Comme je l’ai annoncé depuis quelques mois, voici un article hors-série en trois parties proposant un retour réflexif, fruit de différentes expérimentations et d’interventions auprès de publics variés (élèves, étudiants de master MEEF, professeurs documentalistes et CPE), sur l’intelligence artificielle.
J’en profiterai également pour faire une synthèse des séances pédagogiques proposées cette année autour de cette question.
Le précédent article assez conséquent que j’avais publié sur le sujet remonte à 2024, et il proposait un retour d’expérience sur ce qui constituait à l’époque les jalons de ma réflexion et de mes pratiques.
Évidemment, depuis, les outils ont évolué, des éléments de cadrage ont été publiés, et l’année a été aussi pour moi propice à approfondir certains aspects de la question – et si d’autres ont pu être négligés, je compte bien mettre à profit les mois qui viennent pour avancer dans ma réflexion.
Les documents qui illustrent cet article seront ici de différentes natures :
- pour les visuels illustrant les parties principales structurant cet article, il s’agit d’un document de synthèse (que vous pourrez également retrouver ici en version cliquable) et que j’ai partagé à mon chef d’établissement et à mon IPR dans le cadre de mon dernier rendez-vous de carrière ;
- je proposerai également les différents documents de mes séances pédagogiques, supports de cours et fiches élèves ;
- vous retrouverez également différentes captures d’écran me permettant d’étayer mon propos ;
- enfin, je partagerai des images et des infographies générées par IA.
Je structurerai mon propos par les trois axes de la circulaire de missions des professeurs documentalistes, afin de montrer de quelque manière, pour chacun de ces axes, j’ai pu recourir aux outils d’intelligence artificielle, dans quelle mesure ils ont amorcé ma réflexion, et à quels moments je m’en suis affranchie.
Pour chacun de ces axes, j’utilise un point d’ancrage qui a été à l’origine de ma démarche, et qui illustre comment cette démarche s’est construite et a évolué.
Enseignante et maîtresse d’oeuvre de l’acquisition de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias

Dans mes activités professionnelles ressortant de la formation des usagers, l’intelligence artificielle constitue à la fois un objet d’étude, un terrain d’expérimentation et un point de départ à la réflexion pédagogique.
Entre 2021 et 2024, j’avais eu la possibilité déjà d’aborder la question de l’intelligence artificielle dans le cadre d’un projet interdisciplinaire : en effet, il s’agissait de faire étudier à des élèves de terminale en enseignement scientifique les avantages et les inconvénients de l’intelligence artificielle dans différents domaines d’application : les transports, le secteur militaire, la médecine, la recherche d’images et d’information, la domotique.
L’observation de ces secteurs m’a permis ensuite de poser les bases de mon jeu sur l’intelligence artificielle, dont j’avais fait le compte-rendu en 2024 et qui me permet, encore aujourd’hui, d’aborder la question de l’intelligence artificielle avec des élèves de seconde en SNT, bien qu’une mise à jour de ce jeu soit désormais nécessaire.
L’intelligence artificielle constituait alors, en enseignement scientifique comme en SNT et en HGGSP, principalement un objet d’étude.
Progressivement, il m’a ensuite paru nécessaire de construire des scénarios pédagogiques mettant en oeuvre la manipulation d’outils et l’expérimentation directe par les élèves, cette expérimentation impliquant toujours trois aspects de la question :
- une réflexion sur le fonctionnement des outils et sur la formulation du prompt (définir un besoin de recherche)
- une analyse de la réponse et des sources utilisées (vérifier l’information)
- l’élaboration d’un avis argumenté corrélé à la thématique de la séquence pédagogique menée
Pour deux des trois scénarios que je vais à présent détailler ci-dessous, il s’agit de scénarios entièrement élaborés par mes soins.
Pour le troisième, l’outil d’intelligence artificielle générative que j’utilise le plus, à savoir Perplexity, m’a donné le point de départ du scénario pédagogique, dont j’ai ensuite conçu les différents supports. C’est ce scénario que je vais présenter dans un premier temps.
Premier scénario, septembre 2025 / EMC seconde : les droits de l’Homme en 2026
Chronologiquement, il s’agit de la première piste de travail que j’ai voulu mettre en oeuvre, à la demande d’une collègue d’italien ayant des heures d’EMC.
Son idée originelle était de travailler sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen en faisant en sorte que les élèves puissent se l’approprier. L’idée de les faire utiliser et analyser les outils d’intelligence artificielle générative dans le cadre de cette séquence m’est rapidement venue, mais je ne savais pas comment amener les élèves à le faire.
Voici le prompt que j’ai soumis à Perplexity :
Tu es professeur d’EMC et tu souhaites que les élèves de seconde s’approprient la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et en proposent une version actualisée, étayée d’exemples contemporains et issus de l’actualité en travaillant par groupe de deux sur un article de leur choix, et en ayant un usage critique des outils d’IAG. Peux-tu me proposer une séquence pédagogique, son déroulé et ses modalités d’organisation ?
En réponse à ce prompt, Perplexity m’a proposé un déroulé de 5 à 6 séances qui m’a servi de base de travail :
- Séance 1 : découverte et appropriation de la DDHC
- Séance 2 : choix et analyse d’un article
- Séance 3 : usage des outils IAG de façon critique
- Séance 4 : réécriture contemporaine et sélection d’exemples
- Séance 5 : présentation orale et débat argumenté
- Séance 6 (optionnelle) : production écrite ou créative
À partir de cette trame, j’ai conçu un déroulé où j’ai indiqué ce qui pouvait être fait en classe (séance 1, séance 4 éventuellement, séance 5) ou au CDI (séance 2 et 3), ce qui devait constituer l’apport de ma collègue d’EMC (séance 1) et ce qui serait mon apport personnel.
Je ne m’étais pas encore penchée sur le contenu réel des séances quand la collègue s’est rendue compte que pour des raisons d’incompatibilité d’emploi du temps, nous ne pourrions pas mener le projet à terme.
Qu’à cela ne tienne, j’ai proposé le projet à une autre collègue, avec laquelle cependant je ne pouvais commencer à co-animer les séances qu’à partir de janvier, cela allait me laisser du temps pour concevoir les supports de cours et les fiches élèves des séances 2 et 3, qui allait aussi me servir de base de travail pour les autres scénarios pédagogiques de l’année.
séance 2 : choix et analyse d’un article de la ddhc
Cette séance intervenait après la découverte et l’appropriation de la DDHC par les élèves, et s’ouvrait avec le choix, par chaque binôme ou trinôme de l’un des articles.
Avec la première classe, nous avons passé un peu plus de temps à analyser les articles choisis, ce qui amenait ensuite à un travail de recherche sur E-SIDOC et sur Europresse pour trouver des exemples contemporains permettant d’illustrer chacun des articles. La séance s’est donc faite en deux heures, ce qui a permis aux élèves de passer plus de temps à analyser la presse.
Avec la seconde classe, nous sommes passé un peu plus rapidement sur le travail d’analyse de l’article, pour nous concentrer davantage sur les exemples contemporains.
séance 3 : usage critique de l’iag
C’est au sein de cette séance que je reprends la trame mentionnée plus haut, que j’ai fait évoluer en fonction des niveaux et des disciplines impliquées :
- un rappel du fonctionnement des outils (déjà utilisé dans des séances de SNT), de ce qu’est un prompt et de la manière dont on le construit, sous la forme d’un atelier guidé

C’est cet aspect là qui parle le plus aux élèves et qui les amène davantage à se questionner sur le fonctionnement des outils, principalement lorsqu’il s’agit de les amener à donner à l’outil un rôle et un ton spécifique.
En les guidant, ils ont ainsi pu explorer des réponses apportées au travers du ton pris par un influenceur, par un poème en alexandrins à la manière de Victor Hugo ou par un discours prononcé par Emmanuel Macron.
- une analyse de la réponse donnée :

- la construction d’un débat argumenté en lien avec la thématique de la séance ou la réalisation d’une production
Pour cette première expérimentation, et à la suite de cette séance, nous avons choisi avec la collègue de faire réaliser aux élèves des affiches comportant l’article originel et sa réécriture contemporaine avec des éléments d’illustration. À l’exception d’un demi-groupe, tous les binômes ont pu passer à l’oral et présenter leurs travaux.
Deuxième scénario, janvier 2026 / Enseignement scientifique Terminale « Chat GPT est-il un meilleur parieur sportif que vous ? »
Pour ce deuxième scénario, ma réflexion sur les outils d’IAG était déjà un peu plus avancée, et je répondais à la commande d’une collègue qui souhaitait travailler avec sa classe en enseignement scientifique en collaboration avec une collègue d’EPS.
Dans cette classe sont regroupés les élèves de la section sportive, et j’avais eu l’occasion de travailler en SNT précédemment avec cette collègue d’enseignement scientifique.
À l’origine, elle m’avait demandé à ce que les élèves aient une séance sur le jeu de l’IA, mais je lui ai opposé qu’une partie de la classe, si ce n’est la totalité, l’avait déjà fait en seconde.
Je lui ai donc proposé une séance maison reprenant la trame prompt / analyse / avis argumenté, en axant la réflexion sur le lien entre sport et IA.

Pendant que j’accueillais les élèves en demi-groupe, ma collègue les formait à l’utilisation d’un outil d’analyse vidéo, afin de décortiquer ensuite en deuxième séance en classe entière leurs enchaînements de step pour le bac EPS.
Cette analyse faite, ils devaient ensuite soumettre leur enchaînement à Chat GPT, pour que celui-ci l’évalue et leur donne des pistes d’amélioration.
J’ai ensuite revu la classe dans le cadre de la préparation au grand oral et je leur ai rappelé ces séances, pour les inciter à soumettre leurs sujets de grand oral à un outil d’IAG, leur permettant ainsi d’anticiper les questions du jury le jour J.
Troisième scénario, octobre 2025 – avril 2026 / SNT « IA et création artistique »
C’est la conception de ce troisième scénario qui m’a demandé le plus de temps et qui est le plus abouti. Il trouve lui aussi son origine dans un prompt sur Perplexity, mais qui était destiné à la base à imaginer des activités autour de l’édition 2025 de la Fête de la science :
Dans le cadre de la fête de la science 2025 sur la thématique « Intelligence(s) », peux-tu me proposer des activités et des actions à mener dans un CDI de lycée à destination des élèves et des enseignants sur des temps hors cours ? Ces actions seront proposées par le professeur documentaliste, peux-tu en détailler les modalités de mise en œuvre ?
À partir de la réponse générée, j’ai proposé début octobre aux élèves les ateliers suivants :

Suite à ces quelques participations, j’ai eu envie de proposer une séance aux collègues de français, mais je n’ai eu aucune réponse à mon mail (contrairement à la collaboration avec les enseignants d’histoire-géo ou de sciences, la collaboration avec les enseignants de français n’est pas toujours aisée dans mon établissement).
Je voulais tout de même approfondir la question de la création artistique, et très vite, je me suis appuyée sur le fait que je travaillais en SNT avec la classe ayant l’option arts plastiques en seconde.
L’idée d’une séance « IA et création artistique » à présenter en rendez-vous de carrière a tout doucement fait son chemin, ce que j’ai également inclus dans la progression de mes séances avec cette classe :
- une première séance Internet et web (déjà présenté dans un article précédent) avec un rappel sur le fonctionnement des navigateurs et moteurs de recherche
- une deuxième séance se focalisant sur la différence entre moteur de recherche et modèle de langage
- une troisième séance consacrée au jeu sur l’intelligence artificielle à l’issue de laquelle je demandais aux élèves de déposer un petit travail préparatoire sur Pearltrees (3 livres / films / thématiques qu’ils avaient aimés)
Cette progression était rappelée dans ma grille de scénario pédagogique :
Grille de scénario pédagogique 2026-1
La séance « IA et création artistique » à proprement parler s’ouvrait donc sur un rappel du fonctionnement d’un modèle de langage, rappelait les avantages et les inconvénients des outils d’intelligence artificielle générative, puis amenait les élèves vers un atelier guidé, durant lequel ils devaient générer à partir des éléments donnés soit leur profil de lecteur, soit leur bibliothèque idéale, et donner leur avis sur la réponse générée.

Voici à titre d’exemples, le prompt que j’avais soumis à Perplexity afin de réaliser mon propre profil de lectrice :
À l’aide de mes 3 livres préférés (« La Trilogie de Wielstadt » de Pierre Pevel, « Blitz » de Connie Willis et « L’Ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon) et en t’appuyant sur des sites présentant ces livres, réalise mon portrait de lectrice. À partir de ce portrait tu me donneras ensuite une devise de lecteur ainsi que les éléments principaux d’un blason pour en réaliser une forme visuelle, enfin tu me proposeras un prompt à donner à un générateur de blason pour le réaliser.

Jusqu’ici j’ai partagé quelques éléments issus de mon support de cours, voici également la fiche élève associée (je ramasse cette fiche élève systématiquement en fin d’heure, ce qui me permet d’avoir une trace écrite) :

La séance comportait enfin un travail de génération d’image à me rendre, et je fournissais aux élèves dans mon support des exemples de réalisation possible :

Les images générées sont principalement issues des tests préparatoires que j’ai pu faire pour mener cette séance, et voici l’un des blasons que j’ai générés à partir de la réponse donnée par Perplexity :
« Crée un blason héraldique réaliste et détaillé en style médiéval, sur un écu français pointu de fond azur (bleu nuit). Au centre, un dragon d’argent rampant protège un grand livre ouvert de sable aux pages jaunies. En chef, trois bombes stylisées d’or évoquant des explosions. Ajoute deux rapières croisées en bas et une bordure crénelée rouge autour de l’écu. Surmonte d’une couronne murale portant un livre et un parchemin. Éclairage dramatique avec ombres mystérieuses, haute résolution, composition symétrique. ».

J’ai ensuite fourni aux élèves une fiche avec un rappel des différentes consignes pour me rendre leur travail :

Cette dernière séance était la plus aboutie, pas seulement parce que je l’ai particulièrement soignée pour mon rendez-vous de carrière, mais parce qu’elle touchait aussi à certains de mes domaines de prédilection (la lecture, la création littéraire et artistique) et parce qu’il me tenait à coeur de suivre les élèves dans l’utilisation des outils d’intelligence artificielle générative.
En fonction des suggestions qui m’ont été faites à l’issue de cette séance et de mes propres observations, j’ai pu voir les avantages des outils dans la conception des scénarios pédagogiques :
- une proposition de déroulé synthétique
- des pistes de réalisation des supports de cours et des fiches élèves (principalement en terme de structure et des consignes à donner)
Mais évidemment ces pistes de réflexion sont à adapter en fonction du contexte auquel on est confronté (progression des élèves, temporalité, thématiques et disciplines impliquées) et si l’outil peut donner le point de départ, l’enseignant reste celui qui conçoit et met en oeuvre le scénario en l’adaptant à ses objectifs pédagogiques.
Voilà pour la première partie de cet état des lieux, consacré à l’axe 1 de notre circulaire de missions, je reviendrai dans une seconde partie sur l’axe 2, puis dans une troisième partie sur l’axe 3 ainsi que sur mes perspectives de pratiques professionnelles.


