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Étiquette : Alfred Hitchcock (Page 1 sur 4)

À l’ombre du cinéma

Pour ce dernier compte-rendu de lecture de l’année 2020 – le prochain article étant consacré à mon traditionnel palmarès de lecture – je vais revenir sur l’un des livres les plus délicats et les plus émouvants que j’ai eus entre les mains cette année.

C’est l’un de ces livres dont on arrive à la fin en regrettant vraiment de l’avoir fini, et bien que l’histoire soit sans suspense aucun, on se prend à redouter les derniers chapitres, les dernières phrases, les derniers mots.

Lecture de confinement

Ce livre, que j’annonce cette fois sans retard et sans associations d’idées préalables – elles viendront après – c’est L’Amie américaine de Serge Toubiana, publié aux éditions Stock en mars 2020.

Lorsque j’ai eu connaissance de la publication de cet ouvrage, je savais déjà de qui et de quoi il parlait, avant même d’en avoir lu un résumé et de l’avoir eu entre les mains. Le titre et le bandeau étaient suffisamment évocateurs pour que j’aie immédiatement envie de lire ce livre.

Étant donnée sa date de publication, je me suis hâtée de le commander, pour le recevoir avant que le confinement et les aléas de la poste m’en empêchent. Heureusement, dès la mi mars, le livre était dans ma boîte aux lettres, et après les lectures des derniers Hercule Poirot, des trois premiers volumes de L’Amie prodigieuse et de La Servante écarlate (entre autres), j’ai eu le bonheur de me plonger dans l’ouvrage de Serge Toubiana.

Truffaut, Helen, Hitchcock

Je suis donc passée, avec beaucoup de plaisir pour mon esprit amateur d’associations d’idées et de jeux de mots, de L’Amie prodigieuse à L’Amie américaine.

Connaissant les goûts de Serge Toubiana pour le cinéma de Truffaut – car, vous l’avez compris, c’est encore de Truffaut qu’il s’agit ici – je suis persuadée que ce titre L’Amie américaine est trop proche de La Nuit américaine pour être totalement innocent…

En effet, Serge Toubiana est l’auteur d’une biographie de François Truffaut co-écrite avec Antoine de Baecque, qui fait référence en la matière et que j’ai classée cet été dans les 10 lectures indispensables sur le cinéma. Il y a quatre ans il avait publié des mémoires que j’ai déjà évoquées : Les Fantômes du souvenir. Il a par ailleurs été directeur de la Cinémathèque française entre 2003 et 2015.

Son Amie américaine est une biographie consacrée à Helen Scott.

Des femmes, François Truffaut en a compté beaucoup dans sa vie : épouse, filles, muses, collaboratrices, amies. Les femmes sont omniprésentes également dans son cinéma, depuis la mère des Quatre cents coups à la partenaire idéale incarnée par Fanny Ardant dans Vivement dimanche !

Et si l’on peut dire, la relation qu’il eut avec Helen Scott est un condensé de toutes ces relations. Helen Scott est principalement connue des cinéphiles pour avoir accueillie Truffaut aux États-Unis pour les débuts de sa carrière hollywoodienne en janvier 1960, et pour avoir traduit en simultané les entretiens entre Hitchcock et Truffaut en 1962, puis pour avoir travaillé sur l’édition anglaise du Hitchbook.

En témoigne cette photo :

En témoignent également les entretiens enregistrés au magnétophone :

Helen avant François

Ce que l’on connait moins, et ce que Serge Toubiana s’emploie à nous raconter, c’est la vie d’Helen Scott avant sa rencontre avec Truffaut, et la force de cette amitié une fois la rencontre survenue.

On y découvre son enfance entre New York et Paris, son militantisme communiste dans les années trente, ses relations avec la résistance et la France libre pendant la seconde guerre mondiale, son mariage très éphémère avec un monsieur Scott dont elle a gardé le nom toute sa vie.

Certains mystères qui restent irrésolus donnent à Helen la dimension d’un personnage de roman : a-t-elle assisté aux procès de Nuremberg ? était-elle une espionne soviétique ?

Toujours est-il que la femme qui côtoyait dans les années trente et quarante une certaine élite politique (défilent devant nous Geneviève Tabouis, Eleonor Roosevelt, Pierre Mendès-France), a traversé quelques années de galère, black-listée et victime du maccarthysme, avant d’être engagée par le French Film Office comme publiciste en 1959.

Ma chère Helen, mon cher François

Ce que nous raconte enfin Serge Toubiana dans L’Amie américaine, c’est, à partir de 1960, l’histoire d’un coup de foudre puis d’une amitié à la fois fantasmée, fusionnelle, mais aussi épistolaire.

Ici, petite digression personnelle : je me souviens après avoir découvert le cinéma de Truffaut (c’était il me semble au lycée entre 2002 et 2004) j’avais commencé à accumuler les livres qu’il avait écrits et ceux qui lui étaient consacrés.

J’avais ainsi mis la main sur une biographie d’Annette Insdorf parue aux éditions Gallimard dans la collection « Les découvertes », le Dictionnaire Truffaut, la biographie co-écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, et j’avais appris que sa correspondance avait été publiée.

Pour mettre la main dessus, quelle aventure, à une époque où certes mes parents disposaient déjà d’un ordinateur et d’une connexion Internet (avec le fameux modem) mais où le marché du livre d’occasion n’était pas aussi accessible qu’il peut l’être maintenant.

J’avais donc trouvé sur un site un exemplaire d’occasion, récupéré dans une librairie parisienne (était-ce passage Jouffroy ?) et qui figure depuis, encore aujourd’hui dans ma bibliothèque.

Dans cette Correspondance, une sélection des lettres de Truffaut. La première des lettres à Helen qui y figure date de mars 1960, la dernière date de février 1975.

La lecture de L’Amie américaine nous donne à voir cette correspondance comme beaucoup plus abondante, principalement du côté d’Helen, qui peut écrire 5 lettres quand Truffaut n’en répond qu’une…

Elle nous donne à découvrir quelques-unes de ces lettres, toujours lucides, toujours pleines d’affection et d’humour, entre « Scottie » et « ma Truffe », qui se livrent tantôt à des coups de gueule, tantôt à des confidences.

Elle nous donne enfin à connaître une personnalité des plus touchantes et des plus fascinantes, par son humour, sa simplicité et sa culture.

Helen Scott a côtoyé bon nombre de réalisateurs, acteurs et scénaristes, français et étrangers (de Rossellini à Bill Murray), a encouragé la carrière outre-Atlantique de plusieurs metteurs en scène, a réalisé les sous-titres de films français, a mis en contact untel et untel, puis, s’étant installée à Paris, a fréquenté cinémathèque et ciné-clubs, réalisateurs et producteurs.

Et pour Truffaut ? Elle participe évidemment à l’aventure du Hitchbook – la bible du cinéphile par excellence – elle assiste au tournage de Fahrenheit 451, elle relit des scénarios, est parmi les premiers spectateurs des films, conseille et encourage, et apparaît même dans Domicile conjugal, dans une scène aux côtés de Jean-Pierre Léaud :

Évidemment, j’oublie, je vais vite en besogne, je n’insiste pas sur des détails ô combien touchants de cette amitié, que Serge Toubiana prend, lui, le temps de nous raconter.

Les dernières pages, je l’ai dit, sont sans suspense (ni surprise). Elles me permettent cependant une nouvelle digression.

Promenade à Montmartre

Cette digression, je vais tâcher de ne pas la rendre trop macabre… et si jamais j’y échouais, je tâcherai de me rattraper dans la dernière partie de cet article.

Après avoir découvert le cinéma de Truffaut, je suis allée en prépa à Vanves, puis j’ai fait mes études à la Sorbonne. Jusqu’à ma deuxième année de master, j’ai principalement fréquenté le sud de Paris, le parc Montsouris, la porte d’Orléans et la station Corentin Celton.

Puis je me suis installée dans un petit studio rue Damrémont et pour aller à l’INSPÉ qui s’appelait encore l’IUFM, je descendais la rue Damrémont puis la rue Caulaincourt, qui surplombait le cimetière Montmartre, pour rejoindre le boulevard des Batignolles.

J’allais de temps en temps me promener dans le cimetière Montmartre, avec à l’entrée Lucien et Sacha Guitry, Michel Berger, Dalida et Fred Chichin, et je ne manquais pas de m’arrêter dans les allées de l’avenue Berlioz, où se trouve une grande tombe en marbre noir avec des lettres blanches, sur laquelle on trouve toujours des tickets de métro.

Mais à aucune de mes visites je n’avais imaginé qu’Helen, disparue trois ans après Truffaut, se trouvait à proximité, voisine discrète mais toujours fidèle.

Figures de l’ombre, passeurs de cinéma

Le livre de Serge Toubiana m’a fait souvenir de quelques-uns (et ici plutôt quelques-unes) de ces passeurs de cinéma, ces personnages que le spectateur ne soupçonne pas toujours, mais qui restent indispensables à une oeuvre et à sa transmission.

Je suis reconnaissante à l’auteur de L’Amie américaine d’avoir ainsi mis en lumière la silhouette d’Helen Scott, et je me suis alors imaginée combien il serait captivant que certains destins de ces figures de l’ombre se retrouvent éclairés.

Je me souviens de la scénariste Frances Marion, enfin sur le devant de la scène dans le Hollywood Boulevard de Melanie Benjamin.

Qui pourra écrire la biographie de Lotte H. Eisner, collaboratrice de Henri Langlois à la Cinémathèque française et spécialiste du cinéma de Murnau ou de Fritz Lang ?

Qui pourra écrire une biographie d’Edith Head, qui a réalisé notamment les costumes du Eve de Mankiewicz, de Vacances romaines, et, pour Hitchcock de Vertigo, Fenêtre sur cour ou La Main au collet, et a remporté pas moins de huit Oscars ? Qui, d’ailleurs, pour écrire un livre sur Alma Hitchcock ?

Qui, pour écrire un livre sur Suzanne Schiffman, l’assistante de Truffaut et l’une de ses plus proches collaboratrices ?

Qui, cette fois, pour écrire un livre sur Nina Companeez, réalisatrice des Dames de la côté et de L’Allée du roi ?

Il est vrai que certaines de ces personnalités, aussi discrètes qu’efficaces, préfèrent rester dans l’ombre… mais n’en sont pas moins de formidables passeurs de cinéma.

Je vous encourage à les découvrir, et vous dis à très bientôt, sur Cinephiledoc !

Quant à moi, je vais ranger L’Amie américaine en bonne place dans l’étagère de ma bibliothèque où se trouvent les livres de Truffaut ou ceux qui lui sont consacrés, livres qui commencent à constituer à eux-seuls un fonds à part entière (j’en ai dénombré 32 jusqu’ici) parmi tous mes ouvrages sur le cinéma…

Hors-série 1 : dix lectures cinéma indispensables

Cet été j’ai décidé de vous proposer deux hors-série relativement simples, et qui n’exigent pas de moi, comme l’an dernier, une énorme pile de lectures.

L’an dernier je vous avais proposé un hors-série sur Daphné du Maurier et un hors-série sur Agatha Christie. À cette occasion, j’avais lu biographies et autobiographies, romans de ces deux auteures, et j’avais vu des films adaptés de leurs oeuvres et des documentaires qui leur étaient consacrés.

Cette année, j’ai profité du confinement pour réfléchir à ces deux hors-série, et j’ai donc commencé à les rédiger au mois d’avril – je me rends ainsi compte que je n’ai jamais été aussi en avance sur ce blog, car, exception faite des articles de profdoc, mes articles cinéphiles sont prêts parfois jusqu’à six mois à l’avance.

Deux hors-série palmarès

Donc pour cet été, deux hors-série qui vont être de tout repos, tant dans leur conception que dans le stock de livres qu’ils exigeront.

Pour ce premier article de juillet, je vous propose la liste de mes 10 indispensables en lectures sur le cinéma.

J’ai l’habitude de vous proposer à chaque fin d’année un palmarès de lectures de l’année passée, j’élargis aujourd’hui le concept et cède moi aussi aux « 10 livres [cinéma] à emporter sur une île déserte », déjà parce que j’aime les listes (sinon je ne serais pas abonnée à la chaîne Blow Up Arte et je ne ferais pas non plus un bullet journal) et ensuite parce que j’aime les palmarès, même si en fonction des époques ils peuvent être des plus changeants.

Voici donc le palmarès de mes lectures sur le cinéma, presque depuis que je suis cinéphile et presque aussi depuis que je tiens Cinephiledoc.

1/ Le classique

Pour moi le classique des classiques en terme de lecture sur le cinéma reste l’ouvrage Hitchcock/Truffaut, familièrement appelé le Hitchbook.

Publié pour la première fois en 1966 aux éditions Robert Laffont, il restitue l’entretien entre Alfred Hitchcock et François Truffaut, sur une idée originelle de ce dernier : décortiquer l’oeuvre d’Hitchcock en abordant pour chaque film sa naissance, l’écriture de son scénario, les circonstances du tournage et le regard qu’Hitchcock porte sur chaque film.

Pourquoi c’est un classique du livre de cinéma ? Parce qu’il confronte deux réalisateurs qui parlent de leur art, parce qu’il est abondamment illustré, et parce qu’il a lui-même suscité un certain nombre d’analyses, de livres et de films.

2/ L’autobiographie

S’il ne fallait retenir qu’une autobiographie de cinéma, étant donné le côté périlleux et narcissique de l’exercice, il faudrait délaisser les souvenirs de stars, les mémoires dont on ignore si la personne l’a rédigé elle-même ou s’est fait aider, et les textes inachevés retrouvés juste après un décès au fin fond d’un grenier.

L’autobiographie de cinéma par excellence, c’est celle de Charlie Chaplin : Histoire de ma vie.

Elle a été publiée pour la première fois en 1964, et elle revient donc de son vivant (Chaplin est né en 1889 et mort en 1977) sur la plus grande partie de la vie de Chaplin.

Pourquoi c’est un incontournable ? Parce qu’elle se lit comme un roman (au départ un roman de Dickens), depuis la naissance et l’enfance de Chaplin dans la misère londonienne, sa vie d’enfant artiste, sa découverte du cinéma, les studios hollywoodiens, ses voyages, jusqu’à sa gloire et son immense popularité qui ne se sont jamais démenties depuis.

M’étant attardée sur les deux premiers indispensables, je vais aller un peu plus rapidement pour les suivants.

3/ La biographie

Pour les mêmes raisons que l’autobiographie de Chaplin, je retiens comme biographie le François Truffaut de Serge Toubiana et Antoine de Baecque, une biographie de référence, publiée pour la première fois chez Gallimard en novembre 1996.

L’ouvrage a été revu en 2001, l’édition de poche est disponible chez Folio : c’est un livre de près de 900 pages qui a été rédigé à partir des multiples témoignages de ses proches et de ses amis et de ses archives personnelles, qui étaient foisonnantes, puisqu’elles regroupaient notamment ses textes critiques, ses scénarios et sa correspondance, entre autres.

Je lui adjoindrais Le Petit voisin de Jérôme Tonnerre, pour un regard extérieur et une touche romanesque.

4/ Le roman

Et puisque nous parlons de romanesque, venons-en au roman. J’ai beaucoup hésité avec Le Figurant de Didier Blonde, mais j’ai voulu m’écarter quelque peu de l’univers truffaldien. J’aurais aussi pu choisir le Livre des illusions de Paul Auster, dont j’ai déjà abondamment parlé sur ce site, et qui a été publié en 2003, mais je cherchais quelque chose de plus récent.

Je replace donc ici LE roman étourdissant et presque inégalé sur le cinéma : Londres après minuit, d’Augusto Cruz : c’est une enquête policière doublée d’un road movie captivant à la poursuite d’un film muet disparu. Un chef d’oeuvre !

5/ Le dictionnaire

Là encore, il y a foison, c’est un genre que les auteurs apprécient : il y a le Dictionnaire Truffaut, d’Arnaud Guigue et Antoine de Baecque, il y a le Dictionnaire Spielberg de Clément Safra paru chez Vendémiaire.

Et puis il y a le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, préfacé par Claude Chabrol (s’il vous plaît) publié chez Larousse en 2007.

Alors oui, ça parle encore d’Hitchcock (et je n’ai pas fini) mais ça parle d’Hitchcock avec une érudition étourdissante, et qui s’attarde sur le moindre détail, un peu à la Blow Up. Si l’on reprend le résumé :

TOUT sur Hitchcock, ses films (et téléfilms), ses acteurs et actrices, ses collaborateurs et collaboratrices, son père, sa mère, sa femme, sa fille, ses chiens, ses lubies, ses secrets, ses trucs de tournage…
Un dictionnaire exhaustif (4 millions de signes), comptant plus 1 500 entrées.

Plus de 1000 biographies consacrées aux hommes et femmes ayant travaillé avec le maître.

– De Ronald Adam (un aristocrate dans Les Amants du capricorne) à Peter von Zerneck (un pronazi dans Les Enchaînés), tous les comédiens et comédiennes dirigés par Hitchcock de son premier film (The Pleasure garden) à son dernier (Complot de famille).
– Les auteurs, adaptateurs, scénaristes ayant travaillé avec Hitchcock, ainsi que les directeurs de la photographie, les monteurs, les musiciens…
Chaque article est accompagné d’une présentation exhaustive de cette collaboration.

De nombreux thèmes sont traités (voyeurisme, culpabilité, homosexualité) et des personnages types (couples mariés, alcooliques, handicapés, logeuses…) des pays ou des monuments. Et également des objets « fétiches » (menottes, cabines téléphoniques, trains, etc…), des entrées variées

Chacun des 57 longs métrages d’Hitchcock est l’objet d’un développement in extenso, sur de nombreuses pages, par l’auteur.

6/ Un film

Pour un ouvrage consacré à un film précis, je remonte le temps et je prends l’un de mes tous premiers coups de coeur de lectrice cinéphile.

Il s’agit de 5e avenue, 5 heures du matin, un ouvrage consacré au tournage de Diamants sur canapé, écrit par Sam Wasson et publié chez Sonatine en 2012.

C’est une chronique du tournage, avec anecdotes, secrets et photos, et qui se laisse apprécier bien plus qu’Audrey Hepburn n’appréciait le croissant qu’elle devait manger dans la fameuse scène d’ouverture…

7/ Un réalisateur

Là encore, je vais essayer de sortir de mon panthéon habituel Truffaut – Hitchcock – Chaplin. Je sélectionne donc l’ouvrage déjà mentionné (et pas plus tard que le mois dernier) : Les archives Stanley Kubrick aux éditions Taschen.

Un ouvrage exhaustif et superbement illustré, qui met à la portée du cinéphile le plus modeste « une grande partie des images les plus mémorables extraites des films de Kubrick, des interviews éloquentes et de nombreux documents issus de ses archives personnelles tels que des éléments de conception de décor, des scénarios, des notes, des lettres et des plans de tournage ».

8/ L’archéologue

Là encore, pas de surprise, je cite à nouveau mon Simon Braund fétiche et son magnifique ouvrage : Les plus grands films que vous ne verrez jamais, publié en 2013 aux éditions Dunod

Simple, beau, efficace, et éclairant de manière émouvante les oeuvres qui n’ont pas pu voir le jour.

9/ Le culinaire

J’ai quelque peu hésité pour ces deux dernières rubriques : le culinaire et le vagabond.

Parce qu’à nouveau, j’aurais pu choisir de mettre à l’honneur Hitchcock avec l’ouvrage La Sauce était presque parfaite, ou Chaplin, avec À table avec Charlie Chaplin, qui m’a rappelé l’excellent site de Claire Dixhaut, Cinémiam.

Je choisis les ouvrages du Gastronogeek, que j’ai eu encore récemment l’occasion de feuilleter, et qui permettent de voyager, avec les papilles, dans un univers cinématographique des plus étendus, allant des dessins animés des années 80 aux banquets d’Astérix.

10/ Le vagabond

Je termine enfin ce palmarès par les livres qui nous font voyager au cinéma. Il y en a à foison : ceux qui se consacrent au cinéma étranger (cinéma japonais, cinéma italien, cinéma espagnol, cinéma américain), ceux qui s’attardent sur une ville (New York ou Paris) et qui me rappellent les virées cinéphiles du Fossoyeur…

Et puis il y a la série des ouvrages de Philippe Lombard publiés chez Parigramme, avec notamment Le Paris de François Truffaut (mais j’avais dit que je quittais mon panthéon) et Paris en 100 films de légende.

C’est donc avec ces promenades cinéphiles que je vous quitte, vous souhaitant un bel été et vous disant à bientôt sur Cinephiledoc !

Hors-série 1 : Daphné, Branwell, Rebecca et Alfred

Comme chaque été, je vous retrouve pour deux hors-série qui ne traitent pas, comme le reste de l’année, de publications plus ou moins récentes, mais de thématiques qui me tiennent à coeur.

https://www.arte.tv/fr/videos/074245-000-A/daphne-du-maurier/

L’été approchant, j’ai hésité entre plusieurs thématiques, dont l’une que vous retrouverez certainement pour l’article de septembre.

Brièvement, j’ai pensé vous concocter un best-of de l’ensemble de mes lectures cinéphiles depuis que je tiens ce blog.

J’ai également pensé à un autre best-of qui aurait repris l’ensemble des séries et des films qui composent ma liste sur Netflix. Puis une autre idée m’est venue et je garde ces best-of certainement pour l’an prochain !

De Daphné à Agatha, détours et évidences

Cette idée, elle s’est imposée lorsque j’ai regardé sur Arte un fabuleux documentaire sur Daphné du Maurier.

Alors qui était Daphné du Maurier, j’y reviendrai dans un instant, mais déjà, quelques mots de la façon dont l’idée a émergé et de ce fameux documentaire.

C’était en avril dernier, et j’avais envie de regarder quelque chose de court et d’instructif, ce qui me conduit généralement à faire un saut dans les replay de la chaîne Arte. Du coup, je tombe sur ce documentaire, qui m’accapare complètement (j’en ai glissé le lien en introduction, ce n’est pas très esthétique mais le code d’intégration proposé était des plus capricieux…).

De là me viennent plusieurs pensées. Je me dis que je n’ai jamais parlé de Daphné du Maurier sur mon blog, je me souviens qu’elle a été parmi quelques-unes de mes belles découvertes de lectures quand j’étais ado, je me dis que si j’en parle, ce sera aussi l’occasion de parler d’Hitchcock, je me dis qu’il faut vraiment que je retourne en Cornouailles (je vais d’ailleurs ponctuer cet article de quelques photos), je me dis que j’en profiterais bien pour écrire quelque chose sur Agatha Christie…

Et voilà, j’ai mes deux hors-série de l’été : sur les deux romancières anglaises du vingtième siècle les plus respectées : Daphné du Maurier et Agatha Christie.

Comme le titre vous l’indique, je vais commencer par la première, puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes, je suis encore plongée dans mes lectures pour préparer l’article sur la seconde.

Daphné en lectures

Je l’ai mentionné plus haut, Daphné du Maurier a très tôt fait partie de mon univers de lectrice, elle a certainement été parmi les auteures que j’ai lu avant Jane Austen, avant les soeurs Brontë, peut-être pas avant Agatha Christie (que j’ai dû lire à peu près en même temps), en tout cas j’ai lu Daphné du Maurier bien avant de lire Jane Eyre et Wuthering Heights.

J’ai évidemment commencé par Rebecca. Lorsqu’on lit Daphné du Maurier, commence-t-on réellement par autre chose que Rebecca ? Avais-je vu le film d’Hitchcock avant ou après, je ne sais plus. Toujours est-il que, comme beaucoup, j’ai été happée dès la première phrase :

J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley.

Rebecca. Manderley.

Rien que ces deux mots donne une idée de la façon dont on peut rêver sur les lieux avec Daphné du Maurier.

J’ai donc lu Rebecca. En français. Et il m’a fallu d’autres livres. Fort heureusement, la bibliothèque familiale comprenait quelques Daphné du Maurier.

Je me souviens donc très bien du recueil de nouvelles Pas après minuit, en particulier celle sur les touristes anglais à Jérusalem et celle sur le couple américain en vacances à Venise, qui était vraiment terrifiante. Je ne me souviens pas des titres exacts, mais je me souviens de la couverture, et de l’éditeur, Albin Michel.

Puis j’ai lu Mad. Sans le savoir, c’était le premier (ou l’un des premiers) livre de science-fiction que je lisais. Et je l’ai trouvé d’une drôlerie et d’un sens de la narration extraordinaires. Plus tard j’ai appris que c’était l’un des Daphné du Maurier les moins appréciés.

Ensuite, je me suis plongée dans La Maison sur le rivage, qui était vraiment beau et inquiétant, et c’est le dernier texte de fiction que j’ai lu de Daphné. J’avais certes trouvé un recueil qui rassemblait Rebecca, Ma Cousine Rachel, L’Aventure vient de la mer et L’Auberge de la Jamaïque, mais je n’ai pas pris le temps de m’y plonger.

Quelques années ont passé, j’ai enfin lu Wuthering Heights et Jane Eyre, j’y ai reconnu certaines des influences de Daphné du Maurier, et c’est grâce à cet intérêt pour les soeurs Brontë que j’ai redécouvert Daphné.

Car, non contente d’être une narratrice hors pair, Daphné du Maurier a écrit, selon moi, l’une des plus belles biographies que j’ai jamais lues : celle de Branwell Brontë. Et c’est en commandant cette biographie, en découvrant son nom en dessous du titre, que j’ai repris contact avec son univers.

Quatrième de couverture :

Branwell est l’enfant maudit de la famille Brontë. L’unique frère de Charlotte, Emily et Anne était pourtant promis à un brillant avenir. C’est lui qui construisit le monde imaginaire de la fratrie, inventa les jeux qui nourriraient l’imagination de ses sœurs, lui qui les inviterait à la création, à l’écriture. Mais l’enfant prodige devint peu à peu un poète déchu s’aidant d’alcool et d’opium pour surmonter la folie, tandis que ses trois sœurs accédaient à la renommée.

Branwell, c’est donc la silhouette que l’on aperçoit, presque complètement effacée, sur le portrait de Charlotte, Emily et Anne. C’est le peintre qui s’est de lui-même retiré du tableau.

C’est ce personnage mystérieux et pathétique que Daphné du Maurier nous raconte dans cette magnifique biographie. Je me suis longtemps demandée si André Téchiné s’en était servi pour son très beau film sur Les Soeurs Brontë, et comme je n’ai pas la réponse, j’en arrive à me convaincre que oui.

C’est par cette biographie que j’en suis revenue à Daphné du Maurier, et que j’ai relu, en anglais cette fois, Rebecca. 

Et je dois dire que lorsqu’on la lit en anglais, cette première phrase, et tout le reste, vous saisit encore davantage.

Daphné et Alfred

Si je connais bien Daphné, ou plutôt si jusque-là je croyais bien la connaître, c’est grâce à Hitchcock.

Très tôt, Rebecca a fait partie de mes films préférés d’Hitchcock, avec L’Ombre d’un doute, La Mort aux trousses et Fenêtre sur cour.

Ce n’était pas la narratrice que j’appréciais, ce n’était pas plus Max de Winter, c’était Mrs Danvers et Manderley. Et c’est le tour de force d’Hitchcock d’avoir réussi à rendre le lieu aussi palpable, inquiétant et humain que dans le livre.

Mrs Danvers, c’était la fabuleuse Judith Anderson, qui joue d’ailleurs l’un des personnages de l’adaptation des Dix petits nègres d’Agatha Christie, j’y reviendrai dans mon prochain article. Et puis il y a George Sanders, qui joue Favell, le cousin de Rebecca, une canaille inoubliable.

Pour écrire cet article, j’ai repris mon Hitchbook, et il y avait un échange entre Truffaut et Hitchcock dont je me souvenais tout particulièrement :

FT : (…) vous dites que c’est un film qui manque d’humour mais, quand on vous connaît bien, on a l’impression que vous avez dû beaucoup vous amuser en écrivant le scénario, car finalement c’est l’histoire d’une fille qui accumule les gaffes.

En revoyant le film l’autre jour, je vous imaginais avec votre scénariste : « Voilà la scène du repas, est-ce que l’on va lui faire tomber sa fourchette par terre ou bien est-ce qu’elle va renverser son verre ou plutôt casser une assiette ? »

Je laisse, grâce à la magie de YouTube, la parole aux deux principaux intéressés :

Ce petit voyage à travers Rebecca m’a permis de mesurer ma connaissance (ou ma méconnaissance) de Daphné du Maurier et d’Hitchcock sous la forme d’un match :

Rebecca : Daphné du Maurier 1 – Hitchcock 1

L’Auberge de la Jamaïque : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 0

Les Oiseaux : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 1

C’est aussi grâce aux Oiseaux et à Soupçons, un autre film de Hitchcock (ou plutôt à cause d’eux) que je me suis fait une image de Daphné du Maurier bien éloignée de la réalité.

Dans Soupçons, un beau personnage de femme auteure de roman policier qui met en garde l’héroïne, Joan Fontaine, contre son mari, Cary Grant.

Dans les Oiseaux, vous avez le personnage de la vieille dame ornithologue.  Allez savoir pourquoi, j’ai longtemps pensé que Daphné du Maurier devait ressembler trait pour trait à ces deux personnages.

Jusqu’à ce fameux documentaire Arte…

De Daphné à Daphné

La première fois que j’ai lu Rebecca, je ne me suis absolument pas intéressée à son auteure, et je ne lui ai pas plus prêté attention lorsque j’ai lu ses autres livres.

Elle ne figurait pas sur la quatrième de couverture, elle me racontait des histoires captivantes mais je n’ai pas songé à m’informer davantage sur elle.

Aussi lorsque j’ai vu ce documentaire, j’ai compris à quel point j’étais loin de la réalité. Il m’a révélé une personnalité belle, forte, attachante, entière, et ce premier aperçu m’a été confirmée par la superbe biographie de Tatiana de Rosnay, Manderley for ever.

Je l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire. J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants. Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai.
C’est le roman d’une vie.

On y découvre une Daphné du Maurier tiraillée entre le masculin et le féminin, entre ses passions « vénitiennes » (le code qu’elle utilise pour lesbiennes, bien qu’il s’agisse souvent d’une simple attirance ou admiration pour certaines des femmes qu’elle a pu côtoyer) et sa vie d’épouse, un être épris de promenades, de solitude et d’écriture, et que la critique n’a pas ménagé, ne lui pardonnant pas ses succès publiques.

Elle y est fascinée par l’histoire, par les personnages qui l’entourent, par les lieux qu’elle visite ou dans lesquels elle vit, et elle rêve si bien « vrai » que tout cela se retrouve à merveille dans tout ce qu’elle écrit.

Sur les traces de Daphné du Maurier, on suit Tatiana de Rosnay depuis Londres jusqu’à Kilmarth, en passant par Paris, Fowey et Menabilly.

On y côtoie l’univers du théâtre londonien du début du 20e siècle, on se promène dans Londres à la même époque, on y découvre la vie d’une jeune femme dans ces années-là, ses rêves, ses tiraillements, ses ambitions et ses passions.

Et c’est caméra à l’épaule, comme le souhaitait l’auteure de cette biographie, qu’on l’observe marchant dans l’herbe haute de Menabilly et au milieu des meubles encore recouverts de housses, ou mettant toute son énergie à faire vivre des personnages qui ne sont pas éloignés de ce qu’elle était.

Évidemment, je ne peux que vous recommander ce livre, ainsi que toutes les lectures que j’ai mentionnées auparavant.

Itinéraires littéraires, cinéphiles et gourmands

Comme ce sont les vacances, et même si mes pas vont me conduire dans d’autres endroits que ceux fréquentés par Daphné et Alfred, voici pour finir cet article quelques escales en images et en textes.

Ceux qui ont souri à l’évocation des soeurs Brontë pourront aller flâner sur le site du musée d’Haworth, en attendant d’y faire un tour en vrai :

Ceux qui voudraient voir les lieux qui ont inspiré Rebecca, devront se contenter, comme Tatiana de Rosnay, d’une vue aérienne, ou du portail d’entrée, Menabilly restant une propriété privée inaccessible aux curieux :

Ceux qui voudront aller plus loin que la Cornouaille suivront Hitchcock jusqu’à Bodega Bay, mais faites attention aux oiseaux…

Pour ceux qui préfèreraient tout simplement savourer leurs vacances avec un bon repas accompagnant ces lectures, restons tout de même avec Hitchcock, et si vous dégotez le livre génial La Sauce était presque parfaite, arrêtez vous aux recettes suivantes :

  • Perdrix sauce ivoire de Rebecca,
  • Cornish bread Manderley
  • Poulet Dixie pommes au four Bodega Bay des Oiseaux
  • Tourte au poulet
  • Saumon grillé maître d’hôtel de Rebecca

Le tout bien-sûr servi avec un cocktail.

Bonnes escapades et bel été à tous !

Trouvez le titre…

L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui m’a donné beaucoup de mal : je tenais vraiment à lui consacrer un article, mais je ne savais pas par quel bout le prendre et il m’a fallu une bonne dose de concentration, plusieurs associations d’idées pêle-mêle et un sens de l’organisation qui n’est pas encore très sûr de lui pour me décider à écrire.

Tourner autour du pot

J’avais pourtant décidé de publier cet article pour le mois d’avril, mais, face aux difficultés mentionnées plus haut, j’ai procrastiné.

L’une des autres difficultés rencontrées était de trouver un titre à cet article, difficulté que, vous vous en doutez, je n’ai pas surmonté. J’aurais pu détourner quelques titres littéraires ou cinématographiques, « À la recherche du titre perdu », « Et pour quelques titres de plus », « L’homme qui aimait les titres », « Un titre sans divertissement » (moins prometteur).

J’ai préféré vous laisser la main.

Ensuite, mon esprit a vagabondé d’un titre de film à l’autre, d’un titre de livre à l’autre. Je me suis demandée si des titres – et uniquement des titres – m’avait incité à lire un livre ou à aller voir un film. Je me suis dit que cela pouvait être le cas – À la recherche du temps perdu, Le Songe d’une nuit d’été, La Solitude est un cercueil de verre, Tous les hommes sont mortels, L’Ombre du vent – mais que ce n’était pas systématique, et d’ailleurs je n’aime pas particulièrement les titres trop longs.

Je n’aime pas non plus les titres trop courts – finalement, c’est comme les saisons, je suis résolument tempérée. J’en ai déduis que les titres n’étaient pas vraiment un élément qui m’incitait à aller vers les livres ou vers les films.

Ensuite je me suis demandée si mes réticences envers les titres ne venaient pas de mes préférences pour les titres non traduits – j’ai toujours préféré Wuthering Heights aux Hauts de Hurlevent (ou à Hurlevent tout court dans certaines éditions) mais là encore, je me suis vite rendue compte qu’il n’y avait rien de radical dans ces préférences.

J’ai pensé à Cyrano :

Duel qu’en l’hôtel Bourguignon Monsieur de Bergerac eût avec un bélître.

-Qu’est-ce que c’est que cela s’il vous plait ?

-C’est le titre.

Photo Credit: justmakeit Book crisis
(Creative Commons, Attribution-NonCommercial 2.0 Generic ) Font : MISO regular by Mårten Nettelbladt.

J’ai tapé « Titres romans » dans mon moteur de recherche, j’y ai trouvé des listes des plus beaux titres – rien qui ne m’a vraiment convaincu – par contre j’ai retrouvé une pépite dans mon historique : un générateur de titre proposé par Omer Pesquer. Vous entrez votre prénom et votre nom, et le site vous génère un titre avec sa couverture, l’expérience est assez amusante :

http://www.omerpesquer.info/untitre/index.php

Enfin j’ai ressorti quelques ouvrages sur le cinéma parmi mes préférés, pour voir si j’y trouvais une accroche pour démarrer cet article – déjà bien entamé – et j’ai feuilleté dans le désordre le superbe Écrit au cinéma de Michel Chion et Cinematic Overtures d’Annette Insdorf, l’un de mes livres fétiches sur Hitchcock, le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, où j’ai vainement cherché une entrée « Titre » ou « Intertitre » (j’y reviendrai plus tard),  et mes yeux se sont attardés sur mon non moins fétiche Tartes à la crème et coups de pieds aux fesses d’Enrico Giacovelli.

L’homme qui faisait des titres et l’homme qui faisait des intertitres

Bref, après toutes ces associations d’idées  – et d’autres sur lesquelles je reviendrai plus tard – une page du livre (que je ne vous ai toujours pas présenté) m’est revenue en mémoire, l’auteur y raconte que le premier métier de Claude Chabrol consistait à trouver des titres français pour les films distribués en France par la Fox, et il y rapporte les propos de Chabrol « Négligeant la lettre, j’allais directement à l’esprit ».

Cela m’a amusée que le réalisateur des Innocents aux mains sales, de Poulet au vinaigre, et de Merci pour le chocolat, grand admirateur et défenseur du cinéma d’Hitchcock (préfacier du dictionnaire que j’ai mentionné plus haut) ait eu un travail pas si éloigné de celui d’Hitchcock à ses début.

En effet, celui-ci a commencé comme auteur et graphiste d’intertitres dans une société de production britannique – d’où mes recherches infructueuses, toujours dans le même dictionnaire.

Du coup j’ai repensé aux génériques et aux titres d’Hitchcock. Je me suis souvenue que Blow Up (encore eux) avait fait une vidéo sur les génériques d’Hitchcock, parmi d’autres vidéos sur d’autres génériques…

Et pour le coup, je me suis rendue compte que, s’il y avait des titres de films qui retenaient mon attention, c’était bien ceux d’Hitchcock, d’où un petit travail de décorticage :

Il y a ceux qui sont sans ambiguïtés : Rebecca, Soupçons (Suspicion), L’ombre d’un doute (The Shadow of a doubt), La Corde (Rope), Fenêtre sur cour (Rear Window), L’Homme qui a savait trop (The man who knew too much), Psychose (Psycho), Les Oiseaux (Birds).

Et il y a les autres, qui me laissent plus perplexes : La Maison du docteur Edwardes pour Speelbound, Les Enchaînés pour Notorious, Le Crime était presque parfait pour Dial M for Murder, La Main au collet pour To catch a thief, et surtout, surtout : La Mort aux trousses pour North by northwest.

Finalement j’ai compris que trouver des titres était une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît, et que tous ces détours témoignaient du tour de force du petit livre dont je vais enfin vous parler : s’il a réussi à me faire cogiter de la sorte, son pari est véritablement gagné.

Manuel d’auteur de titres à l’usage du cinéphile

Ce livre, c’est celui de Philippe Lombard, auteur hyperactif sur le cinéma, avec à son actif : Les Grandes Gueules du cinéma français, L’Univers des Tontons flingueurs, et de deux livres dont j’ai encore parlé très récemment : Le Paris de François Truffaut et Paris 100 films de légende.

En 2019, il a déjà publié deux livres, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui, aux éditions Dunod : Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée !

Pourquoi tenais-je tant à parler de ce livre ? D’abord parce que c’est un livre de Philippe Lombard, et je commence à bien apprécier la qualité de ces livres. Ensuite parce que ce livre fait partie des petits livres pépites qui nous en apprennent plus sur le cinéma tout en nous distrayant.

Dans la même veine, vous avez les livres tout en infographies dont j’ai déjà parlé (Star Wars Graphics et Disney Graphics publiés chez Hachette pratiques), ou les petits livres de chez 404 éditions comme Comprendre les super-héros quand on a même pas remarqué que Superman porte son slip par dessus son collant. Là aussi on sent l’effort de titre.

Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée ! est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas.

Pas seulement parce qu’on y retrouve des anecdotes que l’on connait déjà, comme les idées de titres proposées par Truffaut pour Les Quatre cents coups :

Pas seulement parce que l’auteur propose des quiz, des petits jeux (du type « associez le titre original et sa traduction en québécois ») et parce que visuellement, certaines pages font mouche

– j’ai adoré l’alphabet en titres de films, la double page « là haut dans les étoiles », un titre pour chaque jour de la semaine, une traversée de Paris avec des titres, les titres à l’usage du quotidien ou encore la Timeline des titres depuis Un million d’années avant JC jusqu’aux Exterminateurs de l’an 3000

mais aussi parce qu’on y apprend énormément de choses. On y retrouve notamment un top 10 des titres les plus longs, des pages consacrées à Michel Audiard et à la troupe du Splendid, un chapitre sur les titres de films les plus incompréhensibles et un chapitre très drôle sur les titres de films X.

Cela m’a d’ailleurs fait penser à une des petites blagues du moment, qui consiste à dire « Titre » après une phrase entendue et que l’on juge digne d’être un film du genre… ma préférée du moment ? Quand je regarde Top chef et que les candidats, en pleine cuisine, disent « Je mouille avec de l’eau »…

Bref, vous l’aurez constaté, le livre de Philippe Lombard peut vous emmener très loin. Il peut vous faire repenser à vos lectures favorites, vous faire ressortir vos réflexions les plus sérieuses, vous donner l’occasion de vous remémorer toute la filmographie de deux cinéastes réunis (voire d’autres films aux titres qui vous trottent dans la tête : Princesse Mononoké, Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro…) pour que finalement la suite de vos idées prennent un tour bien plus ludique voire inattendu…

Ce petit dépaysement onomastique (clin d’oeil à mes années à suivre pas à pas le narrateur de La Recherche), c’est avec une économie de moyens et un humour constant que Philippe Lombard nous l’offre.

Qu’il en soit une nouvelle fois remercié, en attendant de découvrir son prochain tour de force !

Beaux rêves de titres et à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Courses-poursuites et arrêts sur image

Pour ce premier article cinéphile de 2019, je vous propose un petit retour sur deux publications de 2018, que j’ai souhaité associer.

Et si j’ai choisi ces deux publications, c’est parce qu’elles s’intéressent, selon moi, à deux aspects du cinéma, sinon contradictoires, du moins complémentaires, à savoir, les courses-poursuites, ces moments où tout s’accélère, et les arrêts sur image, ou du moins les plans cultes du cinéma, où l’oeil du cinéaste semble se figer pour nous désigner quelque chose à garder en mémoire.

Je vous propose donc de commencer par une bonne course, pour ensuite nous détendre et nous délecter de quelques plans d’anthologie.

Courses-poursuites au cinéma

L’ouvrage consacré à ces moments d’accélération et d’adrénaline qui m’intéressent aujourd’hui est un petit livre publié en mai 2018 chez Aedon productions / La Septième obsession, dans la collection Détails : il s’agit des Courses-poursuites au cinéma, de Nicolas Tellop.

J’ai eu beaucoup de plaisir à voir qu’un deuxième opus de cette collection était sorti. En effet, en juillet 2017, Aedon productions avait publié Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques.

Ces petits ouvrages sympathiques, qui mettent en lumière l’une des obsessions du septième art (comme l’indique si justement l’autre nom de cette maison) et s’intéressent à des détails qui peuvent paraître triviaux au profane, sont pour moi la continuité des vidéos que propose la chaîne Blow Up sur YouTube, chaîne dont j’ai déjà abondamment parlé, et j’en profiterai pour ponctuer ce compte-rendu de quelques exemples…

J’avais déjà « encensé » et présenté en long, en large et en travers cette chaîne YouTube, à l’occasion justement de mon compte-rendu sur les Mains. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, c’est par ici :

Jeux de mains, jeux de cinéma

Blow Up est l’une des pépites qui nous a été offertes par la chaîne Arte, et qui, à mon sens, devrait être toujours un peu plus connue, au même titre que l’émission Personne ne bouge (qui malheureusement a été arrêtée) ou encore Stumm, le magazine du cinéma muet.

Bref, régulièrement Arte – qui lorsque j’étais petite avait à mes yeux l’étiquette de chaîne intello – propose des petits bijoux de culture.

Et ça y est j’ai perdu le fil… j’en étais à vous parler de ce petit livre de Nicolas Tellop sur les courses-poursuites.

Le coup de génie de cet ouvrage, qui, comme le précédent sur les mains, propose une sélection de films en lien avec la thématique retenue, c’est de rappeler l’évidence : la course fait partie de la vie, et a fortiori du cinéma.

Je suis convaincue que chacun de nous, s’il ferme les yeux, peut voir une scène de marche ou de course au cinéma. Pour ma part, je vois la scène finale des Quatre-cents coups, avec Antoine Doinel qui court sur la plage, et les jambes des femmes de L’Homme qui aimait les femmes :

Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.

Mais mon univers n’est pas exclusivement truffaldien, et j’ai retrouvé, parmi les films que cite Nicolas Tellop, beaucoup de souvenirs.

La chronophotographie, et les travaux de Marey et de Muybridge, sont la première étape de son voyage.

Ce que j’ai apprécié dans ce livre qui propose une petite sélection subjective, c’est de citer des films de tous genres et de toutes époques, du Mécano de la Général à Baby Driver, et cela sans exclure les cartoons de la Warner et de Tex Avery.

On y retrouve quelques monuments d’anthologie, à savoir La Chevauchée fantastique, Duel ou Matrix, pour ne citer qu’eux, et si l’auteur choisit tel film plutôt que tel autre, il n’est pas avare non plus de références ou de clins d’oeil au détour d’une page.

Le tout se lit agréablement, en reprenant de temps en temps son souffle d’une scène à l’autre, et en se remémorant encore d’autres scènes de courses-poursuites, pour moi une des premières scènes du Cirque de Chaplin :

(j’en profite, nouvelle digression, pour rappeler que la chaîne YouTube Charlie Chaplin Official a réalisé en décembre 2017 un superbe abécédaire, en anglais et en français sur Chaplin)

ou encore les scènes de poursuite de La Mort aux trousses, et pas seulement celle avec l’avion, mais aussi celle au sommet du mont Rushmore :

Et ceci me permet de faire la transition avec ma deuxième lecture, parue elle en novembre 2018.

De la course à l’instant

Lorsque j’ai appris que François Theurel, alias Le Fossoyeur de films – sortait un livre, je l’ai immédiatement commandé.

Bien que je ne maîtrise pas toujours les sujets qu’il aborde dans ses vidéos, et que je n’ai pas toujours vu les films qu’il évoque, j’aime sa façon de parler du cinéma.

J’apprécie particulièrement ses anciens numéros où il abordait le film noir ou la mythologie au cinéma, j’ai adoré ses vidéos postées sur DailyMotion, Film wars.

J’aime beaucoup aussi ses apartés :

ou encore des épisodes du Fossoyeur consacrés à Zardoz, aux nanars, et mes deux préférés : Dracula et Le Nom de la rose.

Dans T’as vu le plan ? : 100 plans cultes (ou pas) et ce qu’ils nous apprennent sur le cinéma, publié en novembre 2018 aux éditions Tana, on retrouve dans sa manière d’écrire sur le cinéma, sa manière de nous parler du cinéma. Et déjà c’est un plus.

Ensuite, bien évidemment, on retrouve sa sélection subjective de plans au cinéma. Il y avait donc un certain nombre de films que je n’avais pas vus et sur lesquels je ne pouvais pas juger cet ouvrage. Mais ce sont autant de films que j’ai eus envie de découvrir.

Et je me suis raccrochée à ceux que je connaissais déjà.

Le livre est construit en 9 parties :

  1. Plans cultes
  2. Plans claques
  3. Prouesses
  4. Plans tableaux
  5. Détails géniaux
  6. Temps
  7. Quatrième dimension
  8. Dommage
  9. Fragments d’enfance

Chaque double page est consacrée à un plan culte : à sa façon, François Theurel nous présente le plan, et il en profite pour nous glisser quelques notions clefs du cinéma : travelling, champ-contrechamp, spoiler, grand angle, etc.

Parmi ces films, et à vous de retrouver dans quelles parties ils se trouvent, j’ai retrouvé Orange mécanique, Blade Runner, Psychose, La Communauté de l’anneau, Aliens, Steamboat Bill Jr, La Vie aquatique, Harry Potter et la coupe de feu, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Le Septième sceau, Les aventuriers de l’arche perdue, ET l’extraterrestre, Star Wars épisode II, X-Men, Shutter Island, Le Nom de la rose, Monty Python : Sacré Graal ! et West Side Story.

C’est donner une idée déjà de la diversité des plans choisis par François Theurel. C’est dire aussi si le lecteur, même néophyte, peut s’y retrouver.

Le fossoyeur nous entraîne de Kubrick à Hitchcock en passant par Bergman ou Spielberg.

Le choix de Psychose m’a fait repenser à un formidable documentaire, là encore diffusé sur Arte : 78/52, disponible en DVD, avec pour synopsis ce qui suit :

En 78 plans et 52 coupes, la scène culte du meurtre sous la douche de Marion Crane par Norman Bates dans Psychose, chef-d’oeuvre de montage, est une scène légendaire qui a bouleversé à jamais les codes du cinéma mondial. Profanant avec délice le sanctuaire blanc de la salle de bains, le maître du suspense Alfred Hitchcock libérait dans cette scène une libido et une agressivité refoulées sous le carcan victorien. Sentant l’époque changer, à l’aube d’une décennie 1960 marquée par les violences raciales et les émeutes, il envoyait aussi un message à une Amérique jugée trop candide : même sous la douche, on n’est plus en sécurité !

Je recommande ce documentaire à tous les amateurs d’Hitchcock, et j’en reviens au livre du fossoyeur.

Chaque page est illustrée du plan en question, et à l’image de Boby Lapointe dans Tirez sur le pianiste, premier chanteur sous-titré, François Theurel est, sauf erreur de ma part, l’un des premiers à faire un livre souligné.

Si l’on entend aussi bien sa voix lorsqu’on le lit, c’est grâce à ces simples effets de police : texte souligné, majuscules, phrases mises en exergue et ponctuant le texte avec érudition, aparté, et humour (« Je répète, ce n ‘est pas un exercice : LA MORT SCIE UN ARBRE »).

J’ai adoré retrouver le regard caméra d’Alex dans Orange mécanique, et comme pour le premier livre sur les courses-poursuites, les détails et les plans choisis sont inattendus, m’ont rappelé des instants des films dont je ne me souvenais pas forcément (la mort qui scie un arbre dans Le Septième sceau, le moine sens dessus dessous dans Le Nom de la rose) et en ont immédiatement évoqués d’autres.

Pour moi évidemment, des films de Truffaut, d’Hitchcock, de Chaplin, mais aussi les plans hauts en couleurs de Wes Anderson, l’atmosphère de Barry Lyndon chez Kubrick, des dessins animés aussi bien de Disney, Miyazaki, encore une fois les cartoons de la Warner et de Tex Avery, le plan sur Bogart dans Casablanca, le plan sur Bacall dans Le Port de l’angoisse, les épisodes de la trilogie de Star Wars, et plus récemment tous les films de Christopher Nolan et La Forme de l’eau, pour ne citer qu’eux.

Pour tous ces instants de cinéma, pour ces courses-poursuites et ces moments suspendus, merci à Nicolas Tellop et à François Theurel.

J’espère avoir suscité chez vous un nombre infini de souvenirs cinéphiles et je vous laisse les savourer…

À bientôt sur Cinéphiledoc !

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