cinephiledoc

Blog pour cinéphiles et profs docs

Étiquette : Alfred Hitchcock (Page 1 sur 4)

Hors-série 1 : Daphné, Branwell, Rebecca et Alfred

Comme chaque été, je vous retrouve pour deux hors-série qui ne traitent pas, comme le reste de l’année, de publications plus ou moins récentes, mais de thématiques qui me tiennent à coeur.

https://www.arte.tv/fr/videos/074245-000-A/daphne-du-maurier/

L’été approchant, j’ai hésité entre plusieurs thématiques, dont l’une que vous retrouverez certainement pour l’article de septembre.

Brièvement, j’ai pensé vous concocter un best-of de l’ensemble de mes lectures cinéphiles depuis que je tiens ce blog.

J’ai également pensé à un autre best-of qui aurait repris l’ensemble des séries et des films qui composent ma liste sur Netflix. Puis une autre idée m’est venue et je garde ces best-of certainement pour l’an prochain !

De Daphné à Agatha, détours et évidences

Cette idée, elle s’est imposée lorsque j’ai regardé sur Arte un fabuleux documentaire sur Daphné du Maurier.

Alors qui était Daphné du Maurier, j’y reviendrai dans un instant, mais déjà, quelques mots de la façon dont l’idée a émergé et de ce fameux documentaire.

C’était en avril dernier, et j’avais envie de regarder quelque chose de court et d’instructif, ce qui me conduit généralement à faire un saut dans les replay de la chaîne Arte. Du coup, je tombe sur ce documentaire, qui m’accapare complètement (j’en ai glissé le lien en introduction, ce n’est pas très esthétique mais le code d’intégration proposé était des plus capricieux…).

De là me viennent plusieurs pensées. Je me dis que je n’ai jamais parlé de Daphné du Maurier sur mon blog, je me souviens qu’elle a été parmi quelques-unes de mes belles découvertes de lectures quand j’étais ado, je me dis que si j’en parle, ce sera aussi l’occasion de parler d’Hitchcock, je me dis qu’il faut vraiment que je retourne en Cornouailles (je vais d’ailleurs ponctuer cet article de quelques photos), je me dis que j’en profiterais bien pour écrire quelque chose sur Agatha Christie…

Et voilà, j’ai mes deux hors-série de l’été : sur les deux romancières anglaises du vingtième siècle les plus respectées : Daphné du Maurier et Agatha Christie.

Comme le titre vous l’indique, je vais commencer par la première, puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes, je suis encore plongée dans mes lectures pour préparer l’article sur la seconde.

Daphné en lectures

Je l’ai mentionné plus haut, Daphné du Maurier a très tôt fait partie de mon univers de lectrice, elle a certainement été parmi les auteures que j’ai lu avant Jane Austen, avant les soeurs Brontë, peut-être pas avant Agatha Christie (que j’ai dû lire à peu près en même temps), en tout cas j’ai lu Daphné du Maurier bien avant de lire Jane Eyre et Wuthering Heights.

J’ai évidemment commencé par Rebecca. Lorsqu’on lit Daphné du Maurier, commence-t-on réellement par autre chose que Rebecca ? Avais-je vu le film d’Hitchcock avant ou après, je ne sais plus. Toujours est-il que, comme beaucoup, j’ai été happée dès la première phrase :

J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley.

Rebecca. Manderley.

Rien que ces deux mots donne une idée de la façon dont on peut rêver sur les lieux avec Daphné du Maurier.

J’ai donc lu Rebecca. En français. Et il m’a fallu d’autres livres. Fort heureusement, la bibliothèque familiale comprenait quelques Daphné du Maurier.

Je me souviens donc très bien du recueil de nouvelles Pas après minuit, en particulier celle sur les touristes anglais à Jérusalem et celle sur le couple américain en vacances à Venise, qui était vraiment terrifiante. Je ne me souviens pas des titres exacts, mais je me souviens de la couverture, et de l’éditeur, Albin Michel.

Puis j’ai lu Mad. Sans le savoir, c’était le premier (ou l’un des premiers) livre de science-fiction que je lisais. Et je l’ai trouvé d’une drôlerie et d’un sens de la narration extraordinaires. Plus tard j’ai appris que c’était l’un des Daphné du Maurier les moins appréciés.

Ensuite, je me suis plongée dans La Maison sur le rivage, qui était vraiment beau et inquiétant, et c’est le dernier texte de fiction que j’ai lu de Daphné. J’avais certes trouvé un recueil qui rassemblait Rebecca, Ma Cousine Rachel, L’Aventure vient de la mer et L’Auberge de la Jamaïque, mais je n’ai pas pris le temps de m’y plonger.

Quelques années ont passé, j’ai enfin lu Wuthering Heights et Jane Eyre, j’y ai reconnu certaines des influences de Daphné du Maurier, et c’est grâce à cet intérêt pour les soeurs Brontë que j’ai redécouvert Daphné.

Car, non contente d’être une narratrice hors pair, Daphné du Maurier a écrit, selon moi, l’une des plus belles biographies que j’ai jamais lues : celle de Branwell Brontë. Et c’est en commandant cette biographie, en découvrant son nom en dessous du titre, que j’ai repris contact avec son univers.

Quatrième de couverture :

Branwell est l’enfant maudit de la famille Brontë. L’unique frère de Charlotte, Emily et Anne était pourtant promis à un brillant avenir. C’est lui qui construisit le monde imaginaire de la fratrie, inventa les jeux qui nourriraient l’imagination de ses sœurs, lui qui les inviterait à la création, à l’écriture. Mais l’enfant prodige devint peu à peu un poète déchu s’aidant d’alcool et d’opium pour surmonter la folie, tandis que ses trois sœurs accédaient à la renommée.

Branwell, c’est donc la silhouette que l’on aperçoit, presque complètement effacée, sur le portrait de Charlotte, Emily et Anne. C’est le peintre qui s’est de lui-même retiré du tableau.

C’est ce personnage mystérieux et pathétique que Daphné du Maurier nous raconte dans cette magnifique biographie. Je me suis longtemps demandée si André Téchiné s’en était servi pour son très beau film sur Les Soeurs Brontë, et comme je n’ai pas la réponse, j’en arrive à me convaincre que oui.

C’est par cette biographie que j’en suis revenue à Daphné du Maurier, et que j’ai relu, en anglais cette fois, Rebecca. 

Et je dois dire que lorsqu’on la lit en anglais, cette première phrase, et tout le reste, vous saisit encore davantage.

Daphné et Alfred

Si je connais bien Daphné, ou plutôt si jusque-là je croyais bien la connaître, c’est grâce à Hitchcock.

Très tôt, Rebecca a fait partie de mes films préférés d’Hitchcock, avec L’Ombre d’un doute, La Mort aux trousses et Fenêtre sur cour.

Ce n’était pas la narratrice que j’appréciais, ce n’était pas plus Max de Winter, c’était Mrs Danvers et Manderley. Et c’est le tour de force d’Hitchcock d’avoir réussi à rendre le lieu aussi palpable, inquiétant et humain que dans le livre.

Mrs Danvers, c’était la fabuleuse Judith Anderson, qui joue d’ailleurs l’un des personnages de l’adaptation des Dix petits nègres d’Agatha Christie, j’y reviendrai dans mon prochain article. Et puis il y a George Sanders, qui joue Favell, le cousin de Rebecca, une canaille inoubliable.

Pour écrire cet article, j’ai repris mon Hitchbook, et il y avait un échange entre Truffaut et Hitchcock dont je me souvenais tout particulièrement :

FT : (…) vous dites que c’est un film qui manque d’humour mais, quand on vous connaît bien, on a l’impression que vous avez dû beaucoup vous amuser en écrivant le scénario, car finalement c’est l’histoire d’une fille qui accumule les gaffes.

En revoyant le film l’autre jour, je vous imaginais avec votre scénariste : « Voilà la scène du repas, est-ce que l’on va lui faire tomber sa fourchette par terre ou bien est-ce qu’elle va renverser son verre ou plutôt casser une assiette ? »

Je laisse, grâce à la magie de YouTube, la parole aux deux principaux intéressés :

Ce petit voyage à travers Rebecca m’a permis de mesurer ma connaissance (ou ma méconnaissance) de Daphné du Maurier et d’Hitchcock sous la forme d’un match :

Rebecca : Daphné du Maurier 1 – Hitchcock 1

L’Auberge de la Jamaïque : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 0

Les Oiseaux : Daphné du Maurier 0 – Hitchcock 1

C’est aussi grâce aux Oiseaux et à Soupçons, un autre film de Hitchcock (ou plutôt à cause d’eux) que je me suis fait une image de Daphné du Maurier bien éloignée de la réalité.

Dans Soupçons, un beau personnage de femme auteure de roman policier qui met en garde l’héroïne, Joan Fontaine, contre son mari, Cary Grant.

Dans les Oiseaux, vous avez le personnage de la vieille dame ornithologue.  Allez savoir pourquoi, j’ai longtemps pensé que Daphné du Maurier devait ressembler trait pour trait à ces deux personnages.

Jusqu’à ce fameux documentaire Arte…

De Daphné à Daphné

La première fois que j’ai lu Rebecca, je ne me suis absolument pas intéressée à son auteure, et je ne lui ai pas plus prêté attention lorsque j’ai lu ses autres livres.

Elle ne figurait pas sur la quatrième de couverture, elle me racontait des histoires captivantes mais je n’ai pas songé à m’informer davantage sur elle.

Aussi lorsque j’ai vu ce documentaire, j’ai compris à quel point j’étais loin de la réalité. Il m’a révélé une personnalité belle, forte, attachante, entière, et ce premier aperçu m’a été confirmée par la superbe biographie de Tatiana de Rosnay, Manderley for ever.

Je l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire. J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants. Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai.
C’est le roman d’une vie.

On y découvre une Daphné du Maurier tiraillée entre le masculin et le féminin, entre ses passions « vénitiennes » (le code qu’elle utilise pour lesbiennes, bien qu’il s’agisse souvent d’une simple attirance ou admiration pour certaines des femmes qu’elle a pu côtoyer) et sa vie d’épouse, un être épris de promenades, de solitude et d’écriture, et que la critique n’a pas ménagé, ne lui pardonnant pas ses succès publiques.

Elle y est fascinée par l’histoire, par les personnages qui l’entourent, par les lieux qu’elle visite ou dans lesquels elle vit, et elle rêve si bien « vrai » que tout cela se retrouve à merveille dans tout ce qu’elle écrit.

Sur les traces de Daphné du Maurier, on suit Tatiana de Rosnay depuis Londres jusqu’à Kilmarth, en passant par Paris, Fowey et Menabilly.

On y côtoie l’univers du théâtre londonien du début du 20e siècle, on se promène dans Londres à la même époque, on y découvre la vie d’une jeune femme dans ces années-là, ses rêves, ses tiraillements, ses ambitions et ses passions.

Et c’est caméra à l’épaule, comme le souhaitait l’auteure de cette biographie, qu’on l’observe marchant dans l’herbe haute de Menabilly et au milieu des meubles encore recouverts de housses, ou mettant toute son énergie à faire vivre des personnages qui ne sont pas éloignés de ce qu’elle était.

Évidemment, je ne peux que vous recommander ce livre, ainsi que toutes les lectures que j’ai mentionnées auparavant.

Itinéraires littéraires, cinéphiles et gourmands

Comme ce sont les vacances, et même si mes pas vont me conduire dans d’autres endroits que ceux fréquentés par Daphné et Alfred, voici pour finir cet article quelques escales en images et en textes.

Ceux qui ont souri à l’évocation des soeurs Brontë pourront aller flâner sur le site du musée d’Haworth, en attendant d’y faire un tour en vrai :

Ceux qui voudraient voir les lieux qui ont inspiré Rebecca, devront se contenter, comme Tatiana de Rosnay, d’une vue aérienne, ou du portail d’entrée, Menabilly restant une propriété privée inaccessible aux curieux :

Ceux qui voudront aller plus loin que la Cornouaille suivront Hitchcock jusqu’à Bodega Bay, mais faites attention aux oiseaux…

Pour ceux qui préfèreraient tout simplement savourer leurs vacances avec un bon repas accompagnant ces lectures, restons tout de même avec Hitchcock, et si vous dégotez le livre génial La Sauce était presque parfaite, arrêtez vous aux recettes suivantes :

  • Perdrix sauce ivoire de Rebecca,
  • Cornish bread Manderley
  • Poulet Dixie pommes au four Bodega Bay des Oiseaux
  • Tourte au poulet
  • Saumon grillé maître d’hôtel de Rebecca

Le tout bien-sûr servi avec un cocktail.

Bonnes escapades et bel été à tous !

Trouvez le titre…

L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui m’a donné beaucoup de mal : je tenais vraiment à lui consacrer un article, mais je ne savais pas par quel bout le prendre et il m’a fallu une bonne dose de concentration, plusieurs associations d’idées pêle-mêle et un sens de l’organisation qui n’est pas encore très sûr de lui pour me décider à écrire.

Tourner autour du pot

J’avais pourtant décidé de publier cet article pour le mois d’avril, mais, face aux difficultés mentionnées plus haut, j’ai procrastiné.

L’une des autres difficultés rencontrées était de trouver un titre à cet article, difficulté que, vous vous en doutez, je n’ai pas surmonté. J’aurais pu détourner quelques titres littéraires ou cinématographiques, « À la recherche du titre perdu », « Et pour quelques titres de plus », « L’homme qui aimait les titres », « Un titre sans divertissement » (moins prometteur).

J’ai préféré vous laisser la main.

Ensuite, mon esprit a vagabondé d’un titre de film à l’autre, d’un titre de livre à l’autre. Je me suis demandée si des titres – et uniquement des titres – m’avait incité à lire un livre ou à aller voir un film. Je me suis dit que cela pouvait être le cas – À la recherche du temps perdu, Le Songe d’une nuit d’été, La Solitude est un cercueil de verre, Tous les hommes sont mortels, L’Ombre du vent – mais que ce n’était pas systématique, et d’ailleurs je n’aime pas particulièrement les titres trop longs.

Je n’aime pas non plus les titres trop courts – finalement, c’est comme les saisons, je suis résolument tempérée. J’en ai déduis que les titres n’étaient pas vraiment un élément qui m’incitait à aller vers les livres ou vers les films.

Ensuite je me suis demandée si mes réticences envers les titres ne venaient pas de mes préférences pour les titres non traduits – j’ai toujours préféré Wuthering Heights aux Hauts de Hurlevent (ou à Hurlevent tout court dans certaines éditions) mais là encore, je me suis vite rendue compte qu’il n’y avait rien de radical dans ces préférences.

J’ai pensé à Cyrano :

Duel qu’en l’hôtel Bourguignon Monsieur de Bergerac eût avec un bélître.

-Qu’est-ce que c’est que cela s’il vous plait ?

-C’est le titre.

Photo Credit: justmakeit Book crisis
(Creative Commons, Attribution-NonCommercial 2.0 Generic ) Font : MISO regular by Mårten Nettelbladt.

J’ai tapé « Titres romans » dans mon moteur de recherche, j’y ai trouvé des listes des plus beaux titres – rien qui ne m’a vraiment convaincu – par contre j’ai retrouvé une pépite dans mon historique : un générateur de titre proposé par Omer Pesquer. Vous entrez votre prénom et votre nom, et le site vous génère un titre avec sa couverture, l’expérience est assez amusante :

http://www.omerpesquer.info/untitre/index.php

Enfin j’ai ressorti quelques ouvrages sur le cinéma parmi mes préférés, pour voir si j’y trouvais une accroche pour démarrer cet article – déjà bien entamé – et j’ai feuilleté dans le désordre le superbe Écrit au cinéma de Michel Chion et Cinematic Overtures d’Annette Insdorf, l’un de mes livres fétiches sur Hitchcock, le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, où j’ai vainement cherché une entrée « Titre » ou « Intertitre » (j’y reviendrai plus tard),  et mes yeux se sont attardés sur mon non moins fétiche Tartes à la crème et coups de pieds aux fesses d’Enrico Giacovelli.

L’homme qui faisait des titres et l’homme qui faisait des intertitres

Bref, après toutes ces associations d’idées  – et d’autres sur lesquelles je reviendrai plus tard – une page du livre (que je ne vous ai toujours pas présenté) m’est revenue en mémoire, l’auteur y raconte que le premier métier de Claude Chabrol consistait à trouver des titres français pour les films distribués en France par la Fox, et il y rapporte les propos de Chabrol « Négligeant la lettre, j’allais directement à l’esprit ».

Cela m’a amusée que le réalisateur des Innocents aux mains sales, de Poulet au vinaigre, et de Merci pour le chocolat, grand admirateur et défenseur du cinéma d’Hitchcock (préfacier du dictionnaire que j’ai mentionné plus haut) ait eu un travail pas si éloigné de celui d’Hitchcock à ses début.

En effet, celui-ci a commencé comme auteur et graphiste d’intertitres dans une société de production britannique – d’où mes recherches infructueuses, toujours dans le même dictionnaire.

Du coup j’ai repensé aux génériques et aux titres d’Hitchcock. Je me suis souvenue que Blow Up (encore eux) avait fait une vidéo sur les génériques d’Hitchcock, parmi d’autres vidéos sur d’autres génériques…

Et pour le coup, je me suis rendue compte que, s’il y avait des titres de films qui retenaient mon attention, c’était bien ceux d’Hitchcock, d’où un petit travail de décorticage :

Il y a ceux qui sont sans ambiguïtés : Rebecca, Soupçons (Suspicion), L’ombre d’un doute (The Shadow of a doubt), La Corde (Rope), Fenêtre sur cour (Rear Window), L’Homme qui a savait trop (The man who knew too much), Psychose (Psycho), Les Oiseaux (Birds).

Et il y a les autres, qui me laissent plus perplexes : La Maison du docteur Edwardes pour Speelbound, Les Enchaînés pour Notorious, Le Crime était presque parfait pour Dial M for Murder, La Main au collet pour To catch a thief, et surtout, surtout : La Mort aux trousses pour North by northwest.

Finalement j’ai compris que trouver des titres était une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît, et que tous ces détours témoignaient du tour de force du petit livre dont je vais enfin vous parler : s’il a réussi à me faire cogiter de la sorte, son pari est véritablement gagné.

Manuel d’auteur de titres à l’usage du cinéphile

Ce livre, c’est celui de Philippe Lombard, auteur hyperactif sur le cinéma, avec à son actif : Les Grandes Gueules du cinéma français, L’Univers des Tontons flingueurs, et de deux livres dont j’ai encore parlé très récemment : Le Paris de François Truffaut et Paris 100 films de légende.

En 2019, il a déjà publié deux livres, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui, aux éditions Dunod : Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée !

Pourquoi tenais-je tant à parler de ce livre ? D’abord parce que c’est un livre de Philippe Lombard, et je commence à bien apprécier la qualité de ces livres. Ensuite parce que ce livre fait partie des petits livres pépites qui nous en apprennent plus sur le cinéma tout en nous distrayant.

Dans la même veine, vous avez les livres tout en infographies dont j’ai déjà parlé (Star Wars Graphics et Disney Graphics publiés chez Hachette pratiques), ou les petits livres de chez 404 éditions comme Comprendre les super-héros quand on a même pas remarqué que Superman porte son slip par dessus son collant. Là aussi on sent l’effort de titre.

Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée ! est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas.

