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Cartographie cinéphile

Cet article cinéphile de mars m’a été inspirée par le Dictionnaire de la Fantasy, publié par les éditions Vendémiaire et dont j’ai parlé en décembre dernier.

L’une des entrées de ce dictionnaire m’a semblé être le point de départ idéal du compte-rendu de lecture des deux ouvrages dont traitera cet article.

Imaginaire de la carte

Sans surprise, l’auteur de cette entrée est Florian Besson, co-auteur en 2018 de Kaamelott : un livre d’histoire, ouvrage également publié chez Vendémiaire, et dont j’aurai peut-être l’occasion de vous reparler.

Il s’agit de l’entrée « Cartes », qui pour moi, dans ce dictionnaire, s’est démarquée dès ma première lecture, et qui, deux mois après, me reste en tête.

J’en reprends ici les principaux arguments, juste après une introduction de l’auteur sur la carte de la Terre du Milieu de Tolkien et la carte qui figure au générique de Game of Thrones :

La carte plaît parce qu’elle est une invitation au voyage : ses toponymes mystérieux et ses sonorités exotiques évoquent des horizons lointains et promettent au lecteur un beau dépaysement […]

La carte intrigue, fascine, piège l’imagination, pousse à l’exploration. […]

Gage d’authenticité, la carte vient avant tout garantir le réalisme du monde créé par l’auteur : l’univers fictionnel se voit doté d’une géographie précise, où prennent place des langues et des religions spécifiques. […]

Pour autant […] ces représentations cartographiques sont en réalité contemporaines. Les cartes des cycles fantasy sont ainsi presque systématiquement orientées vers le nord, souvent ornées d’une belle rose des vents, alors que ce sont là des conventions cartographiques propres aux systèmes de représentations occidentaux […] les auteurs eux-mêmes sont pris à leur propre piège, séduits par le potentiel de la carte et placés de ce fait dans l’impossibilité presque absolue de ne pas en proposer au moins une.

C’est cette évocation des cartes dans l’univers de la fantasy qui a, d’une certaine manière, structuré ma pensée et qui me permet aujourd’hui de vous faire le compte-rendu de deux lectures.

La première découle directement du Dictionnaire de la Fantasy et a suivi une autre lecture : Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Game of Thrones : l’imaginaire en cartes

Il s’agit moins d’un livre que d’un coffret, et lorsqu’on l’ouvre, celui-ci est assez spectaculaire.

Game of Thrones : les cartes du monde connu a été publié en 2015 chez Huginn & Muninn, une maison d’édition franco-américaine principalement connue pour ses ouvrages (parfois des énormes pavés dont l’achat est bien évidemment indispensable à tout fan qui se respecte) sur Harry Potter.

Huginn & Muninn est une référence en terme de lecture pour les geeks et les amateurs de pop culture. C’est elle qui a publié les premiers livres consacrés à Game of Thrones (la série télévisée) et qui a donc proposé en 2015 ce coffret.

12 pages, la lecture en pourrait être vite expédiée, et l’on pourrait penser qu’hormis pour les fans absolus et invétérés de la série, elle peut prêter à sourire.

12 cartes à déplier, les unes offrant un plan d’ensemble de l’univers d’Essos et de Westeros, les autres zoomant au-delà du mur ou sur Port-Réal et ses différents quartiers – à force de voir et revoir la série en version originale, les noms en version française me sont devenus moins familiers.

Finalement, on peut se prendre au jeu, suivre du doigt les itinéraires de nos personnages favoris, se perdre dans les territoires vallonnés de l’Ouest, et répondre à l’invitation de Cédric Delaunay dans la première partie de son ouvrage Game of Thrones : de l’histoire à la série, très justement nommée « La carte et le territoire » :

Admirons les luxuriantes cités de Braavos et de Port-Réal ; ébahissons-nous de la majesté du Mur, foulons les vastes steppes semi-arides d’Essos que hantent depuis des millénaires les cavaliers dothrakis ; festoyons dans les luxuriantes plaines du Conflans ; partons dans un monde imaginaire aussi beau et divers que le nôtre…

Invitation qu’avait déjà lancé Nota Bene dans l’un de ses épisodes « Motion VS History » (attention pour ceux qui le découvrirait maintenant, l’épisode date de 2015, comme notre livre de chez Huginn & Muninn) qui se penchait aussi sur les différents territoires de cet univers, avec l’aide du Cartographe, une autre chaîne YouTube :

C’est à cette invitation que propose également de répondre le deuxième ouvrage sur lequel se penche cet article, en s’immergeant non plus dans l’univers d’une série télévisée, mais en embrassant, sinon la totalité, du moins les infinies possibilités de l’univers cinématographique.

Pays et villes au cinéma

J’avais déjà consacré plusieurs articles à des itinéraires cinématographiques, imaginant quel film serait le plus représentatif pour moi de tel ou tel pays, circulant dans telle ou telle ville avec un ou plusieurs films en tête, voyageant avec un auteur de la côte est à la côte ouest des États-Unis, accompagnée par Hitchcock…

Lorsque l’on s’intéresse au cinéma français, japonais, italien, ou américain, les décors sont rarement absents : on voyage avec Le Parrain de la Sicile aux quartiers de New-York, on déambule dans Paris avec les Quatre-cents coups et Hôtel du Nord, on suit Cary Grant depuis le siège de l’ONU jusqu’au mont Rushmore dans La Mort aux trousses

Et lorsqu’on peine à retrouver la bonne rue, le bon quartier, on peut de temps en temps compter sur Blow Up – encore, et toujours Blow Up – pour nous faire faire un tour d’horizon de Londres, Venise, Berlin, San Francisco ou New York au cinéma.

