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Septembre 2026 : séances et animations du CDI

Je vous souhaite à toutes et tous une excellente rentrée scolaire 2026-2027.

Cette rentrée était pour moi pleine d’incertitudes, des incertitudes qui pour certaines étaient partagées avec l’ensemble de mon établissement, voire d’un certain nombre d’établissements des autres académies (accès à l’ENT, organisation de la rentrée), quand d’autres étaient spécifiques à mon lycée et également internes à l’organisation du CDI. 

En effet, j’abordais cette dixième rentrée au lycée avec un nouveau chef d’établissement, et avec la même question qui avait ponctué une grande partie de mon année 2025-2026, à savoir : aurai-je ou non un binôme avec moi pour occuper le poste de Lénaïg ? 

Le doute a seulement été levé au moment de la réunion de pré-rentrée, lorsque j’ai appris qu’un collègue contractuel, Alexis, était affecté sur le poste jusqu’au mois de novembre. J’ai alors été partagée entre le soulagement et la résignation, même si j’ai eu à cœur d’accueillir le mieux possible ce nouveau binôme, dans cette situation si particulière…

Je fais en sorte d’aller de l’avant, même s’il ne se passe pas une journée sans avoir une pensée pour mon binôme de cœur. Néanmoins, les choses se mettent progressivement en place, et je suis contente de retrouver les collègues et les élèves et de pouvoir leur proposer des actions qui, pour certaines, sont guidées par le modèle qu’a constitué Lénaïg pendant les deux mois où je l’ai côtoyée comme coéquipière. 

Cette année, je reprends le même rythme que l’an dernier : lundi, mardi, mercredi, jeudi, et je suis soulagée de garder mon vendredi sans la culpabilité que j’avais l’année passée de laisser le CDI en grande partie fermé aux élèves ce jour-là. Mon binôme est quant à lui présent le mardi, mercredi, jeudi, vendredi.  

Mon article présente les activités menées du 28 août au 21 septembre, et comme j’avais réussi à bien anticiper en juin dernier, la plupart étaient prêtes à être installées (pour les actions et sélections thématiques) ou à être présentées, avec quelques ajustements (pour les séances pédagogiques).

Comme l’an dernier, je commencerai par les actions de communication, puisque je mets surtout l’accent dessus en début d’année, afin de créer une dynamique.

Éléments de rentrée : affichage et communication

Comme j’étais dans l’incertitude de savoir si j’allais ou non être seule cette année, j’avais balisé le terrain et préparé un certain nombre de choses au mois de juin et début juillet. 

J’avais également rangé complètement le CDI avant les vacances, pour anticiper le grand nettoyage fait par les agents au moment des permanences, mais avec les alertes rouges successives, ils n’ont pas pu le faire. 

Je présenterai un peu plus loin les actions de communication régulières (lettre de diffusion, actualités, posts instagram) et me concentre ci-dessous sur les différents éléments de présentation du CDI en début d’année. 

  • présentation générale du CDI

Pour la présentation générale du CDI, j’ai repris la trame proposée l’an dernier par Lénaïg. Si j’avais été toute seule, j’aurais peut-être pu faire un tout nouveau document, mais j’avoue n’en avoir pas eu le temps ni la motivation, et je voulais occuper mon esprit par autre chose.

J’ai donc fait seulement quelques modifications en demandant à Alexis quelques éléments que j’ai ajoutés.

Ces modifications comprennent les horaires du CDI pour la nouvelle année scolaire. 

Une modification importante ne figurant pas sur cette présentation est l’adaptation du CDI à l’interdiction des portables au lycée. Après quelques flottements, nous interdisons la consultation des écrans, mais autorisons les casques et l’utilisation du téléphone pour le travail. 

  • calendrier des animations du CDI

L’autre élément que j’ai repris, c’est le calendrier des animations du CDI que Lénaïg avait proposé l’an dernier. 

J’ai eu un coup de coeur pour ce visuel, et j’ai décidé de le poursuivre, ce qui m’a aussi permis de travailler avant l’été sur les actions à venir, en réfléchissant notamment à la cohérence des animations et des sélections proposées : pour chaque action, une ou deux sélections thématiques, une activité, et éventuellement des affiches informatives. 

Mon mois de juin a été studieux, et le calendrier est prêt pour la période septembre / octobre et la période novembre / décembre, ainsi que la plupart des actions prévues jusqu’à fin novembre à l’heure où j’écris cet article. 

J’étais très contente d’avoir pu anticiper sur ces animations, ce qui me dégageait complètement le temps passé au CDI pour les activités de gestion et les séances pédagogiques. 

Évidemment, c’était sans compter les péripéties de retour de vacances : pas d’accès à l’ENT, et un pare-feu du lycée paranoïaque, qui considère que tout est dangereux, depuis les sites comme Canva, Genial.ly, Babelio, ou même Moccam, jusqu’aux ressources numériques auxquelles le lycée est abonné, comme Brief.me ou Le Monde…

Moi qui avais l’habitude de publier depuis l’an dernier les actualités du CDI sur l’ENT, voyant que c’était impossible, j’ai bataillé pour récupérer mon accès Pronote (un véritable challenge chaque année) et pour utiliser ce canal là pour relayer les actions prévues, j’y reviens ci-dessous. 

Communication régulière

Avec les aléas d’organisation et d’accès, il a fallu réfléchir assez rapidement aux actions de communication proposées, en utilisant des outils déjà existants, ou en en proposant d’autres. 

Voici un petit tour d’horizon de nos outils de communication : 

  • portail E-SIDOC : j’essaye toujours de privilégier le portail, avec des articles ou des groupes d’articles, des actualités et l’agenda du CDI intégré dessus, même si ce n’est pas ce qui est consulté en premier par les usagers ;
  • Pronote ou l’ENT ? En ce début d’année, la question ne se posait pas. J’avais déjà constaté l’an dernier que j’avais récolté beaucoup plus de réponses à un sondage sur Pronote que si j’étais passée par un autre canal de communication. L’ENT était en rade ? Qu’à cela ne tienne : je communique maintenant en priorité sur Pronote au moins une fois par semaine. 
  • lettre de diffusion : je continue avec le modèle proposé l’an dernier avec une périodicité mensuelle.
  • compte Instagram du CDI : vitrine du CDI et de sa mascotte, les premières actions et publications de l’année ont permis de lui donner une nouvelle visibilité
  • groupe Whatsapp du lycée : permet de communiquer de manière informelle, sous forme de piqûres de rappel, sur les actions déjà relayées par les canaux de communication précédents (j’y ajoute cette année un petit groupe plus restreint qui se focalise sur les actions de lecture : Bookclub Einstein)

Aux élèves, enseignants et personnels

Afin d’avoir un aperçu global des actions, je reprends le tableau proposé l’an dernier, et je détaillerai ensuite chaque action proposée. 

Date Action Relai
28 août Les défis lecture / les défis culture Casiers enseignants

CDI 

1er septembre Posts de rentrée : 

  • calendrier
  • portables au CDI
  • horaires
Compte instagram
1er septembre Action 1  “Rentrée des lecteurs”

Signalétique Fictions

Compte instagram

Portail E-SIDOC

2 septembre Nouveautés documentaires Compte instagram
3 septembre Réorganisation du fonds mangas et signalétique Compte instagram

Whatsapp profs

4 septembre Présentation de rentrée du CDI et visites 2ndes Pronote (pour les enseignants)
8 septembre Présentation de rentrée du CDI et action 1 Pronote (pour les élèves)
8 septembre Bibliothèques idéales Compte instagram
10 septembre Lettre de diffusion CDI septembre Pronote (pour les enseignants et personnels)
13 septembre Action 2 : Bicentenaire de la photographie Compte Instagram

Pronote 

15 septembre Action 3 : Images et récits

Nouveautés BD et mangas

Compte Instagram
16 septembre Action 3 : Images et récits

Siestes contées

Pronote

Compte instagram

Whatsapp profs

Je détaille ci-dessous les actions qui relèvent plus précisément de la communication et de la publication d’informations et de ressources. Les sélections thématiques, nouveautés et les actions relevant de la valorisation du fonds sont à retrouver dans la partie dédiée. 

L’E-INSTANT est la lettre de diffusion à destination des enseignants et des personnels que j’envoie depuis quelques années. Il garde la même structure : une rubrique “En ce moment au CDI”, un coin lecture, une veille culturelle, pédagogique et numérique. Sa périodicité est mensuelle.

 

Après avoir été réalisé sur Piktochart puis Genially, l’E-INSTANT a migré l’an dernier sur Canva en collaboration avec Lénaïg. Je l’ai maintenu toute l’année puis repris en septembre.

  • Actualités du portail E-SIDOC

J’ai repris les actualités en Une du portail E-SIDOC, avec une mise en avant de la première action de l’année, “La rentrée des lecteurs”, mais j’ai été pendant un temps échaudée par les problèmes d’accessibilité de Canva depuis le réseau du lycée. 

Ces problèmes étant désormais réglés, je prévois de mettre une actualité à la Une par mois. 

  • Information et communication sur Pronote

Voici pour l’heure mon principal canal de communication à destination de l’ensemble des membres de la communauté éducative pour les actions que je souhaite relayer au maximum. 

  • Compte Instagram du CDI

Les actions postées directement sont principalement des photos mentionnées plus haut.

Sélections thématiques, nouveautés et valorisation du fonds

Événements recensés Animations proposées Date de début Date de fin Remplacé par
/ Nouveautés du rayon jeux 2 septembre
Nouveautés documentaires 1er septembre
Sélection “Rentrée des lecteurs” 

(action 1)

1er septembre
18-19-20 septembre : Journées européennes du patrimoine Thématique 2026 : bicentenaire de la photographie (action 2) 13 septembre
Sélection “Images et récits” + nouveautés BD et mangas (action 3) 15 septembre

Pour cette période, comme je l’ai indiqué plus haut, j’avais préparé la majorité des sélections au mois de juin.

J’ai décidé de numéroter ces actions par semaine, et je reviendrai dans un autre article sur la façon dont je prépare ces sélections. Sur une période, je propose donc 6 animations thématiques, et chacune sont à peu près structurées de la même manière : 

  1. une présentation générale de l’action prévue, cette action étant en lien avec l’actualité (du lycée, actualité culturelle, période de l’année…)
  2. une à deux sélections thématiques ainsi que des sélections associées (nouveautés fictions / nouveautés BD et mangas) 
  3. une activité ou un événement associés ou annoncés : bookclub, concours, sieste contée…
  4. un contenu associé et mis à disposition à titre informatif : marques-pages réalisés pour l’occasion, frise chronologique ou panorama de la thématique généré par IA (avec relecture et corrections)

Pour chacune de ces sélections, je partage ci-dessous les différents éléments : l’affiche de présentation générale, les différentes sélections et activités et les photos de l’action une fois installée. Les dates que je donne sont les véritables temps forts de ces actions, quand plus haut dans le tableau sont indiquées les dates d’installation.

Semaine 1 : La rentrée des lecteurs (7-11/09)

Cette première animation de l’année fait également le lien avec l’une des actions proposées en fin d’année dernière : le carnet de bord culturel de l’été. 

Dans la présentation générale de l’action, j’ai remis en visuel les défis lectures de l’été, j’ai mis à disposition les deux grilles (lecture et culture) à l’entrée du CDI et j’ai déposé ces défis dans les casiers des enseignants afin de proposer un palmarès à la fin du mois.

  • deux sélections : amitié et nouveaux départs

Ces sélections permettent de mettre en avant des acquisitions récentes, de valoriser le rayon New Romance, ainsi que les nouveautés fictions avec le Bookflix. 

J’ai également proposé un nouveau visuel mettant en valeur les dernières nouveautés en documentaires. 

  • activités et événements associés ou annoncés

Cette action m’a permis de proposer l’activité “Bibliothèques idéales”, présentée dans un autre article, et d’annoncer le premier Bookclub de l’année, prévu au mois d’octobre.

  • contenu associé : les marques-pages

Enfin, pour cette première animation, j’ai réalisé des marques-pages sur Canva avec différents profils de lecteurs, comprenant des checklists et des barres de progression, je les ai ensuite mis à disposition avec les sélections, et je les ai joints aux premiers emprunts faits au CDI. 

Semaine 2 : La photo à l’honneur (14-18/09)

Cette deuxième animation se place dans le contexte plus large des journées européennes du patrimoine (consacrées cette année au bicentenaire de la photographie) mais également au projet autour du développement durable “J’aime ma planète” auquel je participe au sein du lycée. 

La présentation générale annonce ainsi l’exposition Sebastiao Salgado prêtée par une collègue d’anglais dans le cadre de ce projet. 

  • une sélection : histoire de la photographie

Cette sélection rassemble les documents du CDI sur la question.

  • activités et événements associés 

Pour cette action, j’avais prévu deux activités, mais je n’ai réussi à n’en mener qu’une finalement : le concours photo, auquel ont participé plusieurs classes en EMC et auxquels les élèves ont également été invités à participer de manière individuelle.

Je n’ai pas eu le temps d’installer l’action “Une image, une émotion, une histoire”, je ne voulais pas accaparer le CDI avec des panneaux durant les visites du CDI des classes de secondes, je pense donc remettre l’activité à plus tard. 

L’exposition Sebastiao Salgado a été installée par Alexis et moi-même devant le CDI, avec l’aide d’une élève de terminale STMG. 

  • contenus associés  : panorama de l’histoire de la photographie

Pour ce contenu informatif, j’ai utilisé Notebook LM, en sélectionnant des sources et en générant une infographie que j’ai ensuite corrigée sur Canva. 

Semaine 3 : Images et récits (21-25/09)

Cette troisième action permettait de mettre en valeur les dernières nouveautés reçues en mangas et bandes-dessinées et de relancer les siestes contées. 

La présentation générale permet de faire l’annonce de ces différents éléments.

  • deux sélections : portraits et “Dessine-moi”

Ces sélections permettaient de ratisser large : de l’univers BD à la biographie, du dessin manga au dessin de presse. 

  • activités associées : sieste contée

En lien avec la thématique du portrait et du personnage, j’ai proposé une première session de sieste contée consacrée aux lectures suivantes : “Le héros part à l’aventure”, ce qui permettait de faire également le lien avec la sélection de la semaine 1 sur les nouveaux départs. 

  • contenus associés : les nouveautés BD et mangas

Cette animation permettait de mettre en valeur les dernières acquisitions provenant des commandes réceptionnées au mois de juin, en attendant les prochaines. 

La mise en valeur de ces nouveautés se faisait également dans le cadre de la réorganisation de certains rayons et de la refonte de la signalétique. 

Activités de gestion et signalétique

Durant ce début d’année scolaire, j’ai profité du désherbage mené en mai et juin dernier et j’ai poursuivi une réflexion amorcée sur la réorganisation du fonds fiction. 

En juin dernier, j’avais travaillé sur des éléments de signalétique pour les rayons poésie, théâtre, policier et science-fiction ainsi que pour le rayon mangas. 

Grâce à Alexis, ces différents chantiers ont pu être menés à bien. Les premiers jours, nous avons décalé les abonnements presse pour récupérer deux étagères entières pour les mangas. 

J’ai installé la nouvelle signalétique. Nous avons également récupéré un nouveau bac à BD. 

Les autres travaux de gestion ont été les suivants :

  • bulletinage
  • préparation de deux commandes et réception de l’une d’elles
  • points réguliers sur les ressources numériques malgré les bugs de l’ENT
  • questionnaire QMEU sur le site du GIDEC

Séances pédagogiques

Pour ce début d’année, je recense rapidement les séances pédagogiques menées, je reviendrai plus en détail dessus les mois prochains : 

Visites / découvertes Secondes Premières Terminales
S1 / / / /
S2 1h, 1 classe / 1h, EMC (1 groupe) /
S3 1h, 1 classe / 1h, EMC (1 groupe) /
S4 3h, 3 classes / / /
Total 5h / 2h 0

Autres activités

Enfin j’en termine comme à mon habitude par les autres activités professionnelles de la période.

Réunions, stages, déplacements
  • 31 août : pré-rentrée et conseil pédagogique (calendrier et organisation de l’année)
  • 10 septembre : conseil pédagogique (interdiction des téléphones portables au lycée)
  • 21 septembre : conseil pédagogique (interdiction des téléphones portables au lycée)

Voilà pour ces activités du mois de septembre, je m’arrête pour cet article et reviendrai sur le reste des activités dans l’article du mois d’octobre.

D’ici là, je vous souhaite une nouvelle fois à toutes et tous une excellente reprise et vous dis à très bientôt sur Cinephiledoc !

Le projet « Bibliothèques idéales »

Dans cet article #profdoc un peu à part, et qui pourrait venir approfondir mes précédents comptes-rendus d’expérimentation sur l’intelligence artificielle publiés au mois de juin, je reviens de manière plus détaillée sur un projet mené début septembre 2026.

J’aurais pu intégrer cette action à l’article #profdoc du mois de septembre, mais cela aurait fait soit un article très long (trop long), soit cela ne m’aurait pas permis d’entrer véritablement dans les détails de ce projet.

Genèse du projet

À l’origine de ce projet, il y a plusieurs éléments.

  • Expérimentations pédagogiques sur l’intelligence artificielle

Le premier, ce sont les expérimentations autour de l’intelligence artificielle menées au CDI l’an dernier, dans le cadre d’ateliers proposés durant la fête de la science, puis dans le cadre du scénario pédagogique que j’ai construit pour mon rendez-vous de carrière et qui a été présenté en avril dernier.

J’ai eu l’occasion de faire un compte-rendu de ce scénario dans le premier article consacré à « L’IA dans mes pratiques professionnelles ». Je reprends ici quelques éléments pour illustrer ce scénario.

J’avais envie de reprendre l’une des propositions faites pendant cette séance aux élèves, et dont j’avais indiqué durant l’entretien avec mon inspectrice que cela pourrait être une piste d’amélioration du scénario.

En effet, dans le cadre originel de mon scénario, les élèves devaient, à partir de leurs trois livres préférés, proposer un prompt permettant de réaliser leur profil et leur blason de lecteur.

J’avais suggéré qu’ils pouvaient également réaliser leur bibliothèque idéale, et que cela pouvait être une piste de réflexion pour mener à l’élaboration d’une politique documentaire.

  • Création d’un petit groupe d’échanges autour de la lecture

Le deuxième élément à l’origine de ce projet, c’est la création d’un groupe whatsapp avec quelques enseignant(es) du lycée.

À l’origine, il s’agit d’un petit groupe de collègues avec lesquelles je m’entends bien et avec lesquelles j’échange plus ou moins régulièrement sur la lecture.

Ce groupe est moins conséquent que le groupe whatsapp du lycée, et je l’ai créé aussi afin que les actions autour de la lecture (bookclub, sieste contée…) aient davantage de visibilité, et se diluent moins dans les autres sujets qui font la vie du lycée.

Nous avons échangé tout l’été sur nos lectures et j’ai donc pu leur faire un teasing des premières actions qui seraient mises en place au CDI à la rentrée, le projet « Bibliothèques idéales » faisant partie de la première d’entre elles.

  • L’action « Rentrée des lecteurs »

Le troisième élément, c’est la première action organisée au CDI pour la rentrée, et que j’ai présentée dans l’article du mois de septembre.

Comme je l’ai indiqué dans cet article, je souhaitais cette année reprendre l’idée de Lénaïg l’an dernier, à savoir proposer un calendrier des animations du CDI avec une thématique par semaine.

En juin dernier, j’ai travaillé sur l’élaboration des premières actions, en essayant de leur donner le plus de cohérence possible pour qu’à chaque thématique correspondent :

  1. une ou plusieurs sélections thématiques
  2. une activité ou un événement proposé au CDI (mur d’expression, concours, sieste contée, bookclub…)
  3. des éléments qui viennent nourrir cette action (marques-pages, panorama, affiches informatives, actualité sur le portail E-SIDOC)

L’activité « Bibliothèque idéale » s’insérait donc dans la première action de l’année :

J’invitais les élèves et les collègues à participer à cette action, en indiquant sur un post-it leurs trois livres préférés.

Cependant, au bout de quelques jours, mon paperboard restait désespérément vide.

J’ai donc invité les collègues du petit groupe whatsapp du Bookclub à me donner leurs trois livres préférés, en précisant qu’il s’agissait d’un usage raisonné de l’IA sans utilisation des données personnelles.

Derrière mon écran, les coulisses du projet

  • Création d’un projet avec des consignes

En amont de ce projet, afin de préparer les très nombreuses participations (ou pas) d’une foule d’élèves en délire – ou au moins de quelques collègues intriguées et compatissantes (merci les filles !), j’ai utilisé mon outil d’intelligence artificielle générative de prédilection, Perplexity.

Sur Perplexity, inspirée par les retours d’expérimentation de ma comparse Cécile Paoli, j’ai créé en juin un dossier « Bibliothèque idéale », avec des consignes très détaillées :

L’idée était d’avoir une trame de consignes donnée à l’outil, que je n’aurai pas à répéter à chaque proposition :

  1. les thèmes des livres données et le profil du lecteur qui peut en découler ;
  2. l’organisation spatiale de la bibliothèque (ce qui m’intéressait le plus) avec les rayons, l’ameublement, la signalétique, les espaces ;
  3. une devise et un prompt permettant la génération d’une image correspondant à cette bibliothèque (généralement dans les réponses, Perplexity propose ce prompt en anglais) ;
  4. à partir des trois titres donnés au début, 10 recommandations de lecture

J’ai ensuite effectué quelques tests, qui se sont avérés concluants : à partir de mes consignes, je n’avais à indiquer dans le projet que les trois titres et leurs auteurs.

  • Exemple de réponse donnée par Perplexity

Je partage ci-dessous l’un des résultats avec mes premiers tests, ainsi qu’avec quelques éléments de structure, et avant que j’ai ajouté dans la consigne les 10 recommandations précises de lecture.

J’avais fait un premier test avec un prompt simple au moment de ma séance pédagogique présentée au début de cet article. J’ai fait un autre test lors de la création du projet dans Perplexity avec les titres suivants : « La Trilogie de Wielstadt » de Pierre Pevel, « Blitz » de Connie Willis et « L’Ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon.

Profil du lecteur :

Ce lecteur aime probablement les récits où l’Histoire n’est jamais un décor neutre, mais une force vivante qui contamine le réel. Dans La Trilogie de Wielstadt, on trouve une fantasy uchronique située dans l’Allemagne du XVIIe siècle, autour du chevalier Kantz et d’une cité protégée par un dragon. Blitz mêle la Seconde Guerre mondiale, le voyage temporel et l’angoisse concrète du Blitz sur Londres. L’Ombre du vent ajoute le goût des bibliothèques secrètes, des filiations littéraires et d’une Barcelone-miroir, presque hantée par ses livres.

Organisation spatiale :

Je verrais une bibliothèque en trois rayons principaux, disposés comme trois couloirs narratifs. Le premier rayon, “Guerres et cités”, rassemblerait la fantasy historique, les mondes en tension et les romans de siège ou d’épidémie morale. Le deuxième, “Temps fracturé”, accueillerait les récits où la chronologie se plie, se double ou se dérobe. Le troisième, “Livres, secrets et ombres”, serait consacré aux bibliothèques dans la fiction, aux enquêtes littéraires et aux villes-palimpsestes.

Ameublement et ambiance :

L’ameublement devrait combiner le bois sombre, le métal patiné et quelques vitrines de verre pour les éditions précieuses. On imaginerait de grandes tables de travail au centre, comme dans un scriptorium ou une salle d’archives, et des fauteuils profonds près des murs pour les lectures longues. La lumière serait chaude mais indirecte, avec des appliques orientables et quelques lampes de bureau, afin de créer une atmosphère de veille, d’enquête et de nuit studieuse. Une carte ancienne au mur, une horloge arrêtée et un globe légèrement usé suffiraient à rappeler que le temps est ici un matériau de lecture.

Signalétique et espaces : 

La signalétique pourrait utiliser des plaques en laiton gravé, avec une typographie inspirée des anciens livres de route et des archives. Les espaces pourraient inclure un “cabinet des chroniques” pour les sagas historiques, une “galerie des passages” pour les récits de traversée entre les époques, et une “chambre des manuscrits” pour les romans sur les livres eux-mêmes. Un petit coin de lecture nommé “Le Cimetière des Livres oubliés” serait un clin d’œil évident à Zafón, tandis qu’un autre, “La salle des alertes”, rappellerait la tension de Blitz.

Devise :

Lire, c’est traverser les ruines sans cesser de chercher la lumière.

Prompt image :

“Grande bibliothèque imaginaire dans une ville européenne ancienne, architecture en bois sombre et pierre, trois rayons thématiques visibles, ambiance entre fantasy historique, guerre et secret littéraire, grandes tables d’archives, vitrines de reliques, horloge ancienne, cartes murales, lumière chaude et poussière dorée dans les rayonnages, atmosphère de mystère, de mémoire et d’aventure, style cinématographique très détaillé.”

Lectures associées :

Pour prolonger l’élan de Wielstadt, les lecteurs sensibles à la fantasy historique peuvent aimer d’autres récits où le merveilleux s’inscrit dans une époque précise, avec une forte présence du politique, du religieux ou du duel. Pour aller vers l’esprit de Blitz, il faut chercher des romans qui croisent guerre, temporalité et exactitude historique, ou qui placent des personnages ordinaires face à une Histoire immense. Pour prolonger L’Ombre du vent, il faut privilégier les romans de bibliothèques, d’enquêtes littéraires, de villes secrètes et de filiations entre lecture et destin.

Restitutions visuelles et formelles du projet

Après mes sollicitations auprès des collègues du Bookclub, j’ai commencé à collecter les différentes réponses.

La difficulté principale résidait dans le nombre de livres sélectionnés : trois, pour des lectrices et lecteurs assidus, c’est très compliqué. Et que choisir : les lectures d’enfance, des textes qui ont marqué et sont inscrits dans un panthéon de lecture personnel, ou les dernières claques émotionnelles ? Je laissais le choix.

  • Au CDI

Je décidais ensuite d’afficher uniquement l’image générée sur le Paperboard du CDI, puis la place venant à manquer, je colonisais l’un des panneaux en liège.

Les élèves restaient trop timides pour participer ? Qu’à cela ne tienne, ils pourraient toujours voter pour leur bibliothèque préférée, et les autres collègues aussi.

Je proposais sur le groupe général du lycée de deviner à quel lecteur ou à quelle lectrice appartenait telle ou telle bibliothèque, et à quelques élèves habitués du CDI de voter avec des étiquettes de couleurs.

Les collègues du Bookclub pouvaient également indiquer si elles étaient satisfaites du rendu visuel de leur bibliothèque.

  • Version numérique : document détaillé et image

À partir des réponses collectées, j’ai créé un dossier où j’ai rassemblé pour chaque collègue ayant participé le document détaillé présentant son profil de lecteur, l’organisation spatiale de sa bibliothèque, la devise et le prompt permettant de générer l’image et les dix recommandations de lecture, ainsi que l’image générée la plupart du temps sur l’outil Craiyon.

À la lecture des documents détaillés, je me suis rendu compte de deux petites défaillances imaginatives de Perplexity :

  1. il a tendance à ne pas être très original dans les propositions de devise et à proposer à plusieurs profils de lecteur ou lectrice la même devise (ce qui montre que la création artistique et littéraire n’est pas le point fort des outils d’intelligence artificielle générative, même pour un élément aussi court qu’une devise)
  2. il a tendance à tourner en boucle dans les recommandations de lecture et à proposer au lecteur l’un des trois titres servant de point de départ à la réalisation de sa bibliothèque idéale

En revanche, il tombe généralement juste dans les recommandations autres que ces trois titres, puisqu’il indique d’autres titres dans lesquels les participants se reconnaissent, pour les avoir déjà lus, ou qu’ils sont curieux de découvrir ensuite.

  • Prolongements inattendus et carte de lecteur

Durant sa visite au CDI et sa consultation des résultats, une collègue m’a fait la remarque suivante : « Je croyais qu’à partir de nos livres, tu allais nous attribuer un rayon du CDI ». Cela a titillé ma curiosité, et j’ai eu envie, effectivement, de proposer une cote Dewey unique pour chaque profil de lecteur.

J’ai donc ajouté à chaque session réalisée dans Perplexity la question de suivi suivante :

Propose pour ce profil de lecteur / lectrice et cette bibliothèque une cotation Dewey unique le représentant. Tu ne dois pas nécessairement rester cantonné à la classe 800 de la Dewey, tu peux aussi proposer d’autres classes si tu le juges plus pertinent.

Si j’ai précisé à l’outil de ne pas rester cantonné à cette classe 800, c’est parce qu’au bout de trois essais, en s’appuyant sur des textes qui étaient majoritairement des romans, il me proposait invariablement cette classe-là.

Il s’est ensuite risqué dans les autres classes, généralement en Philosophie (100), Sciences sociales (300) ou Histoire-géo (900).

J’ai eu aussi envie de proposer l’expérience à mes proches et j’ai ainsi pu collecter d’autres représentations de bibliothèques idéales.

Enfin, pour garder une trace du projet et donner une version plus synthétique pour chaque lecteur de sa bibliothèque idéale, j’ai réalisé sur Canva une carte de lecteur, reprenant les différents éléments :

  1. à quoi ressemble la bibliothèque et quelle est la devise du lecteur
  2. la cote Dewey unique
  3. le profil du lecteur

Voici deux exemples réalisés avec les trois livres de deux de mes proches :

Sandrine m’avait donné comme titres : « Le train bleu » d’Agatha Christie, « Le Pacte des Marchombres et la BD « Blacksad ».

Cyril m’avait donné comme titres : « Le jour des fourmis » de Werber, « La nuit des temps » de Barjavel et la « Lettre à Ménécée ».

Je me suis beaucoup amusée pour ce projet à associer intelligence artificielle et expériences de lectures, à proposer des éléments visuels et numériques aux différents participants.

Je tiens ici à remercier toutes les personnes qui se sont prêtées au jeu !

Au pays de l’enfance cinéphile

Je profite de cet article de rentrée et de ce compte-rendu de lecture de septembre pour donner un nouveau rythme à ces articles cinéphiles et pour proposer une nouvelle organisation sur ce site.

Septembre 2026 – nouveau rythme

En effet, quasiment depuis que ce site existe – à vrai dire depuis sa deuxième année d’existence, en 2013, si mes souvenirs sont bons – je m’astreins à publier un compte-rendu de lecture cinéphile par mois.

Le rythme a connu quelques envolées et quelques retombées en fonction des années. Au plus fort de mes lectures cinéphiles, je proposais des hors-séries de l’été, avec des lectures supplémentaires, et très studieusement à ces hors-séries de l’été je consacrais encore plus de temps qu’aux articles publiés durant l’année.

Il y a aussi eu une année faste, en 2023, où j’ai délaissé… le terme n’est pas fidèle à la situation… où j’ai proposé, en plus des lectures cinéphiles, des notes de lecture sur l’intelligence artificielle. Là encore, ces notes de lecture me prenaient un temps certain de rédaction.

Cependant, depuis quelques années, et aussi depuis 2023, j’ai amorcé un autre mouvement.

  • le premier article de l’année en janvier est forcément consacré au retour d’expérience sur le bullet journal. Il me permet un redémarrage en douceur, avec un effort rédactionnel qui n’est pas très conséquent ;
  • de février à juin, je publie un article cinéphile par mois, avec éventuellement une visite d’exposition (généralement la Cinémathèque française) ;
  • après la coupure estivale de juillet – août, je reprends les articles cinéphiles de septembre à novembre ;
  • je termine l’année avec le palmarès de lectures publié en décembre.

Cette organisation me pousse à rechercher systématiquement des lectures cinéphiles, à guetter des publications récentes – si possible sur des sujets que je n’ai pas encore abordés – et cela est devenu, au fil des années, davantage une contrainte qu’un coup de coeur.

Je prends certes toujours plaisir à lire des ouvrages sur le cinéma, et j’ai bien l’intention de continuer à en parler, mais je ne veux plus être tenue (même s’il s’agit d’une règle que je me suis imposée) par un calendrier de publication mensuel.

Parallèlement à ce constat, mon rythme de lectures s’est accéléré depuis deux ans, je lis beaucoup plus, surtout pendant les vacances, et mes lectures se sont diversifiées : bandes-dessinées, essais, romans ados, et il arrive que dans ces lectures, je retrouve le cinéma que j’avais pourtant l’impression de délaisser…

Mon nouveau rythme sera donc le suivant :

  • je garde le retour d’expérience sur le bullet journal ;
  • je poursuis les visites d’expositions qui ponctueront mon année ;
  • je publierai des comptes-rendus de lecture cinéphile, non pas astreinte par un calendrier, mais au gré de mes envies et de mes découvertes, avec peut-être 4 articles dans l’année, peut-être plus…
  • mon palmarès de lectures ne tiendra plus seulement compte de mes lectures cinéphiles, mais fera le point sur l’ensemble de mes lectures de l’année, tendance que j’avais déjà amorcée dans le tout dernier publié en décembre 2025, et que j’avais présentée dans le retour d’expérience sur le bullet journal de 2026, notamment avec ce type de visuel :

Cinéma ou le souvenir d’enfance

Passée cette digression, reprenons le cours normal de ce site avec des lectures qui remontent aux mois d’avril et de mai de cette année.

Le livre qui m’intéresse aujourd’hui principalement se trouvait depuis début 2026 sur ma pile de lectures, et attendait patiemment que je me décide, entre une bande-dessinée, un essai de Mona Chollet ou un roman de Karen Viggers, à le prendre en mains.

Ce n’est pas un hasard si j’emprunte à Georges Perec le sous-titre de ce compte-rendu, même si W ou le Souvenir d’enfance manque encore à mes lectures.

Son laboratoire littéraire Je me souviens sera plus approprié, on peut y piocher au hasard le numéro 34 :

Je me souviens de la Cinémathèque de l’avenue de Messine.

le numéro 72 :

Je me souviens des attractions qu’il y avait au Gaumont-Palace. Je me souviens aussi du Gaumont-Palace.

ou encore le numéro 334 :

Je me souviens de la Nouvelle vague.

Georges Perec est l’auteur approprié pour qui veut, avec humour, réorganiser sa bibliothèque (je pense à son génial Penser / Classer qui m’avait enchantée pendant ma préparation du CAPES) ou observer des « vies minuscules » (formule que j’emprunte cette fois à Pierre Michon), et je regrette de n’avoir pas encore pris le temps d’explorer plus avant son univers, sa Vie mode d’emploi ou sa Disparition. Un jour peut-être.

En attendant, c’est en feuilletant son Je me souviens que j’ai trouvé l’inventaire qui me permettrait d’évoquer dans cet article cinéphile quelques images avec lesquelles joue ma mémoire.

C’est en passant dans les rayons de ma librairie préférée que, début 2026 ou fin 2025, le titre Au cinéma Central a retenu mon attention.

J’ai lu rapidement la quatrième de couverture et les premières lignes, déterminantes, et à ce moment-là, je savais déjà que cette lecture, même à retardement, n’aurait rien d’une contrainte.

J’ajoutais à mes achats deux numéros de la revue Schnock, sans me douter qu’ils viendrait alimenter ma boîte à souvenirs, déjà garnie de manière prometteuse…

Je ne sais pas si j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, au gré d’autres comptes-rendus, mais cette revue Schnock, malicieusement sous-titrée « La revue des vieux de 27 à 87 ans » (c’est bon je suis dans la tranche d’âge) fait partie de mes tentations régulières lorsque j’entre dans une librairie.

Et vous le cinéma, vous y êtes venus comment ?

Laissons de côté les numéros de Schnock, je les reprendrai en guise de desserts ou de friandises (et la comparaison ne sera pas usurpée) et revenons Au cinéma Central, un essai de Fabrice Gabriel publié en octobre 2025 au Mercure de France.

L’auteur revient sur le cinéma de son enfance, un de ces cinémas de quartier où il découvre ses premiers westerns, comme point de départ à sa cinéphilie.

Il nous entraîne dans son itinéraire : les films, les revues de cinéma, les projections ici et ailleurs côtoient les souvenirs de familles et viennent tisser une toile où le lecteur peut mêler ses propres souvenirs.

Trop jeune (ouf ?) pour avoir vu Eddy Mitchell présenter La Dernière séance, j’ai cependant le souvenir d’un documentaire consacré à Monsieur Eddy qui revenait sur cette expérience et c’est à cette chanson que le livre de Fabrice Gabriel m’a immédiatement fait penser.

Si je n’ai jamais vu cette émission culte, j’ai régulièrement retrouvé les rétrospectives du Cinéma de minuit, avec son générique culte : je guettais les soirées consacrées à Danielle Darrieux, et certainement à d’autres acteurs / actrices et réalisateurs / réalisatrices, mais c’est le souvenir de Mademoiselle ma mère qui s’est imprimé sur ma rétine.

Au fil de ma lecture, ont surgi aussi les souvenirs des suppléments Sortir de Télérama, qui me permettaient, à l’approche de mes années lycée, d’organiser mes escapades parisiennes (j’y allais parfois en compagnie de mon père) en fonction des films programmés aux cinémas du Quartier latin – Le Grand Action, l’Action école, l’Action Christine, le Champo.

C’est là que j’ai vu Le Port de l’angoisse ou Le Ciel peut attendre, avant d’avoir la chance de les retrouver (enfin) en DVD. Désormais, le problème ne se pose plus, tout ou presque étant accessible sur les plateformes.

La quête d’un film inaccessible n’est plus aussi fréquente, ou se présente sous une autre forme : quelle plateforme ? quelle version ? inclus dans l’abonnement ou non ? Vous ne le trouvez pas sur Netflix ? Allez chercher ici, là, ou ailleurs…

Je n’aurais jamais pu avoir le même souvenir (numéro 34) que Georges Perec, puisque je n’ai connu la Cinémathèque qu’à sa réouverture en 2005, ce qui coïncidait très harmonieusement avec mes années étudiantes.

J’ai cependant retrouvé dans la manière dont Fabrice Gabriel relate ses souvenirs cinéphiles, la façon dont je découpais et je notais mes propres souvenirs dans des carnets de papier Canson où je collais les critiques de Télérama – oui, je viens d’un milieu qui ressemble un peu à une chanson de Vincent Delerm.

Le texte de Fabrice Gabriel m’a donné envie de replonger dans ces souvenirs, dans la façon dont on les fabrique, dans les images qui restent de notre enfance cinématographique. De quel film se souvient-on ? Quelles images s’impriment dans notre mémoire pour revenir inlassablement nous hanter ?

Au moment où justement j’ai lu ce livre, j’avais comme lectures toute récentes, je l’ai indiqué plus haut, deux numéros de Schnock : celui sur Romy Schneider, et celui sur la Boum (et j’étais en plein déni sur le fait que non, Sophie Marceau alias Vic, ne pouvait pas jouer le rôle d’une grand-mère). Schnock, c’est le mistral gagnant par excellence, la boîte à souvenirs en mode The Kid de Chaplin, avec un sourire et peut-être une larme.

Au moment où j’ai lu ce livre, Nathalie Baye venait de tirer sa révérence, ouvrant la porte à une bulle de nostalgie et de tristesse, et à quelques-uns de mes souvenirs cinéphiles les plus doux :

Moi, pour un film je pourrais quitter un type, mais pour un type je pourrais jamais quitter un film.

J’ai déroulé le fil des souvenirs longtemps après avoir terminé cette lecture, puisque l’été approchant, j’ai eu envie de voir ou de revoir quelques films (surtout des comédies) qui composaient la bibliothèque cinématographique familiale : j’ai revu La Crise, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, et quelques autres.

À la recherche du souvenir perdu

Il y a pourtant toujours eu quelque chose qui m’échappait dans mes souvenirs. Des images qui se dérobaient toujours à la reconnaissance. J’ai essayé plusieurs fois de les confronter à des personnes qui avaient des connaissances cinématographiques bien plus solides que les miennes, sans succès.

Alors cet été, j’ai aussi voulu me faire aider par la technologie.

C’était sans doute un peu naïf de ma part, il me reste encore un peu de cet émerveillement béat face à ce que peut faire l’intelligence artificielle, et que l’on a retrouvé cet été dans toutes les affiches de brocante, de restaurant, d’institut de beauté (et me disait une amie, jusque dans les toilettes…).

Néanmoins, une petite part de moi voulait y croire au moment où j’ai rédigé ce prompt à l’intention de Perplexity :

Je cherche à retrouver un film a priori italien, diffusé à la télévision française dans les années 90, où l’intrigue semble à la fois historique, familiale et sentimentale. Parmi les éléments visuels dont je me souviens : une famille de forains ou de maraîchers (le père poussant un chariot de fruits et légumes), une scène avec un personnage dont la mort est symbolisé par l’aura qui l’entoure, l’histoire d’amour d’une des filles avec un garçon qui n’est accepté qu’à la fin par le père. Décor : Naples et le Vésuve, le film est a priori en couleurs.

Il s’agissait d’un film que j’avais dû voir un soir avec mes parents. J’ai le souvenir de couleurs chatoyantes, de ce volcan dans le décor, de cette mort figurée par un halo de lumière.

Est-ce un seul film ? Est-ce ma mémoire qui a mélangé les films de plusieurs soirées. J’en ai fait au fil du temps un souvenir merveilleux et inaccessible, mais l’espace d’un instant, je me suis dit que ce que je n’avais pas réussi à retrouver au gré de mes échanges avec plus âgé et plus expérimenté que moi, l’IA pourrait peut-être le retrouver pour moi…

L’outil a exploré les différentes pistes que je lui ai soumis, mais je n’étais jamais satisfaite du résultat, je lui en ai soumis d’autres, j’ai essayé de rattraper mon souvenir qui persistait à s’échapper :

Il pourrait s’agir d’un film où le père pousse non pas un chariot de fruits et légumes mais un orgue de barbarie ou un théâtre de marionnettes. Pourrais-tu rechercher à nouveau avec ces éléments ainsi que le décor du volcan, l’aura autour du personnage décédé, la romance, le tout filmé en couleurs ?

De nouvelles pistes, de nouvelles propositions, la plus solide étant celle d’obscurs téléfilms de la RAI (on est loin du chef d’oeuvre intemporel disparu) diffusés dans les années 90 sur Arte ou sur Antenne 2, j’ai finalement renoncé.

Mon souvenir disparu restera un souvenir, je n’aurai pas de réponse à cette énigme, et cela vaut peut-être mieux. Qu’aurais-je fait dans le cas contraire ? J’aurais retrouvé un film, peut-être médiocre ou tout simplement décevant, qui aurait échangé les images fabuleuses inscrites dans ma mémoire pour celles finalement bien plus concrètes et fades de la réalité.

Et j’ai trouvé cela plutôt réconfortant, après réflexion, que l’intelligence artificielle ne puisse pas se mêler de nos souvenirs, et qu’ils en restent à des évocations comme celles de Georges Perec et de Fabrice Gabriel.

L’outil peut créer des poèmes en alexandrins, imiter les styles des uns et des autres, synthétiser quelques éléments de recherche et parfois nous préparer le terrain (ou pour les plus paresseux donner l’illusion de faire le travail à notre place) mais ne peut pas se substituer à un imaginaire.

Regrets évacués, cela ne laisse qu’un sourire.

Secrets de tournage, épisode 1

Pour cet article cinéphile du mois d’avril, je vous propose un premier épisode d’une série qui en comportera deux, consacrée aux secrets de tournage. Pour chacun des épisodes je reviendrai sur deux lectures récentes.

L’idée m’est venue d’associer ces différentes lectures, a priori relativement différentes les unes des autres, mais qui ont toutes pour point commun de nous plonger dans les coulisses, dans l’envers du décor ou dans la tête des réalisateurs.

Les deux livres présentés dans chaque article traitent cette thématique à chaque fois d’une façon qui a aussi retenu mon attention :

  • le premier dressera un panorama de la question, abordant une multitude d’aspects et de situations ;
  • le second se focalisera en gros plan sur la figure d’un réalisateur, en revenant sur ses écrits ou sur les coulisses du tournage de ses films

Côté casting

À l’origine de ce premier épisode, je place un élément personnel, à savoir l’organisation d’une journée thématique sur le cinéma et sur la lecture. Je souhaitais en effet proposer à mes convives quelques petits jeux autour des films et des livres, et j’avais collecté plusieurs pistes à explorer :

  • faire deviner un livre ou un film en le résumant très mal ;
  • le jeu du post-it avec des personnages littéraires ou cinématographiques ;
  • mimer la scène culte d’un film sans parler ;
  • et le dernier, qui correspondait de manière inattendue à l’une de mes dernières lectures cinéphiles, le casting improbable, en imaginant pour un film célèbre un casting complètement décalé, par exemple Star Wars avec uniquement des acteurs français…

À rebours de ce scénario a posteriori – trouver pour un rôle culte un acteur ou un personnage complètement improbable (j’essaye d’imaginer en ce moment même un acteur ayant une voix très aigüe ou avec un cheveu sur la langue pour incarner Dark Vador) – le premier livre qui m’intéresse dans cet article s’est plongé sur des projets bien réels, et qui ont pu donner lieu à de véritables réalisations cinématographiques.

Jeu d’énigmes, sept familles et Rubik’s cube

En reprenant en main ce premier ouvrage, me reviennent en tête non pas une mais deux scènes de La Nuit américaine, de François Truffaut.

Dans la première scène, on voit Jean-François Stévenin et Bernard Menez assister à un jeu sur le cinéma, portant sur la filmographie de Jeanne Moreau :

Dans quel film Jeanne Moreau était-elle la partenaire d’Orson Welles et l’interprète de Shakespeare ? (…) Dans quel film Jeanne Moreau était-elle la soeur de Charles IX et l’épouse du roi de Navarre ?

Dans la deuxième scène, on voit deux enfants jouer à un jeu de sept familles sur le cinéma : dans la famille opérateur la mère, etc.

Et je n’ai pas fini, une nouvelle fois, de parler de François Truffaut dans cet article.

Mais revenons-en à notre livre. Sur la première de couverture, on retrouve le même esprit joueur et assez taquin, même s’il ne s’agit ni d’un questionnaire, ni d’un jeu de sept familles.

En revanche, c’est un Rubik’s cube en train d’être manipulé, et sur les faces duquel sont disposés les visages entre autres de Jean Yanne, de Romy Schneider, de Dave, de Jean-Pierre Marielle, de Bruce Lee, ou encore de Truffaut dans La Nuit américaine. Et une autre image me vient : celle assez nostalgique du cinéma de Minuit.

Le générique de cette émission faisait se superposer des photographies de scènes cultes de cinéma, avec des couples composés d’un acteur et d’une actrice, changeant alternativement en fondu enchaîné.

D’une seconde à l’autre, on voyait donc apparaître sur l’écran le « vrai couple » ayant figuré au casting, suivi d’une scène rêvée n’existant que l’espace d’une seconde, avant de voir le nouveau couple de la scène réelle suivante, le tout avec une musique absolument hypnotique.

Le casting était presque parfait

Ce livre, avec sa couverture de Rubik’s cube, c’est le sixième opus d’une collection proposé par Philippe Lombard aux éditions La Tengo, collection qui commence sacrément à avoir de la gueule, et que j’énumère au gré des articles qui lui sont consacrés :

  1. Ça tourne mal !
  2. Ça tourne mal… à Hollywood !
  3. Ça s’est tourné près de chez vous
  4. Ça tourne mal… à la télé !
  5. Ça retourne !
  6. Et voici donc le petit sixième : Ça alors !

Ça alors ! au sous-titre prometteur : L’Histoire des castings de films les plus dingues, a été publié en octobre 2025, je n’ai donc pas beaucoup de retard à en parler maintenant !

Si dans un livre précédent, Philippe Lombard évoquait les splendeurs et misères d’un tournage dans les dunes espagnoles, celui-ci nous donnerait l’impression de voir surgir Alice Sapritch dans la dernière scène de La Folie des grandeurs, qui fait s’écrier à De Funès et Montand « La vieille ! »

Il reconstitue ainsi quelques apparitions mémorables, au moment où l’on s’y attend le moins, qu’il s’agisse des européens à l’affiche de films hollywoodiens, des américains venant tourner en France, de participations et de rencontres inattendues, dont voici un petit florilège :

  • l’ouvrage revient sur certains chocs culturels (des événements dont on peut encore se demander comment la mayonnaise a pu prendre, si jamais elle a pris), ainsi Mireille Darc dans un film de Godard – sur un tournage où il était odieux avec elle, est-ce surprenant ? ou Dorothée dans L’Amour en fuite de Truffaut (à titre personnel je n’y repense jamais sans une certaine tendresse) ;
  • les apparitions d’acteurs français dans des westerns, certains tournés à Almeria (reprendre ici le livre précédent de Philippe Lombard dont j’ai parlé un peu plus haut, Almeria 68) ;
  • les actrices françaises qui se retrouvent James Bond girl – à croire qu’il y a un marché dédié pour les recruter…
  • les invités surprises, jolie catégorie où l’on compte des sportifs, des chanteuses, des présentateurs télé, un actuel président des États-Unis (pfff) auquel je préfère la mention de Dave dans La Cité de la peur, et j’étais étonnée de ne pas y retrouver Glenn Close (bon, dans son élément mais barbue et en pirate) et Phil Collins dans Hook.
  • on retrouve ensuite des rencontres improbables de personnages, allant de Dracula avec les Charlots à Sherlock Holmes contre les nazis… des affrontements inattendus, des couples (bien ?) assortis, pour finir par quelques réunions au sommet, entre Einstein et Chaplin notamment ;
  • un petit détour par des doubleurs français bien connus, dont Robert Dalban qui a doublé Clark Gable dans Autant en emporte le vent, ou Patrick Dewaere ayant doublé Dustin Hoffman dans Le Lauréat, et quelques rencontres un peu moins innocentes…

Le tout imprime dans nos têtes quelques associations d’idées et quelques combinaisons d’acteurs que pourrait allègrement générer un outil d’intelligence artificielle, histoire de donner un semblant de réalité à nos fantasmes (mais ne vaudrait-il pas mieux qu’ils restent dans un coin de notre imaginaire, et que l’on en revienne à des rencontres bien réelles ?)

Quand Hollywood et Nouvelle vague se rencontrent

Dans les premières pages de Ça alors !, Philippe Lombard revient sur un casting a priori improbable : celui de François Truffaut incarnant le scientifique Claude Lacombe dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg.

Il revient sur les premiers écrits de critique de François Truffaut, pas vraiment tendres à l’égard de la science-fiction, puis sur l’idée de Spielberg, concrétisée par un coup de téléphone le 2 mars 1976 (comment la date précise est-elle parvenue jusqu’à nous… mystère, est-elle conservée dans les archives labyrinthiques de Truffaut, ou dans celle de Spielberg ? à quelle fourmi de l’archéologie du cinéma devons-nous ce détail ?)

Il n’en reste pas moins qu’entre mai 1976 et mars 1977, Truffaut va découvrir les conditions d’un tournage hollywoodien et ce qu’il conservera comme souvenir de l’attente des acteurs.

Cependant, finalement, il n’y a pas beaucoup d’écrits du principal intéressé sur cette expérience (en tout cas moins que ce à quoi on pourrait s’attendre de la part de quelqu’un ayant autant laissé de traces écrites)… et c’est ce qui a retenu mon attention pour faire la transition avec le deuxième ouvrage de cet article.

Le cinéaste parle aux cinéastes

En mars 2022, Bernard Bastide avait déjà publié aux éditions Gallimard 500 pages issues de la correspondance de François Truffaut.

J’étais revenue sur cette lecture qui m’avait permis non seulement de redécouvrir le François Truffaut épistolier mais également de découvrir ses destinataires.

En 2025, ce sont 500 nouvelles pages qui ont été publiées : cette fois, il s’agissait de la Correspondance de François Truffaut avec des cinéastes, ces échanges de pair à pairs s’étalant sur trente ans, entre 1954 et 1984.

Ce que je cherchais en ouvrant ce deuxième volume, c’était les échanges consacrés au tournage de Rencontres du troisième type avec Spielberg. Mais visiblement, comme le mentionne plus haut Ça alors !, les échanges entre les deux réalisateurs ont dû être principalement téléphoniques.

Du fameux tournage, une seule lettre fait le récit : celle adressée à Jacques Rivette en juillet 1976. Il y revient brièvement sur les conditions de tournage, sur le fait d’être mis dans la peau d’un acteur objet, et sur ses relations avec les autres acteurs du film.

Ce n’est donc pas cette seule lettre qui a marqué ma lecture, mais d’autres, bien d’autres et la totalité, me laissant encore une fois une impression de mélancolie et de tendresse, comme j’en éprouve à chaque fois que je lis un ouvrage de Truffaut ou sur Truffaut (et allez savoir pourquoi cela me met dans cet état…)

Il y a des choses qui m’ont amusée ou touchée : une lettre de Georges Lautner au critique François Truffaut qui n’a encore tourné que Les Mistons, les échanges filiaux ou fraternels avec Jean Renoir, le respect à l’égard du cinéaste Abel Gance et d’Alfred Hitchcock, une lettre à Gérard Oury… également des échanges avec des réalisateurs plus jeunes comme Claude Sautet ou Pascal Thomas.

On y retrouve quelques moments cultes qui ont marqué l’histoire du cinéma : la genèse des entretiens Hitchcock / Truffaut, l’affaire de la Cinémathèque, mais aussi deux lettres bien connues des cinéphiles : la lettre de Godard envoyée à Truffaut à la sortie de La Nuit américaine, et sa réponse. Les deux étant à lire en étant bien accrochés.

On y observe un correspondant tantôt cinglant à la plume acérée, tantôt plein de délicatesse à l’égard de ses destinataires. Personnellement, j’ai souvent souri des petites phrases au début de certaines lettres, que ce soit celles de Truffaut ou de ses correspondants : « J’ai essayé de vous joindre par téléphone sans succès, donc je vous écris ».

Ce n’est pas forcément la citation exacte, mais on retrouve ici l’esprit d’une époque, et d’une personne qui avait l’écriture chevillée au corps.

En reposant le livre, j’ai voulu me souvenir de toutes les scènes des films de Truffaut où les personnages s’écrivent, j’ai repensé à Jules et Jim, aux Deux Anglaises, à Baisers volés, à L’Homme qui aimait les femmes…

J’ai repensé à la précédente préface de Bernard Bastide : la correspondance de Truffaut, c’est « Cent vint-deux boîtes d’archives, plus de vingt mètres linéaires, plusieurs milliers de lettres envoyées ou reçues ». Le Dictionnaire Truffaut indique quant à lui que la correspondance amoureuse de Truffaut était sous scellée jusqu’en 2005, sera-t-elle un jour publiée ?

Il n’y a chez moi aucun voyeurisme, juste un peu de curiosité, et l’idée que dans ce monde et ce temps bien mouvementé où tout se veut instantané, lire quelqu’un qui prenait autant de temps à écrire, qui se posait chaque jour et accomplissait l’acte généreux d’écrire à quelqu’un, peu importe à qui, lire les lettres de cette personne ne peut être qu’une façon (et je plagie Proust ici) de retrouver ce temps perdu et de savourer un moment précieux, hors du temps.

Agatha addict

Pour ce nouvel article cinéphile, j’ai voulu croiser plusieurs événements et plusieurs informations :

  • je voulais continuer à respecter une tradition instituée avec plus ou moins de réussite sur ce site, à savoir parler d’une femme ou parler de femmes au mois de mars : les années précédentes, j’ai ainsi pu évoquer des femmes autrices*, des femmes youtubeuses, des femmes réalisatrices, comédiennes ou scénaristes ;

* j’en profite pour indiquer qu’encore récemment, mes lectures et certaines initiatives professionnelles m’ont conduites à m’interroger sur le féminin du nom auteur : autrice ? auteure ? écrivaine ? Il semble que l’Académie française ait une préférence pour autrice. Mes cogitations ont été notamment suscitées par l’un de mes coups de coeur de début d’année : Comment torpiller l’écriture des femmes, de Joanna Russ.

  • je voulais honorer les 50 ans de la disparition de l’une de mes autrices (donc) : Agatha Christie, qui doit être certainement parmi les personnes dont je parle le plus sur ce site, en tout cas pour les écrivains (évidemment elle ne dépassera pas en occurrences François Truffaut pour les réalisateurs ou Romy Schneider pour les actrices), et je vais tenter de renouveler mon propos, puisque j’ai déjà consacré un article assez conséquent à Agatha Christie en 2019 ;
  • enfin je voulais marquer le coup de mon changement de dizaine avec une petite promenade personnelle.

Les deux premiers éléments sont liés, et sans davantage tergiverser, je vais aborder le sujet Agatha.

Agatha addict

Déjà en 2019, je dressais un panorama de cette addiction à l’univers de Lady Agatha, qui cherchait à être exhaustif mais ne revenait pas pour autant sur certains travers ni sur certains tocs qui la caractérisent.

En effet, si on peut faire remonter assez loin mon penchant pour la dame de Greenway, quand je farfouillais avec mon père sur les marchés et les brocantes à la recherche d’exemplaires d’occasion ou que je les retrouvais dans des librairies, très vite mon attention s’est focalisée sur le personnage d’Hercule Poirot.

Malgré quelques tentatives et exceptions (la lecture d’Un cadavre dans la bibliothèque et du Miroir se brisa, le visionnage du film éponyme avec Angela Lansbury en Miss Marple, les quelques épisodes de séries avec les différentes actrices ayant incarné la vieille dame à l’esprit affuté), c’est finalement les aventures d’Hercule Poirot que j’ai décidées de lire dans l’ordre chronologique il y a quelques années.

De la même manière, ce sont ses aventures qui ont la part belle dans mes bibliothèques, en VF d’abord, puis en VO. Agatha Christie est d’ailleurs l’autrice la plus lue dans le monde anglophone, après la Bible et devant Shakespeare.

Concernant les ouvrages qui reviennent sur son univers, son autobiographie est un incontournable, et de ce que j’ai pu glaner au fil des années s’ajoutent une biographie de Marie-Hélène Baylac et Agatha Christie, le chapitre disparu de Brigittte Kernel, qui revient sur sa mystérieuse disparition en 1926, qu’elle n’évoque évidemment pas dans l’autobiographie évoquée précédemment.

Côté voyage, mes pas m’ont conduite là encore à revenir sur différents lieux du crime, et si l’Egypte ou la Mésopotamie échappent à ce palmarès, ou si l’itinéraire de l’Orient-Express reste à des prix prohibitifs, je suis tout de même assez fière de moi :

  • au plus près géographiquement se trouve la ville de Dinard, qui a été le cadre d’une des intrigues de Poirot, Le Crime du golf ;
  • Londres est certainement la ville de l’univers de Christie où j’ai le plus déambulé, sans toutefois chercher à mettre mes pas dans ceux de ses personnages ou dans les siens propres (je ne suis jamais allée voir de près l’immeuble où Hercule Poirot incarné par David Suchet a son appartement, par contre je suis allée voir The Mousetrap au théâtre), mais cela pourra être l’un de mes prochains objectifs ;
  • en revanche je compte deux lieux indissociables de l’imaginaire des fans de la reine du crime : sa ville de naissance, Torquay, où j’ai passé 15 jours en 2024, et sa maison de Greenway que j’ai pu visiter à cette occasion. Ce séjour m’a permis de rapporter quelques exemplaires de romans en VO et quelques preuves de mon passage là-bas…

By Rod Allday, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8397126

Côté inclassable, jeux et autres excentricités, on peut repérer chez moi cette addiction à quelques indices supplémentaires : le fait d’avoir l’intégrale de la série avec David Suchet, mais aussi les films avec Albert Finney et Peter Ustinov (mais pas ceux de Kenneth Branagh), le fait d’avoir créé un parcours avec ma meilleure amie en 2017, le fait d’avoir construit avec elle (mais à distance et chacun le sien) l’Orient-Express en Lego en 2024, et enfin d’avoir aussi réalisé un escape game sur le Crime de l’Orient-Express à la demande d’une collègue d’anglais également en 2024.

Cette passion pour Agatha Christie a ses caprices et ses sursauts : d’un côté le fait de n’avoir jamais adhéré par exemple à la série française Les petits meurtres d’Agatha Christie – pourtant je sais que certains fans l’ont adorée – ni aux adaptations de Kenneth Branagh – pour ces dernières, nous sommes plus nombreux à compter parmi les détracteurs ; de l’autre, continuer à me plonger dans des ouvrages explorant un aspect ou un autre de son univers.

Agatha Christie, cru 2026

Ou pour être plus exact, cru 2025-2026.

Plusieurs publications ont très récemment titillé ma curiosité et réveillé ma passion pour la reine du crime, passion qui n’est jamais totalement endormie, et qui sursaute à la moindre conversation avec « bestie » ou avec « bichette », qui se reconnaîtront…

à la moindre rediffusion d’un Poirot ou du désoeuvrement d’une soirée, à se demander quoi regarder, pour finalement choisir avec délectation un épisode de la série déjà mentionnée…

aux posts Instagram de quelques comptes suivis comme @laboursofhercule (aux mèmes irrésistibles) ou @officialagathachristie…

mais si l’on s’en tient aux publications papiers, deux d’entre elles ont participé à entretenir le vice.

La première, c’est un ouvrage que j’attendais depuis très longtemps, non que je surveillais de près l’auteur ou la maison d’édition derrière le projet, mais je me disais depuis très longtemps « ce serait bien que quelqu’un fasse un point là-dessus quand même ».

J’ai été comblée avec l’ouvrage de Jérémy Picard, publié chez Hugo Doc en avril 2025 : Agatha Christie, des romans à l’écran.

Il s’agit d’un panorama plus que complet sur les nombreuses adaptations et les influences et emprunts à l’univers d’Agatha Christie, des plus connues et attendues :

avec les classiques Dix petits indiens (l’adaptation de René Clair ne fait pas l’unanimité, mais elle est inoubliable pour moi qui ai reconnu Judith Anderson, la Mrs Danvers de Rebecca, dans l’un des rôles), Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, la série avec David Suchet, les différentes incarnations d’Hercule Poirot et de Miss Marple, les autres films et séries, tels que ceux de Pascal Thomas, les Benoit Blanc avec Daniel Craig…

aux rapprochements plus inattendus : j’y ai retrouvé le 8 femmes de François Ozon, et quel ne fut pas également mon bonheur de voir quelques pages consacrées à une de mes madeleines de Proust, un souvenir d’enfance et des après-midis passés chez ma grand-mère, à regarder Arabesque (Murder, she wrote) avec Angela Lansbury !

J’ai ainsi pu faire le grand écart en terme d’expérience télévisuelle, puisque en ce début d’année 2026, je me suis délectée de l’adaptation par la BBC des Sept cadrans sur Netflix, avec l’excellente Helena Bonham Carter, tout en redécouvrant Arabesque (cette fois-ci en VO), enfin disponible sur une plateforme, à savoir Amazon Prime.

Et évidemment, algorithmes de recommandation oblige, Amazon Prime « me connait » et me propose à chaque épisode visionné de céder à la tentation en prolongeant le plaisir avec, pourquoi pas ? un épisode de Columbo (mon autre travers).

Voilà, avec l’ouvrage de Jérémy Picard, de quoi se replonger dans l’univers d’Agatha Christie, en suivant tel ou tel itinéraire : film ou série TV, in english please ou à la française, grands classiques ou adaptations modernes, incontournables ou chemins de traverse.

Et comme je l’ai suggéré plus haut, un deuxième ouvrage permet de poursuivre cette promenade, cette fois-ci en levant les yeux du texte ou des adaptations, et en prenant l’Eurostar, terminus gare St Pancras International (bon et puis après, The tube ou bus à impériale, c’est vous qui voyez).

J’ai repéré cet ouvrage en janvier 2026 sur le compte Instagram déjà mentionné @officialagathachristie qui était en pleine célébration des 50 ans de la disparition de la romancière (tiens, romancière, c’est pas mal, et ça me permet d’esquiver mon hésitation entre autrice, auteure et écrivaine mentionnée plus haut).

Je l’ai directement commandé, pas chez mon libraire cette fois-ci (mea culpa) et j’en garde la lecture pour le printemps ou l’été, même si j’en ai déjà dégusté quelques chapitres… Il s’agit du Agatha Christie’s London : A historical guide to the Queen of crime’s capital, de Tina Hodgkinson.

Tina Hodgkinson est également l’autrice de l’article consacrée à « Christie’s London » sur le site officiel dédié à la romancière. Elle travaille comme guide à Londres et a créé depuis 2014 des circuits pour les fans de la reine du crime (comme ceux que l’on peut également faire sur Sherlock Holmes, Charles Dickens ou encore Jack l’éventreur).

Situant Agatha Christie davantage dans le Devon et dans les lieux déjà visités comme Torquay et Greenway, je n’ai jamais cherché durant mes séjours à Londres à réserver un circuit Agatha Christie, j’ai donc découvert l’existence de ces circuits en même temps que l’ouvrage.

Ce dernier me paraît tout aussi exhaustif que celui de Jérémy Picard avec ses promenades cinéphiles, de Poirot à Arabesque, et il est découpé en trois parties :

  1. le Londres d’Agatha Christie
  2. Londres dans les récits d’Agatha Christie
  3. une dernière partie consacrée au circuit en lui-même, avec plans et lieux à visiter

En attendant de concrétiser ces promenades, rien de tel que ces deux ouvrages pour quelques révisions indispensables !

Saute-mouton sur les dizaines : promenade personnelle

Comme je l’ai indiqué en introduction de cet article, j’inaugure une nouvelle dizaine ce mois-ci, et je terminerai avec un panorama. J’avais dans l’idée à l’origine de faire un inventaire des choses que j’aime associées à mon année de naissance.

J’ai en tête, comme à l’accoutumée, les vidéos de Blow Up Arte qui reviennent sur une année de cinéma, à l’heure où j’écris ces lignes, il semble que le magazine ait fait une vidéo pour 1996 et pour 2006, mais pas pour 1986.

Une autre idée qui m’est venue est de mentionner pour chaque décennie un livre, un film et une chanson.

  • 1986 : pour cette année, les livres énumérés par Wikipédia ne me disaient rien, à part Le Gone du Chaâba, mais si j’ai lu le livre au collège, il ne m’a pas laissé un grand souvenir…

L’année commence avec la disparition de Daniel Balavoine, je me souviens que je l’écoutais en boucle à la fin du collège et au lycée. Mais la chanson sortie cette année là et que je retiens, c’est « En rouge et noir » de Jeanne Mas, à laquelle j’accorde le même effet « madeleine » que les épisodes d’Arabesque… ou moins top 50 français, le concert de Queen à Wembley.

Comme film, je retiens mon chouchou Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery.

  • 1996 : j’ai le souvenir très précis du décès de François Mitterrand, ce qui semble logique, vu que je n’avais connu que lui comme président depuis ma naissance (même si son septennat s’était fini quelques mois auparavant).

Dans les livres, je retrouve les Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern. J’ai découvert Susie Morgenstern au collège, et la fin de ma primaire était davantage marquée par le Club des cinq et les aventures de Fantômette.

Pour les films, j’ai l’embarras du choix niveau souvenirs, même si je ne les ai pas tous vus cette année-là. Néanmoins, ils ont construit ma cinéphilie : côté français, Beaumarchais l’insolent, Pédale douce, Le plus beau métier du monde (avant que je sois dégoûtée des films sur les profs et de Depardieu), Ridicule et Un air de famille. Le box-office américain ne m’inspire pas des masses…

Côté chansons, « Wannabe » des Spice girls, et pour suivre les copines j’ai eu une période Spice girls, même si j’écoutais à ce moment là davantage le Nostalgie de mes parents (visiblement « Un Portrait de Norman Rockwell » d’Eddy Mitchell, c’était là), et Non homologué de JJG.

  • 2006 : on a dû m’offrir cette année-là L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery, mais j’étais en khâgne, et je devais bûcher mes bouquins au programme, qui m’ont laissé encore moins de souvenirs, d’autant que j’ai cubé, et du coup j’ai tendance à confondre les deux années.

De manière générale, j’ai passé les trois années de prépa comme entre parenthèses, et ce qui s’est passé « à l’extérieur » ne m’a pas marquée.

Les films, je les verrai aussi plus tard, mais je retiens Le Secret de Brokeback mountain, V pour Vendetta, Volver de Pedro Almodovar (celui-là, c’est sûr, je l’ai vu à sa sortie, comme La Tourneuse de pages) et Le Labyrinthe de Pan.

Côté chansons, je passe mon tour.

  • 2016 : pour le roman, même si je l’ai lu bien plus tard, c’est une évidence : En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, qui a encouragé mon amour pour Nina Simone.

Pour les films, je retiens Carol avec Cate Blanchett, Deadpool, Doctor Strange et Rogue One. Le premier détonne un peu parmi les autres, mais je l’ai découvert quelque temps après et j’ai été subjuguée.

Et comme « tout finit par des chansons », autant que celle de 2016 donne le ton de la décennie à venir, je retiens « Can’t stop the feeling » de Justin Timberlake.

Que réservera 2026 et les années à venir ? Comme le titre du roman de Pierre Lemaître, de belles promesses, je l’espère.

D’ici là, je vous souhaite le meilleur et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

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