime de l’Orient-Express.

D’abord pour l’intrigue, après pour Poirot, ensuite pour ce dessin qui l’accompagnait et me fascinait :

et pour ses deux adaptations cinématographiques sur lesquelles je reviendrai.

Agatha Christie est surnommée « la reine du crime » et ce n’est vraiment pas un titre usurpé. J’ai apprécié ces intrigues et cette virtuosité qui n’est cependant pas restreinte à son domaine de prédilection, on va en reparler.

Agatha au cinéma et en séries TV

Parler des oeuvres d’Agatha Christie, c’est bien-sûr avoir en tête toute une galerie de personnages, à commencer par ses deux principaux : Hercule Poirot, ce petit belge moustachu et égocentrique, qui ne cesse de la ramener avec ses petites cellules grises, et Miss Marple, dont tout le monde se demande si elle ne pourrait pas se mêler de ses affaires.

Je pourrais presque dire que je connais mieux les adaptations que les romans originaux, même si je suis loin d’en avoir fait le tour.

Petite sélection chronologique :

Cinéma, saison 1

1945 : Dix petits Indiens (And Then There Were None), film américain réalisé par René Clair. Je n’ai vu ce film qu’une fois, il y a très longtemps, mais je trouvais l’idée de cette adaptation incroyable et il m’a marquée pour le seul souvenir d’avoir vu Judith Anderson (la Mrs Danvers de Rebecca, dont j’ai parlé le mois dernier) dans l’un des rôles.

1974 : Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet. De loin l’une de mes adaptations préférées avec un casting de rêve : Sean Connery, Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Jean-Pierre Cassel, Anthony Perkins, John Gielgud et Albert Finney dans le rôle d’Hercule Poirot. On savoure Lauren Bacall en diva excentrique, Sean Connery en sanguin romantique et Ingrid Bergman en bigote insupportable. Albert Finney a un peu plus de mal à me convaincre mais c’est parce que j’ai trop l’habitude de David Suchet.

1978 et 1982 : Mort sur le Nil et Meurtre au soleil, les deux Poirot avec Peter Ustinov (même commentaire que pour Albert Finney). Même chose, casting soigné, mais pas forcément inoubliable.

1979 : Le Miroir se brisa : même chose, casting de rêve. Elizabeth Taylor, Kim Novak, Tony Curtis, et Angela Lansbury dans le rôle de Miss Marple. Ce qui m’avait amusée surtout, c’est justement Angela Lansbury, que je connaissais pour son rôle d’auteure de polars enquêtrice dans Arabesque (Murder, she wrote) : en gros une Agatha Christie qui résout des crimes !

Séries : intermède

1989-2013 !!! Le must du must : Hercule Poirot, avec David Suchet, qui a si bien incarné Hercule Poirot qu’il savait combien le détective belge prenait de sucres dans son thé. J’adore les personnages secondaires : Hastings, Japp, Miss Lemon, et je ne me lasse d’aucune rediffusion, même après l’avoir vu 50 fois.

2004-2013 : Miss Marple. J’ai un peu plus de mal, parce que j’accroche beaucoup moins avec ce personnage et j’ai une préférence pour sa deuxième « incarnation » (qui est en fait sa troisième, puisqu’avant la série sur Hercule Poirot, il y a eu une autre série, très prisée par les Britanniques, donnant vie à Miss Marple) : Julia McKenzie

2009-à maintenant : Les Petits meurtres d’Agatha Christie. Juste NON ! Jamais compris cette série, ni ce qu’elle pouvait apporter. J’esquive la moindre bande-annonce. Sans moi, merci, au revoir !

Cinéma, saison 2

2004 : Mon Petit doigt m’a dit, de Pascal Thomas. Formidable, avec Catherine Frot et André Dussolier qui incarnent Prudence et Bélisaire Beresford (Tommy et Tuppence chez Agatha). Quand j’ai découvert ce film, j’en ai profité pour lire le roman dont il était issu directement en anglais. Je connais le film par coeur, comme son petit frère d’ailleurs…

2008 : Le Crime est notre affaire. On prend les mêmes et on fait mieux. Très drôle, tout aussi fou, et aussi bien mémorisé (« Le léopard tacheté »). Par contre on oublie le dernier qui est complètement raté.

