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De la sueur et des muscles

Pour ce dernier article cinéphile de la période, avant la pause estivale et mon objectif annoncé d’aller enfin visiter l’exposition Wes Anderson à la Cinémathèque française, j’ai décidé de revenir sur un ouvrage publié en novembre 2024, et qui va me donner un certain nombre de prétextes aux digressions que j’affectionne.

Une fois n’est pas coutume, cependant, avant d’entamer les dites digressions, je présenterai cet ouvrage.

Millésime Lombard 2024, excellent cru

Il s’agit d’un des petits derniers de Philippe Lombard, Stars de l’action : Rois et reines de la castagne à l’écran, aux éditions Hugo Image.

Dans les productions Lombard, on peut distinguer types de réalisations :

  • la série Ça tourne / Ça s’est tourné / Ça retourne publiée chez La Tengo ;
  • les ouvrages consacrés aux acteurs et aux réalisateurs comme Le Paris de François Truffaut, Tarantino Reservoir Films ou Les Grandes gueules du cinéma français ;
  • les florilèges d’anecdotes et de citations comme 600 répliques de films ou Ciné Popcorn 1975-1995

Chacune de ces catégories est poreuse, comme en témoigne parfaitement l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans Stars de l’action, on retrouve aussi bien un panorama soigné depuis les origines du cinéma – de Douglas Fairbanks à Tom Cruise – tel qu’on l’avait dans les différents épisodes de la série Ça tourne, un défilé de trognes sympathiques comme on les côtoie dans les ouvrages dédiés au cinéma français (Les Grandes gueules, Lino Ventura, le livre coup de poing) et une mise en page bluffante et particulièrement addictive comme celle qui nous était proposé avec Tarantino Reservoir Films, l’un de mes préférés !

Mélangez tout ça et vous aurez quoi ? Bibbidi Bobbidi Boo : Stars de l’action, Rois et reines de la castagne à l’écran.

Autrement dit un voyage régressif et récréatif dans l’univers de la sueur et des muscles, mais aussi des épées, des flingues, des cascades et des coups de poings, où chaque étape va vous donner envie de boxer dans le vide ou de revoir tout aussi bien Ben-Hur en train de ramer dans sa galère (filet de bave inclus), Rocky à son entrainement, le déhanché de Robin des Bois en plein duel avec Guy de Gisbourne, John McClane « Yippee-ki-yay, pauvre con ! », ou encore Le Capitan escaladant le château de Val.

Mais revenons-en au sommaire…

Galerie de portraits et boîte à souvenirs

Stars de l’action s’articule en neuf chapitres, chacun faisant la part belle à une catégorie (et cette fois-ci le mot n’est pas usurpé) de combattants.

À chaque partie sa galerie de portraits et son arrêt sur images, avec quelques incontournables. À vous, à nous, à moi d’ajouter à ces incontournables ceux qui constituent notre panthéon personnel de trognes cinématographiques.

Les trois premiers chapitres posent le cadre, historique et hollywoodien, et bien testotéroné, du muscle au cinéma.

C’est parmi les « vétérans » que l’on retrouve, entre autres Douglas Fairbanks, Errol Flynn, John Wayne et Charlton Heston. Autrement dit les mythes fondateurs de l’aventure et du western au cinéma. Et en scènes mythiques, cinq duels à l’épée et la course de chars de Ben Hur.

Comme je l’ai dit plus haut, ce que je retiens de mon côté, c’est le Technicolor des Aventures de Robin des bois, et en particulier la scène de duel entre Robin des Bois et Guy de Gisbourne, et de la même façon que Douglas Fairbanks ouvre la voie à tous les interprètes suivants de Zorro, dès que j’ai en tête le sourire d’Errol Flynn incarnant Robin des Bois, le renard de Walt Disney, Kevin Costner et Russel Crowe ne sont jamais très loin…

Et comme indiqué également plus haut, si la course de chars de Ben Hur reste une scène culte, l’image que je garde en souvenir, c’est celle d’un Charlton Heston barbu et musclé, galérien parmi ses compagnons d’infortune, mais ayant bien meilleure allure qu’eux, et s’apprêtant à être aux premières loges d’une bataille navale.

Le deuxième chapitre (et d’ailleurs le reste de l’ouvrage) fait encore marcher la boîte à souvenirs.

Chocs de titans et palmarès en tout genre

Des vétérans nous passons aux héros, et avec du beau monde, où la frontière entre l’acteur et le personnage qu’il incarne se fait plus floue : James Bond avec Sean Connery et Roger Moore, cowboy sans nom ou flic débordant du cadre avec Clint Eastwood, ou encore Indiana Jones avec Harrison Ford.

C’est d’ailleurs l’occasion de relever l’une des spécificités de l’ouvrage, outre de nous offrir des Top comme celui déjà mentionné des duels à l’épée, et dans cette partie des films de commando, que de nous proposer des chocs de titans mémorables : Burt Lancaster VS Kirk Douglas, Sean Connery VS Roger Moore, ou plus loin Sylvester Stallone VS Arnold Schwarzenegger, et côté français Alain Delon VS Jean-Paul Belmondo.

Si j’ai un peu plus fréquenté les vétérans et les héros du cinéma d’action aux premiers temps de ma cinéphilie, les plus fortes carrures bodybuildées et testostéronées sont arrivées plus tardivement sur mon écran, en compagnie de Jedi et de seigneurs siths, de membres de la communauté de l’anneau et de Nazguls, d’élèves et de profs de Poudlard et autres super-héros Marvel et DC Comics. 

Et encore, cette fréquentation reste limitée à Terminator et à Rocky, même si je me suis délectée de ces découvertes.

Je n’en ai savouré que davantage les vidéos de la chaîne Blow Up Arte, déjà maintes fois mentionnées sur ce site, et qui offrent un panorama sportif assez exhaustif (même si les plus chevronnés trouveront toujours à redire) : évidemment Boxe et cinéma, le très récent Jeux olympiques et cinéma, Le golf au cinéma, Tennis et cinéma, Sports automobiles au cinéma, ou encore Foot au cinéma, la liste est longue. 

Elle permet de croiser à nouveau Sylvester Stallone, mais aussi Steve McQueen pour le sport automobile, ce qui tombe à pic, puisqu’on le retrouve dans une autre partie de notre Stars de l’action, la partie finale consacrée aux “Poids moyens”. 

Autre confrontation de l’ouvrage : les combattants du soleil levant (ma préférence va à Toshiro Mifune, acteur fétiche du réalisateur Akira Kurosawa, et je n’ai pas lu cette partie sans repenser à mes visionnages récents de Karaté Kid et de Cobra Kaï), et les combattants du soleil couchant (pour celle-là je sèche…).

Le terrain était plus familier avec les derniers chapitres : dans les “Durs à cuire”, j’ai retrouvé Bruce Willis dans Piège de cristal – revoir Piège de cristal !!! – et dans “Les Bagarreuses”, la perspective de suivre pour la énième les ballets aériens de Michelle Yeoh dans Tigre et dragons et les combats sanguinolents des films de Tarantino était des plus tentantes. 

De capes et de mots…

Mais c’est avec un lien plus subtil que Philippe Lombard a parachevé pour moi ce panorama virtuose, puisqu’au détour de son Top 10 des “Badass women movies”, j’ai le souvenir de Sophie Marceau en Héloïse d’Artagnan qui est venu titiller ma mémoire, et son voisinage immédiat de la partie consacrée aux “Coqs sportifs” m’a replongé dans une nouvelle délectation : celle des bons mots de La Fille de d’Artagnan, et de tous ces films où la plume virevolte aussi bien que l’épée et que les cascades. 

Jean Marais dans Le Masque de fer, et Jean-Paul Belmondo dans L’As des As.

J’ai encore en tête les répliques de l’un et de l’autre, j’ai dû voir Le Masque de fer autant de fois que la plupart de mes films cultes d’enfance enregistrés sur cassettes vidéos, je revois encore le titre écrit sur l’étiquette, et même si on se souvient peut-être davantage de Jean Marais dans Le Bossu ou Le Capitaine Fracasse, c’est à son D’Artagnan vieillissant (comme Philippe Noiret dans La Fille de D’Artagnan) que va toute ma tendresse… sans parler de sa tirade finale et testamentaire qui me rappelle aussi Cyrano de Bergerac :

Je me bats d’abord parce j’avais promis à ce monsieur de croiser le fer avec lui, je me bats parce que l’aurore est fraîche et que j’ai peur des rhumes, je me bats par habitude parce qu’un soldat est fait pour ça, je me bats parce que je n’ai jamais supporté la vie qu’en la risquant, je me bats contre n’importe quoi, pour la justice souvent, par caprice encore plus souvent, je me bats pour rester jeune, et mériter ainsi de vous plaire, je me bats pour le panache, et le panache ne gagnerait rien à ce que je fasse attendre davantage Mme de Chaumes en vous écrabouillant.

Quant à L’As des as, j’y vois l’un des meilleurs Belmondo mais c’est aussi parce qu’il est illuminé par la présence de brune ténébreuse de Marie-France Pisier, dont les échanges savoureux avec Bébel participent de la voltige du film :

Dans les trains, je lis des journaux écrits avec les pieds, je bavarde avec des inconnus, plus ou moins spirituels. Mais quand j’arrive à destination, je choisis avec un extrême discernement les hommes avec lesquels je mets à table. Et surtout au lit.

Et pour mieux retomber sur nos pattes, quoi de mieux, justement, que la figure avec laquelle on referme l’ouvrage, l’increvable Ethan Hunt de Mission impossible, dont le dernier opus est toujours en salle au moment où j’écris cet article. 

D’une cabriole à l’autre, d’une cavalcade à une course poursuite, du bourre-pif à “la fin de l’envoi je touche”, c’est tout un pan de nos soirées popcorn que nous programme cet ouvrage, puisque c’est au moment où nos héros ont le souffle court que nous prenons une bonne bouffée d’oxygène. 

Printemps espagnol

Pour ce nouvel article cinéphile, je cède à la facilité (et au manque d’inspiration) dans le choix du titre.

Après avoir consulté les titres de mes derniers articles sur le cinéma, et après être retombé sur celui de septembre 2024, « Étés anglais », je me contente donc d’un sobre « Printemps espagnol », laissant l’exubérance et la profusion au contenu de l’article à défaut de son titre.

Je profite aussi de ce nouveau compte-rendu de lecture pour dresser un panorama subjectif de la culture hispanique, mêlant ici films et lectures, sans forcément m’arrêter aux subtilités géographiques. Ce panorama ressemble d’ailleurs beaucoup à celui que j’avais dressé du cinéma espagnol il y a quelques années…

Mon parcours scolaire m’a conduite à apprendre l’allemand, l’anglais et le latin, et donc à n’avoir qu’une approche très lointaine des problématiques culturelles, identitaires et politiques des pays hispanophones, tout en ayant en parallèle une attirance certaine pour ces cultures.

Très récemment, j’ai commencé à apprendre l’espagnol et je me heurte à la difficulté de la prononciation puisque ma langue maternelle et la langue anglaise viennent parasiter chaque syllabe et transformer l’expression « parler comme une vache espagnole » (pourquoi d’ailleurs ici s’en prendre systématiquement aux bovins ibériques, je n’ai eu l’explication qu’en la cherchant au cours de la rédaction de cet article).

Je ferai donc se succéder ici les références castillanes et catalanes, les expériences de lectures lointaines et récentes, et les images venues tout aussi bien de l’autre côté des Pyrénées que de l’autre côté de l’Atlantique.

L’auberge espagnole

Si je me concentre exclusivement sur la Catalogne et sur sa capitale, c’est un souvenir un peu ancien qui remonte à la surface : celui de L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, sorti en 2002.

Ma mémoire me joue des tours : ai-je vu le film à sa sortie, je ne suis pas sûre, j’étais encore au lycée et les histoires d’étudiants qui partaient passer un an en Erasmus à l’étranger ne retenaient pas encore mon attention.

Et pourtant cette déambulation festive dans Barcelone et les premières subtilités des identités hispaniques (catalan VS castillan) m’avaient marquée et l’énergie de ce film choral m’avait donné envie de poursuivre l’aventure avec Les Poupées russes. Casse-tête chinois m’a laissée plus perplexe, même si j’ai retrouvé l’esprit de l’expérience originelle avec la série Salade grecque en 2023.

Zafón : le deuil impossible

Au-delà de mon expérience cinéphile, sur laquelle je reviendrai un peu plus bas, une figure indétrônable a accompagné et construit depuis une quinzaine d’années ma culture espagnole, c’est celle de Carlos Ruiz Zafón.

C’est donc à nouveau Barcelone que je convoque ici. Lorsque j’ai visité cette ville pour la première fois en 2009, c’était justement à l’invitation d’une amie qui y passait une année en Erasmus. Elle m’avait donné comme consigne de lire, soit avant mon séjour, soit dans l’avion, le livre L’Ombre du vent.

Je n’avais alors jamais entendu parler de l’auteur, je ne connaissais quasiment rien à la littérature espagnole, mais j’avais respecté la consigne, au point de ne plus pouvoir décoller du livre pendant mon séjour.

Par la suite j’ai acheté et dévoré frénétiquement les ouvrages de Carlos Ruiz Zafón, guettant chaque nouvelle publication (en particulier la tétralogie du cimetière des livres oubliés) et me félicitant que l’auteur, relativement jeune, allait accompagner pendant de longues années mon parcours de lectrice… jusqu’en 2020.

Zafón m’a alors laissée orpheline (comme beaucoup de lecteurs), et j’ai cherché depuis à combler ce vide qui m’évoquerait soit sa ville, soit sa culture.

Je me suis plongé dans un polar au titre évocateur, Le Bourreau de Gaudi, d’Aro Sáinz de la Maza, où l’architecture de Barcelone fait là aussi figure de personnage principale. J’ai suivi un temps les pas d’Arturo Pérez Reverte, dont j’avais adoré Deux hommes de bien et le premier volet des aventures du Capitaine Alatriste, dont je dois toujours lire la suite.

Je regrette encore qu’un livre aussi cinématographique que L’Ombre du vent n’ait jamais fait l’objet d’une adaptation, mais simultanément, quelle adaptation pourrait rendre justice à une telle oeuvre ?

Plus récemment, comme élargissement de mon horizon hispanique, ce sont les ouvrages de Catherine Bardon, et sa saga des Déracinés qui m’ont accompagnée et qui ont fait jaillir dans mon cerveau des images, des parfums et des couleurs au dépaysement salutaire.

Le mois dernier, j’avais alors, quatorze ans après ma première visite et cinq ans après le décès de Zafón, un séjour à Barcelone prévu à mon agenda, un autre ouvrage de Catherine Bardon sur ma pile de lecture mais aussi un livre de Pedro Almodóvar, et c’est avec un réalisateur madrilène que j’ai préparé ce retour à l’heure espagnole.

Almodóvar, un peu, beaucoup, passionnément ?

Malgré quelques tentatives infructueuses, et malgré des lectures qui commencent à dater un peu, comme le très beau Le Cinéma espagnol : 250 films incontournables de la cinématographie hispanique et latino-américaine, du cinéma sonore à nos jours (ouvrage publié en 2011), la quasi totalité de ma culture cinématographique hispanique repose sur Almodóvar. 

Pourtant dans ce très bel ouvrage, sur 250 films incontournables, on ne retrouve que cinq films de ce dernier : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, La Loi du désir, Femmes au bord de la crise de nerfs, Tout sur ma mère et Volver.

De loin, les deux derniers emportent ma préférence.

Je suis loin d’avoir également une vision exhaustive de la filmographie d’Almodóvar, l’ouvrage qui lui est consacré dans ma bibliothèque a été publié en 2007 et n’a pour l’heure pas fait l’objet d’une réédition plus récente.

J’ai eu une période où j’allais systématiquement voir chaque film de ce réalisateur à sa sortie, et où j’avais aussi essayé de voir ses premières oeuvres. J’ai donc successivement vu : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, Femmes au bord de la crise de nerfs, Kika, Attache-moi, Parle avec elle, La Mauvaise éducation, Les Amants passagers. Douleur et gloire attend encore dans ma bibliothèque, et je n’ai pas vu les plus récents.

J’ai laissé volontairement de côté mes préférés, dont l’histoire, les acteurs, l’atmosphère et la musique continuent de m’accompagner : Talons aiguilles, La Fleur de mon secret, Tout sur ma mère et Volver.

Je ferme les yeux et je revois encore Marisa Paredes dans Talons aiguilles ou dans La Fleur de mon secret, j’entends encore Piensa en mi ou la chanson Volver, je revois les femmes de la prison improviser une danse toujours dans Talons aiguilles, le fils dans tout sur ma mère regarder All about Eve ou lire Truman Capote (Musiques pour caméléons) et aller voir Un Tramway nommé désir, et les femmes du village de Volver astiquer les tombes du cimetière.

Autobiographie non officielle

C’est donc avec ces images en tête, et même en n’ayant pas vu les films les plus récents que j’ai croisé dans les rayonnages de ma librairie l’ouvrage suivant :

Le Dernier rêve a été publié aux éditions Flammarion en août 2024, et j’avais prévu de le lire au début de 2025, mais j’ai un peu trainé, et ce n’est qu’en préparant mon séjour à Barcelone que j’ai décidé de me plonger dedans.

L’image de la couverture s’était d’ailleurs quelque peu transformée dans mon esprit, et je voyais un saut de popcorn à la place du pot de fleurs… mais je trouvais que ces deux images superposées, celle de mon esprit et celle réellement imprimée sur le livre, donnaient une bonne idée du réalisateur.

Ce recueil de textes réunis assez modestement donne un aperçu relativement fidèle de l’univers d’Almodóvar, et il le présente comme tel dans sa préface : les écrits assez personnels et indirectement autobiographiques, destinés à être transformés en films si la fantaisie lui en prend, ou qui l’ont déjà été.

Dans La Visite, on retrouve avec appréhension des éléments de La Mauvaise éducation, des réminiscences de Tout sur ma mère se glissent entre les lignes de Trop de changements de genre.

D’autres textes sont plus inattendus : une histoire de vampires avec La Cérémonie du miroir, des échos à L’Étrange histoire de Benjamin Button dans Vie et mort de Miguel, la rencontre du Christ et du voleur Barabas dans La Rédemption, une réécriture de La Belle au bois dormant teintée d’histoire espagnole avec Jeanne, la belle au bois dormant.

Et pour le coup, des récits beaucoup plus personnels avec Le Dernier rêve, Souvenir d’un jour vide ou Un mauvais roman, qui reviennent sur des souvenirs ou sur son rapport à l’écriture. L’avant-dernier, Souvenir d’un jour vide, était peut-être mon préféré.

L’ensemble est à l’image du cinéma d’Almodóvar, protéiforme et foisonnant, et pour quelque chose qui n’est pas une autobiographie, on y retrouve davantage son univers que pour d’autres publications, comme celle de Pascal Thomas, Souvenirs en pagaille, même si là encore, le fond et la forme sont à l’image de celui qui les a façonnés.

Le livre refermé, j’étais d’autant plus prête pour mon escapade espagnole, j’avais envie à nouveau de découvrir d’autres réalisateurs et j’avais surtout envie de revoir les films d’Almodóvar, voire de prolonger le voyage en relisant un livre hommage sous forme de fiction, et publié en 2008, Le Théorème d’Almodóvar, d’Antoni Casas Ros, encore un ouvrage dont le souvenir m’est revenu durant l’écriture de cet article, et qui traduit bien l’inquiétante étrangeté dans laquelle certains des films de l’exubérant madrilène nous plonge.

Et passées ces visions kaléidoscopiques, je suis retournée me débattre avec mon vocabulaire et ma prononciation.

Voix de femmes

Avec ce nouvel article cinéphile, j’aimerais renouer avec mon habitude d’évoquer des figures féminines au mois de mars sur ce site.

J’avais dérogé l’an dernier avec cette habitude, parce que je n’avais pas déniché d’ouvrages, plus ou moins récents, qui évoquent une femme de l’univers du cinéma (comédienne, réalisatrice, scénariste…), ou en soient l’oeuvre.

Et pourtant, il est certain que l’an dernier, comme au cours des mois précédents, ces ouvrages ont été publiés, mais encore faut-il que j’ai le déclic, le coup de coeur, et ce coup de coeur n’est pas forcément immédiat ou linéaire.

Ainsi les livres dont je  vais parler dans un instant, je n’ai pas décidé spontanément de les réunir, il m’a fallu, au-delà de leur lecture, imaginer des ponts entre eux, autre que celui cédant à la facilité d’être écrits par des femmes.

Il y a également un livre dont j’aurais adoré parlé dans cet article, mais il vient tout juste d’être publié, et au moment où j’écris ces lignes, je ne l’ai pas encore entre les mains… je le garde donc précieusement en tête et y reviendrai dans les mois à venir.

Réunir des voix

Depuis quelques mois, je ne prépare plus frénétiquement mes articles cinéphiles à l’avance comme j’ai pu le faire auparavant.

Je laisse le livre ou les livres venir à moi, je les lis quand l’envie m’en prend, je laisse le temps infuser la lecture tranquillement, et quand enfin le moment est venu, je rassemble les fils et me pose pour écrire cet article juste quelques jours – au mieux une à deux semaines – avant de le publier.

J’ai toujours ma pile de lectures cinéphiles, et j’ai toujours en tête l’idée d’écrire sur tel livre à tel mois de l’année, et l’un des livres dont je vais parler aujourd’hui ne fait pas exception.

Sur ma pile cinéphile, il y a actuellement encore quatre livres qui attendent patiemment d’être intercalés entre mes autres lectures, cinq si l’on ajoute la publication récente que j’évoquais plus haut.

Il y a quelques mois, j’ai délaissé pour un temps encore indéterminé les lectures scientifiques et je n’ai gardé que mes lectures plaisir et mes lectures cinéphiles.

Pour mes lectures plaisir, j’avais une liste qui sommeillait depuis deux ou trois ans et que j’entamais à peine chaque année, je me suis remise à l’entamer consciencieusement, et parmi ces textes, un certain nombre sont l’oeuvre de femmes, et j’ai eu envie d’en réunir quelques-unes.

Delphine de Vigan, roman et théâtre

Depuis trois ans, sur ma liste de lecture, revenait parmi les autres titres un ouvrage de Delphine de Vigan publié en 2021 : Les Enfants sont rois.

Il n’apparaissait pas forcément en bonne place, et j’ai perdu au fur à mesure l’habitude de rajouter des titres sur cette liste qui n’en finit pas.

Qu’importe, je la recopie scrupuleusement d’une année à l’autre, même si je sais très bien que je suivrai davantage ma fantaisie que la liste en question… comme lorsque l’on va faire ses courses en ayant une idée précise de recette, mais que l’on cède finalement à la tentation d’un autre menu.

Néanmoins, j’avais la ferme intention de découvrir ces textes qui m’attendaient depuis des mois, et Les Enfants sont rois en faisaient partie.

Bien m’en a pris, car cette lecture tardive de 2024, cette dystopie vertigineuse, a été l’un de mes coups de coeur de fin d’année, et je me suis félicitée d’avoir acheté le livre pour le CDI.

Mélanie Claux est une fan de télé-réalité de la première heure, ayant par le passé échoué à devenir célèbre à la télévision grâce à l’émission Seuls dans le noir. Désormais épouse de Bruno Diore – dont elle prend le nom – et mère de famille, elle met ses deux enfants Sammy et Kimmy en avant sur les réseaux sociaux, notamment sur YouTube via la chaîne Happy Récré, où ils sont suivis par des millions d’abonnés.

Un jour, alors que les enfants font une partie de cache-cache dans leur résidence, Kimmy, âgée de seulement six ans, disparaît. S’ensuit alors la rencontre entre Mélanie et la policière Clara Roussel qui mène l’enquête sur la disparition de l’enfant, disparition qui se révèlera être un enlèvement. À travers son enquête, Clara découvre les dessous d’un monde où l’exploitation, la surconsommation et l’exposition accrue et forcée des enfants font partie dominante de leur vie.

J’ai dévoré ce livre glaçant en quelques jours, et j’ai été portée tout du long par son écriture virtuose, sa manière de nous confronter à nos failles – du narcissisme au voyeurisme – et à notre usage compulsif des réseaux sociaux et de leurs dérives, jusqu’à l’écoeurement.

Je suis sortie de cette lecture comme on sort d’une projection de Fenêtre sur cour (ou plus récemment de Dans la maison, de François Ozon), du visionnage d’un épisode – lointain dans mon souvenir – de Black Mirror ou de Westworld, avec le même sentiment d’inconfort et de culpabilité.

Moi qui ai l’habitude de poster mes lectures, j’étais évidemment tiraillée entre l’envie de partager cette expérience et l’ironie de la situation à laquelle l’auteure m’avait confrontée.

C’est avec la voix de Delphine de Vigan que j’ai donc décidé de prolonger l’expérience, d’abord en regardant l’adaptation de son roman en série télévisée (disponible sur Disney +). Cependant, malgré la qualité de l’interprétation, j’ai été déçue, comme souvent, que cette adaptation ne rende pas suffisamment justice à la complexité du roman.

Ensuite, j’ai récupéré sur ma pile de lectures cinéphiles le dernier texte de l’auteure, Les Figurants, publié en 2024.

À nouveau, dans ce court texte, c’est une curieuse mise en abyme que nous propose Delphine de Vigan, et puisque l’on parle de voix dans cet article, il s’agit ici de donner une voix, non pas aux invisibles, puisqu’ils sont omniprésents au cinéma, mais à ceux dont on n’entendra jamais la voix dans un film.

Didier Blondel l’avait déjà fait au singulier dans l’un de mes livres préférés consacrés au cinéma : Le Figurant. Le tour de force de Delphine de Vigan est justement de leur redonner la parole, cette fois au théâtre et au pluriel, avec Les Figurants.

Au cinéma ou dans les séries, les figurants sont toujours flous, de dos ; ils ne font que passer. À la fois invisibles et indispensables, ils font partie de l’image, de sa fabrication, de son réalisme, mais doivent se fondre dans le décor. Avoir l’air vrai sans se faire remarquer. En transposant le plateau de cinéma sur une scène de théâtre, Delphine de Vigan leur offre le premier plan, le premier rôle, le devant de la scène. Cécile, Orso, Bruno, Joyce et Nora se rencontrent sur un tournage. Ils sont plus ou moins dirigés par un assistant totalement débordé. Peu à peu, les rôles s’inversent… Et si nous étions, tous, les figurants d’une vaste histoire qui nous dépasse ?

Je suis généralement assez réticente lorsqu’il faut lire du théâtre, mais j’ai justement apprécié que chacun de ces personnages, auxquels on s’attache d’une manière si éphémère, ait sa voix et sa personnalité propre, avec son parcours, ses anecdotes et son espoir que cette voix unique soit enfin entendue et remarquée.

Hélène Gestern et Valérie Perrin : voix, images et musique

Ma découverte de Delphine de Vigan est toute récente. Les auteures que je convoque à présent font partie de mon univers littéraire depuis un peu plus longtemps.

Elles ont toutes les deux en commun une écriture toujours inattendue, et un imaginaire qui mêle la musique, les photographies, les voix et le cinéma à la perfection, ce qui a pour conséquence qu’on ne lâche pas facilement leur livre une fois la lecture entamée.

555

Une amie m’avait fait découvrir Eux sur la photo, d’Hélène Gestern, en m’en faisant la lecture à voix haute pendant le confinement – cette lecture, et celle de Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco, sont gravées dans ma mémoire. Ma lectrice me donnait immédiatement envie d’avoir le livre entre les mains.

C’est donc tout naturellement que j’ai ajouté 555, publié en 2022, à ma liste de lecture.

C’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que Grégoire Coblence, l’associé d’un luthier, découvre une partition ancienne.
A-t-elle été écrite par Scarlatti, comme il semble le penser ? Mais, à peine déchiffrée, la partition disparaît, suscitant de folles convoitises. Cinq personnes, dont l’existence est intimement liée à l’œuvre du musicien, se lancent à la recherche du précieux document sans se douter que cette quête éperdue va bouleverser durablement leur vie.

De ce texte, j’ai aimé l’érudition musicale, qui m’a donné envie de découvrir Scarlatti, l’odeur de l’atelier de lutherie, des bois que l’on travaille et des vernis, les salles de concert et le son du clavecin, du piano, du violoncelle et du violon, les pièces, du chevalet à l’âme et le frottement de l’archet sur les cordes, les différentes voix des protagonistes, et la quête frénétique de cette partition.

Tata

C’est à une autre quête, tout aussi artistique, que nous convie Valérie Perrin dans Tata.

« Colette est remorte. Ce mot n’existe nulle part. Remourir, ça n’existe pas. »

Colette était une femme sans histoire. C’est du moins ce que l’on croyait jusqu’au jour où sa nièce apprend son décès par un appel de la police. Car Colette, sa tante unique, a déjà été enterrée il y a trois ans…

Cette histoire haletante m’a remémorée par association d’idées et dans le désordre des histoires tout aussi différentes que Thirteen reasons why ou Cinema Paradiso.

Tata est l’un de mes coups de coeur de lecture de 2025, et s’y retrouvent des personnages de musiciens, d’acteurs, de réalisateurs, d’écrivains et de journalistes, tout un univers foisonnant emporté par un souffle sur plusieurs décennies, et porté par les voix de plusieurs femmes, là encore, dont celle de Colette, enregistrée sur cassettes.

D’aucuns pourront penser que Valérie Perrin, comme Mélissa Da Costa, excelle dans le roman feel good (et à y réfléchir, pas si feel good que ça). On peut y voir une critique, j’y vois une qualité, et je ne regrette aucun des moments passés avec ces deux auteures, et leurs textes, qu’il s’agisse pour l’une de Changer l’eau des fleurs et de Trois, pour l’autre de Tout le bleu du ciel.

Une soif de mots et d’histoires

J’emprunte l’intitulé de cette dernière partie à un roman bijou qui a été ma première lecture de 2025, et que je place encore au-dessus de mes lectures précédentes.

De ma pile de lectures, là encore, j’ai extrait trois textes, qui y sommeillaient, et que j’ai découvert entre décembre et janvier.

  • La Commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz

À nouveau, je suis tombée, avec ce texte, qui ne fait pas partie des publications les plus récentes, sur une magnifique histoire de femmes, entre Espagne et France. De cette lecture, je garde évidemment des couleurs chatoyantes, des odeurs, une lumière (et quelques ombres), des herbes et des épices, des voix et des musiques.

  • William, Stéphanie Hochet

Ce deuxième texte est à la fois le récit d’une quête et celui d’un dialogue. Au moment où Arte diffusait un fabuleux documentaire en trois parties sur Shakespeare, avec entre autre les participations de Judi Dench, Ian McKellen et Helen Mirren, j’étais plongée dans ce subtil portrait de William, à la recherche de ses années perdues.

L’auteure tisse une toile entre l’Angleterre de la fin du XVIe siècle et son parcours sur les traces de Shakespeare, mais aussi sur les siennes propres.

  • Une soif de livres et de liberté, Janet Skeslien Charles

J’en termine avec la plus belle façon que j’ai eue de commencer 2025, avec ce bijou qu’a été Une soif de livres et de liberté.

Odile Souchet, vingt ans à peine, s’épanouit dans son travail à la Bibliothèque américaine de Paris, où elle côtoie la fameuse directrice Dorothy Reeder. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la jeune femme risque de tout perdre, y compris sa chère Bibliothèque. Alors que les nazis envahissent Paris, Odile et ses amis s’engagent dans la Résistance avec leurs propres armes: les livres.

Dès les premières lignes, l’histoire m’a embarquée… vous allez me dire qu’un personnage qui exprime ses émotions en les traduisant en cotes de la classification Dewey avait tout pour me plaire…

Mais à nouveau, les personnages, les allers-retours entre passé et présent, entre France et États-Unis, les voix de femmes, le chuchotement des lecteurs de bibliothèques, les livres que l’on s’échangent et dont on parle, ce chemin sinueux, familier et cinématographique, qui fait à la fois qu’on aimerait voir de tels livres adaptés à l’écran (ou peut-être pas, juste les garder pour soi avec ses propres images mentales)… ce livre avait également tout pour devenir l’un de mes préférés.

Et certes, je délaisse ici les lectures rigoureusement cinéphiles pour les lectures plaisir, mais cette frontière est définitivement poreuse, et les plus belles lectures ne sont-elles pas celles qui suscitent les plus belles images et les plus beaux souvenirs, notre cinéma personnel ?

Jeux et cinéma (épisode 2)

Pour commencer l’année d’une manière un peu légère (et ludique) – ce qui sera à nouveau le cas un peu plus tard dans l’année pour présenter un projet qui me tient particulièrement à coeur – je réfléchissais depuis quelques mois à un article consacré aux jeux de société et au cinéma.

Pour préparer cet article, je me suis plongée dans les archives de ce site et j’ai retrouvé un article datant de décembre 2013 intitulé très sobrement « Jeux et cinéma ». Simple et efficace, je décide du coup de faire tout simplement un deuxième épisode.

Dans ce précédent article j’évoquais les enseignes pour trouver les jeux de société consacrés au cinéma, je proposais quelques exemples de boites à questions ou de boites à énigmes et passais très rapidement à mes jeux préférés.

Je vais donc reprendre à peu près la même structure en partant cette fois-ci d’une forme de jeu que l’on pourrait nommer ainsi : le jeu de plateau ou jeu à itinéraires variables.

Jeux de cartes, Trivial Pursuit et jeu de l’oie

Si l’on reprend les jeux de société les plus traditionnels (et si je m’en réfère à l’histoire du jeu de société que j’aborde au moins une fois par an dans le stage que je co-anime en temps que professeur documentaliste sur « Jouer au CDI : du jeu de société à l’escape game », on peut se rappeler que les jeux de cartes et le jeu d’échecs sont parmi les plus anciens.

Pour ce qui concerne les adaptations les plus modernes, laissons de côté le jeu d’échecs (et ses déclinaisons avec les personnages de Star Wars, du Seigneur des anneaux ou encore de Harry Potter) et concentrons-nous sur les différents éléments que j’ai déjà mentionnés.

  • jeux de cartes version ciné

Pour les jeux de cartes, j’avais trouvé il y a deux ans à la cinémathèque française deux exemples très sympas : Chaplin et Hitchcock, et dont je donne ici à nouveau un aperçu :

Ce qui m’avait séduit dans ces deux jeux de cartes, c’est que contrairement à des éditions plus anciennes que j’avais pu avoir quand j’étais enfant (je me souviens notamment d’un jeu de cartes Lucky Luke), ce n’était pas seulement les têtes – Rois, reines, valets – et les As qui étaient illustrées, mais toutes les cartes qui proposent soit une scène, soit un personnage, soit une affiche.

  • Jeux de culture générale (et plus spécifiquement culture ciné)

Les deux catégories suivantes sont un peu plus poreuses. J’ai toujours eu un peu de mal avec deux types de jeux : le Trivial Pursuit et le Monopoly. Vous me direz qu’ils n’ont pas forcément beaucoup en commun.

Néanmoins, j’ai longtemps eu l’un et l’autre dans ma ludothèque personnelle, et j’ai pu jouer avec des versions thématiques : un Monopoly Star Wars et un Trivial Pursuit Histoire de France.

J’ai cherché sur le site Hasbro qui édite les deux jeux des versions sur le cinéma et je n’en ai pas trouvé. Cependant, ma principale difficulté avec le Trivial Pursuit reste son obsolescence programmée.

On ne peut pas laisser ce jeu une dizaine d’année dans un coin et le ressortir sans que les cartes culture ou sport deviennent les plus difficiles à jouer pour les joueurs les plus jeunes (et déjà les cases sport ont toujours été les plus difficiles pour moi).

Du coup, comme je suis plutôt amatrice de jeux de plateau – y participer, voire en fabriquer (j’avais fabriqué il y a quelques années un jeu de l’oie du CDI quand j’étais en collège, et plus récemment mon jeu sur l’intelligence artificielle – et je garde pour un autre article la fabrication d’escape games), j’ai cherché sur internet s’il n’y avait pas eu quelques fans de jeux comme moi pour fabriquer un jeu de l’oie sur le cinéma.

Le seul résultat à peu près concluant que j’ai trouvé est celui-ci :

 

L’idée est très sympa et le visuel est génial. Je pense que quand j’aurai un peu de temps devant moi, j’adapterai ce jeu à l’histoire du cinéma en général ou peut-être à quelques déclinaisons pour des films ou des réalisateurs… en le croisant éventuellement avec l’idée de jeu proposée par une de mes collègues en histoire-géo au lycée, qui a présenté aux journées portes ouvertes un jeu de l’oie sur la Troisième République.

  • Jeux de plateau (et toujours culture ciné)

Plus récemment, l’un des jeux de culture générale que je préfère malgré toujours un petit risque d’obsolescence programmée comme le Trivial Pursuit, c’est le TTMC (Tu te mets combien ?).

Les questions cinéma de ce jeu sont vraiment excellentes, et j’ai vu sur le site officiel que ses créateurs proposaient des déclinaisons Jeux olympiques, cuisine ou encore musique. À quand un TTMC exclusivement Cinéma, ce serait génial !

Scénarios de jeux sur le cinéma

Dans l’épisode 1 « Jeux et cinéma», j’avais évoqué quatre de mes jeux préférés qui revenaient en 2013 sur différents aspects (thématiques ou chronologiques) du cinéma : le Shabadabada cinoche sur les répliques de films, le Timeline Musique & cinéma, un Black Stories sur le cinéma et une Boîte à culture geek.

Ce qui m’a incitée à écrire ce nouvel article, ce sont deux jeux qui ont fait le choix de s’approprier des éléments historiques du cinéma et d’impliquer le joueur dans cette histoire.

Le premier s’intéresse aux pionniers du cinéma muet et à l’industrie naissante de Hollywood, le second explore les heures sombres du Maccarthysme.

  • Cartaventura : Hollywood

Le premier jeu fait partie de la collection des Cartaventura (ces jeux à itinéraires variables où le scénario dépend des choix du joueur).

Celui sur Hollywood m’a immédiatement conquise car, non content d’évoquer la figure de Chaplin, les itinéraires proposés s’inspirent directement de la filmographie de ce réalisateur.

En voici le scénario présenté sur le site :

Scénario Hollywood : 1920, Ohio. Vous incarnez Jim Tully, un ouvrier lassé par un quotidien bien loin de ses rêves de cinéma. Quittez tout et, de train en train, tentez de traverser le pays avec l’espoir de rejoindre le plus célèbre des vagabonds : Charlie Chaplin !

J’ai pris quelques photos au début de la partie, mais j’ai rapidement été rattrapée par l’envie de jouer et d’explorer les différents itinéraires du jeu, puis de tester les autres histoires proposées qui ont l’air tout aussi irrésistibles : les deux jeux sur l’univers des Trois Mousquetaires, celui sur Versailles, mais aussi Lhassa et Cosmologia que j’ai déjà chez moi.

  • Hollywood 1947

Le deuxième jeu, Hollywood 1947 est un jeu de stratégie un peu plus compliqué à prendre en main mais tout aussi passionnant dans ses choix scénaristiques.

En voici le scénario :

Démasquez les communistes infiltrés…

Hollywood 1947 est un jeu de déduction à rôle caché pour 1 à 9 joueurs. Tentez de démasquer les communistes qui se sont infiltrés dans votre studio de cinéma avant que le Congrès américain décide de sa fermeture.

La mise en place du jeu demande un peu plus de temps, et il faut réussir à comprendre sa dynamique. Ce qui m’a attirée davantage, c’est le matériel et le soin apporté à tous les éléments du jeu, qui en font un très bel objet.

Si le jeu Cartaventura s’adresse à tout type de joueur, cinéphile ou non, Hollywood 1947 est peut-être plus destiné aux passionnés d’histoire du cinéma (ou d’histoire de la Guerre froide) mais j’imagine qu’un enseignant d’histoire pourra l’utiliser, se l’approprier avec ses élèves ou imaginer à partir de ce modèle une séance ou un jeu permettant de mieux comprendre une période ou un contexte historique.

Répliques de films : du Shabadabada au quotidien

Puisque j’ai évoqué un peu plus haut un de mes jeux préférés sur le cinéma qui figure toujours en bonne place dans ma bibliothèque, autant rappeler ses mécanismes et en profiter pour une petite digression finale.

Dans mon article de 2013, j’en redonnais les principes sous forme de dialogues en utilisant une réplique du film Casablanca.

Pour devenir incollable à ce genre de jeux (et aux questions ciné du TTMC) rien de tel que se replonger dans les ouvrages de Philippe Lombard consacrés aux répliques de films :

  • 600 répliques de films à l’usage du quotidien, publiés en 2016 et 2020
  • Parler comme un super-héros : 100 répliques cultes pour devenir invincibles, en 2018 ;
  • mais surtout les 600 répliques de films pour avoir la bonne répartie… au bon moment !, publié chez Dunod en novembre 2024 et sur lesquels je reviendrai dans un prochain article, le temps que ça infuse.

J’ai donc quelques bonnes résolutions sur les prochains articles cinéphiles, et que j’ajoute ici en guise d’aide-mémoire et de to-do-list :

  1. continuer à parler de femmes qui écrivent sur le cinéma, qui parle de cinéma ou qui font du cinéma au mois de mars
  2. continuer à parler des ouvrages de Philippe Lombard, en particulier les tout derniers (mais aussi ceux que je viens de mentionner)
  3. voir les derniers films d’Almodovar et lire son roman
  4. puisqu’on parle de répliques de films et de scènes cultes, parler à nouveau de séries télévisées
  5. faire un autre article sur les jeux et en particulier les escape games
  6. aller voir la prochaine exposition à la Cinémathèque

Et puisqu’on a désormais le programme des prochains mois, je vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

2024 : Palmarès de lecture

Pour ce dernier article cinéphile de 2024, je reprends la bonne habitude du palmarès de lecture.

Contrairement aux années précédentes, cet article n’a pas été préparé avec beaucoup d’avance, et je n’ai pas non plus en brouillon les prochains articles consacrés au cinéma.

Je n’ai d’ailleurs pas non plus anticipé sur la rédaction de mon article de janvier consacré au bullet journal, et j’ai toujours en attente un article sur l’intelligence artificielle qui attend depuis des mois que mon cerveau accepte de redémarrer sur la question.

Forcé à ralentir, il a délaissé les lectures professionnelles qu’il avait engagées depuis juin 2023, et je serais bien en peine d’évoquer le dernier ouvrage dont j’avais commencé la lecture, l’ayant arrêté en cours de route et n’ayant pas pris la peine de le poursuivre.

Mes articles cinéphiles et mon palmarès diffèrent cependant en deux points des palmarès des deux années précédentes.

Le premier point, c’est qu’on n’y trouve pas cette année d’ouvrage consacré directement à François Truffaut, ce qui ne lasse pas de me surprendre puisque cela faisait quarante ans cette année que ce dernier nous avait quitté.

Le second point, c’est que pour certains articles, j’ai pris l’habitude de mentionner plusieurs ouvrages, ce qui me permet d’en faire figurer d’autant plus dans ce palmarès.

Cependant, dans sa structure, cet article ne dérogera pas à ses habitudes et s’articulera en trois temps :

  • la présentation du palmarès
  • le palmarès 2024
  • bilan et projets

Présentation du palmarès

Comme chaque année depuis 2013, je finis le mois de décembre ou commence le mois de janvier par un palmarès de lecture de l’année passée.

Je vous glisse ici les liens des éditions précédentes :

Pour 2024, mes lectures ont commencé en novembre 2023, et j’ai réussi à terminer ces lectures et la rédaction des articles tout début novembre (le 1er du mois pour une publication directement dans la foulée).

Lorsque je me replonge dans mes lectures de l’année, qu’elles soit professionnelles, cinéphiles ou plaisir (même si ces frontières sont toujours poreuses), le recul me permet de constater à quel point elles illustrent ce que j’expérimentais et ressentais au fil des mois, aussi bien à nouveau dans la sphère professionnelle ou privée.

Ainsi, sur la quarantaine d’ouvrages lus cette année on retrouve :

  • en janvier, deux lectures plaisir et une lecture professionnelle (3)
  • en février, une lecture cinéphile et une lecture plaisir (2)
  • en mars, trois lectures plaisir, deux lectures cinéphiles et une lecture professionnelle (6)
  • en avril, deux lectures professionnelles et deux lecture plaisir (4)
  • en mai, une lecture plaisir et une lecture cinéphile (2)
  • en juin, une lecture plaisir (1)
  • en juillet, une lecture cinéphile et trois lectures plaisir (4)
  • en août, une lecture cinéphile et trois lectures plaisir (4)
  • en septembre, cinq lectures plaisir (5)
  • en octobre, trois lectures cinéphiles et cinq lectures plaisir (8)
  • en novembre, trois lectures plaisir (3)
  • en décembre, pour l’instant au moment où cet article est publié, une lecture plaisir en cours (1)

Concernant mes lectures cinéphiles, en voici un petit bilan :

  • Nouvelle vague, roman, Patrick Roegiers (lu en novembre 2023)
  • Cinéma : Vers des mondes imaginaires, Christophe Lemaire (lu en février 2024)
  • Ça retourne, Philippe Lombard (lu en mars 2024)
  • Les Guerres de Lucas, Renaud Roche et Laurent Hopman (lu en mars 2024)
  • Histoire de la science-fiction, James Cameron (lu en mai 2024) en ayant feuilleté en parallèle Technoir : L’Art de James Cameron, catalogue de l’exposition qui lui était consacrée à la Cinémathèque française
  • Le Journal d’Alan Rickman (lu en juillet 2024)
  • Souvenirs en pagaille, Pascal Thomas (lu en août 2024)
  • Charlie Chaplin, Guillaume Evin (lu en octobre 2024)
  • Les Dossiers du Coroner : autopsies des morts cultes au cinéma, Mike Zonnenberg et Fabio Soares (lu en octobre 2024)
  • Paris Pop Culture, Philippe Lombard (lu en octobre 2024)

Palmarès 2024

Chaque année, j’essaye de regrouper ces quelques lectures en catégories plus ou moins signifiantes. Cette année je distingue trois catégories, pour les dix lectures cinéphiles mentionnées ci-dessus : témoignages et souvenirs, science-fiction, et itinéraires cinéphiles.

J’ai eu quelques hésitations au moment de dresser ces différentes catégories : regrouper le cinéma de science-fiction, certes, mais pourquoi ne pas faire une catégorie réalisateurs pour distinguer Chaplin, Lucas, Cameron et Pascal Thomas ? Que faire du Journal d’Alan Rickman, qui se distinguait tout de même des autres lectures ? Où placer cette année les travaux de Philippe Lombard ? Et si je faisais quatre catégories ?

J’en suis finalement revenue à mon idée originelle.

Témoignages et souvenirs

Dans cette catégorie, je regroupe quatre ouvrages qui m’ont fait voyager dans des univers cinématographiques et personnels vertigineux, et qui m’ont fait découvrir ou redécouvrir des individus et des personnalités fascinantes.

Une fois encore, j’ai hésité : séparer cinéma français et international ? acteurs et réalisateurs ?

Les ouvrages que j’ai rassemblés sous cette catégorie sont les suivants :

  • Nouvelle vague, roman, Patrick Roegiers chez Grasset (2023)
  • Le Journal d’Alan Rickman, chez Hachette Heroes (2024)
  • Souvenirs en pagaille, de Pascal Thomas chez Séguier (2024)
  • Charlie Chaplin, Guillaume Evin, chez Casa éditions (2023)

Ma préférence, bien que ma lecture soit beaucoup plus lointaine, va au roman de Patrick Roegiers qui m’a permis de vivre cette si agréable suspension consentie d’incrédulité qu’on savoure aussi bien dans les livres comme au cinéma, et que j’ai à nouveau pu goûter dans mes lectures plaisir les plus récentes, comme la saga des Déracinés de Catherine Bardon, ou Le Rêve du guépard de Miguel Bonnefoy.

Science-fiction

Pour cette catégorie, l’hésitation ne s’est pas posée dans la sélection des ouvrages mais dans le choix final de l’ouvrage.

J’y regroupe trois de mes lectures :

  • Cinéma : Vers des mondes imaginaires, Christophe Lemaire (2024)
  • Les Guerres de Lucas, Renaud Roche et Laurent Hopman, aux éditions Deman (2023)
  • Histoire de la science-fiction, James Cameron, Manabooks (2019)

Les ouvrages de Christophe Lemaire et de James Cameron ont eu de commun qu’ils m’ont tous deux permis de conjuguer au moment de mes lectures mes appétences professionnelles sur l’intelligence artificielle et des univers cinématographiques qui m’avaient depuis longtemps fascinée.

Cinéma : Vers des mondes imaginaires m’a même permis de réfléchir à la façon d’interroger différents outils d’intelligence artificielle générative et des services humains de questions / réponses.

Cependant, si je me focalise sur mon ressenti de lecture et sur l’effet coup de coeur, c’est la bande-dessinée Les Guerres de Lucas qui remporte mon suffrage, puisqu’elle a constitué une véritable claque et qu’elle demeure l’un de mes plus beaux souvenirs de cette année.

Itinéraires cinéphiles

La dernière catégorie me permet, un peu artificiellement justement, de regrouper trois ouvrages qui proposent une exploration thématique du cinéma :

  • Ça retourne, Philippe Lombard chez La Tengo éditions (2023)
  • Les Dossiers du Coroner : autopsies des morts cultes au cinéma, Mike Zonnenberg et Fabio Soares chez Gründ (2021)
  • Paris Pop Culture, Philippe Lombard chez Parigramme (2023)

De la même manière que l’ouvrage de Christophe Lemaire m’avait permis de bidouiller des outils d’intelligence artificielle générative sur la représentation de l’IA au cinéma, je retiens pour cette catégorie le Ça retourne de Philippe Lombard, qui m’a permis une récréation salutaire à concocter des mèmes tout en parlant de suites et de remakes, et ça, c’était vachement bien (comme dirait Bref).

Bilan et projets

Voilà pour ce palmarès et ces lectures cinéphiles de 2024, qui ont tout de même été assez variées.

Concernant mes lectures et mes petites expériences ludiques prévues en 2024, je compte bien continuer sur ma lancée, et j’ai déjà en tête une petite récréation pour le mois de février.

Pour la suite, j’ai aussi en tête une pièce de théâtre, un roman, un ou deux Lombard et un livre que j’ai aperçu sur l’univers d’une série télévisées qui fait partie de mes préférées.

J’en profite pour saluer ces pépites de lectures plaisir que j’ai eues cette année et qui, si elles ne parlaient pas directement de cinéma, pouvaient l’évoquer indirectement ou faire même rêver ou espérer une adaptation : la saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard, Les Déracinés de Catherine Bardon ou encore une fois Le Rêve du Guépard de Miguel Bonnefoy.

Concernant mes lectures professionnelles, j’ai pour projet d’y revenir à plus ou moins long terme, le Nexus de Yuval Noah Harari ayant retenu quelque peu mon attention.

Voilà pour ces lectures, ces projets et ces envies.

Vous les retrouverez dès février 2025, après le traditionnel article de janvier sur le bullet journal.

D’ici là, je vous souhaite à nouveau de très belles fêtes de fin d’année, et je vous mitonne pour très prochainement le dernier article #profdoc de 2024.

À très bientôt sur #Cinephiledoc !

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