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D’une femme fatale à l’autre

Cette année 2018 est riche en trajectoires féminines réécrites (et ce n’est pas fini !).

En mars, j’avais déjà fait un petit compte-rendu de lectures récentes et de références consacrées aux femmes au cinéma : un documentaire, 50 femmes de cinéma, le journal de Carrie Fisher, et Hollywood : la Cité des femmes.

En mai, j’avais trouvé ce superbe roman, Hollywood Boulevard, consacré à la première « star » de cinéma américaine, Mary Pickford, et à l’une des premières scénaristes, Frances Marion.

Pour ce premier article de reprise, les femmes à nouveau sont à l’honneur, et pas n’importe lesquelles.

Femmes fatales : éléments de définition

Lorsque l’on cherche « femme fatale » sur notre moteur de recherche préféré (!), on est vite effarée à la lecture des premiers résultats – en tout cas je le suis :

Passons outre, rejetons d’emblée les 5 conseils et autres trucs et astuces pour devenir une femme fatale… et reportons nous à quelque chose qui, sans être parfait, a au moins le mérite d’offrir un éclairage historique et culturel de la question :

Une femme fatale est un personnage type qui utilise le pouvoir de la sexualité pour piéger le héros malchanceux. La femme fatale est généralement décrite comme une femme sexuellement insatiable.

Elle séduit, sans se « donner », et est souvent caractérisée physiquement comme une femme très féminine et moralement comme une femme séductrice (dans la littérature décadente, puis au cinéma).

Voilà pour les éléments de définition, passons à la mythologie à présent :

L’archétype de la femme fatale existe dans les mythes et le folklore de nombreuses cultures à tous les âges. Les premiers exemples sont Ishtar, la déesse sumérienne, et Ève, Dalila, et Salomé dans la Bible judéo-chrétienne. Dans la littérature de la Grèce antique, la femme fatale est incarnée par Aphrodite, la sirène, le Sphinx, Scylla, Circé, Lamia, Hélène de Troie, et Clytemnestre.

Je passe sur le fait que, dans cet article, hormis Marlène Dietrich et Rita Hayworth, peu d’exemples sont donnés de « femmes fatales » de cinéma, essayons donc d’enrichir quelque peu cette liste, sans s’arrêter aux caractéristiques physiques (brune ? blonde ? grande ? petite ?) :

  • Greta Garbo
  • Bette Davis
  • Sharon Stone
  • Glenn Close
  • Ava Gardner
  • Joan Crawford
  • ce à quoi on peut rajouter éventuellement quelques belles brunes du cinéma français, au moins dans certains rôles : Maria Casarès, Fanny Ardant, Isabelle Adjani

Vous pouvez, si vous le souhaitez, compléter cette liste, en précisant ce qu’est pour vous une femme fatale.

C’est peut-être d’ailleurs par facilité que j’ai choisi ce terme, afin de rassembler dans un même article, deux femmes qui finalement, ne se ressemblaient pas tant que ça… quoique !

Ces deux femmes, je ne les connaissais pas plus que ça – seulement de nom – et je dois leur découverte à deux petits livres, l’un paru en 2017, l’autre, plus récent, publié en mai 2018.

It girl

Le premier de ces deux livres, Le Sourire de Gary Cooper, est l’oeuvre de Sophie Pujas, publié en mars 2017 aux éditions Gallimard, dans la collection L’arpenteur.

C’est un ouvrage d’un peu plus d’une centaine de pages, entrainant, alternant les voix, passant avec aisance du « elle » au « je », passant continuellement du rire aux larmes, avec des fulgurances poétiques surprenantes, qui éclatent d’une phrase à l’autre, et qui portent le lecteur comme un souffle de la première à la dernière page.

Dans la salle obscure, elle s’invente la famille qu’elle n’a pas eue. Les bras protecteurs d’âmes amies. Elle frissonne, s’exalte. Elle apprivoise l’angoisse. Tout s’apaisera à la fin. Et quand bien même le héros mourrait, ce qui ne se fait guère, la lumière se rallumera. La terreur aura laissé le monde inentamé. Tremble tout ton soûl, petite fille. Meurs avec le cow-boy. Saute dans le vide. Galope. Ce ne sont que des vies d’emprunt, à l’infini. Peaux où se glisser, vite délaissées.

Celle que l’auteur évoque, esquisse, accompagne de la gloire à la solitude, c’est Clara Bow.

Clara Bow ?

La star des années 20, une gosse de Brooklyn, l’incarnation de la « garçonne » (ouvrant la voie à Dietrich et ses tailleurs pantalons, à Garbo et son androgynie fascinante), la IT GIRL – sex appeal des années folles. Un esprit libre, une scandaleuse, qui compte nombre d’aventures (Victor Fleming et Gary Cooper, entre autres) et le double de rumeurs infondées, avant de se retirer du monde, un peu à la manière de Garbo ou de Pickford, mais dans une ferme du Nevada.

Sophie Pujas en fait une icône, une sorte de météore croquant la vie à pleines dents, cherchant des rôles à sa mesure, luttant contre les hommes des studios (comme le feront, sans plus de succès, Marilyn Monroe, Bette Davis, et avec un peu plus de succès, Olivia de Havilland).

Elle en fait à la fois cette icône de femmes libres dont elle (on) se sent redevable, et, dans les dernières lignes de ce petit livre magnifique, l’icône de ces femmes étoiles filantes et sacrifiées : Marilyn, Jean Seberg, Françoise Dorléac, Sharon Tate.

Ajoutons Jean Harlow.

Victor Fleming, en 1933, dirigera une comédie cruelle, Bombshell, où tremble le souvenir de Clara. L’histoire d’une jeune actrice, Lola Burns (sous les traits de Jean Harlow), constamment entourée d’une foule de parasites.

Ces deux phrases sont extraites du Sourire de Gary Cooper, p.84

Blonde platine

La voilà donc en Lola Burns, une star à l’existence chaotique, au rythme de travail effréné, tout de blanc vêtue sous son auréole platine et scrutée nuit et jour par les feuilles à scandale (…).

Platine, p.125

Comme un écho.

Platine, de Régine Detambel, a été publié chez Actes Sud en mai 2018. Lorsque je me suis arrêtée dans une librairie pour découvrir Hollywood Boulevard et les destins croisés de Mary Pickford et Frances Marion, à quelques livres de là était posé Platine.

Du sourire de Gary Cooper à Platine, les mêmes choses frappent : l’injustice, l’émotion, deux destins happés et sacrifiés, deux femmes ayant incarné une époque.

Jean Harlow ?

L’une des blondes volcaniques du star system américain, aux côtés de Marilyn, de Carole Lombard, de Grace Kelly, de Rita Hayworth. Des sex symbols, dont Wikipédia fournit ici très obligeamment une liste.

Avec Monroe et Lombard, la même impression de gâchis, extrêmement bien rendu dans ce roman de moins de 200 pages.

Monroe ? un suicide accidentel en 1962 à 36 ans.

Lombard ? morte à 33 ans dans un accident d’avion en 1942.

Harlow ? morte en 1937 à 26 ans de… de quoi au juste ?

Ce que nous fait comprendre l’auteur, avec une douceur teintée de cynisme, c’est la stupidité de cette mort et l’absurdité de la vie de Jean Harlow.

Au fil des pages, on suit cette petite gamine qui se mue en bombe sexuelle, toute en chevelure et en poitrine. On la suit avant même qu’elle ne devienne Jean Harlow, on suit le cinéma qui naît presqu’en même temps qu’elle (en tout cas elle partage son année de naissance avec celle du premier studio installé à Hollywood).

De la gloire en pleine lumière, on peut tout connaître. Ce que Detambel reconstitue à la perfection, c’est le côté sombre : la mère possessive, intrusive, jalouse, toxique, et l’amant de cette dernière, un sicilien proche de la mafia qui passe son temps à lui réclamer de l’argent.

Les mariages « fuites », le premier, à 16 ans, qui dure 3 mois. Le second, un vrai désastre, avec un type de 20 ans son aîné, atteint d’hermaphrodisme. Lorsqu’elle le découvre et éclate de rire le soir de la nuit de noce, il s’acharne sur elle, avant de se suicider quelques mois plus tard.

Alors sa mort, d’une crise d’urémie ? À la suite des coups portés par ce mari éphémère, en tout cas, mal soignés. Aggravés par une infection rénale. Ajoutez à cela une mère, adepte de la « Science chrétienne » et pour qui la maladie n’existe pas, et qui refusera quasiment jusqu’au bout de la faire soigner. Il faudra que William Powell et Clark Gable interviennent pour la faire admettre – trop tard – à l’hôpital.

Platine, avec efficacité, sobriété et douleur, c’est l’histoire de ce gâchis.


On referme ces deux livres avec exactement les mêmes sentiments : d’une part l’étonnement émerveillé devant ce que ces deux auteurs nous offrent, une émotion intense en seulement quelques pages, d’autre part, cette impression un peu nauséeuse d’avoir assisté à deux sacrifices humains.

Vous voulez revivre l’âge d’or du cinéma et son « intolérable cruauté » en un temps record ? Lisez Le Sourire de Gary Cooper, lisez Platine.

Autres lectures – juillet / août

Pour finir, voici un petit point (que j’espère systématiser tous les deux ou trois mois, si j’arrive à maintenir mon rythme de lecture) sur ce que j’ai pu lire cet été :

 

  • début juin, j’ai tenté de relire L’Iliade. Malgré la beauté du texte, trop de scènes de batailles à mon goût.
  • relecture du premier volume de Harry Potter en VO.
  • un roman historique : Moi, Médicis, de Matteo Strukul, agréable mais pas transcendant.
  • La Marche du mort, de Larry McMurtry, une vraie belle découverte que je dois à un collègue profdoc, Johann Jambu : l’ouest américain, des Texas rangers et des comanches, dépaysement total.
  • les deux derniers de mon chouchou : Zafón, Le Prisonnier du ciel (pas mal) et Le Labyrinthe des esprits (apothéose !)
  • tout un tas de lectures sur Paris au cinéma et Paris en littérature pour les hors-série de cet été
  • mon coup de coeur de juillet, L’art de la lecture, dont j’ai déjà parlé
  • les deux petits livres dont parle cet article
  • Les Guerres de religion (1559-1629) de Nicolas Le Roux, un pavé hyper érudit, parce que j’aime beaucoup cette période historique
  • Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel, des enquêtes policières steampunk dans le Paris du 19e siècle
  • Et moi, je vis toujours : mon premier D’Ormesson, pas très convaincant au début, fabuleux quand on parvient à entrer dedans au bout de quelques pages et qu’on le laisse nous raconter l’histoire.

Voilà pour ces quelques lectures, puisque fin août, je n’avais pas fini le dernier livre de ma liste.

J’espère vous avoir donné envie d’en lire quelques-uns.

Bonne reprise à tous et rendez-vous fin septembre pour l’article #profdoc !

Hors-série 2 : Paris en livres

Pour ce second hors-série de l’été, j’adopterai la même structure que pour « Paris au cinéma » : affiche et présentation sur Genially, comptes-rendus de lecture et petite sitographie (si ce que je trouve me convient).

Pour finir j’évoquerai l’une de mes lectures coup de coeur de l’été, où là encore, le livre a la part belle.

Productions

Comme je l’ai indiqué dans l’article précédent, dans le cadre d’une valorisation du fonds littérature (documentaires et oeuvres classiques) au CDI, j’ai proposé un mois de « découverte littéraire » consacré à Paris.

Pour chacun de ces mois, et chacune de ces « découvertes », je propose une affiche mettant en valeur une citation :

et une affiche renvoyant vers des oeuvres disponibles à la lecture via l’utilisation de QR-codes :

Sur la version en ligne dont j’ajoute le lien ici, les portraits des écrivains sont cliquables et renvoient vers leur biographie.

Une fois encore, je propose désormais une image interactive réalisée sur Genially, derrière laquelle vous trouverez quelques-unes de mes citations favorites sur Paris.

Je reprends en image le même plan, dont évidemment je modifie très légèrement les informations, et sur lequel j’ajoute mes textes de prédilections…

Lectures : quelques égarements…

Pour ce hors-série, je recherchais évidemment des ouvrages évoquant certes des écrivains, mais surtout des oeuvres littéraires.

J’ai toujours pris plaisir à voir un personnage déambuler dans les rues d’une ville, et c’est souvent mes livres préférés qui me restituent à merveille l’atmosphère d’une ville : le Londres de Drood, de Dan Simmons, le Barcelone de L’Ombre du vent, qui m’a définitivement convertie à l’univers de Zafón, plus récemment le Saint-Malo de Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d’Anthony Doerr.

Mes premiers tâtonnements pour trouver quelques promenades parisiennes n’ont pas été entièrement couronnés de succès. La faute n’en est cependant pas aux livres, mais vraiment à ce que j’en attendais.

Le petit guide de Parigramme

Ainsi le premier d’entre eux qui m’est tombée sous la main était : Paris des amateurs de littérature : 100 lieux pour lecteurs passionnés et auteurs en devenir, de Sophie Herber, publié en janvier 2018 aux éditions Parigramme.

C’est un petit guide très sympathique, pratique, accessible, et bien illustré, et dont voici le sommaire :

L’accent de ce petit livre est mis sur une pratique disons « active » de la littérature : rencontres d’auteurs, clubs de lecture, ateliers d’écriture, quelques musées, quelques librairies incontournables, avec un dernier chapitre plus spécifiquement consacré à des promenades littéraires, mais qui se concentrent sur des maisons d’écrivains.

Cela n’enlève rien aux qualités de cet ouvrage, mais ce n’est pas tout à fait ce que j’attendais… j’ai donc poursuivi mes recherches.

Paris vu d’ailleurs

Le deuxième livre sur lequel j’ai mis la main avait un titre prometteur, Paris : Escapades littéraires, publié chez Robert Laffont dans la collection Pavillons Poche en février 2018.

Cependant, lorsque je l’ai reçu, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un recueil de textes d’écrivains étrangers – Henry James, Graham Greene, Dino Buzzati – évoquant Paris.

J’en ai donc remis la lecture, sans doute très agréable, à plus tard, l’ouvrage ne correspondant pas, une nouvelle fois, à mes attentes.

Le troisième est presque le bon

J’ai repris mes recherches, et je me suis tournée à nouveau du côté de Parigramme, qui est décidément une caverne d’Ali-Baba pour tout amoureux de Paris : il n’y a qu’à voir les références proposées dans le catalogue de cette maison d’édition !

Outre un Paris : 100 films de légende, qui m’avait échappé, on y trouve pêle-mêle des ouvrages historiques, des guides par arrondissements, des restaurants, des livres pour enfants, le Paris souterrain, les abris… C’est également chez Parigramme qu’est paru le Paris de François Truffaut dont j’ai fait le compte-rendu dans le premier hors-série.

Promenades littéraires dans Paris : 500 adresses habitées par les mots est l’oeuvre de Gilles Schlesser et a été publié en février 2017.

Les principales qualités de ce livre sont les suivantes :

  • compact, pratique, très complet,
  • découpant Paris en différents quartiers, avec pour chaque quartier un plan,
  • un nombre incroyable de demeures d’écrivains ou de lieux où ils ont leurs habitudes (cela va des cafés et des restaurants… aux cimetières parisiens),
  • quelques évocations de personnages (dont les auteurs ne sont jamais très loin)
  • une mise en page agréable, le livre étant illustré de photographies anciennes ou récentes, de portraits d’auteurs, et agrémenté de citations

Voici quelques pages en exemples :

Le seul petit bémol à mon goût (mais cela reste purement subjectif…) : beaucoup d’écrivains et trop peu de personnages, trop de Victor Hugo et pas assez de Gavroche, Javert, Marius ou Jean Valjean.

Néanmoins cela reste un ouvrage excellent et, ne serait-ce cette réserve, je me serais arrêtée là.

De l’égarement à la balade en passant par l’escapade et la promenade

Il se trouve qu’il ne faut jamais chercher très loin ce qu’on a sous les yeux. Le dernier livre, et celui qui correspondait parfaitement à mes recherches, était depuis de nombreuses années dans ma bibliothèque !

Il s’agit d’un ouvrage paru en 2004, co-édité par les éditions Nouveau monde et Terres d’écrivains : Balades littéraires dans Paris du 17e au 19e siècle.

Ce qui m’avait empêchée de m’y replonger à l’origine, c’était justement cette délimitation dans le temps : du 17e au 19e. Je savais que je n’y trouverai ni Proust, ni Aragon, ni Prévert…

Je l’ai donc négligemment laissé de côté. Jusqu’à ce que je constate que deux autres ouvrages complétaient cette collection :

Du 17e au 19e siècle

Le premier du lot est parfait : un traitement chronologique, une mise en perspective historique et littéraire, une biographie de chacun des auteurs présentés, de larges extraits littéraires, et des balades, mais de VRAIES  balades, avec une proposition de point de départ et d’arrivée, un temps de parcours, et des balades qui mêlent le parcours d’un auteur bien réel et les déambulations de ses personnages.

On y retrouve évidemment Hugo et Balzac, mais aussi Choderlos de Laclos, Rétif de la Bretonne, George Sand et Eugène Sue.

En fin d’ouvrage, les plans, qui constituent l’unique bémol de ce petit bijou. Déjà lorsque l’on m’a offert ce livre en 2004, je trouvais qu’ils manquaient de lisibilité, superposant les quartiers anciens aux nouvelles rues. Mon avis n’a pas changé là-dessus.

Mais pour ceux qui souhaitent un petit itinéraire dans Paris au côté de Victor Hugo et de Jean Valjean, ou de Balzac et de Rastignac, c’est l’ouvrage idéal.

De 1848 à l’affaire Dreyfus

Le 2e volume se concentre sur la période qui court de 1848 à 1906. On y retrouve quelques-uns des écrivains présents en fin du premier volume.

Cinq promenades nous sont proposées, à l’intérieur desquelles on retrouvera plusieurs itinéraires :

  • les barricades de 1848
  • les écrivains dans la tourmente de la Commune de Paris
  • un chapitre consacré davantage à la poésie, avec la figure prédominante de Verlaine
  • l’affaire Dreyfus
  • et la dernière, qui a ma préférence « Proust à Paris : promenades depuis une chambre »

J’ai commandé ce livre en guettant ce dernier chapitre proustien, qui m’a vraiment comblée, et qui a su estomper quelques petites déceptions : un Maupassant bien absent (mais plus normand que parisien, il faut dire), un Baudelaire vite esquissé, et des plans qui, bien que plus lisibles, sont toujours peu pratiques… Enfin ce deuxième volume fait moins la part belle que le premier aux extraits d’oeuvres.

1900-1945

Dans ce troisième et dernier volume, on voyage, moins à la poursuite des oeuvres qu’à celles des écrivains.

Quatre promenades, cette fois-ci, foisonnantes de biographies d’écrivains ayant un jour élu domicile à Paris :

  • Montmartre
  • un Paris « surréaliste de la lost Generation » (et où l’on retrouve davantage de Lost generation que de surréalistes)
  • Trois André (Breton, Gide et Malraux) et un congrès
  • Des écrivains très occupés

La partie la mieux réussie selon moi est celle consacrée à l’Occupation, d’autant qu’on y trouve trois itinéraires sur les « romans du Paris occupé ».

Comme pour les deux ouvrages précédents, c’est ce type d’informations que j’ai apprécié le plus, même en n’ayant pas lu certains des romans qui m’étaient présentés.

Ces trois petits livres, malgré leur date de parution (2004-2005) offrent un véritable tour d’horizon parisien, historique et littéraire, du 17e siècle à 1945, et viennent admirablement compléter les autres ouvrages de cet article.

Petite sitographie

La lecture coup de coeur de l’été

Comme promis, voici l’un de mes coups de coeur de cet été (je garde les autres pour les articles de la rentrée sur Cinéphiledoc).

En vadrouillant dans la sublime librairie Labbé de Blois, je suis tombée dans le rayon des arts sur une véritable merveille :

Il s’agit de L’Art de la lecture : Livres et lecteurs dans l’art de Pompéi à nos jours, de David Trigg, publié en juin 2018 aux éditions Phaidon.

L’ouvrage recense une très belle collection d’oeuvres d’art, toutes périodes confondues, et où le livre apparaît. Enfants ou écrivains au travail, bibliothèques, lecteurs et lectrices, peintures, sculptures, installations d’art contemporain : tout témoigne de la relation des hommes aux livres (ou au Livre), relation tentant épanouie, tantôt influencée par l’histoire.

La préface est érudite et construit la progression du livre, des saints et des scribes aux livres brûlés. Sur chaque double page, les rapprochements entre deux oeuvres sont savamment orchestrés, avec généralement seulement le titre et le nom de l’artiste. Quelques oeuvres font l’objet d’une description plus approfondie, demandant au lecteur davantage d’explications.

Le tout est un trésor, à mettre dans toutes les mains des amoureux des livres. Et c’est sur ce trésor que je vous laisse, vous souhaitant une belle fin d’été.

À bientôt, sur Cinéphiledoc !

Février 2017 : séances et animations du CDI

Comme je l’avais annoncé dans l’article précédent, je reprendrai dans cet article quelques actions de la fin janvier, février ayant été particulièrement raccourci à la fois par les vacances scolaires et pour des raisons personnelles…

Cela ne m’a pas empêchée de faire quelques séances (poursuites de projets déjà amorcés), d’organiser une exposition thématique, et de voir naître un beau projet de mutualisation.

Séances

En attendant la grande effervescence de la semaine de la presse – j’ai déjà sondé le terrain et amorcé des échanges avec les enseignants qui ont déjà travaillé avec moi – je n’ai eu durant cette période fin janvier / fin février que 3h de séances en demi-groupes.

  • EMC 1STMG3 : suite de la séance sur le complotisme

Comme je l’avais indiqué en décembre et en janvier, j’ai commencé à travailler avec deux classes de Premières STMG sur le complotisme, en collaboration avec leurs enseignants d’histoire-géo respectifs.

Pour les STMG1, je n’ai pu faire à ce jour que la séance 1 de ce travail, que l’enseignant a poursuivi en classe.

Pour les STMG3, j’ai pu voir un demi-groupe faire la séance 1 début janvier et revoir ce demi-groupe durant une deuxième séance fin janvier.

Pour rappel, les élèves devaient faire le choix d’une théorie du complot, trouver trois arguments complotistes et trois contre-arguments. La démarche était complexe.

Pendant cette deuxième heure de travail, les élèves ont donc poursuivi leurs recherches, et en fin d’heure, 4 élèves ont pu passer à l’oral, présenter leur théorie du complot et les différents arguments. Je notais au tableau les points successifs des interventions (voir ci-dessous) et finalement, avec ma collègue d’histoire-géo, nous avons été plutôt satisfaites de cette séance.

  • Formation à la recherche 2nde2

Fin février, j’ai animé 2h en demi-groupe de formation à la recherche auprès d’une nouvelle classe de Seconde. Après le classicisme et le siècle des Lumières, j’ai donc travaillé avec cette classe sur la tragédie grecque.

Mêmes modalités d’organisation que pour les séances précédentes : une présentation d’une dizaine de minutes du portail e-sidoc, puis une mise en pratique par les élèves via le questionnaire suivant :

Enfin, les élèves remplissaient le padlet avec les informations recueillies. J’aurais souhaité, pour changer, faire utiliser un autre outil aux élèves, j’avais envie de faire réaliser une carte mentale interactive et collaborative par demi-groupe, mais je n’ai pas trouvé ce que je souhaitais comme outil.

Il faut dire que mes exigences étaient élevées : un outil de carte mentale gratuit, sans connexion, collaboratif en temps réel, beau, et sur lequel on puisse ajouter vidéos, images et liens internet. Bref, un padlet en carte mentale. Après une matinée entière de recherches, tests et bidouillages, j’en suis donc revenue au Padlet.

https://padlet.com/jfiliol_pro/2nde2

Voilà pour les séances de cette période, c’est peu par rapport aux mois précédents, mais avec la semaine de la presse qui s’annonce, je ne me fais pas de soucis, mon agenda va se garnir…

Exposition thématique / Valorisation du fonds

Pour remplacer l’exposition sur la journée de l’amitié franco-allemande, j’ai installé fin janvier une exposition sur la Saint Valentin, dont voici l’affiche :

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L’exposition est en deux partie : d’un côté, textes philosophiques et littéraires ainsi que documentaires sur l’amour, de l’autre, la littérature amoureuse avec des romans, des pièces de théâtre et des recueils de poésie.

Cette exposition est restée installée jusqu’à quasiment la fin du mois de février, elle va ensuite céder la place aux deux « poids lourds » du mois de mars, le printemps de poètes et la semaine de la presse.

Nous avons également reçu au retour des vacances notre première commande de 2017, surtout des nouveautés pour le rayon Sciences.

La bonne nouvelle est la réception de deux rayonnages supplémentaires, à l’origine pour la science-fiction, qui était coincée à côté de la sortie de secours et mal valorisée auprès des élèves.

Avec mon collègue aide-documentaliste (qui malheureusement nous quitte à l’issue de ce mois), nous avons décidé de transvaser l’ensemble de la littérature en langue étrangère, et de décaler le reste des fictions (poésie, théâtre, romans policiers) afin que la SF soit davantage visible pour les élèves.

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Et j’en viens au projet phare de ce mois de février.

Promotion de la lecture et littérature classique au CDI

Ce projet aurait pu ne jamais voir le jour, ou du moins il aurait pu ne pas être réalisé aussi facilement. Je tiens donc à remercier chaleureusement les trottoirs inégaux de ma ville, et mon sens inné de l’équilibre, pour l’entorse du genou qui m’a valu une semaine d’arrêt maladie.

Sans eux, je n’aurais pas pu proposer à Sandrine Duquenne (@spdocs), avec laquelle j’avais déjà planché sur un Padlet permettant de proposer des nouveautés pour enrichir un fonds documentaire, de travailler à nouveau avec moi.

La semaine du 30 janvier, nous avons donc échangé pour mutualiser ensemble : oui mais quoi ? comment ? avec quel outil ? et sur quel thème ?

Très vite, Sandrine a suggéré de travailler sur la promotion de la littérature classique, en s’inspirant des travaux réalisés par les académies de Nancy-Metz (merci Laureline Lemoine, alias @Baccadoc, pour l’inspiration) et de Toulouse dans le cadre des TraAM Documentation.

Nous nous sommes principalement inspirées de ces deux projets :

Nous avons donc décidé de proposer des affiches consacrées à des auteurs ou à des genres littéraires, avec des QR-codes donnant l’accès à la lecture de leurs œuvres principales, et de mettre en ligne ces affiches sur un Padlet, afin de permettre soit d’imprimer individuellement certaines affiches, soit de les intégrer une par une ou en totalité sur un site ou un portail documentaire.

Durant la semaine du 30 janvier, nous avons travaillé quasiment deux jours complets à distance et réalisé 7 infographies le premier jour et 14 le deuxième, la répartition du travail donnant lieu à quelques échanges comiques :

« Ouin, tu as pris Hugo je voulais faire Hugo !

– Ben tu n’as qu’à faire Flaubert…

– J’aime pas Flaubert ! (…)

Deux heures plus tard :

– Je fais Voltaire, tu fais Rousseau ?

– Ok, je fais le mec qui abandonne ses enfants, toi tu fais celui qui traite le peuple de canaille… »

Une fois les 21 infographies réalisées, nous les avons mises en ligne sur le Padlet, en les classant par siècle. Une rubrique séparée est consacrée aux auteurs étrangers, une autre aux genres littéraires. Un petit bloc d’introduction présente le projet et les possibilités d’utilisation.

La semaine de la reprise (20-24 février), nous avons continué d’enrichir ce Padlet, principalement en ajoutant : la littérature antique, médiévale et renaissante, des auteurs étrangers, la philosophie et quelques genres littéraires…

Trêve de suspense, voici donc le bébé :

https://padlet.com/jfiliol_pro/qrcodeslectures

De plus, Sandrine m’a autorisée à publier sur ce blog les affiches dont je suis les plus fières, en voici donc trois…

Histoire romaine :

Témoins du 19e siècle :

Et littérature épistolaire :

Évidemment, le Padlet continuera de s’enrichir, et je conclus cet article en indiquant que je l’ai proposé en intervention sur un Explorcamp pour la prochaine édition de Ludovia, je croise donc les doigts !

Je finis cet article par une excellente nouvelle reçue le 23 février au soir : le collectif OA, qui était venu au lycée présenter son travail autour du film « Je suis enchanté » le mois dernier, s’est vu décerné le prix du public du Nikon Film Festival. C’est une heureuse conclusion pour cette équipe et l’annonce, très certainement, d’autres très beaux projets à venir, un immense bravo à eux !

Et à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Deux amours, entre littérature et cinéma

Voici le compte-rendu de lecture du mois de mai, qui sera suivi, si tout va bien, d’un autre petit article cinéphile un peu exceptionnel d’ici quelques jours.

D’un livre à l’autre…

Avant de faire la lecture de l’ouvrage que j’ai choisi ce mois-ci, j’ai eu écho de nombreuses réactions très positives (articles, tweets…). Je me suis effectivement rendue compte que ce livre avait en qualités tout ce qui manquait à celui dont j’ai fait le compte-rendu à l’été 2014, qui traitait d’un sujet approchant : un ouvrage de Jean Cléder, publié en 2012 chez Armand Colin, Entre littérature et cinéma : les affinités électives.

Ce livre évoquait, comme l’indiquait très justement son titre, les relations entre littérature et cinéma, avec plusieurs exemples à l’appui, et avec beaucoup d’érudition, peut-être même un peu trop… Un ouvrage intéressant, mais écrit par un universitaire, et se mettant peu à la portée du lecteur lambda. Cette lecture m’avait quelque peu découragée des livres sur ce sujet, jusqu’au mois dernier.

9782840496953

Les écrivains du 7e art est l’œuvre de Frédéric Mercier, critique de cinéma, publiée en avril 2016 aux éditions Seguier.

J’ai choisi ce livre après avoir vu passer plusieurs mentions élogieuses sur Twitter, et parce que justement, après la lecture déçue de l’ouvrage de Cléder, j’espérais trouver dans cette nouvelle expérience quelque chose de plus réussi.

Souvenirs de littérature

Ce que j’ai ressenti en premier face à ce livre était cependant antérieur à sa lecture : j’ai aimé la couverture toute en sobriété, avec ce Malraux hiératique. Lorsque je me suis penchée sur la quatrième de couverture et que j’ai parcouru les noms mentionnés (Gide, Giono, Aragon, Céline, Gary), cela m’a donné envie d’une petite traversée subjective de la littérature française depuis le lycée jusqu’à aujourd’hui.

Vous excuserez je l’espère, cette évocation toute personnelle, ponctuée de citations de mes œuvres de chevet… Je précise d’emblée que j’aime principalement la littérature des 19e et 20e siècles.

Au lycée, en première Littéraire : je fais mes premières tentatives avortées de me plonger dans A la recherche du temps perdu, après une lecture de passages choisis de Combray. C’est trop tôt, Marcel me perd et me tombe des mains…

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De cette période, je garde deux souvenirs marquants : Nadja de Breton dont les plongées dans l’inconscient et les promenades parisiennes me laissent sans voix :

« Mais…et cette grande idée ? J’avais si bien commencé tout à l’heure à la voir. C’était vraiment une étoile, une étoile vers laquelle vous alliez. Vous ne pouviez manquer d’arriver à cette étoile. A vous entendre parler, je sentais que rien ne vous en empêcherait : rien, pas même moi… Vous ne pourrez jamais voir cette étoile comme je la voyais. Vous ne comprenez pas : elle est comme le cœur d’une fleur sans cœur. « 

et Un Roi sans divertissement de Giono, qui manque de me perdre, jusqu’à la fin, en épiphanie, où je comprends enfin la magie de Giono.

Et il y eut, au fond du jardin, l’énorme éclaboussement d’or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C’était la tête de Langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l’univers. Qui a dit : « Un roi sans divertissement est un homme plein de misères  » ?

Après le lycée, je m’oriente vers une prépa (littéraire, est-ce utile de le préciser) : j’y découvre de Genet surtout (Les Bonnes et Le Balcon), et Duras avec Le ravissement de Lol V Stein : 

Une fois sortie de chez elle, dès qu’elle atteignait la rue,
dès qu’elle se mettait en marche,
la promenade la captivait complètement,
la délivrait de vouloir être ou faire
plus encore que jusque-là l’immobilité du songe.

En 3e année (en véritable masochiste, j’ai cubé), on lit pour préparer l’ENS Albertine disparue. À l’occasion d’un séjour à Venise, j’ai repensé à ces quelques lignes :

Ma gondole suivait les petits canaux ; comme la main mystérieuse d’un génie qui m’aurait conduit dans les détours de cette ville d’Orient, ils semblaient, au fur et à mesure que j’avançais, me pratiquer un chemin, creusé en plein coeur d’un quartier, qu’ils divisaient en écartant à peine, d’un mince sillon arbitrairement tracé, les hautes maisons aux petites fenêtres mauresques ; et comme si le guide magique eût tenu une bougie entre ses doigts et m’eût éclairé au passage, ils faisaient briller devant eux un rayon de soleil à qui ils frayaient sa route.

Je fais une nouvelle tentative, réussie cette fois, de lire La Recherche. J’y plonge d’autant plus que je consacre à Proust mes deux années de Master de Littérature française et un mémoire sur l’influence de Proust dans le cinéma de Truffaut.

Durant ce Master, sous l’influence d’un directeur de recherche sartrien, je découvre Sartre, Drieu La Rochelle, et Le Chiendent de Queneau. Je lis enfin La Promesse de l’aube de Gary et je suis éblouie par Les Faux-Monnayeurs de Gide.

J’ai aussi le coup de foudre pour Beauvoir, dont j’aime par-dessus tout Tous les hommes sont mortels et Les Mandarins, et pour Sagan, dont mon préféré reste Les bleus à l’âme.

Enfin je découvre émerveillée L’Étranger de Camus, qui me tombait jusque-là des mains. Par contre je n’ai jamais pu venir à bout de Céline ou de Madame Bovary

Traversée inattendue

Voilà pour cette traversée littéraire, uniquement suscitée par la quatrième de couverture des Écrivains du 7e art de Frédéric Mercier.

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Un peu à la manière des Plus grands films que vous ne verrez jamais, ce superbe ouvrage de Simon Braund qui faisait la part belle aux films n’ayant jamais vu le jour, Frédéric Mercier raconte, dans un voyage subjectif, les amours et désamours des écrivains qui se sont essayés un jour au cinéma, et des cinéastes qui sont aussi des écrivains (bien qu’il réserve à ces derniers un – trop – court ultime chapitre).

Vous ne trouverez pas (ou peu) d’histoires de succès dans ce livre : Mercier ne s’attarde pas sur les « monstres » (j’utilise l’expression sous sa forme méliorative comme dans monstres sacrés) que sont Cocteau, Guitry, ou Duras, et il n’aborde que rapidement le travail de scénariste de Prévert.

Il s’intéresse aux relations plus complexes… Aux écrivains qui, si j’ose dire, n’inscriraient pas « en couple avec le cinéma » sur Facebook, mais plutôt « C’est compliqué ».

Son lecteur découvre (ou redécouvre) donc ces expériences ratées, ces projets avortés ou méconnus, la confiance ou la méfiance excessives d’un art (la littérature) envers un autre (le cinéma) et ce depuis la naissance du second.

Car les premiers écrivains que nous fait croiser l’auteur sont contemporains des premières armes du cinéma : on y voit Aragon, Artaud, Céline, ou encore Gide.

Ces écrivains rêvent d’un cinéma sans pour autant toujours concrétiser ce rêve dans des projets qui verront le jour, sans pour autant écrire des scénarios, ont avec lui des rendez-vous manqués, et se heurtent, comme beaucoup après eux, aux contraintes techniques imposées par le cinéma.

C’est en effet ce qui revient le plus sous la plume de Frédéric Mercier dans son parcours : des auteurs qui se confrontent, parfois brutalement, aux différences de langage entre cinéma et littérature, et à ce que Mercier nomme souvent les « contingences matérielles et humaines de la machinerie cinéma ».

Écrivains de cinéastes et écrivains cinéastes

Après ces premiers contemporains du cinéma, Mercier nous fait partir à la rencontre d’écrivains qui ont principalement oeuvré, parfois avec succès, comme scénaristes. On y croise brièvement Prévert et Pagnol, puis on y redécouvre quelques grandes figures :

Kessel qui a passé sa vie à écrire des scénarios, mais dont on connaît mieux les adaptations de ses romans, Belle de Jour par Buñuel et la magnifique Armée des ombres par Jean-Pierre Melville, qu’il n’a toutefois pas scénarisés lui-même :

Sagan et le scénario de Landru qu’elle co-écrit avec Chabrol ;

Modiano dont j’ai découvert grâce à l’auteur qu’il avait été le scénariste de Lacombe Lucien, l’un de mes Louis Malle préférés ;

et d’autres figures qui, si j’en connais le nom, me sont moins familières : Nimier, Green, Gégauff…

Et puis il y a les écrivains cinéastes :

Giono et son rêve de cinéma pur, aussi libre que la plume, et irréel, et qui a collaboré à l’adaptation de son Roi sans divertissement, et réalisé un film, Crésus ;

Malraux qui avait souhaité, avec L’Espoir, que le cinéma serve jusqu’au bout son engagement aux côtés des républicains espagnols ;

Romain Gary, auteur d’un film maudit avec Jean Seberg, mal aimé et jamais ressorti…

Dans un autre chapitre, Frédéric Mercier évoque également des auteurs plus contemporains : Houellebecq, Emmanuel Carrère, scénariste notamment de la série Les Revenants, Éric Vuillard et François Bégaudeau.

