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BD et cinéma (épisode 2)

Pourquoi « épisode 2 » ? J’avais déjà consacré il y a un petit moment un article à une bande-dessinée qui évoquait le cinéma : La Parole du muet.

En effet, les rencontres entre septième et neuvième arts, si elles restent relativement rares, n’en demeurent pas moins fascinantes. Et encore, relativement rares… seulement d’un côté : disons que chacun de ces deux arts a tendance à observer l’autre.

Bandes-dessinées et story-boards

La bande-dessinée emprunte au cinéma l’idée de scénario et de mouvements, ce dynamisme et cette énergie qui font passer d’une case à l’autre sans que le lecteur s’en rende compte.

Le cinéma emprunte à la bande-dessinée le story-board, qui permet de planifier l’ensemble des plans qui constitueront le film.

Je renvoie les intéressés à l’exposition en ligne de la Cinémathèque française consacrée au story-board.

Storyboard de Psychose, la scène de la douche, réalisé par Saul Bass, également auteur du générique

Voici en outre quelques petites pépites glanées dans mes recherches :

Si j’avais déjà évoqué BD et cinéma, il ne me semble pas avoir déjà parlé de storyboard, mais ce n’est cependant pas le sujet de cet article…

Reprenons : les BD empruntent au cinéma le mouvement, le cinéma emprunte à la bande-dessinée le découpage.

En revanche, si l’on retrouve un certain nombre d’adaptations (plus ou moins heureuses) de bandes-dessinées au cinéma, le cinéma est, à ma connaissance, encore relativement peu abordé dans la bande-dessinée.

Hormis les références proposées par le génial Gotlib dans ses Dingodossiers et autres albums, la première fois que j’ai pu lire un scénario de bande-dessinée consacrée au septième art, c’était avec cette fameuse Parole du muet que j’évoquais plus haut.

La collection 9 ½ de Glénat

Et puis j’ai vu apparaître cette collection chez Glénat : la collection 9 ½.

Sur le site de l’éditeur, elle est décrite comme suit :

Collection de romans graphiques consacrée aux grandes figures du cinéma : réalisateurs et acteurs. Co-dirigée par Noël Simsolo, éminent spécialiste du cinéma et auteur d’ouvrages de référence sur le sujet, cette collection offre à la fois un panorama large de l’histoire du cinéma aux lecteurs et une totale liberté de création aux auteurs qui y participent, puisque la pagination et le traitement graphique des ouvrages sont libres.

Les deux premiers ouvrages publiés n’ont pas vraiment retenu mon attention : il s’agissait d’albums sur Sergio Leone puis sur Lino Ventura.

Le troisième, consacré à Hitchcock, m’a presque tentée. Je me souviens l’avoir feuilleté, hésitant à l’acheter. J’avoue que c’est le style du dessin qui m’a freinée.

Quand je lis une bande-dessinée, hormis les « madeleines » de l’enfance que sont les classiques franco-belges (Astérix, Tintin, Lucky-Luke, Gaston Lagaffe, Blake et Mortimer…), j’ai besoin d’être attirée par le travail du dessinateur.

Pour Hitchcock, si le choix du noir et blanc m’avait séduite, il n’y avait pas eu de déclic supplémentaire  qui m’aurait convaincue. Cependant, j’avais constaté qu’enfin, une collection de bandes-dessinées (ou de romans graphiques si vous préférez) se consacrait exclusivement au septième art, co-dirigée par Noël Simsolo.

Le nom me disait quelque chose, je décidais d’aller à la pêche aux informations :

Né en 1944, le curriculum-vitae du monsieur est assez impressionnant. Critique cinématographique, scénariste de bande-dessinée (justement), auteur d’essais. C’est là que je le retrouve, notamment auteur d’un ouvrage sur Clint Eastwood paru aux éditions des Cahiers du cinéma, et d’un Dictionnaire de la Nouvelle vague publié en 2013 chez Flammarion.

Metteur en scène de théâtre (et acteur), intervenant à la radio (et producteur), également auteur de romans (avec une prédilection pour le polar), acteur pour le cinéma et la télévision, réalisateur et scénariste, bref Noël Simsolo est une espèce de touche-à-tout hyperactif.

De quoi susciter mon intérêt.

Et voilà qu’en août 2020, visitant l’exposition Louis de Funès à la Cinémathèque française, je tombe à la librairie devant le dernier ouvrage publié dans la collection 9 ½ de Glénat.

François Truffaut : personnage de bande-dessinée ?

Après Sergio Leone, Lino Ventura et Hitchcock, c’est à François Truffaut que cette collection avait décidé de consacrer un album.

Je guette régulièrement les ouvrages – fictions ou documentaires – qui décident d’aborder la vie ou l’oeuvre de François Truffaut, le dernier d’entre eux ayant fait l’objet d’un article sur ce site était L’Amie américaine de Serge Toubiana, qui reste l’un de mes meilleurs souvenirs de lecture pour l’année 2020.

En tenant entre les mains l’album publié chez Glénat, en le tournant et le retournant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être quelque peu réticente. Néanmoins, ma collectionnite aiguë a eu le dernier mot, et je suis ressortie de la Cinémathèque avec le François Truffaut, signé Simsolo pour le scénario et Marek pour le dessin et paru le 19 août 2020.

Un mot tout d’abord sur la couverture : elle est assez synthétique et a le mérite de faire apparaître trois éléments significatifs du cinéma de Truffaut : déjà Truffaut lui-même (au second plan), les jambes des femmes (au premier) et une Tour Eiffel en arrière-plan.

Le cinéphile averti reconnaîtra ces trois éléments et saluera le pouvoir évocateur de cette couverture. Et ensuite ?

Eh bien j’avoue n’avoir été convaincue ni par le dessin ni par le scénario.

Rendez-vous manqué

Laissons de côté le dessin, qui est une affaire beaucoup trop subjective : on accroche ou non à un style, à un trait, au travail d’un dessinateur. Je ne remets absolument pas en question la qualité du travail de Marek, simplement je n’ai pas eu de coup de coeur pour son dessin.

Concernant le scénario, qu’est-ce qui m’a interpellé ?

L’ouvrage s’ouvre sur la fameuse cérémonie des Césars du 31 janvier 1981, un triomphe pour Truffaut, qui avait tout raflé pour son film Le Dernier métro : dix Césars, record toujours inégalé :

Fin de la cérémonie, Truffaut prend un taxi et demande au chauffeur de l’amener à la Tour Eiffel. Puis, flash-back en 1941, pendant l’Occupation et l’enfance de Truffaut.

Au fil des pages, le scénario multiplie les allers-retours entre l’enfance et la jeunesse de Truffaut, et la suite de sa carrière.

Autant le dire : pour quelqu’un pour qui la filmographie de Truffaut et sa carrière, justement, n’ont pas de secret, et qui s’est intéressé de près à sa vie, c’est déjà compliqué de suivre ces allers-retours.

