Etiquette d'archives: lecture

Rêveries de figurants solitaires

Je publie ce premier compte-rendu de lecture 2018 avec un peu de retard, et dans le désordre.

Depuis début janvier, en effet, j’ai lu ou parcouru cinq livres consacrés au cinéma, et j’en ai encore un en attente, une publication plus ancienne, sur un univers de série télévisée.

Pour respecter mon ordre de lecture, il aurait fallu que je commence par des publications datant d’octobre 2017, puis de novembre, et enfin de janvier 2018.

Si j’ai souhaité commencer par mes dernières lectures, ce n’est pas seulement parce qu’elles me demandent moins d’effort de mémoire, c’est aussi parce que les deux ouvrages se ressemblent beaucoup, et pourtant ils ne m’ont pas du tout laissé la même impression.

Seconds rôles et figurants

On les voit partout et parfois, dans le meilleur des cas, on connaît leur nom. Même si je les mets, par facilité, dans le même panier, il y a un fossé (ou un chemin) énorme qui sépare le second rôle du figurant.

Le second rôle, même sans le connaître, lorsqu’on va le retrouver d’un rôle à l’autre, va nous faire dire : « oui, c’est celui qui joue untel dans tel film », ou encore, en discutant avec des amis : « j’adore l’infirmière de James Stewart dans Fenêtre sur cour » (sans savoir à ce moment là qu’elle joue aussi aux côtés de Bette Davis dans All about Eve).

C’est aussi en s’intéressant d’un peu plus près aux seconds rôles, qu’on se rend compte que certains sont toujours abonnés aux mêmes rôles, ou que Agnès Moorehead, qu’on a vu toute notre enfance dans Ma sorcière bien aimée, a joué dans les premiers films d’Orson Welles et dans Les Passagers de la nuit, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart.

Bref, le second rôle est un visage connu.

Et le figurant ? Peut-être un visage connu en devenir… Johnny Hallyday a bien commencé par jouer l’un des gamins du pensionnat dans Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, et on ne fait que l’apercevoir.

Vous le voyez, le petit blond derrière Simone Signoret, avec déjà une coupe de cheveux bien à lui ? Voilà un instant qui a dû faire le bonheur de quelques archéologues du cinéma quand ils l’ont déniché…

Pourquoi ce long préambule ? Parce que mes deux lectures évoquent des figurants qui le sont restés, qui n’ont pas atteint la marche des deux répliques au détour d’une porte, voire de la consécration du second rôle (pour ne rien dire du premier).

Au-delà de ce point commun, les deux ouvrages ont aussi comme caractéristiques similaires :

  • le fait d’être tout deux des romans
  • un narrateur interne (troisième personne pour le premier livre, première personne pour le second)
  • un personnage hyper cinéphile
  • un promeneur parisien amoureux du détail.

Et pourtant c’est bien là leurs seules ressemblances.

Éternel figurant cherche place dans le monde

Si jamais il souhaitait déposer une petite annonce – et si jamais c’était quelque chose qui se faisait encore – voilà ce que cette dernière pourrait dire : « éternel figurant cherche place dans le monde ».

C’est ainsi que je vois le personnage principal de Microfilm (écrit sur la première de couverture en minuscule) d’Emmanuel Villin, publié en janvier 2018 chez Asphalte éditions.

Microfilm, c’est aussi bien un objet / des objets (le contenu de la statuette tant convoité dans La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock – et pourtant on ne saura jamais ce qui figure dessus), que le propos du livre, tout entier captivé par des « micro films », des « micro – instants », des détails.

Le personnage principal, figurant de métier et évidemment anonyme, échoue lors d’un casting, se voyant décrit ainsi par la directrice « Physique quelconque, visage commun ».

Durant des démarches pour trouver un nouvel emploi, sous prétexte qu’il a un temps travailler pour une revue de cinéma étudiante appelée « Microfilm », on l’envoie en tant que spécialiste en microfilms auprès d’une obscure « Fondation pour la paix continentale ».

Sur cette fondation, ni le personnage principal, ni le lecteur ne comprendront quoi que ce soit, et puisque la visionneuse à microfilms restera inusitée durant tout le roman, on ne pourra que suivre dans un dédale absurde ce figurant qui reste figurant dans le monde réel.

Qu’il traverse imperturbablement Paris en vélo (sauf quand il découvre ce dernier vandalisé), qu’il échoue de salles d’exposition en brasserie, ou qu’il passe ses journées sur internet ou à tester différentes marques de stylos, ou qu’il doive sans raison se rendre au Portugal pour une soit-disant mission, tout lui échappe, et à nous aussi.

Le fait que sa voix se fasse entendre à la troisième personne rend la distance encore plus grande, tout comme son anonymat. On le suit, d’abord avec intérêt, curiosité, puis on finit (en tout cas moi) par osciller entre curiosité et agacement.

Certains apprécieront de se voir ainsi guidés par l’auteur puis perdus, déambulant dans cet univers où tout est si détaillé (du trajet en métro au langage HTML) mais où rien n’a de sens.

Et il est vrai que si le livre m’a quelque peu déroutée, et si le style, prompt à décortiquer chaque menu japonais et chaque voltage de visionneuse, m’a parfois prise de court, j’ai été sensible à cette absurdité, et à l’ironie que l’on sent poindre derrière chaque phrase.

C’est cependant un texte beaucoup plus mélancolique et nostalgique que j’ai préféré ce mois-ci, et dont je vais maintenant vous parler.

Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants

Il s’agit de mon premier coup de coeur de 2018, un vrai beau livre, tout en sobriété et en retenue, avec derrière chaque mot quelque chose de magique, une révélation.

Certes, le sujet avait tout pour retenir mon attention : le narrateur, qui cette fois s’exprime à la première personne, est figurant sur le tournage de Baisers volés, de François Truffaut. Il y rencontre Judith, apparition blonde et fugace, elle aussi figurante, qui n’en finira pas de lui échapper.

Quarante-cinq ans plus tard, il essaye toujours de retrouver cette silhouette évanouie, déambulant lui aussi dans Paris, tentant, à coup de photogrammes et de visionnage frénétique du film – arrêt sur images – de reconstituer ses souvenirs et de retrouver cet amour perdu qui correspond si bien à la chanson de Trenet qui ouvre le film.

Ce livre magnifique, simple, évident, c’est Le Figurant de Didier Blonde, publié dans la collection Blanche chez Gallimard.

J’ai dévoré ses 150 et quelques pages en deux jours, et j’ai suivi avec plaisir ce narrateur dans ses promenades sur les lieux du tournage, les cafés, les rues, la place de Clichy et ses alentours, le cimetière Montmartre (mais est-ce vraiment lui ?), dans ses recherches et ses reconstitutions.

À un moment, j’ai été prise de doute : et si tout cela était réel ? et si tout cela était faux ? qu’en était-il vraiment ? C’est bel et bien dans les rêves mouvants que Didier Blonde nous conduit.

J’ai voulu vérifier que la jeune fille blonde existait vraiment, et qu’elle apparaissait bien à l’instant où l’auteur l’avait fait apparaître.

Sans doute était-ce là le point de départ, ce qui l’avait marqué dans ce film, car même s’il a fini par donner une identité à Judith, une carrière, s’il a voulu étoffer un peu le rôle de la figurante, on continue à douter, et on ne fera que douter du début à la fin : est-ce réel ? est-ce inventé ?

Didier Blonde a réveillé chez moi des souvenirs et des bonheurs, essentiellement truffaldiens.

Il m’a poussé, certes, à revoir ces scènes de Baisers volés, qu’il évoque dans Le Figurant, mais dont tout cinéphile averti se souvient.

Il m’a fait m’interroger : quelles scènes, même sans les avoir vu de l’intérieur, avais-je retenu de Baisers volés ? Certainement celle avec Delphine Seyrig, à laquelle Blow Up a récemment rendu hommage :

Pour finir, j’ai vu passer un bon lot d’articles consacrés au livre de Didier Blonde, tout aussi élogieux les uns que les autres, et je ne voulais ni trop tarder, ni être en reste, car c’est vraiment l’un des plus beaux livres sur le cinéma, et l’un des plus beaux romans, que j’ai pu lire.

Et depuis que je guette des ouvrages sur le cinéma, depuis que je scrute non seulement les documentaires, mais aussi les fictions qui abordent ce thème, c’est avec Londres après minuit, Un renoncement, ou plus récemment The Freak, la plus belle découverte parmi mes lectures…

Cela m’a encore inspiré une attitude tout à fait truffaldienne, car je sais qu’il en avait l’habitude : celle de racheter et d’offrir les livres qu’on aime à notre entourage.

C’est donc tout naturellement que j’ai racheté en deux exemplaires Le Figurant, et c’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai trouvé Microfilms, son voisin immédiat dans la librairie où je vais régulièrement…

Pour toutes ces raisons, je voulais parler sans plus tarder de ces deux livres, si ressemblants et si différents, mais qui, chacun à leur manière, ont ouvert l’année 2018 de mes lectures cinéphiles, une année des plus prometteuses !

Sur ce, je vous souhaite d’aussi belles lectures que les miennes et vous dis à bientôt, sur Cinephiledoc !

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2017 : Palmarès de lecture

Avec un peu de retard, je suis de retour sur le site pour vous souhaiter une excellente année 2018 et faire un petit point rapide sur mes lectures cinéphiles de 2017.

J’en profite également pour dire que j’ai déjà au moins trois livres bien sympathiques dont je pourrai vous parler dans les prochains articles cinéphiles sur #Cinephiledoc.

Un autre petit mot concernant le site : il reste encore quelques couacs, concernant l’intégration de ressources, des partages d’images, et aussi l’apparence de #Cinephiledoc, ils seront résolus d’ici le mois de mars, quand j’aurai un peu plus de temps à y consacrer.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

C’est la première année que je le publie aussi tard, car j’hésitais à l’associer aux premières lectures de 2018…

Voici d’abord un état chiffré des lectures 2017 :

  1. janvier-février. 6 lectures, les Comment des éditions 404, et les deux sorties de janvier de Akileos, Le Parrain et Les Sept samouraïs
  2. mars.  1 lecture : La Parole du muet (tome 1)
  3. avril. 2 lectures : le catalogue d’expo de la Cinémathèque, Enfance et cinéma et l’ouvrage Hommage aux studios Ghibli : les artisans du rêve.
  4. mai. 2 lectures : Disney graphics : l’univers décrypté en infographies et Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes.
  5. juin. 1 lecture : le dernier volume d’Enrico Giacovelli sur le cinéma comique américain.
  6. septembre. 2 lectures : Les Mains au cinéma et le nouveau Gastronogeek sur les séries.
  7. octobre : deux lectures. Les deux sorties Akileos du moment : Rio Bravo et Retour vers le futur.
  8. novembre : deux  lectures. Akileos, toujours : Le Voyage de Chihiro et Blade runner.
  9. décembre : deux lectures. Le dernier Akileos de 2017 sur Star Wars et Faire des sciences avec Star Wars de Roland Lehoucq.

Au total 20 lectures, avec beaucoup de choses que j’ai pu retrouver d’une lecture à l’autre (pas forcément des lectures qui se démarquent, se détachent sur l’ensemble).

J’ai accordé cette année beaucoup d’importance aux petites collections que je commence à vraiment apprécier, et on y retrouve souvent les mêmes genres cinématographiques. Cependant, pour les curieux, voici ce qu’on peut retenir.

Palmarès 2017

Les petites collections qui montent…

Cette année aura été placée sous le signe de la maison d’édition Akileos, dont j’ai lu chaque opus successif : 7 lectures, au total.

Il y a aussi les petits « Comprendre » des éditions 404, mais leur parution ne s’est pas étalée sur toute l’année, et un bref coup d’oeil sur leur site internet m’a permis de constater que je n’avais pas manqué une sortie absolument indispensable ces derniers temps.

Donc la petite collection qui se démarque cette année, c’est encore une fois Akileos, avec une mention particulière pour leur ouvrage sur Rio Bravo, qui était absolument parfait !

Il y a aussi la collection Détails des éditions Aedon – La Septième obsession, mais, comme pour les éditions 404, pas de nouvelles publications annoncées prochainement dans cette maison d’édition. On en reste donc au curieux et néanmoins très agréable Les Mains au cinéma, même si depuis novembre, est sorti un ouvrage visiblement assez prometteur sur Le thriller érotique

Univers d’enfance au cinéma

Voici un thème qui a parcouru au moins cinq de mes lectures cette année, avec une prédominance certaine de l’univers Ghibli.

Je laisse de côté le catalogue de la Cinémathèque, qui m’avait quelque peu déçue, tout comme le Disney Graphics.

J’ai suffisamment parlé d’Akileos pour ne pas avoir à revenir sur l’ouvrage consacré au Voyage de Chihiro, c’est donc à l’Hommage aux studios Ghibli : les artisans du rêve, que j’accorde ma préférence, tant pour la qualité de son analyse que pour sa mise en page soignée et qui rend tout à fait justice au foisonnement et à la beauté des studios.

Sur les quatre lectures, une seule donc à retenir à tout prix : celle co-éditée par Ynnis et Animeland.

Retrouvailles avec le cinéma comique

Je clos ce palmarès (même si je n’ai pas évoqué tous les livres et même si ceux laissés de côté sont loin de m’avoir déçue) par l’ouvrage d’Enrico Giacovelli, que j’ai longtemps attendu.

C’était mon petit bonheur de l’année de retrouver cet auteur, sa passion pour le cinéma comique, lui qui m’avait fait découvrir tout un univers que j’ignorais.

Et même si cette joie a été quelque peu assombrie par le projet de Giacovelli de réduire son panorama à ce dernier tome, j’ai été très heureuse de finir de partager cet univers avec lui.

Bilan

Voilà pour ce palmarès avec aussi trois constats :

  1. beaucoup moins d’ouvrages sur les séries télévisées cette année. Il est vrai qu’hormis l’excellent Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes, de Ioanis Deroide, et le Gastronogeek, je n’ai rien vu qui ait su retenir mon attention…
  2. presqu’aucune fiction, hormis la bande dessinée La Parole du muet. J’ai guetté toute l’année sans succès un écrivain qui puisse me parler de cinéma, et je n’ai pas réussi à trouver d’aussi bons livres que les années passées, en tout cas rien qui mérite de s’y arrêter…
  3. et cette année, j’ai fait dans le « léger », donc le petit livre, aussi agréable à lire que facile à transporter, en m’attardant moins sur ce qu’on appelle communément les « beaux livres »…

Pour 2018, donc, j’ouvrirai l’année des comptes-rendus avec :

  • un beau livre
  • un roman et une autobiographie
  • et éventuellement un livre consacré à des séries télévisées.

D’ici là, je vous souhaite à nouveau une belle année, et je vous mitonne pour très prochainement un site avec moins de couacs et le prochain article #profdoc.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

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Humeur #StarWars côté lectures

Comme promis dans l’article précédent, j’évoquerai ce dernier compte-rendu de lectures de 2017, la date oblige, quasi exclusivement à des ouvrages consacrés à l’univers de Star Wars.

Message personnel

Je commencerai par une pensée solidaire et émue au Crime de l’Orient-Express, qui sort le même jour en France que l’épisode VIII de la saga…

J’ai essayé ces derniers temps d’imaginer avec mes amis ce que pourrait être la découverte pour le réalisateur, Kenneth Branagh, de la date de sortie, lors d’une conversation par exemple avec des producteurs (ou en tout cas les personnes qui gèrent le calendrier des sorties en salles) :

« Bon Kenneth, on a revu le calendrier. En France, ton film sortira le 13 décembre…

_ Ok, ce n’est pas loin des fêtes, les Français aiment bien les films avec plein de stars…

_ Le même jour que le dernier Star Wars

_ Noooooooooooonnnn ! (hurlement de désespoir) »

Bref, même si je déteste ce qu’il a fait à la moustache d’Hercule Poirot, j’irai voir (pas forcément le 13 décembre – et Star Wars non plus d’ailleurs) Le Crime de l’Orient-Express.

Qui sait, peut-être cette adaptation égalera-t-elle celle de Sidney Lumet, où figuraient notamment Lauren Bacall, Sean Connery, Jean-Pierre Cassel ou encore Anthony Perkins…

Mais revenons-en à Star Wars.

Le dixième et pas le moindre

Une fois encore, l’une des deux lectures que je vais évoquer ici est issue de la maison d’édition Akileos.

Après cette année Rio Bravo, Retour vers le futur, Le Voyage de Chihiro et Blade Runner, comme une apothéose, les éditions Akileos proposent pour finir l’année et comme dixième numéro de cette collection « BFI : Les Classiques du cinéma », un petit ouvrage consacré à Star Wars.

Évidemment, je ne dirai pas que ce dernier opus est le meilleur de toute la collection (mon plus beau souvenir restant la lecture du numéro 7, consacré à Rio Bravo). Mais ce numéro 10, qui revient principalement sur la genèse et la réalisation de ce qui deviendra l’épisode IV, est à la hauteur de l’ovni cinématographique que Star Wars continue de représenter.

L’homme qui voulait être Han Solo et qui devint Dark Vador

Le livre en question est l’oeuvre de Will Brooker, un universitaire anglais, qui a consacré plusieurs articles et ouvrages à la culture populaire, notamment Batman, Blade Runner, Alice au pays des merveilles, et bien-sûr Star Wars.

Il a été traduit et publié par Akileos en septembre 2017 (il était donc temps que j’en parle).

Après une introduction où l’auteur évoque le manque de travaux universitaires et d’essais sur Star Wars (et le manque de crédibilité que la saga suscite chez les critiques de films, mais aussi le mépris et la condescendance qu’elle provoque chez ce même public), il concentre son propos principalement sur son réalisateur, George Lucas.

Réalisateur certes, mais aussi producteur, et finalement créateur d’un univers qui égale en complexité ceux de Tolkien ou de George R.R. Martin…

Désormais, à chaque fois que l’on va me parler de George Lucas, je vais avoir en tête la vidéo où Carrie Fisher lui rend hommage, avec un humour irremplaçable :

Le propos est le même, ou presque, dans l’ouvrage de Will Brooker.

Ce dernier revient sur les années de formation de Lucas, sur son ambition d’inventer un autre cinéma, un cinéma expérimental, de nouvelles formes, et de se libérer du carcan commercial d’Hollywood.

Star Wars, c’est l’histoire d’un introverti agoraphobe et psychorigide (une sorte de « control freak ») qui voudrait être tout le contraire.

Star Wars, c’est l’histoire d’un réalisateur qui voudrait être le Godard américain (ouf, on l’a échappé belle !) et qui se retrouverait, imaginons, à réaliser La Grande Vadrouille. C’est l’histoire d’un homme qui voudrait incarner la rébellion et que son besoin de contrôle et son idéal d’ordre conduisent du côté obscur, du côté de l’Empire.

Bref, Star Wars, c’est l’histoire de quelqu’un qui voulait être Luke Skywalker, ou encore mieux, Han Solo, et qui se retrouve sous le casque de Dark Vador.

Voilà le portrait proposé par Will Brooker, étayé de souvenirs de tournage, d’archives et d’interviews.

On oscille en permanence, du coup, durant cette lecture, entre le rire et la compassion. Vous êtes un réalisateur formé, avec toute votre petite bande de copains, Coppola, Spielberg, au cinéma et bercé par la Nouvelle vague, vous rêvez de révolutionner le genre et la forme, et vous réalisez Star Wars.

La note d’espoir sur laquelle l’auteur clôt son livre, c’est qu’une fois la saga complète (mais le sera-t-elle jamais ?) George Lucas puisse enfin réaliser son rêve de cinéma expérimental.

En attendant, il faudra encore et toujours persuader les condescendants que George Lucas reste un artiste et un créateur d’univers, même si, à ceux-là, on ne peut plus envoyer Carrie Fisher, malheureusement…

Et si certains en doutent encore, qu’ils se penchent sur ma deuxième lecture. Si elle ne leur ouvrira peut-être pas les yeux, elle leur donnera du grain à moudre !

De l’histoire, de la mythologie, de la philosophie, et des sciences…

Lors de la sortie en salle de l’épisode VII, en décembre 2015, les ouvrages et les hors-séries de revues avaient abondé sur Star Wars, certains consacrés aux personnages, d’autres revenant sur le tournage, sur les influences de George Lucas, sur les questionnements philosophiques, sur les personnages…

Voici la photo d’une exposition Star Wars que j’avais faite au CDI à ce moment-là, et à l’occasion de laquelle j’avais rapporté de chez moi une sélection de livres et de magazines.

Évidemment, depuis, la liste des ouvrages consacrés à la saga s’est allongée, et tout n’est pas forcément intéressant ou à portée financièrement… Comme tout univers en développement, on ne cesse de proposer au lecteur le « guide final », l’ouvrage « ultime » qui l’accompagnera, au moins jusqu’au prochain volet.

Ce qui m’a intéressée dans l’ouvrage que j’ai choisi pour achever cette année de lectures 2017, c’est que je connaissais déjà certains travaux de l’auteur. Je savais aussi qu’il proposerait à la littéraire que je suis, un éclairage particulier sur Star Wars, intéressant et à ma portée.

Il s’agit de : Faire des sciences avec Star Wars, de Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA, et qui ne se contente pas de nous faire découvrir sous cet angle l’univers de Star Wars, mais qui est également connu pour ses conférences sur Interstellar, Seul sur Mars ou encore Tintin.

Dans ce petit livre de quelques 160 pages, il décrypte pour nous des éléments bien connus de l’univers Star Wars : la force, les sabres lasers, les blasters, l’étoile de la mort… pour ne citer que les premiers sur lesquels il s’attarde.

Pour chaque élément, il étudie les influences scientifiques et la faisabilité : peut-on fabriquer un sabre laser ? quelle est la taille de l’étoile de la mort ? comment peut-elle générer autant d’énergie pour détruire une planète ?

Certes, en bonne littéraire, je ne retiens pas forcément tout du propos de Roland Lehoucq, mais ce qui m’a amenée à le lire, c’est d’abord ma curiosité, et aussi ses talents de conteur et de vulgarisateur.

Cet ouvrage m’a permis d’apprendre et de comprendre des concepts scientifiques par le biais de Star Wars, mais c’est aussi un prétexte pour moi d’élargir mon propos.

Car s’il est agréable à lire, Roland Lehoucq est aussi captivant à écouter, et je vous recommande n’importe laquelle de ses conférences (au hasard je mets ci-dessous celle sur Interstellar).

En guise de prolongement et de conclusion…

Puisque nous sommes sur YouTube, restons-y (et cela me permettra d’évoquer tout autre chose que Star Wars et de vous souhaiter de bonnes fêtes en avance, par la même occasion) : ce mois de décembre, la chaîne The Chaplin Films propose un abécédaire Chaplin en anglais et en français.

Chaque jour vous pouvez retrouver deux mots dans une courte vidéo ainsi que des extraits des films de Chaplin illustrant ces mots.

C’est donc avec A comme Amour (si c’est pas mignon) que je vous laisse :

Je publierai le dernier article #profdoc de l’année le 22 décembre, et j’attendrai début janvier 2018 pour faire le palmarès des lectures de 2017.

D’ici là, bonnes lectures, bons films, belles vidéos, et à très bientôt sur Cinephiledoc.com !

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Hors-série 1 : voyages en cinéma

Voici, après quelques semaines de tergiversations, le premier hors-série de l’été 2017 de Cinéphiledoc. Je ne ferai cet été que deux hors-série, celui-ci, et un autre qui paraîtra aux environs du 20 août.

Les années précédentes, je m’y prenais toujours relativement en avance pour choisir une thématique de hors-série pour tout l’été : j’ai évoqué les enfants parlant de leurs parents célèbres, les romans sur le cinéma, puis les liens entre cinéma et autres arts ou disciplines, le cinéma dans différents pays, et enfin l’an dernier, certains couples mythiques du cinéma.

Cette année, je reprends un thème que j’apprécie beaucoup : comment le cinéma nous permet de nous approprier des lieux que nous n’avons pas encore visité, ou, lorsque nous les avons déjà visité, de nous en souvenir.

Plus simplement : comment le cinéma nous fait voyager.

Histoire d’une thématique glissante…

Cette année, mes pas (et un avion) m’ont portée jusqu’à Bergen. Sandrine Duquenne (@spdocs) me conseillait donc de faire un hors-série sur la Norvège au cinéma.

Problème : hormis peut-être un ou deux films dont je reparlerai plus bas, je ne connaissais aucun film évoquant la Norvège.

Je me suis alors penchée sur les films et les séries évoquant la culture scandinave, et plus précisément les vikings. J’ai lu le très beau livre de François Amy de la Bretèque, Le Moyen-âge au cinéma, dans lequel il revient notamment sur le film Les Vikings, avec Kirk Douglas, mais aussi sur l’un de mes films scandinaves préférés : Le Septième sceau de Bergman.

J’en profite pour dire que j’adore cette collection sur le cinéma proposée par Armand Colin…

J’ai parcouru l’ouvrage en anglais The Vikings on film : essays on depictions of the nordic middle ages, dirigé par Kevin J. Harty. Un ouvrage des plus complets et érudits (avec une pointe d’humour) et allant jusqu’à évoquer Astérix et les Normands

Le principal souci pour la plupart des films regroupés dans ces deux ouvrages (a fortiori pour le deuxième) était que je n’en avais pas vu la moitié.

J’ai donc décidé de faire encore glisser ma thématique en vous proposant deux présentations sur les films et les séries télévisées faisant voyager le spectateur, le tout ponctué de quelques photos de Bergen et de quelques extraits de films.

Pour ces deux présentations, j’ai utilisé Genially. Comme j’ai déjà beaucoup parlé sur ce blog de l’Italie et de l’Espagne (en gros de l’Europe du sud), en hommage à l’enseignante de prépa qui m’a fait détester la géographie mais m’a rendue curieuse en me donnant un cours d’une année entière sur les pays de la mer Baltique, je me concentrerai sur cette partie du nord de l’Europe, en l’élargissant juste un petit peu par endroit…

Un dernier mot, pour la réalisation de ces présentations, j’ai été inspirée par cette infographie :

https://geediting.com/blog/most-iconic-book-set-in-every-country/

Si je me concentre pour l’instant sur l’Europe, j’ai bon espoir de pouvoir vous proposer un de ces jours les équivalents pour les autres continents.

Cinédépayse Europe

Dans la présentation ci-dessous, en cliquant sur le nom du pays, vous trouverez le film qui a retenu mon attention.

Comme indiqué plus haut, je ne détaille pas plus les pays du sud de l’Europe, je me concentrerai sur les pays du nord dans mes descriptions et dans les ajouts de vidéos…

(j’en profite pour indiquer que je ne prends pas en compte l’Europe politique sur cette carte, et oui, il y a la Russie, parce que j’arrête l’Europe à l’Oural, parce que la carte que j’ai choisie était comme ça, et parce que je voulais absolument caser Le Docteur Jivago)

Commençons d’ailleurs par ce dernier !

  • Russie : Le Docteur Jivago (1965), réalisé par David Lean, avec Omar Sharif, Julie Christie et Géraldine Chaplin. J’ai toujours trouvé ce film merveilleux, moins pour l’histoire d’amour d’un type incapable de se décider entre deux femmes, et dont le caractère est relativement exaspérant, que pour la peinture de la Russie (paysages et politique) entre 1913 et les années 1950.

  • Pologne : Le Pianiste (2002) de Roman Polanski. Ce film est bouleversant, et il est porté par un Adrien Brody impeccable. Il raconte l’histoire du pianiste juif polonais Władysław Szpilman et sa survie dans le ghetto de Varsovie pendant la seconde guerre mondiale.

  • Allemagne : La Vie des autres (2006) de Florian Henckel von Donnersmarck. Le film réunit tout ce que j’apprécie dans un film : un scénario intelligent, des personnages attachants, une histoire captivante : en 1984 à Berlin-Est, Gerd Wiesler, capitaine de la Stasi — au matricule « HGW XX/7 » dans cette police secrète de la RDA — se voit confier la tâche de surveiller le dramaturge Georg Dreyman.

  • Suède : Le Septième sceau (1957) de Ingmar Bergman. Un film qui a considérablement aidé à ma fascination pour les échecs, même s’il n’a en rien amélioré mon jeu ! Au 14e siècle, un chevalier et son écuyer, après dix ans passés aux croisades, sont de retour en Suède où fait rage une épidémie de peste. Sur une plage déserte le chevalier rencontre la Mort et lui propose une partie d’échecs afin de retarder l’échéance, le temps de trouver des réponses à ses problèmes métaphysiques.

  • Norvège : Nos meilleures années (2003) de Marco Tullio Giordana. Et là vous allez me dire que je triche. Oui, la majeure partie du film se déroule en Italie, et j’aurais très bien pu utiliser ce film pour l’Italie, justement. Mais dans Nos meilleures années, qui évoque l’histoire de deux frères, Matteo et Nicola, et leur famille, entre 1960 et les années 2000, c’est en Norvège que décide de se rendre Nicola à la fin de ses études, allant jusqu’au Cap Nord. Et ce film est pour beaucoup dans mon envie depuis longtemps de découvrir ce pays.

  • Danemark : L’Étau (1962) d’Alfred Hitchcock. J’étais étonnée de trouver parmi les films que j’ai pu voir l’un d’eux se déroulant au Danemark. Mais L’Étau, cette histoire complexe d’espionnage en pleine crise entre les États-Unis et Cuba, a bien quelques scènes à Copenhague, avant de nous faire voyager entre États-Unis, Cuba et France. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, je vous recommande le film, et son casting impressionnant.

  • Royaume-Uni : The Queen (2006) de Stephen Frears. Et oui, j’ai prévenu que j’élargissais l’Europe du Nord. Mais j’aurais pu aussi mettre Le Discours d’un roi, qui est tout aussi parfait comme film à l’anglaise.

  • Irlande : Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick. Je termine ce petit panorama par l’Irlande, avec ce film de Kubrick dont j’ai déjà abondamment parlé sur ce blog, et qui lui aussi nous fait bien voyager, de l’Irlande à l’Autriche et à la Prusse, puis à l’Angleterre.

Petit ajout (10 août 2017)

Après une conversation avec des amis sur les zombies au cinéma (auxquels Blow Up a d’ailleurs consacré une vidéo), je me suis souvenue d’un film se déroulant en Norvège. Je ne m’en étais pas souvenue et ne l’avait pas mentionné parce que ce n’est pas le genre de film dont je suis familière.

Il s’agit de Dead Snow, film norvégien sorti en 2009. J’ai déjà consacré un article aux vampires au cinéma, je m’y connais moins en matière de zombies, même si j’ai beaucoup aimé un film comme World war Z, ou un nanard comme Cockneys VS Zombies, ainsi qu’une série comme IZombie. Ce qui m’a fait apprécié Dead Snow, c’est sa composante humoristique, et son regard comique sur le déroulé d’un film d’horreur.

Un groupe d’étudiants en médecine décide de passer les vacances de Pâques dans un chalet perdu au milieu des montagnes. Très vite, ils se retrouvent confrontés à des soldats zombies de la Seconde Guerre mondiale victimes d’une malédiction, et les étudiants vont devoir se muer en combattants pour leur propre survie.

… à découvrir ou à redécouvrir !

Voilà pour ce petit tour d’horizon, je vous laisse vous balader seuls dans le reste de l’Europe si le coeur vous en dit, passons maintenant aux séries, pour lesquels le choix a été parfois plus difficile, et parfois plus restreint…

Sériedépayse Europe

Voici déjà la présentation :

Évidemment, pour certains pays, j’ai dû un peu tricher, mais j’ai eu aussi quelques petites surprises. Pour éviter de surcharger l’article en vidéos, voici donc un petit aperçu de ce qu’il y a sur la carte (à enrichir, je suis preneuse de toutes les idées) :

  • France : Kaamelott (je triche, c’est censé se dérouler en Bretagne – donc en Grande-Bretagne – et comme vous le savez, comme la Bretagne est une île, les ennemis arrivent par… milliers).
  • Royaume-Uni : pas moyen de me décider entre Downton Abbey et The Crown, et un bon petit lot d’autres séries historiques…
  • Italie : The Borgias. Attention, pas la merde produite par Canal +, mais la série produite par Showtime avec Jeremy Irons dans le rôle du Pape. À voir aussi : la série Les Médicis, avec Dustin Hoffman dans le rôle de Côme l’Ancien.
  • Croatie : Game of Thrones. Oui, j’ai dit que j’avais triché, mais Dubrovnik en Croatie a été utilisé comme l’un des lieux de tournage pour Port-Réal, donc bon…
  • Allemangne : Deutschland 83 : l’une des séries qui est encore sur ma liste des « à voir ».
  • Danemark, là c’est la surprise : Rita. Une série danoise savoureuse (disponible sur Netflix) sur une prof complètement déjantée. Et ça donne aussi un aperçu assez sympa du système éducatif danois.
  • Norvège et Suède (j’ai regroupé pour faire bonne mesure) : Vikings. J’avais adoré les premières saisons de cette série historique, en particulier le personnage de Lagertha. Il faudrait que je prenne le temps de continuer…
  • Islande. À nouveau une petite triche, pour caser cette fois-ci Sense8, la géniale série des soeurs Wachowski. Certes, ça ne se déroule pas exclusivement en Islande, loin de là, et ne cherchez pas, c’est impossible à résumer.

Voilà pour ce petit tour d’Europe des séries, j’espère pouvoir en voir d’autres qui me permettront d’enrichir cette carte.

J’espère en tout cas vous avoir donné envie de voir ou de revoir de belles choses, et de faire un petit tour d’Europe de chez vous.