2007 : L’Heure zéro, de Pascal Thomas toujours. Je m’autorise ce petit écart chronologique pour ne pas séparer les deux films avec le duo Beresford. Petite tendresse pour ce film avec plein de bons acteurs et qui a été (pour quelques scènes) tourné au lycée Michelet de Vanves quand j’y faisais ma khâgne. J’y reconnais toujours la cour, les escaliers intérieurs, les couloirs et une salle de classe, avec le souvenir d’avoir croisé des jeunes filles en uniformes… mais pas longtemps, j’avais un devoir surveillé de 5h en français qui m’attendait (les joies de la prépa !)

2017 : Le Crime de l’Orient-Express de Kenneth Brannagh. L’heureuse surprise. Ayant adoré la version de 1974, je m’attendais à détester celle-ci. Finalement… ça passe.

Voilà pour ce tour d’horizon en images, mais je suis loin d’en avoir fini avec Agatha, poursuivons notre voyage.

Agatha par Agatha

Pour construire cet article, je me suis appuyée non seulement sur mes souvenirs de lecture des romans policiers de la reine du crime, mais aussi sur deux autres ouvrages.

Le premier est une évidence : qui mieux qu’Agatha Christie pour parler d’Agatha Christie ? Et pourtant la situation est plus complexe qu’il n’y paraît… même s’il s’agit d’une étape incontournable à tout amateur de cette auteure.

Une Autobiographie a été conçu et rédigé entre 1950 et 1965, publié pour la première fois en anglais en 1977, deux ans après le décès d’Agatha Christie, et elle n’a été publiée en France qu’en 2002, comme de juste aux éditions du Masque.

Sur la couverture de la réédition dans laquelle je l’ai lue – 1ère publication 2007, huitième réédition 2018 – on y voit la signature caractéristique (suivie du signe ®) et un portrait d’Agatha Christie datant, d’après la robe, des années 1920 ou 1930.

Sa lecture m’a fascinée, d’abord parce que, comme je le disais plus haut, son talent s’y révèle d’une manière incroyable. Cette autobiographie est une entreprise littéraire maîtrisée d’un bout à (presque) l’autre. La préface française prévient qu’elle est « prémédité[e] comme un meurtre ». Son parcours n’est pas exactement chronologique, elle n’y raconte que ce qu’elle choisit de raconter et prévient, d’emblée :

Je suis censée m’atteler à un roman policier, mais, succombant à la tentation naturelle de l’écrivain d’écrire tout sauf ce dont il est convenu, me voilà prise du désir inattendu de rédiger mon autobiographie.

On dévore ce texte de plus de 900 pages parce qu’on y découvre les personnalités multiples de la femme, les facettes innombrables de sa vie, et on y suit la construction d’un monument littéraire et textuel.

Le début a des accents proustiens dans cette construction kaléidoscopique, dans son amour des lieux passés et dans ses réflexions sur la mémoire :

Nous ne connaissons jamais le moi tout entier, mais nous avons parfois brièvement, par éclairs, une vision du vrai moi. Je crois pour ma part que nos souvenirs représentent ces moments qui, si insignifiants qu’ils puissent paraître, sont les plus révélateurs de notre personnalité profonde et de la réalité de ce que nous sommes.

Il nous restitue l’enfance heureuse à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle, d’une petite fille qui s’invente déjà des histoires, se crée des personnages, parle parfois toute seule (habitude qu’elle gardera en tant qu’écrivain) et met un certain temps à toucher du doigt sa vocation littéraire.

Le lecteur suit ensuite l’évolution en tant que femme, et la progression de l’écrivain, les deux étant indubitablement liés : le premier mariage avec celui qui lui donnera – et laissera – son nom de famille, la première guerre mondiale, pendant laquelle elle officie en tant qu’infirmière puis assistante-chimiste dans la pharmacie d’un hôpital, ce qui lui donnera une connaissance précieuse sur les drogues et les poisons.

Elle restitue ensuite l’écriture du premier roman, La Mystérieuse affaire de Styles, dans lequel apparaît un personnage bien connu :

…je me décidai pour un détective belge. […] Il serait très méticuleux, très ordonné […]. Il serait très intelligent. Il ferait travailler ses petites cellules grises : c’était là une bonne phrase à retenir. […] Quoi qu’il en soit, Hercule Poirot sonnait bien…

La suite est peut-être moins haletante, on y retrouve des considérations sur la vie, des réflexions sur certains sujets, le surf (elle est l’une des premières anglaises à le pratiquer), la gourmandise, le divorce avec Archibald Christie, l’écriture toujours – elle revient en particulier sur l’apparition de Miss Marple, les pièces de théâtre qu’elle adore écrire et la rédaction des Dix Petits nègres -, les voyages, la rencontre avec son deuxième époux, Max Mallowan, l’archéologie, les fouilles, l’amour des lieux et des maisons, la seconde guerre mondiale (durant laquelle elle est préparatrice en pharmacie dans un hôpital de Londres), la vieillesse enfin.

