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Des blondes, des cowboys et des chansons

Au détour d’un chapitre du livre auquel sera consacré cet article, on trouve une référence à l’un de mes films préférés, Le Cercle rouge.

Le Cercle rouge est un film de Jean-Pierre Melville, sorti en 1970 et réunissant entre autres à l’écran Alain Delon, Yves Montand, Gian Maria Volonte, et Bourvil dans son avant-dernier film, et dans l’un de ses meilleurs rôles. C’est d’ailleurs le seul film où il est crédité au générique avec son prénom, André Bourvil.

Mais ce qui retient notre attention ici, ce n’est pas le film en lui-même, l’histoire d’un casse dans une bijouterie et la traque des cambrioleurs par un commissaire particulièrement minutieux, ni le fait qu’André Bourvil incarne magistralement ce commissaire à contre-emploi pour lui.

Ce qui retient l’attention, c’est la citation (soit disant de Bouddha, peut-être davantage de Jean-Pierre Melville) qui ouvre le film :

Çakyamuni le Solitaire, dit Sidarta Gautama le Sage, dit le Bouddah se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit: Quand des hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. — Rama Krishna

Cette citation fait depuis longtemps écho en moi à une autre, tirée d’un roman d’Agatha Christie (ce dont nous aurons l’occasion de reparler l’an prochain sur ce site) : L’Heure zéro.

Je sais apprécier un bon roman policier. Mais, voyez-vous, ils commencent toujours par le mauvais bout! Ils commencent par le meurtre. Or le meurtre n’est jamais que la fin. L’histoire débute bien avant ça – des années plus tôt, parfois – avec les mille et une causes et la longue suite d’événements qui font que des individus donnés sont présents un jour donné, à une heure donnée, dans un endroit donné.(…) L’heure zéro…

Cette citation, que je pourrai relire en ayant désormais toujours le phrasé et la gestuelle de Jacques Sereys, qui incarne le juge Charles Trevoz dans l’adaptation de Pascal Thomas, se complète parfaitement avec celle du Cercle rouge.

Temps, lieux et personnages sont pour ainsi dire synchronisés : le destin a fait qu’ils se retrouveront, aussi improbable que cela puisse paraître, au même moment au même endroit.

Et cette concordance des temps et des lieux se manifeste forcément pour un crime – ou pour sa résolution ? – car ce qui réunit l’ensemble des personnages ce n’est pas tant le crime qui, comme l’indique la citation, n’est jamais que la fin (ou le commencement de l’histoire pour le lecteur et pour le spectateur), que le faisceau d’indices concordants qui conduisent le détective à poser pièce après pièce tous les éléments du puzzle dans le même cadre.

Et ce cadre, c’est Almeria.

Le désert avant Star Wars

Qu’est-ce que c’est, Almeria ?

Par Tschubby — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=117046610

C’est une ville au sud de l’Espagne dotée d’un aéroport international. Vous auriez l’idée de vous rendre à Almeria en Espagne ? Avant la lecture de l’ouvrage qui m’intéresse aujourd’hui, pas moi. Madrid, oui ; Barcelone, oui ; Séville, Grenade, Valence… Almeria ? Inconnu au bataillon.

Cependant, dans les années 1950-1960, la province d’Almeria accueille des dizaines de productions cinématographiques, principalement des westerns spaghettis, réalisateurs et producteurs appréciant ses décors de déserts qui rappellent à moindres frais l’ouest américain.

Niveau studios et lieux de tournages prisés des cinéphiles, on est donc après les beaux jours des studios de la Victorine à Nice (et avant leur utilisation par François Truffaut dans La Nuit américaine), et avant, pour un autre désert, la Tunisie prisée par George Lucas dès 1976 pour servir de décor à Tatooine dans Star Wars.

Parmi les films tournés à Almeria, on retrouve ainsi Un taxi pour Tobrouk, Le Cid, Lawrence d’Arabie, Cléopâtre (qui décidément semble avoir une raison supplémentaire d’avoir été un gouffre financier), la trilogie du dollar et Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone entre 1964 et 1968, Boulevard du rhum ou encore La Folie des grandeurs en 1971, Mon nom est personne en 1973… Principalement du film historique, du film de guerre et du western donc.

À partir de 1975 ça commence à se calmer un peu, mais en 1968, c’est la ruche. Sur une seule année, une bonne quarantaine de tournages. Et pourtant, ce n’est pas non plus l’année la plus calme en terme d’événements historiques.

Ça n’a pas pour autant empêcher un beau casting de s’y retrouver entre début janvier et fin mars de cette année, un peu avant que les esprits s’échauffent, me direz-vous. Et ce cercle rouge à l’heure zéro, c’est Philippe Lombard qui nous le raconte.

Mais qu’allaient-ils tous faire dans cette galère ?

C’est qu’il n’a pas son pareil, Philippe Lombard, pour nous raconter les entreprises désespérées et les expériences cinématographiques quasi apocalyptiques.

Déjà mentionnés à son palmarès, Ça tourne mal et Ça tourne mal à Hollywood.

Cette fois-ci, il place sa machine à remonter le temps à Almeria, début 1968, avec trois tournages simultanés et leurs lots d’aléas, de cascades et de rebondissements :

  •  Shalako (Edward Dmytryk’s Shalako) d’Edward Dmytryk avec Sean Connery, Brigitte Bardot, Stephen Boyd, Honor Blackman ;
  • Enfants de salauds (Play Dirty) d’André de Toth avec Michael Caine, Nigel Davenport, Nigel Green, Harry Andrews ;
  • Une corde, un Colt… de Robert Hossein avec Michèle Mercier, Robert Hossein

Trois films qui, avant ma lecture, m’étaient aussi inconnus que le lieu du tournage, si ce n’est que pour en avoir discuté de vive voix avec Philippe Lombard au moment où son projet d’écriture arrivait à son terme, je lui ai dit que l’entreprise me rappelait le tournage du Mogambo de John Ford (Grace Kelly, Clark Gable et Ava Gardner) ou son African Queen (Katharine Hepburn et Humphrey Bogart), John Huston étant lui davantage habituée des opérations suicides cinématographiques, quitte à faire attraper la dysenterie à Katharine Hepburn.

Sur le papier, l’idée de retrouver une icône du cinéma français avant sa retraite anticipée, la première incarnation de James Bond, Angélique marquise des anges et, pour les cinéphiles les plus jeunes, Alfred Pennyworth dans la trilogie de Christopher Nolan, est des plus alléchantes.

Mais on se doute bien que rien (ou presque) ne va se passer comme prévu.

Premier plan, Shalako

Dans cet Almeria 68, publié aux éditions Hugo en mai 2025, Philippe Lombard évoque une Brigitte Bardot déjà revenue du cinéma, dans les derniers mois de son troisième mariage avec l’homme d’affaire Gunter Sachs.

Son partenaire à l’écran, Sean Connery qui a décidé de tourner la page de 007 en se laissant pousser la moustache, même si l’on est pas encore au combo slip / moustache / tresse de Zardoz.

Niveau ambiance, on est dans le western, avec un groupe d’européens qui décide de venir chasser dans une réserve apache.

Au second plan, nous avons Enfants de salauds, un réalisateur britannique qui reconstitue un épisode de la seconde guerre mondiale en Afrique du Nord, avec un groupe de mercenaires, parmi lesquels on retrouve donc Michael Caine. Un film de guerre, donc.

Et enfin (même si la liste ne s’arrête pas là), nous avons Robert Hossein qui veut réaliser son rêve de tourner un western français, une belle histoire de vengeance, avec sa partenaire d’Angélique, marquise des anges, Michèle Mercier, avec ce titre évocateur : Une corde, un colt

Tout ce beau se partage le décor et les chambres d’hôtel d’Almeria, les chevaux traversent le décor de la seconde guerre mondiale, Bardot fait la fête jusqu’à pas d’heure et donne à manger à des chiens errants (quand elle ne décide pas de les recueillir), tempêtes de sable, cascadeurs, parrain de la mafia, repérages photo pour films cultes de science-fiction, décors incendiés.

Et pendant ce temps là, on assiste à Paris à la première de Bonnie and Clyde avec Faye Dunaway et Warren Beatty, Godard et Truffaut font le coup de poing pour soutenir Henri Langlois, renvoyé de la Cinémathèque française, et Marguerite Duras envoie à Bardot une lettre la conjurant de venir en aide aux bébés phoques.

Et toujours pendant ce temps, sur les ondes et dans d’autres studios, s’écrit et se chante le mythe Bardot.

Tout finit par des chansons

Au moment où elle tourne Shalako, Bardot a déjà enregistré les titres écrits pour elle par Serge Gainsbourg : c’est la période Harley Davidson (vive les cuissardes), Comic strip et évidemment Bonnie and Clyde, qui reprend le poème écrit par Bonnie Parker, vous l’avez ?

Vous avez lu l’histoire de Jesse James
Comment il vécut, comment il est mort
Ça vous a plu hein, vous en demandez encore
Eh bien, écoutez l’histoire de Bonnie and Clyde

De cette chanson, il me reste surtout le clip, entr’aperçu dans une émission consacrée à Gainsbourg, Bardot avec son béret, son porte-jarretelles et ses yeux magnétiques, Gainsbourg qui flegmatiquement recharge son flingue.

La playlist évoquée par Philippe Lombard m’est familière, mes parents écoutaient beaucoup Gainsbourg, et je connais par coeur un bon nombre de ses chansons, même si quelque chose s’arrête aussi pour moi à Almeria : j’ai toujours, sauf quelques exceptions (L’ami caouette, L’Hippopodame, Dieu fumeur de havanes…), préféré Gainsbourg à Gainsbarre, et donc préféré La Javanaise, La chanson de Prévert, et Initials BB à L’homme à tête de chou et Aux armes, etc.

Mais c’est à Philippe Lombard que je dois la résolution d’un mystère que je ne m’étais jamais donné la peine d’éclaircir : le mot final d’Initials BB, qui pour moi restait imprononçable et incompréhensible.

J’avais encore une fois vu des émissions et des images d’archives montrant Gainsbourg enregistrant Initials BB, avec les échos de la Symphonie du nouveau monde de Dvorak.

Lorsque cette chanson passait, j’arrivais donc au dernier couplet :

À chaque mouvement
On entendait
Les clochettes d′argent
De ses poignets
Agitant ses grelots
Elle avança
Et prononça ce mot…

Et là, plus rien. America ? A… mamia ? Il aurait fallu se pencher plus en détails sur les quelques mois qu’avait duré la liaison tumultueuse entre Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg, et cela, à l’époque, ne me passionnait pas plus que ça.

Néanmoins, en plus de m’offrir une balade mouvementée et riche en rebondissements avec cet Almeria 68, Philippe Lombard m’a donné envie de réécouter ces quelques titres de Gainsbourg, et il a certainement anticipé sur l’effet qu’aurait son récit sur le spectateur, puisque l’ouvrage se clôt mêlant bandes originales, titres de Bardot et de Gainsbourg, mais aussi des Beatles et de Scott McKenzie.

Chapeau l’artiste !

Escapades cinéphiles 2025

Pour cet article de retour de vacances, je vous propose un petit circuit dans les expositions et les musées que j’ai pu visiter cet été, et qui m’ont permis de feuilleter ou de redécouvrir quelques ouvrages consacrés aux univers cinématographiques que j’ai côtoyés durant ces visites.

Cet article sera donc un moyen de garder un peu la tête ailleurs, tout en reprenant en douceur. J’en profite pour indiquer que, si j’ai délaissé depuis deux ans les hors-séries estivaux, qui me prenaient beaucoup de temps d’écriture, pour m’octroyer une véritable pause sur ce site, ce n’est pas moins durant l’été que je m’avance dans la lecture de mes ouvrages cinéphiles et dans l’écriture des articles de l’automne.

J’ai eu en effet un été très riches en lectures, et j’ai profité de quelques jours de calme au mois d’août pour préparer mes comptes-rendus de lecture de cette fin d’année (septembre, octobre, et novembre 2025) que vous pourrez retrouver sur ce site à chaque début de mois.

Mais n’anticipons pas trop et retournons, au moins pour quelques lignes, à notre été 2025 et à ses escapades cinéphiles.

Cinémathèque 2025 : Wes Anderson

C’était l’une des expositions de la cinémathèque que j’attendais avec le plus d’impatience, après leur magnifique exposition James Cameron de 2024.

Je n’ai cependant pu y aller que dans les derniers jours de cette exposition, qui était installée jusqu’à la fin juillet 2025, avant la fermeture estivale de la cinémathèque.

Les expositions de la cinémathèque : tentative d’analyse

En effet, pour les habitués du lieu (et pour les autres), la cinémathèque propose – si l’on s’appuie sur le calendrier scolaire – généralement une première exposition à l’automne (la prochaine, consacrée à Orson Welles, sera proposée du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026), puis une deuxième exposition de mars ou avril à la fin juillet, avant de fermer pour le mois d’août.

Je n’ai pas gardé en tête assez scrupuleusement les thématiques des expositions précédentes, mais chaque année permet aussi généralement de découvrir ou de redécouvrir une personnalité du cinéma (acteur ou réalisateur) et un univers thématique (l’enfance, l’espionnage…).

Pour l’année 2023-2024, après l’exposition consacrée à Agnès Varda installée d’octobre 2023 à janvier 2024, c’est l’exposition James Cameron qui a eu la part belle des lieux avec une exposition installée d’avril 2024 à janvier 2025… il faut dire aussi qu’avec les jeux olympiques et paralympiques se déroulant à proximité, l’attention se portait à l’été 2024 de l’autre côté du parc de Bercy.

Exposition Wes Anderson : mars-juillet 2025

Pour revenir aux origines de cette exposition, il a fallu me débattre avec l’architecture du site de la Cinémathèque, puisque j’écris cet article une fois l’exposition terminée.

Ce qui est donc mis en avant sur le site de la Cinémathèque, c’est donc l’annonce de la prochaine exposition, My name is Orson Welles, au mois d’octobre prochain.

Pour retrouver la trace de l’exposition précédente, le visiteur devra donc retourner sur un moteur de recherche, taper « Wes Anderson cinémathèque », et ainsi retomber sur la page du site dédié à l’exposition.

On y apprend qu’il s’agit de la première exposition consacrée au cinéaste, et pour les fans qui auraient loupé cette rétrospective parisienne, ou qui voudraient la retrouver au détour d’une escapade londonienne, elle sera installée sous une forme remaniée au Design Museum de Londres de novembre 2025 à mai 2026.

Comme l’exposition James Cameron qui la précédait, l’exposition consacrée à Wes Anderson était des plus réussies.

On y retrouvait toute la trame d’élaboration des projets du réalisateur, allant des carnets de notes minutieux (qui confinent à la maniaquerie) aux storyboards, en passant par les objets, les costumes et les éléments du décors.

 

Le véritable fan du réalisateur y trouvera son compte, depuis les premiers projets avec Bottle Rocket et Rushmore, jusqu’aux derniers films (l’exposition se clôt avec Asteroid City) en passant par ses célèbres incursions dans le cinéma d’animation, avec Fantastic Mr Fox et L’Île aux chiens.

Pour ma part, malgré un petit rattrapage tardif pour À bord du Darjeeling Limited, j’ai suivi scrupuleusement l’oeuvre du réalisateur, à l’exclusion de ses tout derniers films, j’allais donc en terrain connu avec cette exposition.

J’ai l’impression d’ailleurs qu’à l’instar de Quentin Tarantino, Wes Anderson se bonifie avec le temps. J’avais adoré Rushmore lorsque je l’ai découvert, mais mes préférés à ce jour sont The Grand Budapest Hotel et The French Dispatch. Il me manque donc Asteroid city et The Phoenician Scheme pour vérifier cette théorie.

Trouver un livre sur Wes Anderson

Il était du coup naturel pour moi de me rendre directement à la librairie de la Cinémathèque à la fin de l’exposition, pour jeter un coup d’oeil au catalogue et aux autres ouvrages proposés.

Cependant, tous ceux que j’ai pu feuilleter ce jour-là soit allaient pour moi au rebours de la fantaisie du réalisateur et au foisonnement de son imaginaire – j’avoue que le catalogue en lui-même a suscité une réaction digne de quelqu’un que la lecture rebuterait : trop de texte, pas assez d’images – soit étaient disponibles uniquement en anglais.

J’y ai vu un abécédaire qui me semblait assez sympathique, mais toujours en anglais, un ouvrage sur les lieux de ses tournages (Accidentally Wes Anderson), un autre, non officiel, consacré à sa filmographie, et finalement ceux qui ont retenu mon attention, et rendent selon moi le mieux justice au réalisateur, sont ceux, encore une fois en anglais, de Matt Zoller Seitz, The Wes Anderson Collection, le premier publié en 2013, un deuxième consacré au Grand Budapest Hotel, et un troisième sur Asteroid City.

Enfin, pour clôturer cette rétrospective Wes Anderson, j’ai souvenir d’avoir vu à Angoulême en 2021 une exposition éphémère à la Cité internationale de la bande-dessinée et de l’image, qui revenait sur le tournage de The French dispatch, qui avait eu lieu dans la ville.

Influences cinéphiles : quelques pas à Cologne

Pour cette deuxième étape, quelques lignes suffiront. J’ai en effet profité d’un séjour à Cologne cet été pour visiter le musée du parfum et le musée du chocolat.

La première visite, en français, vous plonge grâce à son guide (en costume du 18e siècle) dans l’univers du parfum, vous donne envie de relire le roman de Patrick Süskind, et de revoir son adaptation, même si elle a ses détracteurs.

La seconde visite a des allures de Charlie et la chocolaterie, vous y découvrez les secrets de fabrication du chocolat, et l’exposition se termine sur une salle où se croisent Tim Burton et Harry Potter.

Disney 100 : l’exposition

La dernière étape de ces escapades cinéphiles 2025, contrairement à l’exposition Wes Anderson, est actuellement toujours disponible, jusqu’au 14 octobre prochain.

C’est un morceau de choix, puisqu’il s’agit de l’une de ces expositions proposées à Paris Expo, Porte de Versailles.

Promenade de Mickey à Star Wars

Chacune des expositions que j’ai pu visiter dans ce lieu m’a véritablement marquée : il y a eu l’exposition Titanic l’an dernier (qui faisait un beau pendant à l’exposition James Cameron et à une exposition consacrée à la mer au cinéma au Musée de la marine), mais aussi une exposition Harry Potter et une exposition Game of Thrones les années précédentes.

Si le billet n’est pas toujours à un prix accessible, cela vaut tout de même généralement le détour, et ça se vérifie encore pour cette exposition consacrée aux 100 ans de Disney.

Dessins, photographies, extraits musicaux, documentaires sur les effets sonores et sur la construction des films, objets, reconstitutions de décors, l’immersion est totale. À tout scruter de près, on peut bien y rester trois heures, peut-être même davantage.

Évidemment, on retrouve les premiers films, et la création du personnage de Mickey puis de tous les autres, la genèse et l’expansion de l’empire Disney, qui s’étend non seulement aux parcs d’attraction mais aux univers Star Wars et Marvel. Que l’on soit petit ou grand, on retournera forcément en enfance pour se faire prendre en photo à côté de Simplet en pleine sieste, d’un des chevaux de bois de Mary Poppins ou à côté de Chewbacca, R2D2 et C-3PO.

L’exposition se clôt avec un film qui convoque tous les personnages des studios Disney qui décident de se réunir pour une photo de groupe.

Et côté livres, ça donne quoi ?

Comme pour Wes Anderson à la Cinémathèque, on reste un peu sur sa faim pour cet aspect de l’exposition. Il y a bien une encyclopédie, mais je l’ai quelque peu boudée, en particulier parce que je me suis souvenue d’un détail qui a son importance.

Pour rendre justice, encore une fois, au foisonnement visuel d’un univers comme celui de Disney (et ce dont les amateurs et spécialistes de Wes Anderson pourraient bien s’inspirer), rien de mieux que les éditions Taschen.

J’en avais parlé il y a quelques temps, car pour ce qui concerne des archives de cinéma, Taschen est passé maître en la matière, même si les premières éditions des ouvrages sont à des prix généralement prohibitifs (comptez une version XXL à 150€, contre une version normale à 75€, voire une version compacte à 25€).

Néanmoins, pour ce qui concerne Disney, leur catalogue commence à vraiment bien s’étoffer (même si certains ouvrages restent pour l’instant uniquement disponibles en anglais, mais ne désespérons pas !).

Il y a évidemment la merveille des merveilles : The Walt Disney Film Archives (1921-1968), un bijou qui revient sur la création des premiers Disney jusqu’au Livre de la jungle.

Mais il y a aussi les autres, consacrés au personnage de Mickey, à celui de Donald, aux parcs d’attraction, ainsi qu’un petit dernier qui n’est pour l’instant disponible qu’en anglais : Walt Disney’s Children’s Classics 1937–1953, qui reprend les histoires dérivées des films que certains d’entre nous ont lu étant enfants.

Et pour ceux qui souhaiteraient (comme moi) prolonger l’aventure par autre chose que par la lecture, il y a une très belle réalisation, malheureusement actuellement en réassort, proposée par Lego : la caméra Hommage à Walt Disney, que j’ai toujours à construire, mais j’attends le retour définitif de l’automne et des soirées et week-ends pluvieux.

D’ici là je vous souhaite une belle reprise, bon courage à toutes et tous, et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

De la sueur et des muscles

Pour ce dernier article cinéphile de la période, avant la pause estivale et mon objectif annoncé d’aller enfin visiter l’exposition Wes Anderson à la Cinémathèque française, j’ai décidé de revenir sur un ouvrage publié en novembre 2024, et qui va me donner un certain nombre de prétextes aux digressions que j’affectionne.

Une fois n’est pas coutume, cependant, avant d’entamer les dites digressions, je présenterai cet ouvrage.

Millésime Lombard 2024, excellent cru

Il s’agit d’un des petits derniers de Philippe Lombard, Stars de l’action : Rois et reines de la castagne à l’écran, aux éditions Hugo Image.

Dans les productions Lombard, on peut distinguer types de réalisations :

  • la série Ça tourne / Ça s’est tourné / Ça retourne publiée chez La Tengo ;
  • les ouvrages consacrés aux acteurs et aux réalisateurs comme Le Paris de François Truffaut, Tarantino Reservoir Films ou Les Grandes gueules du cinéma français ;
  • les florilèges d’anecdotes et de citations comme 600 répliques de films ou Ciné Popcorn 1975-1995

Chacune de ces catégories est poreuse, comme en témoigne parfaitement l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans Stars de l’action, on retrouve aussi bien un panorama soigné depuis les origines du cinéma – de Douglas Fairbanks à Tom Cruise – tel qu’on l’avait dans les différents épisodes de la série Ça tourne, un défilé de trognes sympathiques comme on les côtoie dans les ouvrages dédiés au cinéma français (Les Grandes gueules, Lino Ventura, le livre coup de poing) et une mise en page bluffante et particulièrement addictive comme celle qui nous était proposé avec Tarantino Reservoir Films, l’un de mes préférés !

Mélangez tout ça et vous aurez quoi ? Bibbidi Bobbidi Boo : Stars de l’action, Rois et reines de la castagne à l’écran.

Autrement dit un voyage régressif et récréatif dans l’univers de la sueur et des muscles, mais aussi des épées, des flingues, des cascades et des coups de poings, où chaque étape va vous donner envie de boxer dans le vide ou de revoir tout aussi bien Ben-Hur en train de ramer dans sa galère (filet de bave inclus), Rocky à son entrainement, le déhanché de Robin des Bois en plein duel avec Guy de Gisbourne, John McClane « Yippee-ki-yay, pauvre con ! », ou encore Le Capitan escaladant le château de Val.

Mais revenons-en au sommaire…

Galerie de portraits et boîte à souvenirs

Stars de l’action s’articule en neuf chapitres, chacun faisant la part belle à une catégorie (et cette fois-ci le mot n’est pas usurpé) de combattants.

À chaque partie sa galerie de portraits et son arrêt sur images, avec quelques incontournables. À vous, à nous, à moi d’ajouter à ces incontournables ceux qui constituent notre panthéon personnel de trognes cinématographiques.

Les trois premiers chapitres posent le cadre, historique et hollywoodien, et bien testotéroné, du muscle au cinéma.

C’est parmi les « vétérans » que l’on retrouve, entre autres Douglas Fairbanks, Errol Flynn, John Wayne et Charlton Heston. Autrement dit les mythes fondateurs de l’aventure et du western au cinéma. Et en scènes mythiques, cinq duels à l’épée et la course de chars de Ben Hur.

Comme je l’ai dit plus haut, ce que je retiens de mon côté, c’est le Technicolor des Aventures de Robin des bois, et en particulier la scène de duel entre Robin des Bois et Guy de Gisbourne, et de la même façon que Douglas Fairbanks ouvre la voie à tous les interprètes suivants de Zorro, dès que j’ai en tête le sourire d’Errol Flynn incarnant Robin des Bois, le renard de Walt Disney, Kevin Costner et Russel Crowe ne sont jamais très loin…

Et comme indiqué également plus haut, si la course de chars de Ben Hur reste une scène culte, l’image que je garde en souvenir, c’est celle d’un Charlton Heston barbu et musclé, galérien parmi ses compagnons d’infortune, mais ayant bien meilleure allure qu’eux, et s’apprêtant à être aux premières loges d’une bataille navale.

Le deuxième chapitre (et d’ailleurs le reste de l’ouvrage) fait encore marcher la boîte à souvenirs.

Chocs de titans et palmarès en tout genre

Des vétérans nous passons aux héros, et avec du beau monde, où la frontière entre l’acteur et le personnage qu’il incarne se fait plus floue : James Bond avec Sean Connery et Roger Moore, cowboy sans nom ou flic débordant du cadre avec Clint Eastwood, ou encore Indiana Jones avec Harrison Ford.

C’est d’ailleurs l’occasion de relever l’une des spécificités de l’ouvrage, outre de nous offrir des Top comme celui déjà mentionné des duels à l’épée, et dans cette partie des films de commando, que de nous proposer des chocs de titans mémorables : Burt Lancaster VS Kirk Douglas, Sean Connery VS Roger Moore, ou plus loin Sylvester Stallone VS Arnold Schwarzenegger, et côté français Alain Delon VS Jean-Paul Belmondo.

Si j’ai un peu plus fréquenté les vétérans et les héros du cinéma d’action aux premiers temps de ma cinéphilie, les plus fortes carrures bodybuildées et testostéronées sont arrivées plus tardivement sur mon écran, en compagnie de Jedi et de seigneurs siths, de membres de la communauté de l’anneau et de Nazguls, d’élèves et de profs de Poudlard et autres super-héros Marvel et DC Comics. 

Et encore, cette fréquentation reste limitée à Terminator et à Rocky, même si je me suis délectée de ces découvertes.

Je n’en ai savouré que davantage les vidéos de la chaîne Blow Up Arte, déjà maintes fois mentionnées sur ce site, et qui offrent un panorama sportif assez exhaustif (même si les plus chevronnés trouveront toujours à redire) : évidemment Boxe et cinéma, le très récent Jeux olympiques et cinéma, Le golf au cinéma, Tennis et cinéma, Sports automobiles au cinéma, ou encore Foot au cinéma, la liste est longue. 

Elle permet de croiser à nouveau Sylvester Stallone, mais aussi Steve McQueen pour le sport automobile, ce qui tombe à pic, puisqu’on le retrouve dans une autre partie de notre Stars de l’action, la partie finale consacrée aux “Poids moyens”. 

Autre confrontation de l’ouvrage : les combattants du soleil levant (ma préférence va à Toshiro Mifune, acteur fétiche du réalisateur Akira Kurosawa, et je n’ai pas lu cette partie sans repenser à mes visionnages récents de Karaté Kid et de Cobra Kaï), et les combattants du soleil couchant (pour celle-là je sèche…).

Le terrain était plus familier avec les derniers chapitres : dans les “Durs à cuire”, j’ai retrouvé Bruce Willis dans Piège de cristal – revoir Piège de cristal !!! – et dans “Les Bagarreuses”, la perspective de suivre pour la énième les ballets aériens de Michelle Yeoh dans Tigre et dragons et les combats sanguinolents des films de Tarantino était des plus tentantes. 

De capes et de mots…

Mais c’est avec un lien plus subtil que Philippe Lombard a parachevé pour moi ce panorama virtuose, puisqu’au détour de son Top 10 des “Badass women movies”, j’ai le souvenir de Sophie Marceau en Héloïse d’Artagnan qui est venu titiller ma mémoire, et son voisinage immédiat de la partie consacrée aux “Coqs sportifs” m’a replongé dans une nouvelle délectation : celle des bons mots de La Fille de d’Artagnan, et de tous ces films où la plume virevolte aussi bien que l’épée et que les cascades. 

Jean Marais dans Le Masque de fer, et Jean-Paul Belmondo dans L’As des As.

J’ai encore en tête les répliques de l’un et de l’autre, j’ai dû voir Le Masque de fer autant de fois que la plupart de mes films cultes d’enfance enregistrés sur cassettes vidéos, je revois encore le titre écrit sur l’étiquette, et même si on se souvient peut-être davantage de Jean Marais dans Le Bossu ou Le Capitaine Fracasse, c’est à son D’Artagnan vieillissant (comme Philippe Noiret dans La Fille de D’Artagnan) que va toute ma tendresse… sans parler de sa tirade finale et testamentaire qui me rappelle aussi Cyrano de Bergerac :

Je me bats d’abord parce j’avais promis à ce monsieur de croiser le fer avec lui, je me bats parce que l’aurore est fraîche et que j’ai peur des rhumes, je me bats par habitude parce qu’un soldat est fait pour ça, je me bats parce que je n’ai jamais supporté la vie qu’en la risquant, je me bats contre n’importe quoi, pour la justice souvent, par caprice encore plus souvent, je me bats pour rester jeune, et mériter ainsi de vous plaire, je me bats pour le panache, et le panache ne gagnerait rien à ce que je fasse attendre davantage Mme de Chaumes en vous écrabouillant.

Quant à L’As des as, j’y vois l’un des meilleurs Belmondo mais c’est aussi parce qu’il est illuminé par la présence de brune ténébreuse de Marie-France Pisier, dont les échanges savoureux avec Bébel participent de la voltige du film :

Dans les trains, je lis des journaux écrits avec les pieds, je bavarde avec des inconnus, plus ou moins spirituels. Mais quand j’arrive à destination, je choisis avec un extrême discernement les hommes avec lesquels je mets à table. Et surtout au lit.

Et pour mieux retomber sur nos pattes, quoi de mieux, justement, que la figure avec laquelle on referme l’ouvrage, l’increvable Ethan Hunt de Mission impossible, dont le dernier opus est toujours en salle au moment où j’écris cet article. 

D’une cabriole à l’autre, d’une cavalcade à une course poursuite, du bourre-pif à “la fin de l’envoi je touche”, c’est tout un pan de nos soirées popcorn que nous programme cet ouvrage, puisque c’est au moment où nos héros ont le souffle court que nous prenons une bonne bouffée d’oxygène. 

Celui qui préférait la VO

28 octobre 2023.

Nous sommes certainement – si ma mémoire est bonne – en pleines vacances scolaires. Mon réveil n’est peut-être pas très matinal mais à une heure sans doute raisonnable, il doit être aux alentours de 8h, 9h du matin.

Comme chaque matin, je prends mon téléphone et je jette un coup d’oeil à ce qui s’est passé pendant le laps de temps où je ne l’ai pas eu entre les mains : notifications, SMS, rappels, boîte mail, réseaux sociaux (Twitter s’appelle déjà X mais reste encore à peu près vivable, et je commence à aller un peu plus sur Instagram).

Le statut Whatsapp d’une connaissance attire alors mon attention, et je mets un peu de temps avant de comprendre… Sur ce statut, une photo de Matthew Perry, et à côté du nom Chandler, un smiley attristé.

À ce moment, l’information atteint (enfin) mon cerveau encore embrumé – je n’ai pas encore pris ma dose matinale de caféine et j’ai cette décharge électrique de tristesse qui continue à me surprendre : je réalise que le décès de Matthew Perry me touche un peu plus que j’aurais pu l’imaginer.

Génération Friends ?

Si je n’ai pas forcément fait partie des premiers spectateurs de la série Friends (sa diffusion française a commencé en 1996, 2 ans après le début de la série, j’avais alors une dizaine d’années, et mes parents détestaient les séries télévisées avec des rires enregistrés), je suis tombée dans la marmite un peu plus tard, quasiment au moment où la série tirait sa révérence outre-Atlantique, puisque j’avais pris l’habitude de la regarder avec des copines pendant mes études, et j’ai ensuite racheté les 10 saisons en DVD.

Au gré de ses rediffusions sur les plateformes, il m’arrivait de la voir et de la revoir en boucle, et comme j’avais mordu à l’hameçon de la VO un soir dans un internat de prépa, il m’a été depuis impossible de retourner à la version française.

Depuis je ne compte plus les discussions, les références, les citations, le petit plaisir de chercher les noms des personnages sur un moteur de recherche bien connu pour y voir encore et encore les animations associées, les gifs, les mèmes en lien avec Friends. Je n’ai pas encore cédé à la tentation de la Friends experience à Paris, mais un jour, très certainement.

Pour finir de comprendre l’impact que le 28 octobre 2023 avait eu sur moi, j’ai repensé récemment au récit d’une amie un peu plus âgée, le 3 octobre 2024.

Elle reçoit sur son téléphone un appel (ou un message, je ne sais plus) de son mari : Jean-Claude est mort. Sa première réaction est de se demander à quelle connaissance fait référence son mari, avant qu’il ne lui donne lui même la solution de son message : Michel Blanc, l’un des membres de la troupe du Splendid, vient de décéder brutalement.

De la même manière qu’il était pour eux impossible de ne pas associer Michel Blanc à cette bande de copains qui était aussi la leur et donc de voir dans la disparition de l’acteur cet arrachement au personnage, il était impossible pour les membres de la génération Friends de séparer Matthew Perry de Chandler, quels qu’aient pu être les efforts de l’un comme de l’autre pour s’échapper d’un rôle aussi marquant qu’encombrant.

Dix ans après l’arrêt de la série, un ouvrage passionnant était publié aux Presses Universitaires de France, et dont j’avais déjà fait le compte-rendu sur ce site :

Friends : Destins de la génération X, de Donna Andréolle, paru en février 2015, proposait alors une lecture générationnelle, politique et sociale de la série.

J’avais à l’époque pris beaucoup de plaisir à cette lecture, qui me rappelait de quelle manière Friends avait joué son rôle de « chaperon » ou de « doudou » pour moi – et certainement pour toutes les personnes ayant commencé à regarder la série au même âge que moi – et m’avait accompagné avec douceur, épanouissement et humour de ma vingtaine à ma trentaine.

Les clés de lecture proposées par Donna Andréolle m’avait aussi permis de décoder ce qui m’avait plu dans cette série au-delà justement de l’humour et des bonnes relations entre copains, notamment la façon dont Friends était parmi les premières à traiter d’une manière aussi détendue des questions telles que le mariage homosexuel, la procréation assistée ou l’union libre, ouvrant ainsi la voie aux autres séries, qui chercheraient elles aussi à embarquer une génération comme How I met your mother ou The Big bang theory.

Dix ans après, quinze ans après, vingt ans après

L’ouvrage de Donna Andréolle étudiait le phénomène Friends une dizaine d’années après la fin de la série, marquant rétrospectivement l’un des éléments qui avait construit ma génération (en tout cas celle à laquelle j’entendais appartenir) au même titre que Harry Potter ou Kaamelott.

Je guettais alors les nouvelles, les apparitions des acteurs de la série (constatant d’une manière parfois cruelle que certains vieillissaient mieux que d’autres, ou que la carrière de l’un avait réussi un peu mieux à se détacher de son rôle emblématique que ses camarades) et les annonces d’éventuelles retrouvailles.

Pourtant, c’est sûrement le besoin de garder le souvenir de cette bande de copains figé dans leur vingtaine voire leur trentaine qui m’a retenue de regarder l’épisode inédit de leurs retrouvailles diffusé en 2021.

J’ai cédé cependant à la tentation des produits dérivés, avec l’acquisition d’un jeu de plateau assez sympathique qui permettait de tester ses connaissances sur la série :

Et le 28 octobre 2023, avec la consultation d’un statut Whatsapp, j’ai appris la disparition de mon personnage préféré.

The one with the french edition

Un an après cette disparition, sortait l’édition française d’un guide officiel de la série, publié pour ses 30 ans.

Sur la première de couverture d’un beau violet avec un cadre des plus reconnaissables, figurait le titre Friends : Celui qui voulait tout savoir sur la série. Un rappel des titres de chacun des épisodes dans leur traduction française : les « The One with… » anglais sont traduits par « Celui qui… » en français.

Sous-titre : Le guide officiel de tous les personnages, citations et moments cultes. La couverture mêle quelques photos, des objets et des citations emblématiques qui annoncent tout de suite la couleur.

Le point positif de cet ouvrage est qu’il remplit parfaitement sa double fonction : celle, annoncée, du guide officiel, parce qu’on y retrouve à peu près tout ce qui concerne la série, et celle implicite du doudou qui va accompagner le fan dans cette nouvelle plongée dans l’univers de Friends.

Petits florilèges des pages incontournables :

  • les arbres généalogiques des différentes familles des personnages
  • les citations cultes
  • les apparitions de Janice
  • les flashbacks
  • les apparitions de guest-stars
  • les animaux
  • les films, émissions TV et pubs
  • les livres
  • la nourriture

Le point négatif de cet ouvrage est que certains éléments sont tronqués dans la mise en page (il manque la fin d’une phrase pour au moins deux pages du livre).

L’autre point qui m’a déstabilisée, mais qui est lié au fait que j’ai toujours regardé cette série dans sa version originale, est que certains éléments m’échappaient totalement dans leur traduction française.

Même si je sais par exemple que l’épisode où Phoebe tente désespérément d’apprendre le français à Joey a dû être transformé dans la version française en une tentative désespérée de lui faire apprendre l’espagnol, je ne parvenais pas à me détacher de mes souvenirs en VO.

Et si je n’ai pas boudé mon plaisir pour ces retrouvailles, la tentation est grande de mettre la main sur l’édition originale de l’ouvrage, Friends Book of Lists: The Official Guide to All the Characters, Quotes, and Memorable Moments, même s’il ne reprend pas dans son titre le petit clin d’oeil trouvé par l’édition française aux titres des épisodes. 

Un détail dans la comparaison des deux couvertures a d’ailleurs attiré mon attention : l’édition française a conservé les citations « I know », « Joey doesn’t share food ! », « We were on a break ! » etc. dans leur version originale.

Quoi qu’il en soit, ce guide officiel reste un excellent ouvrage sur la série, qui permet de retrouver presque instantanément et simultanément l’envie de la regarder à nouveau du début à la fin et la joie d’en saisir les moindres détails.

Et l’envie m’a de nouveau tenaillée, lorsque, durant la rédaction de cet article, je me suis amusée à retrouver les jeux qui prenaient appui sur l’univers de Friends, et je suis tombée sur celui-ci :

Ou encore sur celui-ci :

Et je me suis rendue compte qu’ils étaient édités par la même maison que la version française de mon guide, 404 éditions, qui se consacre à la culture geek.

J’ai arrêté ma promenade nostalgique à ce moment là, ça devenait trop dangereux !

J’ai refermé le guide en savourant la presque homonymie de son auteure avec une célèbre comédienne française, et je suis retournée voir mes épisodes préférés de Friends.

Bref (pour paraphraser une autre série générationnelle qui a fait son retour cette année), j’ai lu un livre sur Friends.

Jeux et cinéma (épisode 2)

Pour commencer l’année d’une manière un peu légère (et ludique) – ce qui sera à nouveau le cas un peu plus tard dans l’année pour présenter un projet qui me tient particulièrement à coeur – je réfléchissais depuis quelques mois à un article consacré aux jeux de société et au cinéma.

Pour préparer cet article, je me suis plongée dans les archives de ce site et j’ai retrouvé un article datant de décembre 2013 intitulé très sobrement « Jeux et cinéma ». Simple et efficace, je décide du coup de faire tout simplement un deuxième épisode.

Dans ce précédent article j’évoquais les enseignes pour trouver les jeux de société consacrés au cinéma, je proposais quelques exemples de boites à questions ou de boites à énigmes et passais très rapidement à mes jeux préférés.

Je vais donc reprendre à peu près la même structure en partant cette fois-ci d’une forme de jeu que l’on pourrait nommer ainsi : le jeu de plateau ou jeu à itinéraires variables.

Jeux de cartes, Trivial Pursuit et jeu de l’oie

Si l’on reprend les jeux de société les plus traditionnels (et si je m’en réfère à l’histoire du jeu de société que j’aborde au moins une fois par an dans le stage que je co-anime en temps que professeur documentaliste sur « Jouer au CDI : du jeu de société à l’escape game », on peut se rappeler que les jeux de cartes et le jeu d’échecs sont parmi les plus anciens.

Pour ce qui concerne les adaptations les plus modernes, laissons de côté le jeu d’échecs (et ses déclinaisons avec les personnages de Star Wars, du Seigneur des anneaux ou encore de Harry Potter) et concentrons-nous sur les différents éléments que j’ai déjà mentionnés.

  • jeux de cartes version ciné

Pour les jeux de cartes, j’avais trouvé il y a deux ans à la cinémathèque française deux exemples très sympas : Chaplin et Hitchcock, et dont je donne ici à nouveau un aperçu :

Ce qui m’avait séduit dans ces deux jeux de cartes, c’est que contrairement à des éditions plus anciennes que j’avais pu avoir quand j’étais enfant (je me souviens notamment d’un jeu de cartes Lucky Luke), ce n’était pas seulement les têtes – Rois, reines, valets – et les As qui étaient illustrées, mais toutes les cartes qui proposent soit une scène, soit un personnage, soit une affiche.

  • Jeux de culture générale (et plus spécifiquement culture ciné)

Les deux catégories suivantes sont un peu plus poreuses. J’ai toujours eu un peu de mal avec deux types de jeux : le Trivial Pursuit et le Monopoly. Vous me direz qu’ils n’ont pas forcément beaucoup en commun.

Néanmoins, j’ai longtemps eu l’un et l’autre dans ma ludothèque personnelle, et j’ai pu jouer avec des versions thématiques : un Monopoly Star Wars et un Trivial Pursuit Histoire de France.

J’ai cherché sur le site Hasbro qui édite les deux jeux des versions sur le cinéma et je n’en ai pas trouvé. Cependant, ma principale difficulté avec le Trivial Pursuit reste son obsolescence programmée.

On ne peut pas laisser ce jeu une dizaine d’année dans un coin et le ressortir sans que les cartes culture ou sport deviennent les plus difficiles à jouer pour les joueurs les plus jeunes (et déjà les cases sport ont toujours été les plus difficiles pour moi).

Du coup, comme je suis plutôt amatrice de jeux de plateau – y participer, voire en fabriquer (j’avais fabriqué il y a quelques années un jeu de l’oie du CDI quand j’étais en collège, et plus récemment mon jeu sur l’intelligence artificielle – et je garde pour un autre article la fabrication d’escape games), j’ai cherché sur internet s’il n’y avait pas eu quelques fans de jeux comme moi pour fabriquer un jeu de l’oie sur le cinéma.

Le seul résultat à peu près concluant que j’ai trouvé est celui-ci :

 

L’idée est très sympa et le visuel est génial. Je pense que quand j’aurai un peu de temps devant moi, j’adapterai ce jeu à l’histoire du cinéma en général ou peut-être à quelques déclinaisons pour des films ou des réalisateurs… en le croisant éventuellement avec l’idée de jeu proposée par une de mes collègues en histoire-géo au lycée, qui a présenté aux journées portes ouvertes un jeu de l’oie sur la Troisième République.

  • Jeux de plateau (et toujours culture ciné)

Plus récemment, l’un des jeux de culture générale que je préfère malgré toujours un petit risque d’obsolescence programmée comme le Trivial Pursuit, c’est le TTMC (Tu te mets combien ?).

Les questions cinéma de ce jeu sont vraiment excellentes, et j’ai vu sur le site officiel que ses créateurs proposaient des déclinaisons Jeux olympiques, cuisine ou encore musique. À quand un TTMC exclusivement Cinéma, ce serait génial !

Scénarios de jeux sur le cinéma

Dans l’épisode 1 « Jeux et cinéma», j’avais évoqué quatre de mes jeux préférés qui revenaient en 2013 sur différents aspects (thématiques ou chronologiques) du cinéma : le Shabadabada cinoche sur les répliques de films, le Timeline Musique & cinéma, un Black Stories sur le cinéma et une Boîte à culture geek.

Ce qui m’a incitée à écrire ce nouvel article, ce sont deux jeux qui ont fait le choix de s’approprier des éléments historiques du cinéma et d’impliquer le joueur dans cette histoire.

Le premier s’intéresse aux pionniers du cinéma muet et à l’industrie naissante de Hollywood, le second explore les heures sombres du Maccarthysme.

  • Cartaventura : Hollywood

Le premier jeu fait partie de la collection des Cartaventura (ces jeux à itinéraires variables où le scénario dépend des choix du joueur).

Celui sur Hollywood m’a immédiatement conquise car, non content d’évoquer la figure de Chaplin, les itinéraires proposés s’inspirent directement de la filmographie de ce réalisateur.

En voici le scénario présenté sur le site :

Scénario Hollywood : 1920, Ohio. Vous incarnez Jim Tully, un ouvrier lassé par un quotidien bien loin de ses rêves de cinéma. Quittez tout et, de train en train, tentez de traverser le pays avec l’espoir de rejoindre le plus célèbre des vagabonds : Charlie Chaplin !

J’ai pris quelques photos au début de la partie, mais j’ai rapidement été rattrapée par l’envie de jouer et d’explorer les différents itinéraires du jeu, puis de tester les autres histoires proposées qui ont l’air tout aussi irrésistibles : les deux jeux sur l’univers des Trois Mousquetaires, celui sur Versailles, mais aussi Lhassa et Cosmologia que j’ai déjà chez moi.

  • Hollywood 1947

Le deuxième jeu, Hollywood 1947 est un jeu de stratégie un peu plus compliqué à prendre en main mais tout aussi passionnant dans ses choix scénaristiques.

En voici le scénario :

Démasquez les communistes infiltrés…

Hollywood 1947 est un jeu de déduction à rôle caché pour 1 à 9 joueurs. Tentez de démasquer les communistes qui se sont infiltrés dans votre studio de cinéma avant que le Congrès américain décide de sa fermeture.

La mise en place du jeu demande un peu plus de temps, et il faut réussir à comprendre sa dynamique. Ce qui m’a attirée davantage, c’est le matériel et le soin apporté à tous les éléments du jeu, qui en font un très bel objet.

Si le jeu Cartaventura s’adresse à tout type de joueur, cinéphile ou non, Hollywood 1947 est peut-être plus destiné aux passionnés d’histoire du cinéma (ou d’histoire de la Guerre froide) mais j’imagine qu’un enseignant d’histoire pourra l’utiliser, se l’approprier avec ses élèves ou imaginer à partir de ce modèle une séance ou un jeu permettant de mieux comprendre une période ou un contexte historique.

Répliques de films : du Shabadabada au quotidien

Puisque j’ai évoqué un peu plus haut un de mes jeux préférés sur le cinéma qui figure toujours en bonne place dans ma bibliothèque, autant rappeler ses mécanismes et en profiter pour une petite digression finale.

Dans mon article de 2013, j’en redonnais les principes sous forme de dialogues en utilisant une réplique du film Casablanca.

Pour devenir incollable à ce genre de jeux (et aux questions ciné du TTMC) rien de tel que se replonger dans les ouvrages de Philippe Lombard consacrés aux répliques de films :

  • 600 répliques de films à l’usage du quotidien, publiés en 2016 et 2020
  • Parler comme un super-héros : 100 répliques cultes pour devenir invincibles, en 2018 ;
  • mais surtout les 600 répliques de films pour avoir la bonne répartie… au bon moment !, publié chez Dunod en novembre 2024 et sur lesquels je reviendrai dans un prochain article, le temps que ça infuse.

J’ai donc quelques bonnes résolutions sur les prochains articles cinéphiles, et que j’ajoute ici en guise d’aide-mémoire et de to-do-list :

  1. continuer à parler de femmes qui écrivent sur le cinéma, qui parle de cinéma ou qui font du cinéma au mois de mars
  2. continuer à parler des ouvrages de Philippe Lombard, en particulier les tout derniers (mais aussi ceux que je viens de mentionner)
  3. voir les derniers films d’Almodovar et lire son roman
  4. puisqu’on parle de répliques de films et de scènes cultes, parler à nouveau de séries télévisées
  5. faire un autre article sur les jeux et en particulier les escape games
  6. aller voir la prochaine exposition à la Cinémathèque

Et puisqu’on a désormais le programme des prochains mois, je vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

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