Enfin, si l’on veut se plonger dans un pavé consacré aux villes qui ont un jour figuré à l’écran, on peut tenter de retrouver le livre que Thierry Jousse (aux commandes de Blow Up, tiens tiens) et Thierry Paquot avaient publié en 2005 aux éditions des Cahiers du cinéma :

La Ville au Cinéma explorait la représentation de la ville à l’écran en faisant collaborer plus de 85 auteurs, des universitaires, des cinéphiles et des critiques. Cette encyclopédie était construite en cinq parties :

  1. Filmer, montrer, représenter
    Lumière, Décor, Histoire, Montage, Musique de film…
  2. Genres et écoles
    Film noir, Science-fiction, Banlieue, Western…
  3. Lieux et personnages
    30 courts textes personnels d’Aéroport à Voisinage
  4. Villes cinématographiques
    55 portraits d’Abidjan à Washington, en passant par Buenos Aires, New York, Taipei…
  5. 50 cinéastes urbains
    50 notices biographiques de Woody Allen à Wong Kar-wai.

Si vous avez l’occasion de mettre la main dessus, elle vous propose un beau voyage…

Mais je n’en suis toujours pas à ma deuxième lecture, qui, elle, proposait un voyage quelque peu différent.

Cinéma en cartes

Imaginez que vous quittez le monde réel, que vous laissez de côté les pays, les villes, les rues pour vous abandonner à une autre forme de géographie et que vous voyagez d’un film à l’autre simplement en allant du domaine du drame aux plaines de l’aventure, en faisant un détour par la péninsule initiatique.

C’est tout le propos de Movieland, de David Honnorat, publié aux éditions Hachette en octobre 2018.

Pour vous plonger dans ce petit bijou, laissez-vous guider par votre imagination, fermez les yeux (entre chaque paragraphe) et suivez l’itinéraire de votre choix. En dehors de la carte – là encore à déplier – proposée par David Honnorat, le livre ne vous proposera pas d’images, une manière encore plus décisive de vous inciter à voir ou revoir les films dont il vous parle.

Et d’ailleurs, de quoi vous parle-t-il ? Le mieux est de lui laisser la parole :

Pour ceux qui souhaiteraient voir à quoi ressemble cette carte en ligne, rien de plus simple :

Et pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur le sujet (en anglais), c’est par ici.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est d’avoir pris presque au pied de la lettre cette idée d’itinéraires, notamment dans la présentation. Il s’agit d’un croisement entre chemins de randonnées et sélections thématiques, avec temps, niveau de difficulté et prolongements possibles. Les 50 itinéraires thématiques proposés sont d’ailleurs classés du spectateur débutant au spectateur expert, en passant par le spectateur confirmé.

Un exemple :

Je choisis dans la partie « Spectateur débutant » l’itinéraire « Spoiler Alert ! » qui me propose un parcours de 16 heures et 34 minutes (difficulté 1 étoile, mais destiné à un public averti – sexe, violence ou spoilers) avec 9 films, de Citizen Kane à L’Empire contre-attaque en passant par Sixième sens, Les Diaboliques ou Usual Suspects.

On me propose ensuite soit :

  • l’itinéraire « Héros en cape » de Batman à Superman (« Spectateur débutant » 24 heures et 15 minutes, 11 films, difficulté 1 étoile, tous publics)
  • l’itinéraire « Le regard des juges » de Fenêtre sur cour à Caché (« Spectateur averti », 16 heures et 53 minutes, 9 films, difficulté 4 étoiles, public averti – violence)
  • l’itinéraire « Modern warfare » d’Il faut sauver le soldat Ryan à Outrages (« Spectateur expert », 22 heures et 53 minutes, 11 films, difficulté 5 étoiles, public averti – violence)

Un index permet en fin d’ouvrage de cocher les films déjà vus.

Voilà pour le très beau Movieland, un de mes coups de coeur de début 2019, dont le seul point faible est la couverture, un peu fragile.

Je remercie David Honnorat de m’avoir offert avec ce livre de quoi matérialiser mes associations d’idées cinéphiles, et de répondre parfaitement à ce que dit Florian Besson, déjà cité au début de cet article :

La carte plaît parce qu’elle est une invitation au voyage : ses toponymes mystérieux et ses sonorités exotiques évoquent des horizons lointains et promettent au lecteur un beau dépaysement […]

La carte intrigue, fascine, piège l’imagination, pousse à l’exploration.

Merci pour l’invitation et merci pour le piège, très réussi !

En vous souhaitant un beau dépaysement et de belles lectures, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

2018 : Palmarès de lecture

Je profite de ce désormais traditionnel palmarès de lecture pour vous souhaiter une excellente année 2019.

Pour cette année, je reprendrai exactement la même construction que pour le palmarès 2017 : une présentation, le palmarès en lui-même organisé de manière thématique, et un petit bilan rapide.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Cette année je suis un peu plus ponctuelle que l’année passée (il est prêt depuis la mi-décembre), je le publie donc dès le début du mois de janvier.

Voici d’abord un état chiffré des lectures 2018 :

  1. janvier. Deux lectures, Microfilm et Le Figurant, de Didier Blonde (deux romans)
  2. février – mars.  Trois lectures : 50 femmes de cinéma, Journal d’une princesse de Carrie Fisher et Hollywood : la cité des femmes, d’Antoine Sire.
  3. avril. Une lecture : Cinéma de minuit, de Patrick Brion (beau livre).
  4. mai. Une lecture : Hollywood Boulevard, de Melanie Benjamin (roman).
  5. juin. Une lecture : Ultime : Jean Rochefort, interviews et conversations.
  6. juillet. Une lecture : Le Paris de François Truffaut, de Philippe Lombard.
  7. septembre. Deux lectures : Le Sourire de Gary Cooper et Platine (deux romans).
  8. octobre. Une lecture. Romy Schneider intime, d’Alice Schwarzer.
  9. novembre. Deux  lectures. Chaplin’s world : le musée de sa vie et Paris : 100 films de légende.
  10. décembre. Deux lectures. Dictionnaire de la fantasy et Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Au total 16 lectures, avec cette année plusieurs grandes thématiques qui se sont répétées, ce qui m’a permis bien en avance d’organiser mentalement ce palmarès.

Mes lectures cette année étaient moins consacrées à un film ou à un genre en particulier, mais, comme je l’ai dit, organisées par thèmes et cela d’une manière, sinon involontaire, du moins non préméditée.

