cinephiledoc

Blog pour cinéphiles et profs docs

Étiquette : François Truffaut (Page 2 sur 9)

Le temps suspendu d’une leçon de cinéma

Pour ce dernier compte-rendu avant la pause estivale, j’ai hésité entre deux ouvrages publiés à quelques mois d’intervalles et étant portés tous deux par la même direction et la même voix.

Il s’agit de La Leçon de cinéma, publiée chez Denoël en octobre 2021 et de  Correspondance avec des écrivains : 1948-1984, publiée en mars 2022 chez Gallimard.

Les deux ouvrages sont dirigés par Bernard Bastide, et les deux font entendre la voix de François Truffaut.

Vous savez déjà rien qu’en lisant le titre sur lequel des deux mon choix s’est arrêté, mais je vais profiter de ces premières lignes pour évoquer rapidement cette correspondance.

2004-2022 : histoire d’une bibliothèque

J’ai déjà eu l’occasion d’y revenir régulièrement (j’ai même l’impression d’en parler et d’en reparler continuellement, comme si je cherchais à chaque fois à en redessiner les contours) : les étagères de ma bibliothèque s’enrichissent souvent d’ouvrages sur François Truffaut.

Si j’arrive généralement à me raisonner pour d’autres sujets (« non ce livre est magnifique mais il est trop imposant, non tu as déjà tel ouvrage sur la question »), si ma liseuse m’aide à contrôler l’achat de fictions, et si les nouveaux venus sont la plupart du temps des cadeaux de proches, je cède presqu’immanquablement à la tentation lorsqu’il s’agit de livres consacrés à mon cinéaste de prédilection.

Cette collectionnite a été amorcée en 2004, j’avais à peine découvert Truffaut – la découverte devait remonter à un ou deux ans tout au plus – et plusieurs livres avaient été publiés à l’occasion des vingt ans de sa disparition : le Dictionnaire Truffaut d’Arnaud Guigue et Antoine de Baecque, François Truffaut au travail, de Carole Le Berre, ou encore Truffaut par Truffaut, de Dominique Rabourdin.

Contrairement aux autres étagères de ma bibliothèque, je ne me suis cependant pas contentée des nouvelles publications, puisqu’assez rapidement, l’ouvrage sur lequel j’avais voulu absolument mettre la main était la Correspondance de Truffaut, qui était alors épuisée, puisque parue en 1988.

Je l’ai finalement trouvée après l’avoir commandée sur un site de livres d’occasion, un exemplaire toujours recouvert aujourd’hui d’une sorte de papier crépon destiné à le protéger, et que je n’ai jamais osé retirer…

Lorsque je suis arrivée dans le lycée où je suis actuellement en poste, j’ai eu la surprise de retrouver cette correspondance dans le rayon Cinéma, et si je parviens à retirer du fonds la plupart des ouvrages que les élèves ne consultent pas, je ne m’y résous pas pour celui-ci. Si je saute le pas à l’avenir, ce sera certainement pour récupérer un deuxième exemplaire de cette correspondance.

Au fil des années, les livres de / sur Truffaut sont venus garnir ma bibliothèque, jusqu’à cette Correspondance avec des écrivains : 1948-1984 parue il y a trois mois.

Du monologue au dialogue

La spécificité de la correspondance publiée en 1988, c’est qu’elle ne contient que les lettres de Truffaut, environ 500 – ce qui est déjà quelque chose.

Comme le rappelle Bernard Bastide dans la préface de la Correspondance avec des écrivains : 1948-1984 publiée en mars 2022, et ce dès les premières lignes, « Cent vint-deux boîtes d’archives, plus de vingt mètres linéaires, plusieurs milliers de lettres envoyées ou reçues », Truffaut était un épistolier frénétique.

Cette fois-ci, sur près de 500 pages, et malgré les aléas d’expéditeurs ou de destinataires manquants, les différentes voix se font entendre : ce sont celle de Truffaut, évidemment, auxquelles répondent celles de Cocteau, de Jean Genet, de Jacques Audiberti.

Le lecteur cinéphile suit ces échanges au fil de la filmographie de Truffaut : il sait que la correspondance avec Henri-Pierre Roché le mène à Jules et Jim, que celle avec Ray Bradbury conduira à l’adaptation de Fahrenheit 451, et que les lettres échangées avec Jean Hugo mèneront à L’Histoire d’Adèle H.

Petite parenthèse à propos d’Adèle Hugo – et de son père si encombrant – la mention « Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation d’entreprise La Poste » m’a fait sourire, et, par le cheminement des associations d’idées, m’a rappelé ce petit coffret publié en 2001 :

J’ai pensé aussi à toutes ces lettres échangées et envoyées dans les films de Truffaut, en particulier les pneumatiques de Baisers volés, et cette lettre de la mère de Bertrand Morane dans L’Homme qui aimait les femmes :

Mon amour… Je ne comprends rien à tes silences… je n’ai reçu aucune lettre de toi depuis deux semaines et je me demande si mes lettres te parviennent… Décidément les mystères de la poste sont insondables…

La petite particularité de la correspondance entre Juliette Drouet et Victor Hugo était que le coffret contenant deux livres séparait distinctement les deux épistoliers, ce que j’ai toujours regretté.

Encore une fois, dans cette Correspondance avec des écrivains, les échanges qui ont pu être retrouvés ne sont séparés parfois que par une autre lettre qui s’intercale dans la chronologie des envois et du courrier reçu.

Discussions sur le cinéma

La dernière lettre figurant dans cette correspondance est datée de janvier 1984, et elle laisse le cinéphile sur une note songeuse teintée d’émotion.

Cette émotion, il la trouve inchangée dans sa lecture de La Leçon de cinéma, publiée en octobre 2021 chez Denoël, toujours sous la direction de Bernard Bastide.

Faisons un petit détour justement par la quatrième de couverture et par la préface de Bernard Bastide.

Pour la première :

En 1981, François Truffaut, l’ancien fougueux critique de cinéma, fait l’autocritique de ses propres films.
En s’appuyant sur des scènes et des anecdotes de tournage, Truffaut revisite, avec émotion et franchise, sa carrière, des Mistons (1959) à La Femme d’à côté (1981).

Lorsque l’on se plonge dans la préface de Bernard Bastide, on comprend la genèse de cette leçon de cinéma : une première proposition de Jean Collet, en 1977, de publier un livre d’entretiens sur le modèle de l’auguste parent publié pour la première fois en 1966, Hitchcock / Truffaut, et complété en 1980. Proposition déclinée.

Puis une deuxième proposition en 1980 : une série d’émissions télévisées, La Leçon de cinéma. L’émission réalisée avec François Truffaut en 1981 sera la seule à être diffusée, et ce seulement en mai 1983, soit seulement un an avant le décès de Truffaut.

Comme l’indique Bernard Bastide, cette émission n’a jamais été rediffusée ni même éditée sur support vidéo. Elle a cependant été métamorphosée une première fois en livre, dans une édition allemande, sous le titre Monsieur Truffaut, wie haben Sie das gemach ?, ce qui reprend le titre allemand du Hitchcock / Truffaut, Mr Hitchcock, wie haben Sie das gemach ?, à laquelle s’ajoute une édition de poche parue en 1993.

Quarante ans après le tournage de cette émission, le cinéphile a donc entre les mains la transcription d’une émission télévisée qu’il (re)verra peut-être un jour ?

À défaut de cette émission introuvable, s’il veut écouter et voir François Truffaut parler de cinéma, il lui faudra farfouiller sur les plateformes de vidéos en ligne, pour glaner des « rencontres » en 1972 dans les archives de Radio Canada, un entretien du réalisateur avec Christian Defaye dans les archives de la Radio Télévision Suisse (1975), ou encore la fameuse émission Apostrophes diffusée en avril 1984 :

Temps suspendu

Écouter ces émissions, c’est avoir en tête la voix de Truffaut, que l’on retrouve donc dans ce magnifique ouvrage qu’est La Leçon de cinéma.

Si l’on a continuellement en tête la comparaison avec le Hitchbook, ce n’est pas seulement par la forme du texte, sous forme d’entretiens – quoique les questions sont généralement plus concise que celles que posait parfois Truffaut à Hitchcock – c’est aussi par l’aspect chronologique.

Sans l’entendre, on sent cette voix, tantôt peut-être hésitante, tantôt précipitée.

Pour chacun des films, les auteurs de l’entretien (Jean Collet, Jérôme Prieur et José Maria Berzosa, qui réalise l’émission) ont choisi une ou deux scènes qu’ils font visionner à Truffaut… s’ensuivent questions et réactions fidèlement rapportées.

J’ai aimé cet extrait, suite au visionnage d’une scène de Tirez sur le pianiste ! 

Tout au long d’un tournage, les acteurs souffrent parce que toutes les scènes, les unes après les autres, vont leur offrir des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas. Un acteur a répété sa scène, il la sent bien, il a les jambes écartées, bien plantées dans le sol et il est sûr de lui. Tout d’un coup, le metteur en scène va le faire jouer coincé derrière un bar, tout tassé, avec des types qui passent devant lui. Il y a toujours un élément qui fait que rien ne se passe comme prévu. C’est une souffrance que l’acteur doit sans cesse s’efforcer de surmonter.

Chaque scène suscite son lot de souvenirs et d’associations d’idées : pour Fahrenheit 451, on se remémore la scène de la vieille dame qui se sacrifie pour ses livres ; pour Baisers volés, cet échange de regards fabuleux entre Antoine Doinel et Fabienne Tabard…

« Vous aimez la musique, Antoine ? – Oui, monsieur. »

… une scène que j’ai toujours trouvée aussi irréaliste que touchante, avec ce lapsus que ne peuvent comprendre que les grands timides troublés par une apparition – ici incarnée par Delphine Seyrig.

Pour les quelques pages consacrées à La Nuit américaine, on retrouve Truffaut en voix off, dans une curieuse mise en abîme :

Un tournage de film, ça ressemble exactement au trajet d’une diligence au Far-West (…) Qu’est-ce qu’un metteur en scène ? Un metteur en scène, c’est quelqu’un à qui on pose sans arrêt des questions. Des questions à propos de tout. Quelquefois, il a les réponses, mais pas toujours.

Lorsque l’émission est enregistrée, François Truffaut vient de finir le tournage de La Femme d’à côté, qui constitue donc l’avant-dernier chapitre de l’ouvrage.

Le film y est abordé brièvement, puis suivent quelques questions plus générales sur le métier de cinéaste : quand avez-vous décidé de faire des films, comment travaillez-vous, l’écriture du scénario, le tournage en studio, les films en couleurs et les films en noir et blanc, la relation au public…

Évidemment, le cinéphile sait qu’il reste un film à tourner, Vivement dimanche !, et le temps se suspend à cette dernière phrase de l’entretien :

J’ai, en revanche, l’impression d’être aujourd’hui plus audacieux, de dévoiler des choses qu’il y a encore dix ans je n’aurais pas osé montrer…

Et pour « achever la figure » (expression que le fidèle associe immédiatement à La Chambre verte), le lecteur retournera immédiatement à l’essentiel, et se replongera, à nouveau, inlassablement, dans le cinéma de François Truffaut.

Le passant, le cinéphile, le passeur

Cela devient une habitude – tenace ? il faudra encore quelque temps pour le déterminer – finir les lectures cinéphiles de l’année par des retrouvailles avec François Truffaut.

Déjà l’année dernière, j’avais terminé ces lectures, avant le traditionnel palmarès de décembre, par L’Amie américaine de Serge Toubiana, qui m’avait énormément émue.

Cette année, après avoir établi ma petite liste de fin d’année, j’ai hésité entre une biographie et l’ouvrage sur lequel je vais revenir dans un instant.

Hésité, pourquoi ?

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage

Après un mois de septembre consacré à Claude Sautet et Romy Schneider, un mois d’octobre sur l’univers de Christopher Nolan, il me restait à la fin du mois d’octobre quatre livres à découvrir sur ma pile de lecture (je viens mentalement d’en ajouter un cinquième).

D’ordinaire, je les classe par date de parution, pour pouvoir les approcher dans un certain ordre chronologique, et j’essaye d’alterner plus ou moins harmonieusement les thématiques.

C’est pourquoi j’avais d’emblée évacué l’idée de parler de Truffaut directement après Sautet, ce que de toute façon je n’aurais pas fait, puisque l’ouvrage sur Nolan se plaçait très justement entre l’évocation du Paris de Claude Sautet, le très beau livre de Sarah Biasini et le témoignage sur François Truffaut.

Et il semblerait qu’inconsciemment, ce petit rituel ou cette forme d’hommage indirect s’installe dans mes habitudes : en octobre, je lis Truffaut, je regarde Truffaut et je pense Truffaut.

Allons-y donc pour cette dernière lecture (ou plutôt ces dernières lectures) de 2021.

Une histoire de titre

Il m’arrive de temps à autres de noter dans une rubrique dédiée de mon bullet journal les livres sur le cinéma qui me font envie.

