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Catégorie : L’usine à rêves (Page 1 sur 45)

Au pays de l’enfance cinéphile

Je profite de cet article de rentrée et de ce compte-rendu de lecture de septembre pour donner un nouveau rythme à ces articles cinéphiles et pour proposer une nouvelle organisation sur ce site.

Septembre 2026 – nouveau rythme

En effet, quasiment depuis que ce site existe – à vrai dire depuis sa deuxième année d’existence, en 2013, si mes souvenirs sont bons – je m’astreins à publier un compte-rendu de lecture cinéphile par mois.

Le rythme a connu quelques envolées et quelques retombées en fonction des années. Au plus fort de mes lectures cinéphiles, je proposais des hors-séries de l’été, avec des lectures supplémentaires, et très studieusement à ces hors-séries de l’été je consacrais encore plus de temps qu’aux articles publiés durant l’année.

Il y a aussi eu une année faste, en 2023, où j’ai délaissé… le terme n’est pas fidèle à la situation… où j’ai proposé, en plus des lectures cinéphiles, des notes de lecture sur l’intelligence artificielle. Là encore, ces notes de lecture me prenaient un temps certain de rédaction.

Cependant, depuis quelques années, et aussi depuis 2023, j’ai amorcé un autre mouvement.

  • le premier article de l’année en janvier est forcément consacré au retour d’expérience sur le bullet journal. Il me permet un redémarrage en douceur, avec un effort rédactionnel qui n’est pas très conséquent ;
  • de février à juin, je publie un article cinéphile par mois, avec éventuellement une visite d’exposition (généralement la Cinémathèque française) ;
  • après la coupure estivale de juillet – août, je reprends les articles cinéphiles de septembre à novembre ;
  • je termine l’année avec le palmarès de lectures publié en décembre.

Cette organisation me pousse à rechercher systématiquement des lectures cinéphiles, à guetter des publications récentes – si possible sur des sujets que je n’ai pas encore abordés – et cela est devenu, au fil des années, davantage une contrainte qu’un coup de coeur.

Je prends certes toujours plaisir à lire des ouvrages sur le cinéma, et j’ai bien l’intention de continuer à en parler, mais je ne veux plus être tenue (même s’il s’agit d’une règle que je me suis imposée) par un calendrier de publication mensuel.

Parallèlement à ce constat, mon rythme de lectures s’est accéléré depuis deux ans, je lis beaucoup plus, surtout pendant les vacances, et mes lectures se sont diversifiées : bandes-dessinées, essais, romans ados, et il arrive que dans ces lectures, je retrouve le cinéma que j’avais pourtant l’impression de délaisser…

Mon nouveau rythme sera donc le suivant :

  • je garde le retour d’expérience sur le bullet journal ;
  • je poursuis les visites d’expositions qui ponctueront mon année ;
  • je publierai des comptes-rendus de lecture cinéphile, non pas astreinte par un calendrier, mais au gré de mes envies et de mes découvertes, avec peut-être 4 articles dans l’année, peut-être plus…
  • mon palmarès de lectures ne tiendra plus seulement compte de mes lectures cinéphiles, mais fera le point sur l’ensemble de mes lectures de l’année, tendance que j’avais déjà amorcée dans le tout dernier publié en décembre 2025, et que j’avais présentée dans le retour d’expérience sur le bullet journal de 2026, notamment avec ce type de visuel :

Cinéma ou le souvenir d’enfance

Passée cette digression, reprenons le cours normal de ce site avec des lectures qui remontent aux mois d’avril et de mai de cette année.

Le livre qui m’intéresse aujourd’hui principalement se trouvait depuis début 2026 sur ma pile de lectures, et attendait patiemment que je me décide, entre une bande-dessinée, un essai de Mona Chollet ou un roman de Karen Viggers, à le prendre en mains.

Ce n’est pas un hasard si j’emprunte à Georges Perec le sous-titre de ce compte-rendu, même si W ou le Souvenir d’enfance manque encore à mes lectures.

Son laboratoire littéraire Je me souviens sera plus approprié, on peut y piocher au hasard le numéro 34 :

Je me souviens de la Cinémathèque de l’avenue de Messine.

le numéro 72 :

Je me souviens des attractions qu’il y avait au Gaumont-Palace. Je me souviens aussi du Gaumont-Palace.

ou encore le numéro 334 :

Je me souviens de la Nouvelle vague.

Georges Perec est l’auteur approprié pour qui veut, avec humour, réorganiser sa bibliothèque (je pense à son génial Penser / Classer qui m’avait enchantée pendant ma préparation du CAPES) ou observer des « vies minuscules » (formule que j’emprunte cette fois à Pierre Michon), et je regrette de n’avoir pas encore pris le temps d’explorer plus avant son univers, sa Vie mode d’emploi ou sa Disparition. Un jour peut-être.

En attendant, c’est en feuilletant son Je me souviens que j’ai trouvé l’inventaire qui me permettrait d’évoquer dans cet article cinéphile quelques images avec lesquelles joue ma mémoire.

C’est en passant dans les rayons de ma librairie préférée que, début 2026 ou fin 2025, le titre Au cinéma Central a retenu mon attention.

J’ai lu rapidement la quatrième de couverture et les premières lignes, déterminantes, et à ce moment-là, je savais déjà que cette lecture, même à retardement, n’aurait rien d’une contrainte.

J’ajoutais à mes achats deux numéros de la revue Schnock, sans me douter qu’ils viendrait alimenter ma boîte à souvenirs, déjà garnie de manière prometteuse…

Je ne sais pas si j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, au gré d’autres comptes-rendus, mais cette revue Schnock, malicieusement sous-titrée « La revue des vieux de 27 à 87 ans » (c’est bon je suis dans la tranche d’âge) fait partie de mes tentations régulières lorsque j’entre dans une librairie.

Et vous le cinéma, vous y êtes venus comment ?

Laissons de côté les numéros de Schnock, je les reprendrai en guise de desserts ou de friandises (et la comparaison ne sera pas usurpée) et revenons Au cinéma Central, un essai de Fabrice Gabriel publié en octobre 2025 au Mercure de France.

L’auteur revient sur le cinéma de son enfance, un de ces cinémas de quartier où il découvre ses premiers westerns, comme point de départ à sa cinéphilie.

Il nous entraîne dans son itinéraire : les films, les revues de cinéma, les projections ici et ailleurs côtoient les souvenirs de familles et viennent tisser une toile où le lecteur peut mêler ses propres souvenirs.

Trop jeune (ouf ?) pour avoir vu Eddy Mitchell présenter La Dernière séance, j’ai cependant le souvenir d’un documentaire consacré à Monsieur Eddy qui revenait sur cette expérience et c’est à cette chanson que le livre de Fabrice Gabriel m’a immédiatement fait penser.

Si je n’ai jamais vu cette émission culte, j’ai régulièrement retrouvé les rétrospectives du Cinéma de minuit, avec son générique culte : je guettais les soirées consacrées à Danielle Darrieux, et certainement à d’autres acteurs / actrices et réalisateurs / réalisatrices, mais c’est le souvenir de Mademoiselle ma mère qui s’est imprimé sur ma rétine.

Au fil de ma lecture, ont surgi aussi les souvenirs des suppléments Sortir de Télérama, qui me permettaient, à l’approche de mes années lycée, d’organiser mes escapades parisiennes (j’y allais parfois en compagnie de mon père) en fonction des films programmés aux cinémas du Quartier latin – Le Grand Action, l’Action école, l’Action Christine, le Champo.

C’est là que j’ai vu Le Port de l’angoisse ou Le Ciel peut attendre, avant d’avoir la chance de les retrouver (enfin) en DVD. Désormais, le problème ne se pose plus, tout ou presque étant accessible sur les plateformes.

La quête d’un film inaccessible n’est plus aussi fréquente, ou se présente sous une autre forme : quelle plateforme ? quelle version ? inclus dans l’abonnement ou non ? Vous ne le trouvez pas sur Netflix ? Allez chercher ici, là, ou ailleurs…

Je n’aurais jamais pu avoir le même souvenir (numéro 34) que Georges Perec, puisque je n’ai connu la Cinémathèque qu’à sa réouverture en 2005, ce qui coïncidait très harmonieusement avec mes années étudiantes.

J’ai cependant retrouvé dans la manière dont Fabrice Gabriel relate ses souvenirs cinéphiles, la façon dont je découpais et je notais mes propres souvenirs dans des carnets de papier Canson où je collais les critiques de Télérama – oui, je viens d’un milieu qui ressemble un peu à une chanson de Vincent Delerm.

Le texte de Fabrice Gabriel m’a donné envie de replonger dans ces souvenirs, dans la façon dont on les fabrique, dans les images qui restent de notre enfance cinématographique. De quel film se souvient-on ? Quelles images s’impriment dans notre mémoire pour revenir inlassablement nous hanter ?

Au moment où justement j’ai lu ce livre, j’avais comme lectures toute récentes, je l’ai indiqué plus haut, deux numéros de Schnock : celui sur Romy Schneider, et celui sur la Boum (et j’étais en plein déni sur le fait que non, Sophie Marceau alias Vic, ne pouvait pas jouer le rôle d’une grand-mère). Schnock, c’est le mistral gagnant par excellence, la boîte à souvenirs en mode The Kid de Chaplin, avec un sourire et peut-être une larme.

Au moment où j’ai lu ce livre, Nathalie Baye venait de tirer sa révérence, ouvrant la porte à une bulle de nostalgie et de tristesse, et à quelques-uns de mes souvenirs cinéphiles les plus doux :

Moi, pour un film je pourrais quitter un type, mais pour un type je pourrais jamais quitter un film.

J’ai déroulé le fil des souvenirs longtemps après avoir terminé cette lecture, puisque l’été approchant, j’ai eu envie de voir ou de revoir quelques films (surtout des comédies) qui composaient la bibliothèque cinématographique familiale : j’ai revu La Crise, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, et quelques autres.

À la recherche du souvenir perdu

Il y a pourtant toujours eu quelque chose qui m’échappait dans mes souvenirs. Des images qui se dérobaient toujours à la reconnaissance. J’ai essayé plusieurs fois de les confronter à des personnes qui avaient des connaissances cinématographiques bien plus solides que les miennes, sans succès.

Alors cet été, j’ai aussi voulu me faire aider par la technologie.

C’était sans doute un peu naïf de ma part, il me reste encore un peu de cet émerveillement béat face à ce que peut faire l’intelligence artificielle, et que l’on a retrouvé cet été dans toutes les affiches de brocante, de restaurant, d’institut de beauté (et me disait une amie, jusque dans les toilettes…).

Néanmoins, une petite part de moi voulait y croire au moment où j’ai rédigé ce prompt à l’intention de Perplexity :

Je cherche à retrouver un film a priori italien, diffusé à la télévision française dans les années 90, où l’intrigue semble à la fois historique, familiale et sentimentale. Parmi les éléments visuels dont je me souviens : une famille de forains ou de maraîchers (le père poussant un chariot de fruits et légumes), une scène avec un personnage dont la mort est symbolisé par l’aura qui l’entoure, l’histoire d’amour d’une des filles avec un garçon qui n’est accepté qu’à la fin par le père. Décor : Naples et le Vésuve, le film est a priori en couleurs.

Il s’agissait d’un film que j’avais dû voir un soir avec mes parents. J’ai le souvenir de couleurs chatoyantes, de ce volcan dans le décor, de cette mort figurée par un halo de lumière.

Est-ce un seul film ? Est-ce ma mémoire qui a mélangé les films de plusieurs soirées. J’en ai fait au fil du temps un souvenir merveilleux et inaccessible, mais l’espace d’un instant, je me suis dit que ce que je n’avais pas réussi à retrouver au gré de mes échanges avec plus âgé et plus expérimenté que moi, l’IA pourrait peut-être le retrouver pour moi…

L’outil a exploré les différentes pistes que je lui ai soumis, mais je n’étais jamais satisfaite du résultat, je lui en ai soumis d’autres, j’ai essayé de rattraper mon souvenir qui persistait à s’échapper :

Il pourrait s’agir d’un film où le père pousse non pas un chariot de fruits et légumes mais un orgue de barbarie ou un théâtre de marionnettes. Pourrais-tu rechercher à nouveau avec ces éléments ainsi que le décor du volcan, l’aura autour du personnage décédé, la romance, le tout filmé en couleurs ?

De nouvelles pistes, de nouvelles propositions, la plus solide étant celle d’obscurs téléfilms de la RAI (on est loin du chef d’oeuvre intemporel disparu) diffusés dans les années 90 sur Arte ou sur Antenne 2, j’ai finalement renoncé.

Mon souvenir disparu restera un souvenir, je n’aurai pas de réponse à cette énigme, et cela vaut peut-être mieux. Qu’aurais-je fait dans le cas contraire ? J’aurais retrouvé un film, peut-être médiocre ou tout simplement décevant, qui aurait échangé les images fabuleuses inscrites dans ma mémoire pour celles finalement bien plus concrètes et fades de la réalité.

Et j’ai trouvé cela plutôt réconfortant, après réflexion, que l’intelligence artificielle ne puisse pas se mêler de nos souvenirs, et qu’ils en restent à des évocations comme celles de Georges Perec et de Fabrice Gabriel.

L’outil peut créer des poèmes en alexandrins, imiter les styles des uns et des autres, synthétiser quelques éléments de recherche et parfois nous préparer le terrain (ou pour les plus paresseux donner l’illusion de faire le travail à notre place) mais ne peut pas se substituer à un imaginaire.

Regrets évacués, cela ne laisse qu’un sourire.

Marilyn uncovered

Pour ce dernier article cinéphile avant l’été, je reprends une habitude que j’essaye d’entretenir certaines années, tantôt j’y parviens, tantôt c’est un peu plus compliqué en fonction du temps libre dont je dispose.

Cette habitude, c’est d’aborder l’été avec un article un peu plus léger, en revenant sur une sortie culturelle et cinéphile récente. À vrai dire, j’essaye de vous proposer cela une à deux fois par an, quand les expositions de la Cinémathèque française sont suffisamment source d’inspiration pour moi, et quand je parviens à les voir dans un délai raisonnable avant qu’elles se terminent.

Pour l’exposition Orson Welles, j’ai un peu raté le coche, puisque je suis allée la voir en décembre, mais j’ai mis deux mois à sortir l’article, et l’expo était, il me semble, déjà terminée, lorsque je l’ai finalement publié.

Même chose pour mes escapades cinéphiles de 2025, que j’ai présentée en septembre, quand la plupart des événements touchaient à leur terme.

C’est pourquoi j’étais particulièrement satisfaite de pouvoir me ménager un petit moment à la fin du mois de mai, cette année, pour aller admirer l’exposition consacrée à Marilyn Monroe pour son centième anniversaire.

Découverte, mise à nu, réhabilitation ?

D’une exposition consacrée à Marilyn Monroe, on s’attend à un certain nombre de chose, et de Marilyn Monroe, on a un certaine nombre d’images qui nous viennent, plus ou moins justes, plus ou moins flatteuses.

J’en avais déjà donné quelques-unes pour les soixante ans de sa disparition, lors desquels j’avais glané impressions de lecture, rediffusions, hommages, reportages, adaptation sur Netflix du roman Blonde de Joyce Carol Oates – je n’ai d’ailleurs jamais réussi à aller au bout de cette adaptation, alors que j’avais vraiment adoré le roman.

Est-ce mes autres lectures récentes, est-ce mes influences et mon regard qui a pu évoluer, mais les évocations qui me sont venues durant mes déambulations dans l’exposition sont celles de Tony Curtis sur le tournage de Certains l’aiment chaud (« embrasser Marilyn c’est comme embrasser Hitler ») ou celles d’Hitchcock affirmant que Marilyn avait le sexe affiché sur la figure, et lui préférant une Ingrid Bergman, une Grace Kelly, ou une Kim Novak et une Tippi Hedren qu’il s’amusait à modeler selon son idéal.

C’était ces représentations masculines que j’avais moi-même intégrées au point de préférer (ou de penser préférer ?) à Marilyn justement Grace Kelly ou Audrey Hepburn, comme s’il suffisait de comparer… alors que l’un des premiers livres qui figure depuis des années dans ma bibliothèque sont les Fragments de Marilyn publiés en 2010.

À l’entrée de l’exposition de la Cinémathèque, on voit bien quelles images je pouvais avoir en tête, la robe se soulevant au-dessus de la bouche de métro dans Sept ans de réflexion, Marilyn chantant Happy Birthday à JFK, quelques extraits allant de Certains l’aiment chaud à Comment épouser un millionnaire ? et rien ne me disposait, si ce n’est mes lectures récentes, ne me disposait à en attendre autre chose…

Le contrepied

Lorsqu’on entre dans cette exposition Marilyn Monroe, ce qui accueille le visiteur ce n’est pas l’image de Marilyn au dessus de la bouche de métro – et pourtant tout au long de cette exposition, elle est évidemment omniprésente sur les photos et dans les extraits vidéos.

Ce que l’on voit, c’est la photo des anonymes qui par centaines sont venus ce jour-là assister au tournage de cette scène. Ce que l’on voit en premier, ce n’est donc pas l’image de la star, figée pour l’éternité (allant jusqu’à être statufiée ainsi, si mes souvenirs sont bons, au musée Grévin ou chez Madame Tussaud), mais le regard des spectateurs.

Alors, si c’est à travers l’oeil des spectateurs que l’image de Marilyn s’est construite, cela va nous demander un effort supplémentaire d’aller au-delà de cette image, et c’est ce à quoi nous invite cette exposition, à élargir le prisme et à le démultiplier.

Vous attendiez la star glamour, figée dans la cire, sous l’image de la blonde idiote ou de la bombe sexuelle ? Vous découvrirez la comédienne dans la complexité de son jeu, celle qui a tenté de produire ses propres films.

Vous avez en tête les paroles de Candle in the wind ?

Loneliness was tough
The toughest role you ever played
Hollywood created a superstar
And pain was the price you paid
Even when you died
Oh the press still hounded you
All the papers had to say
Was that Marilyn was found in the nude

Et vous vous promenez au milieu des extraits vidéos de Kim Novak et de Jane Fonda évoquant comment les studios hollywoodiens modelaient les comédiennes, reconstruisant des sourcils et des mâchoires, ici pour accentuer le regard et là pour creuser les joues…

Mais à travers les extraits de films, vous redécouvrez aussi avec quelle intelligence Marilyn a incarné les différentes facettes de cette blonde qu’on voulait nous faire croire uniforme, univoque.

Marilyn Monroe, fragments

Bien-sûr, les photos que j’ai pu prendre de cette exposition correspondent aux souvenirs cinéphiles que j’en gardaient : l’affiche de Eve où d’ailleurs elle n’apparait pas, celle de How to marry a Millionnaire, la scène finale de Certains l’aiment chaud

Mais il y a aussi d’autres images, plus inattendues, plus complexes, qui ont arrêté mon regard :

Et en traversant l’exposition, je me suis aussi arrêtée sur cette archive de presse :

Dans cet article de 1953, elle y dénonçait les comportements toxiques des hommes dans les studios hollywoodiens.

Comme à mon habitude, en sortant de l’exposition, j’ai feuilleté le catalogue et j’ai parcouru les allées de la librairie de la Cinémathèque.

Les catalogues des précédentes expositions n’avaient pas forcément retenu mon attention, mais celui-ci m’a donné envie de prolonger la confrontation avec Marilyn, d’autant plus qu’il proposait lui aussi un portrait sous différents angles.

Le premier angle, celui donné par Florence Tissot, commissaire de l’exposition, plante aussitôt le décor « Célébrer la star, exposer l’actrice », et revient sur l’article « Wolves I have known » que j’ai mentionné plus haut.

Les différents spécialistes qui prennent ensuite la parole décortiquent le mythe, du costume à la coiffure en passant par le jeu de la star.

On y retrouve une analyse comparée avec Brigitte Bardot, la façon elle a été photographiée, de quelle manière elle a incarné la mode sans passer par les maisons de haute couture, l’image qu’a voulu en construire Arthur Miller (un énième loup parmi les loups…)

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans ce catalogue, c’est l’article « Marilyn Monroe et le répertoire théâtral : variation sur la showgirl » de Marguerite Chabrol, qui revient sur les tentatives de l’actrice de complexifier le personnage qu’elle incarne à l’écran, j’y ai relevé la citation suivante :

toutes les blondes essaient de ressembler à Marilyn Monroe sauf Marilyn Monroe.

à l’opposé (ou peut-être pas tant que ça) de la phrase que l’on prête à Cary Grant :

« Tout le monde veut être Cary Grant. Même moi, je veux être Cary Grant »

Qui est Marilyn Monroe, l’exposition de la Cinémathèque ne nous l’apprendra pas, elle nous donnera peut-être de quoi enrichir notre regard et déconstruire nos stéréotypes bien ancrés, ce à quoi contribuera également ce catalogue.

À qui appartient Marilyn Monroe ? « Je n’appartiens qu’au public et au monde », dans un dernier article aux accents nostalgiques, Catherine Hulin revient sur la succession de Marilyn, sur ses objets dispersés et aux mains des collectionneurs privés, quand d’autres comédiennes ont pu prendre à temps des dispositions pour que tout ne soit pas disséminé aux quatre vents (c’est le cas d’Audrey Hepburn et de Jeanne Moreau).

Alors oui, on peut regretter cette dissémination, mais ne participe-t-elle pas, elle aussi à la fragmentation du mythe et à sa complexité.

Même décortiquée depuis plusieurs années dans un dictionnaire de A à Z…

… même passée à la moulinette des nombreux documentaires, des séries, des fictions, des romans, des reportages, des chansons (de Elton John à Madonna), des réappropriations (de Debbie Harry à Billie Eilish), c’est dans ces fragments épars, dans ces éclats de kaléidoscope diffractés que le spectateur collectera le mythe.

De mon côté, l’image que je garde avec beaucoup plus de tendresse et de bienveillance que j’avais pu en avoir, et qui me donne davantage envie d’en explorer les différents contours, c’est celle qui nous accueille lorsqu’on arrive à la Cinémathèque et qu’on s’installe à la cafétéria :

Le catalogue et l’exposition offrent cet impératif au spectateur : Décris-moi ta Marilyn, je te dirai qui tu es.

Quelle est donc ma Marilyn ? (ou quelles sont mes Marilyn ?)

Quelle est la vôtre ? (ou quelles sont les vôtres ?)

Secrets de tournage, épisode 2

Comme je l’avais annoncé dans l’article du mois d’avril, et comme son titre l’indique, cet article est le deuxième épisode d’une série consacrée aux coulisses de films.

Je reprends ici la structure de l’article précédent, avec deux lectures cinéphiles récentes :

  • l’une dressera un panorama de la question, abordant une multitude d’aspects et de situations (dans l’article du mois d’avril, Ça alors ! de Philippe Lombard / dans cet article, 500 secrets de tournage, publié en octobre 2025) ;
  • l’autre se focalisera en gros plan sur la figure d’un réalisateur, en revenant sur ses écrits ou sur les coulisses du tournage de ses films (dans l’article précédent, la correspondance de François Truffaut avec ses comparses réalisateurs, tour à tour mentors, complices et disciples / dans cet article, le second volume des Guerres de Lucas en bande-dessinée).

Je profite donc opportunément du calendrier, qui coïncide avec le Star Wars Day, pour plonger une nouvelle fois dans l’univers de Star Wars.

À la recherche des anecdotes perdues

Comme pour l’article d’avril, c’est une idée pré-établie, et qui ne s’est pas forcément vérifiée par la suite, qui m’a lancée dans la lecture d’un des derniers ouvrages de Philippe Lombard, même si celui-ci en a depuis quatre ? cinq ? six ? de plus à son actif.

Qu’à cela ne tienne, j’avais envie de proposer cette série « coulisses de tournage » en deux parties, et je partais, convaincue de trouver, pour le premier épisode, quantités de lettres échangées entre François Truffaut et Steven Spielberg, en amont, en aval, au départ et à l’arrivée du tournage Rencontres du troisième type.

Il fallait bien ça après que Spielberg, cet éternel enfant admirateur de Peter Pan, ait décidé de donner le rôle de Claude Lacombe, scientifique français amateur d’extraterrestres, après avoir vu François Truffaut jouer le docteur Itard dans L’Enfant sauvage. L’anecdote est rapportée, ainsi que la suite du tournage, par Philippe Lombard dans Ça alors ! 

Je me suis donc plongée dans la correspondance de Truffaut, persuadée d’y trouver maintes évocations du tournage de la part de l’un des deux principaux intéressés. Comme je l’indique dans l’article du mois d’avril, j’ai finalement fait quelque peu chou blanc.

J’ai retiré bien d’autres choses de ces deux lectures, mais pas ce que je venais y chercher de prime abord… les joies de la sérendipité se révélaient une nouvelle fois à moi, comme elles n’ont pas tardé à le faire de nouveau pour cet article de mai.

Dans ma lecture des 500 secrets de tournage, j’étais persuadée de glaner un bon lot d’anecdotes sur les différents films de la saga Star Wars, ce qui me permettrait d’amorcer (et d’annoncer) la deuxième partie de cet article, et de lui adjoindre son lot de références et d’associations d’idées, de dresser – comme je l’avais fait en 2024 – un petit panorama de lectures sur l’univers de George Lucas.

Mais…

D’une part, cette rétrospective ne se serait nourrie que de fort peu d’éléments nouveaux, autres que ceux déjà mentionnés dans cette rétrospective de 2024 : j’y mentionnais déjà mes chouchous qui le sont restés, les ouvrages des éditions Taschen et le Journal d’une princesse de Carrie Fisher.

D’autre part, dans ses 500 secrets de tournage, Philippe Lombard ne mentionne la saga Star Wars que 4 fois dans l’index de l’ouvrage, et sur ces quatre fois, on ne peut retenir qu’une seule anecdote évoquant directement la saga. En effet :

  • la première d’entre elles raconte un élément de la carrière de J.J. Abrams ;
  • la seconde rapporte les plagiats turcs de la saga (que l’on peut retrouver dans l’excellent Ça retourne, du même Philippe Lombard) ;
  • la troisième revient sur les différents acteurs ayant doublé Harrison Ford en français.

Seule la toute dernière rapporte une anecdote directement liée à l’univers Star Wars, et à l’un de ses personnages. Et en furetant ici et là, on en retrouve aussi quelques autres,  au détour d’une page.

C’est donc en y cherchant les éléments pouvant donner accès à l’envers du décor et pénétrer l’esprit de George Lucas – si tant est que la chose fut possible, ce dont Carrie Fisher a quant à elle toujours douté – que j’ai collecté les pépites qui ont jalonné ma lecture de 500 secrets de tournage, et je garde celle sur Star Wars pour la fin.

Les cailloux de Petite poucette cinéphile

Sur le chemin de la cinéphilie, il y a certes des répliques et des scènes, mais il y a aussi des rencontres (pas que du troisième type, celle-là), des baisers, des passions et des haines, des cascades et des bagarres, des gueuletons et des cuites, des « Moteur, ça tourne, partez » et des « coupés au montage ».

Afin de m’y retrouver, j’ai semé, comme j’en ai pris l’habitude depuis quelque temps dans mes lectures cinéphiles (mais aussi pour retrouver quelques phrases mémorables dans mes piles de lecture), des post-it de toutes les couleurs.

J’avais commencé à en parsemer la correspondance de Truffaut, pour retrouver tel ou tel échange, comme la fameuse réponse à Jean-Luc Godard (anecdote #225 : Godard VS Truffaut) ou la lettre de Michel Audiard de 1982, après la découverte tardive de Tirez sur le pianiste (anecdote #204 : François Truffaut VS Michel Audiard).

Les couleurs ne correspondent à rien, je les dispose au gré de mes envies et de mes souvenirs, et au fil des pages, retrouvant :

  • tout au début (anecdote #2) la scène culte de Drôle de drame, entre Michel Simon et Louis Jouvet (« je vous assure mon cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre »… – Moi j’ai dit « Bizarre » ? comme c’est bizarre »),
  • le recyclage d’un décor de La Folle de Chaillot aux studios Victorine de Nice pour le tournage de La Nuit américaine (anecdote #151), tiens d’ailleurs le même film qui a provoqué la rupture entre Godard et Truffaut (retour à l’anecdote #225)
  • Truffaut (encore lui) et Chabrol tombant dans une piscine en voulant interviewer Hitchcock (anecdote #130), faisant dire à Hitchcock plusieurs années plus tard « Je pense à vous à chaque fois que je vois des glaçons dans un verre de whisky »
  • le même Hitchcock sur le tournage de L’Étau (film d’espionnage sous-estimé de la filmographie de Hitch), qui engueule Piccoli et demande à Philippe Noiret « How was the paté ? » (scène de repas assez dingue et anecdote #90)
  • d’ailleurs si l’on veut poursuivre par une scène de repas, on peut compter sur les anecdotes concernant Lino Ventura (puisqu’il ne faudra compter que sur une seule scène de baiser avec Angie Dickinson), qu’il serve des pâtes en y mettant la quantité dans La Gifle, ou quand on sert à Jean Lefebvre un mélange de whisky, de cognac, de poire et de poivre pour le faire pleurer dans la scène de la cuisine des Tontons flingueurs (anecdote #79)
  • et c’est donc avec l’anecdote #480 que je termine (ou presque) cette petite promenade, et avec des larmes, celle d’un très jeune fan de Star Wars lors de sa rencontre avec Alec Guinness, lequel ne partageait absolument pas l’enthousiasme de son interlocuteur pour la saga…

Vous remarquerez que j’ai tenté, vaille que vaille, dans les morceaux choisis de ces secrets de tournage, de tisser un mince fil d’Ariane, sacrifiant au passage la cascade de Jeanne Moreau dans Jules et Jim (plouf, dans la Seine) et la baffe baguée de Bette Davis à Errol Flynn dans La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre.

Mais le propre d’une séance de rushes est bien de ne garder que certaines scènes.

L’une de ces scènes cultes est celle rapportée dans l’anecdote #111 « Nés sous X », classée secret défense et dans laquelle Carrie Fisher apprend par Mark Hamill durant le tournage du Retour du Jedi que Dark Vador est son père, ce qui provoque chez elle un fou rire.

En effet, propos de la principale intéressée : « c’est exactement comme si l’on m’avait dit : « Carrie, Eddie Fisher n’est pas votre père ! Votre père, c’est Hitler ! »

Secrets de tournage, épisode V

On assiste à une réaction quelque peu similaire dans le récit du tournage de L’Empire contre-attaque proposé par Laurent Hopman et Renaud Roche, à savoir la réaction d’Harrison Ford découvrant durant la projection de L’Empire contre-attaque la fameuse phrase « Luke, I am your father ».

Le premier volume des Guerres de Lucas, publié en 2024, revenait sur les jeunes années de George Lucas, sa venue au cinéma et le succès triomphal, quoiqu’enfanté dans la douleur, du premier épisode de la saga.

Oui, j’avoue qu’entre les différents numéros, chiffres romains ou chiffres arabes, on s’y perd un peu. Donc, dans cette deuxième partie de cet article, épisode 2 d’une série consacrée aux secrets de tournage, je vais évoquer désormais l’épisode 2 d’une série de bandes-dessinées consacré à l’épisode V (donc 2e volet de la trilogie) de la saga Star Wars. Suivent qui peuvent.

Après l’incroyable succès de Star Wars, ce deuxième tome s’ouvre sur le spectaculaire accident de voiture de Mark Hamill en janvier 1977, qui manque de compromettre la suite de l’aventure, ou tout du moins sa participation.

On y suit le calvaire de la production du film et les errances de créateurs de George Lucas, entre désir de lâcher-prise et volonté de contrôle, et parmi les nombreux déboires au compteur :

le budget du film qui enfle progressivement, un début de tournage calamiteux en Norvège par moins trente degrés, l’incendie des studios voisins occupés par Kubrick qui tourne Shining, obligeant l’équipe à se contenter d’un nombre restreint de plateaux, les jours de retard s’accumulant, le début de dépendance de Carrie Fisher à la drogue et à l’alcool qui malmène son jeu d’actrice…

Au détour des pages, on découvre les différents éléments qui viendront consolider le mythe : décors, effets spéciaux, véhicules de guerre, et l’apparition de Yoda, sur la genèse duquel les auteurs reviennent.

Si le premier volume donnait un aperçu de la psyché inaccessible de George Lucas (et donnait la part belle aux guerres intérieures du créateur pour accoucher de sa création), c’est sur ses combats contre financiers et collaborateurs que revient le deuxième opus, pour finalement offrir aux spectateurs ce qui est considéré encore aujourd’hui comme le chef d’oeuvre de cette saga.

Et si lorsque je découvrais le premier volume, j’avais en tête la partie de l’hommage de Carrie Fisher à George Lucas où elle s’exclame que tout le monde lui a caché que Star Wars serait un succès pour savoir à quoi ressemblerait son visage lorsqu’il change d’expression…

dans ce deuxième volume, j’avais plutôt en tête la partie, également présente dans cette superbe bande-dessinée, où Leïa devient même une bouteille de shampoing.

Il n’y a qu’un mot à dire pour clore cet article, vivement l’épisode 3 (et pour le coup, je parle de la bande-dessinée, même si cela pourrait tout à fait s’appliquer à autre chose) !

Secrets de tournage, épisode 1

Pour cet article cinéphile du mois d’avril, je vous propose un premier épisode d’une série qui en comportera deux, consacrée aux secrets de tournage. Pour chacun des épisodes je reviendrai sur deux lectures récentes.

L’idée m’est venue d’associer ces différentes lectures, a priori relativement différentes les unes des autres, mais qui ont toutes pour point commun de nous plonger dans les coulisses, dans l’envers du décor ou dans la tête des réalisateurs.

Les deux livres présentés dans chaque article traitent cette thématique à chaque fois d’une façon qui a aussi retenu mon attention :

  • le premier dressera un panorama de la question, abordant une multitude d’aspects et de situations ;
  • le second se focalisera en gros plan sur la figure d’un réalisateur, en revenant sur ses écrits ou sur les coulisses du tournage de ses films

Côté casting

À l’origine de ce premier épisode, je place un élément personnel, à savoir l’organisation d’une journée thématique sur le cinéma et sur la lecture. Je souhaitais en effet proposer à mes convives quelques petits jeux autour des films et des livres, et j’avais collecté plusieurs pistes à explorer :

  • faire deviner un livre ou un film en le résumant très mal ;
  • le jeu du post-it avec des personnages littéraires ou cinématographiques ;
  • mimer la scène culte d’un film sans parler ;
  • et le dernier, qui correspondait de manière inattendue à l’une de mes dernières lectures cinéphiles, le casting improbable, en imaginant pour un film célèbre un casting complètement décalé, par exemple Star Wars avec uniquement des acteurs français…

À rebours de ce scénario a posteriori – trouver pour un rôle culte un acteur ou un personnage complètement improbable (j’essaye d’imaginer en ce moment même un acteur ayant une voix très aigüe ou avec un cheveu sur la langue pour incarner Dark Vador) – le premier livre qui m’intéresse dans cet article s’est plongé sur des projets bien réels, et qui ont pu donner lieu à de véritables réalisations cinématographiques.

Jeu d’énigmes, sept familles et Rubik’s cube

En reprenant en main ce premier ouvrage, me reviennent en tête non pas une mais deux scènes de La Nuit américaine, de François Truffaut.

Dans la première scène, on voit Jean-François Stévenin et Bernard Menez assister à un jeu sur le cinéma, portant sur la filmographie de Jeanne Moreau :

Dans quel film Jeanne Moreau était-elle la partenaire d’Orson Welles et l’interprète de Shakespeare ? (…) Dans quel film Jeanne Moreau était-elle la soeur de Charles IX et l’épouse du roi de Navarre ?

Dans la deuxième scène, on voit deux enfants jouer à un jeu de sept familles sur le cinéma : dans la famille opérateur la mère, etc.

Et je n’ai pas fini, une nouvelle fois, de parler de François Truffaut dans cet article.

Mais revenons-en à notre livre. Sur la première de couverture, on retrouve le même esprit joueur et assez taquin, même s’il ne s’agit ni d’un questionnaire, ni d’un jeu de sept familles.

En revanche, c’est un Rubik’s cube en train d’être manipulé, et sur les faces duquel sont disposés les visages entre autres de Jean Yanne, de Romy Schneider, de Dave, de Jean-Pierre Marielle, de Bruce Lee, ou encore de Truffaut dans La Nuit américaine. Et une autre image me vient : celle assez nostalgique du cinéma de Minuit.

Le générique de cette émission faisait se superposer des photographies de scènes cultes de cinéma, avec des couples composés d’un acteur et d’une actrice, changeant alternativement en fondu enchaîné.

D’une seconde à l’autre, on voyait donc apparaître sur l’écran le « vrai couple » ayant figuré au casting, suivi d’une scène rêvée n’existant que l’espace d’une seconde, avant de voir le nouveau couple de la scène réelle suivante, le tout avec une musique absolument hypnotique.

Le casting était presque parfait

Ce livre, avec sa couverture de Rubik’s cube, c’est le sixième opus d’une collection proposé par Philippe Lombard aux éditions La Tengo, collection qui commence sacrément à avoir de la gueule, et que j’énumère au gré des articles qui lui sont consacrés :

  1. Ça tourne mal !
  2. Ça tourne mal… à Hollywood !
  3. Ça s’est tourné près de chez vous
  4. Ça tourne mal… à la télé !
  5. Ça retourne !
  6. Et voici donc le petit sixième : Ça alors !

Ça alors ! au sous-titre prometteur : L’Histoire des castings de films les plus dingues, a été publié en octobre 2025, je n’ai donc pas beaucoup de retard à en parler maintenant !

Si dans un livre précédent, Philippe Lombard évoquait les splendeurs et misères d’un tournage dans les dunes espagnoles, celui-ci nous donnerait l’impression de voir surgir Alice Sapritch dans la dernière scène de La Folie des grandeurs, qui fait s’écrier à De Funès et Montand « La vieille ! »

Il reconstitue ainsi quelques apparitions mémorables, au moment où l’on s’y attend le moins, qu’il s’agisse des européens à l’affiche de films hollywoodiens, des américains venant tourner en France, de participations et de rencontres inattendues, dont voici un petit florilège :

  • l’ouvrage revient sur certains chocs culturels (des événements dont on peut encore se demander comment la mayonnaise a pu prendre, si jamais elle a pris), ainsi Mireille Darc dans un film de Godard – sur un tournage où il était odieux avec elle, est-ce surprenant ? ou Dorothée dans L’Amour en fuite de Truffaut (à titre personnel je n’y repense jamais sans une certaine tendresse) ;
  • les apparitions d’acteurs français dans des westerns, certains tournés à Almeria (reprendre ici le livre précédent de Philippe Lombard dont j’ai parlé un peu plus haut, Almeria 68) ;
  • les actrices françaises qui se retrouvent James Bond girl – à croire qu’il y a un marché dédié pour les recruter…
  • les invités surprises, jolie catégorie où l’on compte des sportifs, des chanteuses, des présentateurs télé, un actuel président des États-Unis (pfff) auquel je préfère la mention de Dave dans La Cité de la peur, et j’étais étonnée de ne pas y retrouver Glenn Close (bon, dans son élément mais barbue et en pirate) et Phil Collins dans Hook.
  • on retrouve ensuite des rencontres improbables de personnages, allant de Dracula avec les Charlots à Sherlock Holmes contre les nazis… des affrontements inattendus, des couples (bien ?) assortis, pour finir par quelques réunions au sommet, entre Einstein et Chaplin notamment ;
  • un petit détour par des doubleurs français bien connus, dont Robert Dalban qui a doublé Clark Gable dans Autant en emporte le vent, ou Patrick Dewaere ayant doublé Dustin Hoffman dans Le Lauréat, et quelques rencontres un peu moins innocentes…

Le tout imprime dans nos têtes quelques associations d’idées et quelques combinaisons d’acteurs que pourrait allègrement générer un outil d’intelligence artificielle, histoire de donner un semblant de réalité à nos fantasmes (mais ne vaudrait-il pas mieux qu’ils restent dans un coin de notre imaginaire, et que l’on en revienne à des rencontres bien réelles ?)

Quand Hollywood et Nouvelle vague se rencontrent

Dans les premières pages de Ça alors !, Philippe Lombard revient sur un casting a priori improbable : celui de François Truffaut incarnant le scientifique Claude Lacombe dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg.

Il revient sur les premiers écrits de critique de François Truffaut, pas vraiment tendres à l’égard de la science-fiction, puis sur l’idée de Spielberg, concrétisée par un coup de téléphone le 2 mars 1976 (comment la date précise est-elle parvenue jusqu’à nous… mystère, est-elle conservée dans les archives labyrinthiques de Truffaut, ou dans celle de Spielberg ? à quelle fourmi de l’archéologie du cinéma devons-nous ce détail ?)

Il n’en reste pas moins qu’entre mai 1976 et mars 1977, Truffaut va découvrir les conditions d’un tournage hollywoodien et ce qu’il conservera comme souvenir de l’attente des acteurs.

Cependant, finalement, il n’y a pas beaucoup d’écrits du principal intéressé sur cette expérience (en tout cas moins que ce à quoi on pourrait s’attendre de la part de quelqu’un ayant autant laissé de traces écrites)… et c’est ce qui a retenu mon attention pour faire la transition avec le deuxième ouvrage de cet article.

Le cinéaste parle aux cinéastes

En mars 2022, Bernard Bastide avait déjà publié aux éditions Gallimard 500 pages issues de la correspondance de François Truffaut.

J’étais revenue sur cette lecture qui m’avait permis non seulement de redécouvrir le François Truffaut épistolier mais également de découvrir ses destinataires.

En 2025, ce sont 500 nouvelles pages qui ont été publiées : cette fois, il s’agissait de la Correspondance de François Truffaut avec des cinéastes, ces échanges de pair à pairs s’étalant sur trente ans, entre 1954 et 1984.

Ce que je cherchais en ouvrant ce deuxième volume, c’était les échanges consacrés au tournage de Rencontres du troisième type avec Spielberg. Mais visiblement, comme le mentionne plus haut Ça alors !, les échanges entre les deux réalisateurs ont dû être principalement téléphoniques.

Du fameux tournage, une seule lettre fait le récit : celle adressée à Jacques Rivette en juillet 1976. Il y revient brièvement sur les conditions de tournage, sur le fait d’être mis dans la peau d’un acteur objet, et sur ses relations avec les autres acteurs du film.

Ce n’est donc pas cette seule lettre qui a marqué ma lecture, mais d’autres, bien d’autres et la totalité, me laissant encore une fois une impression de mélancolie et de tendresse, comme j’en éprouve à chaque fois que je lis un ouvrage de Truffaut ou sur Truffaut (et allez savoir pourquoi cela me met dans cet état…)

Il y a des choses qui m’ont amusée ou touchée : une lettre de Georges Lautner au critique François Truffaut qui n’a encore tourné que Les Mistons, les échanges filiaux ou fraternels avec Jean Renoir, le respect à l’égard du cinéaste Abel Gance et d’Alfred Hitchcock, une lettre à Gérard Oury… également des échanges avec des réalisateurs plus jeunes comme Claude Sautet ou Pascal Thomas.

On y retrouve quelques moments cultes qui ont marqué l’histoire du cinéma : la genèse des entretiens Hitchcock / Truffaut, l’affaire de la Cinémathèque, mais aussi deux lettres bien connues des cinéphiles : la lettre de Godard envoyée à Truffaut à la sortie de La Nuit américaine, et sa réponse. Les deux étant à lire en étant bien accrochés.

On y observe un correspondant tantôt cinglant à la plume acérée, tantôt plein de délicatesse à l’égard de ses destinataires. Personnellement, j’ai souvent souri des petites phrases au début de certaines lettres, que ce soit celles de Truffaut ou de ses correspondants : « J’ai essayé de vous joindre par téléphone sans succès, donc je vous écris ».

Ce n’est pas forcément la citation exacte, mais on retrouve ici l’esprit d’une époque, et d’une personne qui avait l’écriture chevillée au corps.

En reposant le livre, j’ai voulu me souvenir de toutes les scènes des films de Truffaut où les personnages s’écrivent, j’ai repensé à Jules et Jim, aux Deux Anglaises, à Baisers volés, à L’Homme qui aimait les femmes

J’ai repensé à la précédente préface de Bernard Bastide : la correspondance de Truffaut, c’est « Cent vint-deux boîtes d’archives, plus de vingt mètres linéaires, plusieurs milliers de lettres envoyées ou reçues ». Le Dictionnaire Truffaut indique quant à lui que la correspondance amoureuse de Truffaut était sous scellée jusqu’en 2005, sera-t-elle un jour publiée ?

Il n’y a chez moi aucun voyeurisme, juste un peu de curiosité, et l’idée que dans ce monde et ce temps bien mouvementé où tout se veut instantané, lire quelqu’un qui prenait autant de temps à écrire, qui se posait chaque jour et accomplissait l’acte généreux d’écrire à quelqu’un, peu importe à qui, lire les lettres de cette personne ne peut être qu’une façon (et je plagie Proust ici) de retrouver ce temps perdu et de savourer un moment précieux, hors du temps.

Agatha addict

Pour ce nouvel article cinéphile, j’ai voulu croiser plusieurs événements et plusieurs informations :

  • je voulais continuer à respecter une tradition instituée avec plus ou moins de réussite sur ce site, à savoir parler d’une femme ou parler de femmes au mois de mars : les années précédentes, j’ai ainsi pu évoquer des femmes autrices*, des femmes youtubeuses, des femmes réalisatrices, comédiennes ou scénaristes ;

* j’en profite pour indiquer qu’encore récemment, mes lectures et certaines initiatives professionnelles m’ont conduites à m’interroger sur le féminin du nom auteur : autrice ? auteure ? écrivaine ? Il semble que l’Académie française ait une préférence pour autrice. Mes cogitations ont été notamment suscitées par l’un de mes coups de coeur de début d’année : Comment torpiller l’écriture des femmes, de Joanna Russ.

  • je voulais honorer les 50 ans de la disparition de l’une de mes autrices (donc) : Agatha Christie, qui doit être certainement parmi les personnes dont je parle le plus sur ce site, en tout cas pour les écrivains (évidemment elle ne dépassera pas en occurrences François Truffaut pour les réalisateurs ou Romy Schneider pour les actrices), et je vais tenter de renouveler mon propos, puisque j’ai déjà consacré un article assez conséquent à Agatha Christie en 2019 ;
  • enfin je voulais marquer le coup de mon changement de dizaine avec une petite promenade personnelle.

Les deux premiers éléments sont liés, et sans davantage tergiverser, je vais aborder le sujet Agatha.

Agatha addict

Déjà en 2019, je dressais un panorama de cette addiction à l’univers de Lady Agatha, qui cherchait à être exhaustif mais ne revenait pas pour autant sur certains travers ni sur certains tocs qui la caractérisent.

En effet, si on peut faire remonter assez loin mon penchant pour la dame de Greenway, quand je farfouillais avec mon père sur les marchés et les brocantes à la recherche d’exemplaires d’occasion ou que je les retrouvais dans des librairies, très vite mon attention s’est focalisée sur le personnage d’Hercule Poirot.

Malgré quelques tentatives et exceptions (la lecture d’Un cadavre dans la bibliothèque et du Miroir se brisa, le visionnage du film éponyme avec Angela Lansbury en Miss Marple, les quelques épisodes de séries avec les différentes actrices ayant incarné la vieille dame à l’esprit affuté), c’est finalement les aventures d’Hercule Poirot que j’ai décidées de lire dans l’ordre chronologique il y a quelques années.

De la même manière, ce sont ses aventures qui ont la part belle dans mes bibliothèques, en VF d’abord, puis en VO. Agatha Christie est d’ailleurs l’autrice la plus lue dans le monde anglophone, après la Bible et devant Shakespeare.

Concernant les ouvrages qui reviennent sur son univers, son autobiographie est un incontournable, et de ce que j’ai pu glaner au fil des années s’ajoutent une biographie de Marie-Hélène Baylac et Agatha Christie, le chapitre disparu de Brigittte Kernel, qui revient sur sa mystérieuse disparition en 1926, qu’elle n’évoque évidemment pas dans l’autobiographie évoquée précédemment.

Côté voyage, mes pas m’ont conduite là encore à revenir sur différents lieux du crime, et si l’Egypte ou la Mésopotamie échappent à ce palmarès, ou si l’itinéraire de l’Orient-Express reste à des prix prohibitifs, je suis tout de même assez fière de moi :

  • au plus près géographiquement se trouve la ville de Dinard, qui a été le cadre d’une des intrigues de Poirot, Le Crime du golf ;
  • Londres est certainement la ville de l’univers de Christie où j’ai le plus déambulé, sans toutefois chercher à mettre mes pas dans ceux de ses personnages ou dans les siens propres (je ne suis jamais allée voir de près l’immeuble où Hercule Poirot incarné par David Suchet a son appartement, par contre je suis allée voir The Mousetrap au théâtre), mais cela pourra être l’un de mes prochains objectifs ;
  • en revanche je compte deux lieux indissociables de l’imaginaire des fans de la reine du crime : sa ville de naissance, Torquay, où j’ai passé 15 jours en 2024, et sa maison de Greenway que j’ai pu visiter à cette occasion. Ce séjour m’a permis de rapporter quelques exemplaires de romans en VO et quelques preuves de mon passage là-bas…

By Rod Allday, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8397126

Côté inclassable, jeux et autres excentricités, on peut repérer chez moi cette addiction à quelques indices supplémentaires : le fait d’avoir l’intégrale de la série avec David Suchet, mais aussi les films avec Albert Finney et Peter Ustinov (mais pas ceux de Kenneth Branagh), le fait d’avoir créé un parcours avec ma meilleure amie en 2017, le fait d’avoir construit avec elle (mais à distance et chacun le sien) l’Orient-Express en Lego en 2024, et enfin d’avoir aussi réalisé un escape game sur le Crime de l’Orient-Express à la demande d’une collègue d’anglais également en 2024.

Cette passion pour Agatha Christie a ses caprices et ses sursauts : d’un côté le fait de n’avoir jamais adhéré par exemple à la série française Les petits meurtres d’Agatha Christie – pourtant je sais que certains fans l’ont adorée – ni aux adaptations de Kenneth Branagh – pour ces dernières, nous sommes plus nombreux à compter parmi les détracteurs ; de l’autre, continuer à me plonger dans des ouvrages explorant un aspect ou un autre de son univers.

Agatha Christie, cru 2026

Ou pour être plus exact, cru 2025-2026.

Plusieurs publications ont très récemment titillé ma curiosité et réveillé ma passion pour la reine du crime, passion qui n’est jamais totalement endormie, et qui sursaute à la moindre conversation avec « bestie » ou avec « bichette », qui se reconnaîtront…

à la moindre rediffusion d’un Poirot ou du désoeuvrement d’une soirée, à se demander quoi regarder, pour finalement choisir avec délectation un épisode de la série déjà mentionnée…

aux posts Instagram de quelques comptes suivis comme @laboursofhercule (aux mèmes irrésistibles) ou @officialagathachristie…

mais si l’on s’en tient aux publications papiers, deux d’entre elles ont participé à entretenir le vice.

La première, c’est un ouvrage que j’attendais depuis très longtemps, non que je surveillais de près l’auteur ou la maison d’édition derrière le projet, mais je me disais depuis très longtemps « ce serait bien que quelqu’un fasse un point là-dessus quand même ».

J’ai été comblée avec l’ouvrage de Jérémy Picard, publié chez Hugo Doc en avril 2025 : Agatha Christie, des romans à l’écran.

Il s’agit d’un panorama plus que complet sur les nombreuses adaptations et les influences et emprunts à l’univers d’Agatha Christie, des plus connues et attendues :

avec les classiques Dix petits indiens (l’adaptation de René Clair ne fait pas l’unanimité, mais elle est inoubliable pour moi qui ai reconnu Judith Anderson, la Mrs Danvers de Rebecca, dans l’un des rôles), Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, la série avec David Suchet, les différentes incarnations d’Hercule Poirot et de Miss Marple, les autres films et séries, tels que ceux de Pascal Thomas, les Benoit Blanc avec Daniel Craig…

aux rapprochements plus inattendus : j’y ai retrouvé le 8 femmes de François Ozon, et quel ne fut pas également mon bonheur de voir quelques pages consacrées à une de mes madeleines de Proust, un souvenir d’enfance et des après-midis passés chez ma grand-mère, à regarder Arabesque (Murder, she wrote) avec Angela Lansbury !

J’ai ainsi pu faire le grand écart en terme d’expérience télévisuelle, puisque en ce début d’année 2026, je me suis délectée de l’adaptation par la BBC des Sept cadrans sur Netflix, avec l’excellente Helena Bonham Carter, tout en redécouvrant Arabesque (cette fois-ci en VO), enfin disponible sur une plateforme, à savoir Amazon Prime.

Et évidemment, algorithmes de recommandation oblige, Amazon Prime « me connait » et me propose à chaque épisode visionné de céder à la tentation en prolongeant le plaisir avec, pourquoi pas ? un épisode de Columbo (mon autre travers).

Voilà, avec l’ouvrage de Jérémy Picard, de quoi se replonger dans l’univers d’Agatha Christie, en suivant tel ou tel itinéraire : film ou série TV, in english please ou à la française, grands classiques ou adaptations modernes, incontournables ou chemins de traverse.

Et comme je l’ai suggéré plus haut, un deuxième ouvrage permet de poursuivre cette promenade, cette fois-ci en levant les yeux du texte ou des adaptations, et en prenant l’Eurostar, terminus gare St Pancras International (bon et puis après, The tube ou bus à impériale, c’est vous qui voyez).

J’ai repéré cet ouvrage en janvier 2026 sur le compte Instagram déjà mentionné @officialagathachristie qui était en pleine célébration des 50 ans de la disparition de la romancière (tiens, romancière, c’est pas mal, et ça me permet d’esquiver mon hésitation entre autrice, auteure et écrivaine mentionnée plus haut).

Je l’ai directement commandé, pas chez mon libraire cette fois-ci (mea culpa) et j’en garde la lecture pour le printemps ou l’été, même si j’en ai déjà dégusté quelques chapitres… Il s’agit du Agatha Christie’s London : A historical guide to the Queen of crime’s capital, de Tina Hodgkinson.

Tina Hodgkinson est également l’autrice de l’article consacrée à « Christie’s London » sur le site officiel dédié à la romancière. Elle travaille comme guide à Londres et a créé depuis 2014 des circuits pour les fans de la reine du crime (comme ceux que l’on peut également faire sur Sherlock Holmes, Charles Dickens ou encore Jack l’éventreur).

Situant Agatha Christie davantage dans le Devon et dans les lieux déjà visités comme Torquay et Greenway, je n’ai jamais cherché durant mes séjours à Londres à réserver un circuit Agatha Christie, j’ai donc découvert l’existence de ces circuits en même temps que l’ouvrage.

Ce dernier me paraît tout aussi exhaustif que celui de Jérémy Picard avec ses promenades cinéphiles, de Poirot à Arabesque, et il est découpé en trois parties :

  1. le Londres d’Agatha Christie
  2. Londres dans les récits d’Agatha Christie
  3. une dernière partie consacrée au circuit en lui-même, avec plans et lieux à visiter

En attendant de concrétiser ces promenades, rien de tel que ces deux ouvrages pour quelques révisions indispensables !

Saute-mouton sur les dizaines : promenade personnelle

Comme je l’ai indiqué en introduction de cet article, j’inaugure une nouvelle dizaine ce mois-ci, et je terminerai avec un panorama. J’avais dans l’idée à l’origine de faire un inventaire des choses que j’aime associées à mon année de naissance.

J’ai en tête, comme à l’accoutumée, les vidéos de Blow Up Arte qui reviennent sur une année de cinéma, à l’heure où j’écris ces lignes, il semble que le magazine ait fait une vidéo pour 1996 et pour 2006, mais pas pour 1986.

Une autre idée qui m’est venue est de mentionner pour chaque décennie un livre, un film et une chanson.

  • 1986 : pour cette année, les livres énumérés par Wikipédia ne me disaient rien, à part Le Gone du Chaâba, mais si j’ai lu le livre au collège, il ne m’a pas laissé un grand souvenir…

L’année commence avec la disparition de Daniel Balavoine, je me souviens que je l’écoutais en boucle à la fin du collège et au lycée. Mais la chanson sortie cette année là et que je retiens, c’est « En rouge et noir » de Jeanne Mas, à laquelle j’accorde le même effet « madeleine » que les épisodes d’Arabesque… ou moins top 50 français, le concert de Queen à Wembley.

Comme film, je retiens mon chouchou Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery.

  • 1996 : j’ai le souvenir très précis du décès de François Mitterrand, ce qui semble logique, vu que je n’avais connu que lui comme président depuis ma naissance (même si son septennat s’était fini quelques mois auparavant).

Dans les livres, je retrouve les Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern. J’ai découvert Susie Morgenstern au collège, et la fin de ma primaire était davantage marquée par le Club des cinq et les aventures de Fantômette.

Pour les films, j’ai l’embarras du choix niveau souvenirs, même si je ne les ai pas tous vus cette année-là. Néanmoins, ils ont construit ma cinéphilie : côté français, Beaumarchais l’insolent, Pédale douce, Le plus beau métier du monde (avant que je sois dégoûtée des films sur les profs et de Depardieu), Ridicule et Un air de famille. Le box-office américain ne m’inspire pas des masses…

Côté chansons, « Wannabe » des Spice girls, et pour suivre les copines j’ai eu une période Spice girls, même si j’écoutais à ce moment là davantage le Nostalgie de mes parents (visiblement « Un Portrait de Norman Rockwell » d’Eddy Mitchell, c’était là), et Non homologué de JJG.

  • 2006 : on a dû m’offrir cette année-là L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery, mais j’étais en khâgne, et je devais bûcher mes bouquins au programme, qui m’ont laissé encore moins de souvenirs, d’autant que j’ai cubé, et du coup j’ai tendance à confondre les deux années.

De manière générale, j’ai passé les trois années de prépa comme entre parenthèses, et ce qui s’est passé « à l’extérieur » ne m’a pas marquée.

Les films, je les verrai aussi plus tard, mais je retiens Le Secret de Brokeback mountain, V pour Vendetta, Volver de Pedro Almodovar (celui-là, c’est sûr, je l’ai vu à sa sortie, comme La Tourneuse de pages) et Le Labyrinthe de Pan.

Côté chansons, je passe mon tour.

  • 2016 : pour le roman, même si je l’ai lu bien plus tard, c’est une évidence : En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, qui a encouragé mon amour pour Nina Simone.

Pour les films, je retiens Carol avec Cate Blanchett, Deadpool, Doctor Strange et Rogue One. Le premier détonne un peu parmi les autres, mais je l’ai découvert quelque temps après et j’ai été subjuguée.

Et comme « tout finit par des chansons », autant que celle de 2016 donne le ton de la décennie à venir, je retiens « Can’t stop the feeling » de Justin Timberlake.

Que réservera 2026 et les années à venir ? Comme le titre du roman de Pierre Lemaître, de belles promesses, je l’espère.

D’ici là, je vous souhaite le meilleur et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

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