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Le cinéphile adore les rumeurs

Pour ce nouveau compte-rendu de lecture, j’aimerais emprunter des chemins aussi hasardeux et aussi aléatoires qu’une rumeur, et avant d’en arriver au fait, c’est-à-dire au livre qui m’a conduit à écrire cet article, j’aimerais faire étape ici et là en vous proposant des itinéraires cinématographiques et télévisuels inattendus.

Chuchoter à l’oreille

En guise de point de départ de cette excursion, je vais revenir pour la énième fois à l’une des vidéos les plus réussies, à mon sens, de la chaîne Blow Up d’Arte : « Have you heard ? », vidéo que j’ai découverte il y a quelques années par hasard, et dont j’ai pu me servir dans des séances sur la désinformation avec des élèves :

Mais au-delà de l’utilisation professionnelle que j’ai faite de cette vidéo, ce qui m’a amusée, c’est de voir combien ce mécanisme de la rumeur (que j’avais à l’époque tenté de retranscrire sous forme d’infographie) se retrouvait dans un certain nombre de scénarios de films.

Sans chercher l’exhaustivité, quatre exemples plus ou moins récents me sont venus à l’esprit.

  • Lettres anonymes et faits divers

On peut naturellement penser au Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, sorti en 1943. L’intrigue est ainsi conçue :

Dans une petite ville de province, un certain nombre de citoyens reçoivent des lettres anonymes qui contiennent des informations diffamatoires, en particulier en ce qui concerne un des médecins de la ville, le docteur Germain, soupçonné par l’auteur des lettres — qui les signe d’un mystérieux « Le Corbeau » — de pratiquer des avortements clandestins.

Le fait que le film s’appuie sur un fait divers bien réel, remontant à l’époque à une vingtaine d’année, et que le scénario fasse son miel de la pratique des lettres anonymes dans le contexte de l’Occupation, donne un sel bien particulier à cette intrigue.

  • Sur une fausse piste ?

Le deuxième exemple, un peu plus récent, qui m’est venu, ne tient pas tant à l’intrigue du film qu’à son titre : Mon petit doigt m’a dit…, de Pascal Thomas, sorti en 2005.

Il s’agit d’une adaptation du roman homonyme d’Agatha Christie, qui met en scène un couple de détectives incarné par Catherine Frot et André Dussolier (dans le roman, Tommy et Tuppence Beresford, dans le film Bélisaire et Prudence).

Le point de départ de l’enquête est la rencontre de Prudence avec une vieille dame dans une maison de retraite qui lui parle d’une enfant emmurée dans une cheminée…

J’ai vu ce film un nombre incalculable de fois et en connaît par coeur la plupart des répliques.

  • Les dîners qui tournent mal

Rumeurs et non-dits se retrouvent souvent dans les réunions familiales et les dîners, au point qu’Hitchcock (encore lui) ait utilisé quasiment au sens propre l’expression du squelette dans le placard dans l’un de ses films : La Corde.

Dans ce huis-clos oppressant, deux amis étranglent un de leur camarades de classe, puis préparent un dîner auquel sont conviés le soir même, sur le lieu du crime, la famille de la victime. Le cadavre est placé dans un coffre sur lequel est servi le buffet.

Moins macabres, les intrigues du Prénom (sorti en 2012) et du Jeu (sorti en 2018) utilisent les ressorts de la fausse nouvelle et des non-dits pour faire sortir un certain nombre de squelettes du placard.

Regarder par le trou de la serrure

Non content d’adorer les rumeurs, le spectateur est un voyeur, qui prend plaisir à espionner et à regarder ce qui se passe chez les autres par le trou de la serrure.

L’exemple le plus évident qui met le spectateur dans cette position parfois inconfortablement assumée est à nouveau l’oeuvre de sir Alfred, Fenêtre sur cour, sorti en 1954.

Jeff est un photographe qui, à la suite d’un accident, se retrouve en fauteuil roulant et passe son temps à observer ses voisins, dont un qu’il commence à soupçonner de meurtre.

Non seulement nous sommes spectateurs de l’histoire de Jeff, mais par son intermédiaire, nous savourons son propre voyeurisme.

On pourrait énumérer longtemps les films et les épisodes de séries télévisées qui se sont inspirés de Fenêtre sur cour.

Il y en a cependant qui m’a procuré la même impression à la fois de plaisir et de malaise ces dernières années.

Il s’agit du film de François Ozon sorti en 2012, Dans la maison, avec Fabrice Luchini et Ernst Umhauer.

Claude, un élève brillant, doué et manipulateur du lycée Gustave Flaubert, à tendance pervers narcissique, provoque l’enthousiasme de son professeur de français à qui il fait part de ses écrits voyeuristes, qu’il rédige au détriment d’un camarade de classe.

Avec Dans la maison, François Ozon nous met dans la posture de Fabrice Luchini, nous sommes les victimes consentantes de ce manège orchestré par Claude, et nous nous repaissons de l’histoire qu’il tisse pour nous, et tant pis pour les conséquences, réelles ou inventées.

Si cet exemple issu du cinéma d’Ozon est le plus flagrant selon moi, je n’en oublie pas une autre de ses oeuvres, Swimming Pool, sorti en 2003, qui manie avec tout autant de virtuosité la confusion entre l’intrigue du film et ce qui ressort de l’imagination des personnages.

Trouver le coupable

Nouvelle étape de mon itinéraire, tout aussi jubilatoire pour le spectateur, mais aussi plus facilement assumée, celle qui suit la découverte du cadavre.

Côté séries télévisées (et même côté films), j’ai déjà eu l’occasion de revenir abondamment sur les adaptations d’Agatha Christie, ayant vu à peu près l’intégralité des épisodes d’Hercule Poirot, et de ses diverses incarnations sous les traits de David Suchet, d’Albert Finney, de Peter Ustinov et de Kenneth Branagh – même si ma préférence va toujours au premier.