Son ultime chapitre est consacré aux cinéastes littéraires : Rohmer, Desplechin et Truffaut, et il clôt cette belle promenade par une évocation, trop brève à mon goût, de Perec et de Genet.

Un auteur qui lui ressemble

Ce serait le seul reproche que j’aurais à adresser à ce livre, agréable, fin et accessible, ce post-scriptum à Perec et Genet, très court, très curieux, semblant sortir de nulle part, et ouvrant un horizon plutôt que de clore cette traversée cinéphile et littéraire…

Mais peut-être le but est-il justement de ne pas clore la promenade, et le post-scriptum n’est-il pas l’invitation à un prochain voyage ? Comment savoir ?

Durant cette lecture où j’ai découvert beaucoup de choses, sans pour autant jamais avoir l’impression de me perdre dans trop d’érudition, un portrait d’auteur m’a semblé correspondre à celui de Frédéric Mercier.

Je ne connais pas Frédéric Mercier, je ne le connaissais pas avant d’ouvrir son livre, mais en lisant ces quelques mots sur Emmanuel Carrère, je me suis imaginée que quelqu’un pouvant écrire ces lignes, devait certainement lui ressembler :

Si Carrère se tourne d’emblée vers Positif*, c’est d’abord une affaire de goût. La revue a toujours fait la part belle aux cinéastes de l’imaginaire, du rêve et du fantastique, vanté Resnais plutôt que Pialat, défendu la première Stanley Kubrick et John Boorman (…). Dès son premier article paru en janvier 1977, et qui porte sur la mise en scène des batailles, Carrère fait montre d’une culture ouverte, hétérogène. D’emblée il mêle avec bonheur Ridley Scott à Clausewitz, Woody Allen et Buster Keaton, Hegel à Gance et La Grande vadrouille.

*revue mensuelle de cinéma fondée en 1952

J’ai imaginé Frédéric Mercier comme un auteur des plus ouverts lui aussi, et pour qui, la culture est forcément hétérogène, mêlée, rêvée et imaginée.

C’est en tout cas ce que la lecture de son livre m’a laissé penser, et refermer un ouvrage sur cette impression, c’est plutôt… positif, justement.

Dans les coulisses de Cannes

Voici enfin le compte-rendu de lecture du mois de mai… il sera certainement un peu plus court que les précédents, car le livre dont il parle m’a laissée sur un avis plutôt mitigé.

Il s’agit d’un roman, comme pour la 3e fois de cette année. Cinq critiques, trois romans.

Petit rappel

En janvier, il s’agissait d’une biographie polyphonique de James Dean. Si la découverte de la personnalité de James Dean m’avait assez plu, le parti pris de l’auteur, qui consistait à faire parler l’acteur, et les personnes de son entourage, de sa vie et de la leur, ne m’avait pas particulièrement emballée. Je trouvais que l’auteur se dispersait trop d’un personnage à un autre et nous faisait manquer l’essentiel, ce qui nous empêchait de nous identifier à un protagoniste en particulier.

En mars, c’était un roman très réussi où un ancien du FBI se lançait à la recherche, pour un collectionneur, d’un film muet disparu, et portant le nom du roman : Londres après minuit. La réalité se mêlait habilement à la fiction et l’auteur entraînait son lecteur dans une brume tout à fait propre à l’univers du film noir. Londres après minuit a été pour moi le vrai coup de cœur de ce début d’année.

Hésitations

Et voici donc la critique d’un autre roman, sorti en mai 2015. Cette année, visiblement, les romanciers – et tous ceux qui ont des prétentions à l’être et dont ce n’est pas la première occupation – sont très inspirés par le cinéma.

J’ai longtemps tergiversé avant de me décider à choisir cet ouvrage. Et même pendant sa lecture, à la toute fin du mois, je me suis demandée si je n’allais pas l’arrêter et lui préférer un autre roman, que j’avais également repéré – et que je garde en réserve pour le mois de juin : Alice Guy, La première femme cinéaste de l’histoire, paru aux éditions Plon en mai 2015, sous la plume d’Emmanuelle Gaume.

alice guy

Finalement le temps m’a manqué et j’ai fini cette lecture avec un peu de mauvaise volonté…

Le roman en question est l’œuvre de Gilles Jacob, président du Festival de Cannes jusqu’à l’année dernière. Il a été publié chez Grasset en mai 2015, sans doute pour que sa sortie coïncide avec le-dit Festival, et porte justement, habilement, le titre : Le Festival n’aura pas lieu.

le festival n'aura pas lieu

J’apprécie beaucoup les interventions de Gilles Jacob, lorsqu’on l’entend et lorsqu’on le voit, on sait immédiatement avoir affaire à un passionné, capable de beaucoup d’éclectisme dans ses goûts, et qui pourrait reprendre à son compte la phrase d’Henri Langlois : « Je pense cinéma, je vois cinéma, mon imagination est cinéma ».

Le fait est que son livre correspond lui aussi complètement à cette phrase. Une imagination cinéma.

Un Festival – galerie de portraits

Le roman suit la trajectoire de Lucien Fabas, personnage inspiré de Robert Favre Le Bret, délégué général du Festival de Cannes de 1952 à 1972 et président de 1972 à 1984. Où s’arrête la réalité, où commence le roman, je ne connais pas assez Robert Favre Le Bret pour prétendre le savoir.

Lucien Fabas, lui, se présente au lecteur comme un journaliste cinéphile et lépidoptérophile (collectionneur de papillons), envoyé sur le tournage du film Mogambo, de John Ford.

mogambo

J’ai un souvenir très coloré de Mogambo, film qui se déroule dans la jungle kenyane des années 50 – les blancs y sont encore, pour peu de temps, les seuls êtres plus ou moins civilisés du décor. On y suit les hésitations amoureuses de Clark Gable entre la flamboyante brune Ava Gardner et la très sage – trop sage – blonde Grace Kelly (trop sage dans mon souvenir, bien-sûr, et que j’ai toujours préférée dans les Hitchcock, en particulier Fenêtre sur cour).

Rétrospectivement, maintenant, j’ai un souvenir beaucoup plus enthousiaste du film de John Huston, The African Queen, avec Bogart et Katharine Hepburn, que de Mogambo.

Le livre de Gilles Jacob s’ouvre donc sur l’arrivée, trempée et sans valise, de Lucien Fabas sur les lieux, où il rencontre toute l’équipe : John Ford, les 3 comédiens principaux et la soeur d’Ava Gardner, Bappie, qui sert à cette dernière de confidente, de chaperon, et occasionnellement, de souffre-douleur.

Dans cette ambiance aventureuse et glamour, ce que décrit Gilles Jacob, c’est surtout l’envers du décor, à l’ombre des stars et des artistes : l’histoire d’amour compliquée de Fabas avec Bappie, les aléas climatiques et politiques dans lesquels le tournage est plongé.

Et une fois le tournage terminé, c’est encore tout cela qu’il nous montrera : l’envers du cinéma, l’envers de Hollywood et de ses scandales, l’envers d’Ava Gardner, l’envers du Festival de Cannes et l’envers de mai 68.

On y croise toute une galerie de portraits plus ou moins flatteurs : anciennes stars du muet comme Lilian Gish, journalistes, ambitieux, réalisateurs tels que Truffaut, Godard, Polanski, Fritz Lang, et jusqu’aux politiques avec De Gaulle, arrivant de Baden-Baden en hélicoptère et repartant après quelques instants, vision fugitive et aussi surréaliste que les autres personnages.

Des images, des instantanés, des moments pris sur le vif, un héros toujours en train de courir après des papillons, cinématographiques ou non, et le cinéma comme une divinité exigeante à laquelle on sacrifie tout : voilà le propos, voilà le message proposé par Gilles Jacob.

De cette traversée, cependant, le lecteur ne sort pas transporté.

Le coup de cœur n’aura pas lieu

Certes tout dans ce livre crie l’amour du cinéma. Le personnage de Fabas préfère y sacrifier sa tranquillité, sa vie et mêmes les événements – il se bat pour empêcher l’arrêt du Festival en 68 – tout, pourvu que le cinéma règne.

Tout est louable dans ce qu’il entreprend, tout se défend, tout se comprend. Il devrait avoir l’adhésion complète du lecteur. Il court après les films, court après le temps, court après les stars. Mais sa course est celle d’un papillon, désordonnée, butinante, pleine d’indécisions et de retournements de situation.

Indécis, susceptible, borné, ombrageux, il peine à obtenir notre sympathie, et il n’est d’ailleurs pas le seul… Aucun des personnages décrit n’y parvient, d’une Ava Gardner aussi papillonnante que lui, d’un Clark Gable trop fugitif bien qu’attachant, à des jeunes cinéastes qui ne sont pas dépeints, loin de là, à leur avantage…

Et de toutes les réussites de Fabas, de tout ce qu’il peut entreprendre pour le cinéma dans une vie entièrement dédiée au cinéma, ce que retient Gilles Jacob, finalement, ce sont les échecs : les déconvenues et les mésaventures de Mogambo, l’échec sentimental du héros marié qui aime par intermittence et ne parvient pas à se décider, l’échec finalement à construire, en dehors du cinéma, quelque chose qui en vaille la peine.

Certes, ce que retient le lecteur, c’est que Fabas, loin d’être proche de Truffaut par les événements de Mai 68, l’est au moins par la philosophie, « Le cinéma est plus important que la vie ». Mais cette déclaration d’amour se perd derrière tout ce que Fabas n’a pas fait et tout ce qu’il n’a pas réussi à avoir.

Ce qu’on retiendra de ce livre, Le Festival n’aura pas lieu, c’est un chant du cygne, où le flamboiement du cinéma se teinte trop souvent d’amertume et empêche presque d’en admirer la magie.

Hollywood /  Cannes

Et n’était-ce finalement pas le but de Gilles Jacob, nous présenter ce monde comme un monde perdu, plein de désillusions et de gloires passées, des fantômes un peu décevants, un peu vains, et qui ne nous laissent qu’une incommensurable impression de tristesse.

Avec un peu d’ingratitude, le lecteur ne gardera donc que le flamboiement, il retiendra la face heureuse, en lumière, nimbée dans ce livre de flou artistique : le charme de Clark Gable – qui donne envie de revoir toute la filmographie de Clark Gable – la sensualité d’Ava Gardner, qui donne envie de la poursuivre de Mogambo à Mayerling, en passant par les camps gitans et les palais de La Comtesse aux pieds nus, et la fragilité de Grace Kelly, qu’on aime tant chez Hitchcock…

Il se plongera dans les livres sur Cannes, de Gilles Jacob, qui en a écrit, et de Serge Toubiana, auteur d’un Cannes Cinéma aux photos mythiques de Traverso.

cannes cinéma

Et il retournera voir des films, des films et encore des films de cet âge d’or du cinéma.

Quelques mots pour finir…

Voilà pour cette critique en demi-teinte, d’un livre qui aurait peut-être mérité mieux. Nous verrons ce que réserve le rayon cinéma au mois de juin, et si rien ne retient mon attention, je me rabattrai sur le livre mentionné plus haut, encore un roman qui mêle réalité et fiction, le Alice Guy d’Emmanuelle Gaume.

Et si j’ai commencé le précédent article, sur le bilan de mai du CDI, par une évocation cinéphile, je terminerai cet article cinéphile de début juin, par une petite recommandation aux docs.

Dans mes pérégrinations à travers des séries, bonnes ou moins bonnes, ou excellentes et enthousiasmantes, j’ai récemment découvert, entre la saison 4 de Downton Abbey et la saison 5 de Game of thrones, ce que j’appellerai très objectivement un petit bijou.

Il s’agit de The Newsroom, série de 3 saisons, diffusée entre 2012 et 2014 et qui suit le quotidien d’une chaîne d’information américaine, le tout créé par Aaron Sorkin, scénariste du film The Social Network.

C’est une série brillante, avec des comédiens talentueux, et des dialogues virtuoses, qui dissèquent la fabrication et la diffusion de l’information au 21ème siècle. Elle plaira donc tout autant aux puristes des séries et aux documentalistes.

Petite mise en bouche avec le trailer :

À bientôt pour un autre épisode doc !

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