Une autobiographie est une oeuvre qui permet de bien connaître son auteur, mais est-ce la meilleure manière ? Ce n’est pas si évident, l’écriture est exigeante, sélective et capricieuse. Car il y a au moins un événement de la vie d’Agatha Christie sur lequel elle ne s’attarde pas, et c’est aussi cette raison qui a déterminé ma deuxième lecture.

Apparition… disparition

Le 3 décembre 1926 survient donc l’événement, pour lequel on aurait pu utiliser un peu précocement le titre d’Hitchcock : A lady vanishes (Une femme disparaît).

Suite au décès de sa mère et à l’annonce de son mari, qui lui fait part de son intention de divorcer, Agatha Christie disparaît.

Le lendemain, la police retrouve sa voiture, abandonnée près de l’étang de Silent Pool. La presse britannique s’empare alors de l’affaire : suicide d’une femme délaissée, meurtre commandité par son époux ou coup de pub d’une romancière voulant renforcer le succès de ses livres ?

Elle est retrouvée douze jours plus tard dans le Swan Hydropathic Hotel, hôtel de la station balnéaire d’Harrogate, où elle s’était inscrite sous le nom de la maîtresse de son mari. Elle prétendra avoir perdu la mémoire et ne s’expliquera jamais sur cette disparition.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, vous pouvez aller consulter les archives de presse présentes sur le site Retronews.

Pour ma part, c’est ce qui m’a incité à lire la biographie publiée très récemment par Marie-Hélène Baylac aux éditions Perrin.

La biographie d’Agatha

Cette biographie, qui a été publiée en avril 2019 aux éditions Perrin, ne se distingue pas tout à fait, dans ses premiers chapitres, de l’autobiographie.

Certes, l’une de ses originalités est de s’ouvrir avec l’annonce de la mort d’Hercule Poirot en 1975, un an avant celle d’Agatha Christie. En effet, autre détail amusant de la vie de la romancière, la mort de son personnage clef avait été annoncée dans les journaux :

Dans cette biographie, passées ces premières pages, on retrouve les premières décennies de la vie de la romancière, peut-être un peu mieux ordonnées que dans l’autobiographie – elle avait indiqué ne pas se fier à la chronologie – mais les deux ouvrages fonctionnent véritablement en échos.

Puis vient le chapitre de la disparition, et contrairement à Agatha qui l’élude en beauté, ne lui accordant pas un seul mot, Marie-Hélène Baylac lui consacre trois chapitres, le premier revenant sur la disparition en elle-même, le second sur la façon dont la romancière est réapparue, le troisième tentant, sinon d’expliquer, du moins de comprendre.

Les autres qualités de l’ouvrage sont de s’attarder aussi sur le « laboratoire » d’écriture d’Agatha Christie, dans un chapitre passionnant « La patronne cogite » mais aussi d’évoquer l’empire Agatha Christie et les dernières années de sa vie.

Pour revenir à cette histoire de disparition, il y a bien une explication logique, et tout à fait plausible…

Agatha en héroïne de Science-fiction

Dans le 7e épisode de la saison 4 de Doctor Who, le Docteur, incarné par David Tennant, et Donna Noble rencontrent Agatha Christie précisément le jour de sa disparition.

Ils mènent l’enquête avec elle sur une série de meurtres, dont l’auteur, univers de Doctor Who oblige, est de race extraterrestre.