Si je suis moins amatrice de Miss Marple (et de ses différentes incarnations – sauf peut-être Angela Lansbury dans Le Miroir se brisa), il y a une série que j’adorerais revoir, et je céderai certainement un jour à la tentation d’acheter les DVD. Cette série, c’est Arabesque (Murder, she wrote) avec la même Angela Lansbury.

Je la regardais petite à la télévision chez ma grand-mère, et j’étais fascinée par ce personnage d’auteure de romans policiers qui enquête.

J’ai repensé assez récemment à cette série, et je dois ce souvenir, ainsi qu’une autre conséquence, au YouTubeur Damien Duvot, alias MrMeeea, qui avouait dans l’une de ses vidéos adorer la série Columbo.

Il a fallu que ce dernier fasse quelques analyses des premiers épisodes pour que je plonge tête baissée dans le binge watching de toute la série, disponible sur une plateforme de streaming qui s’occupe aussi de livraisons…

En en discutant avec une amie, je me suis également rendue compte que j’appréciais des personnalités aussi différentes que Columbo et Hercule Poirot, l’un se vantant continuellement de ses petites cellules grises, l’autre étant méprisé par le meurtrier jusqu’à ce que…, mais qui parviennent tous deux au même résultat : faire perdre sa superbe à un coupable qui croyait pourtant s’en tirer.

Bien évidemment, le plaisir à savourer Hercule Poirot n’est pas le même que celui qu’on a devant Columbo, et l’on peut y voir à nouveau la distinction que fait Hitchcock entre le suspense et la surprise.

Avec Hercule Poirot, nous ne connaissons l’identité du coupable que lorsqu’il nous la révèle à la fin de l’épisode. Avec Columbo, nous savons dès le début qui est le meurtrier, la question étant de savoir comment Columbo va le démasquer.

Dans le premier cas, nous sommes placés dans la posture du capitaine Hastings, ou du docteur Watson si nous décidons de changer d’univers, nous sommes le fidèle partenaire.

Dans le second, nous sommes Columbo lui-même.

Suivre l’enquête / mener l’enquête

À partir de ces deux postures : Hercule Poirot ou Columbo, j’en arrive à ma dernière étape et – enfin – à ma lecture du mois de mai.

Et c’est là que l’ami Philippe Lombard pousse un soupir de soulagement : enfin on y vient.

Enfin presque…

Ce que j’aime aussi dans le cinéma, c’est ce qui regroupe tous ces fils : rumeurs, observation (voire plus), traque, et enquête, et si possible, me demander durant tout le film s’il raconte une histoire vraie ou s’il est complètement inventé.

Dans le second cas, l’un de mes films préférés est Garde à vue, de Claude Miller, où Lino Ventura « cuisine » Michel Serrault, qu’il soupçonne du meurtre de deux fillettes.

Dans le premier cas, ce sont tous les films inspirés de faits divers, qu’il s’agisse d’une recension complète des événements ou de quelques allusions habilement glissées ici ou là – petites annonces, enquêtes, filatures…

C’est à ces faits divers, généralement macabres, que Philippe Lombard donne la part belle dans l’un de ses derniers ouvrages : Ça s’est tourné près de chez vous ! Une histoire des faits divers du cinéma français, publié comme à l’accoutumée aux éditions La Tengo en novembre 2021.

La galerie de portraits qu’il nous propose fait quelque peu froid dans le dos… on a l’impression d’une visite chez Madame Tussauds ou dans une maison hantée : tueurs en série, scènes de crimes, auteurs de casses mémorables et ennemis publics numéros 1 chacun leur tour… il n’y a bien que dans le dernier chapitre que l’on côtoie des personnages un peu plus fréquentables, et encore, ce n’est pas si sûr que ça !

Chacune de ces figures, au-delà des histoires qu’elles portent – meurtres, braquages, affaires louches et règlements de comptes – renvoie à un univers cinématographique que le lecteur peut allègrement convoquer.

À titre personnel, il me suffit de voir une évocation des soeurs Papin pour avoir envie de me replonger dans la lecture des Bonnes de Jean Genet ou pour avoir envie d’éplucher toute la presse disponible sur le site Retronews de la BnF.

De la même manière, tel ou tel tueur en série va irrémédiablement appeler chez moi le souvenir de Lacenaire dans Les Enfants du Paradis, et cette réplique culte, où transparait l’orgueil du personnage :

Quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres… « Ils » ne me l’ont pas pardonné, ils voulaient que je sois comme eux, que je dise comme eux. Levez la tête Pierre-François… regardez-moi… baissez les yeux… Et ils m’ont meublé l’esprit de force, avec des livres… de vieux livres… Tant de poussière dans une tête d’enfant ? Belle jeunesse, vraiment ! Ma mère, ma digne mère, qui préférait mon imbécile de frère et mon directeur de conscience qui me répétait sans cesse : « Vous êtes trop fier, Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ! » Alors je suis rentré en moi-même… je n’ai jamais pu en sortir ! Les imprudents ! Me laisser tout seul avec moi-même… et ils me défendaient les mauvaises fréquentations…

Quant au seul nom de Landru, il évoque pour moi Barbe bleue, mais surtout le film de Chaplin Monsieur Verdoux, que j’adore :

C’est sur cette dernière évocation que je vous invite, une nouvelle fois, à lire ou relire les différents ouvrages de Philippe Lombard, et en particulier ce cru 2021, qui a été particulièrement riche !

La preuve :

La couverture de Ça s’est tourné près de chez vous – qui rappelle les deux précédents ouvrages également sortis chez La Tengo (Ça tourne mal / Ça tourne mal à Hollywood) me donne d’ailleurs l’espoir qu’un Ça s’est tourné près de chez vous à Hollywood pourrait peut-être être concocté ?

Oui ? Non ? Bientôt ? En tout cas, je guette le prochain !

Bonne(s) lecture(s) à toutes et tous et à très bientôt sur Cinephiledoc !

Hors-série 1 : dix lectures cinéma indispensables

Cet été j’ai décidé de vous proposer deux hors-série relativement simples, et qui n’exigent pas de moi, comme l’an dernier, une énorme pile de lectures.

L’an dernier je vous avais proposé un hors-série sur Daphné du Maurier et un hors-série sur Agatha Christie. À cette occasion, j’avais lu biographies et autobiographies, romans de ces deux auteures, et j’avais vu des films adaptés de leurs oeuvres et des documentaires qui leur étaient consacrés.

Cette année, j’ai profité du confinement pour réfléchir à ces deux hors-série, et j’ai donc commencé à les rédiger au mois d’avril – je me rends ainsi compte que je n’ai jamais été aussi en avance sur ce blog, car, exception faite des articles de profdoc, mes articles cinéphiles sont prêts parfois jusqu’à six mois à l’avance.

Deux hors-série palmarès

Donc pour cet été, deux hors-série qui vont être de tout repos, tant dans leur conception que dans le stock de livres qu’ils exigeront.

Pour ce premier article de juillet, je vous propose la liste de mes 10 indispensables en lectures sur le cinéma.

J’ai l’habitude de vous proposer à chaque fin d’année un palmarès de lectures de l’année passée, j’élargis aujourd’hui le concept et cède moi aussi aux « 10 livres [cinéma] à emporter sur une île déserte », déjà parce que j’aime les listes (sinon je ne serais pas abonnée à la chaîne Blow Up Arte et je ne ferais pas non plus un bullet journal) et ensuite parce que j’aime les palmarès, même si en fonction des époques ils peuvent être des plus changeants.

Voici donc le palmarès de mes lectures sur le cinéma, presque depuis que je suis cinéphile et presque aussi depuis que je tiens Cinephiledoc.

1/ Le classique

Pour moi le classique des classiques en terme de lecture sur le cinéma reste l’ouvrage Hitchcock/Truffaut, familièrement appelé le Hitchbook.

Publié pour la première fois en 1966 aux éditions Robert Laffont, il restitue l’entretien entre Alfred Hitchcock et François Truffaut, sur une idée originelle de ce dernier : décortiquer l’oeuvre d’Hitchcock en abordant pour chaque film sa naissance, l’écriture de son scénario, les circonstances du tournage et le regard qu’Hitchcock porte sur chaque film.

Pourquoi c’est un classique du livre de cinéma ? Parce qu’il confronte deux réalisateurs qui parlent de leur art, parce qu’il est abondamment illustré, et parce qu’il a lui-même suscité un certain nombre d’analyses, de livres et de films.

2/ L’autobiographie

S’il ne fallait retenir qu’une autobiographie de cinéma, étant donné le côté périlleux et narcissique de l’exercice, il faudrait délaisser les souvenirs de stars, les mémoires dont on ignore si la personne l’a rédigé elle-même ou s’est fait aider, et les textes inachevés retrouvés juste après un décès au fin fond d’un grenier.

L’autobiographie de cinéma par excellence, c’est celle de Charlie Chaplin : Histoire de ma vie.

Elle a été publiée pour la première fois en 1964, et elle revient donc de son vivant (Chaplin est né en 1889 et mort en 1977) sur la plus grande partie de la vie de Chaplin.

Pourquoi c’est un incontournable ? Parce qu’elle se lit comme un roman (au départ un roman de Dickens), depuis la naissance et l’enfance de Chaplin dans la misère londonienne, sa vie d’enfant artiste, sa découverte du cinéma, les studios hollywoodiens, ses voyages, jusqu’à sa gloire et son immense popularité qui ne se sont jamais démenties depuis.

M’étant attardée sur les deux premiers indispensables, je vais aller un peu plus rapidement pour les suivants.

3/ La biographie

Pour les mêmes raisons que l’autobiographie de Chaplin, je retiens comme biographie le François Truffaut de Serge Toubiana et Antoine de Baecque, une biographie de référence, publiée pour la première fois chez Gallimard en novembre 1996.

L’ouvrage a été revu en 2001, l’édition de poche est disponible chez Folio : c’est un livre de près de 900 pages qui a été rédigé à partir des multiples témoignages de ses proches et de ses amis et de ses archives personnelles, qui étaient foisonnantes, puisqu’elles regroupaient notamment ses textes critiques, ses scénarios et sa correspondance, entre autres.

Je lui adjoindrais Le Petit voisin de Jérôme Tonnerre, pour un regard extérieur et une touche romanesque.

4/ Le roman

Et puisque nous parlons de romanesque, venons-en au roman. J’ai beaucoup hésité avec Le Figurant de Didier Blonde, mais j’ai voulu m’écarter quelque peu de l’univers truffaldien. J’aurais aussi pu choisir le Livre des illusions de Paul Auster, dont j’ai déjà abondamment parlé sur ce site, et qui a été publié en 2003, mais je cherchais quelque chose de plus récent.

Je replace donc ici LE roman étourdissant et presque inégalé sur le cinéma : Londres après minuit, d’Augusto Cruz : c’est une enquête policière doublée d’un road movie captivant à la poursuite d’un film muet disparu. Un chef d’oeuvre !

5/ Le dictionnaire

Là encore, il y a foison, c’est un genre que les auteurs apprécient : il y a le Dictionnaire Truffaut, d’Arnaud Guigue et Antoine de Baecque, il y a le Dictionnaire Spielberg de Clément Safra paru chez Vendémiaire.

Et puis il y a le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, préfacé par Claude Chabrol (s’il vous plaît) publié chez Larousse en 2007.

Alors oui, ça parle encore d’Hitchcock (et je n’ai pas fini) mais ça parle d’Hitchcock avec une érudition étourdissante, et qui s’attarde sur le moindre détail, un peu à la Blow Up. Si l’on reprend le résumé :

TOUT sur Hitchcock, ses films (et téléfilms), ses acteurs et actrices, ses collaborateurs et collaboratrices, son père, sa mère, sa femme, sa fille, ses chiens, ses lubies, ses secrets, ses trucs de tournage…
Un dictionnaire exhaustif (4 millions de signes), comptant plus 1 500 entrées.

Plus de 1000 biographies consacrées aux hommes et femmes ayant travaillé avec le maître.

– De Ronald Adam (un aristocrate dans Les Amants du capricorne) à Peter von Zerneck (un pronazi dans Les Enchaînés), tous les comédiens et comédiennes dirigés par Hitchcock de son premier film (The Pleasure garden) à son dernier (Complot de famille).
– Les auteurs, adaptateurs, scénaristes ayant travaillé avec Hitchcock, ainsi que les directeurs de la photographie, les monteurs, les musiciens…
Chaque article est accompagné d’une présentation exhaustive de cette collaboration.

De nombreux thèmes sont traités (voyeurisme, culpabilité, homosexualité) et des personnages types (couples mariés, alcooliques, handicapés, logeuses…) des pays ou des monuments. Et également des objets « fétiches » (menottes, cabines téléphoniques, trains, etc…), des entrées variées

Chacun des 57 longs métrages d’Hitchcock est l’objet d’un développement in extenso, sur de nombreuses pages, par l’auteur.

6/ Un film

Pour un ouvrage consacré à un film précis, je remonte le temps et je prends l’un de mes tous premiers coups de coeur de lectrice cinéphile.

Il s’agit de 5e avenue, 5 heures du matin, un ouvrage consacré au tournage de Diamants sur canapé, écrit par Sam Wasson et publié chez Sonatine en 2012.

C’est une chronique du tournage, avec anecdotes, secrets et photos, et qui se laisse apprécier bien plus qu’Audrey Hepburn n’appréciait le croissant qu’elle devait manger dans la fameuse scène d’ouverture…

7/ Un réalisateur

Là encore, je vais essayer de sortir de mon panthéon habituel Truffaut – Hitchcock – Chaplin. Je sélectionne donc l’ouvrage déjà mentionné (et pas plus tard que le mois dernier) : Les archives Stanley Kubrick aux éditions Taschen.

Un ouvrage exhaustif et superbement illustré, qui met à la portée du cinéphile le plus modeste « une grande partie des images les plus mémorables extraites des films de Kubrick, des interviews éloquentes et de nombreux documents issus de ses archives personnelles tels que des éléments de conception de décor, des scénarios, des notes, des lettres et des plans de tournage ».

8/ L’archéologue

Là encore, pas de surprise, je cite à nouveau mon Simon Braund fétiche et son magnifique ouvrage : Les plus grands films que vous ne verrez jamais, publié en 2013 aux éditions Dunod

Simple, beau, efficace, et éclairant de manière émouvante les oeuvres qui n’ont pas pu voir le jour.

9/ Le culinaire

J’ai quelque peu hésité pour ces deux dernières rubriques : le culinaire et le vagabond.

Parce qu’à nouveau, j’aurais pu choisir de mettre à l’honneur Hitchcock avec l’ouvrage La Sauce était presque parfaite, ou Chaplin, avec À table avec Charlie Chaplin, qui m’a rappelé l’excellent site de Claire Dixhaut, Cinémiam.

Je choisis les ouvrages du Gastronogeek, que j’ai eu encore récemment l’occasion de feuilleter, et qui permettent de voyager, avec les papilles, dans un univers cinématographique des plus étendus, allant des dessins animés des années 80 aux banquets d’Astérix.

10/ Le vagabond

Je termine enfin ce palmarès par les livres qui nous font voyager au cinéma. Il y en a à foison : ceux qui se consacrent au cinéma étranger (cinéma japonais, cinéma italien, cinéma espagnol, cinéma américain), ceux qui s’attardent sur une ville (New York ou Paris) et qui me rappellent les virées cinéphiles du Fossoyeur…

Et puis il y a la série des ouvrages de Philippe Lombard publiés chez Parigramme, avec notamment Le Paris de François Truffaut (mais j’avais dit que je quittais mon panthéon) et Paris en 100 films de légende.

C’est donc avec ces promenades cinéphiles que je vous quitte, vous souhaitant un bel été et vous disant à bientôt sur Cinephiledoc !

Courses-poursuites et arrêts sur image

Pour ce premier article cinéphile de 2019, je vous propose un petit retour sur deux publications de 2018, que j’ai souhaité associer.

Et si j’ai choisi ces deux publications, c’est parce qu’elles s’intéressent, selon moi, à deux aspects du cinéma, sinon contradictoires, du moins complémentaires, à savoir, les courses-poursuites, ces moments où tout s’accélère, et les arrêts sur image, ou du moins les plans cultes du cinéma, où l’oeil du cinéaste semble se figer pour nous désigner quelque chose à garder en mémoire.

Je vous propose donc de commencer par une bonne course, pour ensuite nous détendre et nous délecter de quelques plans d’anthologie.

Courses-poursuites au cinéma

L’ouvrage consacré à ces moments d’accélération et d’adrénaline qui m’intéressent aujourd’hui est un petit livre publié en mai 2018 chez Aedon productions / La Septième obsession, dans la collection Détails : il s’agit des Courses-poursuites au cinéma, de Nicolas Tellop.

J’ai eu beaucoup de plaisir à voir qu’un deuxième opus de cette collection était sorti. En effet, en juillet 2017, Aedon productions avait publié Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques.

Ces petits ouvrages sympathiques, qui mettent en lumière l’une des obsessions du septième art (comme l’indique si justement l’autre nom de cette maison) et s’intéressent à des détails qui peuvent paraître triviaux au profane, sont pour moi la continuité des vidéos que propose la chaîne Blow Up sur YouTube, chaîne dont j’ai déjà abondamment parlé, et j’en profiterai pour ponctuer ce compte-rendu de quelques exemples…

J’avais déjà « encensé » et présenté en long, en large et en travers cette chaîne YouTube, à l’occasion justement de mon compte-rendu sur les Mains. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, c’est par ici :

Jeux de mains, jeux de cinéma

Blow Up est l’une des pépites qui nous a été offertes par la chaîne Arte, et qui, à mon sens, devrait être toujours un peu plus connue, au même titre que l’émission Personne ne bouge (qui malheureusement a été arrêtée) ou encore Stumm, le magazine du cinéma muet.

Bref, régulièrement Arte – qui lorsque j’étais petite avait à mes yeux l’étiquette de chaîne intello – propose des petits bijoux de culture.

Et ça y est j’ai perdu le fil… j’en étais à vous parler de ce petit livre de Nicolas Tellop sur les courses-poursuites.

Le coup de génie de cet ouvrage, qui, comme le précédent sur les mains, propose une sélection de films en lien avec la thématique retenue, c’est de rappeler l’évidence : la course fait partie de la vie, et a fortiori du cinéma.

Je suis convaincue que chacun de nous, s’il ferme les yeux, peut voir une scène de marche ou de course au cinéma. Pour ma part, je vois la scène finale des Quatre-cents coups, avec Antoine Doinel qui court sur la plage, et les jambes des femmes de L’Homme qui aimait les femmes :

Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.

Mais mon univers n’est pas exclusivement truffaldien, et j’ai retrouvé, parmi les films que cite Nicolas Tellop, beaucoup de souvenirs.

La chronophotographie, et les travaux de Marey et de Muybridge, sont la première étape de son voyage.

Ce que j’ai apprécié dans ce livre qui propose une petite sélection subjective, c’est de citer des films de tous genres et de toutes époques, du Mécano de la Général à Baby Driver, et cela sans exclure les cartoons de la Warner et de Tex Avery.

On y retrouve quelques monuments d’anthologie, à savoir La Chevauchée fantastique, Duel ou Matrix, pour ne citer qu’eux, et si l’auteur choisit tel film plutôt que tel autre, il n’est pas avare non plus de références ou de clins d’oeil au détour d’une page.

Le tout se lit agréablement, en reprenant de temps en temps son souffle d’une scène à l’autre, et en se remémorant encore d’autres scènes de courses-poursuites, pour moi une des premières scènes du Cirque de Chaplin :

(j’en profite, nouvelle digression, pour rappeler que la chaîne YouTube Charlie Chaplin Official a réalisé en décembre 2017 un superbe abécédaire, en anglais et en français sur Chaplin)

ou encore les scènes de poursuite de La Mort aux trousses, et pas seulement celle avec l’avion, mais aussi celle au sommet du mont Rushmore :

Et ceci me permet de faire la transition avec ma deuxième lecture, parue elle en novembre 2018.

De la course à l’instant

Lorsque j’ai appris que François Theurel, alias Le Fossoyeur de films – sortait un livre, je l’ai immédiatement commandé.

Bien que je ne maîtrise pas toujours les sujets qu’il aborde dans ses vidéos, et que je n’ai pas toujours vu les films qu’il évoque, j’aime sa façon de parler du cinéma.

J’apprécie particulièrement ses anciens numéros où il abordait le film noir ou la mythologie au cinéma, j’ai adoré ses vidéos postées sur DailyMotion, Film wars.

J’aime beaucoup aussi ses apartés :

ou encore des épisodes du Fossoyeur consacrés à Zardoz, aux nanars, et mes deux préférés : Dracula et Le Nom de la rose.

Dans T’as vu le plan ? : 100 plans cultes (ou pas) et ce qu’ils nous apprennent sur le cinéma, publié en novembre 2018 aux éditions Tana, on retrouve dans sa manière d’écrire sur le cinéma, sa manière de nous parler du cinéma. Et déjà c’est un plus.

Ensuite, bien évidemment, on retrouve sa sélection subjective de plans au cinéma. Il y avait donc un certain nombre de films que je n’avais pas vus et sur lesquels je ne pouvais pas juger cet ouvrage. Mais ce sont autant de films que j’ai eus envie de découvrir.

Et je me suis raccrochée à ceux que je connaissais déjà.

Le livre est construit en 9 parties :

  1. Plans cultes
  2. Plans claques
  3. Prouesses
  4. Plans tableaux
  5. Détails géniaux
  6. Temps
  7. Quatrième dimension
  8. Dommage
  9. Fragments d’enfance

Chaque double page est consacrée à un plan culte : à sa façon, François Theurel nous présente le plan, et il en profite pour nous glisser quelques notions clefs du cinéma : travelling, champ-contrechamp, spoiler, grand angle, etc.

Parmi ces films, et à vous de retrouver dans quelles parties ils se trouvent, j’ai retrouvé Orange mécanique, Blade Runner, Psychose, La Communauté de l’anneau, Aliens, Steamboat Bill Jr, La Vie aquatique, Harry Potter et la coupe de feu, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Le Septième sceau, Les aventuriers de l’arche perdue, ET l’extraterrestre, Star Wars épisode II, X-Men, Shutter Island, Le Nom de la rose, Monty Python : Sacré Graal ! et West Side Story.

C’est donner une idée déjà de la diversité des plans choisis par François Theurel. C’est dire aussi si le lecteur, même néophyte, peut s’y retrouver.

Le fossoyeur nous entraîne de Kubrick à Hitchcock en passant par Bergman ou Spielberg.

Le choix de Psychose m’a fait repenser à un formidable documentaire, là encore diffusé sur Arte : 78/52, disponible en DVD, avec pour synopsis ce qui suit :

En 78 plans et 52 coupes, la scène culte du meurtre sous la douche de Marion Crane par Norman Bates dans Psychose, chef-d’oeuvre de montage, est une scène légendaire qui a bouleversé à jamais les codes du cinéma mondial. Profanant avec délice le sanctuaire blanc de la salle de bains, le maître du suspense Alfred Hitchcock libérait dans cette scène une libido et une agressivité refoulées sous le carcan victorien. Sentant l’époque changer, à l’aube d’une décennie 1960 marquée par les violences raciales et les émeutes, il envoyait aussi un message à une Amérique jugée trop candide : même sous la douche, on n’est plus en sécurité !

Je recommande ce documentaire à tous les amateurs d’Hitchcock, et j’en reviens au livre du fossoyeur.

Chaque page est illustrée du plan en question, et à l’image de Boby Lapointe dans Tirez sur le pianiste, premier chanteur sous-titré, François Theurel est, sauf erreur de ma part, l’un des premiers à faire un livre souligné.

Si l’on entend aussi bien sa voix lorsqu’on le lit, c’est grâce à ces simples effets de police : texte souligné, majuscules, phrases mises en exergue et ponctuant le texte avec érudition, aparté, et humour (« Je répète, ce n ‘est pas un exercice : LA MORT SCIE UN ARBRE »).

J’ai adoré retrouver le regard caméra d’Alex dans Orange mécanique, et comme pour le premier livre sur les courses-poursuites, les détails et les plans choisis sont inattendus, m’ont rappelé des instants des films dont je ne me souvenais pas forcément (la mort qui scie un arbre dans Le Septième sceau, le moine sens dessus dessous dans Le Nom de la rose) et en ont immédiatement évoqués d’autres.

Pour moi évidemment, des films de Truffaut, d’Hitchcock, de Chaplin, mais aussi les plans hauts en couleurs de Wes Anderson, l’atmosphère de Barry Lyndon chez Kubrick, des dessins animés aussi bien de Disney, Miyazaki, encore une fois les cartoons de la Warner et de Tex Avery, le plan sur Bogart dans Casablanca, le plan sur Bacall dans Le Port de l’angoisse, les épisodes de la trilogie de Star Wars, et plus récemment tous les films de Christopher Nolan et La Forme de l’eau, pour ne citer qu’eux.

Pour tous ces instants de cinéma, pour ces courses-poursuites et ces moments suspendus, merci à Nicolas Tellop et à François Theurel.

J’espère avoir suscité chez vous un nombre infini de souvenirs cinéphiles et je vous laisse les savourer…

À bientôt sur Cinéphiledoc !

Retour sur des terres cinéphiles, de Vevey à Paris

Cet article cinéphile du mois de novembre est l’occasion pour moi de retourner sur des lieux de cinéma que j’ai déjà pu explorer.

Pour ponctuer cette petite promenade, quelques images, quelques extraits de films, deux lectures et une exposition.

De retour à Vevey…

En mai 2016, j’ai raconté dans un article ma visite à Chaplin’s world, peu après son ouverture.

Chaplin’s world se situe à Corsier-sur-Vevey, sur les bords du lac Léman, côté suisse, plus précisément ici :

C’est dans cette petite ville que Chaplin s’est installé avec sa quatrième femme, Oona et leurs enfants, après la sortie des Feux de la rampe en Angleterre, et après s’être vu interdire de revenir sur le sol américain.

En 1953, il achète donc le manoir de Ban, où il est décédé le 25 décembre 1977. En avril 2016, le manoir de Ban est devenu ce qu’il était depuis longtemps aux yeux des cinéphiles et ce, à part entière, à savoir : Chaplin’s world.

Je ne reviendrai pas sur ma visite dans ce lieu, pour les curieux je vous invite à consulter mon article de 2016. Il suffit de préciser que pour moi, la découverte du manoir était comparable à la visite pour un fan de cinéma d’animation de Disney Land, cela donnera une idée de mon enthousiasme.

La seule chose qu’à l’époque j’avais déplorée, c’était l’absence d’un catalogue d’exposition.

Il se trouve que depuis juillet 2018, il en existe désormais un, et que j’ai pu trouver dans une grande enseigne culturelle en septembre.

Chaplin’s world : le musée de sa vie est une brochure de 82 pages, publiée aux éditions Beaux-arts, et qui propose un aperçu agréablement illustré de la vie de Chaplin, de son oeuvre et des différents lieux de Chaplin’s world :

  • une biographie en 12 dates ;
  • quelques aspects de sa carrière ;
  • la « galaxie » Chaplin, un aperçu de ses contemporains et de sa famille ;
  • une analyse de quelques « récurrences » présentes dans ses films ;
  • la partie « studio » de Corsier-sur-Vevey ;
  • quelques citations ;
  • et quelques images de Chaplin et de ses proches au manoir

Pour donner une idée de l’aspect si visuel de ce catalogue, ce qui est sa plus grande qualité, en voici quelques pages :

J’espère qu’elles vous donneront, sinon la possibilité d’aller vous-mêmes découvrir Chaplin’s world, du moins l’envie de voir ou de revoir un des films de Chaplin.

Si le sujet vous intéresse voici, hormis l’article sur Chaplin’s world, les autres articles évoquant des ouvrages consacrés à Chaplin :

De retour à Paris…

Après avoir évoqué cet été plusieurs ouvrages consacrés à Paris, en tant que source d’inspiration littéraire et cinématographique – et notamment le très beau Paris de François Truffaut de Philippe Lombard, j’ai eu le plaisir de constater que ce même auteur avait publié deux autres livres ayant pour sujet Paris au cinéma.

Le premier, sur lequel je passe rapidement, est le Paris de Michel Audiard.

Pourquoi passer rapidement ? Parce que malgré tout l’amour que je porte aux Tontons flingueurs (je voue un culte tout particulier à la réplique de Francis Blanche « et c’est pourquoi je voudrais intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoire qu’ils feraient mieux de fermer leur claque-merde« ), je n’ai qu’une connaissance très rudimentaire du cinéma de Michel Audiard. Ce ne serait donc pas assez rendre justice à Michel Audiard ni à Philippe Lombard que d’évoquer ce livre.

Je passe donc directement au second : Paris : 100 films de légendes, publié en septembre 2018, toujours aux merveilleuses éditions Parigramme.

Après une très courte introduction évoquant les liens étroits entre Paris et le cinéma – je précise que l’introduction ainsi que toutes les autres pages sont présentées en français avec une traduction en anglais – chacun des 100 films a droit à une page (ou une double page) avec une photo.

La légende indique le titre, le réalisateur, les acteurs qui y figurent, et le lieu de Paris qui y est représenté (en décor réel ou en studio).

Les films sont classés par ordre chronologique, de Fantômas (1913) à Holy Motors (2012), en passant par Les Enfants du Paradis, Les 400 coups, Le Corniaud, Diabolo Menthe, Tendre poulet, Amélie Poulain ou Inception.

Mise en page simple, belle, efficace, pari (sans S) et promenade réussi pour ce nouveau très bel ouvrage de Philippe Lombard, qui décidément sait nous dépayser et, pour ma part, me redonne envie de voir cette superbe scène d’Inception :

Sergio Leone à la Cinémathèque

Depuis le 10 octobre 2018 et jusqu’au 27 octobre 2019 se tient une exposition Sergio Leone à la Cinémathèque française.

J’avais boudé ces derniers temps les expositions de la cinémathèque, je ne suis pas allée voir les deux dernières il me semble, car j’avais été quelque peu déçue par leur exposition consacrée à l’enfance au cinéma, qui m’avait parue davantage une exposition « d’ambiance » où les objets et tout ce qui s’apparente au « non-film » (affiches, costumes, scénarios, photographies) étaient moins à l’honneur…

Cependant je dois dire que cette exposition Sergio Leone est des plus réussies ! Merci à Sandrine @spdocs d’être venue la découvrir avec moi !

L’entrée de la Cinémathèque, à deux pas des nouvelles sorties du métro Bercy, donne immédiatement le ton :

Les premières salles sont consacrées à l’enfance du cinéaste, à son père et à sa mère, tous deux stars du cinéma muet, lui comme réalisateur, elle comme comédienne.

Puis on accompagne Sergio Leone dans ses années de formation en tant qu’assistant aux côtés des plus grands réalisateurs italiens – dont Comencini et Vittorio de Sica.

Les premières affiches apparaissent, toujours accompagnées d’objets, de livres, d’extraits de scénarios. On y croise les influences de Sergio Leone, des vidéos d’interviews, des regards croisés sur la peinture et son cinéma, un hommage appuyé à Kurosawa…

Dans une salle, sa bibliothèque et son fauteuil.

Dans une autre, un aperçu des métamorphoses qu’il fait « subir » aux acteurs dans ses films, on y retrouve évidemment Clint Eastwood, Claudia Cardinale, Henry Fonda…

Une salle entière est consacrée à Il était une fois en Amérique, de l’écriture du film à sa restauration récente.

Le tout est inévitablement ponctué par des extraits de films et par la musique d’Ennio Morricone.

Un catalogue de l’exposition est disponible :

Vous pouvez trouver plus d’informations sur cet ouvrage sur le site de la Cinémathèque, à cette adresse :

http://www.cinematheque.fr/le-catalogue-de-l-exposition-sergio-leone.html

Pour les mêmes raisons que pour le Paris de Jacques Audiard, j’ai choisi de ne pas le prendre, mais je ne doute pas que ce livre soit de qualité…

Je suis une spectatrice récente de westerns, avant de voir cette exposition je ne connaissais de Sergio Leone que la trilogie du dollar et Il était une fois la révolution (que j’adore), mais j’ai vraiment apprécié cet après-midi à la cinémathèque, qui m’a permis d’en apprendre un peu plus sur ce cinéaste…

Je vous laisse donc en musique et avec lui, et le fidèle magazine Blow Up, et vous donne rendez-vous à la fin du mois (aux alentours du 20) pour l’article #profdoc de Cinéphiledoc.

Humeur #StarWars côté lectures

Comme promis dans l’article précédent, j’évoquerai ce dernier compte-rendu de lectures de 2017, la date oblige, quasi exclusivement à des ouvrages consacrés à l’univers de Star Wars.

Message personnel

Je commencerai par une pensée solidaire et émue au Crime de l’Orient-Express, qui sort le même jour en France que l’épisode VIII de la saga…

J’ai essayé ces derniers temps d’imaginer avec mes amis ce que pourrait être la découverte pour le réalisateur, Kenneth Branagh, de la date de sortie, lors d’une conversation par exemple avec des producteurs (ou en tout cas les personnes qui gèrent le calendrier des sorties en salles) :

« Bon Kenneth, on a revu le calendrier. En France, ton film sortira le 13 décembre…

_ Ok, ce n’est pas loin des fêtes, les Français aiment bien les films avec plein de stars…

_ Le même jour que le dernier Star Wars

_ Noooooooooooonnnn ! (hurlement de désespoir) »

Bref, même si je déteste ce qu’il a fait à la moustache d’Hercule Poirot, j’irai voir (pas forcément le 13 décembre – et Star Wars non plus d’ailleurs) Le Crime de l’Orient-Express.

Qui sait, peut-être cette adaptation égalera-t-elle celle de Sidney Lumet, où figuraient notamment Lauren Bacall, Sean Connery, Jean-Pierre Cassel ou encore Anthony Perkins…

Mais revenons-en à Star Wars.

Le dixième et pas le moindre

Une fois encore, l’une des deux lectures que je vais évoquer ici est issue de la maison d’édition Akileos.

Après cette année Rio Bravo, Retour vers le futur, Le Voyage de Chihiro et Blade Runner, comme une apothéose, les éditions Akileos proposent pour finir l’année et comme dixième numéro de cette collection « BFI : Les Classiques du cinéma », un petit ouvrage consacré à Star Wars.

Évidemment, je ne dirai pas que ce dernier opus est le meilleur de toute la collection (mon plus beau souvenir restant la lecture du numéro 7, consacré à Rio Bravo). Mais ce numéro 10, qui revient principalement sur la genèse et la réalisation de ce qui deviendra l’épisode IV, est à la hauteur de l’ovni cinématographique que Star Wars continue de représenter.

L’homme qui voulait être Han Solo et qui devint Dark Vador

Le livre en question est l’oeuvre de Will Brooker, un universitaire anglais, qui a consacré plusieurs articles et ouvrages à la culture populaire, notamment Batman, Blade Runner, Alice au pays des merveilles, et bien-sûr Star Wars.

Il a été traduit et publié par Akileos en septembre 2017 (il était donc temps que j’en parle).