Voici ce qu’on peut en retenir.

Palmarès 2018

Le retour de la fiction

Je l’avais déploré l’an dernier : 2017 n’avait pas été un grand cru pour les romans (et encore, je triche un peu : mes lectures de 2017 n’avaient pas mis les romans à l’honneur).

Il faut croire que les auteurs de romans m’ont entendue : cette année, parmi mes 16 lectures cinéphiles, on retrouve cinq romans : Microfilm, Le Figurant, Hollywood Boulevard, Le Sourire de Gary Cooper et Platine. Quasiment à chaque fois des textes de qualité, avec des auteurs qui se sont bien arrangés pour me perdre dans leur univers cinématographique.

Bien que sa lecture soit lointaine, son souvenir reste des plus vivaces : c’est au Figurant de Didier Blonde que je donne ma préférence, pas seulement pour son évocation du film de Truffaut, Baisers volés, mais parce qu’il a réussi à me faire douter de la frontière entre fiction et réalité et parce que ce doit être le livre que, du coup, j’ai le plus offert autour de moi cette année.

Déambulations parisiennes

En prolongement de ce premier choix, mon année 2018 a été marquée par mes lectures parisiennes et la découverte de cette superbe petite maison d’édition, à savoir Parigramme.

J’ai donc beaucoup lu sur Paris, Paris au cinéma et Paris chez les écrivains et dans les romans, grâce à Parigramme. J’ai redécouvert Philippe Lombard, dont j’avais déjà lu, presque sans m’en souvenir, l’un des livres sortis en 2012 : Les Grandes gueules du cinéma français. Cela m’a permis de redécouvrir un auteur dont je me demande, avec sa moyenne actuelle de 3 à 4 livres par an, s’il dort la nuit !

Je ne voudrais pas donner dans le favoritisme truffaldien mais c’est encore une fois un livre consacré à Truffaut qui remporte mes suffrages, à savoir Le Paris de François Truffaut.

Mais rassurez-vous, pour mes dernières catégories, je vais varier un peu mes choix !

Les femmes à l’honneur

C’est la grande thématique de l’année : sur mes 16 lectures de 2018, sept sont consacrées aux femmes au cinéma (et je triche encore une fois, car parmi ces sept lectures, on retrouve trois de mes romans).

Sept livres donc : 50 femmes de cinéma, Journal d’une princesse, Hollywood : la cité des femmes, Hollywood Boulevard, Le Sourire de Gary Cooper, Platine et Romy Schneider intime.

Là encore je fais le choix d’une lecture qui, si elle remonte à mai 2018, m’a laissé un souvenir incroyable et m’a fait échanger longuement avec des amis sur les sujets qu’elle abordait : le cinéma muet, la grandeur et la décadence, et deux destins de femmes, l’un devant la caméra, l’autre en coulisses.

Il s’agit de Hollywood Boulevard, de Melanie Benjamin, dont je me suis promis de lire les autres livres un de ces jours.

Mentions spéciales et bilan

Je ne pouvais évidemment pas citer toutes mes lectures dans ce palmarès, et j’ai eu du mal à choisir pour chaque catégorie le livre à retenir.

Citons tout de même :

  1. le beau livre de l’année : Cinéma de minuit, de Patrick Brion, sorti fin 2017 et que je me suis fait un plaisir d’acheter pour le souvenir de cette émission formidable consacrée au cinéma (et parce que j’ai réussi à le faire rentrer dans ma bibliothèque)
  2. le livre de chevet de fin d’année : le Dictionnaire de la fantasy, dans lequel je continue à piocher des articles et des entrées, qui sont à chaque fois un régal à découvrir
  3. le livre consacré à une série télévisée. Comme l’an dernier, je n’ai pas trouvé beaucoup d’ouvrages sur les séries qui aient pu retenir mon attention. Il faut croire que la qualité prime sur la quantité en ce domaine, car je ne saurais passer à côté, dans cet article, de l’excellent ouvrage de Cédric Delaunay, Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Je ne sais pas trop ce que me réserve 2019 pour mes lectures, même si j’ai une petite idée de ce à quoi ressembleront déjà mes articles de février et de mars, qui, normalement, seront consacrés à quelques dernières publications de 2018.

J’y parlerai d’arrêts sur images et de courses-poursuites, de cinéma et d’une série télévisées.

D’ici là, je vous souhaite à nouveau une belle année, et je vous mitonne pour très prochainement le prochain article #profdoc.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

D’humeur fantasy…

Avant de faire le compte-rendu des deux ouvrages que concernent cet article, voici un petit plan des articles à paraître jusqu’au mois de mars 2019 :

  • 10 décembre : cet article
  • 21 décembre : l’article #profdoc de décembre
  • début janvier : le traditionnel palmarès de lecture pour l’année 2018
  • fin janvier : article #profdoc
  • début février : un article qui parlera de plans au cinéma et de courses poursuites
  • 22 février : article #profdoc
  • début mars : les dernières publications 2018 et les premières publications 2019 que j’aurais pu lire…

Dans cet article, comme annoncé, vous retrouverez deux comptes-rendus de lecture ainsi qu’un petit aperçu d’exposition.

D’humeur fantasy, donc…

Comme l’indique mon titre, je suis dans une période où j’ai pu lire, voir et revoir pas mal de choses du domaine de la fantasy.

Si j’étends quelque peu ce domaine, j’ai lu depuis cet été trois livres excellents, dont seulement l’un d’eux appartenaient à la fantasy (Royaume de vents et de colère), les deux autres appartenant au genre steampunk (Feuillets de cuivre) et à l’uchronie (Frankenstein 1918). Ce sont d’ailleurs des livres que je vous recommande chaudement !

Incursion #profdoc : cela intervient également au moment où je réfléchis au renouvellement du fonds SF et fantasy au CDI…

Plus précisément, en fantasy, je suis plongée depuis quelques semaines dans un marathon Game of Thrones : tout revoir depuis la saison 1 (et au moment où j’écris cet article j’en suis à un peu plus de la moitié de la saison 3).

Tout cela a été encouragé, entretenu, par les lectures dont je vais vous parler maintenant.

Fantasy en général…

Le premier de ces ouvrages est une pépite – mais vous verrez dans la suite de cet article que pour le deuxième aussi, je ne serai pas avare de compliments !

J’ai été avertie de sa sortie par Emmanuel Chastellière, auteur, traducteur et webmaster DU site français de fantasy, Elbakin.

Quel était l’événement ? La sortie aux éditions Vendémiaire d’un Dictionnaire de la fantasy, en octobre 2018 sous la direction d’Anne Besson.

Petite précision : les éditions Vendémiaire comptent parmi mes « chouchoutes » en matière de maisons d’édition qui se consacrent (exclusivement ou presque ou en partie seulement) au cinéma : j’ai dû faire des comptes-rendus de lecture sur un peu moins d’une dizaine de leurs publications, qui sont toujours d’une qualité irréprochable.

On y retrouve notamment des ouvrages sur Star Wars, sur les séries historiques anglo-saxonnes, sur Kaamelott, sur les mythes et idéologies du cinéma américain, sur Spielberg et sur le cinéma fantastique et de science-fiction.

Autre précision : parmi les auteurs, outre l’équipe d’Elbakin et Emmanuel Chastellière (dont j’ai particulièrement aimé l’article sur Joseph Campbell), on retrouve Vincent Ferré, auteur d’un superbe Dictionnaire Tolkien, Jean-Philippe Jaworski et John Lang, et Fabien Clavel, auteur des Feuillets de cuivre dont j’ai parlé plus haut.

Du beau monde donc, et pas qu’un peu !

Fidèle à sa tradition, ce dictionnaire est tout en sobriété – à l’exception des quelques planches d’illustration centrales.

Fidèle également à sa tradition, c’est un bijou, et un indispensable, à déposer sous le sapin de n’importe quel amateur de fantasy.

Lorsque j’ai un dictionnaire entre les mains, je ne sais pas toujours comment m’y prendre et j’hésite entre une lecture de A à Z et une lecture en mode « butinage ».

La lecture de A à Z permet d’avoir une vue d’ensemble du livre, mais elle est souvent de longue haleine : il est difficile de maintenir son attention sur un propos aussi érudit que celui de spécialistes qui vont vous expliquer tour à tour l’un ou l’autre aspect de la question.

La lecture en mode « butinage » aka « oh un article sur Terry Pratchett ! oh des dragons ! oh des chevaux ! oh des elfes » est plus libre, moins concentrée, et ne garantit pas qu’on ne délaisse pas le livre en cours de route pour un autre.

J’ai donc opté pour les deux modes de lecture, simultanément et dans tous les sens. Si bien que j’ai, à ce jour, lu l’ensemble des entrées de A à E et différentes entrées des autres lettres, au gré de mes envies.

À ce jour également, ce qui m’a frappée dans ce dictionnaire, c’est la facilité avec laquelle il se lit, la façon dont les auteurs se mettent à la portée du lecteur, même néophyte. J’y ai apprécié tout autant l’article sur Terry Pratchett ou sur Tolkien, ou sur GRRM (George Raymond Richard Martin) ou sur Neil Gaiman, dont je connais les univers, les articles sur, comme je le disais, les chevaux, les dragons, les couleurs, le seigneur des ténèbres, que des articles où je me sentais moins « à l’aise » en terme de connaissances, comme les comics ou les jeux de rôles.

À certains articles s’ajoute une partie « Point de vue », dans lequel l’auteur de l’article s’exprime personnellement sur la question, soit via un prolongement de l’article en lui-même, soit via un texte littéraire de son cru.

Enfin, ce que j’ai beaucoup apprécié dans cet ouvrage, c’est la partie « Oeuvres conseillées » à la fin, très bien organisée, et qui donne un excellent aperçu de l’univers (étendu) de la fantasy : on y retrouve des oeuvres classiques (des incontournables du genre) et des textes répertoriés en sous-genres (contes et légendes, science-fiction, steampunk) ou en motifs (amour et sexualité, couleurs, ombres et lumières, loi et chaos…)

Voilà pour ce premier compte-rendu !

… Fantasy en particulier

Le deuxième ouvrage dont je vais parler aujourd’hui est un tour d’horizon que j’attendais depuis longtemps, et lorsque j’ai vu ce livre en librairie, je n’ai pas pu m’empêcher de l’acheter.

Ceux qui suivent Cinéphiledoc depuis un moment savent que j’ai une affection particulière pour les séries historiques ou pour les séries dont l’une des influences est l’histoire.

Lorsque le YouTubeur Nota Bene a fait quelques épisodes sur sa chaîne, « Motion VS History » consacrés au décryptage des influences historiques des films et des séries, j’étais ravie !

Concernant Game of Thrones (vous vous doutiez certainement que c’était de cette série dont j’allais parler), j’ai toujours regretté qu’il n’approfondisse pas la question avec l’étude des personnages féminins.

Et voilà qu’un auteur s’y attelle (bon, pas uniquement aux personnages féminins, mais aux influences historiques de Game of Thrones en général).

Il s’agit de Cédric Delaunay, professeur agrégé d’histoire à Tours, qui a publié Game of Thrones : de l’Histoire à la série, en septembre 2018, chez Nouveau monde éditions.

Ce qui attire l’oeil d’emblée, pour tout fan de Game of Trones, c’est la couverture : on y retrouve deux éléments fondamentaux, le trône et la carte.

Quatre parties composent l’ouvrage :

  • La carte et le territoire (une exploration du monde de GRRM et de ses influences historiques et géographiques)
  • Justes et réprouvés (une étude des différents peuples et castes de la saga)
  • Destins funestes et sorts cruels (où l’auteur se concentrent davantage sur certains événements : batailles, noces, morts)
  • Ceux que l’on aime ou… que l’on aime détester (un focus sur certains personnages : Brienne, Tyrion, Cersei, Asha Greyjoy et Daenerys Targaryen)

Le tout se lit comme un roman, et est très bien illustré. On y retrouve Venise, le phare d’Alexandrie, le mur d’Hadrien, la guerre des deux roses, l’assassinat de Jules César, la cour de Henri III, Caligula…

Restent mes figures féminines telles qu’on les a laissées à la fin de la saison 7 : Arya et Sansa, Brienne, Daenerys, Asha Greyjoy, et évidemment Cersei Lannister.

J’ai toujours davantage apprécié les influences de l’histoire anglaise sur Game of Thrones et vu dans ces figures féminines une relecture de la dynastie des Tudor : Robert Baratheon en Henri VIII, Cersei comme une sorte de Bloody Mary…

Mais l’histoire n’est pas finie, et Cédric Delaunay, comme beaucoup d’entre nous, attendent avec impatience la saison 8 qui sortira l’an prochain, et qui permettra éventuellement de donner un second tome à cet ouvrage ?

C’est du moins la promesse qu’il semble nous faire à la toute fin de ce livre captivant…

En attendant, voici d’autres petites choses que l’on peut glaner en cette fin d’année sur l’univers de Game of Thrones.

De l’exposition aux autres lectures…

Jusqu’à fin août 2018 se tenait Porte de Versailles une exposition consacrée à Game of Thrones.

Quasiment aux derniers jours, j’ai pu m’y rendre avec Sandrine (@spdocs) et j’ai pu prendre ces quelques photos, qui vous donneront un aperçu général :

Pour poursuivre dans cet univers, voici quelques ouvrages qui sont sortis plus ou moins récemment – le dernier en date, Feu et sang, est actuellement en tête de gondole dans les librairies :

Voilà pour ces quelques pistes, en attendant les fêtes et, avant cela, l’article #profdoc de décembre.

À bientôt sur Cinéphiledoc !

Romy Schneider, biographie féministe

Pour ce second compte-rendu de l’année 2018-2019, je retourne à des premières amours, à savoir une comédienne qui a été pour beaucoup dans ma cinéphilie, et je continue sur ma lancée de cette année – involontaire – qui met à l’honneur les femmes au cinéma.

Lorsque j’ai lancé ce blog, l’un des premiers articles que j’ai écrits était consacré à Romy Schneider. Elle m’a toujours fascinée et émue et, si encore beaucoup de sa filmographie m’est inconnue, j’en ai vu suffisamment pour en cerner l’incroyable complexité.

Je ponctuerai cet article de quelques-uns de ces films.

État de bibliothèque

Comme je l’expliquais à quelqu’un, Romy est l’un des aspects du cinéma sur lequel j’ai le plus de livres. Aspect ? Le terme peut paraître curieux. Disons qu’entre les réalisateurs, les thèmes, les époques, les genres et les acteurs, elle est l’actrice sur laquelle j’ai le plus de livres.

Certes, elle ne fait pas d’ombre à Hitchcock et Chaplin, encore moins à Truffaut, sur lequel j’achète le moindre livre qui sort et pour qui je recense régulièrement ce que j’ai et ce qui me manque.

La simple raison est que pour Romy, le tri est nécessaire.

Pourquoi ? Parce que la moindre publication peut verser dans le mélo, « cinéma à l’ancienne et crinoline », le pathos « mon dieu quel destin tragique », ou le relevé pharmaceutique « alcool et médicaments ».

Avant de lire un livre sur Romy, je tente donc d’observer s’il prend en compte l’un de ces quatre critères :

  1. il donnera la parole à la principale intéressée
  2. il racontera sa vie d’un ton neutre et objectif
  3. il se concentrera sur des photos et/ou des facs similés
  4. il apportera un éclairage inédit sans sensationnalisme

J’ai donc dans ma bibliothèque : le journal intime de Romy Schneider, une biographie publiée il y a plusieurs années, 3 ouvrages photos (dont l’un exclusivement sur L’Enfer de Clouzot) et le livre dont je vais vous parler aujourd’hui.

Une quatrième de couverture trompeuse…

C’est dans la presse que j’ai entendu parlé de ce livre pour la première fois, une parution récente, et qui intervient quelques mois seulement après la sortie d’un film paraît-il controversé (car faisant la part belle à une addiction à l’alcool et aux médicaments) sur Romy.

Je n’ai pas vu ce film, pas à cause d’un a priori négatif, mais simplement par manque de temps et parce qu’il ne passait dans aucune salle à proximité lorsque j’ai été plus disponible.

Ce n’est qu’après coup que j’ai compris pourquoi on parlait tant de Romy en ce moment : le 23 septembre dernier, elle aurait eu 80 ans. Les semaines précédant cette date, plusieurs ouvrages sont parus, Arte a diffusé plusieurs films avec Romy, comme d’habitude Alain Delon s’est fendu d’une communication larmoyante sur la question…

Pourquoi cette date anniversaire m’a-t-elle donc échappé ?

Explication n°1 : (la plus réaliste) je ne prête pas forcément attention aux dates anniversaires, j’essaye déjà de retenir ceux de mes proches…

Explication n°2 : (la plus romanesque) Sans doute associer ces deux termes « 80 ans » et « Romy » reste inconcevable. Romy fait partie de ces êtres qui ne vieilliront jamais, et qui me rappellent cet extrait du Premier homme d’Albert Camus :

C’est à ce moment qu’il lut sur la tombe la date de naissance de son père, dont il découvrit à l’occasion qu’il l’ignorait. Puis il lut les deux dates « 1885-1914 » et fit un calcul machinal : vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle , et qui avait été son père, était plus jeune que lui.
Et le flot de tendresse et de pitié qui d’un coup vint lui emplir le coeur n’était pas le mouvement d’âme qui porte le fils vers le souvenir du père disparu, mais la compassion bouleversée qu’un homme fait ressent devant l’enfant injustement assassiné – quelque chose ici n’était pas l’ordre naturel et à vrai dire, il n’y avait pas d’ordre mais seulement folie et chaos là où le fils était plus âgé que le père. La suite du temps lui-même se fracassait autour de lui immobile, entre ces tombes qu’il ne voyait plus, et les années cessaient de s’ordonner suivant ce grand fleuve qui coule vers sa fin.