Qu’importe, on suit, on se concentre sur l’évocation des différents personnages qui ont croisé sa route, on parvient vaille que vaille à raccrocher tel événement à telle année. On ressort de la lecture de l’album avec une synthèse très rapide (trop rapide ?) de la vie et de l’oeuvre du cinéaste.

Mais le néophyte ? Celui pour qui cette bande-dessinée est la première confrontation au cinéma de Truffaut. Vous me direz, il doit être rare. L’amateur de bande-dessinée ne va peut-être pas spontanément choisir une BD consacrée à un réalisateur qu’il ne connaît pas sur le bout des doigts sans se documenter un minimum en amont.

C’est pourtant cette impression qui a prédominé après ma lecture. Je me suis demandé ce que conserverait de cette lecture quelqu’un qui n’aurait pas la même connaissance que moi de l’univers de Truffaut. Ma réponse était malheureusement : pas grand chose.

La BD conviendra aux aficionados de Truffaut, et encore. Si l’on avait voulu dépasser ce cercle, on aurait éventuellement accompagné la filmographie, présente en fin d’ouvrage, d’une petite chronologie explicative à laquelle le lecteur aurait pu se référer…

Ce n’est cependant que mon impression, je vous laisse sur le site de Glénat découvrir les premières pages, et si le coeur vous en dit, vous faire votre propre opinion.

Du coq à l’âne (ou presque)

Refermant cette bande-dessinée et essayant de me plonger dans autre chose, j’ai attrapé l’un des ouvrages qui se trouvait sur ma pile de lectures.

Ouvrage n’est pas tout à fait le terme exact. Il s’agissait d’un numéro de la revue Schnock qui m’avait été envoyé par les éditions La Tengo.

La Tengo fait partie de ces maisons d’éditions que j’essaye de surveiller lorsque je suis en panne d’inspiration pour mes articles cinéphiles, et qui publie à intervalles réguliers certaines œuvres de Philippe Lombard.

J’ai découvert La Tengo avec Ça tourne mal ! et c’est avec cette lecture que j’ai fait le rapprochement avec Schnock, que je croisais déjà fréquemment en librairie, assez amusée par les couvertures et toujours à deux doigts d’être tentée de prendre un abonnement.

Quel rapport avec la BD ? Il est assez éloigné, je l’avoue. Je profite juste de cette occasion pour toucher deux mots de cet OVNI.

Donc Schnock, c’est une revue de cinéma/chanson/télévision/bande-dessinée. Une espèce de pot pourri assez jouissif (et jouisseur) qui a pour slogan « La revue des vieux de 27 à 87 ans ».

Avant de recevoir ce numéro 33 qui est en grande partie consacré à Lino Ventura (mais pas que), j’avais vu passer en librairie le numéro sur Jean-Pierre Marielle, celui sur Gainsbourg, et celui sur Depardieu.

J’ai depuis farfouillé pour comprendre un peu plus ce drôle de phénomène, et je suis tombée sur un article des Inrocks :

Fondée en mai 2011, la revue éditée par les éditions La Tengo bénéficie d’un accueil favorable, et rassemble plus de 10 000 lecteurs par numéro, un joli score pour un nouvel arrivant dans une économie de l’édition touchée par la crise. Comme un pied de nez à notre société bienséante, après Coluche, Jean Yanne et Serge Gainsbourg, le trimestriel Schnock affichait pour son douzième numéro l’humoriste Pierre Desproges en couverture. Un carton ! Quelques milliers d’exemplaires supplémentaires ont été réimprimés pour l’occasion…

Depuis son premier numéro sur Jean-Pierre Marielle publié en 2011, la revue est publiée dans son format mook (entre le livre et le magazine) quatre fois par an, chaque numéro coûtant une quinzaine d’euros. Le dernier en date de mars 2021 est consacré à Henri Salvador.

Dans mon fameux numéro 33, avec sa couverture tonton flingueur et ses articles illustrés qui, pour le coup, m’ont bien fait penser à un format BD, j’ai trouvé un panorama des publicités de cigarettes – bien après que Bogart les surnomme les clous du cercueil, mais bien avant les campagnes anti-tabac – un dico Schnock de Lino Ventura (bien chouette), des tops, des interviews, Yves Simon, Marcel Bluwal, Popeck… bref un vrai bain de nostalgie qui m’a donné la banane pour un petit moment.

Et une autre bande-dessinée sur le cinéma ? Et bien ça attendra !

Mon nom est Tarantino

Pour ce troisième compte-rendu de lecture de 2021, je suis heureuse d’évoquer pour la première fois d’un réalisateur, dont, me semble-t-il, je n’avais jamais parlé sur Cinéphiledoc.

Et c’est encore une fois l’ami Philippe Lombard qui me donne cette opportunité : j’ai ajouté au palmarès de lectures 2020 une section spécifiquement lombardienne, mon premier article cinéphile de 2021 lui est consacré, et je n’attends pas qu’un tiers de 2021 soit passé pour vous proposer à nouveau un compte-rendu sur l’un de ses travaux…

Tarantino… un long apprivoisement

Commençons d’abord par une petite introduction sur le principal intéressé, non pas l’auteur du livre, mais le sujet de ce dernier.

Mes premiers contacts avec le cinéma de Tarantino ont été tardifs. Comme le bonhomme égale Kubrick en perfectionnisme – puisse-t-il par contre ne pas suivre son exemple en terme de longévité – il est assez facile pour le cinéphile de pouvoir connaître en un temps relativement court, l’ensemble de son œuvre. Ce n’est cependant pas mon cas.

Si l’on restreint le catalogue exclusivement aux films qu’il a réalisés, je n’ai jamais vu Reservoir dogs, Jackie Brown et Boulevard de la mort, et au moment où j’écris cet article, je viens tout juste de voir Once upon a time in Hollywood.

De Tarantino, comme premiers souvenirs, j’ai l’image d’un gars assez impressionnant en ouverture du festival de Cannes qui hurle de manière très convaincante « VIVE LE CINÉMA ! » et qui remet la palme d’or à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.

À peu près à la même période, je découvre enfin Pulp fiction, que je trouve complètement barré mais auquel j’accroche assez pour avoir envie de le revoir à intervalles réguliers, sans pour autant le connaître par cœur.

De ces premières impressions, à la fois de Tarantino et de son cinéma je garde deux choses que j’aurai à cœur de retrouver dans chacun de ses films, son enthousiasme contagieux et les musiques qui restent en tête : Chuck Berry et son You never can tell, Girl, You’ll be a woman soon dans Pulp Fiction, David Bowie et son Cat People dans Inglourious Basterds et ma préférée, I got a name dans Django Unchained.