Après une introduction où l’auteur évoque le manque de travaux universitaires et d’essais sur Star Wars (et le manque de crédibilité que la saga suscite chez les critiques de films, mais aussi le mépris et la condescendance qu’elle provoque chez ce même public), il concentre son propos principalement sur son réalisateur, George Lucas.

Réalisateur certes, mais aussi producteur, et finalement créateur d’un univers qui égale en complexité ceux de Tolkien ou de George R.R. Martin…

Désormais, à chaque fois que l’on va me parler de George Lucas, je vais avoir en tête la vidéo où Carrie Fisher lui rend hommage, avec un humour irremplaçable :

Le propos est le même, ou presque, dans l’ouvrage de Will Brooker.

Ce dernier revient sur les années de formation de Lucas, sur son ambition d’inventer un autre cinéma, un cinéma expérimental, de nouvelles formes, et de se libérer du carcan commercial d’Hollywood.

Star Wars, c’est l’histoire d’un introverti agoraphobe et psychorigide (une sorte de « control freak ») qui voudrait être tout le contraire.

Star Wars, c’est l’histoire d’un réalisateur qui voudrait être le Godard américain (ouf, on l’a échappé belle !) et qui se retrouverait, imaginons, à réaliser La Grande Vadrouille. C’est l’histoire d’un homme qui voudrait incarner la rébellion et que son besoin de contrôle et son idéal d’ordre conduisent du côté obscur, du côté de l’Empire.

Bref, Star Wars, c’est l’histoire de quelqu’un qui voulait être Luke Skywalker, ou encore mieux, Han Solo, et qui se retrouve sous le casque de Dark Vador.

Voilà le portrait proposé par Will Brooker, étayé de souvenirs de tournage, d’archives et d’interviews.

On oscille en permanence, du coup, durant cette lecture, entre le rire et la compassion. Vous êtes un réalisateur formé, avec toute votre petite bande de copains, Coppola, Spielberg, au cinéma et bercé par la Nouvelle vague, vous rêvez de révolutionner le genre et la forme, et vous réalisez Star Wars.

La note d’espoir sur laquelle l’auteur clôt son livre, c’est qu’une fois la saga complète (mais le sera-t-elle jamais ?) George Lucas puisse enfin réaliser son rêve de cinéma expérimental.

En attendant, il faudra encore et toujours persuader les condescendants que George Lucas reste un artiste et un créateur d’univers, même si, à ceux-là, on ne peut plus envoyer Carrie Fisher, malheureusement…

Et si certains en doutent encore, qu’ils se penchent sur ma deuxième lecture. Si elle ne leur ouvrira peut-être pas les yeux, elle leur donnera du grain à moudre !

De l’histoire, de la mythologie, de la philosophie, et des sciences…

Lors de la sortie en salle de l’épisode VII, en décembre 2015, les ouvrages et les hors-séries de revues avaient abondé sur Star Wars, certains consacrés aux personnages, d’autres revenant sur le tournage, sur les influences de George Lucas, sur les questionnements philosophiques, sur les personnages…

Voici la photo d’une exposition Star Wars que j’avais faite au CDI à ce moment-là, et à l’occasion de laquelle j’avais rapporté de chez moi une sélection de livres et de magazines.

Évidemment, depuis, la liste des ouvrages consacrés à la saga s’est allongée, et tout n’est pas forcément intéressant ou à portée financièrement… Comme tout univers en développement, on ne cesse de proposer au lecteur le « guide final », l’ouvrage « ultime » qui l’accompagnera, au moins jusqu’au prochain volet.

Ce qui m’a intéressée dans l’ouvrage que j’ai choisi pour achever cette année de lectures 2017, c’est que je connaissais déjà certains travaux de l’auteur. Je savais aussi qu’il proposerait à la littéraire que je suis, un éclairage particulier sur Star Wars, intéressant et à ma portée.

Il s’agit de : Faire des sciences avec Star Wars, de Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA, et qui ne se contente pas de nous faire découvrir sous cet angle l’univers de Star Wars, mais qui est également connu pour ses conférences sur Interstellar, Seul sur Mars ou encore Tintin.

Dans ce petit livre de quelques 160 pages, il décrypte pour nous des éléments bien connus de l’univers Star Wars : la force, les sabres lasers, les blasters, l’étoile de la mort… pour ne citer que les premiers sur lesquels il s’attarde.

Pour chaque élément, il étudie les influences scientifiques et la faisabilité : peut-on fabriquer un sabre laser ? quelle est la taille de l’étoile de la mort ? comment peut-elle générer autant d’énergie pour détruire une planète ?

Certes, en bonne littéraire, je ne retiens pas forcément tout du propos de Roland Lehoucq, mais ce qui m’a amenée à le lire, c’est d’abord ma curiosité, et aussi ses talents de conteur et de vulgarisateur.

Cet ouvrage m’a permis d’apprendre et de comprendre des concepts scientifiques par le biais de Star Wars, mais c’est aussi un prétexte pour moi d’élargir mon propos.

Car s’il est agréable à lire, Roland Lehoucq est aussi captivant à écouter, et je vous recommande n’importe laquelle de ses conférences (au hasard je mets ci-dessous celle sur Interstellar).

En guise de prolongement et de conclusion…

Puisque nous sommes sur YouTube, restons-y (et cela me permettra d’évoquer tout autre chose que Star Wars et de vous souhaiter de bonnes fêtes en avance, par la même occasion) : ce mois de décembre, la chaîne The Chaplin Films propose un abécédaire Chaplin en anglais et en français.

Chaque jour vous pouvez retrouver deux mots dans une courte vidéo ainsi que des extraits des films de Chaplin illustrant ces mots.

C’est donc avec A comme Amour (si c’est pas mignon) que je vous laisse :

Je publierai le dernier article #profdoc de l’année le 22 décembre, et j’attendrai début janvier 2018 pour faire le palmarès des lectures de 2017.

D’ici là, bonnes lectures, bons films, belles vidéos, et à très bientôt sur Cinephiledoc.com !

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