Donc – pour en finir avec cette digression : Romy n’a pas 80 ans, et j’ai lu un autre livre sur Romy.

Romy Schneider intime, de Alice Schwarzer est paru en août 2018 aux éditions de l’Archipel.

Sur la quatrième de couverture, un extrait du livre et ces deux lignes :

Durant une nuit entière, Romy s’est confiée à Alice Schwarzer comme jamais encore elle ne l’avait fait.

Allons bon, voilà qui est intéressant ! J’ai donc été facilement persuadée que le livre était une retranscription complète (une sorte d’entretien en mode traveling) d’une conversation.

Décembre 1976, on est en pleine période française, après La Piscine, en pleine période Sautet, et avant la date fatidique de 1981, le décès de David.

Donc pour moi le livre était une sorte d’arrêt sur image, d’instantané en pleine carrière où il y aurait certes des confessions, mais sans que cela donne au lecteur le sentiment d’être abusivement intrusif.

La quatrième de couverture n’était pas totalement trompeuse : l’auteur revenait largement sur cet entretien de 1976, mais il s’agissait davantage d’un fil conducteur pour retracer le parcours de Romy. Elle lui donnait régulièrement la parole mais en s’appuyant aussi sur le journal intime – que je connaissais déjà – et sur des lettres, que j’ai découvertes.

Alors, qu’est-ce que cet ouvrage a de différent des autres biographies et de la littérature déjà abondante sur Romy Schneider ? Que peut-il apporter de plus ?

Deux choses.

La biographie féministe de Romy Schneider

La première, c’est que cette biographie est l’oeuvre d’Alice Schwarzer, journaliste allemande, fondatrice et rédactrice du magazine féministe EMMA, figure emblématique – je l’ai découvert – du féminisme en Allemagne, « traductrice culturelle » (dit Wikipédia) de Simone de Beauvoir.

Elle a rencontré Romy Schneider en 1976 et souhaitait faire son portrait pour le premier numéro de son magazine, dont la sortie était prévue pour début 1977.

Dès l’avant-propos, le ton est donné :

Nous sommes en 1976. Nous les féministes, nous venons pour la première fois de briser le silence, de rompre l’omerta qui pèse sur la violence sexuelle, sur la maltraitance, le harcèlement et le viol (…) À Hollywood, la bulle n’a éclaté qu’un demi-siècle plus tard, en 2017, avec l’affaire Weinstein.

Et ce ton, il est dur, souvent cinglant, parfois attristé et sans illusion.

Donnant la parole à Romy, et ponctuant le récit d’extraits de son journal intime et de lettres, Alice Schwarzer revient sur la trajectoire d’une petite jeune fille, prodige du cinéma allemand.

Ce n’est pas une sinécure.

Évidemment on commence avec l’ombre de la seconde guerre mondiale, et l’amitié (voire plus) des parents de Romy, en particulier sa mère, avec un certain Adolf Hitler. Déterminant pour la suite, la construction d’une personnalité pleine de culpabilité, et des choix cinématographiques jamais anodins.

Ensuite, il y a tout ce carcan culturel et familial qui l’enferme dans le personnage de Sissi (et dans quelques rôles aussi « meringués »). La mère, intrusive, égocentrique et qui voit peu à peu sa fille l’éclipser ; le beau-père, une espèce de profiteur abusif qui a bien flairé la poule aux oeufs d’or.

Puis il y a la fuite pour retrouver Delon à Paris après le tournage de Christine. Après cela, le livre prend comme éclairage les rapports de Romy avec les hommes, ceux qui la mettent en scène et ceux qui vivent avec elle.

Et là non plus ce n’est jamais heureux : soit elle les domine et ça ne dure pas longtemps, soit ils la dominent et… ça ne dure pas longtemps.

Alice Schwarzer décrit une Romy hypersensible, qui attend beaucoup mais qui ne sait pas toujours ce qu’elle attend, qui accepte de se soumettre, mais pas trop longtemps, qui quitte un rôle (cinématographique ou familial) dans lequel elle se sent trop à l’étroit pour retrouver finalement un autre rôle qui n’est pas plus libre.

Les extraits de lettres et le journal témoignent de cette situation d’écorchée vive dont elle n’est jamais sortie.

À plusieurs reprises, l’auteur s’indigne et prend la défense d’une femme qui ne s’aimait pas et que beaucoup n’ont pas su aimer.

Éclairage allemand

La seconde chose qui rend cet ouvrage différent de ce que j’ai pu lire ailleurs, c’est la perspective qu’il adopte.

Dans tout ce que j’ai pu lire jusqu’ici, j’avais ce point de vue : Romy était une actrice allemande, qui s’était installée en France pour mener le plus beau de sa carrière – La Piscine, tous les films de Claude Sautet, Garde à vue

Grâce au livre d’Alice Schwarzer, j’ai pu voir l’autre côté du miroir (ou du Rhin), car cette dernière revient évidemment non seulement sur les premières années, puis sur les relations que les allemands et Romy ont entretenues après son premier départ, son mariage avec Harry Meyen et sa vie à Berlin, avant son retour en France.

Elle a d’ailleurs un oeil très critique sur la période française, de La Piscine (un rôle qu’elle juge « à côté de la plaque ») à tous les films de Sautet.

Au-delà de ces critiques, le livre offre un éclairage sur la vie artistique et culturelle de l’Allemagne (et sur les relations franco-allemande) entre 1938 et 1982 : les comédiens et comédiennes, l’univers du cinéma et du théâtre, les différences culturelles entre France et Allemagne et comment les deux pays se perçoivent mutuellement sous le prisme d’une femme et d’une actrice : Romy Schneider.

Se réconcilier avec Sissi ?

À quel moment voit-on Sissi pour la première fois ?

En ce qui me concerne, ça devait être enfant, à Noël, lors d’une des nombreuses rediffusions. J’ai adoré Sissi toute mon enfance, je l’ai délaissée lorsque j’ai découvert le reste de la filmographie de Romy Schneider.

Ensuite, je l’ai revu, mais si j’ai la trilogie sur mes étagères, elle ne sort pas très souvent de son coffret. Je lui préfère le dernier – en français Sissi face à son destin (!!!) et le film sur Victoria, Les jeunes années d’une reine.

J’ai de l’affection pour ces films mais ils ne définissent plus pour moi, depuis très longtemps, ce qu’est Romy Schneider.

Alice Schwarzer, à la fin de son livre, semble se réconcilier avec Sissi. Je me contente, pour ma part, de l’ombre de l’impératrice dans le Ludwig de Visconti.

Et si je devais retenir trois films de cette filmographie, sur lesquels je terminerais cet article, voilà ce que je garderais :

  • Les Choses de la vie
  • César et Rosalie
  • La Banquière

D’une femme fatale à l’autre

Cette année 2018 est riche en trajectoires féminines réécrites (et ce n’est pas fini !).

En mars, j’avais déjà fait un petit compte-rendu de lectures récentes et de références consacrées aux femmes au cinéma : un documentaire, 50 femmes de cinéma, le journal de Carrie Fisher, et Hollywood : la Cité des femmes.

En mai, j’avais trouvé ce superbe roman, Hollywood Boulevard, consacré à la première « star » de cinéma américaine, Mary Pickford, et à l’une des premières scénaristes, Frances Marion.

Pour ce premier article de reprise, les femmes à nouveau sont à l’honneur, et pas n’importe lesquelles.

Femmes fatales : éléments de définition

Lorsque l’on cherche « femme fatale » sur notre moteur de recherche préféré (!), on est vite effarée à la lecture des premiers résultats – en tout cas je le suis :

Passons outre, rejetons d’emblée les 5 conseils et autres trucs et astuces pour devenir une femme fatale… et reportons nous à quelque chose qui, sans être parfait, a au moins le mérite d’offrir un éclairage historique et culturel de la question :

Une femme fatale est un personnage type qui utilise le pouvoir de la sexualité pour piéger le héros malchanceux. La femme fatale est généralement décrite comme une femme sexuellement insatiable.

Elle séduit, sans se « donner », et est souvent caractérisée physiquement comme une femme très féminine et moralement comme une femme séductrice (dans la littérature décadente, puis au cinéma).

Voilà pour les éléments de définition, passons à la mythologie à présent :

L’archétype de la femme fatale existe dans les mythes et le folklore de nombreuses cultures à tous les âges. Les premiers exemples sont Ishtar, la déesse sumérienne, et Ève, Dalila, et Salomé dans la Bible judéo-chrétienne. Dans la littérature de la Grèce antique, la femme fatale est incarnée par Aphrodite, la sirène, le Sphinx, Scylla, Circé, Lamia, Hélène de Troie, et Clytemnestre.

Je passe sur le fait que, dans cet article, hormis Marlène Dietrich et Rita Hayworth, peu d’exemples sont donnés de « femmes fatales » de cinéma, essayons donc d’enrichir quelque peu cette liste, sans s’arrêter aux caractéristiques physiques (brune ? blonde ? grande ? petite ?) :

  • Greta Garbo
  • Bette Davis
  • Sharon Stone
  • Glenn Close
  • Ava Gardner
  • Joan Crawford
  • ce à quoi on peut rajouter éventuellement quelques belles brunes du cinéma français, au moins dans certains rôles : Maria Casarès, Fanny Ardant, Isabelle Adjani

Vous pouvez, si vous le souhaitez, compléter cette liste, en précisant ce qu’est pour vous une femme fatale.

C’est peut-être d’ailleurs par facilité que j’ai choisi ce terme, afin de rassembler dans un même article, deux femmes qui finalement, ne se ressemblaient pas tant que ça… quoique !

Ces deux femmes, je ne les connaissais pas plus que ça – seulement de nom – et je dois leur découverte à deux petits livres, l’un paru en 2017, l’autre, plus récent, publié en mai 2018.

It girl

Le premier de ces deux livres, Le Sourire de Gary Cooper, est l’oeuvre de Sophie Pujas, publié en mars 2017 aux éditions Gallimard, dans la collection L’arpenteur.

C’est un ouvrage d’un peu plus d’une centaine de pages, entrainant, alternant les voix, passant avec aisance du « elle » au « je », passant continuellement du rire aux larmes, avec des fulgurances poétiques surprenantes, qui éclatent d’une phrase à l’autre, et qui portent le lecteur comme un souffle de la première à la dernière page.

Dans la salle obscure, elle s’invente la famille qu’elle n’a pas eue. Les bras protecteurs d’âmes amies. Elle frissonne, s’exalte. Elle apprivoise l’angoisse. Tout s’apaisera à la fin. Et quand bien même le héros mourrait, ce qui ne se fait guère, la lumière se rallumera. La terreur aura laissé le monde inentamé. Tremble tout ton soûl, petite fille. Meurs avec le cow-boy. Saute dans le vide. Galope. Ce ne sont que des vies d’emprunt, à l’infini. Peaux où se glisser, vite délaissées.

Celle que l’auteur évoque, esquisse, accompagne de la gloire à la solitude, c’est Clara Bow.

Clara Bow ?

La star des années 20, une gosse de Brooklyn, l’incarnation de la « garçonne » (ouvrant la voie à Dietrich et ses tailleurs pantalons, à Garbo et son androgynie fascinante), la IT GIRL – sex appeal des années folles. Un esprit libre, une scandaleuse, qui compte nombre d’aventures (Victor Fleming et Gary Cooper, entre autres) et le double de rumeurs infondées, avant de se retirer du monde, un peu à la manière de Garbo ou de Pickford, mais dans une ferme du Nevada.

Sophie Pujas en fait une icône, une sorte de météore croquant la vie à pleines dents, cherchant des rôles à sa mesure, luttant contre les hommes des studios (comme le feront, sans plus de succès, Marilyn Monroe, Bette Davis, et avec un peu plus de succès, Olivia de Havilland).

Elle en fait à la fois cette icône de femmes libres dont elle (on) se sent redevable, et, dans les dernières lignes de ce petit livre magnifique, l’icône de ces femmes étoiles filantes et sacrifiées : Marilyn, Jean Seberg, Françoise Dorléac, Sharon Tate.

Ajoutons Jean Harlow.

Victor Fleming, en 1933, dirigera une comédie cruelle, Bombshell, où tremble le souvenir de Clara. L’histoire d’une jeune actrice, Lola Burns (sous les traits de Jean Harlow), constamment entourée d’une foule de parasites.

Ces deux phrases sont extraites du Sourire de Gary Cooper, p.84

Blonde platine

La voilà donc en Lola Burns, une star à l’existence chaotique, au rythme de travail effréné, tout de blanc vêtue sous son auréole platine et scrutée nuit et jour par les feuilles à scandale (…).

Platine, p.125

Comme un écho.

Platine, de Régine Detambel, a été publié chez Actes Sud en mai 2018. Lorsque je me suis arrêtée dans une librairie pour découvrir Hollywood Boulevard et les destins croisés de Mary Pickford et Frances Marion, à quelques livres de là était posé Platine.

Du sourire de Gary Cooper à Platine, les mêmes choses frappent : l’injustice, l’émotion, deux destins happés et sacrifiés, deux femmes ayant incarné une époque.

Jean Harlow ?

L’une des blondes volcaniques du star system américain, aux côtés de Marilyn, de Carole Lombard, de Grace Kelly, de Rita Hayworth. Des sex symbols, dont Wikipédia fournit ici très obligeamment une liste.

Avec Monroe et Lombard, la même impression de gâchis, extrêmement bien rendu dans ce roman de moins de 200 pages.

Monroe ? un suicide accidentel en 1962 à 36 ans.

Lombard ? morte à 33 ans dans un accident d’avion en 1942.

Harlow ? morte en 1937 à 26 ans de… de quoi au juste ?

Ce que nous fait comprendre l’auteur, avec une douceur teintée de cynisme, c’est la stupidité de cette mort et l’absurdité de la vie de Jean Harlow.

Au fil des pages, on suit cette petite gamine qui se mue en bombe sexuelle, toute en chevelure et en poitrine. On la suit avant même qu’elle ne devienne Jean Harlow, on suit le cinéma qui naît presqu’en même temps qu’elle (en tout cas elle partage son année de naissance avec celle du premier studio installé à Hollywood).

De la gloire en pleine lumière, on peut tout connaître. Ce que Detambel reconstitue à la perfection, c’est le côté sombre : la mère possessive, intrusive, jalouse, toxique, et l’amant de cette dernière, un sicilien proche de la mafia qui passe son temps à lui réclamer de l’argent.

Les mariages « fuites », le premier, à 16 ans, qui dure 3 mois. Le second, un vrai désastre, avec un type de 20 ans son aîné, atteint d’hermaphrodisme. Lorsqu’elle le découvre et éclate de rire le soir de la nuit de noce, il s’acharne sur elle, avant de se suicider quelques mois plus tard.

Alors sa mort, d’une crise d’urémie ? À la suite des coups portés par ce mari éphémère, en tout cas, mal soignés. Aggravés par une infection rénale. Ajoutez à cela une mère, adepte de la « Science chrétienne » et pour qui la maladie n’existe pas, et qui refusera quasiment jusqu’au bout de la faire soigner. Il faudra que William Powell et Clark Gable interviennent pour la faire admettre – trop tard – à l’hôpital.

Platine, avec efficacité, sobriété et douleur, c’est l’histoire de ce gâchis.


On referme ces deux livres avec exactement les mêmes sentiments : d’une part l’étonnement émerveillé devant ce que ces deux auteurs nous offrent, une émotion intense en seulement quelques pages, d’autre part, cette impression un peu nauséeuse d’avoir assisté à deux sacrifices humains.

Vous voulez revivre l’âge d’or du cinéma et son « intolérable cruauté » en un temps record ? Lisez Le Sourire de Gary Cooper, lisez Platine.

Autres lectures – juillet / août

Pour finir, voici un petit point (que j’espère systématiser tous les deux ou trois mois, si j’arrive à maintenir mon rythme de lecture) sur ce que j’ai pu lire cet été :

 

  • début juin, j’ai tenté de relire L’Iliade. Malgré la beauté du texte, trop de scènes de batailles à mon goût.
  • relecture du premier volume de Harry Potter en VO.
  • un roman historique : Moi, Médicis, de Matteo Strukul, agréable mais pas transcendant.
  • La Marche du mort, de Larry McMurtry, une vraie belle découverte que je dois à un collègue profdoc, Johann Jambu : l’ouest américain, des Texas rangers et des comanches, dépaysement total.
  • les deux derniers de mon chouchou : Zafón, Le Prisonnier du ciel (pas mal) et Le Labyrinthe des esprits (apothéose !)
  • tout un tas de lectures sur Paris au cinéma et Paris en littérature pour les hors-série de cet été
  • mon coup de coeur de juillet, L’art de la lecture, dont j’ai déjà parlé
  • les deux petits livres dont parle cet article
  • Les Guerres de religion (1559-1629) de Nicolas Le Roux, un pavé hyper érudit, parce que j’aime beaucoup cette période historique
  • Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel, des enquêtes policières steampunk dans le Paris du 19e siècle
  • Et moi, je vis toujours : mon premier D’Ormesson, pas très convaincant au début, fabuleux quand on parvient à entrer dedans au bout de quelques pages et qu’on le laisse nous raconter l’histoire.

Voilà pour ces quelques lectures, puisque fin août, je n’avais pas fini le dernier livre de ma liste.

J’espère vous avoir donné envie d’en lire quelques-uns.

Bonne reprise à tous et rendez-vous fin septembre pour l’article #profdoc !

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