Descendez la rue… Tarantino au travail

C’est Inglourious Basterds qui a été pour moi un déclic, bien-sûr pour sa manière de traiter l’histoire, pour sa pléiade d’acteurs absolument incroyable et la découverte de Christoph Waltz – un méchant qu’on adore détester ou qu’on déteste adorer, au choix, qu’il sera jubilatoire de le retrouver dans Django, et qui a été sous-employé de manière tellement décevante dans le 007 Spectre

Mais c’est aussi parce que j’étais impatiente de retrouver un décor que j’avais croisé au hasard, dans le quartier où j’habitais à l’époque.

Imaginez, vous rentrez chez vous après une journée à la Sorbonne et vous tombez nez à nez avec une reconstitution du Paris en pleine Seconde Guerre Mondiale.

La scène était tournée au Bistrot La Renaissance au croisement de la rue Championnet et la rue du Poteau à Paris dans le 18e arrondissement de Paris, mais la reconstitution débordait l’intégralité du carrefour, avec des colonnes Morris et des voitures d’époque…

Évidemment, le fan inconditionnel de l’époque devait déjà savoir que Tarantino tournait à Paris, moi je n’en savais strictement rien, j’étais juste fascinée par la transformation de cette rue que j’empruntais tous les jours en un morceau de passé.

(C’était la deuxième fois que j’apercevais un tournage de film, la première fois étant une journée de tournage de L’Heure zéro, de Pascal Thomas, au lycée Michelet de Vanves, où je faisais ma prépa)

Portrait de l’artiste en justicier uchronique

L’aspect de l’oeuvre de Tarantino que je préfère, c’est celui qui, à mon sens, transparaît le mieux dans trois de ses films : Inglourious Basterds, Django Unchained et Once upon a time in Hollywood.

Dans ces trois films, on a l’impression d’avoir aux commandes un gamin facétieux et cinéphile, qui décide qu’une bande de juifs vont aller tuer du nazi pendant la seconde guerre mondiale, qu’en 1858 un esclave du Texas va se lier d’amitié avec un chasseur de primes pour donner du fil à retordre aux propriétaires de plantation du sud et autres membres du KKK, ou que dans le Hollywood des années 60 un fait divers monstrueux ne va peut-être pas se passer comme ça.

Le gamin décide que l’histoire est mieux quand c’est lui qui la raconte, il la blinde de références cinématographiques, se défoule et en fait un cocktail explosif et jubilatoire.

À chaque fois, on s’y laisse prendre, car son film est un feu d’artifices : il installe une atmosphère et un décor, joue avec le montage et les personnages, nous donne l’occasion de les connaître et les apprécier, puis la tension monte, les fils se rassemblent jusqu’au bouquet final.

Et s’il décide à la fin de tuer Hitler dans un cinéma, de faire exploser une plantation, ou de « se faire » la famille Manson, qui pourra finalement le lui reprocher ? Parce que c’est ce que nous aussi, nous aurions aimer voir arriver.

Les Tarantinophobes et les Tarantinovores

C’est en découvrant Inglourious Basterds au cinéma que j’ai compris qu’avec Tarantino, j’avais affaire à un univers cinématographique unique en son genre, et ce n’est pas le fan inconditionnel mentionné précédemment qui me contredira.

J’ai essayé de rattraper mon retard (avec quelques trous dans sa filmographie, vous l’aurez compris), j’ai ainsi vu Kill Bill volume 1 et 2, et j’ai guetté les nouvelles réalisations. Mon préféré reste aujourd’hui Django, que je revois régulièrement.

Au fil de mes discussions avec d’autres cinéphiles, j’ai pu voir combien Tarantino suscitait le débat, les uns le rejetant complètement, les autres attendant fébrilement les sorties de ces films.

Si je fais davantage partie de la deuxième catégorie, mon éducation n’en est pas moins à poursuivre : il me reste quelques films à voir, et je suis loin de saisir toutes les références dont Tarantino parsème ses scénarios.

Une littérature encore timide

Heureusement, Philippe Lombard est venu à ma rescousse !

Comme en atteste la bibliographie à la fin de son ouvrage – ouvrage dont je parlerai enfin dans quelques instants – la littérature cinématographique sur Tarantino est encore assez mince.

Lorsque l’on parcourt la bibliographie proposée dans l’article qui lui est consacré sur Wikipédia, on note une quinzaine de publications, et dont la plus récente remonte à 2018, aux éditions Gremese, une maison d’édition que j’affectionne tout particulièrement, puisqu’elle avait publié les trois tomes de l’histoire du cinéma comique qu’avait proposé Enrico Giacovelli.

Jusqu’alors je n’avais donc rien dans ma bibliothèque sur le cinéma de Tarantino, contrairement à ma trentaine d’ouvrages de et sur Truffaut, mes livres nombreux sur Hitchcock et Chaplin, et trois publications sur Kubrick, pour citer les réalisateurs les plus présents chez moi.

J’étais impatiente de découvrir le travail de Philippe Lombard sur le sujet, et je n’ai pas été déçue.

Tarantino Reservoir films

Sur son compte Twitter et sur son site, Philippe Lombard évoquait régulièrement la sortie de son ouvrage, prévue initialement pour mars 2020.

En raison de la crise sanitaire du coronavirus, la sortie a été décalée en novembre 2020, mais l’ouvrage était disponible directement sur le site de l’éditeur, Omaké books, j’ai donc pu le recevoir assez rapidement.

N’allons pas par quatre chemins.

Non seulement il s’agit d’un excellent livre sur Tarantino, avec une première partie « The filmmaker », qui revient sur l’ensemble de la carrière du réalisateur, et deux autres parties qui, comme le sous-titre l’indique, reviennent sur ses sources d’inspiration, mais c’est aussi par ses petites trouvailles visuelles que l’ouvrage s’attache son lecteur.

Juste avant le sommaire, en page 6, deux « recettes » sont proposées pour s’approprier le livre, et plonger dans l’univers de Tarantino :

  • les QR-codes qui vont ponctuer d’extraits et de bandes-annonces chaque page de Reservoir films (avec un mode d’emploi indiquant comment les lire)
  • les légendes ou pictogrammes, qui vont indiquer au lecteur à quel film de Tarantino correspond chaque source d’inspiration

Un exemple ci-dessous :

Cette double-page est consacrée au film de Sergio Leone, Le Bon, la brute et le truand. On peut voir à droite du titre que ce film a servi d’inspiration à Tarantino dans Reservoir Dogs, Kill Bill, Pulp Fiction, Django Unchained, Les 8 salopards et Inglourious Basterds. Le QR-code renvoie à la bande-annonce du film. En bas de l’article, un autre système de renvois permet d’aller directement aux autres films en lien avec le film de Sergio Leone, qui fait l’objet d’un encart avec citation.

Trois sources d’inspiration sont détaillées dans Reservoir films :

  • les films, qui sont précédés par un petit lexique des principaux genres du cinéma qu’affectionne Tarantino : on peut citer principalement les films de Blaxploitation qui mettent en avant la culture et les acteurs noirs américains, le chambara (film de sabre japonais), le revenge movie ou le western spaghetti

Plusieurs pages font dialoguer les images d’acteurs dans ses films et dans ceux qui l’ont inspirés (Pam Grier, John Travolta, Don Johnson, David Carradine), quand d’autres reviennent sur l’influence de Jean-Pierre Melville sur son cinéma.

Une double-page est dédiée aux westerns et réalisateurs de westerns préférés de Tarantino, une autre aux films évoquées dans le Jackrabbit Slim’s, le restaurant où vont dîner Travolta et Uma Thurman dans Pulp Fiction.

  • les séries télévisées
  • la musique, avec notamment le Cat People de David Bowie, mais surtout les bandes originales de Ennio Morricone

Ce foisonnement de références, et l’aspect visuel de Tarantino Reservoir films rendent parfaitement compte de la personnalité du réalisateur : un amoureux forcené du cinéma, un enthousiaste pour qui ce cri, qui m’avait tant marquée au festival de Cannes 2004, était on ne peut plus sincère.

Chant du cygne ?

Contrairement aux Tarantinophobes, qui rejettent en bloc son univers, j’ai toujours eu l’impression en voyant les films de Tarantino, d’une extrême érudition doublée d’une passion presque enfantine pour le cinéma, et d’un perfectionnisme qui rendait chaque film suivant meilleur que le précédent.

Plusieurs bruits ont circulé selon lesquels Once upon a time in Hollywood serait le dernier film de Tarantino, et bien que cela ne m’étonnerait pas, je ne veux pour l’instant pas leur prêter voix.

L’ouvrage de Philippe Lombard m’a permis de découvrir tout (ou presque tout) ce que Tarantino a en tête quand il construit son film, il m’a également permis d’ajouter une nouvelle maison d’édition, Omaké Books, à la liste de celles que je surveille de temps à autre, en quête de nouvelles lectures.

Son Reservoir films s’adresse parfaitement aux inconditionnels, qui auront à cœur de décortiquer avec lui l’univers de leur réalisateur favori ; mais il s’adresse aussi aux personnes qui, comme moi, veulent à un moment en savoir un peu plus sur cet ovni du cinéma américain qui, je l’espère, nous donnera encore des choses à voir…

D’ici là, je vous souhaite de belles promenades cinématographiques et vous dis à très bientôt, sur Cinéphiledoc !

 

2021 de bonne humeur

Pour commencer cette nouvelle année cinéphile qui, espérons-le, sera plus sereine et plus heureuse que 2020 (quoique), je voulais vous proposer un article peut-être un peu plus court qu’un compte-rendu de lecture habituel.

En effet, si j’ai choisi une de mes lectures de l’année passée pour ce premier article cinéphile de 2021, c’est aussi pour avoir l’occasion de faire un retour en images sur l’une des expositions que j’attendais avec le plus d’impatience et que j’ai pu voir entre deux fermetures des lieux culturels…

Encore un article sur De Funès ?

L’idée de cet article vient d’une discussion que j’ai eue avec Sandrine, amie profdoc qui m’accompagne souvent dans des expositions parisiennes :

Moi (en fin d’année 2020) : J’ai préparé l’article de mars.

Sandrine : Tu es en avance. Tu vas parler du livre sur De Funès ?

Moi : J’ai déjà fait un article sur De Funès en novembre 2019, donc je pensais ajouter quelques mots sur le livre de cette année dans mon compte-rendu du mois d’octobre… ou alors je fais en même temps un compte-rendu du livre et de l’exposition à la cinémathèque, mais avec le calendrier que je me suis fixée, ça fera paraître mon article au mois d’avril…

Sandrine : Oui, ça fait tard.

Moi : Et en plus, ça me fait parler deux mois de suite d’un livre du même auteur. Je vais y réfléchir…

DEUX HEURES APRÈS

Moi : J’ai trouvé ! En fait c’est tout con ! L’exposition De Funès est programmée jusqu’en mai 2021. Donc même en l’ayant vu il y a peu, je peux poster sans problème l’article début 2021. J’ai juste à décaler mes articles déjà écrits et à publier celui-ci en février.

Sandrine (parodiant Catherine Frot dans Imogène McCarthery) : Mais oui !!! 💪👏👏👏  Bien joué maman !

Et voilà comment, en février 2021, je me retrouve à faire à nouveau sur ce blog un article sur Louis De Funès, avec certes le récit d’une exposition à la Cinémathèque, qui en plus d’être attendue, s’est faite attendre (coronavirus oblige), mais avec encore une fois, pour débuter une nouvelle année de lecture, un ouvrage de Philippe Lombard.

Louis de Funès à la Cinémathèque

Lorsque j’ai écrit mon article sur Louis De Funès en novembre 2019, c’était à l’occasion de la sortie d’un ouvrage, Louis de Funès, de Clémentine Deroudille, qui avait été publié à l’occasion de l’inauguration d’un musée De Funès à Saint-Raphaël.

La Cinémathèque française avait quant à elle annoncé une grande exposition consacrée au comédien, une annonce qui, si j’en crois l’article du Figaro ci-dessous, remontait à mars 2019, et avait provoqué de nombreux débats enflammés de cinéphiles pro et anti De Funès :

https://www.lefigaro.fr/cinema/2019/03/19/03002-20190319ARTFIG00137-la-retrospective-louis-de-funes-a-la-cinematheque-ne-fait-pas-rire-tout-le-monde.php

Là-dessus, évidemment, coronavirus, confinement, rediffusions multiples des films de De Funès avec La Grande Vadrouille, Le Corniaud, et j’en passe, programmés les après-midi, puis on a enchaîné avec la période estivale et les soirées, en alternant joyeusement entre Fantômas et les Gendarmes.

Enfin, les musées ont pu rouvrir, et l’exposition Louis De Funès a pu accueillir son public, depuis le 15 juillet et jusqu’à la fin octobre – et là bim ! fermeture à nouveau des musées – aux dernières nouvelles l’expo sera disponible jusqu’au 31 mai 2021 (il fallait bien au moins ça pour nous consoler de ne pas avoir pu la découvrir plus tôt) et peut-être d’ici là, les musées et autres lieux de culture auront pu rouvrir, même brièvement.

Globalement j’ai trouvé que cette exposition de la Cinémathèque était l’une des plus réussies dernièrement, avec un très bon équilibre entre les extraits sur grand écran et les ambiances sonores, les éléments de décor et de costumes, les documents d’archives et les affiches, le tout dans un espace assez aéré, fluide, et agréable.

Voici, ci-dessous un aperçu, et ce qui a retenu mon attention :

  • Découvrir Louis De Funès

L’entrée de l’exposition est, comme d’habitude à la Cinémathèque, relativement étroite, mais pensée de manière ludique : on est accueilli par la photo de De Funès grandeur nature – je dois le dépasser de 5 centimètres environ – et avec un générateur de gifs (photo 2) qui plaira aux petits comme aux grands : on choisit une humeur et un état résultant de cette humeur, et le visage de De Funès s’anime.

Les textes qui accompagnent tout le long le visiteur de l’exposition (photo 3) permettent un aperçu de sa carrière et organisent l’exposition en différentes salles colorées et thématiques ou chronologiques : Louis de Funès et le cinéma comique, le début de carrière, les films à succès qui ont chacun leur salle dédiée, les femmes de Louis de Funès au cinéma, mais aussi une petite section consacrée à « Louis Bio » témoignant de l’intérêt du comédien pour la nourriture et le jardinage.

  • Les documents d’archives

Un exemple parmi tant d’autres des documents d’archives proposés : les photos de tournage de La Traversée de Paris (photo 4).

Ce qui a retenu également mon attention : la très belle lettre (mentionnée plus haut) de François Truffaut à Gérard Oury (photo 5) à l’occasion de la sortie en salle du Corniaud, avec la réponse, tout aussi élégante, de Gérard Oury (photo 6).

Globalement, l’exposition est très riche en affiches, scénarios, lettres, extraits des carnets de Louis de Funès, et un certain nombre de documents sont numérisés et accessibles sur des écrans.

  • Costumes et décors (les pièces maîtresses)

Évidemment, ce qui retient l’attention, ce sont les scènes proposées sur les écrans géants, et la manière dont l’exposition met en scène différentes pièces cultes de la filmographie et de la vie de Louis de Funès. En voici une petite sélection :

Juste à l’entrée de l’exposition, le spectateur découvre à travers un jeu de miroirs les comiques muets qui ont inspiré De Funès (photo 7).

Les pièces les plus impressionnantes sont évidemment la DS de Fantômas (8), où l’on peut s’installer pour être pris en photo, et la fameuse 2CV du Corniaud (9), présentée avec les détonateurs qui permettaient à la voiture d’exploser littéralement dans cette scène culte.

En costumes on retrouve : la robe de la reine dans La Folie des grandeurs (10), accompagnée d’un montage vidéo très intéressant qui fait le parallèle entre le film et les tableaux de Velasquez, le costume de Rabbi Jacob (11), celui de l’extraterrestre dans La Soupe aux choux, et enfin Louis de Funès en adjudant chef Cruchot (13), avec un peu plus loin sa malle du Gendarme à New York.

Voilà pour cette très belle exposition proposée par la Cinémathèque, d’où je suis repartie avec, sous le bras, la série des Gendarmes (parce que pourquoi pas ?) et La Zizanie (parce que Girardot autant que De Funès), et que j’ai attendue très longtemps, mais franchement ça valait le coup !

Et ça m’a donné, au moins pour un moment, une petite bouffée d’oxygène avant de replonger dans un univers avec trois co- (covid, confinement et couvre-feu).

Paris façon Parigramme

C’est pendant la même période de confinement, télétravail, musées fermés et rediffusions intensives de films de De Funès, que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris : les aventures d’un acteur en vadrouille, publié chez Parigramme en mars 2020. 

Quoi, Philippe Lombard, encore lui ? Eh bien oui, et croyez-moi, cette année, vous n’avez pas encore fini d’en entendre parler…

Ce n’est pas la première fois qu’il nous offre des déambulations parisiennes avec comme compagnons de programme, au choix, cent films de légende, Truffaut ou Michel Audiard. Vous n’êtes pas cinéphile et vous voulez quand même découvrir quelques lieux de Paris ?

Faites un petit tour sur le site des éditions Parigramme, il y en a pour tous les goûts : de la poésie, de la mode, de la chanson, le Paris populaire, le Paris criminel, le Paris souterrain… j’avoue qu’à chaque fois que je vais sur leur catalogue, je me retiens de ne pas le commander en entier ! J’ai d’ailleurs reçu à Noël le Paris de Claude Sautet, dans lequel je ne tarderai pas à me plonger !

http://www.parigramme.com/catalogue.htm

Et donc ce Louis de Funès à Paris ?

De Funès à Paris : approche chronologique

Une chose m’a frappée lorsque j’ai eu cet ouvrage entre les mains : j’avais l’habitude des autres livres de Philippe Lombard chez le même éditeur, et du coup celui-ci m’a paru singulièrement petit.

Ce qui m’a frappée également, au-delà du plaisir que j’ai eu à retrouver scènes et anecdotes, c’est l’approche chronologique choisie par l’auteur.

Pour ce sujet et cette maison d’édition, on s’attendrait davantage à une approche géographique, avec des cartes, par arrondissements, ou des circuits. Ou bien une seule carte qui donne un aperçu de tous les lieux mentionnés. C’est peut-être ma seule petite réserve à la mise en page de cet ouvrage.

Au fond, je suis partie avec une idée en tête qui n’était pas la bonne : je m’attendais à suivre les personnages incarnés par Louis De Funès à l’écran dans Paris.

Au lieu de ça, c’est bien le comédien lui-même que je vais côtoyer d’une page à l’autre, depuis les planches des théâtres jusqu’à la cérémonie des Césars, en passant par le 45 rue Poliveau, l’opéra de Paris, les bains turcs, l’aéroport d’Orly ou le palais de l’Élysée.

Ce que cet itinéraire chronologique fait découvrir, ce ne sont pas les lieux, c’est l’homme. On y retrouve un être humain des plus touchants, avec des anecdotes assez savoureuses, celle de la pièce de théâtre Ornifle avec Pierre Brasseur, rapportée par Patrick De Funès :

En sortant du théâtre, Pierre Brasseur avait la fâcheuse habitude de faire la tournée des bistrots. Mon père repoussait avec tact ses invitations de se joindre à lui. Un soir, froissé de ces refus successifs, le comédien se permit une réflexion : »Alors, Bobone t’attend à la maison ? » Mon père, qui n’a jamais supporté la moindre critique sur sa femme, jugea bon de lui donner un petit coup de semonce dès le lendemain, en lui provoquant trois fous rires sur scène, par des improvisations inédites.

évidemment la scène d’ouverture du Corniaud avec Bourvil, ou encore la scène de l’opéra dans La Grande Vadrouille, où l’acteur, après avoir travaillé pendant des mois, dirige les musiciens, et se fait applaudir par ces derniers à la fin de la scène.

Sur chaque page, une image et l’anecdote qui lui est associée : on commence la promenade au théâtre Pigalle en mars 1948 déjà aux côtés de Gérard Oury, et on termine à la salle Pleyel en février 1980, en compagnie de Kirk Douglas, de Jerry Lewis, et du cinéma français de l’époque assemblé. 32 ans de carrière.

Si l’on feuillette l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris, c’est donc moins dans l’idée d’établir un itinéraire thématique – un circuit de telle durée, de telle rue à telle rue – que pour picorer ici et là quelques scènes d’anthologie, pour revoir Bourvil et De Funès aux bains turcs, et pour le refermer avec, pour parodier le générique du Kid de Chaplin, « avec un sourire, et peut-être une larme ».

Ou s’il faut paraître moins alarmiste, disons plutôt « avec de francs éclats de rire, et peut-être une petite larme d’émotion ».

2020 : Palmarès de lecture

Comme pour l’année dernière, je publie ce palmarès au mois de décembre, afin de pouvoir, à nouveau, en janvier, faire un petit article sur le Bullet Journal.

Cela me permettra aussi de vous donner quelques idées de cadeaux de Noël, si vous souhaitez glisser sous le sapin l’un ou l’autre des ouvrages sympathiques dont j’ai pu vous parler cette année.

Je n’ose pas indiquer ici depuis combien de temps ce palmarès est prêt, mais si je vous dis – et j’aurai l’occasion de le redire au mois de janvier – que le confinement m’a permis d’avancer plus vite dans mes lectures et l’écriture de mes articles, et que le bullet journal a modifié et amélioré mon organisation, vous en aurez une petite idée.

Lectures cinéphiles et écriture d’articles

Je profite d’ailleurs de ce palmarès pour revenir sur la façon dont je procède lorsque je choisis un livre et lorsque je décide d’en faire un article sur ce blog.

J’ai déjà indiqué plusieurs fois comment je m’y prends pour choisir une lecture, à quels éditeurs je m’intéresse, comment je repère un roman sur le cinéma, et quel type d’ouvrage va titiller ma curiosité.

C’est plus le rythme de lecture et l’organisation que je vais présenter ici, un rythme et une organisation qui se sont peu à peu modifiés.

Si je considère les choses en année scolaire, comme j’ai professionnellement l’habitude de le faire, disons que :

  • de septembre à novembre de l’année en cours Y, je vais proposer des articles sur des livres parus de l’année précédente X
  • de janvier à juin de la nouvelle année Z, je vais proposer des lectures publiées là encore durant l’année X mais aussi commencer à faire des articles sur des livres de l’année Y
  • en juillet – août, je fais des hors-séries, et je ne me préoccupe pas des dates de parution des livres
  • de septembre à novembre de l’année Z, je propose cette fois-ci des livres sortis en année Y

Concrètement pour 2020-2021 voilà ce que ça donne si je démarre à février 2020 :

  • février – juin 2020 : il s’agissait de livres sortis en 2019
  • juillet – août 2020 : des lectures indispensables, donc sans que la date de parution importe
  • septembre – novembre 2020 : livres sortis en février et mars 2020
  • février – juin 2021 : je n’ai pas encore de visibilité, mais pour février et mars 2021, il s’agira de livres sortis là encore début 2020

Cette organisation, optimisée par le Bullet Journal, me permet, de temps à autre, de prendre un peu d’avance et de pouvoir préparer les articles bien en amont de leur publication.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Pour 2020, mes lectures ont commencé en décembre 2019 et se sont achevées avant les vacances d’été. J’ai lu considérablement cette année, je lis désormais beaucoup plus qu’il y a quelques années, mais ce ne sont pas exclusivement des lectures sur le cinéma.

Entre 2012 et 2018, j’ai eu un passage à vide, et je ne me consacrais pratiquement plus qu’à ces lectures cinéphiles. C’était le comble pour une profdoc – et une ancienne littéraire, avec un master en littérature française – je n’arrivais plus à lire.

Ce qui m’a redonné envie de lire, c’est ma marraine, lectrice chevronnée et curieuse de tout, ancienne prof de maths et bénévole en médiathèque, qui ne cessait de me parler de ses lectures, et avec qui j’ai commencé à échanger des livres par voie postale. Échanger avec elle est toujours assez captivant, mais pour le coup, c’est elle qui m’a remis le pied à l’étrier.

En 2019-2020, j’ai donc beaucoup lu, parfois jusqu’à quasiment une vingtaine de livres par mois, mais pas exclusivement sur le cinéma. Si je fais un retour sur les articles publiés entre février et novembre nous avons donc :

  • Ça tourne mal, de Philippe Lombard
  • l’ouvrage sur Terminator de Sean French publié chez Akileos
  • le petit focus sur Tolkien au mois d’avril, avec un petit palmarès de lecture consacré à Tolkien et des livres qui ne sont ni totalement cinéphiles, ni toujours de 2019, mais où je m’étais penchée plus précisément sur Tolkien et les sciences de Roland Lehoucq
  • Survivre dans la galaxie, le petit guide de Christian Blauvelt sur Star Wars, avec quelques autres lectures consacrées à Star Wars
  • le Barry Lyndon de Kubrick publié chez Taschen
  • La Vie que tu t’étais imaginée, de Nelly Alard
  • Sous la casquette de Michel Audiard, de Philippe Lombard (à nouveau : c’est donc désormais un fait établi, il y aura au moins chaque année un livre de Philippe Lombard dont je parlerai sur ce blog)
  • L’Amie américaine, de Serge Toubiana

Ce petit aperçu me permet de faire 4 catégories : les Lombard(s), les voyages dans un film, les occasions rétrospectives et les romans biographiques.

Palmarès 2020

Les Lombard(s)

Parmi les 8 ouvrages lus cette année, deux d’entre eux sont l’œuvre de Philippe Lombard – et encore, il aurait y en avoir un troisième, et même un quatrième, que je garde sous le coude pour début 2021.

Les quatre livres que j’évoque sont donc :

  • Ça tourne mal !, Éditions La Tengo, 2019 (ISBN 2354611722).
  • Sous la casquette de Michel Audiard – Les secrets de ses grandes répliques, Éditions Dunod, 2020 (ISBN 2100808451).
  • Louis de Funès à Paris, les aventures d’un acteur en vadrouille, Éditions Parigramme, 2020 (ISBN 2373951304).
  • Tarantino Reservoir Films , Éditions Omaké Books, 2020 (ISBN 237989017X).

J’ai reçu l’ouvrage consacré à De Funès un peu plus tard que les autres, et à suivre le compte Twitter de Philippe Lombard, j’ai tout de même l’impression qu’il en manque un ou deux – mais peut-être suis-je trop habituée à son hyperactivité…

Ceci étant dit, mon préféré à l’heure actuelle pour 2020 reste Ça tourne mal, et ça tombe bien (si j’ose dire), car un tome 2 est sorti très récemment, consacré aux tournages de films étrangers, tome 2 qui est encore sur ma pile de lecture, et que je garde précieusement pour les vacances de Noël !

L’écriture de ce palmarès m’a donné à nouveau l’occasion de me promener sur son site pour suivre les prochaines publications et pour découvrir ce court-métrage :

Je remets le lien du site ici. Et vous l’aurez compris, vous n’échapperez pas à un nouveau Lombard en 2021 (voire plusieurs)…

Voyage dans un film / occasions rétrospectives

Ces deux catégories peuvent se fondre en une seule. Elles s’appliquent à quatre de mes lectures :

  • l’ouvrage sur Terminator, qui m’a donné l’occasion d’évoquer les robots au cinéma,
  • Tolkien et les sciences, qui a permis un petit voyage dans les ouvrages sur l’univers Tolkien,
  • le petit guide Survivre dans la galaxie, avec un article publié le 4 mai, où j’ai pu faire un palmarès Star Wars, à la fois des films et des ouvrages consacrés à la saga
  • enfin le Barry Lyndon de chez Taschen, qui m’a permis un petit focus sur Kubrick

C’est à ce dernier que va ma préférence, tant au niveau du visuel, de la forme, que du sujet traité : un film magnifique, que j’ai pu redécouvrir, et qui m’a permis d’ailleurs, pendant le confinement, de voir en replay le documentaire diffusé sur Arte, Kubrick par Kubrick, prenant principalement appui sur les entretiens du cinéaste avec Michel Ciment.

Les romans biographiques

Enfin, pour cette dernière catégories, deux ouvrages : La Vie que tu t’étais imaginée de Nelly Alard, et L’Amie américaine de Serge Toubiana.

Le premier faisait se croiser l’auteure du livre, l’impératrice Elisabeth d’Autriche, et l’actrice hollywoodienne Elissa Landi, dans une atmosphère qui m’a quelque peu rappelé les séries Feud et Hollywood, toutes les deux créées par le génial Ryan Murphy.

Le deuxième mettait en lumière la figure fascinante d’Helen Scott, qui a accueilli François Truffaut aux États-Unis en 1960, a permis l’existence des entretiens Hitchcock/Truffaut et a accompagné le cinéaste tout au long de sa carrière et de sa vie.

C’est ce livre de Serge Toubiana qui clôt pour moi l’année 2020 et qui en demeure ma lecture préférée, par sa délicatesse, sa tendresse et son émotion.

Bilan

Voilà pour ce palmarès et ces lectures cinéphiles de 2020, qui ont tout de même été assez variées.

2020 a aussi été l’occasion pour moi de proposer, l’été dernier, deux palmarès de lectures indispensables sur le cinéma et les séries télévisées, mais aussi de finir une entreprise de lectures entamée en juillet 2019 : lire tous les Hercule Poirot dans leur ordre de parution, soit 40 ouvrages, lus entre juillet 2019 et mai 2020.

Ma prochaine « entreprise de lecture » (c’est ainsi que j’appelle les projets de lecture qui me prennent plusieurs mois et qui viennent s’intercaler entre d’autres livres lorsque j’ai un moment) sera de relire en entier Le Seigneur des anneaux, pour clôturer en beauté cette année Tolkien.

Indépendamment de cette entreprise, je ne sais pas trop ce que me réserve 2021 pour mes lectures, même si j’ai une petite idée de ce à quoi ressembleront déjà mes articles de février et de mars, qui, normalement, seront consacrés à quelques dernières publications de 2020 : un Philippe Lombard, comme je l’annonçais un peu plus haut, et deux livres sur les séries télévisées britanniques.

D’ici là, je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes de fin d’année, et je vous mitonne pour très prochainement le dernier article #profdoc de 2020.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

Des dialogues aux petits oignons

Lorsque l’on commence, enfant, à regarder des films, les dialogues ne sont pas forcément ce qui retient notre attention. Plus tard, ce n’est pas non plus forcément ce qui nous interpelle lorsque l’on découvre un film.

Et pourtant, plus j’y pense, plus la voix et l’intonation, et le rythme, et la musique, tout cela me paraît crucial.

Voix, rythme, musique et dialogues

Lorsque petite je regardais des dessins animés Disney, j’étais sensible aux voix et aux musiques, à tel point que lorsque je découvre dans l’édition récente d’un film que le doublage a été modifié, je me sens trahie.

Lorsque je compare l’ancien doublage et le nouveau doublage de la chanson « Histoire éternelle » de La Belle et la bête, il arrive forcément un moment où j’arrête de comparer, je coupe le son de la version la plus récente, pour remettre ce que je considère comme la « vraie voix » de Mrs Samovar.

J’ai une véritable mémoire sonore de ces choses-là, et je peux me souvenir des années après d’un dialogue de film, simplement parce que je l’ai entendu et entendu encore.

Lorsque j’étais un peu plus âgée et que je ne regardais plus que des dessins animés Disney, j’ai eu un CD-ROM sur le cinéma français. Ce CD-ROM permettait de voir des photographies de films, d’écouter des dialogues cultes et de voir des extraits de films.

C’est ainsi que j’ai toujours gardé en mémoire cet échange entre Pierre Brasseur et Arletty dans Les Enfants du Paradis, bien avant de voir le film :

Rendez-vous, destin tragique, voilà seulement deux minutes que nous vivons ensemble, et vous voulez déjà me quitter. Et me quitter pour quoi, pour qui, pour un autre évidemment, et vous l’aimez cet autre ?

Oh moi j’aime tout le monde.

Eh bien voilà qui tombe à merveille, je ne suis pas jaloux, mais lui, l’autre, il l’est, hein, jaloux ?

Qu’est-ce que vous en savez ?

Oh ils le sont tous, sauf moi…

J’arrête là, je pourrais continuer jusqu’à la fameuse réplique de Arletty (et le meilleur râteau de l’histoire du cinéma) « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour« .

Déjà j’avais plus de facilités à retenir ce genre de choses que les déclinaisons en allemand et les verbes irréguliers anglais…

Je les retenais, je les emmagasinais, mais je n’avais pas encore perçu l’importance de celui (ou de ceux) qui en était à l’origine. J’aurais été incapable de dire que les quelques lignes que je viens de citer de mémoire étaient l’oeuvre de Jacques Prévert.

Un univers de voix

Ce n’est désormais pas étonnant que les voix et les musiques aient pris une telle importance pour moi, lorsque je regarde dans ma « discothèque » et que j’y trouve pêle-mêle les bandes originales de Chaplin, Hitchcock, Truffaut, Barry Lyndon, et qu’on y retrouve aussi Chantons sous la pluie, Le Seigneur des anneaux, My Fair Lady, Mary Poppins et les musiques de Nino Rota et d’Ennio Morricone.

Si je dépasse cette atmosphère musicale pour en venir aux voix, celles qui m’entourent sont évidemment celle de Truffaut (notamment dans La Nuit américaine – et on sait le soin minutieux qu’il apportait à ses dialogues), celles de Bourvil et de De Funès, celles des personnages de Kaamelott ou de Astérix et Obélix mission Cléopâtre, celles de Catherine Frot et André Dussolier dans Mon petit doigt m’a dit et Le Crime est notre affaire.

Si je donne un tour un peu plus anglophone à la chose, je vais garder en tête principalement (et autant pour la voix que pour les paroles qu’elle assène) Bette Davis, Lauren Bacall et Humphrey Bogart, Katharine Hepburn et Greta Garbo. Plus récemment je garde celle d’Alan Rickman, ou de Helen Mirren dans The Queen, et la plupart des répliques du Seigneur des anneaux.

Mais là encore, je serais bien en peine de citer de mémoire qui a écrit les dialogues du Eve de Mankiewicz ou du Port de l’angoisse de Hawks, bien qu’il me revienne presque miraculeusement en mémoire que ceux du Grand sommeil soient l’oeuvre de Raymond Chandler.

Il me semble que la première fois que j’ai retenu le nom d’un scénariste, c’était pour le scénario de Confidences trop intimes, un film de Patrice Leconte, dont les dialogues avaient été écrits par Jérôme Tonnerre, auteur également d’un de mes livres préférés sur Truffaut, Le Petit voisin.

C’est ce qui m’a peut-être permis de dissocier dans un film le réalisateur qui met en scène, l’acteur qui prononce les dialogues et le scénariste qui les a écrits, même si parfois, en quelques occasions, les frontières se brouillent.

Un orfèvre des répliques

Pourquoi cette longue introduction, dont je suis coutumière presqu’à chaque fois qu’il s’agit de présenter un livre ?

Parce que j’ai reçu en début d’année l’un des petits derniers de Philippe Lombard. Philippe Lombard, cette fois-ci, pas la peine de m’éterniser, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa cinéphilie et son hyperactivité dans mon article du mois de février, consacré à son ouvrage Ça tourne mal.

Cette fois-ci, c’est avec les dialogues d’Audiard qu’il nous régale : Sous la casquette de Michel Audiard : les secrets de ses grandes répliques a été publié en mars 2020 aux éditions Dunod.

Ce livre m’a donné l’occasion de mieux connaître un scénariste et un réalisateur dont j’avais jusque-là retenu deux choses :

  • il avait signé les dialogues des Tontons flingueurs, que je connais aussi quasiment par coeur ;
  • il a habité Dourdan, pas très loin de chez moi

Il faisait aussi partie de cette bande Blier – Ventura – Gabin dont je retrouvais avec affection de temps en temps les images d’archives :

Je ne résiste pas à en partager un deuxième extrait :

Voilà quel était l’état de mes maigres connaissances sur Michel Audiard au moment où j’ai ouvert le livre de Philippe Lombard.

Ce que ce dernier décortique dans Sous la casquette de Michel Audiard, ce sont les influences et les sources d’inspiration d’Audiard : on y retrouve son style, son langage, la musique de ses dialogues, ses passions (le vélo, Céline et Proust…) les références de son époque, qui vont de la prostitution aux flics, de la télévision et de la publicité à la vie politique, et de l’Occupation à Paris.

Au détour d’une réplique ou d’une citation de roman, on découvre une atmosphère, un esprit, on retrouve un certain parfum.

Quand Philippe Lombard cite Audiard : « J’ai mon 14e arrondissement qui me colle aux godasses », je n’ai pas pu m’empêcher de retrouver le mien (ou plutôt celui de ma grand-mère), de 14e arrondissement : le bassin du parc Montsouris, son observatoire, la statue du général Leclerc, l’église d’Alésia et le Lion de la place Denfert-Rochereau… je ne suis donc pas prête de le trouver aussi laid que le trouvait Audiard, à le lire.

Au fil des pages, je me suis rendue compte que j’en connaissais un peu plus sur Audiard que je l’imaginais, et, outre les Tontons flingueurs, il y avait quelques films qui m’avaient marquée sans que j’ai pu soupçonner qu’ils étaient signés de la plume de ce dernier.

Panthéon Audiard

  • Les Tontons flingueurs

Au sommet de mon panthéon Audiard, il y a évidemment les Tontons flingueurs, que je connais quasiment par coeur.

Si je voue un culte à certaines répliques telles que « éparpillé aux quatre coins de Paris façon puzzle » ou à la scène de la cuisine, j’ai une tendresse particulière pour la réplique de Francis Blanche :

Et c’est pour ça que je voudrais intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoire qu’ils feraient mieux de fermer leur claque-merde.

ainsi que pour Lino Ventura, l’homme de la pampa parfois rude qui sait rester courtois…

  • Un Singe en hiver

Un Singe en hiver fait partie de mes découvertes les plus récentes, je l’ai vu très tardivement. Et pourtant je n’ai pu que me délecter de ces dialogues aux petits oignons et de ces échanges alcoolisés entre Gabin et Belmondo.

  • Tendre poulet

S’il y a une comédienne française dont j’aime la voix et que je n’ai pas citée plus haut, c’est Annie Girardot.

Il était donc tout naturel qu’à un moment je tombe sur Tendre poulet, cette histoire facétieuse de retrouvailles entre un professeur de grec à la Sorbonne incarné par Philippe Noiret tendance un peu anar, et un « flic en jupons » et avec beaucoup de gouaille, Annie Girardot, que l’on suit dans l’une de ses enquêtes.

C’est fin, plutôt trépidant et finalement irrésistible.

  • Garde à vue

Enfin, j’en termine avec le plus sombre mais dont inconsciemment, j’avais retenu très tôt l’une des répliques, qui figurait dans le CD-ROM dont j’ai parlé plus haut.

En effet, dès le générique de ce CD-ROM, on entendait la voix de Michel Serrault :

Ne dites pas ça, c’est pas vrai.

Alors oui, à première vue, ce n’est pas la réplique de cinéma la plus mémorable qui soit. Mais elle m’est restée dans la tête jusqu’à ce que je puisse la retrouver dans le film de Claude Miller, un huis clos très tendu avec Lino Ventura et Michel Serrault.

Pourquoi ai-je eu l’occasion de voir (et de revoir plusieurs fois) ce film : parce qu’au-delà de ce duo de choc que j’adore et qui reste des plus improbables, Ventura et Serrault, c’est l’un des derniers rôles de Romy Schneider, apparition fantomatique et glaçante.

Alors oui, j’ai bien conscience qu’avec ce dernier film, je ne clos pas temporairement ce panthéon sur la note la plus joyeuse et débridée, mais il fait partie de ces huis clos où les répliques s’enchaînent avec virtuosité et s’échangent comme des balles de tennis, percutantes et efficaces.

Et c’est aussi pour cela qu’elles restent en tête.

Voilà pour cette petite promenade dans l’univers des dialogues de cinéma et des mots d’Audiard, j’espère vous avoir donné envie de réécouter vos propres répliques cultes, et je vous dis à très bientôt pour un nouvel article sur Cinephiledoc !

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