cinephiledoc

Blog pour cinéphiles et profs docs

Étiquette : Hollywood (Page 1 sur 10)

Robots au cinéma

Ce deuxième compte-rendu de lecture cinéphile est consacré à un ouvrage paru en septembre 2019.

Je le garde sous le coude depuis la fin décembre (comme les articles publiés en janvier et en mars) et je ne l’ai pas publié avant car je souhaitais accorder la primeur à l’ouvrage de Philippe Lombard.

Ce petit livre de 70 pages me permet d’aborder une thématique que je ne crois pas avoir déjà traitée sur ce site, et qui servira d’introduction à mon compte-rendu.

Robots au cinéma

Pour préparer cet article, je me suis demandé, fidèle à mon habitude, si la chaîne Blow Up d’Arte n’aurait pas, par hasard, consacré une vidéo aux robots au cinéma.

J’ai donc commencé l’écriture de ce compte-rendu par une courte recherche sur internet : j’y ai trouvé un article des Inrockuptibles de 2014, accompagné de cette infographie très instructive :

J’ai trouvé aussi le podcast d’une émission de France Culture, « Une petite histoire des robots au cinéma« , publié à l’occasion d’une exposition du Grand Palais qui m’avait échappé, Artistes & Robots.

Après recherche, la vidéo si convoitée de Blow Up était facile à trouver :

J’ai aussi trouvé pléthore de vidéos et d’articles, parmi lesquels celui-ci, de Golem 13 : 100 ans de robots au cinéma en 2 minutes.

Voilà qui allait me donner un bon point de départ pour ce compte-rendu !

Des robots, des robots, des robots : petite sélection personnelle

Parmi toutes ces sources, j’ai cherché à retrouver des souvenirs de robots au cinéma, et j’ai décidé de faire une petite liste de ceux qui m’avaient particulièrement marqué et ce avec une question lancinante dont je n’ai pas la réponse : pourquoi les robots au cinéma, ça marque ?

Voici donc une petite sélection de mes souvenirs robotiques, sans ordre chronologique ou de préférence. J’associe au titre un résumé du film.

  • Metropolis, Fritz Lang (1927)

Ce n’est évidemment pas le premier film que j’ai vu, mais quand je pense à l’histoire du cinéma et que je pense « robot », c’est le premier auquel je pense.

En 2026, Metropolis est une ville dans une société dystopique divisée en un quartier haut, où vivent les familles intellectuelles dirigeantes, dans l’oisiveté, le luxe et le divertissement, et un quartier bas, où les travailleurs font fonctionner la ville et sont opprimés par la classe dirigeante. Un savant fou met au point un androïde à l’apparence féminine, qui exhortera les ouvriers à se rebeller contre le maître de la cité.

C’est surtout le fait de voir le robot à la Cinémathèque qui m’avait donné envie de voir le film la première fois, ça et le fait que le 12 février 2010, la nouvelle version restaurée, de 145 minutes, avait été projetée simultanément à Berlin et sur la chaîne Arte, accompagnée par sa partition musicale d’origine et exécutée en direct par l’orchestre symphonique de la Radio de Berlin. Cela faisait quelque chose de voir un film muet entièrement restauré et avec sa musique jouée en direct.

Au-delà de ça, c’est une histoire vraiment incroyable (surtout dans le contexte de l’époque) et qui, lorsque je l’ai découverte, m’a vraiment rappelé mon deuxième souvenir.

  • Le Roi et l’oiseau, Paul Grimault (1980)

Pour les résumés suivants, je vais être un peu plus succincte, d’autant que Le Roi et l’oiseau n’est pas le film le plus simple à raconter. C’est l’un de mes premiers souvenirs cinématographiques et, comme j’aurai l’occasion d’y revenir, l’un des films qui m’a « faite » en tant que cinéphile.

Disons simplement qu’il s’agit d’une réécriture du conte d’Andersen, La Bergère et le ramoneur, qu’on y trouve une ville haute et une ville basse comme dans Metropolis, mais aussi un oiseau, métaphore du poète, face au roi tyrannique contre qui même un robot, le plus fidèle serviteur, finit par se rebeller.

  • Gandahar, René Laloux (1987)

Poursuivons dans l’animation avec Gandahar, un curieux dessin animé français, que j’avais découvert dans la foulée du Roi et l’oiseau.

Sources : Allociné

Sur la planète Tridan, dans le pays de Gandahar, dirigé par la reine Ambisextra et le Conseil féminin, les humains vivent en harmonie avec la nature, qu’ils ont génétiquement reprogrammée pour subvenir à tous leur besoins. Un jour, des hommes de métal noir commencent à semer la terreur aux frontières de Gandahar, dévastant des villages entiers et progressant peu à peu vers la capitale, Jasper.

  • Le Château ambulant, Hayao Miyazaki (2004)

Terminons du côté de l’animation avec un robot beaucoup moins androïde que les autres, celui du Château ambulant de Miyazaki.

Là encore, je ne me risque pas à faire un résumé de l’intrigue, mais je reste émerveillée par ce château fait de bric et de broc, alimenté par Calcifer, le démon du feu.

  • Star Wars : Dark Vador – 3PO – R2D2 – BB8 (1977-2019)

Ici aussi, point de résumé. Pas de préférence non plus entre la respiration et la voix de James Earl Jones pour Dark Vador, le côté majordome anglais de 3PO, les sons et lumières de R2D2 et le petit dernier (je ne compte pas D-O dans l’épisode IX), BB8.

  • Westworld : série télévisée (2016)

Petite incursion dans l’univers des séries télévisées, cet ovni qu’est Westworld avec Anthony Hopkins dans la saison 1, dont il faudrait que je revois chacun des épisodes pour mieux savourer la suite…

Westworld est un parc d’attractions futuriste recréant différents univers, dont l’univers de l’Ouest américain (Far West) du 19e siècle. Il est peuplé d’androïdes, appelés « hôtes », réinitialisés à la fin de chaque boucle narrative. Les visiteurs, appelés « invités » peuvent y faire ce qu’ils veulent sans aucune conséquence. Mais à la suite d’une mise à jour du programme des androïdes, les dirigeants du parc devront faire face à plusieurs bugs dans leur comportement.

  • Terminator, James Cameron (1984)

Enfin j’en termine avec, non pas le plus récent ni celui que j’ai vu en dernier, mais celui auquel est consacré l’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui.

Je ne pense pas avoir besoin de résumer Terminator (quoique, avec les suites et les différents paradoxes de la saga, cela prendrait plusieurs heures), je me contenterai de souligner que dans cette liste, c’est le seul avec Metropolis à vouloir se situer dans un futur humain et à donner une date presque similaire à ce futur : 2026 pour Metropolis, 2029 pour Terminator.

À chaque fois pour les deux films, un robot envoyé pour semer le trouble parmi les humains, l’un envoyé de 2026 en 2026 pour insuffler la révolte, l’autre envoyé de 2029 en 1984 pour tuer dans l’oeuf la révolte des humains sur les machines.

Après ce tour d’horizon, passons à notre livre.

Retour vers le futur du cinéma

Terminator, de Sean French, a été publié en septembre 2019 aux éditions Akileos, et il fait partie de l’une de mes collections fétiches, celle du British Film Institute, ou BFI : Les classiques du cinéma.

Ce petit volume de 70 pages consacré au premier volet de Terminator est particulièrement réussi. Le propos est agréable, accessible.

L’auteur, Sean French, nous invite à nous interroger sur ce qu’est un film culte. En effet, il remarque dans les premières pages de son livre que dans un dictionnaire de David Thomson, A Biographical dictionnary of Film, James Cameron suit directement la réalisatrice Jane Campion. Si cette dernière est considérée comme l’auteur d’un chef d’oeuvre avec La Leçon de piano, Cameron fait l’objet de beaucoup moins d’indulgence.

D’où la question : qu’est-ce qu’un film culte ? Comment un film devient culte ? Et Sean French d’expliquer, en quelques 70 pages pourquoi, justement, Terminator est un film culte.

Son propos est daté de 1996 (son ouvrage n’a été traduit en français qu’en 2019) et cela donne tout son sel au livre : l’auteur l’écrit à une époque où ne sont sortis que deux volets de la saga Terminator, et où James Cameron, tout réalisateur confirmé qu’il est (il a à son actif Aliens sorti en 1986) et tout marqué par cette saga qu’il puisse l’être, n’a pas encore réalisé Titanic, encore moins Avatar.

Avec ce petit livre Terminator, le lecteur se trouve donc presque enfermé dans une faille temporelle où certes, on est sûr de tenir avec ce film un film culte, mais où un après bien connu n’est pas encore advenu. Un chapitre est d’ailleurs consacré aux réactions d’un spectateur qui découvrirait Terminator scène par scène pour la première fois, histoire de rester enfermé confortablement dans cette bulle temporelle cinéphile…

Quant à James Cameron, qui réalise les deux premiers volets de Terminator, qui réalise Aliens, il me fait vraiment penser à son acolyte Ridley Scott – ces deux-là d’ailleurs s’entendent-ils pour tour à tour nous émerveiller et nous décevoir, et d’ailleurs s’entendent-ils tout court ?

Ils parviennent à merveille à bâtir un imaginaire cinématographique révolutionnaire qui nous construit en tant que cinéphiles tout autant qu’ils nous laissent sur notre faim/fin.

Imaginaires cinématographiques

James Cameron et Ridley Scott, ces deux compères-là ont bien fait pour ma cinéphilie, avec beaucoup de plus et quelques moins, même si je suis loin d’avoir épuisée leur filmographie…

J’ai découvert Ridley Scott avec Gladiator et Kingdom of Heaven, j’ai appris après qu’il était le réalisateur de Blade Runner et d’Alien (dont je n’ai vu que les trois premiers de la saga), je n’ai jamais vu Prometheus, j’ai adoré le polémique Robin des bois (parce que Russell Crowe et Cate Blanchett), j’ai boudé Exodus et j’ai retrouvé Ridley Scott avec Seul sur Mars.

Quant à James Cameron, j’avais 11 ans à la sortie de Titanic, donc pour moi, James Cameron c’est Titanic, ensuite Terminator puis Avatar.

Les films de ces deux réalisateurs font partie des films « qui m’ont faite », au même titre que Le Roi et l’oiseau, La Nuit américaine, Cinema Paradiso, Hook… et des dizaines d’autres auxquels je pourrais penser et que j’ai pu oublier, mais des films que l’on voit un nombre incalculable de fois jusqu’à connaître la moindre réplique par coeur.

Ils pourraient tout à fait figurer dans la série proposée par Netflix, et que je recommande aux abonnés : « The Movies That Made Us », une série qui revient, avec un générique irrésistible, sur les coulisses de quelques incontournables : Maman j’ai raté l’avion, Dirty Dancing, SOS Fantômes, Die Hard : Piège de cristal.

Une petite madeleine cinéphile, en somme. Allez-y voir si le coeur vous en dit !

https://www.netflix.com/fr/title/80990849

Bons souvenirs, et à bientôt sur Cinephiledoc !

2019 : Palmarès de lecture

Contrairement à mes habitudes depuis quelques années, je publie début décembre ce palmarès de lecture.

En effet, je prévois début janvier un article qui ne sera ni tout à fait cinéphile, ni tout à fait profdoc, et cela me donnera également plus de temps pour vous préparer les comptes-rendus de lecture de février et mars prochains, sur des ouvrages que j’ai déjà pour projet de lire…

Cela me permettra aussi de vous donner quelques idées de cadeaux de Noël, si vous souhaitez glisser sous le sapin l’un ou l’autre des ouvrages sympathiques dont j’ai pu vous parler cette année.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Cette année je suis un peu donc encore plus ponctuelle que l’année passée puisque j’ai préparé ce palmarès à la mi-octobre et que je le publie début décembre.

J’ai l’impression d’être comme les magasins qui font leurs annonces de promos de rentrée au mois d’août ou sortent leurs catalogues de fêtes à la Toussaint…

Comme l’an dernier, voici d’abord un état chiffré des lectures 2019 :

  1. janvier. Deux lectures : Movieland, de David Honnorat et Games of Thrones : les cartes du royaume (deux ouvrages catégorie Beaux livres)
  2. février – mars. Deux lectures : Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! de Philippe Lombard et Tout Truffaut, de Anne Gillain (catégorie Essais ?)
  3. avril : une lecture. Max, de Stéphane Olivié Bisson (roman poétique)
  4. juillet : deux lectures. Kaamelott, une livre d’histoire et Winter is coming (catégorie Essais)
  5. septembre : deux lectures. Matrix, de Joshua Clover (essais) et Louis de Funès, de Clémentine Déroudille (beau livre).

Alors oui, cela fait environ moitié moins de livres que l’an dernier, où j’ai lu 16 ouvrages qui ont pu faire l’objet d’un compte-rendu sur Cinéphiledoc. Mais vous verrez en janvier que, si j’ai moins lu sur le cinéma, j’ai tout de même beaucoup lu cette année…

Ces lectures ont l’air quelque peu disparate, mais on peut tout de même les organiser par thèmes.

Voici ce qu’on peut en retenir.

Palmarès 2019

Les figures tutélaires

Parmi les 9 ouvrages lus cette année, trois sont consacrés à un personnage emblématique du cinéma, et, sinon à l’univers cinéphile de chacun, du moins à mon imaginaire cinéphile personnel.

Il s’agit évidemment de François Truffaut, que j’ai retrouvé avec plaisir dans le Tout Truffaut de Anne Gillain, et qui m’a fourni le prétexte de quelques petites confessions ; de Max Linder, pris sur le vif dans le surprenant roman de Stéphane Olivié Bisson, et de Louis de Funès, dont l’évocation par Clémentine Déroudille m’a plongée dans une succession de répliques de films et m’a, une nouvelle fois, donné envie de revoir La Folie des grandeurs

Parmi ces trois ouvrages, je choisis le très succinct et néanmoins efficace tant dans l’écriture que dans l’émotion : Max, de Stéphane Olivié Bisson. Un texte troublant et poétique, et qui nous donne l’occasion de ranimer la mémoire sur un précurseur du cinéma comique, sur un poète maudit du cinéma muet, longtemps condamné à l’oubli. Une sorte de soldat inconnu du septième art dont la lecture de ce livre serait une des chances de ranimer la flamme.

Aux temps et lieux des séries

Il fallait bien pour la sortie tant attendue (mais je donnerai pas mon avis dessus) de la saison 8 de Game of Thrones, que je poursuive mes lectures sur le sujet.

J’ai donc eu une année 2018-2019 riche en découvertes : fin 2018 le Dictionnaire de la fantasy, publié chez Vendémiaire, et déjà évoqué dans le palmarès 2018 en janvier dernier. À la même période, l’excellent ouvrage de Cédric Delaunay, Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Début 2019, j’ai parcouru Game of Thrones : les cartes du royaume, mais il ne s’agit pas de la lecture la plus accaparante qui soit…

Petit pas de côté dans l’univers des séries médiévales, j’ai exploré les influences historiques de Kaamelott, avec Kaamelott : un livre d’histoire, de Florian Besson et Justine Breton.

Enfin, en juillet j’ai découvert l’ouvrage de Carolyne Larrington, Winter is coming, qui revient brillamment sur les références littéraires médiévales de Game of Thrones. C’est sur ce dernier que je m’arrête pour son incroyable érudition et pour la plongée qu’elle nous offre dans le Moyen Âge.

Visite guidée du cinéma : jouer sur les cartes, jouer sur les mots

Enfin, les trois livres qui me restent sont plus compliqués à classer.

J’ai apprécié l’escapade rêveuse dans Matrix proposée par Joshua Clover, même si, je l’avoue, l’ouvrage ne fait par partie de mes préférés de la collection BFI : Les classiques du cinéma de chez Akileos.

J’ai vu qu’en septembre 2019 étaient parus deux nouveaux volumes, l’un sur Toy story, l’autre sur Terminator, je vous reparlerai donc peut-être à l’occasion de ce dernier…

J’ai impatiemment attendu en fin d’année dernière le Movieland de David Honnorat, qui ne m’a absolument pas déçue, et qui propose un fabuleux voyage cinéphile par itinéraires et associations d’idées, qui ne pouvait que me séduire.

C’est à lui que j’accorde ma dernière mention, pour cette raison et aussi parce que je ne peut pas accorder tous les ans une mention à l’un de mes auteurs cinématographique fétiche : Philippe Lombard, qui a, cette année encore (et ce n’est pas fini), réussi à m’apprendre beaucoup de choses sur le cinéma tout en me distrayant, avec son désopilant Arrête de ramer, t’attaques la falaise !

Vous voulez offrir deux livres à des amateurs de cinéma pour Noël ? Offrez Movieland et offrez un livre de Philippe Lombard, quel qu’il soit, vous trouverez forcément de quoi faire plaisir !

Bilan

Évidemment, pas de mention spéciale cette année, puisque j’ai eu beaucoup moins de lectures cinéphiles que l’an passé, même si mon été a été très riche de deux univers littéraires et cinématographiques captivants : celui de Daphné du Maurier et celui d’Agatha Christie.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire la biographie de Du Maurier, Manderley for ever, à lire l’autobiographie et la biographie d’Agatha Christie, et à reprendre dans l’ordre de leurs parutions les Hercule Poirot (au moment où j’écris ces lignes, j’en suis à Cinq petits cochons, c’est donc mon 23e Hercule Poirot pour 2019).

Je ne sais pas trop ce que me réserve 2020 pour mes lectures, même si j’ai une petite idée de ce à quoi ressembleront déjà mes articles de février et de mars, qui, normalement, seront consacrés à quelques dernières publications de 2019, notamment à des publications parues normalement en octobre-novembre et que j’ai beaucoup attendues.

J’y parlerai d’un cinéaste que j’apprécie énormément, et de tournages mouvementés…

D’ici là, je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes de fin d’année, et je vous mitonne pour très prochainement le dernier article #profdoc de 2019.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

Rêves, philosophie et cinéma

Pour ce compte-rendu d’octobre, j’ai décidé d’évoquer des territoires familiers et pourtant étranges, des sujets déjà abordés, effleurés, mais que je n’avais pas approfondis, et comme l’indique le titre, qui s’y prêtent tout à fait, à savoir le rêve et la philosophie (cette dernière de façon un peu moins poussée) au cinéma.

Reprendre une habitude

Le premier des territoires familiers que j’aborde n’est cependant ni celui du rêve, ni celui de la philosophie, mais un territoire éditorial : celui d’Akileos et de sa collection, BFI : Les classiques du cinéma.

Cette petite collection d’ouvrages, chacun consacré à un film, et qui compte à présent 16 volumes, a fait des émules depuis son apparition, avec le premier consacré à Alien en 2016, en passant par Shining, Le Parrain, Blade Runner, Rio Bravo (mon préféré), ou encore Star Wars.

Territoires familiers mais étranges – inquiétante étrangeté – chaque volume est l’oeuvre d’un auteur, avec son style et sa personnalité, ce qui donne des analyses parfois très factuelles, parfois très oniriques, sans qu’il y ait cependant de ma part de critique cachée pour les unes ou pour les autres.

J’ai donc commencé très studieusement cette collection en 2016, au fil des parutions et des traductions. Le dernier volume que j’avais ajouté à ma bibliothèque était celui consacré à L’Exorciste (volume 12). J’ai ensuite fait une petite pause, jusqu’à apercevoir la couverture du numéro 16, celui consacré à Matrix.

Voilà pour le titre : rêves, philosophie et cinéma.

Premiers souvenirs de Matrix

Avant d’évoquer ce fameux numéro 16, j’aimerais revenir quelques instants sur mes premiers souvenirs de Matrix, ce qui me permettra, comme à mon habitude, de passer allègrement du livre qui m’intéresse à quelques autres petits sujets.

Matrix est sorti au cinéma en 1999. J’avais 13 ans en 1999… c’est dire si j’étais en plein dans ma période Leonardo di Caprio, Titanic, etc (à trois ans près, je sais, mais j’ai l’admiration tenace).

C’est dire également si j’étais loin d’un cinéma comme Matrix. À vrai dire, j’étais encore loin d’un cinéma tout court, puisque mon intérêt pour le cinéma a commencé à dépasser les plans de Leonardo vers ma période lycée.

2000 : je commence une période Russell Crowe (Gladiator, tout ça, tout ça…) je suis encore dedans, même si le bonhomme me fait moins fantasmer à l’heure actuelle qu’en général romain ou qu’en capitaine blond dans Master and Commander.

2001 : combo Le Seigneur des anneaux, Harry Potter et Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Vous remarquez que je commence enfin à suivre l’actualité… et Matrix dans tout ça ? Patience.

Je saute quelques années, et j’atterris entre 2004-2006 où la première personne qui me parle de Matrix est mon prof de philo (celui de terminale ? celui de khâgne ? je ne sais plus).

Et ce qu’il me dit, c’est que Matrix est une parfaite relecture du mythe de la caverne de Platon. Vais-je voir le film pour autant, je ne sais plus, peut-être le premier…

Je me souviens que Matrix a fait partie pour moi d’un vaste plan de rattrapage culturel à partir de 2008, et où j’ai décidé de revoir les films de « ma génération » que je n’avais pas pu voir à leur sortie : y figuraient pêle-mêle Terminator, Star Wars, Retour vers le futur et, côté français, La Cité de la peur. J’avais du pain sur la planche !

Mais toujours m’est restée cette petite phrase entendue en cours de philo : Matrix comme relecture parfaite du mythe de la caverne de Platon. Comme quoi, il suffit d’une petite phrase apprise à l’école au bon moment et par la bonne personne pour vous donner envie d’en savoir plus.

C’est cette même petite phrase qui m’a poussée vers le volume 16 des éditions Akiléos. Je voulais retrouver Matrix.

Une vision personnelle

Comme je l’indiquais un peu plus haut, chaque volume de cette collection est l’oeuvre d’un auteur qui va proposer sa vision personnelle du film.

C’est donc Joshua Clover qui nous propose, dans ce volume 16, sa vision de Matrix, vision écrite en 2004 et traduite pour le lecteur français en février 2019.

Si j’insiste tant sur cette spécificité de l’auteur, c’est parce que le volume sur Rio Bravo (par exemple) ne va absolument pas être pensé comme celui sur Les Sept samouraïs et celui sur Blade Runner ne ressemblera en aucun point à celui sur Matrix, bien que j’ai tenté, avec ces quatre exemples, de rapprocher des films qui pourraient être, disons de connivences.

Qui est Joshua Clover ? Un auteur de poésie, nous dit la quatrième de couverture, professeur de poésie et de poétique à l’Université de Californie à Davis.

Sa lecture, même photographies issues du film à l’appui, ne ressemblera donc en aucun cas à une analyse plan par plan.

Rêver de Matrix, écrire sur Matrix

Après une introduction qui évoquent quelques exemples de films abordant la frontière entre illusion et réalité, Joshua Clover joue sur les aspects contradictoires de Matrix et organise cette lecture en quatre temps :

  1. Numérique positif
  2. Numérique négatif
  3. Spectacle positif
  4. Spectacle négatif

Le tout réfléchit à la façon dont l’aspect du film offre au spectateur une image en contradiction avec sa vision des choses. Matrix est une prouesse technique et un succès commercial qui remet en cause l’univers numérique et le bonheur factice qu’offre le divertissement…

Je résume à gros traits le propos de l’auteur, car je dois avouer que son écriture quelque peu vertigineuse (poétique), non dénuée d’ironie par endroit, m’a parfois quelque peu perdue. J’avais constamment le sentiment d’être d’accord avec lui (quoique) mais de ne pas l’être pour des raisons évidentes.

Pour simplifier, la façon dont Joshua Clover parle de Matrix, qu’elle soit politique, philosophique, économique, qu’elle aborde l’industrie cinématographique, la relation de l’être humain au travail, ou les progrès technologiques de la société, n’est en aucun cas inexacte, mais elle est sinueuse.

J’ai passé toute ma lecture à hocher la tête en gromelant « Oui bien-sûr, mais pourquoi ne pas le dire plus simplement ? »

Joshua Clover m’a donné envie de revoir Matrix, mais presque par esprit de contradiction. Il indique souvent que lire Matrix de manière philosophique, c’est rester à la surface.

Par esprit de contradiction, je décide de continuer à rêver de la relation entre illusion et réalité, parce que j’ai toujours affectionné la façon dont les soeurs Wachowski représentent le monde, le rêve, l’illusion, les sens et notre éveil à une nouvelle conscience, que ce soit dans Matrix ou dans Sense8.

Rêver, philosopher, temps et espace, passé et futur : tout en un

Il y a deux univers cinématographiques et télévisuelles qui me fascinent : celui des soeurs Wachowski, avec Matrix, Cloud Atlas et Sense8, et celui de Christopher Nolan avec Inception et Interstellar.

Deux manières, justement, d’embrasser l’univers, le réel et l’illusion, l’individu et l’universel, le temps et l’espace, le passé et le futur, avec le vertige à chaque fois que procurent leurs inventions visuelles : Matrix et sa matrice, Sense8 et ses différentes personnalités qui se rejoignent et se complètent, Inception et le labyrinthe du rêve, Interstellar et le tourbillon de l’espace-temps.

Deux univers, deux virtuosités uniques et dont j’attend impatiemment chaque nouvelle manifestation.

Pour conclure sur rêves et cinéma, je reprend quelques mots d’un article que j’avais publié en 2016, et qui était consacré aux rêves dans les séries télévisées :

Vertigo d’Hitchcock, les films de Buster Keaton et de Chaplin, Chantons sous la pluie (…) Brigadoon, curieux film où deux Américains découvrent un village qui n’existe qu’un jour par siècle… La Maison du Dr Edwardes d’Hitchcock, La Femme au portrait, un magnifique film de Fritz Lang (peut-être mon préféré à ce jour), (…) Matrix et surtout Inception, entre autres, tous ces films où le rêve est tour à tour trompe-l’œil et réalité alternative.

Voici les quelques films que j’y avais évoqués, et voici les deux vidéos que je leur avais associées : un top 10

et un numéro de Blow Up :

Et pour ceux qui veulent rester sur un terrain moins onirique, plus philosophique, voici quelques titres :

  • Cinéphilo, d’Olivier Pourriol
  • Philosophie en séries, de Thibaud de Saint-Maurice
  • Game of Thrones : une métaphysique des meurtres, de Marianne Chaillan
  • Harry Potter à l’école de la philosophie, de Marianne Chaillan

Avec tout cela, rêvez bien, philosophez bien, replongez-vous dans des films qui embrassent l’univers, et à bientôt sur Cinéphiledoc !

Max, tout simplement

Pour ce dernier compte-rendu de lecture avant les hors-série de l’été, j’ai à nouveau trouvé un roman.

Encore ?, me direz-vous… et je viens de me rendre compte que finalement, c’est le premier roman sur le cinéma sur lequel je fais un compte-rendu depuis début 2019.

Le faux bond de Pascal Thomas

La vérité, c’est que j’ai été un peu perturbée dans mon planning de publication sur Cinéphiledoc. Au mois de juin, j’avais prévu de vous parler des mémoires du réalisateur Pascal Thomas, qui devaient sortir au mois de mars.

J’avais compté large, et donc prévu de publier un article pour le mois de juin, cela me paraissait un délai relativement confortable. Et voilà que la date de publication est repoussée à octobre – c’est du moins la dernière date que j’ai vue.

Branle bas de combat, il faut trouver une nouvelle lecture.

Je consultais donc avidement les nouveautés cinéphiles, en documentaire comme en fiction, et c’est dans la librairie Albin Michel du boulevard Saint Germain que je l’ai trouvé, parmi les dernières parutions en romans.

On peut (parfois) juger un livre d’après sa couverture

Contrairement à ce que dis l’homme livre qui incarne Le Prince, de Machiavel dans Fahrenheit 451 de Truffaut, on peut, parfois (ce n’est pas forcément systématique) juger un livre d’après sa couverture.

En tout cas, en voyant la couverture du livre dont je m’apprête à vous parler, j’ai su exactement de quoi il allait retourner.

Cette couverture, la voici :

J’ai tout de suite su en voyant cette couverture que l’auteur allait me parler de Max Linder. Et j’en ai déduit qu’il allait me parler de cinéma muet, d’une moustache, d’un haut de forme, et que, de toute façon, sans spoiler, ça allait mal finir.

Max, donc, un petit livre de quelques 110 pages, de Stéphane Olivié Bisson, paru en avril 2019 (timing parfait) aux éditions Cambourakis.

Éditeur inconnu au bataillon pour moi, et lorsque je vais sur le site de ce dernier, et que je tape le titre du livre (Max, donc) il ne trouve rien. Idem lorsque je fais une recherche par auteur. Il faut croire que Max, le livre, est poursuivi par la malédiction de Max, l’homme.

L’histoire de Max

Quelle est donc l’histoire de Max ?

J’ai eu l’occasion, il y a assez longtemps (à l’époque faste où je faisais encore 4 hors-série de l’été sur ce blog) de raconter Max. C’était dans cet article :

Hors-série n°5 : Dans l’ombre des parents célèbres

Pour ceux qui ont la flemme de tout relire, une petite biographie express :

Max Linder n’est pas seulement le nom d’une (ou de plusieurs) salle de cinéma.

Max Linder, de son vrai nom Gabriel Leuvielle, c’est, après les frères Lumières et après Méliès, LE Français qui a régné sur le cinéma comique muet des années 1910-1920 et que Chaplin lui-même considérait comme son maître. Il a créé un personnage récurrent – comme plus tard le sera le vagabond Charlot – de dandy élégant coiffé d’un haut-de-forme, que l’on retrouve ici dans un court-métrage : Le chapeau de Max.

Après avoir régné internationalement sur le cinéma muet, après avoir tenté une carrière aux États-Unis (avec des résultats plus aléatoires), l’histoire tourne court.

Les histoires du muet finissent mal… en général

C’est toujours ce qui m’a émue dans les destins du cinéma muet, et c’est pour cette raison que j’ai régulièrement écrit là-dessus : la grandeur d’un art puis sa disparition brutale a fait beaucoup de dégâts.

Les précurseurs du muet ne font pas exception.

Combien d’années Méliès a-t-il passé dans le modeste magasin de jouets de la gare Montparnasse après avoir été l’inventeur de génie de tant d’effets spéciaux et après avoir eu son propre studio ?

Comment a fini Max ? En enlevant une jeune femme pour l’épouser, en la soumettant à sa jalousie maladive, et en finissant par la tuer, puis par se suicider, en laissant derrière lui une petite fille de 16 mois.

Et les autres ? à part Chaplin qui a su tirer son épingle du jeu ?

Roscoe Arbuckle, dont la carrière a été brisée par un scandale de viol et de meurtre.

Buster Keaton, jugé dépassé par les studios hollywoodiens, miné par un divorce, puis par la dépression et l’alcool, et à qui Chaplin et Billy Wilder donneront l’occasion de réapparaître fugitivement (mais glorieusement) à l’écran, dans Les Feux de la rampe et Boulevard du crépuscule.

Max Linder n’aura pas cette chance, même posthume.

Maud Linder, confié par testament à la garde de Maurice, le frère ainé de Max, Maurice, qui, rongé par la syphilis, l’alcool et la haine envers son frère, dilapide une grande partie de l’héritage, enterre les bobines de ses films dans son jardin, les rendant inexploitables.

Quant à ceux qui lui sont redevables…

… ils ne s’exprimeront plus par la suite sur Max Linder, laissant à l’oubli ce nom qu’en 2019 Stéphane Olivié Bisson nous propose de redécouvrir.

Lettre d’un père à sa fille

Si j’ai tenu à parler de ce livre, ce n’est pas seulement parce qu’il évoquait, à nouveau, les affres du cinéma muet.

Ce n’est pas seulement parce qu’il me rappelait l’un des plus beaux romans sur le cinéma que j’ai jamais lu, Le Livre des illusions de Paul Auster. Max Linder, c’est un peu Hector Mann, Hector Mann, c’est un peu Max Linder. Les différences, je vous laisse en faire le catalogue.

C’est aussi parce que j’ai été happée dès la première phrase par un style sobre, et à la triste délicatesse :

Ici j’ai mis du temps à me souvenir que j’avais été célèbre. Adulé, admiré, aimé par des foules d’anonymes parlant toutes les langues, qui s’esclaffaient, se tordaient de rire à en pleurer, à la même minute sur tout le globe et sans se connaître, devant le spectacle de mes acrobaties burlesques.

Quel étrange pantin en noir et blanc sautillait devant eux et qui, si l’on se rapproche, me rappelle bien quelqu’un. Un vivant que j’aurais perdu, un spectre, un proche ou ma propre image dont je ne me souviens plus.

Ici ? ici, où, quand ? Le mystère de ce premier mot, puis tous les suivants.

Et ce qui m’a frappé, c’est une idée qui m’est revenue : je n’avais jamais trouvé (ou jamais suffisamment cherché) de recueil de poésie qui évoque le cinéma.

Si tel avait été le cas, j’en aurais immédiatement fait un article. Alors oui, Max de Stéphane Olivié Bisson, avec sa complainte de clown blanc, est certes rangé dans le rayon des romans, mais je le considère à juste titre comme l’un des textes les plus poétiques qui soit sur le cinéma.

C’est un texte qui bouscule l’écriture et les genres. Monologue intérieur d’un mort depuis longtemps et d’un oublié trop longtemps, Max est aussi le chant d’amour posthume d’un père à sa fille.

D’outre-tombe, le père écrit à sa fille, dit sa tristesse de l’avoir abandonné (et pour quel tuteur !) mais dit sa fierté aussi devant le parcours du combattant qu’a accompli Maud Linder.

Après avoir travaillé comme journaliste de cinéma, réalisatrice de films publicitaires et assistante-réalisateur, Maud Linder s’est essentiellement attachée à retrouver, reconstituer et faire connaître l’œuvre de son père, sur lequel elle a réalisé plusieurs documentaires (En compagnie de Max LinderL’Homme au chapeau de soie, Max Linder, ce père que je n’ai pas connu) et rédigé des biographies.

Stéphane Olivié Bisson reconstitue le parcours du père et de la fille, du père depuis les vignes de Saint-Loublès et jusqu’à son suicide en 1925 dans une chambre d’hôtel, de la fille depuis ce même matin de 1925 et tout au long de son chemin de croix pour arracher son père de l’oubli.

Et si nous avons aujourd’hui le livre de Stéphane Olivié Bisson entre les mains, c’est bien la preuve qu’elle y est parvenue.

Envie d’en savoir plus sur le cinéma muet ?

Voici une petite sélection d’autres articles de Cinéphiledoc :

Bonnes lectures, relectures, découvertes et redécouvertes et à bientôt sur Cinéphiledoc !

Cartographie cinéphile

Cet article cinéphile de mars m’a été inspirée par le Dictionnaire de la Fantasy, publié par les éditions Vendémiaire et dont j’ai parlé en décembre dernier.

L’une des entrées de ce dictionnaire m’a semblé être le point de départ idéal du compte-rendu de lecture des deux ouvrages dont traitera cet article.

Imaginaire de la carte

Sans surprise, l’auteur de cette entrée est Florian Besson, co-auteur en 2018 de Kaamelott : un livre d’histoire, ouvrage également publié chez Vendémiaire, et dont j’aurai peut-être l’occasion de vous reparler.

Il s’agit de l’entrée « Cartes », qui pour moi, dans ce dictionnaire, s’est démarquée dès ma première lecture, et qui, deux mois après, me reste en tête.

J’en reprends ici les principaux arguments, juste après une introduction de l’auteur sur la carte de la Terre du Milieu de Tolkien et la carte qui figure au générique de Game of Thrones :

La carte plaît parce qu’elle est une invitation au voyage : ses toponymes mystérieux et ses sonorités exotiques évoquent des horizons lointains et promettent au lecteur un beau dépaysement […]

La carte intrigue, fascine, piège l’imagination, pousse à l’exploration. […]

Gage d’authenticité, la carte vient avant tout garantir le réalisme du monde créé par l’auteur : l’univers fictionnel se voit doté d’une géographie précise, où prennent place des langues et des religions spécifiques. […]

Pour autant […] ces représentations cartographiques sont en réalité contemporaines. Les cartes des cycles fantasy sont ainsi presque systématiquement orientées vers le nord, souvent ornées d’une belle rose des vents, alors que ce sont là des conventions cartographiques propres aux systèmes de représentations occidentaux […] les auteurs eux-mêmes sont pris à leur propre piège, séduits par le potentiel de la carte et placés de ce fait dans l’impossibilité presque absolue de ne pas en proposer au moins une.

C’est cette évocation des cartes dans l’univers de la fantasy qui a, d’une certaine manière, structuré ma pensée et qui me permet aujourd’hui de vous faire le compte-rendu de deux lectures.

La première découle directement du Dictionnaire de la Fantasy et a suivi une autre lecture : Game of Thrones : de l’histoire à la série.

Game of Thrones : l’imaginaire en cartes

Il s’agit moins d’un livre que d’un coffret, et lorsqu’on l’ouvre, celui-ci est assez spectaculaire.

Game of Thrones : les cartes du monde connu a été publié en 2015 chez Huginn & Muninn, une maison d’édition franco-américaine principalement connue pour ses ouvrages (parfois des énormes pavés dont l’achat est bien évidemment indispensable à tout fan qui se respecte) sur Harry Potter.

Huginn & Muninn est une référence en terme de lecture pour les geeks et les amateurs de pop culture. C’est elle qui a publié les premiers livres consacrés à Game of Thrones (la série télévisée) et qui a donc proposé en 2015 ce coffret.

12 pages, la lecture en pourrait être vite expédiée, et l’on pourrait penser qu’hormis pour les fans absolus et invétérés de la série, elle peut prêter à sourire.

12 cartes à déplier, les unes offrant un plan d’ensemble de l’univers d’Essos et de Westeros, les autres zoomant au-delà du mur ou sur Port-Réal et ses différents quartiers – à force de voir et revoir la série en version originale, les noms en version française me sont devenus moins familiers.

Finalement, on peut se prendre au jeu, suivre du doigt les itinéraires de nos personnages favoris, se perdre dans les territoires vallonnés de l’Ouest, et répondre à l’invitation de Cédric Delaunay dans la première partie de son ouvrage Game of Thrones : de l’histoire à la série, très justement nommée « La carte et le territoire » :

Admirons les luxuriantes cités de Braavos et de Port-Réal ; ébahissons-nous de la majesté du Mur, foulons les vastes steppes semi-arides d’Essos que hantent depuis des millénaires les cavaliers dothrakis ; festoyons dans les luxuriantes plaines du Conflans ; partons dans un monde imaginaire aussi beau et divers que le nôtre…

Invitation qu’avait déjà lancé Nota Bene dans l’un de ses épisodes « Motion VS History » (attention pour ceux qui le découvrirait maintenant, l’épisode date de 2015, comme notre livre de chez Huginn & Muninn) qui se penchait aussi sur les différents territoires de cet univers, avec l’aide du Cartographe, une autre chaîne YouTube :

C’est à cette invitation que propose également de répondre le deuxième ouvrage sur lequel se penche cet article, en s’immergeant non plus dans l’univers d’une série télévisée, mais en embrassant, sinon la totalité, du moins les infinies possibilités de l’univers cinématographique.

Pays et villes au cinéma

J’avais déjà consacré plusieurs articles à des itinéraires cinématographiques, imaginant quel film serait le plus représentatif pour moi de tel ou tel pays, circulant dans telle ou telle ville avec un ou plusieurs films en tête, voyageant avec un auteur de la côte est à la côte ouest des États-Unis, accompagnée par Hitchcock…

Lorsque l’on s’intéresse au cinéma français, japonais, italien, ou américain, les décors sont rarement absents : on voyage avec Le Parrain de la Sicile aux quartiers de New-York, on déambule dans Paris avec les Quatre-cents coups et Hôtel du Nord, on suit Cary Grant depuis le siège de l’ONU jusqu’au mont Rushmore dans La Mort aux trousses

Et lorsqu’on peine à retrouver la bonne rue, le bon quartier, on peut de temps en temps compter sur Blow Up – encore, et toujours Blow Up – pour nous faire faire un tour d’horizon de Londres, Venise, Berlin, San Francisco ou New York au cinéma.

Enfin, si l’on veut se plonger dans un pavé consacré aux villes qui ont un jour figuré à l’écran, on peut tenter de retrouver le livre que Thierry Jousse (aux commandes de Blow Up, tiens tiens) et Thierry Paquot avaient publié en 2005 aux éditions des Cahiers du cinéma :

La Ville au Cinéma explorait la représentation de la ville à l’écran en faisant collaborer plus de 85 auteurs, des universitaires, des cinéphiles et des critiques. Cette encyclopédie était construite en cinq parties :

  1. Filmer, montrer, représenter
    Lumière, Décor, Histoire, Montage, Musique de film…
  2. Genres et écoles
    Film noir, Science-fiction, Banlieue, Western…
  3. Lieux et personnages
    30 courts textes personnels d’Aéroport à Voisinage
  4. Villes cinématographiques
    55 portraits d’Abidjan à Washington, en passant par Buenos Aires, New York, Taipei…
  5. 50 cinéastes urbains
    50 notices biographiques de Woody Allen à Wong Kar-wai.

Si vous avez l’occasion de mettre la main dessus, elle vous propose un beau voyage…

Mais je n’en suis toujours pas à ma deuxième lecture, qui, elle, proposait un voyage quelque peu différent.

Cinéma en cartes

Imaginez que vous quittez le monde réel, que vous laissez de côté les pays, les villes, les rues pour vous abandonner à une autre forme de géographie et que vous voyagez d’un film à l’autre simplement en allant du domaine du drame aux plaines de l’aventure, en faisant un détour par la péninsule initiatique.

C’est tout le propos de Movieland, de David Honnorat, publié aux éditions Hachette en octobre 2018.

Pour vous plonger dans ce petit bijou, laissez-vous guider par votre imagination, fermez les yeux (entre chaque paragraphe) et suivez l’itinéraire de votre choix. En dehors de la carte – là encore à déplier – proposée par David Honnorat, le livre ne vous proposera pas d’images, une manière encore plus décisive de vous inciter à voir ou revoir les films dont il vous parle.

Et d’ailleurs, de quoi vous parle-t-il ? Le mieux est de lui laisser la parole :

Pour ceux qui souhaiteraient voir à quoi ressemble cette carte en ligne, rien de plus simple :

Et pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur le sujet (en anglais), c’est par ici.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est d’avoir pris presque au pied de la lettre cette idée d’itinéraires, notamment dans la présentation. Il s’agit d’un croisement entre chemins de randonnées et sélections thématiques, avec temps, niveau de difficulté et prolongements possibles. Les 50 itinéraires thématiques proposés sont d’ailleurs classés du spectateur débutant au spectateur expert, en passant par le spectateur confirmé.

Un exemple :

Je choisis dans la partie « Spectateur débutant » l’itinéraire « Spoiler Alert ! » qui me propose un parcours de 16 heures et 34 minutes (difficulté 1 étoile, mais destiné à un public averti – sexe, violence ou spoilers) avec 9 films, de Citizen Kane à L’Empire contre-attaque en passant par Sixième sens, Les Diaboliques ou Usual Suspects.

On me propose ensuite soit :

  • l’itinéraire « Héros en cape » de Batman à Superman (« Spectateur débutant » 24 heures et 15 minutes, 11 films, difficulté 1 étoile, tous publics)
  • l’itinéraire « Le regard des juges » de Fenêtre sur cour à Caché (« Spectateur averti », 16 heures et 53 minutes, 9 films, difficulté 4 étoiles, public averti – violence)
  • l’itinéraire « Modern warfare » d’Il faut sauver le soldat Ryan à Outrages (« Spectateur expert », 22 heures et 53 minutes, 11 films, difficulté 5 étoiles, public averti – violence)

Un index permet en fin d’ouvrage de cocher les films déjà vus.

Voilà pour le très beau Movieland, un de mes coups de coeur de début 2019, dont le seul point faible est la couverture, un peu fragile.

Je remercie David Honnorat de m’avoir offert avec ce livre de quoi matérialiser mes associations d’idées cinéphiles, et de répondre parfaitement à ce que dit Florian Besson, déjà cité au début de cet article :

La carte plaît parce qu’elle est une invitation au voyage : ses toponymes mystérieux et ses sonorités exotiques évoquent des horizons lointains et promettent au lecteur un beau dépaysement […]

La carte intrigue, fascine, piège l’imagination, pousse à l’exploration.

Merci pour l’invitation et merci pour le piège, très réussi !

En vous souhaitant un beau dépaysement et de belles lectures, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

Page 1 sur 10

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén