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Escapades cinéphiles 2025

Pour cet article de retour de vacances, je vous propose un petit circuit dans les expositions et les musées que j’ai pu visiter cet été, et qui m’ont permis de feuilleter ou de redécouvrir quelques ouvrages consacrés aux univers cinématographiques que j’ai côtoyés durant ces visites.

Cet article sera donc un moyen de garder un peu la tête ailleurs, tout en reprenant en douceur. J’en profite pour indiquer que, si j’ai délaissé depuis deux ans les hors-séries estivaux, qui me prenaient beaucoup de temps d’écriture, pour m’octroyer une véritable pause sur ce site, ce n’est pas moins durant l’été que je m’avance dans la lecture de mes ouvrages cinéphiles et dans l’écriture des articles de l’automne.

J’ai eu en effet un été très riches en lectures, et j’ai profité de quelques jours de calme au mois d’août pour préparer mes comptes-rendus de lecture de cette fin d’année (septembre, octobre, et novembre 2025) que vous pourrez retrouver sur ce site à chaque début de mois.

Mais n’anticipons pas trop et retournons, au moins pour quelques lignes, à notre été 2025 et à ses escapades cinéphiles.

Cinémathèque 2025 : Wes Anderson

C’était l’une des expositions de la cinémathèque que j’attendais avec le plus d’impatience, après leur magnifique exposition James Cameron de 2024.

Je n’ai cependant pu y aller que dans les derniers jours de cette exposition, qui était installée jusqu’à la fin juillet 2025, avant la fermeture estivale de la cinémathèque.

Les expositions de la cinémathèque : tentative d’analyse

En effet, pour les habitués du lieu (et pour les autres), la cinémathèque propose – si l’on s’appuie sur le calendrier scolaire – généralement une première exposition à l’automne (la prochaine, consacrée à Orson Welles, sera proposée du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026), puis une deuxième exposition de mars ou avril à la fin juillet, avant de fermer pour le mois d’août.

Je n’ai pas gardé en tête assez scrupuleusement les thématiques des expositions précédentes, mais chaque année permet aussi généralement de découvrir ou de redécouvrir une personnalité du cinéma (acteur ou réalisateur) et un univers thématique (l’enfance, l’espionnage…).

Pour l’année 2023-2024, après l’exposition consacrée à Agnès Varda installée d’octobre 2023 à janvier 2024, c’est l’exposition James Cameron qui a eu la part belle des lieux avec une exposition installée d’avril 2024 à janvier 2025… il faut dire aussi qu’avec les jeux olympiques et paralympiques se déroulant à proximité, l’attention se portait à l’été 2024 de l’autre côté du parc de Bercy.

Exposition Wes Anderson : mars-juillet 2025

Pour revenir aux origines de cette exposition, il a fallu me débattre avec l’architecture du site de la Cinémathèque, puisque j’écris cet article une fois l’exposition terminée.

Ce qui est donc mis en avant sur le site de la Cinémathèque, c’est donc l’annonce de la prochaine exposition, My name is Orson Welles, au mois d’octobre prochain.

Pour retrouver la trace de l’exposition précédente, le visiteur devra donc retourner sur un moteur de recherche, taper « Wes Anderson cinémathèque », et ainsi retomber sur la page du site dédié à l’exposition.

On y apprend qu’il s’agit de la première exposition consacrée au cinéaste, et pour les fans qui auraient loupé cette rétrospective parisienne, ou qui voudraient la retrouver au détour d’une escapade londonienne, elle sera installée sous une forme remaniée au Design Museum de Londres de novembre 2025 à mai 2026.

Comme l’exposition James Cameron qui la précédait, l’exposition consacrée à Wes Anderson était des plus réussies.

On y retrouvait toute la trame d’élaboration des projets du réalisateur, allant des carnets de notes minutieux (qui confinent à la maniaquerie) aux storyboards, en passant par les objets, les costumes et les éléments du décors.

 

Le véritable fan du réalisateur y trouvera son compte, depuis les premiers projets avec Bottle Rocket et Rushmore, jusqu’aux derniers films (l’exposition se clôt avec Asteroid City) en passant par ses célèbres incursions dans le cinéma d’animation, avec Fantastic Mr Fox et L’Île aux chiens.

Pour ma part, malgré un petit rattrapage tardif pour À bord du Darjeeling Limited, j’ai suivi scrupuleusement l’oeuvre du réalisateur, à l’exclusion de ses tout derniers films, j’allais donc en terrain connu avec cette exposition.

J’ai l’impression d’ailleurs qu’à l’instar de Quentin Tarantino, Wes Anderson se bonifie avec le temps. J’avais adoré Rushmore lorsque je l’ai découvert, mais mes préférés à ce jour sont The Grand Budapest Hotel et The French Dispatch. Il me manque donc Asteroid city et The Phoenician Scheme pour vérifier cette théorie.

Trouver un livre sur Wes Anderson

Il était du coup naturel pour moi de me rendre directement à la librairie de la Cinémathèque à la fin de l’exposition, pour jeter un coup d’oeil au catalogue et aux autres ouvrages proposés.

Cependant, tous ceux que j’ai pu feuilleter ce jour-là soit allaient pour moi au rebours de la fantaisie du réalisateur et au foisonnement de son imaginaire – j’avoue que le catalogue en lui-même a suscité une réaction digne de quelqu’un que la lecture rebuterait : trop de texte, pas assez d’images – soit étaient disponibles uniquement en anglais.

J’y ai vu un abécédaire qui me semblait assez sympathique, mais toujours en anglais, un ouvrage sur les lieux de ses tournages (Accidentally Wes Anderson), un autre, non officiel, consacré à sa filmographie, et finalement ceux qui ont retenu mon attention, et rendent selon moi le mieux justice au réalisateur, sont ceux, encore une fois en anglais, de Matt Zoller Seitz, The Wes Anderson Collection, le premier publié en 2013, un deuxième consacré au Grand Budapest Hotel, et un troisième sur Asteroid City.

Enfin, pour clôturer cette rétrospective Wes Anderson, j’ai souvenir d’avoir vu à Angoulême en 2021 une exposition éphémère à la Cité internationale de la bande-dessinée et de l’image, qui revenait sur le tournage de The French dispatch, qui avait eu lieu dans la ville.

Influences cinéphiles : quelques pas à Cologne

Pour cette deuxième étape, quelques lignes suffiront. J’ai en effet profité d’un séjour à Cologne cet été pour visiter le musée du parfum et le musée du chocolat.

La première visite, en français, vous plonge grâce à son guide (en costume du 18e siècle) dans l’univers du parfum, vous donne envie de relire le roman de Patrick Süskind, et de revoir son adaptation, même si elle a ses détracteurs.

La seconde visite a des allures de Charlie et la chocolaterie, vous y découvrez les secrets de fabrication du chocolat, et l’exposition se termine sur une salle où se croisent Tim Burton et Harry Potter.

Disney 100 : l’exposition

La dernière étape de ces escapades cinéphiles 2025, contrairement à l’exposition Wes Anderson, est actuellement toujours disponible, jusqu’au 14 octobre prochain.

C’est un morceau de choix, puisqu’il s’agit de l’une de ces expositions proposées à Paris Expo, Porte de Versailles.

Promenade de Mickey à Star Wars

Chacune des expositions que j’ai pu visiter dans ce lieu m’a véritablement marquée : il y a eu l’exposition Titanic l’an dernier (qui faisait un beau pendant à l’exposition James Cameron et à une exposition consacrée à la mer au cinéma au Musée de la marine), mais aussi une exposition Harry Potter et une exposition Game of Thrones les années précédentes.

Si le billet n’est pas toujours à un prix accessible, cela vaut tout de même généralement le détour, et ça se vérifie encore pour cette exposition consacrée aux 100 ans de Disney.

Dessins, photographies, extraits musicaux, documentaires sur les effets sonores et sur la construction des films, objets, reconstitutions de décors, l’immersion est totale. À tout scruter de près, on peut bien y rester trois heures, peut-être même davantage.

Évidemment, on retrouve les premiers films, et la création du personnage de Mickey puis de tous les autres, la genèse et l’expansion de l’empire Disney, qui s’étend non seulement aux parcs d’attraction mais aux univers Star Wars et Marvel. Que l’on soit petit ou grand, on retournera forcément en enfance pour se faire prendre en photo à côté de Simplet en pleine sieste, d’un des chevaux de bois de Mary Poppins ou à côté de Chewbacca, R2D2 et C-3PO.

L’exposition se clôt avec un film qui convoque tous les personnages des studios Disney qui décident de se réunir pour une photo de groupe.

Et côté livres, ça donne quoi ?

Comme pour Wes Anderson à la Cinémathèque, on reste un peu sur sa faim pour cet aspect de l’exposition. Il y a bien une encyclopédie, mais je l’ai quelque peu boudée, en particulier parce que je me suis souvenue d’un détail qui a son importance.

Pour rendre justice, encore une fois, au foisonnement visuel d’un univers comme celui de Disney (et ce dont les amateurs et spécialistes de Wes Anderson pourraient bien s’inspirer), rien de mieux que les éditions Taschen.

J’en avais parlé il y a quelques temps, car pour ce qui concerne des archives de cinéma, Taschen est passé maître en la matière, même si les premières éditions des ouvrages sont à des prix généralement prohibitifs (comptez une version XXL à 150€, contre une version normale à 75€, voire une version compacte à 25€).

Néanmoins, pour ce qui concerne Disney, leur catalogue commence à vraiment bien s’étoffer (même si certains ouvrages restent pour l’instant uniquement disponibles en anglais, mais ne désespérons pas !).

Il y a évidemment la merveille des merveilles : The Walt Disney Film Archives (1921-1968), un bijou qui revient sur la création des premiers Disney jusqu’au Livre de la jungle.

Mais il y a aussi les autres, consacrés au personnage de Mickey, à celui de Donald, aux parcs d’attraction, ainsi qu’un petit dernier qui n’est pour l’instant disponible qu’en anglais : Walt Disney’s Children’s Classics 1937–1953, qui reprend les histoires dérivées des films que certains d’entre nous ont lu étant enfants.

Et pour ceux qui souhaiteraient (comme moi) prolonger l’aventure par autre chose que par la lecture, il y a une très belle réalisation, malheureusement actuellement en réassort, proposée par Lego : la caméra Hommage à Walt Disney, que j’ai toujours à construire, mais j’attends le retour définitif de l’automne et des soirées et week-ends pluvieux.

D’ici là je vous souhaite une belle reprise, bon courage à toutes et tous, et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Printemps espagnol

Pour ce nouvel article cinéphile, je cède à la facilité (et au manque d’inspiration) dans le choix du titre.

Après avoir consulté les titres de mes derniers articles sur le cinéma, et après être retombé sur celui de septembre 2024, « Étés anglais », je me contente donc d’un sobre « Printemps espagnol », laissant l’exubérance et la profusion au contenu de l’article à défaut de son titre.

Je profite aussi de ce nouveau compte-rendu de lecture pour dresser un panorama subjectif de la culture hispanique, mêlant ici films et lectures, sans forcément m’arrêter aux subtilités géographiques. Ce panorama ressemble d’ailleurs beaucoup à celui que j’avais dressé du cinéma espagnol il y a quelques années…

Mon parcours scolaire m’a conduite à apprendre l’allemand, l’anglais et le latin, et donc à n’avoir qu’une approche très lointaine des problématiques culturelles, identitaires et politiques des pays hispanophones, tout en ayant en parallèle une attirance certaine pour ces cultures.

Très récemment, j’ai commencé à apprendre l’espagnol et je me heurte à la difficulté de la prononciation puisque ma langue maternelle et la langue anglaise viennent parasiter chaque syllabe et transformer l’expression « parler comme une vache espagnole » (pourquoi d’ailleurs ici s’en prendre systématiquement aux bovins ibériques, je n’ai eu l’explication qu’en la cherchant au cours de la rédaction de cet article).

Je ferai donc se succéder ici les références castillanes et catalanes, les expériences de lectures lointaines et récentes, et les images venues tout aussi bien de l’autre côté des Pyrénées que de l’autre côté de l’Atlantique.

L’auberge espagnole

Si je me concentre exclusivement sur la Catalogne et sur sa capitale, c’est un souvenir un peu ancien qui remonte à la surface : celui de L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, sorti en 2002.

Ma mémoire me joue des tours : ai-je vu le film à sa sortie, je ne suis pas sûre, j’étais encore au lycée et les histoires d’étudiants qui partaient passer un an en Erasmus à l’étranger ne retenaient pas encore mon attention.

Et pourtant cette déambulation festive dans Barcelone et les premières subtilités des identités hispaniques (catalan VS castillan) m’avaient marquée et l’énergie de ce film choral m’avait donné envie de poursuivre l’aventure avec Les Poupées russes. Casse-tête chinois m’a laissée plus perplexe, même si j’ai retrouvé l’esprit de l’expérience originelle avec la série Salade grecque en 2023.

Zafón : le deuil impossible

Au-delà de mon expérience cinéphile, sur laquelle je reviendrai un peu plus bas, une figure indétrônable a accompagné et construit depuis une quinzaine d’années ma culture espagnole, c’est celle de Carlos Ruiz Zafón.

C’est donc à nouveau Barcelone que je convoque ici. Lorsque j’ai visité cette ville pour la première fois en 2009, c’était justement à l’invitation d’une amie qui y passait une année en Erasmus. Elle m’avait donné comme consigne de lire, soit avant mon séjour, soit dans l’avion, le livre L’Ombre du vent.

Je n’avais alors jamais entendu parler de l’auteur, je ne connaissais quasiment rien à la littérature espagnole, mais j’avais respecté la consigne, au point de ne plus pouvoir décoller du livre pendant mon séjour.

Par la suite j’ai acheté et dévoré frénétiquement les ouvrages de Carlos Ruiz Zafón, guettant chaque nouvelle publication (en particulier la tétralogie du cimetière des livres oubliés) et me félicitant que l’auteur, relativement jeune, allait accompagner pendant de longues années mon parcours de lectrice… jusqu’en 2020.

Zafón m’a alors laissée orpheline (comme beaucoup de lecteurs), et j’ai cherché depuis à combler ce vide qui m’évoquerait soit sa ville, soit sa culture.

Je me suis plongé dans un polar au titre évocateur, Le Bourreau de Gaudi, d’Aro Sáinz de la Maza, où l’architecture de Barcelone fait là aussi figure de personnage principale. J’ai suivi un temps les pas d’Arturo Pérez Reverte, dont j’avais adoré Deux hommes de bien et le premier volet des aventures du Capitaine Alatriste, dont je dois toujours lire la suite.

Je regrette encore qu’un livre aussi cinématographique que L’Ombre du vent n’ait jamais fait l’objet d’une adaptation, mais simultanément, quelle adaptation pourrait rendre justice à une telle oeuvre ?

Plus récemment, comme élargissement de mon horizon hispanique, ce sont les ouvrages de Catherine Bardon, et sa saga des Déracinés qui m’ont accompagnée et qui ont fait jaillir dans mon cerveau des images, des parfums et des couleurs au dépaysement salutaire.

Le mois dernier, j’avais alors, quatorze ans après ma première visite et cinq ans après le décès de Zafón, un séjour à Barcelone prévu à mon agenda, un autre ouvrage de Catherine Bardon sur ma pile de lecture mais aussi un livre de Pedro Almodóvar, et c’est avec un réalisateur madrilène que j’ai préparé ce retour à l’heure espagnole.

Almodóvar, un peu, beaucoup, passionnément ?

Malgré quelques tentatives infructueuses, et malgré des lectures qui commencent à dater un peu, comme le très beau Le Cinéma espagnol : 250 films incontournables de la cinématographie hispanique et latino-américaine, du cinéma sonore à nos jours (ouvrage publié en 2011), la quasi totalité de ma culture cinématographique hispanique repose sur Almodóvar. 

Pourtant dans ce très bel ouvrage, sur 250 films incontournables, on ne retrouve que cinq films de ce dernier : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, La Loi du désir, Femmes au bord de la crise de nerfs, Tout sur ma mère et Volver.

De loin, les deux derniers emportent ma préférence.

Je suis loin d’avoir également une vision exhaustive de la filmographie d’Almodóvar, l’ouvrage qui lui est consacré dans ma bibliothèque a été publié en 2007 et n’a pour l’heure pas fait l’objet d’une réédition plus récente.

J’ai eu une période où j’allais systématiquement voir chaque film de ce réalisateur à sa sortie, et où j’avais aussi essayé de voir ses premières oeuvres. J’ai donc successivement vu : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, Femmes au bord de la crise de nerfs, Kika, Attache-moi, Parle avec elle, La Mauvaise éducation, Les Amants passagers. Douleur et gloire attend encore dans ma bibliothèque, et je n’ai pas vu les plus récents.

J’ai laissé volontairement de côté mes préférés, dont l’histoire, les acteurs, l’atmosphère et la musique continuent de m’accompagner : Talons aiguilles, La Fleur de mon secret, Tout sur ma mère et Volver.

Je ferme les yeux et je revois encore Marisa Paredes dans Talons aiguilles ou dans La Fleur de mon secret, j’entends encore Piensa en mi ou la chanson Volver, je revois les femmes de la prison improviser une danse toujours dans Talons aiguilles, le fils dans tout sur ma mère regarder All about Eve ou lire Truman Capote (Musiques pour caméléons) et aller voir Un Tramway nommé désir, et les femmes du village de Volver astiquer les tombes du cimetière.

Autobiographie non officielle

C’est donc avec ces images en tête, et même en n’ayant pas vu les films les plus récents que j’ai croisé dans les rayonnages de ma librairie l’ouvrage suivant :

Le Dernier rêve a été publié aux éditions Flammarion en août 2024, et j’avais prévu de le lire au début de 2025, mais j’ai un peu trainé, et ce n’est qu’en préparant mon séjour à Barcelone que j’ai décidé de me plonger dedans.

L’image de la couverture s’était d’ailleurs quelque peu transformée dans mon esprit, et je voyais un saut de popcorn à la place du pot de fleurs… mais je trouvais que ces deux images superposées, celle de mon esprit et celle réellement imprimée sur le livre, donnaient une bonne idée du réalisateur.

Ce recueil de textes réunis assez modestement donne un aperçu relativement fidèle de l’univers d’Almodóvar, et il le présente comme tel dans sa préface : les écrits assez personnels et indirectement autobiographiques, destinés à être transformés en films si la fantaisie lui en prend, ou qui l’ont déjà été.

Dans La Visite, on retrouve avec appréhension des éléments de La Mauvaise éducation, des réminiscences de Tout sur ma mère se glissent entre les lignes de Trop de changements de genre.

D’autres textes sont plus inattendus : une histoire de vampires avec La Cérémonie du miroir, des échos à L’Étrange histoire de Benjamin Button dans Vie et mort de Miguel, la rencontre du Christ et du voleur Barabas dans La Rédemption, une réécriture de La Belle au bois dormant teintée d’histoire espagnole avec Jeanne, la belle au bois dormant.

Et pour le coup, des récits beaucoup plus personnels avec Le Dernier rêve, Souvenir d’un jour vide ou Un mauvais roman, qui reviennent sur des souvenirs ou sur son rapport à l’écriture. L’avant-dernier, Souvenir d’un jour vide, était peut-être mon préféré.

L’ensemble est à l’image du cinéma d’Almodóvar, protéiforme et foisonnant, et pour quelque chose qui n’est pas une autobiographie, on y retrouve davantage son univers que pour d’autres publications, comme celle de Pascal Thomas, Souvenirs en pagaille, même si là encore, le fond et la forme sont à l’image de celui qui les a façonnés.

Le livre refermé, j’étais d’autant plus prête pour mon escapade espagnole, j’avais envie à nouveau de découvrir d’autres réalisateurs et j’avais surtout envie de revoir les films d’Almodóvar, voire de prolonger le voyage en relisant un livre hommage sous forme de fiction, et publié en 2008, Le Théorème d’Almodóvar, d’Antoni Casas Ros, encore un ouvrage dont le souvenir m’est revenu durant l’écriture de cet article, et qui traduit bien l’inquiétante étrangeté dans laquelle certains des films de l’exubérant madrilène nous plonge.

Et passées ces visions kaléidoscopiques, je suis retournée me débattre avec mon vocabulaire et ma prononciation.

Celui qui préférait la VO

28 octobre 2023.

Nous sommes certainement – si ma mémoire est bonne – en pleines vacances scolaires. Mon réveil n’est peut-être pas très matinal mais à une heure sans doute raisonnable, il doit être aux alentours de 8h, 9h du matin.

Comme chaque matin, je prends mon téléphone et je jette un coup d’oeil à ce qui s’est passé pendant le laps de temps où je ne l’ai pas eu entre les mains : notifications, SMS, rappels, boîte mail, réseaux sociaux (Twitter s’appelle déjà X mais reste encore à peu près vivable, et je commence à aller un peu plus sur Instagram).

Le statut Whatsapp d’une connaissance attire alors mon attention, et je mets un peu de temps avant de comprendre… Sur ce statut, une photo de Matthew Perry, et à côté du nom Chandler, un smiley attristé.

À ce moment, l’information atteint (enfin) mon cerveau encore embrumé – je n’ai pas encore pris ma dose matinale de caféine et j’ai cette décharge électrique de tristesse qui continue à me surprendre : je réalise que le décès de Matthew Perry me touche un peu plus que j’aurais pu l’imaginer.

Génération Friends ?

Si je n’ai pas forcément fait partie des premiers spectateurs de la série Friends (sa diffusion française a commencé en 1996, 2 ans après le début de la série, j’avais alors une dizaine d’années, et mes parents détestaient les séries télévisées avec des rires enregistrés), je suis tombée dans la marmite un peu plus tard, quasiment au moment où la série tirait sa révérence outre-Atlantique, puisque j’avais pris l’habitude de la regarder avec des copines pendant mes études, et j’ai ensuite racheté les 10 saisons en DVD.

Au gré de ses rediffusions sur les plateformes, il m’arrivait de la voir et de la revoir en boucle, et comme j’avais mordu à l’hameçon de la VO un soir dans un internat de prépa, il m’a été depuis impossible de retourner à la version française.

Depuis je ne compte plus les discussions, les références, les citations, le petit plaisir de chercher les noms des personnages sur un moteur de recherche bien connu pour y voir encore et encore les animations associées, les gifs, les mèmes en lien avec Friends. Je n’ai pas encore cédé à la tentation de la Friends experience à Paris, mais un jour, très certainement.

Pour finir de comprendre l’impact que le 28 octobre 2023 avait eu sur moi, j’ai repensé récemment au récit d’une amie un peu plus âgée, le 3 octobre 2024.

Elle reçoit sur son téléphone un appel (ou un message, je ne sais plus) de son mari : Jean-Claude est mort. Sa première réaction est de se demander à quelle connaissance fait référence son mari, avant qu’il ne lui donne lui même la solution de son message : Michel Blanc, l’un des membres de la troupe du Splendid, vient de décéder brutalement.

De la même manière qu’il était pour eux impossible de ne pas associer Michel Blanc à cette bande de copains qui était aussi la leur et donc de voir dans la disparition de l’acteur cet arrachement au personnage, il était impossible pour les membres de la génération Friends de séparer Matthew Perry de Chandler, quels qu’aient pu être les efforts de l’un comme de l’autre pour s’échapper d’un rôle aussi marquant qu’encombrant.

Dix ans après l’arrêt de la série, un ouvrage passionnant était publié aux Presses Universitaires de France, et dont j’avais déjà fait le compte-rendu sur ce site :

Friends : Destins de la génération X, de Donna Andréolle, paru en février 2015, proposait alors une lecture générationnelle, politique et sociale de la série.

J’avais à l’époque pris beaucoup de plaisir à cette lecture, qui me rappelait de quelle manière Friends avait joué son rôle de « chaperon » ou de « doudou » pour moi – et certainement pour toutes les personnes ayant commencé à regarder la série au même âge que moi – et m’avait accompagné avec douceur, épanouissement et humour de ma vingtaine à ma trentaine.

Les clés de lecture proposées par Donna Andréolle m’avait aussi permis de décoder ce qui m’avait plu dans cette série au-delà justement de l’humour et des bonnes relations entre copains, notamment la façon dont Friends était parmi les premières à traiter d’une manière aussi détendue des questions telles que le mariage homosexuel, la procréation assistée ou l’union libre, ouvrant ainsi la voie aux autres séries, qui chercheraient elles aussi à embarquer une génération comme How I met your mother ou The Big bang theory.

Dix ans après, quinze ans après, vingt ans après

L’ouvrage de Donna Andréolle étudiait le phénomène Friends une dizaine d’années après la fin de la série, marquant rétrospectivement l’un des éléments qui avait construit ma génération (en tout cas celle à laquelle j’entendais appartenir) au même titre que Harry Potter ou Kaamelott.

Je guettais alors les nouvelles, les apparitions des acteurs de la série (constatant d’une manière parfois cruelle que certains vieillissaient mieux que d’autres, ou que la carrière de l’un avait réussi un peu mieux à se détacher de son rôle emblématique que ses camarades) et les annonces d’éventuelles retrouvailles.

Pourtant, c’est sûrement le besoin de garder le souvenir de cette bande de copains figé dans leur vingtaine voire leur trentaine qui m’a retenue de regarder l’épisode inédit de leurs retrouvailles diffusé en 2021.

J’ai cédé cependant à la tentation des produits dérivés, avec l’acquisition d’un jeu de plateau assez sympathique qui permettait de tester ses connaissances sur la série :

Et le 28 octobre 2023, avec la consultation d’un statut Whatsapp, j’ai appris la disparition de mon personnage préféré.

The one with the french edition

Un an après cette disparition, sortait l’édition française d’un guide officiel de la série, publié pour ses 30 ans.

Sur la première de couverture d’un beau violet avec un cadre des plus reconnaissables, figurait le titre Friends : Celui qui voulait tout savoir sur la série. Un rappel des titres de chacun des épisodes dans leur traduction française : les « The One with… » anglais sont traduits par « Celui qui… » en français.

Sous-titre : Le guide officiel de tous les personnages, citations et moments cultes. La couverture mêle quelques photos, des objets et des citations emblématiques qui annoncent tout de suite la couleur.

Le point positif de cet ouvrage est qu’il remplit parfaitement sa double fonction : celle, annoncée, du guide officiel, parce qu’on y retrouve à peu près tout ce qui concerne la série, et celle implicite du doudou qui va accompagner le fan dans cette nouvelle plongée dans l’univers de Friends.

Petits florilèges des pages incontournables :

  • les arbres généalogiques des différentes familles des personnages
  • les citations cultes
  • les apparitions de Janice
  • les flashbacks
  • les apparitions de guest-stars
  • les animaux
  • les films, émissions TV et pubs
  • les livres
  • la nourriture

Le point négatif de cet ouvrage est que certains éléments sont tronqués dans la mise en page (il manque la fin d’une phrase pour au moins deux pages du livre).

L’autre point qui m’a déstabilisée, mais qui est lié au fait que j’ai toujours regardé cette série dans sa version originale, est que certains éléments m’échappaient totalement dans leur traduction française.

Même si je sais par exemple que l’épisode où Phoebe tente désespérément d’apprendre le français à Joey a dû être transformé dans la version française en une tentative désespérée de lui faire apprendre l’espagnol, je ne parvenais pas à me détacher de mes souvenirs en VO.

Et si je n’ai pas boudé mon plaisir pour ces retrouvailles, la tentation est grande de mettre la main sur l’édition originale de l’ouvrage, Friends Book of Lists: The Official Guide to All the Characters, Quotes, and Memorable Moments, même s’il ne reprend pas dans son titre le petit clin d’oeil trouvé par l’édition française aux titres des épisodes. 

Un détail dans la comparaison des deux couvertures a d’ailleurs attiré mon attention : l’édition française a conservé les citations « I know », « Joey doesn’t share food ! », « We were on a break ! » etc. dans leur version originale.

Quoi qu’il en soit, ce guide officiel reste un excellent ouvrage sur la série, qui permet de retrouver presque instantanément et simultanément l’envie de la regarder à nouveau du début à la fin et la joie d’en saisir les moindres détails.

Et l’envie m’a de nouveau tenaillée, lorsque, durant la rédaction de cet article, je me suis amusée à retrouver les jeux qui prenaient appui sur l’univers de Friends, et je suis tombée sur celui-ci :

Ou encore sur celui-ci :

Et je me suis rendue compte qu’ils étaient édités par la même maison que la version française de mon guide, 404 éditions, qui se consacre à la culture geek.

J’ai arrêté ma promenade nostalgique à ce moment là, ça devenait trop dangereux !

J’ai refermé le guide en savourant la presque homonymie de son auteure avec une célèbre comédienne française, et je suis retournée voir mes épisodes préférés de Friends.

Bref (pour paraphraser une autre série générationnelle qui a fait son retour cette année), j’ai lu un livre sur Friends.

Voix de femmes

Avec ce nouvel article cinéphile, j’aimerais renouer avec mon habitude d’évoquer des figures féminines au mois de mars sur ce site.

J’avais dérogé l’an dernier avec cette habitude, parce que je n’avais pas déniché d’ouvrages, plus ou moins récents, qui évoquent une femme de l’univers du cinéma (comédienne, réalisatrice, scénariste…), ou en soient l’oeuvre.

Et pourtant, il est certain que l’an dernier, comme au cours des mois précédents, ces ouvrages ont été publiés, mais encore faut-il que j’ai le déclic, le coup de coeur, et ce coup de coeur n’est pas forcément immédiat ou linéaire.

Ainsi les livres dont je  vais parler dans un instant, je n’ai pas décidé spontanément de les réunir, il m’a fallu, au-delà de leur lecture, imaginer des ponts entre eux, autre que celui cédant à la facilité d’être écrits par des femmes.

Il y a également un livre dont j’aurais adoré parlé dans cet article, mais il vient tout juste d’être publié, et au moment où j’écris ces lignes, je ne l’ai pas encore entre les mains… je le garde donc précieusement en tête et y reviendrai dans les mois à venir.

Réunir des voix

Depuis quelques mois, je ne prépare plus frénétiquement mes articles cinéphiles à l’avance comme j’ai pu le faire auparavant.

Je laisse le livre ou les livres venir à moi, je les lis quand l’envie m’en prend, je laisse le temps infuser la lecture tranquillement, et quand enfin le moment est venu, je rassemble les fils et me pose pour écrire cet article juste quelques jours – au mieux une à deux semaines – avant de le publier.

J’ai toujours ma pile de lectures cinéphiles, et j’ai toujours en tête l’idée d’écrire sur tel livre à tel mois de l’année, et l’un des livres dont je vais parler aujourd’hui ne fait pas exception.

Sur ma pile cinéphile, il y a actuellement encore quatre livres qui attendent patiemment d’être intercalés entre mes autres lectures, cinq si l’on ajoute la publication récente que j’évoquais plus haut.

Il y a quelques mois, j’ai délaissé pour un temps encore indéterminé les lectures scientifiques et je n’ai gardé que mes lectures plaisir et mes lectures cinéphiles.

Pour mes lectures plaisir, j’avais une liste qui sommeillait depuis deux ou trois ans et que j’entamais à peine chaque année, je me suis remise à l’entamer consciencieusement, et parmi ces textes, un certain nombre sont l’oeuvre de femmes, et j’ai eu envie d’en réunir quelques-unes.

Delphine de Vigan, roman et théâtre

Depuis trois ans, sur ma liste de lecture, revenait parmi les autres titres un ouvrage de Delphine de Vigan publié en 2021 : Les Enfants sont rois.

Il n’apparaissait pas forcément en bonne place, et j’ai perdu au fur à mesure l’habitude de rajouter des titres sur cette liste qui n’en finit pas.

Qu’importe, je la recopie scrupuleusement d’une année à l’autre, même si je sais très bien que je suivrai davantage ma fantaisie que la liste en question… comme lorsque l’on va faire ses courses en ayant une idée précise de recette, mais que l’on cède finalement à la tentation d’un autre menu.

Néanmoins, j’avais la ferme intention de découvrir ces textes qui m’attendaient depuis des mois, et Les Enfants sont rois en faisaient partie.

Bien m’en a pris, car cette lecture tardive de 2024, cette dystopie vertigineuse, a été l’un de mes coups de coeur de fin d’année, et je me suis félicitée d’avoir acheté le livre pour le CDI.

Mélanie Claux est une fan de télé-réalité de la première heure, ayant par le passé échoué à devenir célèbre à la télévision grâce à l’émission Seuls dans le noir. Désormais épouse de Bruno Diore – dont elle prend le nom – et mère de famille, elle met ses deux enfants Sammy et Kimmy en avant sur les réseaux sociaux, notamment sur YouTube via la chaîne Happy Récré, où ils sont suivis par des millions d’abonnés.

Un jour, alors que les enfants font une partie de cache-cache dans leur résidence, Kimmy, âgée de seulement six ans, disparaît. S’ensuit alors la rencontre entre Mélanie et la policière Clara Roussel qui mène l’enquête sur la disparition de l’enfant, disparition qui se révèlera être un enlèvement. À travers son enquête, Clara découvre les dessous d’un monde où l’exploitation, la surconsommation et l’exposition accrue et forcée des enfants font partie dominante de leur vie.

J’ai dévoré ce livre glaçant en quelques jours, et j’ai été portée tout du long par son écriture virtuose, sa manière de nous confronter à nos failles – du narcissisme au voyeurisme – et à notre usage compulsif des réseaux sociaux et de leurs dérives, jusqu’à l’écoeurement.

Je suis sortie de cette lecture comme on sort d’une projection de Fenêtre sur cour (ou plus récemment de Dans la maison, de François Ozon), du visionnage d’un épisode – lointain dans mon souvenir – de Black Mirror ou de Westworld, avec le même sentiment d’inconfort et de culpabilité.

Moi qui ai l’habitude de poster mes lectures, j’étais évidemment tiraillée entre l’envie de partager cette expérience et l’ironie de la situation à laquelle l’auteure m’avait confrontée.

C’est avec la voix de Delphine de Vigan que j’ai donc décidé de prolonger l’expérience, d’abord en regardant l’adaptation de son roman en série télévisée (disponible sur Disney +). Cependant, malgré la qualité de l’interprétation, j’ai été déçue, comme souvent, que cette adaptation ne rende pas suffisamment justice à la complexité du roman.

Ensuite, j’ai récupéré sur ma pile de lectures cinéphiles le dernier texte de l’auteure, Les Figurants, publié en 2024.

À nouveau, dans ce court texte, c’est une curieuse mise en abyme que nous propose Delphine de Vigan, et puisque l’on parle de voix dans cet article, il s’agit ici de donner une voix, non pas aux invisibles, puisqu’ils sont omniprésents au cinéma, mais à ceux dont on n’entendra jamais la voix dans un film.

Didier Blondel l’avait déjà fait au singulier dans l’un de mes livres préférés consacrés au cinéma : Le Figurant. Le tour de force de Delphine de Vigan est justement de leur redonner la parole, cette fois au théâtre et au pluriel, avec Les Figurants.

Au cinéma ou dans les séries, les figurants sont toujours flous, de dos ; ils ne font que passer. À la fois invisibles et indispensables, ils font partie de l’image, de sa fabrication, de son réalisme, mais doivent se fondre dans le décor. Avoir l’air vrai sans se faire remarquer. En transposant le plateau de cinéma sur une scène de théâtre, Delphine de Vigan leur offre le premier plan, le premier rôle, le devant de la scène. Cécile, Orso, Bruno, Joyce et Nora se rencontrent sur un tournage. Ils sont plus ou moins dirigés par un assistant totalement débordé. Peu à peu, les rôles s’inversent… Et si nous étions, tous, les figurants d’une vaste histoire qui nous dépasse ?

Je suis généralement assez réticente lorsqu’il faut lire du théâtre, mais j’ai justement apprécié que chacun de ces personnages, auxquels on s’attache d’une manière si éphémère, ait sa voix et sa personnalité propre, avec son parcours, ses anecdotes et son espoir que cette voix unique soit enfin entendue et remarquée.

Hélène Gestern et Valérie Perrin : voix, images et musique

Ma découverte de Delphine de Vigan est toute récente. Les auteures que je convoque à présent font partie de mon univers littéraire depuis un peu plus longtemps.

Elles ont toutes les deux en commun une écriture toujours inattendue, et un imaginaire qui mêle la musique, les photographies, les voix et le cinéma à la perfection, ce qui a pour conséquence qu’on ne lâche pas facilement leur livre une fois la lecture entamée.

555

Une amie m’avait fait découvrir Eux sur la photo, d’Hélène Gestern, en m’en faisant la lecture à voix haute pendant le confinement – cette lecture, et celle de Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco, sont gravées dans ma mémoire. Ma lectrice me donnait immédiatement envie d’avoir le livre entre les mains.

C’est donc tout naturellement que j’ai ajouté 555, publié en 2022, à ma liste de lecture.

C’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que Grégoire Coblence, l’associé d’un luthier, découvre une partition ancienne.
A-t-elle été écrite par Scarlatti, comme il semble le penser ? Mais, à peine déchiffrée, la partition disparaît, suscitant de folles convoitises. Cinq personnes, dont l’existence est intimement liée à l’œuvre du musicien, se lancent à la recherche du précieux document sans se douter que cette quête éperdue va bouleverser durablement leur vie.

De ce texte, j’ai aimé l’érudition musicale, qui m’a donné envie de découvrir Scarlatti, l’odeur de l’atelier de lutherie, des bois que l’on travaille et des vernis, les salles de concert et le son du clavecin, du piano, du violoncelle et du violon, les pièces, du chevalet à l’âme et le frottement de l’archet sur les cordes, les différentes voix des protagonistes, et la quête frénétique de cette partition.

Tata

C’est à une autre quête, tout aussi artistique, que nous convie Valérie Perrin dans Tata.

« Colette est remorte. Ce mot n’existe nulle part. Remourir, ça n’existe pas. »

Colette était une femme sans histoire. C’est du moins ce que l’on croyait jusqu’au jour où sa nièce apprend son décès par un appel de la police. Car Colette, sa tante unique, a déjà été enterrée il y a trois ans…

Cette histoire haletante m’a remémorée par association d’idées et dans le désordre des histoires tout aussi différentes que Thirteen reasons why ou Cinema Paradiso.

Tata est l’un de mes coups de coeur de lecture de 2025, et s’y retrouvent des personnages de musiciens, d’acteurs, de réalisateurs, d’écrivains et de journalistes, tout un univers foisonnant emporté par un souffle sur plusieurs décennies, et porté par les voix de plusieurs femmes, là encore, dont celle de Colette, enregistrée sur cassettes.

D’aucuns pourront penser que Valérie Perrin, comme Mélissa Da Costa, excelle dans le roman feel good (et à y réfléchir, pas si feel good que ça). On peut y voir une critique, j’y vois une qualité, et je ne regrette aucun des moments passés avec ces deux auteures, et leurs textes, qu’il s’agisse pour l’une de Changer l’eau des fleurs et de Trois, pour l’autre de Tout le bleu du ciel.

Une soif de mots et d’histoires

J’emprunte l’intitulé de cette dernière partie à un roman bijou qui a été ma première lecture de 2025, et que je place encore au-dessus de mes lectures précédentes.

De ma pile de lectures, là encore, j’ai extrait trois textes, qui y sommeillaient, et que j’ai découvert entre décembre et janvier.

  • La Commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz

À nouveau, je suis tombée, avec ce texte, qui ne fait pas partie des publications les plus récentes, sur une magnifique histoire de femmes, entre Espagne et France. De cette lecture, je garde évidemment des couleurs chatoyantes, des odeurs, une lumière (et quelques ombres), des herbes et des épices, des voix et des musiques.

  • William, Stéphanie Hochet

Ce deuxième texte est à la fois le récit d’une quête et celui d’un dialogue. Au moment où Arte diffusait un fabuleux documentaire en trois parties sur Shakespeare, avec entre autre les participations de Judi Dench, Ian McKellen et Helen Mirren, j’étais plongée dans ce subtil portrait de William, à la recherche de ses années perdues.

L’auteure tisse une toile entre l’Angleterre de la fin du XVIe siècle et son parcours sur les traces de Shakespeare, mais aussi sur les siennes propres.

  • Une soif de livres et de liberté, Janet Skeslien Charles

J’en termine avec la plus belle façon que j’ai eue de commencer 2025, avec ce bijou qu’a été Une soif de livres et de liberté.

Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes: les livres.

Dès les premières lignes, l’histoire m’a embarquée… vous allez me dire qu’un personnage qui exprime ses émotions en les traduisant en cotes de la classification Dewey avait tout pour me plaire…

Mais à nouveau, les personnages, les allers-retours entre passé et présent, entre France et États-Unis, les voix de femmes, le chuchotement des lecteurs de bibliothèques, les livres que l’on s’échangent et dont on parle, ce chemin sinueux, familier et cinématographique, qui fait à la fois qu’on aimerait voir de tels livres adaptés à l’écran (ou peut-être pas, juste les garder pour soi avec ses propres images mentales)… ce livre avait également tout pour devenir l’un de mes préférés.

Et certes, je délaisse ici les lectures rigoureusement cinéphiles pour les lectures plaisir, mais cette frontière est définitivement poreuse, et les plus belles lectures ne sont-elles pas celles qui suscitent les plus belles images et les plus beaux souvenirs, notre cinéma personnel ?

Jeux et cinéma (épisode 2)

Pour commencer l’année d’une manière un peu légère (et ludique) – ce qui sera à nouveau le cas un peu plus tard dans l’année pour présenter un projet qui me tient particulièrement à coeur – je réfléchissais depuis quelques mois à un article consacré aux jeux de société et au cinéma.

Pour préparer cet article, je me suis plongée dans les archives de ce site et j’ai retrouvé un article datant de décembre 2013 intitulé très sobrement « Jeux et cinéma ». Simple et efficace, je décide du coup de faire tout simplement un deuxième épisode.

Dans ce précédent article j’évoquais les enseignes pour trouver les jeux de société consacrés au cinéma, je proposais quelques exemples de boites à questions ou de boites à énigmes et passais très rapidement à mes jeux préférés.

Je vais donc reprendre à peu près la même structure en partant cette fois-ci d’une forme de jeu que l’on pourrait nommer ainsi : le jeu de plateau ou jeu à itinéraires variables.

Jeux de cartes, Trivial Pursuit et jeu de l’oie

Si l’on reprend les jeux de société les plus traditionnels (et si je m’en réfère à l’histoire du jeu de société que j’aborde au moins une fois par an dans le stage que je co-anime en temps que professeur documentaliste sur « Jouer au CDI : du jeu de société à l’escape game », on peut se rappeler que les jeux de cartes et le jeu d’échecs sont parmi les plus anciens.

Pour ce qui concerne les adaptations les plus modernes, laissons de côté le jeu d’échecs (et ses déclinaisons avec les personnages de Star Wars, du Seigneur des anneaux ou encore de Harry Potter) et concentrons-nous sur les différents éléments que j’ai déjà mentionnés.

  • jeux de cartes version ciné

Pour les jeux de cartes, j’avais trouvé il y a deux ans à la cinémathèque française deux exemples très sympas : Chaplin et Hitchcock, et dont je donne ici à nouveau un aperçu :

Ce qui m’avait séduit dans ces deux jeux de cartes, c’est que contrairement à des éditions plus anciennes que j’avais pu avoir quand j’étais enfant (je me souviens notamment d’un jeu de cartes Lucky Luke), ce n’était pas seulement les têtes – Rois, reines, valets – et les As qui étaient illustrées, mais toutes les cartes qui proposent soit une scène, soit un personnage, soit une affiche.

  • Jeux de culture générale (et plus spécifiquement culture ciné)

Les deux catégories suivantes sont un peu plus poreuses. J’ai toujours eu un peu de mal avec deux types de jeux : le Trivial Pursuit et le Monopoly. Vous me direz qu’ils n’ont pas forcément beaucoup en commun.

Néanmoins, j’ai longtemps eu l’un et l’autre dans ma ludothèque personnelle, et j’ai pu jouer avec des versions thématiques : un Monopoly Star Wars et un Trivial Pursuit Histoire de France.

J’ai cherché sur le site Hasbro qui édite les deux jeux des versions sur le cinéma et je n’en ai pas trouvé. Cependant, ma principale difficulté avec le Trivial Pursuit reste son obsolescence programmée.

On ne peut pas laisser ce jeu une dizaine d’année dans un coin et le ressortir sans que les cartes culture ou sport deviennent les plus difficiles à jouer pour les joueurs les plus jeunes (et déjà les cases sport ont toujours été les plus difficiles pour moi).

Du coup, comme je suis plutôt amatrice de jeux de plateau – y participer, voire en fabriquer (j’avais fabriqué il y a quelques années un jeu de l’oie du CDI quand j’étais en collège, et plus récemment mon jeu sur l’intelligence artificielle – et je garde pour un autre article la fabrication d’escape games), j’ai cherché sur internet s’il n’y avait pas eu quelques fans de jeux comme moi pour fabriquer un jeu de l’oie sur le cinéma.

Le seul résultat à peu près concluant que j’ai trouvé est celui-ci :

 

L’idée est très sympa et le visuel est génial. Je pense que quand j’aurai un peu de temps devant moi, j’adapterai ce jeu à l’histoire du cinéma en général ou peut-être à quelques déclinaisons pour des films ou des réalisateurs… en le croisant éventuellement avec l’idée de jeu proposée par une de mes collègues en histoire-géo au lycée, qui a présenté aux journées portes ouvertes un jeu de l’oie sur la Troisième République.

  • Jeux de plateau (et toujours culture ciné)

Plus récemment, l’un des jeux de culture générale que je préfère malgré toujours un petit risque d’obsolescence programmée comme le Trivial Pursuit, c’est le TTMC (Tu te mets combien ?).

Les questions cinéma de ce jeu sont vraiment excellentes, et j’ai vu sur le site officiel que ses créateurs proposaient des déclinaisons Jeux olympiques, cuisine ou encore musique. À quand un TTMC exclusivement Cinéma, ce serait génial !

Scénarios de jeux sur le cinéma

Dans l’épisode 1 « Jeux et cinéma», j’avais évoqué quatre de mes jeux préférés qui revenaient en 2013 sur différents aspects (thématiques ou chronologiques) du cinéma : le Shabadabada cinoche sur les répliques de films, le Timeline Musique & cinéma, un Black Stories sur le cinéma et une Boîte à culture geek.

Ce qui m’a incitée à écrire ce nouvel article, ce sont deux jeux qui ont fait le choix de s’approprier des éléments historiques du cinéma et d’impliquer le joueur dans cette histoire.

Le premier s’intéresse aux pionniers du cinéma muet et à l’industrie naissante de Hollywood, le second explore les heures sombres du Maccarthysme.

  • Cartaventura : Hollywood

Le premier jeu fait partie de la collection des Cartaventura (ces jeux à itinéraires variables où le scénario dépend des choix du joueur).

Celui sur Hollywood m’a immédiatement conquise car, non content d’évoquer la figure de Chaplin, les itinéraires proposés s’inspirent directement de la filmographie de ce réalisateur.

En voici le scénario présenté sur le site :

Scénario Hollywood : 1920, Ohio. Vous incarnez Jim Tully, un ouvrier lassé par un quotidien bien loin de ses rêves de cinéma. Quittez tout et, de train en train, tentez de traverser le pays avec l’espoir de rejoindre le plus célèbre des vagabonds : Charlie Chaplin !

J’ai pris quelques photos au début de la partie, mais j’ai rapidement été rattrapée par l’envie de jouer et d’explorer les différents itinéraires du jeu, puis de tester les autres histoires proposées qui ont l’air tout aussi irrésistibles : les deux jeux sur l’univers des Trois Mousquetaires, celui sur Versailles, mais aussi Lhassa et Cosmologia que j’ai déjà chez moi.

  • Hollywood 1947

Le deuxième jeu, Hollywood 1947 est un jeu de stratégie un peu plus compliqué à prendre en main mais tout aussi passionnant dans ses choix scénaristiques.

En voici le scénario :

Démasquez les communistes infiltrés…

Hollywood 1947 est un jeu de déduction à rôle caché pour 1 à 9 joueurs. Tentez de démasquer les communistes qui se sont infiltrés dans votre studio de cinéma avant que le Congrès américain décide de sa fermeture.

La mise en place du jeu demande un peu plus de temps, et il faut réussir à comprendre sa dynamique. Ce qui m’a attirée davantage, c’est le matériel et le soin apporté à tous les éléments du jeu, qui en font un très bel objet.

Si le jeu Cartaventura s’adresse à tout type de joueur, cinéphile ou non, Hollywood 1947 est peut-être plus destiné aux passionnés d’histoire du cinéma (ou d’histoire de la Guerre froide) mais j’imagine qu’un enseignant d’histoire pourra l’utiliser, se l’approprier avec ses élèves ou imaginer à partir de ce modèle une séance ou un jeu permettant de mieux comprendre une période ou un contexte historique.

Répliques de films : du Shabadabada au quotidien

Puisque j’ai évoqué un peu plus haut un de mes jeux préférés sur le cinéma qui figure toujours en bonne place dans ma bibliothèque, autant rappeler ses mécanismes et en profiter pour une petite digression finale.

Dans mon article de 2013, j’en redonnais les principes sous forme de dialogues en utilisant une réplique du film Casablanca.

Pour devenir incollable à ce genre de jeux (et aux questions ciné du TTMC) rien de tel que se replonger dans les ouvrages de Philippe Lombard consacrés aux répliques de films :

  • 600 répliques de films à l’usage du quotidien, publiés en 2016 et 2020
  • Parler comme un super-héros : 100 répliques cultes pour devenir invincibles, en 2018 ;
  • mais surtout les 600 répliques de films pour avoir la bonne répartie… au bon moment !, publié chez Dunod en novembre 2024 et sur lesquels je reviendrai dans un prochain article, le temps que ça infuse.

J’ai donc quelques bonnes résolutions sur les prochains articles cinéphiles, et que j’ajoute ici en guise d’aide-mémoire et de to-do-list :

  1. continuer à parler de femmes qui écrivent sur le cinéma, qui parle de cinéma ou qui font du cinéma au mois de mars
  2. continuer à parler des ouvrages de Philippe Lombard, en particulier les tout derniers (mais aussi ceux que je viens de mentionner)
  3. voir les derniers films d’Almodovar et lire son roman
  4. puisqu’on parle de répliques de films et de scènes cultes, parler à nouveau de séries télévisées
  5. faire un autre article sur les jeux et en particulier les escape games
  6. aller voir la prochaine exposition à la Cinémathèque

Et puisqu’on a désormais le programme des prochains mois, je vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

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