Pas seulement parce qu’on y retrouve des anecdotes que l’on connait déjà, comme les idées de titres proposées par Truffaut pour Les Quatre cents coups :

Pas seulement parce que l’auteur propose des quiz, des petits jeux (du type « associez le titre original et sa traduction en québécois ») et parce que visuellement, certaines pages font mouche

– j’ai adoré l’alphabet en titres de films, la double page « là haut dans les étoiles », un titre pour chaque jour de la semaine, une traversée de Paris avec des titres, les titres à l’usage du quotidien ou encore la Timeline des titres depuis Un million d’années avant JC jusqu’aux Exterminateurs de l’an 3000

mais aussi parce qu’on y apprend énormément de choses. On y retrouve notamment un top 10 des titres les plus longs, des pages consacrées à Michel Audiard et à la troupe du Splendid, un chapitre sur les titres de films les plus incompréhensibles et un chapitre très drôle sur les titres de films X.

Cela m’a d’ailleurs fait penser à une des petites blagues du moment, qui consiste à dire « Titre » après une phrase entendue et que l’on juge digne d’être un film du genre… ma préférée du moment ? Quand je regarde Top chef et que les candidats, en pleine cuisine, disent « Je mouille avec de l’eau »…

Bref, vous l’aurez constaté, le livre de Philippe Lombard peut vous emmener très loin. Il peut vous faire repenser à vos lectures favorites, vous faire ressortir vos réflexions les plus sérieuses, vous donner l’occasion de vous remémorer toute la filmographie de deux cinéastes réunis (voire d’autres films aux titres qui vous trottent dans la tête : Princesse Mononoké, Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro…) pour que finalement la suite de vos idées prennent un tour bien plus ludique voire inattendu…

Ce petit dépaysement onomastique (clin d’oeil à mes années à suivre pas à pas le narrateur de La Recherche), c’est avec une économie de moyens et un humour constant que Philippe Lombard nous l’offre.

Qu’il en soit une nouvelle fois remercié, en attendant de découvrir son prochain tour de force !

Beaux rêves de titres et à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Courses-poursuites et arrêts sur image

Pour ce premier article cinéphile de 2019, je vous propose un petit retour sur deux publications de 2018, que j’ai souhaité associer.

Et si j’ai choisi ces deux publications, c’est parce qu’elles s’intéressent, selon moi, à deux aspects du cinéma, sinon contradictoires, du moins complémentaires, à savoir, les courses-poursuites, ces moments où tout s’accélère, et les arrêts sur image, ou du moins les plans cultes du cinéma, où l’oeil du cinéaste semble se figer pour nous désigner quelque chose à garder en mémoire.

Je vous propose donc de commencer par une bonne course, pour ensuite nous détendre et nous délecter de quelques plans d’anthologie.

Courses-poursuites au cinéma

L’ouvrage consacré à ces moments d’accélération et d’adrénaline qui m’intéressent aujourd’hui est un petit livre publié en mai 2018 chez Aedon productions / La Septième obsession, dans la collection Détails : il s’agit des Courses-poursuites au cinéma, de Nicolas Tellop.

J’ai eu beaucoup de plaisir à voir qu’un deuxième opus de cette collection était sorti. En effet, en juillet 2017, Aedon productions avait publié Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques.

Ces petits ouvrages sympathiques, qui mettent en lumière l’une des obsessions du septième art (comme l’indique si justement l’autre nom de cette maison) et s’intéressent à des détails qui peuvent paraître triviaux au profane, sont pour moi la continuité des vidéos que propose la chaîne Blow Up sur YouTube, chaîne dont j’ai déjà abondamment parlé, et j’en profiterai pour ponctuer ce compte-rendu de quelques exemples…

J’avais déjà « encensé » et présenté en long, en large et en travers cette chaîne YouTube, à l’occasion justement de mon compte-rendu sur les Mains. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, c’est par ici :

Jeux de mains, jeux de cinéma

Blow Up est l’une des pépites qui nous a été offertes par la chaîne Arte, et qui, à mon sens, devrait être toujours un peu plus connue, au même titre que l’émission Personne ne bouge (qui malheureusement a été arrêtée) ou encore Stumm, le magazine du cinéma muet.

Bref, régulièrement Arte – qui lorsque j’étais petite avait à mes yeux l’étiquette de chaîne intello – propose des petits bijoux de culture.

Et ça y est j’ai perdu le fil… j’en étais à vous parler de ce petit livre de Nicolas Tellop sur les courses-poursuites.

Le coup de génie de cet ouvrage, qui, comme le précédent sur les mains, propose une sélection de films en lien avec la thématique retenue, c’est de rappeler l’évidence : la course fait partie de la vie, et a fortiori du cinéma.

Je suis convaincue que chacun de nous, s’il ferme les yeux, peut voir une scène de marche ou de course au cinéma. Pour ma part, je vois la scène finale des Quatre-cents coups, avec Antoine Doinel qui court sur la plage, et les jambes des femmes de L’Homme qui aimait les femmes :

Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.

Mais mon univers n’est pas exclusivement truffaldien, et j’ai retrouvé, parmi les films que cite Nicolas Tellop, beaucoup de souvenirs.

La chronophotographie, et les travaux de Marey et de Muybridge, sont la première étape de son voyage.

Ce que j’ai apprécié dans ce livre qui propose une petite sélection subjective, c’est de citer des films de tous genres et de toutes époques, du Mécano de la Général à Baby Driver, et cela sans exclure les cartoons de la Warner et de Tex Avery.

On y retrouve quelques monuments d’anthologie, à savoir La Chevauchée fantastique, Duel ou Matrix, pour ne citer qu’eux, et si l’auteur choisit tel film plutôt que tel autre, il n’est pas avare non plus de références ou de clins d’oeil au détour d’une page.

Le tout se lit agréablement, en reprenant de temps en temps son souffle d’une scène à l’autre, et en se remémorant encore d’autres scènes de courses-poursuites, pour moi une des premières scènes du Cirque de Chaplin :

(j’en profite, nouvelle digression, pour rappeler que la chaîne YouTube Charlie Chaplin Official a réalisé en décembre 2017 un superbe abécédaire, en anglais et en français sur Chaplin)

ou encore les scènes de poursuite de La Mort aux trousses, et pas seulement celle avec l’avion, mais aussi celle au sommet du mont Rushmore :

Et ceci me permet de faire la transition avec ma deuxième lecture, parue elle en novembre 2018.

De la course à l’instant

Lorsque j’ai appris que François Theurel, alias Le Fossoyeur de films – sortait un livre, je l’ai immédiatement commandé.

Bien que je ne maîtrise pas toujours les sujets qu’il aborde dans ses vidéos, et que je n’ai pas toujours vu les films qu’il évoque, j’aime sa façon de parler du cinéma.

J’apprécie particulièrement ses anciens numéros où il abordait le film noir ou la mythologie au cinéma, j’ai adoré ses vidéos postées sur DailyMotion, Film wars.

J’aime beaucoup aussi ses apartés :

ou encore des épisodes du Fossoyeur consacrés à Zardoz, aux nanars, et mes deux préférés : Dracula et Le Nom de la rose.

Dans T’as vu le plan ? : 100 plans cultes (ou pas) et ce qu’ils nous apprennent sur le cinéma, publié en novembre 2018 aux éditions Tana, on retrouve dans sa manière d’écrire sur le cinéma, sa manière de nous parler du cinéma. Et déjà c’est un plus.

Ensuite, bien évidemment, on retrouve sa sélection subjective de plans au cinéma. Il y avait donc un certain nombre de films que je n’avais pas vus et sur lesquels je ne pouvais pas juger cet ouvrage. Mais ce sont autant de films que j’ai eus envie de découvrir.

Et je me suis raccrochée à ceux que je connaissais déjà.

Le livre est construit en 9 parties :

  1. Plans cultes
  2. Plans claques
  3. Prouesses
  4. Plans tableaux
  5. Détails géniaux
  6. Temps
  7. Quatrième dimension
  8. Dommage
  9. Fragments d’enfance

Chaque double page est consacrée à un plan culte : à sa façon, François Theurel nous présente le plan, et il en profite pour nous glisser quelques notions clefs du cinéma : travelling, champ-contrechamp, spoiler, grand angle, etc.

Parmi ces films, et à vous de retrouver dans quelles parties ils se trouvent, j’ai retrouvé Orange mécanique, Blade Runner, Psychose, La Communauté de l’anneau, Aliens, Steamboat Bill Jr, La Vie aquatique, Harry Potter et la coupe de feu, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Le Septième sceau, Les aventuriers de l’arche perdue, ET l’extraterrestre, Star Wars épisode II, X-Men, Shutter Island, Le Nom de la rose, Monty Python : Sacré Graal ! et West Side Story.

C’est donner une idée déjà de la diversité des plans choisis par François Theurel. C’est dire aussi si le lecteur, même néophyte, peut s’y retrouver.

Le fossoyeur nous entraîne de Kubrick à Hitchcock en passant par Bergman ou Spielberg.

Le choix de Psychose m’a fait repenser à un formidable documentaire, là encore diffusé sur Arte : 78/52, disponible en DVD, avec pour synopsis ce qui suit :

En 78 plans et 52 coupes, la scène culte du meurtre sous la douche de Marion Crane par Norman Bates dans Psychose, chef-d’oeuvre de montage, est une scène légendaire qui a bouleversé à jamais les codes du cinéma mondial. Profanant avec délice le sanctuaire blanc de la salle de bains, le maître du suspense Alfred Hitchcock libérait dans cette scène une libido et une agressivité refoulées sous le carcan victorien. Sentant l’époque changer, à l’aube d’une décennie 1960 marquée par les violences raciales et les émeutes, il envoyait aussi un message à une Amérique jugée trop candide : même sous la douche, on n’est plus en sécurité !

Je recommande ce documentaire à tous les amateurs d’Hitchcock, et j’en reviens au livre du fossoyeur.

Chaque page est illustrée du plan en question, et à l’image de Boby Lapointe dans Tirez sur le pianiste, premier chanteur sous-titré, François Theurel est, sauf erreur de ma part, l’un des premiers à faire un livre souligné.

Si l’on entend aussi bien sa voix lorsqu’on le lit, c’est grâce à ces simples effets de police : texte souligné, majuscules, phrases mises en exergue et ponctuant le texte avec érudition, aparté, et humour (« Je répète, ce n ‘est pas un exercice : LA MORT SCIE UN ARBRE »).

J’ai adoré retrouver le regard caméra d’Alex dans Orange mécanique, et comme pour le premier livre sur les courses-poursuites, les détails et les plans choisis sont inattendus, m’ont rappelé des instants des films dont je ne me souvenais pas forcément (la mort qui scie un arbre dans Le Septième sceau, le moine sens dessus dessous dans Le Nom de la rose) et en ont immédiatement évoqués d’autres.

Pour moi évidemment, des films de Truffaut, d’Hitchcock, de Chaplin, mais aussi les plans hauts en couleurs de Wes Anderson, l’atmosphère de Barry Lyndon chez Kubrick, des dessins animés aussi bien de Disney, Miyazaki, encore une fois les cartoons de la Warner et de Tex Avery, le plan sur Bogart dans Casablanca, le plan sur Bacall dans Le Port de l’angoisse, les épisodes de la trilogie de Star Wars, et plus récemment tous les films de Christopher Nolan et La Forme de l’eau, pour ne citer qu’eux.

Pour tous ces instants de cinéma, pour ces courses-poursuites et ces moments suspendus, merci à Nicolas Tellop et à François Theurel.

J’espère avoir suscité chez vous un nombre infini de souvenirs cinéphiles et je vous laisse les savourer…

À bientôt sur Cinéphiledoc !

Jeux de mains, jeux de cinéma

Après un été à parler d’Europe au cinéma et de #docenvacances, voici à nouveau un compte-rendu de lecture cinéphile.

Le livre (ou plutôt les livres) dont je vais vous parler ce mois-ci, m’ont permis d’attendre patiemment le retour de Blow Up après sa pause estivale.

À nouveau encensons Blow Up

J’en ai déjà abondamment parlé, et ceux qui me suivent sur Twitter savent que tous les mardis soir, je guette les dernières vidéos de Blow Up. Chaque semaine j’attends avec impatience le Top 5 ou les Bio express.

Donc, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est quoi Blow Up ?

(et pour ceux qui connaissent, vous allez comprendre dans quelques paragraphes pourquoi j’en parle à nouveau)

Blow Up, ce sont 2 à 4 vidéos par semaine, de différents formats et dont très vite le cinéphile, amateur ou confirmé, ne pourra plus se passer.

  • d’abord, il y a le Top 5, de Luc Lagier, mon format préféré, et qui fétichise complètement le cinéma. Ce format, c’est l’équivalent « Où est Charlie ? » du cinéma. Quand vous aimez le cinéma et que vous en découvrez le thème chaque mardi soir, vous commencez par spéculer. Prenons un exemple, ça sera plus clair…

Lorsque la vidéo apparaît dans la liste des chaînes auxquelles je suis abonnée, évidemment je vois en premier l’image : Le Cercle des poètes disparus. Un professeur au cinéma, c’est évidemment le professeur Keating, Robin Williams, qui lit du Shakespeare, Ô capitaine mon capitaine, Carpe Diem et Robert Frost.

Cette image, c’est juste le point de départ. Une mise en bouche. À partir de là, Luc Lagier, avant même que je lance la vidéo, déclenche dans ma tête toute une foule d’associations d’idées. Je vois Petite feuille dans Les Quatre cent coups, je vois les enseignantes de Diabolo Menthe, Bernard Giraudeau en professeur d’allemand dans La Boum, et, même si ce n’est pas un professeur, Sean Connery dans À la rencontre de Forrester.

Du coup, quand je lance la vidéo, je confronte ma petite liste personnelle, à la liste souvent bien plus conséquente de Luc Lagier. Et je vois si sur le Top 5 nous nous rejoignons. Parfois oui, parfois non, mais c’est toujours une belle découverte. Par exemple, encore une fois, sur les professeurs au cinéma, j’aurais choisi pour le numéro 1 Jean-François Stévenin dans L’Argent de poche, et son discours final.

Passons aux autres formats (j’évoque ici ceux qui me plaisent particulièrement)…

  • après le Top 5, il y en a deux que je mets sur le même plan, avec toujours Luc Lagier en voix off. Si je les regroupe, c’est évidemment parce qu’ils se ressemblent. Ce sont les « C’est quoi ? » et les « Bio express ». Les deux s’intéressent à des personnalités du cinéma, et profitent de l’actualité cinématographique pour leur tailler le portrait. L’un des derniers en date, le portrait de Nicole Kidman pour le Festival de Cannes 2017 :

  • autre format : les « Redécouvertes » et le « Zapping », comment avoir envie de voir ou de revoir un film en quelques minutes.
  • il y a ensuite les vidéos de Thierry Jousse, consacrées plus spécifiquement aux bandes-originales de films. Je les regarde tout autant que les autres, mais je n’ai pas toujours suffisamment d’érudition et de culture musicale pour les apprécier à leur juste valeur.

Mes deux autres formats de prédilection, moins réguliers, sont :

  • « Face à l’histoire », qui revient sur la carrière d’un réalisateur ou d’un acteur et sur son rapport aux films historiques. Ils peuvent aussi s’appuyer sur un personnage historique ou des événements pour voir ce que le cinéma en a fait.

  • Enfin, le format qui me fait jubiler, c’est « Les Introuvables » de l’impayable Trufo, qui cherche des films introuvables et qui entraîne le spectateur dans des sphères cinématographiques inconnues ! Je l’ai découvert avec le « Vous connaissez Have you heard ? d’Alfred Hitchcock ? », que je ne désespère pas, en tant que profdoc, d’intégrer à une séance sur la désinformation (peut-être en EMC ou en Arts visuels) et que j’avais déjà proposé dans une séance sur la rumeur…

Avec ce format, on ne sait jamais où Trufo va nous emmener, c’est déjanté, loufoque, une pépite de cinéphilie chaque semaine, un régal pour les yeux et les oreilles !

Et donc le livre dont je vais vous parler maintenant m’a fait penser à Blow Up, tout comme Blow Up aujourd’hui revenu de sa pause estivale me fait penser à ce livre…

Le Corps au cinéma

Car Blow Up, en particulier dans le Top 5 de Luc Lagier, s’est intéressé et nous a fait nous passionner pour des objets, des couleurs, des métiers, des animaux, mais aussi des éléments du corps humain. Il fait de nous chaque semaine des fétichistes, comme Hitchcock dans Fenêtre sur cour faisait de nous des voyeurs (ce que nous étions déjà sans l’assumer pleinement, assis devant l’écran à scruter les histoires des autres).

Si je fais la liste des éléments mentionnés, voilà ce que ça donne : les chauves au cinéma, les larmes au cinéma, la bouche au cinéma, les yeux au cinéma, les pieds au cinéma, les cheveux au cinéma et… les mains au cinéma.

L’image qui donne l’aperçu de cette vidéo, c’est la même que sur la couverture de mon livre, qui porte exactement le même titre : Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques, publié en juin 2017 aux éditions Aedon – La Septième obsession, dans la collection Détails (titre des plus prometteurs).

Cette image, c’est celle de Charles Laughton dans La Nuit du chasseur.

Disons-le tout de suite, j’ai beaucoup apprécié ce livre, qui a suscité chez moi beaucoup d’envies cinématographiques, en particulier pour des films que je n’avais jamais vu.

J’ai beaucoup aimé l’introduction, avec les influences sur le cinéma de la peinture et de la sculpture, et avec l’évocation de travaux manuels, et des 24 portraits d’Alain Cavalier.

Dans un chapitre dont j’emprunte le titre pour cet article, « Jeux de mains, jeux de vilains », j’ai retrouvé deux films d’Hitchcock, Psychose et Marnie.

J’ai adoré l’évocation de M le maudit et d’Edward aux mains d’argent. J’ai moins apprécié l’évocation de Spiderman et de la main qui jouit, mais parce que j’étais agacée de cette propension (ou de cette faiblesse) qu’ont certains auteurs de voir des allusions sexuelles partout, qu’elles y soient ou non. Et si j’avais été emballée par un ouvrage, dont j’ai fait la critique, qui évoquait le sexe dans le cinéma d’Hitchcock, je n’ai pas vraiment été convaincue par l’idée de l’auteur sur cette main de l’homme araignée qui éjacule du fil… mais ce n’est que mon avis.

Par contre deux chapitres m’ont particulièrement frappée, et m’ont vraiment donné envie de voir les films dont l’auteur me parlaient.

Le premier, c’est Les Mains d’Orlac, de Robert Wiene, qui raconte comment un pianiste amputé des deux mains, se fait greffer les mains d’un assassins et comment ces dernières le rendent progressivement fou. J’ai trouvé l’histoire géniale, et l’auteure a réussi à me captiver avec ce film muet de 1924 !

Le second film m’a intrigué, parce que j’étais persuadée d’avoir déjà entendu ça quelque part : L’Inconnu de Tod Browning. Un criminel recherché par la police se réfugie dans un cirque et tombe amoureuse d’une femme qui ne supporte pas que les hommes la prennent dans leur bras. Du coup il décide de se faire couper les deux bras.

Où avais-je déjà entendu ça ? Cette histoire tournait et tournait encore dans ma tête. Et d’un seul coup j’ai retrouvé la référence, chez un autre fétichiste !

C’est dans La Femme d’à côté que François Truffaut place cette histoire dans la bouche de Gérard Depardieu, qui la raconte à Madame Jouve :

Et du coup en refermant le livre, je me suis dit, un peu rapidement, que son grand absent, c’était bien François Truffaut.

Puis j’ai réfléchi, Truffaut, ce qu’il aime (et ce que ses personnages aiment), ce sont les jambes des femmes, et à la rigueur ce qu’on voit comme mains, ce sont celles des hommes qui les caressent…

Je me suis dit que, comme Blow Up, Sandrine Marques organisait ses associations d’idées et jouaient avec ses films fétiches. D’ailleurs, en revoyant la vidéo « Les mains au cinéma », j’ai vu des films qui n’étaient pas dans le livre. Tout comme dans le livre sont mentionnés des films qui échappent à la sélection de Blow Up.

C’est ce que j’ai gardé de la lecture et du visionnage : ce moment de plaisir et de partage où les auteurs font cette petite liste mentale sur laquelle on coche les présents et on rajoute, en bas, nos absents.

Enfin, ce que j’ai gardé, c’est le nom de cette collection, Détails, et je me suis dit que c’était à nouveau quelque chose à guetter, la sortie de nouveaux détails, aux éditions Aedon – La Septième obsession. J’espère que cette promesse sera tenue !

Voilà pour ce livre, que je vous recommande, si vous aimez le cinéma et les détails, si vous êtes obsessionnels et secrètement (ou non) fétichistes et si vous aimez faire des listes.

L’eau à la bouche

Un petit mot pour finir sur le second livre dont j’avais promis de parler, mais l’article commence à être long. Il s’agit du nouvel opus  du GastronoGeek : 37 recettes inspirées de séries cultes.

J’avais déjà mentionné son premier ouvrage, et j’ai été ravie de retrouver Thibaud Villanova pour ce nouveau livre de recettes entièrement consacré aux séries télévisées, de Twin Peaks à Stranger Things.

Je profite de ces quelques mots pour vous signaler la chaîne YouTube du Gastronogeek :

Et sur ces mises en bouche et bonnes recettes, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

Bonne dégustation !

Hors-série 3-2015 : cinéma américain

Après le cinéma hispanique et le cinéma asiatique, voici le 3ème hors-série de l’été de Cinephiledoc, consacré au cinéma américain.

HORS-SÉRIE

C’est un cinéma dont je parle déjà abondamment sur ce blog, puisque les livres que je choisis ou les films que je mentionne sont, à tort ou à raison, en grande majorité issus de l’industrie cinématographique américaine. J’ai donc eu l’occasion sur Cinephiledoc d’aborder un certain nombre de réalisateurs, et d’évoquer cet univers dans différents articles, dont je ferai un bref rappel ci-dessous :

 Cinéma américain

Mon premier contact avec le cinéma américain a été, comme pour beaucoup d’enfants, avec le cinéma de Walt Disney, qui continue à occuper une grande place dans ma DVDthèque, rayon animation, aux côtés de Miyazaki. Mais le premier film américain qui m’a évoqué l’Amérique reste celui d’un transfuge de Disney, Don Bluth, avec son Fievel et le nouveau monde (An American Tail) :

Une autre histoire que j’adorais étant petite, c’était celle de Natty Gann, l’histoire – sorte de Croc-blanc au féminin – d’une petite fille, dans les États-Unis de 1920-1930 qui s’enfuie de Chicago à la recherche de son père, parti travailler à Seattle :

Et évidemment je ne peux pas ne pas mentionner Charlot, dont la pâleur, l’allure fantomatique et la mélancolie m’émouvaient autant qu’elles m’effrayaient et dont Le Cirque reste, à ce jour, mon préféré :

Une somme sur le cinéma américain

Évidemment, sur le cinéma américain, les références ne manquent pas. Étudiante, j’avais lu un très bon livre qui peut servir d’introduction à ceux qui voudraient découvrir ce sujet pour un prix tout à fait modique : Histoire du cinéma américain, de Brigitte Gauthier, publié par Hachette éducation dans la collection Fondamentaux.

histoire cinéma gauthier

Pour ceux qui veulent y mettre davantage – je ne me suis pas encore décidée à sauter le pas – les livres qui font référence sont ceux de Bertrand Tavernier : 50 ans de cinéma américain et Amis américains.

50_ans

Pour ma part, c’est le titre d’un livre sur le sujet qui m’a intriguée, et qui m’a poussée à le choisir, lui, aux dépens des autres.

Voyage mystique au cœur du cinéma

Ce livre, c’est À la porte du paradis, de Michael Henry Wilson, sous-titré « Cent ans de cinéma américain, Cinquante-huit cinéastes » et paru en 2014 aux éditions Armand Colin.

Screen-Shot-2013-12-22-at-9.43.10-AM-246x300

En un peu plus de 600 pages, l’auteur, cinéaste, scénariste et historien du cinéma, nous propose un parcours illustré en noir et blanc. En ouvrant le livre, on se dit que ce parcours ne sera pas très différent des dictionnaires et rétrospectives du cinéma que l’on feuillette habituellement, avec sa construction chronologique et son découpage où chaque chapitre est consacré à un réalisateur en particulier.

Puis, passée la préface de Martin Scorsese, qui évoque, en citant Truffaut et Fahrenheit 451, le fait que derrière chaque œuvre, il y a un homme, on découvre, avec l’introduction de Michael Henry Wilson, que son titre, « à la porte du paradis », prend tout son sens.

Ce qu’il va reconstituer, dans sa traversée de ces 100 ans de cinéma américain, depuis Griffith jusqu’à David Lynch, en passant par Capra, Kubrick ou Coppola, c’est la vision du monde que portent en eux ces 58 réalisateurs, parfois pleine d’optimisme, mais beaucoup plus souvent submergée par la mélancolie et le désenchantement.

En effet, ce que représentent ces metteurs en scène dans leurs films, c’est le paradis perdu, la lutte des personnages pour trouver un sens à leur vie, la manière dont ils se débattent dans un enfer extérieur – la ville, les autres, la perte de l’innocence, de la foi, de leur humanité propre (et leur éventuelle reconquête) – ou intérieur.

Voilà le propos de l’auteur, et il l’illustre, non pas en analysant de manière exhaustive chaque cinéaste américain et chaque film de son œuvre, mais en portant son regard sur un ou deux films (quelquefois plus) qui témoignent de l’homme derrière l’œuvre, dans sa filmographie.

Les étapes de son parcours sont ainsi des plus personnelles – dans sa conclusion, il évoque le fait d’avoir dû laisser de côté des géants tels que Chaplin, John Huston, Billy Wilder ou encore Orson Welles – et chacune de ces étapes regroupe une dizaine, parfois un peu moins, de réalisateurs : les magiciens, les aventuriers, les maestros et virtuoses, les contrebandiers, les désillusionnés, les iconoclastes, et les arpenteurs de l’imaginaire.

Qu’ils aient assisté à la naissance du cinéma, qu’ils se soient servis des films qu’on leur imposait de faire pour s’exprimer, ou qu’ils aient témoigné des tumultes intérieurs de l’âme humaine, Michael Henry Wilson donne de chaque cinéaste le portrait mystique d’un être humain au contact de son art et du monde.

L’ensemble de cette gigantesque architecture, protéiforme, monstrueuse, est finalement, pour le lecteur qui s’y plonge avec curiosité et angoisse, d’une beauté à couper le souffle.

Je vous recommande tout particulièrement le portrait de Buster Keaton, pantin et démiurge, celui d’Howard Hawks, avec son diptyque La Rivière rouge / La Captive aux yeux clairs, l’évocation du tournage du Sylvia Scarlett de George Cukor, celles de l’œuvre de Joseph Mankiewicz, de Sydney Pollack ou de Coppola, celle de Bob Fosse et de son film All that jazz !, celle de Terrence Malick et de son Nouveau monde, ou encore l’exploration croisée de Full metal jacket et de Eyes wide shut, de Kubrick. Je ponctue moi-même ce compte-rendu de lecture de quelques-uns de ces films.

Tous des voyeurs !

Brièvement je reviendrai sur l’analyse croisée que l’auteur fait des deux films d’Hitchcock, Fenêtre sur cour et Vertigo. Ayant consacré au moins 3 articles au cinéma d’Hitchcock sur ce blog, et ne ratant jamais une occasion pour le mentionner, j’ai particulièrement apprécié l’analyse de Michael Henry Wilson, en partie parce qu’elle s’intéressait à mon film préféré, à savoir le premier cité.

Il y étudie les deux personnages incarnés par James Stewart, le premier, voyeur par divertissement, pour échapper à l’ennui et à l’immobilisme forcé d’une jambe dans le plâtre, le second, voyeur par désespoir, à la recherche obsédante et nécrophile d’un fantôme.

Il fait de Jeff, héros immobile de Fenêtre sur cour, un naïf orgueilleux qui fonde toute sa puissance sur sa relative invisibilité, et de Scottie, un Pygmalion s’ingéniant à recréer sa femme idéale, et un éternel Orphée, abandonnant sa Perséphone à la malédiction inévitable et vertigineuse d’une chute aux enfers. Deux pantins aux mains d’un réalisateur voyeur par excellence qui s’amuse de son propre spectateur, terrifié et heureux de l’être, et voyeur par gourmandise.

Voilà pour ce compte-rendu de lecture, passons maintenant à notre petite sélection de sites…

Sites, articles et classements

  • Sites et articles

Bien qu’il n’ait pas été mis à jour récemment, j’ai trouvé un site sur le cinéma hollywoodien des années 30, 40 et 50, proposant des biographies de stars et des galeries de photos : http://cinemaclassic.free.fr/

Fidèle à lui-même, le Ciné-club de Caen propose des articles sur le sujet, l’un consacré au cinéma américain, l’autre donnant une liste chronologique de réalisateurs et de films américains, le tout disponible à cette adresse : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaamericain.htm

En dehors de ces deux références, je n’ai pas trouvé (ou n’ai pas suffisamment cherché) de sites consacrés exclusivement à ce sujet.

  • Sur Wikipédia

Wikipédia propose un article sur le cinéma américain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

ainsi qu’un portail thématique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

  • Classements en tous genres

J’ai eu plus de chances avec les classements, puisqu’il y a les classements publiés par l’American Film Institute :

  1. AFI’s 100 Years…100 Movies, un classement des 100 meilleurs films américains de l’histoire du cinéma datant de 2007 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Movies
  2. AFI’s 100 Years… 100 Heroes and Villains, un classement des héros et méchants datant de 2003 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…_100_Heroes_and_Villains
  3. AFI’s 100 ans… 100 acteurs de légendes, de 1999 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Stars

un classement publié par le site Sens critique : http://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_films_americains_USA/432717

et enfin, un classement récemment publié par la BBC : http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/top-100-meilleurs-films-americains-bbc/

  • Vidéos

Pour finir sur quelques vidéos, je ne me lasse pas de celles publiées par Blow Up sur YouTube, et qui font des petites biographies ou filmographies d’acteurs ou de réalisateurs sous deux formats : les Bio express et les C’est quoi ? Un exemple de chaque ci-dessous :

Une Bio express de Francis Ford Coppola

Un C’est quoi… Orson Welles ?

J’y ajoute pour finir cette petite vidéo du Fossoyeur de films, consacré aux seconds couteaux américains :

Pour terminer, voici comme prévu la sélection de 3 films américains à voir ou à revoir…

Trois chemins vers l’ouest

Cette fois-ci, je n’ai pas trouvé – et / ou pas cherché – de films sur l’Amérique proposés par un œil extérieur. Mes trois choix m’ont directement été inspiré par l’ouvrage de Michael Henry Wilson, par les films qu’il y mentionnaient ou par ceux qu’il me donnait envie de revoir…

  • En lisant son chapitre sur Ernst Lubitsch, j’ai eu envie de revoir Ninotchka, avec Greta Garbo, mais aussi et surtout Le Ciel peut attendre, avec Gene Tierney, l’un des premiers films que j’avais vu dans certains de ces petits cinémas parisiens du quartier latin, l’Action Christine, l’Action école, ou le Grand Action, et qui proposent régulièrement des rétrospectives, pour les cinéphiles… Ce film raconte l’histoire d’un incorrigible séducteur qui arrive en enfer, persuadé d’y avoir sa place, et raconte au diable sa vie tumultueuse.
  • En lisant son chapitre consacré à Joseph Mankiewicz, j’ai eu envie de revoir La Comtesse aux pieds nus, mais surtout Eve, qui m’a fait découvrir Bette Davis, qui reste l’une de mes comédiennes préférées, même si je ne suis pas encore venue à bout de son incroyable filmographie :
  • Enfin, j’ai eu du mal à me décider pour ce troisième film, j’ai hésité entre Sunset Boulevard de Billy Wilder, des films avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy, avec Bogart et Bacall, un Sidney Lumet méconnu, émouvant et désopilant, que je rêve de revoir, Garbo Talks (À la recherche de Garbo), Le Lauréat de Mike Nichols qui a révélé Dustin Hoffmann… Je me suis finalement décidée pour un autre souvenir de séance au quartier latin, une comédie de Howard Hawks avec Katharine Hepburn et Cary Grant, L’Impossible Monsieur Bébé :

Voilà pour ce 3e hors-série… à très vite pour le dernier de cet été !

Page 1 sur 4

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén