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BD et cinéma (épisode 2)

Pourquoi « épisode 2 » ? J’avais déjà consacré il y a un petit moment un article à une bande-dessinée qui évoquait le cinéma : La Parole du muet.

En effet, les rencontres entre septième et neuvième arts, si elles restent relativement rares, n’en demeurent pas moins fascinantes. Et encore, relativement rares… seulement d’un côté : disons que chacun de ces deux arts a tendance à observer l’autre.

Bandes-dessinées et story-boards

La bande-dessinée emprunte au cinéma l’idée de scénario et de mouvements, ce dynamisme et cette énergie qui font passer d’une case à l’autre sans que le lecteur s’en rende compte.

Le cinéma emprunte à la bande-dessinée le story-board, qui permet de planifier l’ensemble des plans qui constitueront le film.

Je renvoie les intéressés à l’exposition en ligne de la Cinémathèque française consacrée au story-board.

Storyboard de Psychose, la scène de la douche, réalisé par Saul Bass, également auteur du générique

Voici en outre quelques petites pépites glanées dans mes recherches :

Si j’avais déjà évoqué BD et cinéma, il ne me semble pas avoir déjà parlé de storyboard, mais ce n’est cependant pas le sujet de cet article…

Reprenons : les BD empruntent au cinéma le mouvement, le cinéma emprunte à la bande-dessinée le découpage.

En revanche, si l’on retrouve un certain nombre d’adaptations (plus ou moins heureuses) de bandes-dessinées au cinéma, le cinéma est, à ma connaissance, encore relativement peu abordé dans la bande-dessinée.

Hormis les références proposées par le génial Gotlib dans ses Dingodossiers et autres albums, la première fois que j’ai pu lire un scénario de bande-dessinée consacrée au septième art, c’était avec cette fameuse Parole du muet que j’évoquais plus haut.

La collection 9 ½ de Glénat

Et puis j’ai vu apparaître cette collection chez Glénat : la collection 9 ½.

Sur le site de l’éditeur, elle est décrite comme suit :

Collection de romans graphiques consacrée aux grandes figures du cinéma : réalisateurs et acteurs. Co-dirigée par Noël Simsolo, éminent spécialiste du cinéma et auteur d’ouvrages de référence sur le sujet, cette collection offre à la fois un panorama large de l’histoire du cinéma aux lecteurs et une totale liberté de création aux auteurs qui y participent, puisque la pagination et le traitement graphique des ouvrages sont libres.

Les deux premiers ouvrages publiés n’ont pas vraiment retenu mon attention : il s’agissait d’albums sur Sergio Leone puis sur Lino Ventura.

Le troisième, consacré à Hitchcock, m’a presque tentée. Je me souviens l’avoir feuilleté, hésitant à l’acheter. J’avoue que c’est le style du dessin qui m’a freinée.

Quand je lis une bande-dessinée, hormis les « madeleines » de l’enfance que sont les classiques franco-belges (Astérix, Tintin, Lucky-Luke, Gaston Lagaffe, Blake et Mortimer…), j’ai besoin d’être attirée par le travail du dessinateur.

Pour Hitchcock, si le choix du noir et blanc m’avait séduite, il n’y avait pas eu de déclic supplémentaire  qui m’aurait convaincue. Cependant, j’avais constaté qu’enfin, une collection de bandes-dessinées (ou de romans graphiques si vous préférez) se consacrait exclusivement au septième art, co-dirigée par Noël Simsolo.

Le nom me disait quelque chose, je décidais d’aller à la pêche aux informations :

Né en 1944, le curriculum-vitae du monsieur est assez impressionnant. Critique cinématographique, scénariste de bande-dessinée (justement), auteur d’essais. C’est là que je le retrouve, notamment auteur d’un ouvrage sur Clint Eastwood paru aux éditions des Cahiers du cinéma, et d’un Dictionnaire de la Nouvelle vague publié en 2013 chez Flammarion.

Metteur en scène de théâtre (et acteur), intervenant à la radio (et producteur), également auteur de romans (avec une prédilection pour le polar), acteur pour le cinéma et la télévision, réalisateur et scénariste, bref Noël Simsolo est une espèce de touche-à-tout hyperactif.

De quoi susciter mon intérêt.

Et voilà qu’en août 2020, visitant l’exposition Louis de Funès à la Cinémathèque française, je tombe à la librairie devant le dernier ouvrage publié dans la collection 9 ½ de Glénat.

