cinephiledoc

Blog pour cinéphiles et profs docs

Étiquette : cinémathèque (Page 1 sur 4)

Marilyn uncovered

Pour ce dernier article cinéphile avant l’été, je reprends une habitude que j’essaye d’entretenir certaines années, tantôt j’y parviens, tantôt c’est un peu plus compliqué en fonction du temps libre dont je dispose.

Cette habitude, c’est d’aborder l’été avec un article un peu plus léger, en revenant sur une sortie culturelle et cinéphile récente. À vrai dire, j’essaye de vous proposer cela une à deux fois par an, quand les expositions de la Cinémathèque française sont suffisamment source d’inspiration pour moi, et quand je parviens à les voir dans un délai raisonnable avant qu’elles se terminent.

Pour l’exposition Orson Welles, j’ai un peu raté le coche, puisque je suis allée la voir en décembre, mais j’ai mis deux mois à sortir l’article, et l’expo était, il me semble, déjà terminée, lorsque je l’ai finalement publié.

Même chose pour mes escapades cinéphiles de 2025, que j’ai présentée en septembre, quand la plupart des événements touchaient à leur terme.

C’est pourquoi j’étais particulièrement satisfaite de pouvoir me ménager un petit moment à la fin du mois de mai, cette année, pour aller admirer l’exposition consacrée à Marilyn Monroe pour son centième anniversaire.

Découverte, mise à nu, réhabilitation ?

D’une exposition consacrée à Marilyn Monroe, on s’attend à un certain nombre de chose, et de Marilyn Monroe, on a un certaine nombre d’images qui nous viennent, plus ou moins justes, plus ou moins flatteuses.

J’en avais déjà donné quelques-unes pour les soixante ans de sa disparition, lors desquels j’avais glané impressions de lecture, rediffusions, hommages, reportages, adaptation sur Netflix du roman Blonde de Joyce Carol Oates – je n’ai d’ailleurs jamais réussi à aller au bout de cette adaptation, alors que j’avais vraiment adoré le roman.

Est-ce mes autres lectures récentes, est-ce mes influences et mon regard qui a pu évoluer, mais les évocations qui me sont venues durant mes déambulations dans l’exposition sont celles de Tony Curtis sur le tournage de Certains l’aiment chaud (« embrasser Marilyn c’est comme embrasser Hitler ») ou celles d’Hitchcock affirmant que Marilyn avait le sexe affiché sur la figure, et lui préférant une Ingrid Bergman, une Grace Kelly, ou une Kim Novak et une Tippi Hedren qu’il s’amusait à modeler selon son idéal.

C’était ces représentations masculines que j’avais moi-même intégrées au point de préférer (ou de penser préférer ?) à Marilyn justement Grace Kelly ou Audrey Hepburn, comme s’il suffisait de comparer… alors que l’un des premiers livres qui figure depuis des années dans ma bibliothèque sont les Fragments de Marilyn publiés en 2010.

À l’entrée de l’exposition de la Cinémathèque, on voit bien quelles images je pouvais avoir en tête, la robe se soulevant au-dessus de la bouche de métro dans Sept ans de réflexion, Marilyn chantant Happy Birthday à JFK, quelques extraits allant de Certains l’aiment chaud à Comment épouser un millionnaire ? et rien ne me disposait, si ce n’est mes lectures récentes, ne me disposait à en attendre autre chose…

Le contrepied

Lorsqu’on entre dans cette exposition Marilyn Monroe, ce qui accueille le visiteur ce n’est pas l’image de Marilyn au dessus de la bouche de métro – et pourtant tout au long de cette exposition, elle est évidemment omniprésente sur les photos et dans les extraits vidéos.

Ce que l’on voit, c’est la photo des anonymes qui par centaines sont venus ce jour-là assister au tournage de cette scène. Ce que l’on voit en premier, ce n’est donc pas l’image de la star, figée pour l’éternité (allant jusqu’à être statufiée ainsi, si mes souvenirs sont bons, au musée Grévin ou chez Madame Tussaud), mais le regard des spectateurs.

Alors, si c’est à travers l’oeil des spectateurs que l’image de Marilyn s’est construite, cela va nous demander un effort supplémentaire d’aller au-delà de cette image, et c’est ce à quoi nous invite cette exposition, à élargir le prisme et à le démultiplier.

Vous attendiez la star glamour, figée dans la cire, sous l’image de la blonde idiote ou de la bombe sexuelle ? Vous découvrirez la comédienne dans la complexité de son jeu, celle qui a tenté de produire ses propres films.

Vous avez en tête les paroles de Candle in the wind ?

Loneliness was tough
The toughest role you ever played
Hollywood created a superstar
And pain was the price you paid
Even when you died
Oh the press still hounded you
All the papers had to say
Was that Marilyn was found in the nude

Et vous vous promenez au milieu des extraits vidéos de Kim Novak et de Jane Fonda évoquant comment les studios hollywoodiens modelaient les comédiennes, reconstruisant des sourcils et des mâchoires, ici pour accentuer le regard et là pour creuser les joues…

Mais à travers les extraits de films, vous redécouvrez aussi avec quelle intelligence Marilyn a incarné les différentes facettes de cette blonde qu’on voulait nous faire croire uniforme, univoque.

Marilyn Monroe, fragments

Bien-sûr, les photos que j’ai pu prendre de cette exposition correspondent aux souvenirs cinéphiles que j’en gardaient : l’affiche de Eve où d’ailleurs elle n’apparait pas, celle de How to marry a Millionnaire, la scène finale de Certains l’aiment chaud

Mais il y a aussi d’autres images, plus inattendues, plus complexes, qui ont arrêté mon regard :

Et en traversant l’exposition, je me suis aussi arrêtée sur cette archive de presse :

Dans cet article de 1953, elle y dénonçait les comportements toxiques des hommes dans les studios hollywoodiens.

Comme à mon habitude, en sortant de l’exposition, j’ai feuilleté le catalogue et j’ai parcouru les allées de la librairie de la Cinémathèque.

Les catalogues des précédentes expositions n’avaient pas forcément retenu mon attention, mais celui-ci m’a donné envie de prolonger la confrontation avec Marilyn, d’autant plus qu’il proposait lui aussi un portrait sous différents angles.

Le premier angle, celui donné par Florence Tissot, commissaire de l’exposition, plante aussitôt le décor « Célébrer la star, exposer l’actrice », et revient sur l’article « Wolves I have known » que j’ai mentionné plus haut.

Les différents spécialistes qui prennent ensuite la parole décortiquent le mythe, du costume à la coiffure en passant par le jeu de la star.

On y retrouve une analyse comparée avec Brigitte Bardot, la façon elle a été photographiée, de quelle manière elle a incarné la mode sans passer par les maisons de haute couture, l’image qu’a voulu en construire Arthur Miller (un énième loup parmi les loups…)

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans ce catalogue, c’est l’article « Marilyn Monroe et le répertoire théâtral : variation sur la showgirl » de Marguerite Chabrol, qui revient sur les tentatives de l’actrice de complexifier le personnage qu’elle incarne à l’écran, j’y ai relevé la citation suivante :

toutes les blondes essaient de ressembler à Marilyn Monroe sauf Marilyn Monroe.

à l’opposé (ou peut-être pas tant que ça) de la phrase que l’on prête à Cary Grant :

« Tout le monde veut être Cary Grant. Même moi, je veux être Cary Grant »

Qui est Marilyn Monroe, l’exposition de la Cinémathèque ne nous l’apprendra pas, elle nous donnera peut-être de quoi enrichir notre regard et déconstruire nos stéréotypes bien ancrés, ce à quoi contribuera également ce catalogue.

À qui appartient Marilyn Monroe ? « Je n’appartiens qu’au public et au monde », dans un dernier article aux accents nostalgiques, Catherine Hulin revient sur la succession de Marilyn, sur ses objets dispersés et aux mains des collectionneurs privés, quand d’autres comédiennes ont pu prendre à temps des dispositions pour que tout ne soit pas disséminé aux quatre vents (c’est le cas d’Audrey Hepburn et de Jeanne Moreau).

Alors oui, on peut regretter cette dissémination, mais ne participe-t-elle pas, elle aussi à la fragmentation du mythe et à sa complexité.

Même décortiquée depuis plusieurs années dans un dictionnaire de A à Z…

… même passée à la moulinette des nombreux documentaires, des séries, des fictions, des romans, des reportages, des chansons (de Elton John à Madonna), des réappropriations (de Debbie Harry à Billie Eilish), c’est dans ces fragments épars, dans ces éclats de kaléidoscope diffractés que le spectateur collectera le mythe.

De mon côté, l’image que je garde avec beaucoup plus de tendresse et de bienveillance que j’avais pu en avoir, et qui me donne davantage envie d’en explorer les différents contours, c’est celle qui nous accueille lorsqu’on arrive à la Cinémathèque et qu’on s’installe à la cafétéria :

Le catalogue et l’exposition offrent cet impératif au spectateur : Décris-moi ta Marilyn, je te dirai qui tu es.

Quelle est donc ma Marilyn ? (ou quelles sont mes Marilyn ?)

Quelle est la vôtre ? (ou quelles sont les vôtres ?)

D’un hommage à l’autre

Ce premier article cinéphile de 2026 est l’histoire d’une déambulation d’une oeuvre à une autre, qui s’est faite au hasard.

Déambulation ou errance ? Errance me paraît quelque peu négatif, je lui préfère l’idée d’une promenade, pas tout à fait réfléchie, ce à quoi correspond mieux le mot déambulation. Il manque cependant la question du hasard, la surprise de la rencontre, le caractère impromptu de la sérendipité dans tout cela.

Butinage cinéphile

Et si je choisissais le terme « butinage » ? Un terme que j’affectionne tout particulièrement dans mon travail, et dont je n’ai finalement pas tant abusé que cela sur ce site.

Pour celles et ceux à qui ce mot ne parleraient pas particulièrement, voici ce qu’en dit le CNRTL, un site qui m’a toujours fait aimer les mots :

Emploi trans. ou intrans. [En parlant d’abeilles] Voler de fleur en fleur pour en amasser le pollen. L’abeille butine le miel, le pollen, les fleurs ou sur les fleurs :

3. Il [le chasseur d’abeilles] ne se trompe ni sur l’abondance des luzernes, des trèfles et des sainfoins, ni sur la pousse des arbres fruitiers, ni sur la sortie des bruyères et des ajoncs dans les landes, toutes plantes qui offrent des floraisons successives, sur lesquelles les abeilles commencent à butinerPesquidouxChez nous,1923, p. 40.
− P. métaph. [Ds le domaine intellectuel ou artistique] Chercher ça et là et accumuler des idées, des objets, des documents. Butiner dans une œuvre littéraire. Le lecteur avait butiné çà et là une pensée, une idée, une anecdote (SueAtar Gull,1831, p. 20):
4. Ce matin, après avoir butiné quelque peu dans les œuvres et les lettres de Lord Byron − et dans cette vivid, all alive biographie que m’a prêtée Maurois… Du BosJournal,1924, p. 105.

C’est évidemment ce dernier sens que je retiens : passer de mots en mots, de pages en pages, de livres en livres, pour y faire son miel.

Évidemment encore, ce qui vaut pour la lecture ou les promenades dans les rayons d’une bibliothèque, vaut pour l’expérience cinématographique, même s’il parait plus compliquer de « butiner » d’un film à l’autre, lorsque l’on est installé confortablement dans un fauteuil de cinéma ou dans son canapé, à moins que l’on considère l’action de zapper (mais cela n’est pas très valorisant pour le film zappé) ou de scroller comme du butinage…

On pourrait alors, si l’on regarde le butinage comme une action résolument positive, parler de butinage intérieur ou de butinage différé : le fait de passer d’un film à l’autre, d’un univers cinématographique à un autre, par une association d’idées que ferait notre esprit de lui-même (remercions pour cela notre culture cinéphile qui nous l’aurait inspirée) ou qui nous serait soufflée par le réalisateur.

Butinage cinéphile donc – j’aurais pu nommer ainsi cet article – qui m’a conduite d’un film à une exposition, d’une exposition à un livre, de cette exposition à un autre film, et de ce livre à d’autres livres.

Et comme j’ai toujours du mal à amorcer l’écriture d’un article, j’ai pris le prétexte de cette longue digression pour, en ce mois de février 2026, à nouveau parler de Truffaut, mais pas seulement.

Butinage reconstitué

En décembre dernier, j’ai décidé de revoir La Nuit américaine, de François Truffaut. Il fait partie des films que je connais par coeur, mais grâce à la personne avec laquelle je le visionnais, et qui le découvrait à cette occasion, j’ai eu l’impression de le redécouvrir.

Suite à ce visionnage, je suis allée voir l’exposition Orson Welles à la Cinémathèque, ce qui m’a permis de trouver l’ouvrage dont je parlerai un peu plus bas, et qui m’a donné envie de revoir Citizen Kane. Enfin, cette lecture et Citizen Kane ont donné lieu au feuilletage d’un certain nombre de livres et à des discussions sur un certain nombre de films, ce qui laisse à penser que finalement, le butinage est une démarche qui ne s’interrompt jamais, même en dormant !

C’est ce que montre bien la scène de La Nuit américaine qui a constitué le déclic à l’envie de plonger dans l’univers d’Orson Welles.

Pas la scène où Ferrand reçoit un colis de livres sur le cinéma en écoutant la musique de Georges Delerue, qui est pourtant ma scène préférée.

Mais le rêve de Ferrand en trois parties et en noir et blanc où un petit garçon est affublé d’une canne trop grande pour lui qui servira à un larcin un peu particulier…

Exposition Orson Welles

L’exposition « My name is Orson Welles » se tenait à la Cinémathèque du 8 octobre 2025 au 18 janvier 2026.

J’ai été un peu pressée par le temps pour aller la voir, et j’ai finalement réussi à la découvrir en décembre dernier.

J’ai également réussi l’exploit d’y emmener quelqu’un qui n’avait vu aucun film d’Orson Welles, mais c’est aussi le tour de force généralement de la Cinémathèque de nous donner accès à des expositions qui permettent tout aussi bien le plaisir des spécialistes que des néophytes.

Pour le coup, je dois dire qu’à titre personnel, mon Orson Welles était quelque peu rouillé, même si la déambulation (effective cette fois-ci) dans l’exposition m’a fait me souvenir des films que je connaissais : La Splendeur des Amberson, Le Procès, Une histoire immortelle, et évidemment Citizen Kane.

Mais même pour les films que je ne connais pas encore, les images proposées par la Cinémathèque exercent une fascination incroyable et un pouvoir hypnotique.

C’est au détour des affiches et des caméras que j’ai retrouvé la scène de La Nuit américaine, et que les quelques extraits de Citizen Kane ont à leur tour opéré leur charme de madeleine de Proust.

La visite d’une exposition de la Cinémathèque se conclut toujours pour moi par un passage obligé à la librairie, mais cette fois-ci, ce n’est pas le catalogue officiel qui a suscité ma curiosité…

Revoir Citizen Kane et discuter du fusil de Tchekhov

La page dédiée à l’exposition Orson Welles sur le site de la Cinémathèque contient cette phrase qui à elle seule résume tout ce que j’ai pu dire précédemment sur le butinage :

Il y a des signes qui ne trompent pas : quand on remet Kane en route, ce sont soudain cent fleurs qui s’épanouissent.

Le spectateur qui voit pour la première fois Citizen Kane ne fait peut-être pas attention aux indices qui ponctuent le film.

Un esprit mal intentionné pourra se comporter avec lui comme le personnage de Lucy avec Charlie Brown sur cette planche des Peanuts que j’adore et qui se trouvait d’ailleurs en bonne place dans l’exposition :

Le spectateur qui a déjà vu Citizen Kane glane ces indices d’un oeil malicieux, et les ramasse comme les cailloux semés du Petit poucet, puisque rien ne pourra empêcher l’inéluctable scène finale.

Le visionnage du film (et du même coup le souvenir de La Nuit américaine) donnera alors lieu à un débat animé : y’a-t-il dans ces deux films un fusil de Tchekhov ?

Le principe du fusil de Tchekhov vient du dramaturge Anton Tchekhov :

« Si, dans le premier acte, un fusil est accroché au mur, il doit absolument servir dans le dernier acte. »

Au cinéma (et en narration en général), ça désigne le fait d’introduire un objet, un détail ou une information dans une scène pour qu’il ait une utilité narrative plus tard.

Ce principe est-il à l’oeuvre dans La Nuit américaine ? Dans Citizen Kane ?

Les deux films semblent jouer avec ce principe mais de manière opposée.

En effet, La Nuit américaine parle du cinéma en train de se faire. Du coup, Truffaut s’amuse à montrer des “setups” qui n’auront jamais de payoff, il semble saboter en permanence ce principe, à montrer des indices qui n’ont pas forcément vocation à résoudre une énigme… à l’exclusion d’une scène : la canne du petit garçon, qui lui donne sa démarche si particulière, servira bien à quelque chose.

Quant à Citizen Kane, le film est construit comme un gigantesque setup, où Rosebud doit forcément avoir un sens, mais qui ne se révèle qu’au spectateur qu’au point final et ne répond en rien à l’énigme Kane, puisque même un scénario parfait ne suffit à expliquer une vie.

D’un film à l’autre on entend les échos de cette phrase prononcée par Truffaut dans le couloir de l’hôtel Atlantic, et à laquelle on cherchera, vaille que vaille, à donner raison : « Les films sont plus harmonieux que la vie ».

De Truffaut à Welles, allers-retours

Comme je l’ai indiqué un peu plus haut, l’ouvrage qui a retenu mon attention en sortant de « My name is Orson Welles » n’est pas le catalogue de l’exposition.

Parmi les livres mis en présentation à la librairie, l’un d’eux faisait l’objet d’un coup de coeur des libraires de la Cinémathèque – je n’ai absolument plus en tête ce que disait le commentaire, mais la quatrième de couverture suffisait pour emporter tous mes suffrages.

Il s’agissait d’un curieux roman de Chantal Pelletier, L’Ourson, publié en février 2023 aux éditions Joelle Losfeld.

Au point de départ de l’histoire, l’annonce du décès de François Truffaut. Le personnage principal, Anne, une petite souris aux multiples fêlures qui travaille dans une photothèque cinématographique, se retrouve à déjeuner avec Orson Welles.

L’autrice flirte constamment avec la suspension consentie de l’incrédulité, et tantôt nous y entraîne, tantôt nous en éloigne. À cette lecture, j’ai ressenti un vertige qui s’est prolongé au-delà, et j’ai navigué d’hommages cinéphiles en hommages cinéphiles, de Truffaut à Orson Welles, et où la citation mentionnée plus haut de La Nuit américaine trouvait son écho dans ces quelques lignes :

Vous le savez bien : il est difficile d’être quelqu’un. On est juste une durée. Jamais un film. On ne peut pas faire le montage des bonnes séquences, conserver seulement ce qui plaît, ce qui flatte. On n’est jamais que des rushes. Juste un bout-à-bout de morceaux approximatifs. Des premières prises.

À suivre le personnage butinant cinéphile de ce roman, funambule en déséquilibre qui rappelle Chaplin dans Le Cirque, j’ai poursuivi moi-même mon butinage : il m’a conduit de Fahrenheit 451 à La Chambre verte, où j’ai retrouvé les mêmes lecteurs et spectateurs incendiaires.

J’ai fait une brève halte au Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore. Et j’ai repris ma route jusqu’aux ouvrages sur Orson Welles édités par les Cahiers du cinéma, pour finir par le livre de Chris Welles Feder sur son père lu il y a quelques années : In my father’s shadow.

J’ai repensé à toutes ces scènes de vertiges et de miroirs, à nouveau Le Cirque de Chaplin, et La Dame de Shanghaï (de retour chez Welles). Et du miroir, je suis retournée à l’incendie, et j’ai fini quasiment là où j’avais commencé, avec Rosebud, Citizen Kane, et La Nuit américaine.

Voilà pour ce début d’année un beau tour de manège.

Escapades cinéphiles 2025

Pour cet article de retour de vacances, je vous propose un petit circuit dans les expositions et les musées que j’ai pu visiter cet été, et qui m’ont permis de feuilleter ou de redécouvrir quelques ouvrages consacrés aux univers cinématographiques que j’ai côtoyés durant ces visites.

Cet article sera donc un moyen de garder un peu la tête ailleurs, tout en reprenant en douceur. J’en profite pour indiquer que, si j’ai délaissé depuis deux ans les hors-séries estivaux, qui me prenaient beaucoup de temps d’écriture, pour m’octroyer une véritable pause sur ce site, ce n’est pas moins durant l’été que je m’avance dans la lecture de mes ouvrages cinéphiles et dans l’écriture des articles de l’automne.

J’ai eu en effet un été très riches en lectures, et j’ai profité de quelques jours de calme au mois d’août pour préparer mes comptes-rendus de lecture de cette fin d’année (septembre, octobre, et novembre 2025) que vous pourrez retrouver sur ce site à chaque début de mois.

Mais n’anticipons pas trop et retournons, au moins pour quelques lignes, à notre été 2025 et à ses escapades cinéphiles.

Cinémathèque 2025 : Wes Anderson

C’était l’une des expositions de la cinémathèque que j’attendais avec le plus d’impatience, après leur magnifique exposition James Cameron de 2024.

Je n’ai cependant pu y aller que dans les derniers jours de cette exposition, qui était installée jusqu’à la fin juillet 2025, avant la fermeture estivale de la cinémathèque.

Les expositions de la cinémathèque : tentative d’analyse

En effet, pour les habitués du lieu (et pour les autres), la cinémathèque propose – si l’on s’appuie sur le calendrier scolaire – généralement une première exposition à l’automne (la prochaine, consacrée à Orson Welles, sera proposée du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026), puis une deuxième exposition de mars ou avril à la fin juillet, avant de fermer pour le mois d’août.

Je n’ai pas gardé en tête assez scrupuleusement les thématiques des expositions précédentes, mais chaque année permet aussi généralement de découvrir ou de redécouvrir une personnalité du cinéma (acteur ou réalisateur) et un univers thématique (l’enfance, l’espionnage…).

Pour l’année 2023-2024, après l’exposition consacrée à Agnès Varda installée d’octobre 2023 à janvier 2024, c’est l’exposition James Cameron qui a eu la part belle des lieux avec une exposition installée d’avril 2024 à janvier 2025… il faut dire aussi qu’avec les jeux olympiques et paralympiques se déroulant à proximité, l’attention se portait à l’été 2024 de l’autre côté du parc de Bercy.

Exposition Wes Anderson : mars-juillet 2025

Pour revenir aux origines de cette exposition, il a fallu me débattre avec l’architecture du site de la Cinémathèque, puisque j’écris cet article une fois l’exposition terminée.

Ce qui est donc mis en avant sur le site de la Cinémathèque, c’est donc l’annonce de la prochaine exposition, My name is Orson Welles, au mois d’octobre prochain.

Pour retrouver la trace de l’exposition précédente, le visiteur devra donc retourner sur un moteur de recherche, taper « Wes Anderson cinémathèque », et ainsi retomber sur la page du site dédié à l’exposition.

On y apprend qu’il s’agit de la première exposition consacrée au cinéaste, et pour les fans qui auraient loupé cette rétrospective parisienne, ou qui voudraient la retrouver au détour d’une escapade londonienne, elle sera installée sous une forme remaniée au Design Museum de Londres de novembre 2025 à mai 2026.

Comme l’exposition James Cameron qui la précédait, l’exposition consacrée à Wes Anderson était des plus réussies.

On y retrouvait toute la trame d’élaboration des projets du réalisateur, allant des carnets de notes minutieux (qui confinent à la maniaquerie) aux storyboards, en passant par les objets, les costumes et les éléments du décors.

 

Le véritable fan du réalisateur y trouvera son compte, depuis les premiers projets avec Bottle Rocket et Rushmore, jusqu’aux derniers films (l’exposition se clôt avec Asteroid City) en passant par ses célèbres incursions dans le cinéma d’animation, avec Fantastic Mr Fox et L’Île aux chiens.

Pour ma part, malgré un petit rattrapage tardif pour À bord du Darjeeling Limited, j’ai suivi scrupuleusement l’oeuvre du réalisateur, à l’exclusion de ses tout derniers films, j’allais donc en terrain connu avec cette exposition.

J’ai l’impression d’ailleurs qu’à l’instar de Quentin Tarantino, Wes Anderson se bonifie avec le temps. J’avais adoré Rushmore lorsque je l’ai découvert, mais mes préférés à ce jour sont The Grand Budapest Hotel et The French Dispatch. Il me manque donc Asteroid city et The Phoenician Scheme pour vérifier cette théorie.

Trouver un livre sur Wes Anderson

Il était du coup naturel pour moi de me rendre directement à la librairie de la Cinémathèque à la fin de l’exposition, pour jeter un coup d’oeil au catalogue et aux autres ouvrages proposés.

Cependant, tous ceux que j’ai pu feuilleter ce jour-là soit allaient pour moi au rebours de la fantaisie du réalisateur et au foisonnement de son imaginaire – j’avoue que le catalogue en lui-même a suscité une réaction digne de quelqu’un que la lecture rebuterait : trop de texte, pas assez d’images – soit étaient disponibles uniquement en anglais.

J’y ai vu un abécédaire qui me semblait assez sympathique, mais toujours en anglais, un ouvrage sur les lieux de ses tournages (Accidentally Wes Anderson), un autre, non officiel, consacré à sa filmographie, et finalement ceux qui ont retenu mon attention, et rendent selon moi le mieux justice au réalisateur, sont ceux, encore une fois en anglais, de Matt Zoller Seitz, The Wes Anderson Collection, le premier publié en 2013, un deuxième consacré au Grand Budapest Hotel, et un troisième sur Asteroid City.

Enfin, pour clôturer cette rétrospective Wes Anderson, j’ai souvenir d’avoir vu à Angoulême en 2021 une exposition éphémère à la Cité internationale de la bande-dessinée et de l’image, qui revenait sur le tournage de The French dispatch, qui avait eu lieu dans la ville.

Influences cinéphiles : quelques pas à Cologne

Pour cette deuxième étape, quelques lignes suffiront. J’ai en effet profité d’un séjour à Cologne cet été pour visiter le musée du parfum et le musée du chocolat.

La première visite, en français, vous plonge grâce à son guide (en costume du 18e siècle) dans l’univers du parfum, vous donne envie de relire le roman de Patrick Süskind, et de revoir son adaptation, même si elle a ses détracteurs.

La seconde visite a des allures de Charlie et la chocolaterie, vous y découvrez les secrets de fabrication du chocolat, et l’exposition se termine sur une salle où se croisent Tim Burton et Harry Potter.

Disney 100 : l’exposition

La dernière étape de ces escapades cinéphiles 2025, contrairement à l’exposition Wes Anderson, est actuellement toujours disponible, jusqu’au 14 octobre prochain.

C’est un morceau de choix, puisqu’il s’agit de l’une de ces expositions proposées à Paris Expo, Porte de Versailles.

Promenade de Mickey à Star Wars

Chacune des expositions que j’ai pu visiter dans ce lieu m’a véritablement marquée : il y a eu l’exposition Titanic l’an dernier (qui faisait un beau pendant à l’exposition James Cameron et à une exposition consacrée à la mer au cinéma au Musée de la marine), mais aussi une exposition Harry Potter et une exposition Game of Thrones les années précédentes.

Si le billet n’est pas toujours à un prix accessible, cela vaut tout de même généralement le détour, et ça se vérifie encore pour cette exposition consacrée aux 100 ans de Disney.

Dessins, photographies, extraits musicaux, documentaires sur les effets sonores et sur la construction des films, objets, reconstitutions de décors, l’immersion est totale. À tout scruter de près, on peut bien y rester trois heures, peut-être même davantage.

Évidemment, on retrouve les premiers films, et la création du personnage de Mickey puis de tous les autres, la genèse et l’expansion de l’empire Disney, qui s’étend non seulement aux parcs d’attraction mais aux univers Star Wars et Marvel. Que l’on soit petit ou grand, on retournera forcément en enfance pour se faire prendre en photo à côté de Simplet en pleine sieste, d’un des chevaux de bois de Mary Poppins ou à côté de Chewbacca, R2D2 et C-3PO.

L’exposition se clôt avec un film qui convoque tous les personnages des studios Disney qui décident de se réunir pour une photo de groupe.

Et côté livres, ça donne quoi ?

Comme pour Wes Anderson à la Cinémathèque, on reste un peu sur sa faim pour cet aspect de l’exposition. Il y a bien une encyclopédie, mais je l’ai quelque peu boudée, en particulier parce que je me suis souvenue d’un détail qui a son importance.

Pour rendre justice, encore une fois, au foisonnement visuel d’un univers comme celui de Disney (et ce dont les amateurs et spécialistes de Wes Anderson pourraient bien s’inspirer), rien de mieux que les éditions Taschen.

J’en avais parlé il y a quelques temps, car pour ce qui concerne des archives de cinéma, Taschen est passé maître en la matière, même si les premières éditions des ouvrages sont à des prix généralement prohibitifs (comptez une version XXL à 150€, contre une version normale à 75€, voire une version compacte à 25€).

Néanmoins, pour ce qui concerne Disney, leur catalogue commence à vraiment bien s’étoffer (même si certains ouvrages restent pour l’instant uniquement disponibles en anglais, mais ne désespérons pas !).

Il y a évidemment la merveille des merveilles : The Walt Disney Film Archives (1921-1968), un bijou qui revient sur la création des premiers Disney jusqu’au Livre de la jungle.

Mais il y a aussi les autres, consacrés au personnage de Mickey, à celui de Donald, aux parcs d’attraction, ainsi qu’un petit dernier qui n’est pour l’instant disponible qu’en anglais : Walt Disney’s Children’s Classics 1937–1953, qui reprend les histoires dérivées des films que certains d’entre nous ont lu étant enfants.

Et pour ceux qui souhaiteraient (comme moi) prolonger l’aventure par autre chose que par la lecture, il y a une très belle réalisation, malheureusement actuellement en réassort, proposée par Lego : la caméra Hommage à Walt Disney, que j’ai toujours à construire, mais j’attends le retour définitif de l’automne et des soirées et week-ends pluvieux.

D’ici là je vous souhaite une belle reprise, bon courage à toutes et tous, et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Espionnage et cinéma, espionnage au cinéma

Pour cet article de rentrée et ce nouveau compte-rendu de lecture cinéphile, je vais revenir sur une exposition de la Cinémathèque française qu’une fois n’est pas coutume, je n’ai pas pu visiter.

Il s’agissait de l’exposition organisée entre octobre 2022 et mai 2023 : « Top secret : cinéma et espionnage ». Généralement, ces expositions thématiques et transversales, propices aux associations d’idées et à la convocation des références cinématographiques les plus diverses font mes délices.

Cependant, cette fois-ci, l’occasion ne s’est tout simplement pas présentée. Néanmoins, j’avais vu sur la page dédiée à l’exposition un descriptif de son catalogue qui m’a pour le moins alléchée :

Sous la forme d’un abécédaire thématique, le livre interroge la relation entre le cinéma et l’espionnage, des années 1920 à aujourd’hui, en faisant appel à des spécialistes des deux univers.

J’ai pu feuilleter le catalogue et c’est cette forme d’abécédaire thématique, ainsi qu’une mise en page soignée et très largement illustrée qui m’a décidée à en faire la lecture, et globalement, je n’ai pas regretté le voyage.

Couverture

Je choisis à dessein le terme « couverture » qui m’amuse dans cet article précis pour sa polysémie. Voulant vérifier cette polysémie, j’ai cherché simplement le mot sur un moteur de recherche, et je me suis vue proposer tous les sites commerciaux vendant des plaids et autres couettes…

Un petit tour sur Wiktionnaire et je me suis davantage sentie dans mon élément :

  1. Grande pièce d’étoffe épaisse couvrant le lit, se plaçant au-dessus des draps.
  2. (Imprimerie) Première page d’un ouvrage imprimé.
  3. (Sens figuré) Ce qui sert à cacher ou à dissimuler.
  4. (Par extension) Fausse identité endossée ponctuellement par un agent secret ou un policier en mission d’infiltration.

Je ne donne ici que les définitions les plus significatives, puisque le Wiktionnaire en relève plus d’une vingtaine. Mais revenons à la deuxième d’entre elles.

Ce qui m’a happée (et ce qui avait attiré mon regard lorsque je voulais aller visiter cette exposition sans jamais réussir à bloquer une date pour le faire) c’est l’affiche de l’exposition, qui se décline sur la couverture du catalogue d’exposition :

Les deux silhouettes de Jean Dujardin dans OSS 117 et de Eva Marie Saint dans La Mort aux trousses avaient effectivement tout pour me séduire.

La quatrième de couverture m’a confortée dans mon choix : en effet, comme souvent avec les ouvrages proposés par la Cinémathèque française dans le cadre de ses expositions, le catalogue ne se réduit pas à une recension en images des objets et des films présentés.

Certes, voir l’exposition aurait pu mettre ma lecture en perspective. Mais le propos de l’ouvrage est suffisamment riche et évocateur pour rappeler cette exposition tout en laissant le lecteur cinéphile y injecter ses propres références cinématographiques.

La perspective de retrouver la filmographie d’Hitchcock aux côtés des films des franchises comme James Bond, Jason Bourne ou Mission impossible, de la série Le Bureau des légendes et quelques-unes des icônes du cinéma telles que Marlene Dietrich, Greta Garbo ou Hedy Lamarr a achevé de me convaincre.

Missions

Ce livre ressemble à la panoplie du parfait espion, et dès le sommaire, le lecteur aura l’impression de se retrouver dans l’atelier de Q, responsable de la division recherche et développement du MI6 dans la série des James Bond.

On y côtoie de manière hétéroclite et sous la forme promise de l’Abecedarium (pourquoi avoir choisi le terme latin ?) des rôles, des films, des personnages, des noms et des objets.

Alphabétiquement l’ouvrage nous conduit de A comme Argo à Z comme Zero dark thirty en passant par C comme Cicéron , F comme Farewell, ou M comme Mata Hari.

Numériquement, il s’ouvre en toute logique avec 007.

007 fonctionne comme le produit d’appel : le placer en premier est stratégiquement idéal, et il en remplit presque parfaitement la mission.

Le court texte de l’article, proposé par l’un des contributeurs de l’ouvrage, Léo Soesanto, est efficace et les pages suivantes reviennent en images (photos et affiches) sur quelques moments clés de la franchise.

À la suite de ces photos, le premier entretien de l’ouvrage, ce qui opère pour le lecteur un premier changement de rythme : c’est l’interview de Léa Seydoux, dernière James Bond girl en date.

Si l’un des objectifs affichés de l’exposition et du catalogue est de redonner toute leur place et leur valeur aux rôles que jouent les femmes dans l’espionnage, on aura rarement vu une interview plus contre-productive, tant elle est creuse et narcissique.

Heureusement, dès la page suivante, l’entretien avec le réalisateur Olivier Assayas relève à nouveau le niveau et le lecteur y retrouve son compte.

De manière générale, les contributeurs de l’ouvrage donnent un éclairage des plus passionnants à la question. Ils réussissent à intéresser, même lorsque l’on a pas (encore) vu les films qu’ils évoquent.

On peut les ranger en deux catégories : les professionnels du cinéma (acteurs et réalisateurs) et les cinéphiles professionnels (commissaires d’exposition, collaborateurs artistiques, auteurs et journalistes).

Les seconds vont se pencher sur certains films, certaines séries, et parmi eux, quatre ont retenu mon attention : Léo Soesanto que j’ai déjà mentionné et qui va proposer généralement sur une page le résumé d’un film et la plongée dans son univers ; Alexandra Midal et Mathieu Orléan, et Chloé Aeberhardt.

Les premiers vont donner un tour plus personnel à la question, et vont évoquer des souvenirs de tournage – voire pour certains des souvenirs tout court.

Le déguisement dans le déguisement

Le pari le plus réussi de l’ouvrage, c’est d’expliquer au lecteur cinéphile la manière dont espionnage et cinéma s’entrecroisent constamment.

Ainsi, si l’on songe évidemment au costume de l’espion, au rôle qu’il incarne, et au fait qu’il soit sous couverture, si l’on a en tête le smoking de James Bond et les postiches d’Ethan Hunt dans Mission Impossible, c’est à travers les objets, mais également à travers le film que l’ouvrage explore cette thématique…

Ou plutôt à travers les films, puisque l’une des entrées de l’Abecedarium est le nombre  et on y retrouve les films avec lesquels la Stasi formait ses agents à leurs différentes missions.

Parfois, avec une mise en abîme ingénieuse et vertigineuse, on ne parvient pas à démêler le faux du vrai, la réalité de la fiction – et les contributeurs ne le peuvent pas davantage.

À la lettre K comme Kaplan, le réalisateur Nicolas Saada nous raconte l’aventure qui lui est survenue lors d’un contrôle dans un aéroport, où un homonyme était recherché par la police.

L’occasion pour lui de convoquer avec virtuosité le personnage de George Kaplan / Roger Thornhill / Cary Grant / Archibald Leach dans La Mort aux trousses, les figures des doubles dans le cinéma d’Hitchcock, et de finir sur cette question quelque peu angoissante :

Et si ce Nicolas Saada était mon George Kaplan ? De qui suis-je le George Kaplan ? Affaire à suivre.

Spectateur espion

J’ai parcouru cet ouvrage avec une attention parfois quelque peu distraite, quand certains articles évoquaient des films, des séries ou des personnages qui ne m’évoquaient pas grand chose… mais souvent mon intérêt était à nouveau éveillé par l’article suivant.

L’article E comme Enigma rédigé par Alexandra Midal et qui venait faire s’entrelacer espionnage, intelligence artificielle et cinéma, avec ses références au film Imitation Game, et en toile de fond au moment de ma lecture la grève des scénaristes et des acteurs à Hollywood en raison de l’utilisation par les industries cinématographiques de l’intelligence artificielle, m’a hameçonnée.

L’article H comme Hitchcock m’a définitivement emportée. Pas seulement parce qu’il s’agissait d’Hitchcock, pas seulement pour cette envie quasiment irrépressible de revoir La Mort aux trousses ou L’Étau, qui même s’il ne fait pas l’unanimité, reste pour moi l’un des meilleurs films d’espionnage.

Pas seulement parce retrouver un article H comme Hitchcock m’a aussi donné envie de me replonger dans le brillant Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, où j’étais sûre de retrouver des articles sur le MacGuffin ou sur le George Kaplan déjà cité.

Mais aussi parce qu’à la suite de cet article est reproduit l’intégralité du roman-photo d’Alfred Hitchcock « Have you heard ? The story of Wartime Rumors », publié dans Life le 13 juillet 1942, et dont la chaîne Blow Up d’Arte avait proposé le récit en vidéo, ce qui reste l’un de mes épisodes préférés de cette chaîne :

S’il me manquait une raison de lire ce livre, je l’ai trouvée à ce moment, et j’ai poursuivi ma lecture, bondissant d’une référence à l’autre…

Je me suis dit qu’il fallait absolument que je relise le livre de Guillaume Evin, L’Histoire fait son cinéma, qui doit évoquer quelques films ayant la Guerre froide comme toile de fond, ou celui consacré à la série James Bond, Bons baisers du monde, co-écrit avec Laurent Periot et même me plonger dans l’un des derniers livres de Guillaume Evin, Les 101 meilleurs films historiques, même si d’ailleurs j’ai déjà parlé d’un de ses livres les plus récents, C’est un scandale, dans mon article de juin dernier

Je me suis dit qu’il fallait que je revois des films sur la Guerre froide, que j’avais adoré le film La Vie des autres, pour moi l’un des meilleurs films autour du mur de Berlin avec Goodbye Lenin, sur ce capitaine de la Stasi qui se trouble progressivement en surveillant un auteur de théâtre est-allemand soupçonné de dissidence.

Je me suis dit qu’il fallait que je revois aussi Le Bureau des légendes, qui constitue l’un de ces miracles de séries télévisées françaises, et que je redonne une chance peut-être à Homeland et à la série The Americans que j’avais commencée.

Je me suis dit que j’avais aussi envie de revoir OSS 117 (au moins les deux premiers) et ce malgré la petite erreur présente dans l’article de l’ouvrage qui lui est consacré, et qui lui fait porter un costume de Peter Pan, alors qu’il se grime en Robin des Bois / Errol Flynn.

Au féminin

Enfin, et c’est parce que je les ai évoquées plus haut, et qu’elles ont dans le livre une place de choix, notamment grâce à Chloé Aeberhardt, cette lecture m’a donné envie de voir avec un autre oeil les figures féminines du cinéma d’espionnage (et de l’espionnage en général) :

celles que l’on cantonne comme on l’a longtemps déploré, au rôle de « piège à miel » (mais qui m’ont aussi donné envie de revoir tous ces films peuplés de femmes fatales) ;

celles que l’on surnomme de manière involontairement péjorative, les nouvelles Mata-Hari ;

celles qui ont été victimes des opérations Roméo organisées par la Stasi, les comédiennes qui se sont faites espionnes, les espionnes qui ont joué un double rôle, et celles à qui justement Chloé Aeberhardt donne justement la parole dans son ouvrage et dans sa série documentaire Les espionnes racontent :

Mission accomplie donc pour cet ouvrage de la Cinémathèque, qui suscite bien des images et révèle bien des secrets !

2021 de bonne humeur

Pour commencer cette nouvelle année cinéphile qui, espérons-le, sera plus sereine et plus heureuse que 2020 (quoique), je voulais vous proposer un article peut-être un peu plus court qu’un compte-rendu de lecture habituel.

En effet, si j’ai choisi une de mes lectures de l’année passée pour ce premier article cinéphile de 2021, c’est aussi pour avoir l’occasion de faire un retour en images sur l’une des expositions que j’attendais avec le plus d’impatience et que j’ai pu voir entre deux fermetures des lieux culturels…

Encore un article sur De Funès ?

L’idée de cet article vient d’une discussion que j’ai eue avec Sandrine, amie profdoc qui m’accompagne souvent dans des expositions parisiennes :

Moi (en fin d’année 2020) : J’ai préparé l’article de mars.

Sandrine : Tu es en avance. Tu vas parler du livre sur De Funès ?

Moi : J’ai déjà fait un article sur De Funès en novembre 2019, donc je pensais ajouter quelques mots sur le livre de cette année dans mon compte-rendu du mois d’octobre… ou alors je fais en même temps un compte-rendu du livre et de l’exposition à la cinémathèque, mais avec le calendrier que je me suis fixée, ça fera paraître mon article au mois d’avril…

Sandrine : Oui, ça fait tard.

Moi : Et en plus, ça me fait parler deux mois de suite d’un livre du même auteur. Je vais y réfléchir…

DEUX HEURES APRÈS

Moi : J’ai trouvé ! En fait c’est tout con ! L’exposition De Funès est programmée jusqu’en mai 2021. Donc même en l’ayant vu il y a peu, je peux poster sans problème l’article début 2021. J’ai juste à décaler mes articles déjà écrits et à publier celui-ci en février.

Sandrine (parodiant Catherine Frot dans Imogène McCarthery) : Mais oui !!! 💪👏👏👏  Bien joué maman !

Et voilà comment, en février 2021, je me retrouve à faire à nouveau sur ce blog un article sur Louis De Funès, avec certes le récit d’une exposition à la Cinémathèque, qui en plus d’être attendue, s’est faite attendre (coronavirus oblige), mais avec encore une fois, pour débuter une nouvelle année de lecture, un ouvrage de Philippe Lombard.

Louis de Funès à la Cinémathèque

Lorsque j’ai écrit mon article sur Louis De Funès en novembre 2019, c’était à l’occasion de la sortie d’un ouvrage, Louis de Funès, de Clémentine Deroudille, qui avait été publié à l’occasion de l’inauguration d’un musée De Funès à Saint-Raphaël.

La Cinémathèque française avait quant à elle annoncé une grande exposition consacrée au comédien, une annonce qui, si j’en crois l’article du Figaro ci-dessous, remontait à mars 2019, et avait provoqué de nombreux débats enflammés de cinéphiles pro et anti De Funès :

https://www.lefigaro.fr/cinema/2019/03/19/03002-20190319ARTFIG00137-la-retrospective-louis-de-funes-a-la-cinematheque-ne-fait-pas-rire-tout-le-monde.php

Là-dessus, évidemment, coronavirus, confinement, rediffusions multiples des films de De Funès avec La Grande Vadrouille, Le Corniaud, et j’en passe, programmés les après-midi, puis on a enchaîné avec la période estivale et les soirées, en alternant joyeusement entre Fantômas et les Gendarmes.

Enfin, les musées ont pu rouvrir, et l’exposition Louis De Funès a pu accueillir son public, depuis le 15 juillet et jusqu’à la fin octobre – et là bim ! fermeture à nouveau des musées – aux dernières nouvelles l’expo sera disponible jusqu’au 31 mai 2021 (il fallait bien au moins ça pour nous consoler de ne pas avoir pu la découvrir plus tôt) et peut-être d’ici là, les musées et autres lieux de culture auront pu rouvrir, même brièvement.

Globalement j’ai trouvé que cette exposition de la Cinémathèque était l’une des plus réussies dernièrement, avec un très bon équilibre entre les extraits sur grand écran et les ambiances sonores, les éléments de décor et de costumes, les documents d’archives et les affiches, le tout dans un espace assez aéré, fluide, et agréable.

Voici, ci-dessous un aperçu, et ce qui a retenu mon attention :

  • Découvrir Louis De Funès

L’entrée de l’exposition est, comme d’habitude à la Cinémathèque, relativement étroite, mais pensée de manière ludique : on est accueilli par la photo de De Funès grandeur nature – je dois le dépasser de 5 centimètres environ – et avec un générateur de gifs (photo 2) qui plaira aux petits comme aux grands : on choisit une humeur et un état résultant de cette humeur, et le visage de De Funès s’anime.

Les textes qui accompagnent tout le long le visiteur de l’exposition (photo 3) permettent un aperçu de sa carrière et organisent l’exposition en différentes salles colorées et thématiques ou chronologiques : Louis de Funès et le cinéma comique, le début de carrière, les films à succès qui ont chacun leur salle dédiée, les femmes de Louis de Funès au cinéma, mais aussi une petite section consacrée à « Louis Bio » témoignant de l’intérêt du comédien pour la nourriture et le jardinage.

  • Les documents d’archives

Un exemple parmi tant d’autres des documents d’archives proposés : les photos de tournage de La Traversée de Paris (photo 4).

Ce qui a retenu également mon attention : la très belle lettre (mentionnée plus haut) de François Truffaut à Gérard Oury (photo 5) à l’occasion de la sortie en salle du Corniaud, avec la réponse, tout aussi élégante, de Gérard Oury (photo 6).

Globalement, l’exposition est très riche en affiches, scénarios, lettres, extraits des carnets de Louis de Funès, et un certain nombre de documents sont numérisés et accessibles sur des écrans.

  • Costumes et décors (les pièces maîtresses)

Évidemment, ce qui retient l’attention, ce sont les scènes proposées sur les écrans géants, et la manière dont l’exposition met en scène différentes pièces cultes de la filmographie et de la vie de Louis de Funès. En voici une petite sélection :

Juste à l’entrée de l’exposition, le spectateur découvre à travers un jeu de miroirs les comiques muets qui ont inspiré De Funès (photo 7).

Les pièces les plus impressionnantes sont évidemment la DS de Fantômas (8), où l’on peut s’installer pour être pris en photo, et la fameuse 2CV du Corniaud (9), présentée avec les détonateurs qui permettaient à la voiture d’exploser littéralement dans cette scène culte.

En costumes on retrouve : la robe de la reine dans La Folie des grandeurs (10), accompagnée d’un montage vidéo très intéressant qui fait le parallèle entre le film et les tableaux de Velasquez, le costume de Rabbi Jacob (11), celui de l’extraterrestre dans La Soupe aux choux, et enfin Louis de Funès en adjudant chef Cruchot (13), avec un peu plus loin sa malle du Gendarme à New York.

Voilà pour cette très belle exposition proposée par la Cinémathèque, d’où je suis repartie avec, sous le bras, la série des Gendarmes (parce que pourquoi pas ?) et La Zizanie (parce que Girardot autant que De Funès), et que j’ai attendue très longtemps, mais franchement ça valait le coup !

Et ça m’a donné, au moins pour un moment, une petite bouffée d’oxygène avant de replonger dans un univers avec trois co- (covid, confinement et couvre-feu).

Paris façon Parigramme

C’est pendant la même période de confinement, télétravail, musées fermés et rediffusions intensives de films de De Funès, que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris : les aventures d’un acteur en vadrouille, publié chez Parigramme en mars 2020. 

Quoi, Philippe Lombard, encore lui ? Eh bien oui, et croyez-moi, cette année, vous n’avez pas encore fini d’en entendre parler…

Ce n’est pas la première fois qu’il nous offre des déambulations parisiennes avec comme compagnons de programme, au choix, cent films de légende, Truffaut ou Michel Audiard. Vous n’êtes pas cinéphile et vous voulez quand même découvrir quelques lieux de Paris ?

Faites un petit tour sur le site des éditions Parigramme, il y en a pour tous les goûts : de la poésie, de la mode, de la chanson, le Paris populaire, le Paris criminel, le Paris souterrain… j’avoue qu’à chaque fois que je vais sur leur catalogue, je me retiens de ne pas le commander en entier ! J’ai d’ailleurs reçu à Noël le Paris de Claude Sautet, dans lequel je ne tarderai pas à me plonger !

http://www.parigramme.com/catalogue.htm

Et donc ce Louis de Funès à Paris ?

De Funès à Paris : approche chronologique

Une chose m’a frappée lorsque j’ai eu cet ouvrage entre les mains : j’avais l’habitude des autres livres de Philippe Lombard chez le même éditeur, et du coup celui-ci m’a paru singulièrement petit.

Ce qui m’a frappée également, au-delà du plaisir que j’ai eu à retrouver scènes et anecdotes, c’est l’approche chronologique choisie par l’auteur.

Pour ce sujet et cette maison d’édition, on s’attendrait davantage à une approche géographique, avec des cartes, par arrondissements, ou des circuits. Ou bien une seule carte qui donne un aperçu de tous les lieux mentionnés. C’est peut-être ma seule petite réserve à la mise en page de cet ouvrage.

Au fond, je suis partie avec une idée en tête qui n’était pas la bonne : je m’attendais à suivre les personnages incarnés par Louis De Funès à l’écran dans Paris.

Au lieu de ça, c’est bien le comédien lui-même que je vais côtoyer d’une page à l’autre, depuis les planches des théâtres jusqu’à la cérémonie des Césars, en passant par le 45 rue Poliveau, l’opéra de Paris, les bains turcs, l’aéroport d’Orly ou le palais de l’Élysée.

Ce que cet itinéraire chronologique fait découvrir, ce ne sont pas les lieux, c’est l’homme. On y retrouve un être humain des plus touchants, avec des anecdotes assez savoureuses, celle de la pièce de théâtre Ornifle avec Pierre Brasseur, rapportée par Patrick De Funès :

En sortant du théâtre, Pierre Brasseur avait la fâcheuse habitude de faire la tournée des bistrots. Mon père repoussait avec tact ses invitations de se joindre à lui. Un soir, froissé de ces refus successifs, le comédien se permit une réflexion : »Alors, Bobone t’attend à la maison ? » Mon père, qui n’a jamais supporté la moindre critique sur sa femme, jugea bon de lui donner un petit coup de semonce dès le lendemain, en lui provoquant trois fous rires sur scène, par des improvisations inédites.

évidemment la scène d’ouverture du Corniaud avec Bourvil, ou encore la scène de l’opéra dans La Grande Vadrouille, où l’acteur, après avoir travaillé pendant des mois, dirige les musiciens, et se fait applaudir par ces derniers à la fin de la scène.

Sur chaque page, une image et l’anecdote qui lui est associée : on commence la promenade au théâtre Pigalle en mars 1948 déjà aux côtés de Gérard Oury, et on termine à la salle Pleyel en février 1980, en compagnie de Kirk Douglas, de Jerry Lewis, et du cinéma français de l’époque assemblé. 32 ans de carrière.

Si l’on feuillette l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris, c’est donc moins dans l’idée d’établir un itinéraire thématique – un circuit de telle durée, de telle rue à telle rue – que pour picorer ici et là quelques scènes d’anthologie, pour revoir Bourvil et De Funès aux bains turcs, et pour le refermer avec, pour parodier le générique du Kid de Chaplin, « avec un sourire, et peut-être une larme ».

Ou s’il faut paraître moins alarmiste, disons plutôt « avec de francs éclats de rire, et peut-être une petite larme d’émotion ».

Page 1 sur 4

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén