Je profite de cet article de rentrée et de ce compte-rendu de lecture de septembre pour donner un nouveau rythme à ces articles cinéphiles et pour proposer une nouvelle organisation sur ce site.
Septembre 2026 – nouveau rythme
En effet, quasiment depuis que ce site existe – à vrai dire depuis sa deuxième année d’existence, en 2013, si mes souvenirs sont bons – je m’astreins à publier un compte-rendu de lecture cinéphile par mois.
Le rythme a connu quelques envolées et quelques retombées en fonction des années. Au plus fort de mes lectures cinéphiles, je proposais des hors-séries de l’été, avec des lectures supplémentaires, et très studieusement à ces hors-séries de l’été je consacrais encore plus de temps qu’aux articles publiés durant l’année.
Il y a aussi eu une année faste, en 2023, où j’ai délaissé… le terme n’est pas fidèle à la situation… où j’ai proposé, en plus des lectures cinéphiles, des notes de lecture sur l’intelligence artificielle. Là encore, ces notes de lecture me prenaient un temps certain de rédaction.
Cependant, depuis quelques années, et aussi depuis 2023, j’ai amorcé un autre mouvement.
- le premier article de l’année en janvier est forcément consacré au retour d’expérience sur le bullet journal. Il me permet un redémarrage en douceur, avec un effort rédactionnel qui n’est pas très conséquent ;
- de février à juin, je publie un article cinéphile par mois, avec éventuellement une visite d’exposition (généralement la Cinémathèque française) ;
- après la coupure estivale de juillet – août, je reprends les articles cinéphiles de septembre à novembre ;
- je termine l’année avec le palmarès de lectures publié en décembre.
Cette organisation me pousse à rechercher systématiquement des lectures cinéphiles, à guetter des publications récentes – si possible sur des sujets que je n’ai pas encore abordés – et cela est devenu, au fil des années, davantage une contrainte qu’un coup de coeur.
Je prends certes toujours plaisir à lire des ouvrages sur le cinéma, et j’ai bien l’intention de continuer à en parler, mais je ne veux plus être tenue (même s’il s’agit d’une règle que je me suis imposée) par un calendrier de publication mensuel.
Parallèlement à ce constat, mon rythme de lectures s’est accéléré depuis deux ans, je lis beaucoup plus, surtout pendant les vacances, et mes lectures se sont diversifiées : bandes-dessinées, essais, romans ados, et il arrive que dans ces lectures, je retrouve le cinéma que j’avais pourtant l’impression de délaisser…
Mon nouveau rythme sera donc le suivant :
- je garde le retour d’expérience sur le bullet journal ;
- je poursuis les visites d’expositions qui ponctueront mon année ;
- je publierai des comptes-rendus de lecture cinéphile, non pas astreinte par un calendrier, mais au gré de mes envies et de mes découvertes, avec peut-être 4 articles dans l’année, peut-être plus…
- mon palmarès de lectures ne tiendra plus seulement compte de mes lectures cinéphiles, mais fera le point sur l’ensemble de mes lectures de l’année, tendance que j’avais déjà amorcée dans le tout dernier publié en décembre 2025, et que j’avais présentée dans le retour d’expérience sur le bullet journal de 2026, notamment avec ce type de visuel :

Cinéma ou le souvenir d’enfance
Passée cette digression, reprenons le cours normal de ce site avec des lectures qui remontent aux mois d’avril et de mai de cette année.
Le livre qui m’intéresse aujourd’hui principalement se trouvait depuis début 2026 sur ma pile de lectures, et attendait patiemment que je me décide, entre une bande-dessinée, un essai de Mona Chollet ou un roman de Karen Viggers, à le prendre en mains.
Ce n’est pas un hasard si j’emprunte à Georges Perec le sous-titre de ce compte-rendu, même si W ou le Souvenir d’enfance manque encore à mes lectures.

Son laboratoire littéraire Je me souviens sera plus approprié, on peut y piocher au hasard le numéro 34 :
Je me souviens de la Cinémathèque de l’avenue de Messine.
le numéro 72 :
Je me souviens des attractions qu’il y avait au Gaumont-Palace. Je me souviens aussi du Gaumont-Palace.
ou encore le numéro 334 :
Je me souviens de la Nouvelle vague.
Georges Perec est l’auteur approprié pour qui veut, avec humour, réorganiser sa bibliothèque (je pense à son génial Penser / Classer qui m’avait enchantée pendant ma préparation du CAPES) ou observer des « vies minuscules » (formule que j’emprunte cette fois à Pierre Michon), et je regrette de n’avoir pas encore pris le temps d’explorer plus avant son univers, sa Vie mode d’emploi ou sa Disparition. Un jour peut-être.
En attendant, c’est en feuilletant son Je me souviens que j’ai trouvé l’inventaire qui me permettrait d’évoquer dans cet article cinéphile quelques images avec lesquelles joue ma mémoire.
C’est en passant dans les rayons de ma librairie préférée que, début 2026 ou fin 2025, le titre Au cinéma Central a retenu mon attention.

J’ai lu rapidement la quatrième de couverture et les premières lignes, déterminantes, et à ce moment-là, je savais déjà que cette lecture, même à retardement, n’aurait rien d’une contrainte.
J’ajoutais à mes achats deux numéros de la revue Schnock, sans me douter qu’ils viendrait alimenter ma boîte à souvenirs, déjà garnie de manière prometteuse…
Je ne sais pas si j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, au gré d’autres comptes-rendus, mais cette revue Schnock, malicieusement sous-titrée « La revue des vieux de 27 à 87 ans » (c’est bon je suis dans la tranche d’âge) fait partie de mes tentations régulières lorsque j’entre dans une librairie.
Et vous le cinéma, vous y êtes venus comment ?
Laissons de côté les numéros de Schnock, je les reprendrai en guise de desserts ou de friandises (et la comparaison ne sera pas usurpée) et revenons Au cinéma Central, un essai de Fabrice Gabriel publié en octobre 2025 au Mercure de France.
L’auteur revient sur le cinéma de son enfance, un de ces cinémas de quartier où il découvre ses premiers westerns, comme point de départ à sa cinéphilie.
Il nous entraîne dans son itinéraire : les films, les revues de cinéma, les projections ici et ailleurs côtoient les souvenirs de familles et viennent tisser une toile où le lecteur peut mêler ses propres souvenirs.
Trop jeune (ouf ?) pour avoir vu Eddy Mitchell présenter La Dernière séance, j’ai cependant le souvenir d’un documentaire consacré à Monsieur Eddy qui revenait sur cette expérience et c’est à cette chanson que le livre de Fabrice Gabriel m’a immédiatement fait penser.

Si je n’ai jamais vu cette émission culte, j’ai régulièrement retrouvé les rétrospectives du Cinéma de minuit, avec son générique culte : je guettais les soirées consacrées à Danielle Darrieux, et certainement à d’autres acteurs / actrices et réalisateurs / réalisatrices, mais c’est le souvenir de Mademoiselle ma mère qui s’est imprimé sur ma rétine.

Au fil de ma lecture, ont surgi aussi les souvenirs des suppléments Sortir de Télérama, qui me permettaient, à l’approche de mes années lycée, d’organiser mes escapades parisiennes (j’y allais parfois en compagnie de mon père) en fonction des films programmés aux cinémas du Quartier latin – Le Grand Action, l’Action école, l’Action Christine, le Champo.
C’est là que j’ai vu Le Port de l’angoisse ou Le Ciel peut attendre, avant d’avoir la chance de les retrouver (enfin) en DVD. Désormais, le problème ne se pose plus, tout ou presque étant accessible sur les plateformes.
La quête d’un film inaccessible n’est plus aussi fréquente, ou se présente sous une autre forme : quelle plateforme ? quelle version ? inclus dans l’abonnement ou non ? Vous ne le trouvez pas sur Netflix ? Allez chercher ici, là, ou ailleurs…
Je n’aurais jamais pu avoir le même souvenir (numéro 34) que Georges Perec, puisque je n’ai connu la Cinémathèque qu’à sa réouverture en 2005, ce qui coïncidait très harmonieusement avec mes années étudiantes.
J’ai cependant retrouvé dans la manière dont Fabrice Gabriel relate ses souvenirs cinéphiles, la façon dont je découpais et je notais mes propres souvenirs dans des carnets de papier Canson où je collais les critiques de Télérama – oui, je viens d’un milieu qui ressemble un peu à une chanson de Vincent Delerm.
Le texte de Fabrice Gabriel m’a donné envie de replonger dans ces souvenirs, dans la façon dont on les fabrique, dans les images qui restent de notre enfance cinématographique. De quel film se souvient-on ? Quelles images s’impriment dans notre mémoire pour revenir inlassablement nous hanter ?
Au moment où justement j’ai lu ce livre, j’avais comme lectures toute récentes, je l’ai indiqué plus haut, deux numéros de Schnock : celui sur Romy Schneider, et celui sur la Boum (et j’étais en plein déni sur le fait que non, Sophie Marceau alias Vic, ne pouvait pas jouer le rôle d’une grand-mère). Schnock, c’est le mistral gagnant par excellence, la boîte à souvenirs en mode The Kid de Chaplin, avec un sourire et peut-être une larme.
Au moment où j’ai lu ce livre, Nathalie Baye venait de tirer sa révérence, ouvrant la porte à une bulle de nostalgie et de tristesse, et à quelques-uns de mes souvenirs cinéphiles les plus doux :
Moi, pour un film je pourrais quitter un type, mais pour un type je pourrais jamais quitter un film.
J’ai déroulé le fil des souvenirs longtemps après avoir terminé cette lecture, puisque l’été approchant, j’ai eu envie de voir ou de revoir quelques films (surtout des comédies) qui composaient la bibliothèque cinématographique familiale : j’ai revu La Crise, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, et quelques autres.
À la recherche du souvenir perdu
Il y a pourtant toujours eu quelque chose qui m’échappait dans mes souvenirs. Des images qui se dérobaient toujours à la reconnaissance. J’ai essayé plusieurs fois de les confronter à des personnes qui avaient des connaissances cinématographiques bien plus solides que les miennes, sans succès.
Alors cet été, j’ai aussi voulu me faire aider par la technologie.
C’était sans doute un peu naïf de ma part, il me reste encore un peu de cet émerveillement béat face à ce que peut faire l’intelligence artificielle, et que l’on a retrouvé cet été dans toutes les affiches de brocante, de restaurant, d’institut de beauté (et me disait une amie, jusque dans les toilettes…).

Néanmoins, une petite part de moi voulait y croire au moment où j’ai rédigé ce prompt à l’intention de Perplexity :
Je cherche à retrouver un film a priori italien, diffusé à la télévision française dans les années 90, où l’intrigue semble à la fois historique, familiale et sentimentale. Parmi les éléments visuels dont je me souviens : une famille de forains ou de maraîchers (le père poussant un chariot de fruits et légumes), une scène avec un personnage dont la mort est symbolisé par l’aura qui l’entoure, l’histoire d’amour d’une des filles avec un garçon qui n’est accepté qu’à la fin par le père. Décor : Naples et le Vésuve, le film est a priori en couleurs.
Il s’agissait d’un film que j’avais dû voir un soir avec mes parents. J’ai le souvenir de couleurs chatoyantes, de ce volcan dans le décor, de cette mort figurée par un halo de lumière.
Est-ce un seul film ? Est-ce ma mémoire qui a mélangé les films de plusieurs soirées. J’en ai fait au fil du temps un souvenir merveilleux et inaccessible, mais l’espace d’un instant, je me suis dit que ce que je n’avais pas réussi à retrouver au gré de mes échanges avec plus âgé et plus expérimenté que moi, l’IA pourrait peut-être le retrouver pour moi…
L’outil a exploré les différentes pistes que je lui ai soumis, mais je n’étais jamais satisfaite du résultat, je lui en ai soumis d’autres, j’ai essayé de rattraper mon souvenir qui persistait à s’échapper :
Il pourrait s’agir d’un film où le père pousse non pas un chariot de fruits et légumes mais un orgue de barbarie ou un théâtre de marionnettes. Pourrais-tu rechercher à nouveau avec ces éléments ainsi que le décor du volcan, l’aura autour du personnage décédé, la romance, le tout filmé en couleurs ?
De nouvelles pistes, de nouvelles propositions, la plus solide étant celle d’obscurs téléfilms de la RAI (on est loin du chef d’oeuvre intemporel disparu) diffusés dans les années 90 sur Arte ou sur Antenne 2, j’ai finalement renoncé.
Mon souvenir disparu restera un souvenir, je n’aurai pas de réponse à cette énigme, et cela vaut peut-être mieux. Qu’aurais-je fait dans le cas contraire ? J’aurais retrouvé un film, peut-être médiocre ou tout simplement décevant, qui aurait échangé les images fabuleuses inscrites dans ma mémoire pour celles finalement bien plus concrètes et fades de la réalité.
Et j’ai trouvé cela plutôt réconfortant, après réflexion, que l’intelligence artificielle ne puisse pas se mêler de nos souvenirs, et qu’ils en restent à des évocations comme celles de Georges Perec et de Fabrice Gabriel.
L’outil peut créer des poèmes en alexandrins, imiter les styles des uns et des autres, synthétiser quelques éléments de recherche et parfois nous préparer le terrain (ou pour les plus paresseux donner l’illusion de faire le travail à notre place) mais ne peut pas se substituer à un imaginaire.
Regrets évacués, cela ne laisse qu’un sourire.

