En attendant le prochain (et dernier) hors-série de l’été, je vous laisse avec cette photo de Bergen :

À très bientôt !

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Retour en enfances

Pour ce compte-rendu cinéphile du mois d’avril, je vous propose une exposition, deux livres et un coffret qui ont tous en commun de mettre les enfants à l’honneur.

Contrairement à un précédent article, dans lequel il s’agissait de retrouver, derrière le personnage, l’enfant devenu adulte qui l’avait incarné, ce sont cette fois les visages fictifs qui auront la part belle.

Depuis le 29 mars, en effet, la Cinémathèque française propose une exposition, « Mômes & Cie », et j’ai pris l’habitude d’attendre ces expos avec impatience et de vous en faire un compte-rendu sur ce blog.

 

Pour préparer cette visite – et cet article – je me suis demandée qui incarnait pour moi le mieux un enfant au cinéma. J’ai écarté les grands classiques, non pas volontairement, mais parce que j’ai pu suffisamment en parler dans d’autres articles.

J’ai laissé le Kid avec Charlot, Antoine Doinel avec son copain René, et tous les personnages de dessins animés, pour les retrouver peut-être un peu plus tard.

Et j’ai préféré laisser la place à Toto, qui pour moi reste à la fois l’un des enfants les plus espiègles du cinéma italien, avec sa petite bouille malicieuse, et véritablement l’enfance de ma propre cinéphilie…

Évidemment, c’est toujours particulier d’entendre Philippe Noiret doublé en italien, mais la magie reste la même… Un gamin minuscule, qui aime le cinéma comme un fou, qui nous fait découvrir tout un pan du cinéma international de 1945 à 1980 (je taille large) et qui ne se doute pas de sa propre vocation.

J’ai repensé aussi au film collectif Enfances, sorti en 2007 et racontant l’enfance de six grands réalisateurs (Hitchcock, Bergman, Tati, Renoir, Welles, Fritz Lang)… je me suis dit que j’aimerais qu’un jour, ce petit bijou sorte en DVD…

Fidèle à mon habitude et avec ces visages en tête, je suis allée voir l’expo de la Cinémathèque.

Mômes et Cie

Le matin même du jour où j’avais décidé de respecter cette tradition cinémathécale (adjectif en cours de définition avec Léo Paget), la chronique PopNCo de Rebecca Manzoni sur France Inter, consacrée à E.T., m’avait mise dans le bain.

https://www.franceinter.fr/emissions/pop-co/pop-co-12-avril-2017

J’ai profité d’un temps quasi estival pour venir à cette expo, et en arrivant à Bibliothèque François Mitterrand, j’ai marché jusqu’au parc de Bercy, ce qui m’a permis de tomber directement sur l’entrée de la cinémathèque :

Je n’ai pas pris beaucoup de photos à l’intérieur : comme une friandise, l’exposition se savoure, se déguste avec les yeux, assis ou allongés par terre.

Dans les différentes salles, les différentes émotions de Vice-versa, moins le dégoût et plus le courage. Un grand écran, des décors minimalistes. La première salle dans laquelle on débouche, c’est la Joie, et j’ai été accueillie par le Kid.

Tout de suite on est saisi. Des grandes salles avec les émotions, des plus petites salles annexes avec des photos, affiches, citations. Quelques costumes, comme la robe couleur de lune de Peau d’âne et la robe du magicien du Voyage dans la lune de Méliès. Un Nimbus 2000 flottant dans les airs.

Pour finir une dernière salle, « À vous de jouer », avec un grand mur à crayonner à la craie, Kirikou sortant de la brousse, une lanterne magique, Persepolis à faire défiler.

Simplement, efficacement, cette exposition pour les enfants et ceux qui le sont restés, vous ramènent directement en enfance. Je n’ai pas regretté le voyage, loin de là.

Et cette fois-ci, j’ai cédé à la tentation et ai pris le catalogue de l’exposition.

1001 visages, 1001 prénoms…

Vous me direz, je n’ai pas compté…

C’est un beau livre qui appelle à la nostalgie, ce catalogue d’exposition. Enfance et cinéma : d’Antoine à Zazie a été co-édité par les éditions Actes Sud et la Cinémathèque française, et est paru en mars 2017.

 

L’essentiel de l’ouvrage est pensé comme un abécédaire, qui ne commence pas tout à fait à Antoine et ne finit pas tout à fait à Zazie. Comme de juste pour une publication de la Cinémathèque, il s’ouvre sur une préface de son président, Costa-Gavras, et de son directeur général, Frédéric Bonnaud.

Suivent trois témoignages de cinéastes : Christophe Honoré, Michel Ocelot et Nicolas Philibert, ainsi qu’une très belle citation de François Truffaut, présence tutélaire et indispensable, puisque réalisateur des Quatre cents coups, de L’argent de poche et de L’Enfant sauvage.

Le lecteur ne sera donc pas étonné de retrouver Antoine Doinel – car Antoine ne peut être (presque) que lui – Victor, Julien ou Patrick en tournant les pages…

Quelques impressions au fil des pages…

Retrouver Alexandre, avec son théâtre de marionnettes et sa lanterne magique, son air à la fois lunaire et boudeur, et se souvenir de la découverte pas si lointaine de Fanny et Alexandre, d’Ingmar Bergman.

Voir évoquée la Alice de Alice au pays des merveilles et se dire que, même si chez Tim Burton, c’est Alan Rickman qui fait la voix de la chenille, c’est tout même le Disney que je préfère…

Se dire que c’est logique que ce soit Serge Toubiana qui signe le texte sur Antoine Doinel…

Sourire en lisant le texte de Mathieu Macheret sur le Voyage de Chihiro, parce qu’il fallait bien qu’il y ait un film de Miyazaki dans le lot.

Frissonner en repensant à Sixième sens et à cette réplique mémorable « Je vois des gens qui sont morts ».

Suivre Harry Potter des romans de J.K. Rowling à la saga cinématographique avec Christophe Honoré.

Fredonner « A spoonful of sugar » et espérer que son bureau se range tout seul, comme la chambre de Jane et Michael dans Mary Poppins.

Se rappeler la première fois où l’enfance passe de l’insouciance à l’horreur dans Au revoir les enfants

Avec Charlot, courir sur les toits pour retrouver le Kid, ramassé par les services sociaux.

Revoir Persepolis.

En tombant sur Matilda, croire avoir affaire à l’adaptation du roman de Roald Dahl alors qu’il s’agit d’un film de Paul Newman…

Se remettre du choc de la petite Paulette orpheline de Jeux interdits, et de cette musique hypnotique à la guitare.

Éclater de rire à la mine quelque peu alcoolisée de Petit Gibus dans La Guerre des boutons d’Yves Robert (et pas les remakes ultérieurs).

Voir avec plaisir un film de Wes Anderson représenté : Moonrise Kingdom.

Refermer le livre avec le dialogue entre Gabrielle Sébire, commissaire de l’exposition, et Patrick Bouchain, son directeur artistique.

Que dire de plus ?

Comme la plupart des catalogues d’exposition de la Cinémathèque, il s’agit là d’un très bel ouvrage, pensé comme une galerie de portraits.

Justement, le seul petit regret serait que des photos, j’aurais aimé en avoir plus, et c’est une surprise, cette étonnante sobriété dans un ouvrage sur les enfants au cinéma. Mais c’est un regret qui s’oublie vite, tant le livre suscite en lui-même d’images et de souvenirs…

Il m’a d’ailleurs immédiatement fait penser à un autre ouvrage que je venais d’acheter…

Chihiro, Totoro, Mononoké

La mode est aux documentaires consacrés aux films d’animations, pas seulement en livres, mais aussi en vidéo.

Dans les rayons des librairies, est-ce la célébration d’un anniversaire quelconque, mais on retrouve un certain nombre de livres sur l’univers Disney (et j’espère qu’un jour, Taschen éditera en format poche le très beau livre qu’il a consacré aux archives Disney).

Plusieurs fois, la chaîne Arte a diffusé un magnifique documentaire sur Walt Disney, en deux parties. Je n’ai pas trouvé de vidéo d’extrait, et ce documentaire n’existe (pour l’instant ?) pas en DVD, mais voici le lien vers sa version VOD sur le site de la chaîne :

http://boutique.arte.tv/f10870-walt_disney_deux_parties

Il fallait bien que les studios Ghibli fassent eux aussi l’objet d’un documentaire – même si par le passé, au moins un beau livre consacré à Miyazaki avait été publié.

C’est le cas ici, et je rassure tout de suite les économes, voici qui vous donnera un bel aperçu, exhaustif et à la hauteur, des studios Ghibli.

Hommage au studio Ghibli : les artisans du rêve est un ouvrage collectif publié en mars 2017 et co-édité par Ynnis et Animeland.

Le livre, agréable et coloré, s’ouvre sur les biographies des deux membres fondateurs du studio : Hayao Miyazaki et Isao Takahata.

S’ensuit une présentation succincte mais complète de la genèse de Ghibli et de ses premières oeuvres : Nausicaä et Le Château dans le ciel. Puis l’ouvrage se contente de suivre la chronologie et les productions successives, de manière simple et efficace, avec pour chaque période, une page d’introduction :

Totoro et le Tombeau des lucioles, sortis simultanément, Kiki la petite sorcière, les « années fastes » avec notamment Porco Rosso et Princesse Mononoké, le « sacre de Miyazaki » avec Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant (mon préféré),

la relève puis le retour de Miyazaki avec Le Vent se lève.

Après l’étude des oeuvres les plus récentes, viennent l’interview de trois anciens animateurs des studios, tout un chapitre sur l’univers musical de Ghibli, avec un compositeur emblématique : Joe Hisaishi, des articles qui étudient le style, les personnages féminins, l’univers étendu (musée, exposition, produits dérivés), et enfin une vingtaine de pages d’illustrations hommages.

En 130 pages, ce petit livre réussit avec élégance et virtuosité son hommage à l’univers Ghibli et se révèle un indispensable pour tous les amoureux du studio. Non seulement, il donne envie de revoir tous les films les uns après les autres, mais il n’oublie pas de rappeler l’influence d’un film en particulier sur Miyazaki et Takahata : Le Roi et l’oiseau, de Paul Grimault et Jacques Prévert.

Détail ? Pas si je veux vous toucher un dernier mot d’un coffret déniché dans une de nos grandes enseignes…

Le Roi et l’oiseau, encore et toujours

Le 11 avril, il y a 40 ans, disparaissait Jacques Prévert. Est-ce la raison pour laquelle ce coffret était en vente ? Pas que je sache…

© Gebeka Films

Prévert, c’est l’oiseau, impertinent, qui fait fi de la royauté, poète et libérateur. Le Roi et l’oiseau est sorti deux ans après la mort de Prévert, et il a tout d’une oeuvre testamentaire, prenante, émouvante et inoubliable.

Pour ceux qui souhaiterait découvrir ou redécouvrir l’une des plus belles contributions du poète au cinéma (avec Les Enfants du Paradis), guettez ce coffret, vous y trouverez évidemment le film, des documentaires, la bande originale, des facs-similés, des partitions et l’affiche du film entre autres…

Et pour ceux qui souhaiteraient d’abord en savoir plus, quoi de mieux qu’un numéro de Blow Up :

Espérant avoir réveillé votre âme d’enfant avec toutes ces images, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

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