Comme dans chaque épisode de Doctor Who, cette série télévisée qui fait date dans le paysage audiovisuel britannique, le spectateur se voit proposer un voyage spatio-temporel, et si l’intrigue est tout à fait délirante, les scénaristes s’amusent à convoquer les références à la période historique qu’ils évoquent, comme en témoigne cette liste trouvée sur l’article de Wikipédia consacré à l’épisode :

L’épisode est évidemment bourré de références aux romans d’Agatha Christie, et Russell T Davies et Gareth Roberts se sont amusés à insérer le plus possible de titres de ses romans dans les dialogues, mais ceux-ci ne sont évidemment visibles que si l’on connaît les titres originaux. On trouve donc les titres Why Didn’t They Ask Evans (Pourquoi pas Evans ?) ; Towards Zero (L’Heure Zéro) ; Un cadavre dans la bibliothèque ; The Secret Adversary (L’adversaire secret, renommé en français Mr Brown) ; N ou M ; Nemesis ; Le Chat et les Pigeons ; Dead Man’s Folly (« La folie du mort », renommé en français Poirot joue le jeu) ; Jeux de glaces ; Rendez-vous avec la mort ; Cartes sur table ; Sparkling Cyanide (Le Cyanure brillant, renommé en français Meurtre au champagne) ; La Nuit qui ne finit pas ; La Maison biscornue ; The Moving Finger (Le doigt tendu, renommé en français La Plume empoisonnée) ; Le Flux et le Reflux ; Death Comes as the End (La mort vient toujours à la fin renommé en français La mort n’est pas une fin) ; Le Crime de l’Orient-Express et The Murder at the Vicarage (Le Crime du Presbytère, renommé en français L’Affaire Protheroe).

Il y a de plus une scène coupée où le Docteur se fait appeler L’Homme au complet marron.

À cela il faut ajouter l’idée et le nom de Miss Marple suggérés par Donna, et l’utilisation par Agatha Christie de l’expression « utiliser ses petites cellules grises ».

À la fin de l’épisode, le Docteur montre à Donna un roman d’Agatha Christie Death in the Clouds (renommé en français La Mort dans les nuages) où on voit l’alien attaquer un avion sur la couverture.

Ce n’est pas mon épisode préféré de Doctor Who – je préfère évidemment Silence in the library, ainsi que tous les épisodes où apparaît le personnage de River Song (je vous laisse en apprendre davantage sur cette série si le coeur vous en dit) – mais je le revois tout de même toujours avec plaisir.

Et ce n’est pas la seule fois où Agatha Christie devient malgré elle une héroïne de science-fiction.

Dans l’un de mes livres de science-fiction préféré, Blitz, de Connie Willis, elle est présente à la fois comme référence et comme personnage.

Petit résumé de cette intrigue fabuleuse, et incroyablement bien écrite :

Oxford, 2060. L’Université retrouve son fourmillement d’antan et ses historiens sont sur le pied de guerre. Michael Davies se prépare pour étudier Pearl Harbor, Merope Ward quant à elle tente de survivre face à une horde d’enfants évacués tandis que Polly Churchill se prépare à entrer en plein cœur du Blitz. Car oui, désormais, être historien est un métier à haut risque. Être historien c’est aller observer l’histoire, littéralement… Tous trois projetés au début de la seconde guerre mondiale, l’un sur la côte, l’autre à Backbury et enfin la troisième au cœur de Londres, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour observer l’histoire, ses héros, ses soldats, ses victimes aussi… Jusqu’à ce que le drame se produise : ils ne peuvent pas rentrer chez eux et restent bloqués en 1940…

Dans ce roman, on lit donc Agatha Christie – puisque c’est une période très prolifique de sa vie en tant qu’auteure – et on y croise Agatha Christie qui officie comme préparatrice de pharmacie au University College Hospital.

Cela me donnerait bien envie d’ailleurs de relire ce livre, ainsi que les autres romans de Connie Willis… mais nous arrivons presqu’au terme de notre voyage !

Jouer et se promener avec Agatha

Pour conclure ce qui va être l’un de mes plus longs articles depuis que ce blog existe, voici quelques références, quelques liens pour jouer, vous promener et vous amuser avec Agatha.

Pour commencer je ne résiste pas à l’envie de vous proposer ici le parcours Crime Scene que j’avais réalisé il y a deux ans avec Sandrine Duquenne, et où vous pouvez retrouver quelques infos sur Agatha Christie, Hercule Poirot, et autres références du roman policier :

J’ai parcouru le site officiel mentionné sur Wikipédia, c’est un site plutôt sympa où vagabonder…

https://www.agathachristie.com/

Enfin, pour se promener en vrai, on pourrait hésiter entre les différents lieux où ont vécu l’auteure et ses personnages (mais limitons-nous tout de même à l’Angleterre) : Londres, Torquay (bien que la maison d’enfance, Ashfield, a été détruite depuis longtemps), Greenway Estate et Wallingford.

By Rod Allday, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8397126

Un jour, c’est sûr, j’irai à Greenway. En attendant, je vous souhaite une belle fin d’été et vous dis à bientôt, sur Cinéphiledoc !

Hors-série 1 : Daphné, Branwell, Rebecca et Alfred

Comme chaque été, je vous retrouve pour deux hors-série qui ne traitent pas, comme le reste de l’année, de publications plus ou moins récentes, mais de thématiques qui me tiennent à coeur.

https://www.arte.tv/fr/videos/074245-000-A/daphne-du-maurier/

L’été approchant, j’ai hésité entre plusieurs thématiques, dont l’une que vous retrouverez certainement pour l’article de septembre.

Brièvement, j’ai pensé vous concocter un best-of de l’ensemble de mes lectures cinéphiles depuis que je tiens ce blog.

J’ai également pensé à un autre best-of qui aurait repris l’ensemble des séries et des films qui composent ma liste sur Netflix. Puis une autre idée m’est venue et je garde ces best-of certainement pour l’an prochain !

De Daphné à Agatha, détours et évidences

Cette idée, elle s’est imposée lorsque j’ai regardé sur Arte un fabuleux documentaire sur Daphné du Maurier.

Alors qui était Daphné du Maurier, j’y reviendrai dans un instant, mais déjà, quelques mots de la façon dont l’idée a émergé et de ce fameux documentaire.

C’était en avril dernier, et j’avais envie de regarder quelque chose de court et d’instructif, ce qui me conduit généralement à faire un saut dans les replay de la chaîne Arte. Du coup, je tombe sur ce documentaire, qui m’accapare complètement (j’en ai glissé le lien en introduction, ce n’est pas très esthétique mais le code d’intégration proposé était des plus capricieux…).

De là me viennent plusieurs pensées. Je me dis que je n’ai jamais parlé de Daphné du Maurier sur mon blog, je me souviens qu’elle a été parmi quelques-unes de mes belles découvertes de lectures quand j’étais ado, je me dis que si j’en parle, ce sera aussi l’occasion de parler d’Hitchcock, je me dis qu’il faut vraiment que je retourne en Cornouailles (je vais d’ailleurs ponctuer cet article de quelques photos), je me dis que j’en profiterais bien pour écrire quelque chose sur Agatha Christie…

Et voilà, j’ai mes deux hors-série de l’été : sur les deux romancières anglaises du vingtième siècle les plus respectées : Daphné du Maurier et Agatha Christie.

Comme le titre vous l’indique, je vais commencer par la première, puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes, je suis encore plongée dans mes lectures pour préparer l’article sur la seconde.

Daphné en lectures

Je l’ai mentionné plus haut, Daphné du Maurier a très tôt fait partie de mon univers de lectrice, elle a certainement été parmi les auteures que j’ai lu avant Jane Austen, avant les soeurs Brontë, peut-être pas avant Agatha Christie (que j’ai dû lire à peu près en même temps), en tout cas j’ai lu Daphné du Maurier bien avant de lire Jane Eyre et Wuthering Heights.

J’ai évidemment commencé par Rebecca. Lorsqu’on lit Daphné du Maurier, commence-t-on réellement par autre chose que Rebecca ? Avais-je vu le film d’Hitchcock avant ou après, je ne sais plus. Toujours est-il que, comme beaucoup, j’ai été happée dès la première phrase :

J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley.

Rebecca. Manderley.

Rien que ces deux mots donne une idée de la façon dont on peut rêver sur les lieux avec Daphné du Maurier.

J’ai donc lu Rebecca. En français. Et il m’a fallu d’autres livres. Fort heureusement, la bibliothèque familiale comprenait quelques Daphné du Maurier.

Je me souviens donc très bien du recueil de nouvelles Pas après minuit, en particulier celle sur les touristes anglais à Jérusalem et celle sur le couple américain en vacances à Venise, qui était vraiment terrifiante. Je ne me souviens pas des titres exacts, mais je me souviens de la couverture, et de l’éditeur, Albin Michel.

Puis j’ai lu Mad. Sans le savoir, c’était le premier (ou l’un des premiers) livre de science-fiction que je lisais. Et je l’ai trouvé d’une drôlerie et d’un sens de la narration extraordinaires. Plus tard j’ai appris que c’était l’un des Daphné du Maurier les moins appréciés.

Ensuite, je me suis plongée dans La Maison sur le rivage, qui était vraiment beau et inquiétant, et c’est le dernier texte de fiction que j’ai lu de Daphné. J’avais certes trouvé un recueil qui rassemblait Rebecca, Ma Cousine Rachel, L’Aventure vient de la mer et L’Auberge de la Jamaïque, mais je n’ai pas pris le temps de m’y plonger.

Quelques années ont passé, j’ai enfin lu Wuthering Heights et Jane Eyre, j’y ai reconnu certaines des influences de Daphné du Maurier, et c’est grâce à cet intérêt pour les soeurs Brontë que j’ai redécouvert Daphné.

Car, non contente d’être une narratrice hors pair, Daphné du Maurier a écrit, selon moi, l’une des plus belles biographies que j’ai jamais lues : celle de Branwell Brontë. Et c’est en commandant cette biographie, en découvrant son nom en dessous du titre, que j’ai repris contact avec son univers.

Quatrième de couverture :

Branwell est l’enfant maudit de la famille Brontë. L’unique frère de Charlotte, Emily et Anne était pourtant promis à un brillant avenir. C’est lui qui construisit le monde imaginaire de la fratrie, inventa les jeux qui nourriraient l’imagination de ses sœurs, lui qui les inviterait à la création, à l’écriture. Mais l’enfant prodige devint peu à peu un poète déchu s’aidant d’alcool et d’opium pour surmonter la folie, tandis que ses trois sœurs accédaient à la renommée.

Branwell, c’est donc la silhouette que l’on aperçoit, presque complètement effacée, sur le portrait de Charlotte, Emily et Anne. C’est le peintre qui s’est de lui-même retiré du tableau.

C’est ce personnage mystérieux et pathétique que Daphné du Maurier nous raconte dans cette magnifique biographie. Je me suis longtemps demandée si André Téchiné s’en était servi pour son très beau film sur Les Soeurs Brontë, et comme je n’ai pas la réponse, j’en arrive à me convaincre que oui.

C’est par cette biographie que j’en suis revenue à Daphné du Maurier, et que j’ai relu, en anglais cette fois, Rebecca. 

Et je dois dire que lorsqu’on la lit en anglais, cette première phrase, et tout le reste, vous saisit encore davantage.

Daphné et Alfred

Si je connais bien Daphné, ou plutôt si jusque-là je croyais bien la connaître, c’est grâce à Hitchcock.

Très tôt, Rebecca a fait partie de mes films préférés d’Hitchcock, avec L’Ombre d’un doute, La Mort aux trousses et Fenêtre sur cour.

Ce n’était pas la narratrice que j’appréciais, ce n’était pas plus Max de Winter, c’était Mrs Danvers et Manderley. Et c’est le tour de force d’Hitchcock d’avoir réussi à rendre le lieu aussi palpable, inquiétant et humain que dans le livre.

Mrs Danvers, c’était la fabuleuse Judith Anderson, qui joue d’ailleurs l’un des personnages de l’adaptation des Dix petits nègres d’Agatha Christie, j’y reviendrai dans mon prochain article. Et puis il y a George Sanders, qui joue Favell, le cousin de Rebecca, une canaille inoubliable.

Pour écrire cet article, j’ai repris mon Hitchbook, et il y avait un échange entre Truffaut et Hitchcock dont je me souvenais tout particulièrement :

FT : (…) vous dites que c’est un film qui manque d’humour mais, quand on vous connaît bien, on a l’impression que vous avez dû beaucoup vous amuser en écrivant le scénario, car finalement c’est l’histoire d’une fille qui accumule les gaffes.

En revoyant le film l’autre jour, je vous imaginais avec votre scénariste : « Voilà la scène du repas, est-ce que l’on va lui faire tomber sa fourchette par terre ou bien est-ce qu’elle va renverser son verre ou plutôt casser une assiette ? »

Je laisse, grâce à la magie de YouTube, la parole aux deux principaux intéressés :

Ce petit voyage à travers Rebecca m’a permis de mesurer ma connaissance (ou ma méconnaissance) de Daphné du Maurier et d’Hitchcock sous la forme d’un match :

Rebecca : Daphné du Maurier 1 – Hitchcock 1

L’Auberge de la Jamaïque : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 0

Les Oiseaux : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 1

C’est aussi grâce aux Oiseaux et à Soupçons, un autre film de Hitchcock (ou plutôt à cause d’eux) que je me suis fait une image de Daphné du Maurier bien éloignée de la réalité.

Dans Soupçons, un beau personnage de femme auteure de roman policier qui met en garde l’héroïne, Joan Fontaine, contre son mari, Cary Grant.

Dans les Oiseaux, vous avez le personnage de la vieille dame ornithologue.  Allez savoir pourquoi, j’ai longtemps pensé que Daphné du Maurier devait ressembler trait pour trait à ces deux personnages.

Jusqu’à ce fameux documentaire Arte…

De Daphné à Daphné

La première fois que j’ai lu Rebecca, je ne me suis absolument pas intéressée à son auteure, et je ne lui ai pas plus prêté attention lorsque j’ai lu ses autres livres.

Elle ne figurait pas sur la quatrième de couverture, elle me racontait des histoires captivantes mais je n’ai pas songé à m’informer davantage sur elle.

Aussi lorsque j’ai vu ce documentaire, j’ai compris à quel point j’étais loin de la réalité. Il m’a révélé une personnalité belle, forte, attachante, entière, et ce premier aperçu m’a été confirmée par la superbe biographie de Tatiana de Rosnay, Manderley for ever.

Je l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire. J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants. Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai.
C’est le roman d’une vie.

On y découvre une Daphné du Maurier tiraillée entre le masculin et le féminin, entre ses passions « vénitiennes » (le code qu’elle utilise pour lesbiennes, bien qu’il s’agisse souvent d’une simple attirance ou admiration pour certaines des femmes qu’elle a pu côtoyer) et sa vie d’épouse, un être épris de promenades, de solitude et d’écriture, et que la critique n’a pas ménagé, ne lui pardonnant pas ses succès publiques.

Elle y est fascinée par l’histoire, par les personnages qui l’entourent, par les lieux qu’elle visite ou dans lesquels elle vit, et elle rêve si bien « vrai » que tout cela se retrouve à merveille dans tout ce qu’elle écrit.

Sur les traces de Daphné du Maurier, on suit Tatiana de Rosnay depuis Londres jusqu’à Kilmarth, en passant par Paris, Fowey et Menabilly.

On y côtoie l’univers du théâtre londonien du début du 20e siècle, on se promène dans Londres à la même époque, on y découvre la vie d’une jeune femme dans ces années-là, ses rêves, ses tiraillements, ses ambitions et ses passions.

Et c’est caméra à l’épaule, comme le souhaitait l’auteure de cette biographie, qu’on l’observe marchant dans l’herbe haute de Menabilly et au milieu des meubles encore recouverts de housses, ou mettant toute son énergie à faire vivre des personnages qui ne sont pas éloignés de ce qu’elle était.

Évidemment, je ne peux que vous recommander ce livre, ainsi que toutes les lectures que j’ai mentionnées auparavant.

Itinéraires littéraires, cinéphiles et gourmands

Comme ce sont les vacances, et même si mes pas vont me conduire dans d’autres endroits que ceux fréquentés par Daphné et Alfred, voici pour finir cet article quelques escales en images et en textes.

Ceux qui ont souri à l’évocation des soeurs Brontë pourront aller flâner sur le site du musée d’Haworth, en attendant d’y faire un tour en vrai :

Ceux qui voudraient voir les lieux qui ont inspiré Rebecca, devront se contenter, comme Tatiana de Rosnay, d’une vue aérienne, ou du portail d’entrée, Menabilly restant une propriété privée inaccessible aux curieux :

Ceux qui voudront aller plus loin que la Cornouaille suivront Hitchcock jusqu’à Bodega Bay, mais faites attention aux oiseaux…

Pour ceux qui préfèreraient tout simplement savourer leurs vacances avec un bon repas accompagnant ces lectures, restons tout de même avec Hitchcock, et si vous dégotez le livre génial La Sauce était presque parfaite, arrêtez vous aux recettes suivantes :

  • Perdrix sauce ivoire de Rebecca,
  • Cornish bread Manderley
  • Poulet Dixie pommes au four Bodega Bay des Oiseaux
  • Tourte au poulet
  • Saumon grillé maître d’hôtel de Rebecca

Le tout bien-sûr servi avec un cocktail.

Bonnes escapades et bel été à tous !

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