François Truffaut : personnage de bande-dessinée ?

Après Sergio Leone, Lino Ventura et Hitchcock, c’est à François Truffaut que cette collection avait décidé de consacrer un album.

Je guette régulièrement les ouvrages – fictions ou documentaires – qui décident d’aborder la vie ou l’oeuvre de François Truffaut, le dernier d’entre eux ayant fait l’objet d’un article sur ce site était L’Amie américaine de Serge Toubiana, qui reste l’un de mes meilleurs souvenirs de lecture pour l’année 2020.

En tenant entre les mains l’album publié chez Glénat, en le tournant et le retournant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être quelque peu réticente. Néanmoins, ma collectionnite aiguë a eu le dernier mot, et je suis ressortie de la Cinémathèque avec le François Truffaut, signé Simsolo pour le scénario et Marek pour le dessin et paru le 19 août 2020.

Un mot tout d’abord sur la couverture : elle est assez synthétique et a le mérite de faire apparaître trois éléments significatifs du cinéma de Truffaut : déjà Truffaut lui-même (au second plan), les jambes des femmes (au premier) et une Tour Eiffel en arrière-plan.

Le cinéphile averti reconnaîtra ces trois éléments et saluera le pouvoir évocateur de cette couverture. Et ensuite ?

Eh bien j’avoue n’avoir été convaincue ni par le dessin ni par le scénario.

Rendez-vous manqué

Laissons de côté le dessin, qui est une affaire beaucoup trop subjective : on accroche ou non à un style, à un trait, au travail d’un dessinateur. Je ne remets absolument pas en question la qualité du travail de Marek, simplement je n’ai pas eu de coup de coeur pour son dessin.

Concernant le scénario, qu’est-ce qui m’a interpellé ?

L’ouvrage s’ouvre sur la fameuse cérémonie des Césars du 31 janvier 1981, un triomphe pour Truffaut, qui avait tout raflé pour son film Le Dernier métro : dix Césars, record toujours inégalé :

Fin de la cérémonie, Truffaut prend un taxi et demande au chauffeur de l’amener à la Tour Eiffel. Puis, flash-back en 1941, pendant l’Occupation et l’enfance de Truffaut.

Au fil des pages, le scénario multiplie les allers-retours entre l’enfance et la jeunesse de Truffaut, et la suite de sa carrière.

Autant le dire : pour quelqu’un pour qui la filmographie de Truffaut et sa carrière, justement, n’ont pas de secret, et qui s’est intéressé de près à sa vie, c’est déjà compliqué de suivre ces allers-retours.

Qu’importe, on suit, on se concentre sur l’évocation des différents personnages qui ont croisé sa route, on parvient vaille que vaille à raccrocher tel événement à telle année. On ressort de la lecture de l’album avec une synthèse très rapide (trop rapide ?) de la vie et de l’oeuvre du cinéaste.

Mais le néophyte ? Celui pour qui cette bande-dessinée est la première confrontation au cinéma de Truffaut. Vous me direz, il doit être rare. L’amateur de bande-dessinée ne va peut-être pas spontanément choisir une BD consacrée à un réalisateur qu’il ne connaît pas sur le bout des doigts sans se documenter un minimum en amont.

C’est pourtant cette impression qui a prédominé après ma lecture. Je me suis demandé ce que conserverait de cette lecture quelqu’un qui n’aurait pas la même connaissance que moi de l’univers de Truffaut. Ma réponse était malheureusement : pas grand chose.

La BD conviendra aux aficionados de Truffaut, et encore. Si l’on avait voulu dépasser ce cercle, on aurait éventuellement accompagné la filmographie, présente en fin d’ouvrage, d’une petite chronologie explicative à laquelle le lecteur aurait pu se référer…

Ce n’est cependant que mon impression, je vous laisse sur le site de Glénat découvrir les premières pages, et si le coeur vous en dit, vous faire votre propre opinion.

Du coq à l’âne (ou presque)

Refermant cette bande-dessinée et essayant de me plonger dans autre chose, j’ai attrapé l’un des ouvrages qui se trouvait sur ma pile de lectures.

Ouvrage n’est pas tout à fait le terme exact. Il s’agissait d’un numéro de la revue Schnock qui m’avait été envoyé par les éditions La Tengo.

La Tengo fait partie de ces maisons d’éditions que j’essaye de surveiller lorsque je suis en panne d’inspiration pour mes articles cinéphiles, et qui publie à intervalles réguliers certaines œuvres de Philippe Lombard.

J’ai découvert La Tengo avec Ça tourne mal ! et c’est avec cette lecture que j’ai fait le rapprochement avec Schnock, que je croisais déjà fréquemment en librairie, assez amusée par les couvertures et toujours à deux doigts d’être tentée de prendre un abonnement.

Quel rapport avec la BD ? Il est assez éloigné, je l’avoue. Je profite juste de cette occasion pour toucher deux mots de cet OVNI.

Donc Schnock, c’est une revue de cinéma/chanson/télévision/bande-dessinée. Une espèce de pot pourri assez jouissif (et jouisseur) qui a pour slogan « La revue des vieux de 27 à 87 ans ».

Avant de recevoir ce numéro 33 qui est en grande partie consacré à Lino Ventura (mais pas que), j’avais vu passer en librairie le numéro sur Jean-Pierre Marielle, celui sur Gainsbourg, et celui sur Depardieu.

J’ai depuis farfouillé pour comprendre un peu plus ce drôle de phénomène, et je suis tombée sur un article des Inrocks :

Fondée en mai 2011, la revue éditée par les éditions La Tengo bénéficie d’un accueil favorable, et rassemble plus de 10 000 lecteurs par numéro, un joli score pour un nouvel arrivant dans une économie de l’édition touchée par la crise. Comme un pied de nez à notre société bienséante, après Coluche, Jean Yanne et Serge Gainsbourg, le trimestriel Schnock affichait pour son douzième numéro l’humoriste Pierre Desproges en couverture. Un carton ! Quelques milliers d’exemplaires supplémentaires ont été réimprimés pour l’occasion…

Depuis son premier numéro sur Jean-Pierre Marielle publié en 2011, la revue est publiée dans son format mook (entre le livre et le magazine) quatre fois par an, chaque numéro coûtant une quinzaine d’euros. Le dernier en date de mars 2021 est consacré à Henri Salvador.

Dans mon fameux numéro 33, avec sa couverture tonton flingueur et ses articles illustrés qui, pour le coup, m’ont bien fait penser à un format BD, j’ai trouvé un panorama des publicités de cigarettes – bien après que Bogart les surnomme les clous du cercueil, mais bien avant les campagnes anti-tabac – un dico Schnock de Lino Ventura (bien chouette), des tops, des interviews, Yves Simon, Marcel Bluwal, Popeck… bref un vrai bain de nostalgie qui m’a donné la banane pour un petit moment.

Et une autre bande-dessinée sur le cinéma ? Et bien ça attendra !

BD et cinéma

Voici le compte-rendu de lecture du mois de mars.

Je profite pour rédiger cet article de mon regret présent, à savoir le 3e volume d’Enrico Giacovelli sur le cinéma comique américain, dont la sortie, initialement prévue pour février, est désormais annoncée pour la mi-avril.

J’avais réussi, prenant mon mal en patience, le mois dernier, à évoquer les deux petits livres sur Le Parrain et Les Sept samouraïs, mais j’ai été trop prise pour pouvoir fouiner dans les librairies ces derniers temps, du moins dans le rayon cinéma.

J’en profite donc, je le redis, pour rédiger cet article qui me faisait envie depuis longtemps, mais qui va encore susciter quelques regrets de ma part…

BD et cinéma, d’un côté mais pas de l’autre

En effet, cela fait longtemps que pour mes articles cinéphiles, je cherche non seulement dans les rayons documentaires, dans les romans (je ne désespère pas de trouver un bon roman de science-fiction sur le cinéma, je crois que Connie Willis l’a déjà écrit, mais il est pour l’heure introuvable*), mais aussi dans le rayon bandes-dessinées et mangas.

*pour les curieux de Connie Willis, l’auteur de Blitz, voici un résumé de son roman Remake, sorti en 1994, que je rêve de dénicher :

Alis rêve de danser. Elle rêve de devenir la reine des claquettes dans une vraie comédie musicale. « Mais réveille-toi, ma pauvre petite ! » lui dit Tom.
     Car à Hollywood, il y a longtemps qu’on ne tourne plus de films, qu’on n’emploie plus d’acteurs. Depuis la révolution infographique, on ne fait plus que des remakes. On prend les vieux films et on les censure, ou on les trafique. Et c’est ainsi que Marilyn donne la réplique à Tom Cruise ou que Charlie Chaplin tombe amoureux de Sharon Stone…
     En ce moment, le job de Tom consiste à « nettoyer » les classiques (c’est-à-dire visionner les versions originales et couper toute image où apparaissent alcool, tabac ou drogue). Travail de titan : c’est fou la quantité de bourbon ou de champagne que consommaient les héros des films d’antan ! Soudain, évoluant aux côtés de Fred Astaire, il reconnaît… Alis ! Mais non, voyons, ce n’est pas possible ! Ce film a été tourné en 1949 !
     A moins que…
Et voici la couverture, qui fait tout autant rêver, en tout cas moi :

Je suis souvent revenue sur mes méthodes pour trouver des livres, j’ai évoqué ma veille sur le sujet, les maisons d’éditions que j’affectionne, les moments où, en dernier recours, je me rabats sur internet et où je commande un livre sans l’avoir feuilleté avant, je n’ai pas besoin de m’étendre là-dessus à nouveau.

À moins d’être complètement passée à côté d’une pépite, jusque-là, je n’avais pas remarqué que la BD évoque beaucoup le cinéma.

L’inverse est évidemment vrai, la bande-dessinée inspire le cinéma, qui adapte tous les ans tout un stock de bandes-dessinées et de comics, jusqu’à saturation.

Je ne suis pas sectaire et je comprends qu’on souhaite rendre hommage à un univers graphique en l’adaptant à l’écran… mais Boule & Bill ? le Marsupilami ? Les Profs ? et dernièrement Gaston Lagaffe ? Évidemment ça n’exclut pas les réussites (critiques et/ou commerciales) mais parfois j’aimerais que certains héros restent sur le papier… et je me demande quel scénario on pourra tirer de l’humour tout « slapstickien » de Gaston Lagaffe…

Le papier, revenons-y. Si, en faisant quelques recherches, j’ai trouvé des films inspirés de la bande-dessinée, et si j’ai eu quelques infos sur Wikipédia, je n’ai pas toujours trouvé l’inverse, à savoir le cinéma qui inspire la bande-dessinée.

Il y a bien le divin et regretté Gotlib, et son Cinémastock en deux volumes, où il parodie avec délectation des univers cinématographiques connus (films d’aventures, de chevalerie, adaptations littéraires…)

 

Mais je lui préfère définitivement ses Dingodossiers, où il décortique davantage l’univers du cinéma, des acteurs, des réalisateurs, bref… le making of.

Voici donc ci-dessus ma planche préférée de Gotlib, consacrée au cinéma.

Et plus récemment ?

Et bien rien qui retienne mon attention. Mais peut-être me suggérerez-vous quelques titres.

J’ai néanmoins trouvé un article sur le sujet : http://www.comixtrip.fr/tops/top-10-bd-cinema/ et où le Cinémastock de Gotlib figure en bonne place.

Je n’ai trouvé que ce top, mais régulièrement je parcours encore les rayons BD des librairies, à la recherche d’une perle rare qui évoque l’univers du cinéma.

Hommage au cinéma

C’est au CDI que j’ai trouvé mon bonheur, avec l’une de nos acquisitions récentes : La Parole du muet : 1. Le géant et l’effeuilleuse, paru chez Grand Angle en avril 2016.

Je me souviens certes l’avoir aperçu dans les rayons au moment de sa sortie, mais sans doute prise par un autre ouvrage à ce moment, je ne lui avais pas donné sa chance.

À tort, car cette bande-dessinée répondait à toutes mes attentes. BD à six mains – Laurent Galandon pour le scénario, Frédéric Blier (Blier ? voilà un nom bien cinématographique) aux dessins, et Sébastien Bouet aux couleurs – elle rend hommage dès sa première de couverture au cinéma et ne le quitte plus.

Vous pouvez en suivant ce lien lire les premières pages.

L’histoire ?

Le lecteur suit les aventures de Célestin, un gentil géant naïf, lassé de décevoir son père comme clerc de notaire, qui quitte la Province et part s’installer à Paris pour faire du cinéma, avec pour tout bagage une cinéphilie de 1927 qui rappelle celle d’Henri Langlois, et une bonhomie qui ne le quitte pas.

Dans ces coulisses du cinéma encore muet, on croise bonimenteurs, projectionnistes, vedettes, accessoiristes, et les petites mains côtoient les grandes vedettes, que ce soit sur la pellicule ou dans les studios parisiens.

Au détour d’un hall de gare, on aperçoit Méliès dans son magasin de jouet, Méliès déjà sacralisé par Martin Scorsese dans Hugo Cabret, et remis à l’honneur, mais avec la douceur du clin d’oeil, dans cette jolie planche :

Les personnages, esquissés avec délicatesse, sont tous aussi attachants les uns que les autres, et sont tous inoubliables à leur manière : le « bon gros géant » qu’est Anatole, qui a des allures d’Hitchcock avant l’heure, le nain incollable en caméras et en techniques, le pianiste ancien combattant, le propriétaire de salle qui arrondit ses fins de mois avec des projections clandestines réservées aux adultes, et la petite effeuilleuse sourde et muettes qui lit sur les lèvres…

Des créatures fragiles, des freaks touchants de démesure, plongés dans une usine à rêves encore à son adolescence mais déjà impitoyable.

C’est simple, beau, et efficace.

Pour parachever ce beau moment de lecture, on trouve à la toute fin de l’album quelques planches documentées sur le cinéma :

Je vous laisse le soin de les découvrir par vous-même si le coeur vous en dit, je n’en ai mis qu’un extrait.

Même tardive, cette découverte m’a beaucoup plu, et je vous la recommande d’autant plus que le second tome est annoncé pour début avril.

Je ne lui consacrerai sans doute pas un article entier, mais j’en toucherai quelques mots avant ou après l’ouvrage d’Enrico Giacovelli, si celui-ci daigne sortir un jour !

Sinon, j’ai bien autre chose dans mes étagères, que j’ajouterai en fonction du temps que j’ai, soit à la fin de cet article d’ici la fin du mois, soit dans le prochain.

Avant de me plonger dans la semaine de la presse et ses multiples séances, je vous laisse confortablement installés en compagnie de Gaston, qui vous bercera jusqu’au prochain article #profdoc !

À bientôt !

Un rallye librairie : pourquoi pas ?

bibliotheque-chat

Depuis un petit moment, inspirée par ma blogueuse de Berlin, je prévois, j’annonce et je promets un article sur la lecture et sur les librairies. J’ai commencé à y réfléchir fin novembre, mais, une chose en amenant une autre, un projet succédant à un autre, j’ai repoussé lectures et librairies de semaines en semaines… jusqu’à aujourd’hui. Mais la fréquentation des librairies étant généralement antérieure à l’activité de lecture, je me concentre sur les premières et repousse à nouveau la seconde.

J’en profite : j’ai envoyé aujourd’hui par mail mon Buzz de Mermoz pour la semaine suivante, mon exposition pour la journée de l’amitié franco-allemande est prête et déjà consultée par les premiers élèves, et je ne peux pas mettre à jour mon portail E-SIDOC en raison d’une opération de maintenance. Je peux donc me consacrer à ce rallye librairies. Les principales librairies que j’ai fréquenté jusqu’à maintenant sont soit seine-et-marnaises, soit parisiennes.

On peut penser beaucoup de choses sur Melun : personnellement, je l’ai toujours trouvée sinistre comme ville. Si j’essaye de faire abstraction de cet a priori, je dirais juste que je la trouve beaucoup moins vivante, comme ville « de province », que Fontainebleau, alors que Melun est une préfecture. Cependant, s’il y a quelque chose qui me plait à Melun, ce sont deux de ses librairies : la librairie Pollen, et la librairie L’Escalier.

Pour L’Escalier, c’est à la fois la configuration des lieux, et l’accueil, agréable et de bon conseil, qui me plaisent. Elle est située dans le centre-ville, juste à côté de l’église Saint Aspais. Il faut monter quelques marches, et l’on se retrouve dans un petit univers sur deux étages. Je n’ai d’ailleurs jamais compris si le nom « L’Escalier », c’était à cause des quelques marches, ou à cause de l’escalier en colimaçon qui permet d’accéder au rayon des beaux livres, au premier.

Pour Pollen, c’est davantage une question de coup d’oeil et de curiosité. Je ne connais pas énormément de librairies qui se trouvent sur des péniches. Rien que pour ça, il faut aller y faire un tour.

Il aurait fallu aussi parler de la Bande des six nez, une librairie spécialisée en BD, également située à Melun, mais l’accueil n’y est pas très sympathique (on se demande si le gérant veut faire des affaires)… je préfère parler d’une autre librairie spécialisée BD, que j’ai déjà mentionnée, et qui, elle, se trouve à Paris :

Bulles en tête

Il s’agit de Bulles en tête, située rue des Dames, juste derrière le boulevard des Batignolles, métro Rome. Non seulement le fond est impressionnant, elle est incroyablement bien fournie, mais les vendeurs y sont super sympas et donnent d’excellents conseils. Il m’est déjà arrivé de ressortir avec quatre ou cinq bandes dessinées. Au sous-sol, il y a des expositions d’affiches et de dessins. Pour plus d’infos, voir sur la page Facebook de la librairie et leur site Internet.

L’une de mes découvertes récentes, c’est la librairie L’antre monde, rue du Chemin vert, métro Père Lachaise. Elle est spécialisée science fiction, fantasy et ésotérisme. Une vraie mine d’or pour les passionnés. Un temple dédié à George Martin, Philip K Dick, Asimov, Terry Pratchett, Bram Stoker et tant d’autres… Elle est gérée par une libraire très dynamique et qui adore papoter (ou en tout cas qui préfère papoter que prendre sa pause déjeuner). Plus d’infos là encore sur sa page Facebook, sur son site Internet et sur son blog.

Pour les cinéphiles comme moi, il y a aussi la librairie de la Cinémathèque française et l’inévitable librairie Ciné Reflet, rue Monsieur le Prince, à deux pas de la Sorbonne. Si jamais vous voulez dénicher une rareté cinématographique (les aventures d’Antoine Doinel, introuvable ailleurs), allez-y, laissez votre numéro. Dès que le libraire aura mis la main sur la perle rare qui vous fait défaut, il vous passera un coup de fil. Ne pas y aller si l’on veut faire des économies.

En librairie anglophone, il y a bien-sûr Shakespeare and Company, sur les quais juste en face de Notre Dame, que l’on aime pour son côté fouillis et pêle-mêle. Mais je lui ai toujours préféré WH Smith, rue de Rivoli, métro Concorde, où j’avais trouvé une superbe édition de Rebecca, de Daphné du Maurier, et l’autobiographie de Chaplin en VO.

Sinon, en généraliste, parmi les parisiennes, j’en retiens une seule : L’Humeur vagabonde, rue du Poteau dans le 18e. Une librairie qu’on aime surtout pour le nom, et ensuite pour l’accueil, s’il n’a pas changé depuis. Elle se trouve à deux pas de la pizzeria Rossini, rue Damrémont, restaurant tenu par un sosie de Roberto Benigni et sa famille, qui fait selon moi la meilleure cuisine italienne que j’ai pu trouver en France. Vous manquez de soleil en ce moment ? Allez vous acheter un livre à l’Humeur vagabonde et manger des pâtes chez Rossini.

On me demandera : et les librairies de l’Essonne alors ? Je suis en contact avec la librairie Atout Papier de Savigny sur Orge, pour mes commandes, et le gérant est très gentil et efficace. Par contre, je n’ai pas encore réussi à trouver le temps de m’y arrêter pour voir à quoi elle ressemblait.

Voilà, je l’ai fait mon article sur mes librairies fétiches. J’attends l’équivalent berlinois maintenant !

Les yeux plus gros que le ventre

Après les entrées – foie gras, saumon, fruits de mer en tout genre – les viandes en sauces, après les plateaux de fromage, les montagnes de macarons, et les parts de bûches glacées, après les libations d’alcools en tous genres, du champagne au rhum rapporté de la Réunion et servi en digestif… enfin, c’est le moment de faire une pause. Bonne année 2013, en attendant la galette !

Ayant passé près des trois quarts de ces deux dernières semaines autour d’une table, je ne m’étonne pas, du coup, que mon programme de lecture, lui aussi gargantuesque, ait subi un régime drastique. D’autant que, chose promise, chose due, parmi les cadeaux déposés par Papa Noël, j’ai reçu en majorité des livres. L’attrait de la nouveauté s’est révélé plus fort que la voix de la conscience. Et justement, la plupart de ces livres étant des nouveautés, je n’ai pas résisté au plaisir de les présenter.

Généralement, lorsque l’on veut m’offrir des livres, voilà de quelle manière on s’y prend : soit l’on se réfère à une liste que je fournis (c’est plus prudent, on ne risque pas de m’offrir ce que j’ai déjà), soit avec hardiesse, et presque de l’inconscience, on se lance dans l’inconnu, gardant quand même en tête trois ou quatre lignes de conduite. Pas de livres pour le travail (dans ce domaine là, je ne mélange pas travail et plaisir), mais : cinéma, littérature, bande dessinée. Les livres que l’on m’a offert cette année ont trait au cinéma et à la bande dessinée, et mes proches n’ont suivi aucune liste. Les surprises, c’est chouette aussi.

1°) Cinéma :

Tout feu tout flamme

D’abord un pavé magnifique, très bien illustré, qui s’adresse à la fois aux amateurs et aux connaisseurs : Tout feu tout flamme. C’est, comme l’indique son sous-titre, une « traversée du cinéma français avec Olivier Barrot », éditée aux Cahiers du cinéma. Généralement, les ouvrages des Cahiers du cinéma sont une référence pour les cinéphiles, et ils sont également très bien écrits et illustrés. Celui-ci présente toutes ces qualités. Sa traversée est subjective, non exhaustive, mais captivante, depuis l’invention du cinéma par les frères Lumières jusqu’au succès de The Artist. Une belle trouvaille.

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Tout aussi belle que ce livre plus léger mais tout aussi captivant, consacré à un mythe du cinéma américain : il s’agit de 5e avenue, 5 heures du matin, de Sam Wasson, publié aux éditions Sonatine. Cet ouvrage retrace toute l’histoire du film Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s). Pour l’instant, je l’ai juste parcouru, j’en ai lu quelques passages, mais je le conseille à tous les admirateurs de Truman Capote, d’Audrey Hepburn et du cinéma et de la société américaine des années 50-60. Sans doute un livre à emporter en voyage à New-York, pour les chanceux globe-trotters.

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Enfin, un livre hybride et qui servira de transition avec mes bandes dessinées. La personne qui me l’a offert a remarqué chez moi, ces derniers temps, un intérêt croissant pour les personnages de l’univers Marvel – encouragé par l’addiction progressive à la série The big bang theory et par les soirées passées devant X-Men. Il m’a donc offert L’Encyclopédie Marvel : l’encyclopédie complète des personnages de l’univers Marvel. Le livre est très bien fait, un vrai pavé lui aussi : tous les personnages de Marvel y sont référencés, sauf, et c’est la seule chose que je regrette, ceux de Batman et de Superman, qui font l’objet d’une encyclopédie à part (c’est une tentation de plus pour moi). Et cela tombe sous le sens, puisque, comme me l’a aimablement signalé un collègue, ces derniers sont des DC Comics et non des Marvel, ce que mon enthousiasme pour les super-héros avait zappé. Mais bon, on retrouve tous les Avengers, les personnages de Spiderman, et tous les X-Men. De quoi approfondir ses connaissances, avec une histoire complète du personnage, son CV, son parcours et sa carte d’identité.

2°) Bandes dessinées

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Un classique, du moins pour moi. Le tome 10 des aventures du Scorpion : Au nom du fils. J’adore les histoires de pirates, de bandits, etc. et tout ce qui se rapporte à un arrière-plan historique, avec aventures ou fantastique. Retrouver le Scorpion, son insolence et son petit côté sulfureux (quand je pense qu’une élève a traité un des livres du CDI de « pornographie » parce qu’il y avait le mot zizi dedans, et quelques allusions à la chose, je me dis qu’il n’en faut pas beaucoup pour les émouvoir), c’est comme retrouver L’Epervier, Barracuda, De Capes et de crocs ou Long John Silver : ça se dévore.

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Enfin, une petite découverte de la série des sept : Sept pistoleros. Cette BD est un hommage aux westerns : sept bandits retraités sont choisis comme appâts par des bureaucrates de l’est pour nettoyer l’ouest de toute sa faune indésirable. Scénario bien mené, références appuyées à Clint Eastwood et à d’autres, et une scène culte en hommage aux Tontons flingueurs. J’avais déjà beaucoup aimé dans la même série les Sept missionnaires. Celui-ci se dévore moins, il se savoure davantage.

Voilà, Papa Noël a été généreux en livres cette année (mais il l’est toujours). Comment, un sujet sur les librairies ? Ah oui c’est vrai, ça vient, ça vient…

Le quotient émotionnel

Aujourd’hui, je devais accompagner, avec trois autres collègues, deux classes à une séance de cinéma, dans le cadre du dispositif Collège au cinéma. Ce dispositif permet aux élèves de découvrir trois films dans l’année, qu’on leur fait étudier en détails, en partenariat avec les cinémas locaux. Pour plus de précisions, voir le site du CNC.

Pour des raisons logistiques que je n’approfondirais pas – en gros, vive les compagnies de bus et leur manque d’organisation – il a fallu improviser une séance de secours dans la plus grande salle du collège, équipée d’un TNI (tableau numérique interactif) et d’un vidéoprojecteur, grâce à un collègue habitant à proximité et possédant le DVD du film que les élèves étaient censés regarder, ceci au mépris des questions de droit. Il fallait trouver une solution, on a fait ce qu’on a pu.

Le film concerné : Le Tombeau des lucioles de Isao Takahata, sorti en 1996. C’est un film très émouvant, que je n’avais jamais vu jusque là, et beaucoup des personnes à qui j’en avais parlé me disaient avoir été bouleversées par cette histoire :

le tombeau des lucioles

Japon, été 1945. Après le bombardement de Kobé, Seita, un adolescent de quatorze ans et sa petite soeur de quatre ans, Setsuko, orphelins, vont s’installer chez leur tante à quelques dizaines de kilomètres de chez eux. Celle-ci leur fait comprendre qu’ils sont une gêne pour la famille et doivent mériter leur riz quotidien. Seita décide de partir avec sa petite soeur. Ils se réfugient dans un bunker désaffecté en pleine campagne et vivent des jours heureux illuminés par la présence de milliers de lucioles. Mais bientôt la nourriture commence cruellement à manquer.

Après la projection, je discutais avec un collègue de l’importance, chez les Japonais, de l’imaginaire des catastrophes. Lors du tsunami, je me souviens de l’intervention d’un libraire spécialiste en bandes dessinées qui expliquait l’omniprésence des catastrophes naturelles et des apocalypses dans les mangas par le traumatisme des deux bombes atomiques. Il pensait notamment à ce manga consacré à un survivant, Gen d’Hiroshima. Mais même dans les mangas de science-fiction, comme 20th century boys, on retrouve cette thématique de fin du monde, et l’on peut faire remonter cela à la peinture japonaise, en particulier celle de Katsushika Hokusai :

The_Great_Wave_off_Kanagawa

La particularité du Tombeau des lucioles, comme de la plupart des films que je connaisse des studios Ghibli, c’est, pour faire front aux situations dramatiques ou effrayantes, l’usage permanent de la poésie et de la mélancolie. C’est ce que j’apprécie surtout dans les films d’Hayao Miyazaki, notamment Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant.

Dans le Tombeau des lucioles, le temps est comme suspendu : on redoute la catastrophe, on l’anticipe, mais elle se produit avec douceur, et c’est ce qui rend l’émotion encore plus insoutenable. L’histoire de ces deux enfants confrontés à l’absurdité des bombardements et à la malnutrition, obligés de survivre et de voler, c’est l’histoire de Europa Europa (un jeune garçon juif et son errance dans l’Europe dominée par Staline et Hitler), de Jeux interdits (une petite fille survivante de l’Exode qui trouve refuge chez des fermiers), mais c’est une histoire transfigurée par la beauté des lumières et des paysages.

Et cela m’amène à ma question : la manière dont les ados gèrent l’émotion, en dehors d’une salle de cinéma, dans le noir et le silence – ce qui aurait été un tout autre contexte. Extérieurement, on dirait qu’ils ont le quotient émotionnel d’un tas de briques, et certaines situations qui nous paraissent insupportables les font rire : des morts, des bombardements, des explosions, des enfants obligés de se prendre en charge, de se nourrir, d’avancer… Sur le moment, c’est vrai, je ne comprends pas leurs réactions, j’ai même du mal à y voir une manière de se protéger ou une forme de pudeur.

Mais ce quotient émotionnel varie selon la situation et le contexte, et les échelons intermédiaires sont nombreux lorsque l’on décide d’un film qu’il fait réfléchir ou qu’il est bouleversant. Le même film à quelques mois d’intervalle me paraîtra l’un ou l’autre.

Ces infimes variations peuvent-elles tout expliquer ou tout excuser, je ne pense pas. Mais sans doute manifester une émotion quelconque, la reconnaître et l’assumer nécessite davantage de maturité que je ne le croyais…

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