Etiquette d'archives: François Truffaut

Rêveries de figurants solitaires

Je publie ce premier compte-rendu de lecture 2018 avec un peu de retard, et dans le désordre.

Depuis début janvier, en effet, j’ai lu ou parcouru cinq livres consacrés au cinéma, et j’en ai encore un en attente, une publication plus ancienne, sur un univers de série télévisée.

Pour respecter mon ordre de lecture, il aurait fallu que je commence par des publications datant d’octobre 2017, puis de novembre, et enfin de janvier 2018.

Si j’ai souhaité commencer par mes dernières lectures, ce n’est pas seulement parce qu’elles me demandent moins d’effort de mémoire, c’est aussi parce que les deux ouvrages se ressemblent beaucoup, et pourtant ils ne m’ont pas du tout laissé la même impression.

Seconds rôles et figurants

On les voit partout et parfois, dans le meilleur des cas, on connaît leur nom. Même si je les mets, par facilité, dans le même panier, il y a un fossé (ou un chemin) énorme qui sépare le second rôle du figurant.

Le second rôle, même sans le connaître, lorsqu’on va le retrouver d’un rôle à l’autre, va nous faire dire : « oui, c’est celui qui joue untel dans tel film », ou encore, en discutant avec des amis : « j’adore l’infirmière de James Stewart dans Fenêtre sur cour » (sans savoir à ce moment là qu’elle joue aussi aux côtés de Bette Davis dans All about Eve).

C’est aussi en s’intéressant d’un peu plus près aux seconds rôles, qu’on se rend compte que certains sont toujours abonnés aux mêmes rôles, ou que Agnès Moorehead, qu’on a vu toute notre enfance dans Ma sorcière bien aimée, a joué dans les premiers films d’Orson Welles et dans Les Passagers de la nuit, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart.

Bref, le second rôle est un visage connu.

Et le figurant ? Peut-être un visage connu en devenir… Johnny Hallyday a bien commencé par jouer l’un des gamins du pensionnat dans Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, et on ne fait que l’apercevoir.

Vous le voyez, le petit blond derrière Simone Signoret, avec déjà une coupe de cheveux bien à lui ? Voilà un instant qui a dû faire le bonheur de quelques archéologues du cinéma quand ils l’ont déniché…

Pourquoi ce long préambule ? Parce que mes deux lectures évoquent des figurants qui le sont restés, qui n’ont pas atteint la marche des deux répliques au détour d’une porte, voire de la consécration du second rôle (pour ne rien dire du premier).

Au-delà de ce point commun, les deux ouvrages ont aussi comme caractéristiques similaires :

  • le fait d’être tout deux des romans
  • un narrateur interne (troisième personne pour le premier livre, première personne pour le second)
  • un personnage hyper cinéphile
  • un promeneur parisien amoureux du détail.

Et pourtant c’est bien là leurs seules ressemblances.

Éternel figurant cherche place dans le monde

Si jamais il souhaitait déposer une petite annonce – et si jamais c’était quelque chose qui se faisait encore – voilà ce que cette dernière pourrait dire : « éternel figurant cherche place dans le monde ».

C’est ainsi que je vois le personnage principal de Microfilm (écrit sur la première de couverture en minuscule) d’Emmanuel Villin, publié en janvier 2018 chez Asphalte éditions.

Microfilm, c’est aussi bien un objet / des objets (le contenu de la statuette tant convoité dans La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock – et pourtant on ne saura jamais ce qui figure dessus), que le propos du livre, tout entier captivé par des « micro films », des « micro – instants », des détails.

Le personnage principal, figurant de métier et évidemment anonyme, échoue lors d’un casting, se voyant décrit ainsi par la directrice « Physique quelconque, visage commun ».

Durant des démarches pour trouver un nouvel emploi, sous prétexte qu’il a un temps travailler pour une revue de cinéma étudiante appelée « Microfilm », on l’envoie en tant que spécialiste en microfilms auprès d’une obscure « Fondation pour la paix continentale ».

Sur cette fondation, ni le personnage principal, ni le lecteur ne comprendront quoi que ce soit, et puisque la visionneuse à microfilms restera inusitée durant tout le roman, on ne pourra que suivre dans un dédale absurde ce figurant qui reste figurant dans le monde réel.

Qu’il traverse imperturbablement Paris en vélo (sauf quand il découvre ce dernier vandalisé), qu’il échoue de salles d’exposition en brasserie, ou qu’il passe ses journées sur internet ou à tester différentes marques de stylos, ou qu’il doive sans raison se rendre au Portugal pour une soit-disant mission, tout lui échappe, et à nous aussi.

Le fait que sa voix se fasse entendre à la troisième personne rend la distance encore plus grande, tout comme son anonymat. On le suit, d’abord avec intérêt, curiosité, puis on finit (en tout cas moi) par osciller entre curiosité et agacement.

Certains apprécieront de se voir ainsi guidés par l’auteur puis perdus, déambulant dans cet univers où tout est si détaillé (du trajet en métro au langage HTML) mais où rien n’a de sens.

Et il est vrai que si le livre m’a quelque peu déroutée, et si le style, prompt à décortiquer chaque menu japonais et chaque voltage de visionneuse, m’a parfois prise de court, j’ai été sensible à cette absurdité, et à l’ironie que l’on sent poindre derrière chaque phrase.

C’est cependant un texte beaucoup plus mélancolique et nostalgique que j’ai préféré ce mois-ci, et dont je vais maintenant vous parler.

Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants

Il s’agit de mon premier coup de coeur de 2018, un vrai beau livre, tout en sobriété et en retenue, avec derrière chaque mot quelque chose de magique, une révélation.

Certes, le sujet avait tout pour retenir mon attention : le narrateur, qui cette fois s’exprime à la première personne, est figurant sur le tournage de Baisers volés, de François Truffaut. Il y rencontre Judith, apparition blonde et fugace, elle aussi figurante, qui n’en finira pas de lui échapper.

Quarante-cinq ans plus tard, il essaye toujours de retrouver cette silhouette évanouie, déambulant lui aussi dans Paris, tentant, à coup de photogrammes et de visionnage frénétique du film – arrêt sur images – de reconstituer ses souvenirs et de retrouver cet amour perdu qui correspond si bien à la chanson de Trenet qui ouvre le film.

Ce livre magnifique, simple, évident, c’est Le Figurant de Didier Blonde, publié dans la collection Blanche chez Gallimard.

J’ai dévoré ses 150 et quelques pages en deux jours, et j’ai suivi avec plaisir ce narrateur dans ses promenades sur les lieux du tournage, les cafés, les rues, la place de Clichy et ses alentours, le cimetière Montmartre (mais est-ce vraiment lui ?), dans ses recherches et ses reconstitutions.

À un moment, j’ai été prise de doute : et si tout cela était réel ? et si tout cela était faux ? qu’en était-il vraiment ? C’est bel et bien dans les rêves mouvants que Didier Blonde nous conduit.

J’ai voulu vérifier que la jeune fille blonde existait vraiment, et qu’elle apparaissait bien à l’instant où l’auteur l’avait fait apparaître.

Sans doute était-ce là le point de départ, ce qui l’avait marqué dans ce film, car même s’il a fini par donner une identité à Judith, une carrière, s’il a voulu étoffer un peu le rôle de la figurante, on continue à douter, et on ne fera que douter du début à la fin : est-ce réel ? est-ce inventé ?

Didier Blonde a réveillé chez moi des souvenirs et des bonheurs, essentiellement truffaldiens.

Il m’a poussé, certes, à revoir ces scènes de Baisers volés, qu’il évoque dans Le Figurant, mais dont tout cinéphile averti se souvient.

Il m’a fait m’interroger : quelles scènes, même sans les avoir vu de l’intérieur, avais-je retenu de Baisers volés ? Certainement celle avec Delphine Seyrig, à laquelle Blow Up a récemment rendu hommage :

Pour finir, j’ai vu passer un bon lot d’articles consacrés au livre de Didier Blonde, tout aussi élogieux les uns que les autres, et je ne voulais ni trop tarder, ni être en reste, car c’est vraiment l’un des plus beaux livres sur le cinéma, et l’un des plus beaux romans, que j’ai pu lire.

Et depuis que je guette des ouvrages sur le cinéma, depuis que je scrute non seulement les documentaires, mais aussi les fictions qui abordent ce thème, c’est avec Londres après minuit, Un renoncement, ou plus récemment The Freak, la plus belle découverte parmi mes lectures…

Cela m’a encore inspiré une attitude tout à fait truffaldienne, car je sais qu’il en avait l’habitude : celle de racheter et d’offrir les livres qu’on aime à notre entourage.

C’est donc tout naturellement que j’ai racheté en deux exemplaires Le Figurant, et c’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai trouvé Microfilms, son voisin immédiat dans la librairie où je vais régulièrement…

Pour toutes ces raisons, je voulais parler sans plus tarder de ces deux livres, si ressemblants et si différents, mais qui, chacun à leur manière, ont ouvert l’année 2018 de mes lectures cinéphiles, une année des plus prometteuses !

Sur ce, je vous souhaite d’aussi belles lectures que les miennes et vous dis à bientôt, sur Cinephiledoc !

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Jeux de mains, jeux de cinéma

Après un été à parler d’Europe au cinéma et de #docenvacances, voici à nouveau un compte-rendu de lecture cinéphile.

Le livre (ou plutôt les livres) dont je vais vous parler ce mois-ci, m’ont permis d’attendre patiemment le retour de Blow Up après sa pause estivale.

À nouveau encensons Blow Up

J’en ai déjà abondamment parlé, et ceux qui me suivent sur Twitter savent que tous les mardis soir, je guette les dernières vidéos de Blow Up. Chaque semaine j’attends avec impatience le Top 5 ou les Bio express.

Donc, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est quoi Blow Up ?

(et pour ceux qui connaissent, vous allez comprendre dans quelques paragraphes pourquoi j’en parle à nouveau)

Blow Up, ce sont 2 à 4 vidéos par semaine, de différents formats et dont très vite le cinéphile, amateur ou confirmé, ne pourra plus se passer.

  • d’abord, il y a le Top 5, de Luc Lagier, mon format préféré, et qui fétichise complètement le cinéma. Ce format, c’est l’équivalent « Où est Charlie ? » du cinéma. Quand vous aimez le cinéma et que vous en découvrez le thème chaque mardi soir, vous commencez par spéculer. Prenons un exemple, ça sera plus clair…

Lorsque la vidéo apparaît dans la liste des chaînes auxquelles je suis abonnée, évidemment je vois en premier l’image : Le Cercle des poètes disparus. Un professeur au cinéma, c’est évidemment le professeur Keating, Robin Williams, qui lit du Shakespeare, Ô capitaine mon capitaine, Carpe Diem et Robert Frost.

Cette image, c’est juste le point de départ. Une mise en bouche. À partir de là, Luc Lagier, avant même que je lance la vidéo, déclenche dans ma tête toute une foule d’associations d’idées. Je vois Petite feuille dans Les Quatre cent coups, je vois les enseignantes de Diabolo Menthe, Bernard Giraudeau en professeur d’allemand dans La Boum, et, même si ce n’est pas un professeur, Sean Connery dans À la rencontre de Forrester.

Du coup, quand je lance la vidéo, je confronte ma petite liste personnelle, à la liste souvent bien plus conséquente de Luc Lagier. Et je vois si sur le Top 5 nous nous rejoignons. Parfois oui, parfois non, mais c’est toujours une belle découverte. Par exemple, encore une fois, sur les professeurs au cinéma, j’aurais choisi pour le numéro 1 Jean-François Stévenin dans L’Argent de poche, et son discours final.

Passons aux autres formats (j’évoque ici ceux qui me plaisent particulièrement)…

  • après le Top 5, il y en a deux que je mets sur le même plan, avec toujours Luc Lagier en voix off. Si je les regroupe, c’est évidemment parce qu’ils se ressemblent. Ce sont les « C’est quoi ? » et les « Bio express ». Les deux s’intéressent à des personnalités du cinéma, et profitent de l’actualité cinématographique pour leur tailler le portrait. L’un des derniers en date, le portrait de Nicole Kidman pour le Festival de Cannes 2017 :

  • autre format : les « Redécouvertes » et le « Zapping », comment avoir envie de voir ou de revoir un film en quelques minutes.
  • il y a ensuite les vidéos de Thierry Jousse, consacrées plus spécifiquement aux bandes-originales de films. Je les regarde tout autant que les autres, mais je n’ai pas toujours suffisamment d’érudition et de culture musicale pour les apprécier à leur juste valeur.

Mes deux autres formats de prédilection, moins réguliers, sont :

  • « Face à l’histoire », qui revient sur la carrière d’un réalisateur ou d’un acteur et sur son rapport aux films historiques. Ils peuvent aussi s’appuyer sur un personnage historique ou des événements pour voir ce que le cinéma en a fait.

  • Enfin, le format qui me fait jubiler, c’est « Les Introuvables » de l’impayable Trufo, qui cherche des films introuvables et qui entraîne le spectateur dans des sphères cinématographiques inconnues ! Je l’ai découvert avec le « Vous connaissez Have you heard ? d’Alfred Hitchcock ? », que je ne désespère pas, en tant que profdoc, d’intégrer à une séance sur la désinformation (peut-être en EMC ou en Arts visuels) et que j’avais déjà proposé dans une séance sur la rumeur…

Avec ce format, on ne sait jamais où Trufo va nous emmener, c’est déjanté, loufoque, une pépite de cinéphilie chaque semaine, un régal pour les yeux et les oreilles !

Et donc le livre dont je vais vous parler maintenant m’a fait penser à Blow Up, tout comme Blow Up aujourd’hui revenu de sa pause estivale me fait penser à ce livre…

Le Corps au cinéma

Car Blow Up, en particulier dans le Top 5 de Luc Lagier, s’est intéressé et nous a fait nous passionner pour des objets, des couleurs, des métiers, des animaux, mais aussi des éléments du corps humain. Il fait de nous chaque semaine des fétichistes, comme Hitchcock dans Fenêtre sur cour faisait de nous des voyeurs (ce que nous étions déjà sans l’assumer pleinement, assis devant l’écran à scruter les histoires des autres).

Si je fais la liste des éléments mentionnés, voilà ce que ça donne : les chauves au cinéma, les larmes au cinéma, la bouche au cinéma, les yeux au cinéma, les pieds au cinéma, les cheveux au cinéma et… les mains au cinéma.

L’image qui donne l’aperçu de cette vidéo, c’est la même que sur la couverture de mon livre, qui porte exactement le même titre : Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques, publié en juin 2017 aux éditions Aedon – La Septième obsession, dans la collection Détails (titre des plus prometteurs).

Cette image, c’est celle de Charles Laughton dans La Nuit du chasseur.

Disons-le tout de suite, j’ai beaucoup apprécié ce livre, qui a suscité chez moi beaucoup d’envies cinématographiques, en particulier pour des films que je n’avais jamais vu.

J’ai beaucoup aimé l’introduction, avec les influences sur le cinéma de la peinture et de la sculpture, et avec l’évocation de travaux manuels, et des 24 portraits d’Alain Cavalier.

Dans un chapitre dont j’emprunte le titre pour cet article, « Jeux de mains, jeux de vilains », j’ai retrouvé deux films d’Hitchcock, Psychose et Marnie.

J’ai adoré l’évocation de M le maudit et d’Edward aux mains d’argent. J’ai moins apprécié l’évocation de Spiderman et de la main qui jouit, mais parce que j’étais agacée de cette propension (ou de cette faiblesse) qu’ont certains auteurs de voir des allusions sexuelles partout, qu’elles y soient ou non. Et si j’avais été emballée par un ouvrage, dont j’ai fait la critique, qui évoquait le sexe dans le cinéma d’Hitchcock, je n’ai pas vraiment été convaincue par l’idée de l’auteur sur cette main de l’homme araignée qui éjacule du fil… mais ce n’est que mon avis.

Par contre deux chapitres m’ont particulièrement frappée, et m’ont vraiment donné envie de voir les films dont l’auteur me parlaient.

Le premier, c’est Les Mains d’Orlac, de Robert Wiene, qui raconte comment un pianiste amputé des deux mains, se fait greffer les mains d’un assassins et comment ces dernières le rendent progressivement fou. J’ai trouvé l’histoire géniale, et l’auteure a réussi à me captiver avec ce film muet de 1924 !

Le second film m’a intrigué, parce que j’étais persuadée d’avoir déjà entendu ça quelque part : L’Inconnu de Tod Browning. Un criminel recherché par la police se réfugie dans un cirque et tombe amoureuse d’une femme qui ne supporte pas que les hommes la prennent dans leur bras. Du coup il décide de se faire couper les deux bras.

Où avais-je déjà entendu ça ? Cette histoire tournait et tournait encore dans ma tête. Et d’un seul coup j’ai retrouvé la référence, chez un autre fétichiste !

C’est dans La Femme d’à côté que François Truffaut place cette histoire dans la bouche de Gérard Depardieu, qui la raconte à Madame Jouve :

Et du coup en refermant le livre, je me suis dit, un peu rapidement, que son grand absent, c’était bien François Truffaut.

Puis j’ai réfléchi, Truffaut, ce qu’il aime (et ce que ses personnages aiment), ce sont les jambes des femmes, et à la rigueur ce qu’on voit comme mains, ce sont celles des hommes qui les caressent…

Je me suis dit que, comme Blow Up, Sandrine Marques organisait ses associations d’idées et jouaient avec ses films fétiches. D’ailleurs, en revoyant la vidéo « Les mains au cinéma », j’ai vu des films qui n’étaient pas dans le livre. Tout comme dans le livre sont mentionnés des films qui échappent à la sélection de Blow Up.

C’est ce que j’ai gardé de la lecture et du visionnage : ce moment de plaisir et de partage où les auteurs font cette petite liste mentale sur laquelle on coche les présents et on rajoute, en bas, nos absents.

Enfin, ce que j’ai gardé, c’est le nom de cette collection, Détails, et je me suis dit que c’était à nouveau quelque chose à guetter, la sortie de nouveaux détails, aux éditions Aedon – La Septième obsession. J’espère que cette promesse sera tenue !

Voilà pour ce livre, que je vous recommande, si vous aimez le cinéma et les détails, si vous êtes obsessionnels et secrètement (ou non) fétichistes et si vous aimez faire des listes.

L’eau à la bouche

Un petit mot pour finir sur le second livre dont j’avais promis de parler, mais l’article commence à être long. Il s’agit du nouvel opus  du GastronoGeek : 37 recettes inspirées de séries cultes.

J’avais déjà mentionné son premier ouvrage, et j’ai été ravie de retrouver Thibaud Villanova pour ce nouveau livre de recettes entièrement consacré aux séries télévisées, de Twin Peaks à Stranger Things.

Je profite de ces quelques mots pour vous signaler la chaîne YouTube du Gastronogeek :

Et sur ces mises en bouche et bonnes recettes, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

Bonne dégustation !

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À la recherche de Maurice Jaubert

Voici le premier compte-rendu de lecture de la rentrée, qui arrive assez tôt, puisqu’il s’agit d’un livre paru au mois d’août, et que je garde un deuxième compte-rendu en réserve pour fin septembre ou début octobre.

Pour le titre de cet article, j’ai quelque peu hésité : il aurait pu s’appeler, en référence à l’auteur du livre « La Femme qui aimait Maurice Jaubert » (référence également truffaldienne) mais cela m’a paru quelque peu excessif… et pourtant… j’y reviendrai.

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Finalement je me suis décidée pour ce « À la recherche… » car ce livre, que je nommerai dans quelques lignes, tout en allers et en retours, tout en nostalgie et en sensations, avait quelque chose de proustien.

Truffaldien et proustien, ça y est les deux termes sont posés, ceux qui me connaissent bien savent que l’ouvrage dont je vais parler m’a plu.

Parfums, promenades et musiques

Le livre en question est un roman publié par Maryline Desbiolles aux éditions du Seuil, collection Fiction & Cie, Le Beau temps. Comme j’avais déjà trouvé il y a quelques jours, un livre consacré au cinéma dont faire le compte-rendu pour le mois de septembre, je n’avais pas prévu d’acheter ce livre…

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Mais le premier ouvrage ne devant sortir que dans une semaine, j’ai découvert en me promenant dans le rayon fictions de ma librairie, ce roman qui se trouvait parler surtout d’un homme, beaucoup de musique, mais aussi de cinéma, et dont je ne connaissais absolument pas l’auteure.

C’est en lisant une par une les quatrièmes de couverture des nouveautés que mon attention s’est fixé sur Le Beau temps. Il y avait aussi un autre livre, dont j’ai perdu le titre, mais la lecture – déterminante – des quelques premières lignes ne m’a pas vraiment emballée. Celles du Beau temps, au contraire, m’ont saisie :

L’Ariane est une donneuse. L’Ariane, la banlieue à l’est de Nice, est une donneuse de noms. Ariane en tout premier. Ariane, Maurice Jaubert. Maurice Jaubert est le nom du collège de l’Ariane où je suis invitée pour parler avec les élèves d’un de mes livres qui met leur quartier en scène.

Passées ces quelques lignes, je me dis : un livre qui s’ouvre par la visite d’un collège… J’hésite, puis je poursuis, car je pense en moi-même que l’auteure rêve sur les noms et sur les lieux – une onomastique, en somme – et déjà je pense à Proust et à son « Nom de pays : le Nom »…

Sa visite la fait s’interroger sur Maurice Jaubert, tout comme je me suis demandée moi-même souvent qui sont les Maryse Bastié, Corentin Celton, Paul Bert ou encore Edgar Quinet en voyant leur nom dans les rues et les stations de métro.

Mais c’est en revoyant La Chambre verte de Truffaut que sa curiosité va plus loin, Jaubert occupant dans ce film une place prépondérante.

Qui est Maurice Jaubert ?

Dans La Chambre verte, une photographie, une époque et surtout une musique.

La photographie, c’est celle-ci :

jaubert chambre verte

Elle apparaît dans la chapelle des morts imaginée par Julien Davenne, le héros du film incarné par Truffaut lui-même, un homme veuf, rescapé de la Grande guerre, qui préfère se consacrer au culte de ses chers disparus que vivre parmi les vivants.

Dans cette chapelle, Truffaut a fait figurer les hommes, vivants ou morts, qu’il admirait : Cocteau, Proust, Henry James, et donc, Maurice Jaubert.

Dans la scène ci-dessus, la chapelle restaurée de Davenne s’offre pour la première fois au regard du spectateur, avec, évidemment la musique de Maurice Jaubert.

La musique de ce dernier apparaît dans trois autres films de Truffaut : L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche et L’Homme qui aimait les femmes.

Mais au moment où Truffaut utilise la musique de ce compositeur, celui-ci est mort depuis plus d’une trentaine d’années, victime malheureuse de la drôle de guerre, et même disparu d’une manière injustement idiote trois jours avant l’armistice signé par Pétain, le 19 juin 1940.

C’est donc à travers les films de Truffaut que Jaubert est connu aujourd’hui, mais aussi par son travail avec certains des plus grands cinéastes français de l’entre-deux-guerres : Jean Vigo, René Clair et Marcel Carné.

Pour Jean Vigo, il a notamment écrit la musique de l’Atalante et de Zéro de conduite :

Pour Marcel Carné, il compose la musique de Drôle de drame, Quai des brumes, Le Jour se lève et Hôtel du Nord :

(Je ne mets pas forcément ces films dans l’ordre chronologique, j’ai simplement fait la part belle à ceux que je préférais).

Je dois avouer que, pour moi, Maurice Jaubert est resté longtemps indéfectiblement lié à Truffaut. Je le savais compositeur et disparu en 1940, mais je n’avais pas fait le rapprochement entre Carné, Jouvet, Arletty, Hôtel du Nord – pour ne citer qu’eux – et Maurice Jaubert.

Je rêvais d’ailleurs sur les noms moi aussi, les titres des films de Carné étant pour moi des expressions en trois mots, avec une poétique bien particulière à faire résonner : Drôle de drame, Hôtel du Nord, Quai des brumes, visiteurs du soir, enfants du paradis (j’ôte le déterminant à dessein). Et je rêvais sur les visages : celui de Jouvet aux sourcils froncés, celui de Michèle Morgan transfigurée dans Quai des brumes, celui d’un Jean-Pierre Aumont espiègle dans l’un et fiévreux dans l’autre…

Bien-sûr, j’ai une petite préférence pour Les Enfants du paradis, fresque sur les arts du spectacle, dont Jaubert n’a pas pu composer la musique, à laquelle j’avais déjà consacré un article, et dont de temps en temps, quelques répliques me reviennent en mémoire :

« Vous êtes trop fier Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ». Alors je suis rentré en moi-même… Les imprudents ! Me laisser seul avec moi-même et ils me défendaient les mauvaises fréquentations !

Ou encore…

Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour.

Je revois Arletty descendre le boulevard du crime, tout comme je peux revoir Jouvet caresser sa fourchette dans Drôle de drame, en répétant « Bizarre, bizarre… », Michel Simon chanter « Dormez, dormez, petits moutons », et Michèle Morgan demander à Gabin de l’embrasser. Tout comme je peux aussi revoir, chez Renoir, Pierre Fresnay jouer de la flûte dans La Grande illusion, ou Paul Meurisse sortir de la baignoire des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot… il y a des choses qu’on a du mal à oublier.

Mais revenons-en à Maurice Jaubert, et plus précisément, au Beau temps de Maryline Desbiolles.

Mesures d’une vie ensoleillée

Si j’ai hésité à donner comme titre à mon article « La Femme qui aimait Jaubert » – en référence à L’Homme qui aimait les femmes – c’est parce que de la première à la dernière page, ce dont le lecteur fait l’expérience, c’est une rencontre amoureuse qui a eu lieu et n’a pas eu lieu.

Elle a eu lieu car nous y assistons, nous la voyons prendre forme et vie au fil des pages, à mesure que l’auteure explore et nous raconte la brève existence de Maurice Jaubert, qui prend plusieurs visages : Niçois, fils aimé, élève trop bon élève, amateur d’alpinisme et de voitures, étudiant en droit, soldat, musicien autodidacte devenu compositeur, intellectuel, époux et père de famille, mort pour la France… j’en oublie certainement.

Elle n’a pas eu lieu parce qu’elle reste un rendez-vous manqué, avec une figure immortelle et immortalisée mais absente, disparue, une photographie dans la chapelle des morts de La Chambre verte, où pour Maryline Desbiolles, il n’y aurait que les portraits de Jaubert, de sa naissance à sa disparition.

L’auteure n’est pas une spécialiste de musique : elle le dit elle-même, elle sait à peine lire les partitions, qui lui font l’effet d’un langage mystérieux et d’autant plus irrésistible. Elle s’attache davantage à l’homme derrière la partition, dont elle guette les moindres mouvements passés comme s’ils allaient encore advenir.

Elle suit Jaubert à la trace comme on se lancerait dans une filature. Elle nous en restitue la voix, que nous pouvons presque entendre, les mouvements, que nous pouvons presque sentir, et le regard, que nous pouvons presque croiser.

Ainsi, entre allers et retours, entre enfance et maturité, Maurice Jaubert n’est-il pas seulement compositeur de musiques des films que nous avons vus et revus, il devient à part entière un personnage de cinéma – d’une usine à rêves dans laquelle tantôt il s’éloigne, tantôt il se rapproche, flashbacks, gros plans, ralentis et arrêts sur image.

Arrêts sur image au milieu d’une promenade, qui passe par Nice, principalement, au passé (celui de l’auteur et celui de Jaubert) mais aussi au présent, par Paris, par le sud et la Provence, par l’Angleterre, par l’est fatal enfin.

Une page surtout m’a beaucoup plu, dans ce livre imprégné de poésie, de nostalgie et de tendresse :

Je regarde de nouveau À propos de Nice. Il est dit que Maurice Jaubert n’a pas rencontré Jean Vigo avant 1932. On m’a pourtant raconté que Maurice et son frère René auraient figuré dans À propos de Nice tourné en 1930. (…) je crois reconnaître Maurice parmi les endormis de la promenade des Anglais,  alangui sur une chaise, la figure posée sur sa main, la bouche entrouverte, le chapeau sur les genoux. Ce n’est sûrement pas lui, mais soudain l’innocente sieste m’annonce le dormeur du val de 1940, le dormeur soustrait au soleil du Midi, soustrait à la mer, le dormeur des futaies, de la mousse, des intermittences de la lumière, de l’ombre, il aura deux trous rouges au côté droit, son visage s’enfoncera dans la paume des bois, des Hauts Bois d’Azerailles dont la sonorité même est l’envers de Nice, de son unique syllabe, brillante, aérienne.

Les références poétiques, musicales et cinématographiques fourmillent dans ce roman, on y croise non seulement Carné et Vigo, mais aussi Ravel et Jean Giono, on s’y souvient de Rimbaud et de Proust, en attendant Truffaut.

L’auteur y mêle ses souvenirs à ceux de Maurice Jaubert, sa vie à la sienne, et partageant cette relation rêvée et privilégiée – elle nous y convie, nous amène à littéralement à vivre avec lui, avec elle – elle ne fait pas seulement de nous des spectateurs, ou les lecteurs attentifs d’une partition, mais le témoin indispensable de son amour en fuite.

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Lettre à la Femme d’à côté

Il y a deux mois, dans le cadre de l’exposition consacrée à François Truffaut à l’occasion des 30 ans de sa disparition, la Cinémathèque française et le magazine Télérama ont lancé un concours d’écriture, Lettre à la Femme d’à côté, auquel j’ai participé.

Ma lettre n’a malheureusement pas été retenue parmi les trois lauréates sélectionnées par le jury, et dont la lecture est disponible ici. C’est pourquoi je la publie aujourd’hui sur Cinephiledoc. J’espère que cette lettre à Mathilde, personnage captivant de La Femme d’à côté, vous plaira.

Chère Mathilde,

Qu’il est étrange de se mettre à t’écrire, toi que j’ai rencontrée tardivement, et que je trouvais si intimidant de côtoyer.

la femme d'à côté

J’avais certes croisé beaucoup de tes sœurs déjà, Colette, Fabienne, Christine, Catherine, Anne et Muriel, Marion… mais il y en avait peu dont l’intensité m’impressionnait autant que la tienne. Et pourtant je restais en retrait, spectatrice, voyeuse, car intervenir plus directement dans cette histoire aurait été comme une effraction. J’aurais eu l’impression de trahir un secret, et je redoutais presque cette proximité tout autant que je la recherchais.

Je n’ai pas l’habitude d’écrire des lettres – ou plutôt j’en ai eu l’habitude et, comme beaucoup je suppose, je l’ai perdue. Mais je me suis souvenue que cette habitude-là, tu ne l’avais pas prise. Elle n’aurait été qu’un témoignage de plus de l’absolu de ton caractère. Une redondance.

Alors qu’il fallait à tout prix que cette passion, cette intransigeance des sentiments, ce refus de tout compromis, soient détachés de tout ce qui aurait pu paraitre désuet. Il fallait que tu vives aujourd’hui, et de toute éternité, et de ton univers, les lettres ne faisaient pas partie.

Je me souviens davantage de coups de téléphone, de conversations interrompues brutalement et de ligne occupée. Des lettres ? Aucune.

femme d'à côté

Parce que tu ne faisais plus partie de celles qui écrivent leur passion. Tu faisais partie de celles qui la vivent pleinement. Et pourtant, à l’instant où j’écris ces mots, je me rends compte à quel point il est injuste de dire que Anne et Muriel, ou que Catherine, vivaient moins intensément leur passion que toi.

Encore une fois, je ne parviens pas à t’écrire comme il le faudrait. Je pourrais dire une foule de choses. Je pourrais t’expliquer à quel point tu m’as émue, bouleversée, marquée. A quel point j’ai voulu faire mien ce message, mienne cette épitaphe à laquelle tu n’auras pas droit, « Ni avec toi, ni sans toi ». Mais la pudeur, la timidité, et même le regard des autres, ne pouvaient que m’en empêcher.

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Il n’y a que toi, Mathilde, pour l’incarner, mais qui pourrait te prendre pour modèle sans trembler ? Qui pourrait tout autant redouter de vivre ta vie et craindre de ne pas l’avoir vécue ?

Et puis, pardonne-moi, mais cette lettre, j’aurais voulu l’écrire à un autre. Attends, attends. Cet autre, j’aurais voulu lui dire que son cinéma m’a éveillée à la vie, a éduqué mon regard, a forgé mon être, m’a appris à aimer les livres, le cinéma, les êtres disparus et les êtres entiers tels que toi. Je lui aurais dit qu’il a été mon grand frère, mon fils, mon père.

J’aurais voulu lui dire je ne sais combien de choses, que bien sûr, il m’aurait été impossible de formuler si, par un hasard irréel, j’avais été mise en sa présence. Une fois encore, la réalité, et la pudeur, auraient retenu mes mots…

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Pourtant, j’aurais tant voulu lui dire… alors je le dis à toi, messagère sans concession. Et cette lettre que, du coup, je ne t’écris pas, si jamais tu le croises, remets-la lui.

Voilà un petit article un peu court, et qui sort de l’ordinaire… Mais j’aurais regretté qu’il reste au fin fond de mon ordinateur, sans le partager avec vous.

Il m’a d’ailleurs donné envie de partager quelques textes, que je publierai de temps à autre, à l’occasion, dans la rubrique « Écriture » de ce blog, en plus des habituelles critiques cinéphiles et des habituelles réflexions professionnelles.

À bientôt !

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Cycle Truffaut. Chapitre 6 : Truffaut à la Cinémathèque

Nous arrivons quasiment au terme de notre voyage à travers la vie et l’oeuvre de François Truffaut.

expo truffaut

Durant ce cycle, j’ai exploré les écrits du cinéaste, la manière dont sa vie et son oeuvre s’enrichissaient constamment de documents, et continuaient, encore aujourd’hui, de se développer sous la plume de spécialistes et d’amoureux du cinéma.

J’ai évoqué les biographies et les témoignages qui lui sont consacrés, et les ouvrages documentaires qui se penchent sur ses films.

À présent, voici quelques impressions suscitées par l’exposition que la Cinémathèque française consacre à Truffaut, à l’occasion des trente ans de sa disparition.

Promenade au coeur de l’exposition Truffaut

Voici les quelques souvenirs qui me restent de cette visite… Je m’excuse par avance pour la qualité des photos, prises avec mon smartphone.

La première chose qui frappe lorsque l’on pénètre dans cette exposition, c’est la musique. Le visiteur est d’emblée accueilli par les notes du « Grand Choral », issu de la bande originale de La Nuit américaine.

Quelques photos, quelques archives. On se retourne, et l’on découvre un couloir dans lequel sont exposés des documents issus de l’enfance et de l’adolescence de Truffaut : photographies familiales, carnets de cinéphile dans lesquels Truffaut notait les films qu’il allait voir et le nombre de fois qu’il les voyait.

Le détail qui n’échappera pas au truffaldien converti, c’est, dans l’embrasure d’une porte, un cartable en cuir. Le ton est donné : école buissonnière, clandestinité, Antoine Doinel, Les Quatre cents coups.

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Les images des Quatre cents coups défilent d’ailleurs sur un écran. On retrouve les premiers textes critiques de Truffaut. Un mur entier de couvertures des Cahiers du cinéma. Une machine à écrire.

L’avantage et l’inconvénient des expositions de la Cinémathèque se retrouvent ici, aucune salle n’est séparée complètement de la suivante. On entend la musique de La Nuit américaine en regardant des images des Quatre cents coups, celle de La Femme d’à côté en suivant la suite des aventures d’Antoine Doinel. Et après tout, tout se mélange, pourquoi pas ?

Dans un angle, des archives, des photos, des affiches, retracent toute la maturité d’Antoine Doinel, depuis Antoine et Colette jusqu’à L’Amour en fuite. Le visage de Marie-France Pisier, de garçonne, se transforme peu à peu. Celui de Jean-Pierre Léaud change à peine.

Le plus émouvant, et le plus beau de cette exposition, c’est la reconstitution du bureau de Truffaut et de sa maison de production, « Les Films du carrosse », depuis la porte d’entrée :

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jusqu’au bureau lui-même :

On y retrouve la collection de Tour Eiffel de Truffaut, et du même coup, c’est le début des Quatre cents coups qui nous revient, et cette scène incroyable de Vivement dimanche !, où Fanny Ardant assomme un homme à coup de Tour Eiffel… Et puis les livres…

On s’amuse de voir Jeanne Moreau tricher à la course dans Jules et Jim. Dans l’une des salles suivantes, trois écrans se partagent la vedette et nous montrent des extraits de la plupart des films, pèle-mêle, avec les détails obsédants qui reviennent : les étreintes, les jambes des femmes…

Le visiteur se penche sur des documents, à nouveau, qui émeuvent ou font sourire : le visage de Françoise Dorléac, l’épitaphe manquée de La Femme d’à côté « Ni avec toi, ni sans toi », la couverture du livre de Bertrand Morane, L’Homme qui aimait les femmes.

Dans un coin, il peut apercevoir la robe de Catherine Deneuve dans Le Dernier métro :

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Il parcourt encore quelques salles : une spectaculaire salle d’archives aux classeurs bleus, dans laquelle on peut retrouver des photographies de plateau, et des témoignages des collaborateurs de Truffaut.

Dans une petite salle, à peine un recoin, il peut voir et entendre les musiques de films de Truffaut. Dans une autre, quelques extraits de L’Enfant sauvage et de L’Argent de poche, films dédiés à l’enfance. La presque fin du voyage, c’est la salle « internationale » : Truffaut recevant l’oscar pour La Nuit américaine, Truffaut célébrant Hitchcock, Truffaut tournant en Angleterre Fahrenheit 451 :

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Truffaut acteur pour Spielberg dans Rencontres du troisième type. Je mélange sans doute un peu les souvenirs et les salles… je suis allée voir cette exposition le 8 octobre, mais je prendrai soin de corriger, à l’occasion d’une prochaine visite, ce qui est ressurgi pèle-mêle, et en désordre (ou presque), de ma mémoire.

La dernière salle est une salle de projection où de jeunes acteurs s’essayent à la pose truffaldienne.

À l’occasion de cette exposition, la Cinémathèque propose l’intégrale des films de Truffaut, un coffret de CD rassemblant l’ensemble des musiques de ses films (un vrai bijou que je vous recommande) et un catalogue d’exposition à la hauteur de l’événement !

Quelques mots sur le catalogue d’exposition

Ce catalogue, François Truffaut, a été publié par La Cinémathèque française et les éditions Flammarion le 8 octobre.

catalogue d'exposition truffaut

Sous la direction de Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque (et également co-auteur de la biographie de Truffaut que j’ai déjà mentionnée), l’ouvrage rassemble non seulement une très riche iconographie, mais également des témoignages des proches collaborateurs de Truffaut.

Cette iconographie reprend largement les documents présents dans l’exposition : archives, lettres, télégrammes, scénarios annotés, photographies de tournage et promotionnelles.

Le livre s’ouvre sur trois textes, de Serge Toubiana, de Bernard Benoliel et de Karine Mauduit, qui éclairent différents aspects de la personnalité de Truffaut, et en quoi cette personnalité rend possible l’exposition de la Cinémathèque qui lui rend aujourd’hui hommage (le texte de Karine Mauduit revient notamment sur l’obsession « archiviste » de Truffaut).

Puis le lecteur suit l’itinéraire de Truffaut, de l’enfance jusqu’aux passions amoureuses qu’il a immortalisées sur l’écran, en passant par sa période critique, la Nouvelle vague, et le personnage d’Antoine Doinel, le tout de manière principalement iconographique.

Pour les témoignages, l’ouvrage est organisé de manière à restituer la fabrication d’un film / des films de Truffaut : l’écriture, d’abord, avec ses scénaristes (Jean Gruault et Claude de Givray) et un article de Carole Le Berre revenant sur le travail écrit préparatoire à chaque film.

nuit américaine

Puis vient le tournage, avec Pierre-William Glenn, directeur de la photographie, et Jean-François Stévenin, qui fut d’abord stagiaire, puis second assistant, avant de devenir acteur.

Après le tournage, le montage du film, avec Martine Barraqué et Yann Dedet, monteurs de Truffaut, et la musique, avec un bel article qui fait la rétrospective de l’utilisation de la musique – celle de Delerue, celle de Herrmann, celle de Duhamel, celle de Jaubert – dans les films de Truffaut, rétrospective orchestrée par François Porcile.

Enfin on en arrive à la promotion du film, avec le témoignage de Jean-Louis Livi, ancien agent de Truffaut, et de Martine Marignac, son ancienne attachée de presse.

entretiens hitch truffaut

Mais ce qui reste, pour moi, le plus émouvant, ce sont les deux derniers textes de ce catalogue. Le premier, dédié à Madeleine Morgenstern, se consacre à « L’amie américaine » de Truffaut, Helen Scott, et permet d’en apprendre plus sur cette personnalité fascinante, qui a participé à la naissance des entretiens Hitchcock / Truffaut et à la reconnaissance du cinéma français de la Nouvelle vague aux États-Unis. Sont retranscrits certaines des lettres échangées avec Truffaut, pleines d’humour et de tendresse.

Le second texte est celui de Jérôme Tonnerre, auteur du Petit voisin, ouvrage que j’ai déjà évoqué précédemment. « Fatalement dimanche », texte intriguant, où l’émotion affleure à chaque mot et déconcerte tout autant qu’elle bouleverse, entraîne le lecteur à imaginer un Truffaut toujours vivant qui aurait continué à réaliser des films…

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Curieux texte d’un cinéfils qui n’a jamais voulu accepter, à la manière de Julien Davenne dans La Chambre verte, la disparition il y a trente ans de François Truffaut. Et finalement, pourquoi curieux ? N’est-ce pas plutôt l’évidence même, puisque nous non plus, tous ceux qui aiment Truffaut et son cinéma, nous ne l’acceptons pas.

Que nous l’ayons connu ou non ne change rien, ne le dit-il pas lui-même dans cette même Chambre verte ? « Nos morts peuvent continuer à vivre ». Il en est le plus bel exemple.

Les femmes, le spectacle, le cinéma… 3 films

Voici pour finir ce cycle Truffaut, trois films (qui comptent parmi mes préférés), trois films qui célèbrent, de quelque manière que ce soit, l’amour sous toutes ses formes : l’amour des femmes, l’amour d’une femme qui hésite entre deux hommes, et l’amour du cinéma.

  • L’Homme qui aimait les femmes (1977). L’un des alter-ego de Truffaut, magistralement interprété par Charles Denner. Le film raconte l’obsession répétée et croissante d’un homme pour les jambes des femmes, et perpétuellement lancé à leur poursuite. Mes scènes préférées : toutes les scènes de son enfance, les retrouvailles émouvantes avec Leslie Caron, et toute la fabrication de son livre, secondée par Brigitte Fossey.
  • Le Dernier métro (1980). Film récompensé par 10 Césars. Sous l’Occupation, Marion Steiner (Catherine Deneuve) est prête à tout pour faire vivre son théâtre, le Théâtre Montmartre et sauver son mari, juif allemand dissimulé dans la cave, sous la scène. Elle décide d’engager Bernard Granger (Gérard Depardieu), pour le premier rôle de la pièce préparée par la troupe, « La Disparue ».
  • La Nuit américaine (1973). J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce film dans un précédent article, et à de nombreuses reprises sur ce blog. Un film magnifique dédié à l’amour du cinéma, et qui reste, indubitablement, mon préféré de François Truffaut. C’est donc sur les images de La Nuit américaine que se referme ce cycle.

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