Je les sépare de ma liste de lecture habituelle, qui est beaucoup plus conséquente, où j’inscris scrupuleusement les conseils de ma marraine, des amis, des copains copines profs docs, les autres idées glanées ici ou là…

Dans cette rubrique pour cette année je n’ai noté que quelques mots :

  • été 2021 : coups de coeur lectures
  • Livre Christopher Nolan
  • Claude Sautet à Paris
  • Livre Sarah Biasini
  • Les Orphelins de Truffaut

Ma prise de notes est cette fois loin d’être scrupuleuse, il s’agit juste d’un aide-mémoire à la va-vite : il manque les titres, parfois les auteurs, toujours les éditeurs.

Et ce fameux ouvrage désigné par « Les Orphelins de Truffaut », j’en ai écorché le titre, l’ayant récupéré là encore précipitamment depuis mes alertes reçues par mail et depuis un article qui revenait sur sa publication.

Il s’agit des Orphelins de François, de Bernard Gheur.

Trouver le livre

Que Bernard Gheur m’excuse de cette distraction, qui n’est pas éloignée de celle par laquelle j’avais désigné le livre de Sarah Biasini, l’appelant « Toute la beauté du ciel », et associant dans ma tête le témoignage de La Beauté du ciel et le roman de Mélissa Da Costa lu quelques mois plus tôt, Tout le bleu du ciel

Parfois dans ma tête les titres se mélangent ainsi, et forment de curieuses associations d’idées. Pour le livre de Bernard Gheur, c’est plus terre à terre : j’avais entendu parlé d’un livre sur Truffaut, intitulé Les Orphelins de… et j’ai complété avec ce qui me semblait le plus évident.

Le titre exact en était Les Orphelins de François : récit de vie. Il a été publié en février 2021 aux éditions Weyrich, une maison d’édition située à Neufchâteau.

Ce qui m’a confortée dans l’envie de lire ce livre, outre sa proximité apparente avec le témoignage de Jérôme Tonnerre dans Le Petit voisin – l’un de mes ouvrages préférés sur Truffaut – c’est que je ne suis pas parvenue à le commander en ligne en format papier (ou du moins difficilement), et que je me suis rabattue en grognant un peu (beaucoup) sur le format e-book.

Ce n’est pas que je suis réfractaire à ce second format. J’ai une liseuse que j’utilise très régulièrement, surtout dans les transports en commun, et ce n’est pas la première fois que je me sers d’elle pour mes lectures cinéphiles.

Mais pour les ouvrages sur Truffaut, j’aime reprendre le livre, le feuilleter à nouveau quand j’en parle, mettre des post-it aux endroits qui m’ont marquée, pouvoir le citer à volonté, ce qui me semble moins pratique, moins instinctif, avec le format e-book. J’en suis quitte pour me fier à ma mémoire, et à la quatrième de couverture.

Passants, orphelins, passeurs

Cette quatrième de couverture, la voici, telle qu’elle est proposée sur le site Decitre entre autres :

Le 24 octobre 1984, au cimetière de Montmartre, Claude de Givray prononce l’éloge funèbre de son ami François Truffaut.
« Si François n’était pas né, s’il n’avait pas été cinéaste… »
Et moi, que serais-je devenu si François Truffaut n’avait pas existé ?
À 16 ans, je n’aurais pas parcouru les rues de Liège une caméra à la main, ni fait la sortie des écoles de filles, en quête de jolies actrices.
À 17 ans, je n’aurais pas pris le rapide Moscou-Paris de 00h10, aux Guillemins, pour découvrir un film en exclusivité, remonter les Champs-Elysées, sonner à certaines portes.
À 20 ans, sans sa lettre merveilleuse, sur papier pelure, postée à Paris, je ne me serais pas jeté dans l’écriture d’un roman.
Et, à 39 ans, quittant mon journal un dimanche soir d’octobre, après le bouclage de la dernière édition, je ne me serais pas mis à pleurer comme un enfant perdu…

C’est une très belle quatrième de couverture, et si j’avais eu le livre entre les mains, en le retournant et en la découvrant, j’aurais d’autant plus eu envie de le lire.

Mais elle ne rend pas justice selon moi au tout début du livre, à la façon si délicate et élégante avec laquelle l’auteur commence le voyage, où s’entrecroisent sa vie et l’empreinte à la fois fugitive et incontournable de François Truffaut.

Qu’il me soit autorisé de vous la faire connaître via une grossière capture d’écran :

J’ai lu ces premières lignes, qui m’ont donné l’impression d’être aux côtés d’Orson Welles et de Joseph Cotten dans Citizen Kane. Je croyais entendre les rotatives du journal, l’effervescence un temps suspendue de la salle de rédaction…

Oui, Elvis, et alors ? Un peu plus loin (et sept ans plus tard), nous sommes à nouveau dans une salle de rédaction, le 21 octobre 1984, et il est 20h02. Bernard Gheur doit écrire les deux articles que son journal, La Meuse, consacrera à François Truffaut : une biographie et un témoignage personnel de ses relations, principalement épistolaires, avec le cinéaste.

C’est ce témoignage, ce « récit de vie », qu’il partage avec le lecteur.

Suivant ses pas d’enfant puis d’adolescent liégeois, on scrute avec émotion son triple visionnage de Tirez sur le pianiste, ses souvenirs du film perdu d’un festival de Cannes où se découpait la silhouette familière de Truffaut (costume bleu et cravate rouge), on assiste, bien sûr, à cet éloge de Claude de Givray, mais surtout, on recueille ses échanges précieux avec Madeleine Morgenstern, dans son appartement de la Muette.

Ces échanges et ces impressions, il serait vain de vouloir en faire l’inventaire ici. Ils sont trop variés pour qu’on en sélectionne un parmi tous les autres, et cependant ils ont tous comme traits communs l’émotion, le sourire et la pudeur.

J’ai lu le livre de Bernard Gheur à la faveur d’un trajet sur Paris, j’avançais dans ma lecture, qui faisait remonter plusieurs souvenirs :

  • une rencontre à la Cinémathèque avec Madeleine Morgenstern (favorisée à l’époque par Serge Toubiana),
  • des échanges toujours riches quoiqu’irréguliers avec Laura (ma méconnaissance de la géographie me fait m’inquiéter pour elle à chaque incendie californien),
  • et la bibliothèque surchargée du bureau de Jean Gruault…

Comme à chaque lecture consacrée à François Truffaut, je me retrouve dans la même posture que Thierry Jousse, merveilleux concepteur de Blow Up Arte, lorsqu’il visionne un film pour nous en quelques minutes, la partie Zapping de Blow Up…

Je n’ai pas retrouvé de films de Truffaut ayant fait l’objet d’une telle opération, aussi vais-je mettre pour l’exemple celui de La Mort aux trousses :

Mon trajet sur Paris m’a donc conduite jusqu’à Saint-Lazare, ma liseuse dans mon sac, avec pour projet d’aller fureter du côté des Batignolles, et plus précisément dans la librairie Bulles en tête.

Je suis descendue place de Rome, avec les derniers mots d’un chapitre des Orphelins de François en tête, je me suis dit que ce serait bien de descendre la rue de Rome sur la musique des Quatre cents coups (pour changer de Montmartre),

j’ai eu envie de revoir Antoine Doinel courir le long de la mer avant un regard caméra,

de revoir une ouvreuse de cinéma guider le spectateur en retard pour la séance avec une lampe dont la lumière glisse sur ses jambes,

de faire claquer sur des pavés une paire de bottines que j’ai trop portées, et qui me donne l’impression d’être Fanny Ardant dans Vivement dimanche !, avant de me souvenir que je ne sais pas marcher avec des talons, que j’ai beaucoup moins de robes dans mes armoires et de toute façon, beaucoup moins d’élégance que Barbara,

de réentendre quelques-unes des répliques de Vivement dimanche ! dont justement « Écoutez Barbara, je suis dans l’embarras », « Je me gratte l’oreille parce que ça m’aide à réfléchir »,

de revoir un chat laper du lait dans La Nuit américaine – mais pas seulement –

d’écouter la voix de Véronique Silver « au fond je me retrouve comme Edith Piaf, rien de rien, je ne regrette rien »

avant de reprendre le métro, je suis passée à la FNAC Saint-Lazare, pour acheter un autre livre : François Truffaut film par film, de Laurent Delmas et Christine Masson.

Bref, j’ai lu Les Orphelins de François, de Bernard Gheur… et ben c’était vachement bien.

BD et cinéma (épisode 2)

Pourquoi « épisode 2 » ? J’avais déjà consacré il y a un petit moment un article à une bande-dessinée qui évoquait le cinéma : La Parole du muet.

En effet, les rencontres entre septième et neuvième arts, si elles restent relativement rares, n’en demeurent pas moins fascinantes. Et encore, relativement rares… seulement d’un côté : disons que chacun de ces deux arts a tendance à observer l’autre.

Bandes-dessinées et story-boards

La bande-dessinée emprunte au cinéma l’idée de scénario et de mouvements, ce dynamisme et cette énergie qui font passer d’une case à l’autre sans que le lecteur s’en rende compte.

Le cinéma emprunte à la bande-dessinée le story-board, qui permet de planifier l’ensemble des plans qui constitueront le film.

Je renvoie les intéressés à l’exposition en ligne de la Cinémathèque française consacrée au story-board.

Storyboard de Psychose, la scène de la douche, réalisé par Saul Bass, également auteur du générique

Voici en outre quelques petites pépites glanées dans mes recherches :

Si j’avais déjà évoqué BD et cinéma, il ne me semble pas avoir déjà parlé de storyboard, mais ce n’est cependant pas le sujet de cet article…

Reprenons : les BD empruntent au cinéma le mouvement, le cinéma emprunte à la bande-dessinée le découpage.

En revanche, si l’on retrouve un certain nombre d’adaptations (plus ou moins heureuses) de bandes-dessinées au cinéma, le cinéma est, à ma connaissance, encore relativement peu abordé dans la bande-dessinée.

Hormis les références proposées par le génial Gotlib dans ses Dingodossiers et autres albums, la première fois que j’ai pu lire un scénario de bande-dessinée consacrée au septième art, c’était avec cette fameuse Parole du muet que j’évoquais plus haut.

La collection 9 ½ de Glénat

Et puis j’ai vu apparaître cette collection chez Glénat : la collection 9 ½.

Sur le site de l’éditeur, elle est décrite comme suit :

Collection de romans graphiques consacrée aux grandes figures du cinéma : réalisateurs et acteurs. Co-dirigée par Noël Simsolo, éminent spécialiste du cinéma et auteur d’ouvrages de référence sur le sujet, cette collection offre à la fois un panorama large de l’histoire du cinéma aux lecteurs et une totale liberté de création aux auteurs qui y participent, puisque la pagination et le traitement graphique des ouvrages sont libres.

Les deux premiers ouvrages publiés n’ont pas vraiment retenu mon attention : il s’agissait d’albums sur Sergio Leone puis sur Lino Ventura.

Le troisième, consacré à Hitchcock, m’a presque tentée. Je me souviens l’avoir feuilleté, hésitant à l’acheter. J’avoue que c’est le style du dessin qui m’a freinée.

Quand je lis une bande-dessinée, hormis les « madeleines » de l’enfance que sont les classiques franco-belges (Astérix, Tintin, Lucky-Luke, Gaston Lagaffe, Blake et Mortimer…), j’ai besoin d’être attirée par le travail du dessinateur.

Pour Hitchcock, si le choix du noir et blanc m’avait séduite, il n’y avait pas eu de déclic supplémentaire  qui m’aurait convaincue. Cependant, j’avais constaté qu’enfin, une collection de bandes-dessinées (ou de romans graphiques si vous préférez) se consacrait exclusivement au septième art, co-dirigée par Noël Simsolo.

Le nom me disait quelque chose, je décidais d’aller à la pêche aux informations :

Né en 1944, le curriculum-vitae du monsieur est assez impressionnant. Critique cinématographique, scénariste de bande-dessinée (justement), auteur d’essais. C’est là que je le retrouve, notamment auteur d’un ouvrage sur Clint Eastwood paru aux éditions des Cahiers du cinéma, et d’un Dictionnaire de la Nouvelle vague publié en 2013 chez Flammarion.

Metteur en scène de théâtre (et acteur), intervenant à la radio (et producteur), également auteur de romans (avec une prédilection pour le polar), acteur pour le cinéma et la télévision, réalisateur et scénariste, bref Noël Simsolo est une espèce de touche-à-tout hyperactif.

De quoi susciter mon intérêt.

Et voilà qu’en août 2020, visitant l’exposition Louis de Funès à la Cinémathèque française, je tombe à la librairie devant le dernier ouvrage publié dans la collection 9 ½ de Glénat.

François Truffaut : personnage de bande-dessinée ?

Après Sergio Leone, Lino Ventura et Hitchcock, c’est à François Truffaut que cette collection avait décidé de consacrer un album.

Je guette régulièrement les ouvrages – fictions ou documentaires – qui décident d’aborder la vie ou l’oeuvre de François Truffaut, le dernier d’entre eux ayant fait l’objet d’un article sur ce site était L’Amie américaine de Serge Toubiana, qui reste l’un de mes meilleurs souvenirs de lecture pour l’année 2020.

En tenant entre les mains l’album publié chez Glénat, en le tournant et le retournant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être quelque peu réticente. Néanmoins, ma collectionnite aiguë a eu le dernier mot, et je suis ressortie de la Cinémathèque avec le François Truffaut, signé Simsolo pour le scénario et Marek pour le dessin et paru le 19 août 2020.

Un mot tout d’abord sur la couverture : elle est assez synthétique et a le mérite de faire apparaître trois éléments significatifs du cinéma de Truffaut : déjà Truffaut lui-même (au second plan), les jambes des femmes (au premier) et une Tour Eiffel en arrière-plan.

Le cinéphile averti reconnaîtra ces trois éléments et saluera le pouvoir évocateur de cette couverture. Et ensuite ?

Eh bien j’avoue n’avoir été convaincue ni par le dessin ni par le scénario.

Rendez-vous manqué

Laissons de côté le dessin, qui est une affaire beaucoup trop subjective : on accroche ou non à un style, à un trait, au travail d’un dessinateur. Je ne remets absolument pas en question la qualité du travail de Marek, simplement je n’ai pas eu de coup de coeur pour son dessin.

Concernant le scénario, qu’est-ce qui m’a interpellé ?

L’ouvrage s’ouvre sur la fameuse cérémonie des Césars du 31 janvier 1981, un triomphe pour Truffaut, qui avait tout raflé pour son film Le Dernier métro : dix Césars, record toujours inégalé :

Fin de la cérémonie, Truffaut prend un taxi et demande au chauffeur de l’amener à la Tour Eiffel. Puis, flash-back en 1941, pendant l’Occupation et l’enfance de Truffaut.

Au fil des pages, le scénario multiplie les allers-retours entre l’enfance et la jeunesse de Truffaut, et la suite de sa carrière.

Autant le dire : pour quelqu’un pour qui la filmographie de Truffaut et sa carrière, justement, n’ont pas de secret, et qui s’est intéressé de près à sa vie, c’est déjà compliqué de suivre ces allers-retours.

Qu’importe, on suit, on se concentre sur l’évocation des différents personnages qui ont croisé sa route, on parvient vaille que vaille à raccrocher tel événement à telle année. On ressort de la lecture de l’album avec une synthèse très rapide (trop rapide ?) de la vie et de l’oeuvre du cinéaste.

Mais le néophyte ? Celui pour qui cette bande-dessinée est la première confrontation au cinéma de Truffaut. Vous me direz, il doit être rare. L’amateur de bande-dessinée ne va peut-être pas spontanément choisir une BD consacrée à un réalisateur qu’il ne connaît pas sur le bout des doigts sans se documenter un minimum en amont.

C’est pourtant cette impression qui a prédominé après ma lecture. Je me suis demandé ce que conserverait de cette lecture quelqu’un qui n’aurait pas la même connaissance que moi de l’univers de Truffaut. Ma réponse était malheureusement : pas grand chose.

La BD conviendra aux aficionados de Truffaut, et encore. Si l’on avait voulu dépasser ce cercle, on aurait éventuellement accompagné la filmographie, présente en fin d’ouvrage, d’une petite chronologie explicative à laquelle le lecteur aurait pu se référer…

Ce n’est cependant que mon impression, je vous laisse sur le site de Glénat découvrir les premières pages, et si le coeur vous en dit, vous faire votre propre opinion.

Du coq à l’âne (ou presque)

Refermant cette bande-dessinée et essayant de me plonger dans autre chose, j’ai attrapé l’un des ouvrages qui se trouvait sur ma pile de lectures.

Ouvrage n’est pas tout à fait le terme exact. Il s’agissait d’un numéro de la revue Schnock qui m’avait été envoyé par les éditions La Tengo.

La Tengo fait partie de ces maisons d’éditions que j’essaye de surveiller lorsque je suis en panne d’inspiration pour mes articles cinéphiles, et qui publie à intervalles réguliers certaines œuvres de Philippe Lombard.

J’ai découvert La Tengo avec Ça tourne mal ! et c’est avec cette lecture que j’ai fait le rapprochement avec Schnock, que je croisais déjà fréquemment en librairie, assez amusée par les couvertures et toujours à deux doigts d’être tentée de prendre un abonnement.

Quel rapport avec la BD ? Il est assez éloigné, je l’avoue. Je profite juste de cette occasion pour toucher deux mots de cet OVNI.

Donc Schnock, c’est une revue de cinéma/chanson/télévision/bande-dessinée. Une espèce de pot pourri assez jouissif (et jouisseur) qui a pour slogan « La revue des vieux de 27 à 87 ans ».

Avant de recevoir ce numéro 33 qui est en grande partie consacré à Lino Ventura (mais pas que), j’avais vu passer en librairie le numéro sur Jean-Pierre Marielle, celui sur Gainsbourg, et celui sur Depardieu.

J’ai depuis farfouillé pour comprendre un peu plus ce drôle de phénomène, et je suis tombée sur un article des Inrocks :

Fondée en mai 2011, la revue éditée par les éditions La Tengo bénéficie d’un accueil favorable, et rassemble plus de 10 000 lecteurs par numéro, un joli score pour un nouvel arrivant dans une économie de l’édition touchée par la crise. Comme un pied de nez à notre société bienséante, après Coluche, Jean Yanne et Serge Gainsbourg, le trimestriel Schnock affichait pour son douzième numéro l’humoriste Pierre Desproges en couverture. Un carton ! Quelques milliers d’exemplaires supplémentaires ont été réimprimés pour l’occasion…

Depuis son premier numéro sur Jean-Pierre Marielle publié en 2011, la revue est publiée dans son format mook (entre le livre et le magazine) quatre fois par an, chaque numéro coûtant une quinzaine d’euros. Le dernier en date de mars 2021 est consacré à Henri Salvador.

Dans mon fameux numéro 33, avec sa couverture tonton flingueur et ses articles illustrés qui, pour le coup, m’ont bien fait penser à un format BD, j’ai trouvé un panorama des publicités de cigarettes – bien après que Bogart les surnomme les clous du cercueil, mais bien avant les campagnes anti-tabac – un dico Schnock de Lino Ventura (bien chouette), des tops, des interviews, Yves Simon, Marcel Bluwal, Popeck… bref un vrai bain de nostalgie qui m’a donné la banane pour un petit moment.

Et une autre bande-dessinée sur le cinéma ? Et bien ça attendra !

2020 : Palmarès de lecture

Comme pour l’année dernière, je publie ce palmarès au mois de décembre, afin de pouvoir, à nouveau, en janvier, faire un petit article sur le Bullet Journal.

Cela me permettra aussi de vous donner quelques idées de cadeaux de Noël, si vous souhaitez glisser sous le sapin l’un ou l’autre des ouvrages sympathiques dont j’ai pu vous parler cette année.

Je n’ose pas indiquer ici depuis combien de temps ce palmarès est prêt, mais si je vous dis – et j’aurai l’occasion de le redire au mois de janvier – que le confinement m’a permis d’avancer plus vite dans mes lectures et l’écriture de mes articles, et que le bullet journal a modifié et amélioré mon organisation, vous en aurez une petite idée.

Lectures cinéphiles et écriture d’articles

Je profite d’ailleurs de ce palmarès pour revenir sur la façon dont je procède lorsque je choisis un livre et lorsque je décide d’en faire un article sur ce blog.

J’ai déjà indiqué plusieurs fois comment je m’y prends pour choisir une lecture, à quels éditeurs je m’intéresse, comment je repère un roman sur le cinéma, et quel type d’ouvrage va titiller ma curiosité.

C’est plus le rythme de lecture et l’organisation que je vais présenter ici, un rythme et une organisation qui se sont peu à peu modifiés.

Si je considère les choses en année scolaire, comme j’ai professionnellement l’habitude de le faire, disons que :

  • de septembre à novembre de l’année en cours Y, je vais proposer des articles sur des livres parus de l’année précédente X
  • de janvier à juin de la nouvelle année Z, je vais proposer des lectures publiées là encore durant l’année X mais aussi commencer à faire des articles sur des livres de l’année Y
  • en juillet – août, je fais des hors-séries, et je ne me préoccupe pas des dates de parution des livres
  • de septembre à novembre de l’année Z, je propose cette fois-ci des livres sortis en année Y

Concrètement pour 2020-2021 voilà ce que ça donne si je démarre à février 2020 :

  • février – juin 2020 : il s’agissait de livres sortis en 2019
  • juillet – août 2020 : des lectures indispensables, donc sans que la date de parution importe
  • septembre – novembre 2020 : livres sortis en février et mars 2020
  • février – juin 2021 : je n’ai pas encore de visibilité, mais pour février et mars 2021, il s’agira de livres sortis là encore début 2020

Cette organisation, optimisée par le Bullet Journal, me permet, de temps à autre, de prendre un peu d’avance et de pouvoir préparer les articles bien en amont de leur publication.

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Pour 2020, mes lectures ont commencé en décembre 2019 et se sont achevées avant les vacances d’été. J’ai lu considérablement cette année, je lis désormais beaucoup plus qu’il y a quelques années, mais ce ne sont pas exclusivement des lectures sur le cinéma.

Entre 2012 et 2018, j’ai eu un passage à vide, et je ne me consacrais pratiquement plus qu’à ces lectures cinéphiles. C’était le comble pour une profdoc – et une ancienne littéraire, avec un master en littérature française – je n’arrivais plus à lire.

Ce qui m’a redonné envie de lire, c’est ma marraine, lectrice chevronnée et curieuse de tout, ancienne prof de maths et bénévole en médiathèque, qui ne cessait de me parler de ses lectures, et avec qui j’ai commencé à échanger des livres par voie postale. Échanger avec elle est toujours assez captivant, mais pour le coup, c’est elle qui m’a remis le pied à l’étrier.

En 2019-2020, j’ai donc beaucoup lu, parfois jusqu’à quasiment une vingtaine de livres par mois, mais pas exclusivement sur le cinéma. Si je fais un retour sur les articles publiés entre février et novembre nous avons donc :

  • Ça tourne mal, de Philippe Lombard
  • l’ouvrage sur Terminator de Sean French publié chez Akileos
  • le petit focus sur Tolkien au mois d’avril, avec un petit palmarès de lecture consacré à Tolkien et des livres qui ne sont ni totalement cinéphiles, ni toujours de 2019, mais où je m’étais penchée plus précisément sur Tolkien et les sciences de Roland Lehoucq
  • Survivre dans la galaxie, le petit guide de Christian Blauvelt sur Star Wars, avec quelques autres lectures consacrées à Star Wars
  • le Barry Lyndon de Kubrick publié chez Taschen
  • La Vie que tu t’étais imaginée, de Nelly Alard
  • Sous la casquette de Michel Audiard, de Philippe Lombard (à nouveau : c’est donc désormais un fait établi, il y aura au moins chaque année un livre de Philippe Lombard dont je parlerai sur ce blog)
  • L’Amie américaine, de Serge Toubiana

Ce petit aperçu me permet de faire 4 catégories : les Lombard(s), les voyages dans un film, les occasions rétrospectives et les romans biographiques.

Palmarès 2020

Les Lombard(s)

Parmi les 8 ouvrages lus cette année, deux d’entre eux sont l’œuvre de Philippe Lombard – et encore, il aurait y en avoir un troisième, et même un quatrième, que je garde sous le coude pour début 2021.

Les quatre livres que j’évoque sont donc :

  • Ça tourne mal !, Éditions La Tengo, 2019 (ISBN 2354611722).
  • Sous la casquette de Michel Audiard – Les secrets de ses grandes répliques, Éditions Dunod, 2020 (ISBN 2100808451).
  • Louis de Funès à Paris, les aventures d’un acteur en vadrouille, Éditions Parigramme, 2020 (ISBN 2373951304).
  • Tarantino Reservoir Films , Éditions Omaké Books, 2020 (ISBN 237989017X).

J’ai reçu l’ouvrage consacré à De Funès un peu plus tard que les autres, et à suivre le compte Twitter de Philippe Lombard, j’ai tout de même l’impression qu’il en manque un ou deux – mais peut-être suis-je trop habituée à son hyperactivité…

Ceci étant dit, mon préféré à l’heure actuelle pour 2020 reste Ça tourne mal, et ça tombe bien (si j’ose dire), car un tome 2 est sorti très récemment, consacré aux tournages de films étrangers, tome 2 qui est encore sur ma pile de lecture, et que je garde précieusement pour les vacances de Noël !

L’écriture de ce palmarès m’a donné à nouveau l’occasion de me promener sur son site pour suivre les prochaines publications et pour découvrir ce court-métrage :

Je remets le lien du site ici. Et vous l’aurez compris, vous n’échapperez pas à un nouveau Lombard en 2021 (voire plusieurs)…

Voyage dans un film / occasions rétrospectives

Ces deux catégories peuvent se fondre en une seule. Elles s’appliquent à quatre de mes lectures :

  • l’ouvrage sur Terminator, qui m’a donné l’occasion d’évoquer les robots au cinéma,
  • Tolkien et les sciences, qui a permis un petit voyage dans les ouvrages sur l’univers Tolkien,
  • le petit guide Survivre dans la galaxie, avec un article publié le 4 mai, où j’ai pu faire un palmarès Star Wars, à la fois des films et des ouvrages consacrés à la saga
  • enfin le Barry Lyndon de chez Taschen, qui m’a permis un petit focus sur Kubrick

C’est à ce dernier que va ma préférence, tant au niveau du visuel, de la forme, que du sujet traité : un film magnifique, que j’ai pu redécouvrir, et qui m’a permis d’ailleurs, pendant le confinement, de voir en replay le documentaire diffusé sur Arte, Kubrick par Kubrick, prenant principalement appui sur les entretiens du cinéaste avec Michel Ciment.

Les romans biographiques

Enfin, pour cette dernière catégories, deux ouvrages : La Vie que tu t’étais imaginée de Nelly Alard, et L’Amie américaine de Serge Toubiana.

Le premier faisait se croiser l’auteure du livre, l’impératrice Elisabeth d’Autriche, et l’actrice hollywoodienne Elissa Landi, dans une atmosphère qui m’a quelque peu rappelé les séries Feud et Hollywood, toutes les deux créées par le génial Ryan Murphy.

Le deuxième mettait en lumière la figure fascinante d’Helen Scott, qui a accueilli François Truffaut aux États-Unis en 1960, a permis l’existence des entretiens Hitchcock/Truffaut et a accompagné le cinéaste tout au long de sa carrière et de sa vie.

C’est ce livre de Serge Toubiana qui clôt pour moi l’année 2020 et qui en demeure ma lecture préférée, par sa délicatesse, sa tendresse et son émotion.

Bilan

Voilà pour ce palmarès et ces lectures cinéphiles de 2020, qui ont tout de même été assez variées.

2020 a aussi été l’occasion pour moi de proposer, l’été dernier, deux palmarès de lectures indispensables sur le cinéma et les séries télévisées, mais aussi de finir une entreprise de lectures entamée en juillet 2019 : lire tous les Hercule Poirot dans leur ordre de parution, soit 40 ouvrages, lus entre juillet 2019 et mai 2020.

Ma prochaine « entreprise de lecture » (c’est ainsi que j’appelle les projets de lecture qui me prennent plusieurs mois et qui viennent s’intercaler entre d’autres livres lorsque j’ai un moment) sera de relire en entier Le Seigneur des anneaux, pour clôturer en beauté cette année Tolkien.

Indépendamment de cette entreprise, je ne sais pas trop ce que me réserve 2021 pour mes lectures, même si j’ai une petite idée de ce à quoi ressembleront déjà mes articles de février et de mars, qui, normalement, seront consacrés à quelques dernières publications de 2020 : un Philippe Lombard, comme je l’annonçais un peu plus haut, et deux livres sur les séries télévisées britanniques.

D’ici là, je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes de fin d’année, et je vous mitonne pour très prochainement le dernier article #profdoc de 2020.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

À l’ombre du cinéma

Pour ce dernier compte-rendu de lecture de l’année 2020 – le prochain article étant consacré à mon traditionnel palmarès de lecture – je vais revenir sur l’un des livres les plus délicats et les plus émouvants que j’ai eus entre les mains cette année.

C’est l’un de ces livres dont on arrive à la fin en regrettant vraiment de l’avoir fini, et bien que l’histoire soit sans suspense aucun, on se prend à redouter les derniers chapitres, les dernières phrases, les derniers mots.

Lecture de confinement

Ce livre, que j’annonce cette fois sans retard et sans associations d’idées préalables – elles viendront après – c’est L’Amie américaine de Serge Toubiana, publié aux éditions Stock en mars 2020.

Lorsque j’ai eu connaissance de la publication de cet ouvrage, je savais déjà de qui et de quoi il parlait, avant même d’en avoir lu un résumé et de l’avoir eu entre les mains. Le titre et le bandeau étaient suffisamment évocateurs pour que j’aie immédiatement envie de lire ce livre.

Étant donnée sa date de publication, je me suis hâtée de le commander, pour le recevoir avant que le confinement et les aléas de la poste m’en empêchent. Heureusement, dès la mi mars, le livre était dans ma boîte aux lettres, et après les lectures des derniers Hercule Poirot, des trois premiers volumes de L’Amie prodigieuse et de La Servante écarlate (entre autres), j’ai eu le bonheur de me plonger dans l’ouvrage de Serge Toubiana.

Truffaut, Helen, Hitchcock

Je suis donc passée, avec beaucoup de plaisir pour mon esprit amateur d’associations d’idées et de jeux de mots, de L’Amie prodigieuse à L’Amie américaine.

Connaissant les goûts de Serge Toubiana pour le cinéma de Truffaut – car, vous l’avez compris, c’est encore de Truffaut qu’il s’agit ici – je suis persuadée que ce titre L’Amie américaine est trop proche de La Nuit américaine pour être totalement innocent…

En effet, Serge Toubiana est l’auteur d’une biographie de François Truffaut co-écrite avec Antoine de Baecque, qui fait référence en la matière et que j’ai classée cet été dans les 10 lectures indispensables sur le cinéma. Il y a quatre ans il avait publié des mémoires que j’ai déjà évoquées : Les Fantômes du souvenir. Il a par ailleurs été directeur de la Cinémathèque française entre 2003 et 2015.

Son Amie américaine est une biographie consacrée à Helen Scott.

Des femmes, François Truffaut en a compté beaucoup dans sa vie : épouse, filles, muses, collaboratrices, amies. Les femmes sont omniprésentes également dans son cinéma, depuis la mère des Quatre cents coups à la partenaire idéale incarnée par Fanny Ardant dans Vivement dimanche !

Et si l’on peut dire, la relation qu’il eut avec Helen Scott est un condensé de toutes ces relations. Helen Scott est principalement connue des cinéphiles pour avoir accueillie Truffaut aux États-Unis pour les débuts de sa carrière hollywoodienne en janvier 1960, et pour avoir traduit en simultané les entretiens entre Hitchcock et Truffaut en 1962, puis pour avoir travaillé sur l’édition anglaise du Hitchbook.

En témoigne cette photo :

En témoignent également les entretiens enregistrés au magnétophone :

Helen avant François

Ce que l’on connait moins, et ce que Serge Toubiana s’emploie à nous raconter, c’est la vie d’Helen Scott avant sa rencontre avec Truffaut, et la force de cette amitié une fois la rencontre survenue.

On y découvre son enfance entre New York et Paris, son militantisme communiste dans les années trente, ses relations avec la résistance et la France libre pendant la seconde guerre mondiale, son mariage très éphémère avec un monsieur Scott dont elle a gardé le nom toute sa vie.

Certains mystères qui restent irrésolus donnent à Helen la dimension d’un personnage de roman : a-t-elle assisté aux procès de Nuremberg ? était-elle une espionne soviétique ?

Toujours est-il que la femme qui côtoyait dans les années trente et quarante une certaine élite politique (défilent devant nous Geneviève Tabouis, Eleonor Roosevelt, Pierre Mendès-France), a traversé quelques années de galère, black-listée et victime du maccarthysme, avant d’être engagée par le French Film Office comme publiciste en 1959.

Ma chère Helen, mon cher François

Ce que nous raconte enfin Serge Toubiana dans L’Amie américaine, c’est, à partir de 1960, l’histoire d’un coup de foudre puis d’une amitié à la fois fantasmée, fusionnelle, mais aussi épistolaire.

Ici, petite digression personnelle : je me souviens après avoir découvert le cinéma de Truffaut (c’était il me semble au lycée entre 2002 et 2004) j’avais commencé à accumuler les livres qu’il avait écrits et ceux qui lui étaient consacrés.

J’avais ainsi mis la main sur une biographie d’Annette Insdorf parue aux éditions Gallimard dans la collection « Les découvertes », le Dictionnaire Truffaut, la biographie co-écrite par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, et j’avais appris que sa correspondance avait été publiée.

Pour mettre la main dessus, quelle aventure, à une époque où certes mes parents disposaient déjà d’un ordinateur et d’une connexion Internet (avec le fameux modem) mais où le marché du livre d’occasion n’était pas aussi accessible qu’il peut l’être maintenant.

J’avais donc trouvé sur un site un exemplaire d’occasion, récupéré dans une librairie parisienne (était-ce passage Jouffroy ?) et qui figure depuis, encore aujourd’hui dans ma bibliothèque.

Dans cette Correspondance, une sélection des lettres de Truffaut. La première des lettres à Helen qui y figure date de mars 1960, la dernière date de février 1975.

La lecture de L’Amie américaine nous donne à voir cette correspondance comme beaucoup plus abondante, principalement du côté d’Helen, qui peut écrire 5 lettres quand Truffaut n’en répond qu’une…

Elle nous donne à découvrir quelques-unes de ces lettres, toujours lucides, toujours pleines d’affection et d’humour, entre « Scottie » et « ma Truffe », qui se livrent tantôt à des coups de gueule, tantôt à des confidences.

Elle nous donne enfin à connaître une personnalité des plus touchantes et des plus fascinantes, par son humour, sa simplicité et sa culture.

Helen Scott a côtoyé bon nombre de réalisateurs, acteurs et scénaristes, français et étrangers (de Rossellini à Bill Murray), a encouragé la carrière outre-Atlantique de plusieurs metteurs en scène, a réalisé les sous-titres de films français, a mis en contact untel et untel, puis, s’étant installée à Paris, a fréquenté cinémathèque et ciné-clubs, réalisateurs et producteurs.

Et pour Truffaut ? Elle participe évidemment à l’aventure du Hitchbook – la bible du cinéphile par excellence – elle assiste au tournage de Fahrenheit 451, elle relit des scénarios, est parmi les premiers spectateurs des films, conseille et encourage, et apparaît même dans Domicile conjugal, dans une scène aux côtés de Jean-Pierre Léaud :

Évidemment, j’oublie, je vais vite en besogne, je n’insiste pas sur des détails ô combien touchants de cette amitié, que Serge Toubiana prend, lui, le temps de nous raconter.

Les dernières pages, je l’ai dit, sont sans suspense (ni surprise). Elles me permettent cependant une nouvelle digression.

Promenade à Montmartre

Cette digression, je vais tâcher de ne pas la rendre trop macabre… et si jamais j’y échouais, je tâcherai de me rattraper dans la dernière partie de cet article.

Après avoir découvert le cinéma de Truffaut, je suis allée en prépa à Vanves, puis j’ai fait mes études à la Sorbonne. Jusqu’à ma deuxième année de master, j’ai principalement fréquenté le sud de Paris, le parc Montsouris, la porte d’Orléans et la station Corentin Celton.

Puis je me suis installée dans un petit studio rue Damrémont et pour aller à l’INSPÉ qui s’appelait encore l’IUFM, je descendais la rue Damrémont puis la rue Caulaincourt, qui surplombait le cimetière Montmartre, pour rejoindre le boulevard des Batignolles.

J’allais de temps en temps me promener dans le cimetière Montmartre, avec à l’entrée Lucien et Sacha Guitry, Michel Berger, Dalida et Fred Chichin, et je ne manquais pas de m’arrêter dans les allées de l’avenue Berlioz, où se trouve une grande tombe en marbre noir avec des lettres blanches, sur laquelle on trouve toujours des tickets de métro.

Mais à aucune de mes visites je n’avais imaginé qu’Helen, disparue trois ans après Truffaut, se trouvait à proximité, voisine discrète mais toujours fidèle.

Figures de l’ombre, passeurs de cinéma

Le livre de Serge Toubiana m’a fait souvenir de quelques-uns (et ici plutôt quelques-unes) de ces passeurs de cinéma, ces personnages que le spectateur ne soupçonne pas toujours, mais qui restent indispensables à une oeuvre et à sa transmission.

Je suis reconnaissante à l’auteur de L’Amie américaine d’avoir ainsi mis en lumière la silhouette d’Helen Scott, et je me suis alors imaginée combien il serait captivant que certains destins de ces figures de l’ombre se retrouvent éclairés.

Je me souviens de la scénariste Frances Marion, enfin sur le devant de la scène dans le Hollywood Boulevard de Melanie Benjamin.

Qui pourra écrire la biographie de Lotte H. Eisner, collaboratrice de Henri Langlois à la Cinémathèque française et spécialiste du cinéma de Murnau ou de Fritz Lang ?

Qui pourra écrire une biographie d’Edith Head, qui a réalisé notamment les costumes du Eve de Mankiewicz, de Vacances romaines, et, pour Hitchcock de Vertigo, Fenêtre sur cour ou La Main au collet, et a remporté pas moins de huit Oscars ? Qui, d’ailleurs, pour écrire un livre sur Alma Hitchcock ?

Qui, pour écrire un livre sur Suzanne Schiffman, l’assistante de Truffaut et l’une de ses plus proches collaboratrices ?

Qui, cette fois, pour écrire un livre sur Nina Companeez, réalisatrice des Dames de la côté et de L’Allée du roi ?

Il est vrai que certaines de ces personnalités, aussi discrètes qu’efficaces, préfèrent rester dans l’ombre… mais n’en sont pas moins de formidables passeurs de cinéma.

Je vous encourage à les découvrir, et vous dis à très bientôt, sur Cinephiledoc !

Quant à moi, je vais ranger L’Amie américaine en bonne place dans l’étagère de ma bibliothèque où se trouvent les livres de Truffaut ou ceux qui lui sont consacrés, livres qui commencent à constituer à eux-seuls un fonds à part entière (j’en ai dénombré 32 jusqu’ici) parmi tous mes ouvrages sur le cinéma…

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén