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Étiquette : Londres

Agatha addict

Pour ce nouvel article cinéphile, j’ai voulu croiser plusieurs événements et plusieurs informations :

  • je voulais continuer à respecter une tradition instituée avec plus ou moins de réussite sur ce site, à savoir parler d’une femme ou parler de femmes au mois de mars : les années précédentes, j’ai ainsi pu évoquer des femmes autrices*, des femmes youtubeuses, des femmes réalisatrices, comédiennes ou scénaristes ;

* j’en profite pour indiquer qu’encore récemment, mes lectures et certaines initiatives professionnelles m’ont conduites à m’interroger sur le féminin du nom auteur : autrice ? auteure ? écrivaine ? Il semble que l’Académie française ait une préférence pour autrice. Mes cogitations ont été notamment suscitées par l’un de mes coups de coeur de début d’année : Comment torpiller l’écriture des femmes, de Joanna Russ.

  • je voulais honorer les 50 ans de la disparition de l’une de mes autrices (donc) : Agatha Christie, qui doit être certainement parmi les personnes dont je parle le plus sur ce site, en tout cas pour les écrivains (évidemment elle ne dépassera pas en occurrences François Truffaut pour les réalisateurs ou Romy Schneider pour les actrices), et je vais tenter de renouveler mon propos, puisque j’ai déjà consacré un article assez conséquent à Agatha Christie en 2019 ;
  • enfin je voulais marquer le coup de mon changement de dizaine avec une petite promenade personnelle.

Les deux premiers éléments sont liés, et sans davantage tergiverser, je vais aborder le sujet Agatha.

Agatha addict

Déjà en 2019, je dressais un panorama de cette addiction à l’univers de Lady Agatha, qui cherchait à être exhaustif mais ne revenait pas pour autant sur certains travers ni sur certains tocs qui la caractérisent.

En effet, si on peut faire remonter assez loin mon penchant pour la dame de Greenway, quand je farfouillais avec mon père sur les marchés et les brocantes à la recherche d’exemplaires d’occasion ou que je les retrouvais dans des librairies, très vite mon attention s’est focalisée sur le personnage d’Hercule Poirot.

Malgré quelques tentatives et exceptions (la lecture d’Un cadavre dans la bibliothèque et du Miroir se brisa, le visionnage du film éponyme avec Angela Lansbury en Miss Marple, les quelques épisodes de séries avec les différentes actrices ayant incarné la vieille dame à l’esprit affuté), c’est finalement les aventures d’Hercule Poirot que j’ai décidées de lire dans l’ordre chronologique il y a quelques années.

De la même manière, ce sont ses aventures qui ont la part belle dans mes bibliothèques, en VF d’abord, puis en VO. Agatha Christie est d’ailleurs l’autrice la plus lue dans le monde anglophone, après la Bible et devant Shakespeare.

Concernant les ouvrages qui reviennent sur son univers, son autobiographie est un incontournable, et de ce que j’ai pu glaner au fil des années s’ajoutent une biographie de Marie-Hélène Baylac et Agatha Christie, le chapitre disparu de Brigittte Kernel, qui revient sur sa mystérieuse disparition en 1926, qu’elle n’évoque évidemment pas dans l’autobiographie évoquée précédemment.

Côté voyage, mes pas m’ont conduite là encore à revenir sur différents lieux du crime, et si l’Egypte ou la Mésopotamie échappent à ce palmarès, ou si l’itinéraire de l’Orient-Express reste à des prix prohibitifs, je suis tout de même assez fière de moi :

  • au plus près géographiquement se trouve la ville de Dinard, qui a été le cadre d’une des intrigues de Poirot, Le Crime du golf ;
  • Londres est certainement la ville de l’univers de Christie où j’ai le plus déambulé, sans toutefois chercher à mettre mes pas dans ceux de ses personnages ou dans les siens propres (je ne suis jamais allée voir de près l’immeuble où Hercule Poirot incarné par David Suchet a son appartement, par contre je suis allée voir The Mousetrap au théâtre), mais cela pourra être l’un de mes prochains objectifs ;
  • en revanche je compte deux lieux indissociables de l’imaginaire des fans de la reine du crime : sa ville de naissance, Torquay, où j’ai passé 15 jours en 2024, et sa maison de Greenway que j’ai pu visiter à cette occasion. Ce séjour m’a permis de rapporter quelques exemplaires de romans en VO et quelques preuves de mon passage là-bas…

By Rod Allday, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8397126

Côté inclassable, jeux et autres excentricités, on peut repérer chez moi cette addiction à quelques indices supplémentaires : le fait d’avoir l’intégrale de la série avec David Suchet, mais aussi les films avec Albert Finney et Peter Ustinov (mais pas ceux de Kenneth Branagh), le fait d’avoir créé un parcours avec ma meilleure amie en 2017, le fait d’avoir construit avec elle (mais à distance et chacun le sien) l’Orient-Express en Lego en 2024, et enfin d’avoir aussi réalisé un escape game sur le Crime de l’Orient-Express à la demande d’une collègue d’anglais également en 2024.

Cette passion pour Agatha Christie a ses caprices et ses sursauts : d’un côté le fait de n’avoir jamais adhéré par exemple à la série française Les petits meurtres d’Agatha Christie – pourtant je sais que certains fans l’ont adorée – ni aux adaptations de Kenneth Branagh – pour ces dernières, nous sommes plus nombreux à compter parmi les détracteurs ; de l’autre, continuer à me plonger dans des ouvrages explorant un aspect ou un autre de son univers.

Agatha Christie, cru 2026

Ou pour être plus exact, cru 2025-2026.

Plusieurs publications ont très récemment titillé ma curiosité et réveillé ma passion pour la reine du crime, passion qui n’est jamais totalement endormie, et qui sursaute à la moindre conversation avec « bestie » ou avec « bichette », qui se reconnaîtront…

à la moindre rediffusion d’un Poirot ou du désoeuvrement d’une soirée, à se demander quoi regarder, pour finalement choisir avec délectation un épisode de la série déjà mentionnée…

aux posts Instagram de quelques comptes suivis comme @laboursofhercule (aux mèmes irrésistibles) ou @officialagathachristie…

mais si l’on s’en tient aux publications papiers, deux d’entre elles ont participé à entretenir le vice.

La première, c’est un ouvrage que j’attendais depuis très longtemps, non que je surveillais de près l’auteur ou la maison d’édition derrière le projet, mais je me disais depuis très longtemps « ce serait bien que quelqu’un fasse un point là-dessus quand même ».

J’ai été comblée avec l’ouvrage de Jérémy Picard, publié chez Hugo Doc en avril 2025 : Agatha Christie, des romans à l’écran.

Il s’agit d’un panorama plus que complet sur les nombreuses adaptations et les influences et emprunts à l’univers d’Agatha Christie, des plus connues et attendues :

avec les classiques Dix petits indiens (l’adaptation de René Clair ne fait pas l’unanimité, mais elle est inoubliable pour moi qui ai reconnu Judith Anderson, la Mrs Danvers de Rebecca, dans l’un des rôles), Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, la série avec David Suchet, les différentes incarnations d’Hercule Poirot et de Miss Marple, les autres films et séries, tels que ceux de Pascal Thomas, les Benoit Blanc avec Daniel Craig…

aux rapprochements plus inattendus : j’y ai retrouvé le 8 femmes de François Ozon, et quel ne fut pas également mon bonheur de voir quelques pages consacrées à une de mes madeleines de Proust, un souvenir d’enfance et des après-midis passés chez ma grand-mère, à regarder Arabesque (Murder, she wrote) avec Angela Lansbury !

J’ai ainsi pu faire le grand écart en terme d’expérience télévisuelle, puisque en ce début d’année 2026, je me suis délectée de l’adaptation par la BBC des Sept cadrans sur Netflix, avec l’excellente Helena Bonham Carter, tout en redécouvrant Arabesque (cette fois-ci en VO), enfin disponible sur une plateforme, à savoir Amazon Prime.

Et évidemment, algorithmes de recommandation oblige, Amazon Prime « me connait » et me propose à chaque épisode visionné de céder à la tentation en prolongeant le plaisir avec, pourquoi pas ? un épisode de Columbo (mon autre travers).

Voilà, avec l’ouvrage de Jérémy Picard, de quoi se replonger dans l’univers d’Agatha Christie, en suivant tel ou tel itinéraire : film ou série TV, in english please ou à la française, grands classiques ou adaptations modernes, incontournables ou chemins de traverse.

Et comme je l’ai suggéré plus haut, un deuxième ouvrage permet de poursuivre cette promenade, cette fois-ci en levant les yeux du texte ou des adaptations, et en prenant l’Eurostar, terminus gare St Pancras International (bon et puis après, The tube ou bus à impériale, c’est vous qui voyez).

J’ai repéré cet ouvrage en janvier 2026 sur le compte Instagram déjà mentionné @officialagathachristie qui était en pleine célébration des 50 ans de la disparition de la romancière (tiens, romancière, c’est pas mal, et ça me permet d’esquiver mon hésitation entre autrice, auteure et écrivaine mentionnée plus haut).

Je l’ai directement commandé, pas chez mon libraire cette fois-ci (mea culpa) et j’en garde la lecture pour le printemps ou l’été, même si j’en ai déjà dégusté quelques chapitres… Il s’agit du Agatha Christie’s London : A historical guide to the Queen of crime’s capital, de Tina Hodgkinson.

Tina Hodgkinson est également l’autrice de l’article consacrée à « Christie’s London » sur le site officiel dédié à la romancière. Elle travaille comme guide à Londres et a créé depuis 2014 des circuits pour les fans de la reine du crime (comme ceux que l’on peut également faire sur Sherlock Holmes, Charles Dickens ou encore Jack l’éventreur).

Situant Agatha Christie davantage dans le Devon et dans les lieux déjà visités comme Torquay et Greenway, je n’ai jamais cherché durant mes séjours à Londres à réserver un circuit Agatha Christie, j’ai donc découvert l’existence de ces circuits en même temps que l’ouvrage.

Ce dernier me paraît tout aussi exhaustif que celui de Jérémy Picard avec ses promenades cinéphiles, de Poirot à Arabesque, et il est découpé en trois parties :

  1. le Londres d’Agatha Christie
  2. Londres dans les récits d’Agatha Christie
  3. une dernière partie consacrée au circuit en lui-même, avec plans et lieux à visiter

En attendant de concrétiser ces promenades, rien de tel que ces deux ouvrages pour quelques révisions indispensables !

Saute-mouton sur les dizaines : promenade personnelle

Comme je l’ai indiqué en introduction de cet article, j’inaugure une nouvelle dizaine ce mois-ci, et je terminerai avec un panorama. J’avais dans l’idée à l’origine de faire un inventaire des choses que j’aime associées à mon année de naissance.

J’ai en tête, comme à l’accoutumée, les vidéos de Blow Up Arte qui reviennent sur une année de cinéma, à l’heure où j’écris ces lignes, il semble que le magazine ait fait une vidéo pour 1996 et pour 2006, mais pas pour 1986.

Une autre idée qui m’est venue est de mentionner pour chaque décennie un livre, un film et une chanson.

  • 1986 : pour cette année, les livres énumérés par Wikipédia ne me disaient rien, à part Le Gone du Chaâba, mais si j’ai lu le livre au collège, il ne m’a pas laissé un grand souvenir…

L’année commence avec la disparition de Daniel Balavoine, je me souviens que je l’écoutais en boucle à la fin du collège et au lycée. Mais la chanson sortie cette année là et que je retiens, c’est « En rouge et noir » de Jeanne Mas, à laquelle j’accorde le même effet « madeleine » que les épisodes d’Arabesque… ou moins top 50 français, le concert de Queen à Wembley.

Comme film, je retiens mon chouchou Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery.

  • 1996 : j’ai le souvenir très précis du décès de François Mitterrand, ce qui semble logique, vu que je n’avais connu que lui comme président depuis ma naissance (même si son septennat s’était fini quelques mois auparavant).

Dans les livres, je retrouve les Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern. J’ai découvert Susie Morgenstern au collège, et la fin de ma primaire était davantage marquée par le Club des cinq et les aventures de Fantômette.

Pour les films, j’ai l’embarras du choix niveau souvenirs, même si je ne les ai pas tous vus cette année-là. Néanmoins, ils ont construit ma cinéphilie : côté français, Beaumarchais l’insolent, Pédale douce, Le plus beau métier du monde (avant que je sois dégoûtée des films sur les profs et de Depardieu), Ridicule et Un air de famille. Le box-office américain ne m’inspire pas des masses…

Côté chansons, « Wannabe » des Spice girls, et pour suivre les copines j’ai eu une période Spice girls, même si j’écoutais à ce moment là davantage le Nostalgie de mes parents (visiblement « Un Portrait de Norman Rockwell » d’Eddy Mitchell, c’était là), et Non homologué de JJG.

  • 2006 : on a dû m’offrir cette année-là L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery, mais j’étais en khâgne, et je devais bûcher mes bouquins au programme, qui m’ont laissé encore moins de souvenirs, d’autant que j’ai cubé, et du coup j’ai tendance à confondre les deux années.

De manière générale, j’ai passé les trois années de prépa comme entre parenthèses, et ce qui s’est passé « à l’extérieur » ne m’a pas marquée.

Les films, je les verrai aussi plus tard, mais je retiens Le Secret de Brokeback mountain, V pour Vendetta, Volver de Pedro Almodovar (celui-là, c’est sûr, je l’ai vu à sa sortie, comme La Tourneuse de pages) et Le Labyrinthe de Pan.

Côté chansons, je passe mon tour.

  • 2016 : pour le roman, même si je l’ai lu bien plus tard, c’est une évidence : En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, qui a encouragé mon amour pour Nina Simone.

Pour les films, je retiens Carol avec Cate Blanchett, Deadpool, Doctor Strange et Rogue One. Le premier détonne un peu parmi les autres, mais je l’ai découvert quelque temps après et j’ai été subjuguée.

Et comme « tout finit par des chansons », autant que celle de 2016 donne le ton de la décennie à venir, je retiens « Can’t stop the feeling » de Justin Timberlake.

Que réservera 2026 et les années à venir ? Comme le titre du roman de Pierre Lemaître, de belles promesses, je l’espère.

D’ici là, je vous souhaite le meilleur et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Été anglais

Contrairement à mon habitude depuis plusieurs années, je n’ai pas fait de hors-séries estivaux cet été.

Ce n’est pourtant pas les idées qui me manquaient, j’en avais quelques-unes en tête, et je me disais que je trouverais bien à un moment donné, à la faveur d’une journée pluvieuse, la motivation pour me remettre à écrire.

Nous sommes bien un samedi pluvieux au moment où j’écris ces lignes, mais ce sont les premières lignes de mon article cinéphile de septembre, au moment où j’essaye tout doucement de remettre le cerveau en marche, après plusieurs semaines de déconnexion salutaire.

Histoire de prolonger un peu mon été, et non pour correspondre à la météo (puisque c’est tout autant un cliché de dire qu’il ne fait pas beau en Angleterre que de dire qu’il ne fait pas beau en Bretagne), je vous propose un petit itinéraire anglais dans cet article, tout en digressions et en étapes, ponctué de lectures et de films.

J’en profiterai pour l’illustrer avec quelques photos prises cet été, qui pourront peut-être plaire tout autant aux amateurs de littérature, de cinéma, qu’aux profs docs.

L’élégance à l’anglaise : Alan Rickman

Pour entamer mes lectures cinéphiles et plaisirs de l’été, je me suis plongée dans ce que je considérais comme un pavé : le Journal d’Alan Rickman, publié en janvier 2024 aux éditions Hachette Heroes dans sa traduction française et préfacé par Emma Thompson.

Cette publication en français m’a interpellée : quel acteur étranger – ou à la carrière internationale – est suffisamment populaire pour qu’une maison d’édition décide de proposer une traduction française de ses journaux intimes ?

En revenant à cette question, trois icônes me viennent en tête : Marilyn Monroe et ses Fragments, Romy Schneider et son Journal d’une vie (mais est-il encore disponible ?) et Carrie Fisher et son Journal d’une princesse.

Il n’est pas toujours fréquent de voir publiées des autobiographies ou des biographies de stars internationales. Alors comment expliquer le choix des éditions Hachette Heroes, sinon en s’attardant sur les mots de la quatrième de couverture : Love Actually, Piège de cristal, et évidemment Harry Potter.

Lorsque j’avais été stoppée net dans ma déambulation dans les rayons de ma librairie à la vue de ce livre, j’ai immédiatement ressenti un mélange de joie et d’impatience. Oui, c’était justice de trouver un livre sur Alan Rickman ou d’Alan Rickman. Et oui, il fallait que je le lise.

Pas seulement pour Harry Potter, pas seulement pour Piège de cristal, et pas seulement pour Love Actually. Mais aussi pour Robin des bois : Prince des voleurs, pour Galaxy Quest, pour Dogma, pour Le Parfum, pour Raison et sentiments, pour Sweeney Todd, pour Alice au pays des merveilles

Et aussi pour la façon hypnotique dont Alan Rickman lit les sonnets de Shakespeare, pour sa voix, et enfin pour tout ce que je ne connaissais pas de lui, tout ce que je n’avais fait que lire et apercevoir de loin, sa carrière au théâtre, son élégance et son érudition. Parce qu’Alan Rickman reste l’un de mes acteurs préférés.

Ce qui m’a ensuite interpelée, c’est très prosaïquement la taille de l’ouvrage. J’ai été impressionnée par la constance et la discipline avec laquelle Alan Rickman a tenu ses journaux et du coup, par le volume qu’ils constituent. Je me suis donnée l’été pour lire cet ouvrage, convaincue que j’y passerai une bonne partie de mon temps.

J’ai lu ce livre en moins d’une semaine.

J’ai eu l’impression d’y retrouver la voix d’Alan Rickman, cette voix dont il dit :

J’ai l’impression de n’avoir jamais utilisé ma voix naturelle, que ce son que je produis, que les gens imitent et qui me déprime constamment, n’a rien à voir avec moi.

C’est cela qui rend son écriture aussi touchante, non seulement cette vague tristesse, mais cette simplicité, cette humilité, sa délicatesse, son humour, cette exigence vis-à-vis de lui-même mais aussi des autres, et surtout sa capacité à s’émerveiller.

Célébrissime pour son rôle dans Harry Potter, Alan Rickman persiste à s’enchanter de déguster tel ou tel plat, de participer à une soirée où il croisera untel et untel, à être sollicité pour les discours d’obsèques de ses amis, à rapporter le coup de fil de JK Rowling qui lui indique comment jouer Severus Rogue dès le premier Harry Potter, ou à relater certains traits de caractère de ses comparses et certaines anecdotes de tournage.

J’ai dévoré ce livre sans forcément prendre en notes le moindre élément mais j’ai relevé quelques pages et cette citation :

J’aimerais que ces bars lounge ne soient pas si entièrement dédiés aux ennuyeux & ennuyés. Il pourrait y avoir une porte marquée « Réservé aux Excentriques et Zinzins. »

Mon seul regret, c’est de n’avoir qu’un maigre aperçu, avec le cahier central, de ce que pouvait donner le texte manuscrit, Alan Rickman étant également un fabuleux dessinateur (je reproduis ici les images mises à disposition sur le site des éditions Hachette) :

Chronologiquement, les dernières pages sont douloureuses à lire, puisqu’on assiste à sa maladie, et elles sont suivies de pages très touchantes sous la plume de son épouse Rima Horton, puis d’extraits de journaux de jeunesse.

Cette lecture m’a évidemment donné envie de revoir une bonne partie de la filmographie d’Alan Rickman. J’ai revu Love Actually et Raison et sentiments, et avant mon séjour anglais, j’étais prête à revoir l’intégralité de la saga Harry Potter.

Quand je vais en Angleterre, Harry Potter n’est jamais loin de mon esprit. Bien-sûr, j’ai appris depuis plusieurs années à dissocier l’autrice et son oeuvre.

Je serais bien incapable de retirer les livres et les films de mes bibliothèques, et je garde chez moi quelques éléments de décoration qui appartiennent à cet univers. Je ne les regarde jamais sans une pointe de tristesse et de déception, mais je ne suis pas prête à renoncer à une partie de mon enfance parce que cette femme que j’ai un temps admirée a désormais les mêmes discours qu’Elon Musk…

Itinéraire anglais, entre littérature et cinéma

À l’image de la traduction française du premier volume de la Saga des Cazalet, d’Elizabeth Jane Howard, je pourrais mettre au pluriel l’été du titre de cet article. Je vous recommande d’ailleurs cette superbe saga en cinq volumes, se déroulant juste avant la seconde guerre mondiale pour le premier d’entre eux.

C’est la deuxième fois en trois ans que je choisis l’Angleterre comme destination estivale.

En 2022, j’avais passé quelques jours à Londres au mois d’août et j’étais justement allée voir une exposition consacrée aux décors et aux accessoires de l’univers Harry Potter. Cette année, j’ai juste aperçu de loin l’entrée surpeuplée de la boutique de la voie 9 3/4 à la gare de King’s Cross.

  • Lectures en anglais, aller et retour

Dans mes bagages, j’avais pris la bonne résolution de n’emmener que des livres en anglais sur ma liseuse.

Outre quelques livres de Philippa Gregory (que je n’ai pas encore lu et qui risque de donner un peu de fil à retordre à l’amatrice de l’histoire anglaise que je suis) j’ai emmené avec moi le conseil de lecture d’une collègue d’anglais, The Rain before it falls, de Jonathan Coe, et un ouvrage que j’avais aperçu au CDI avant de partir en vacances : The Paris Bookseller, de Kerri Maher.

Le premier est un roman retraçant l’histoire de la vie d’une femme à travers une succession de photographies, le second raconte l’histoire de la fondatrice de la librairie Shakespeare and Company à Paris.

Leurs thématiques et la finesse de leur écriture m’ont quelque peu fait oublier mes désillusions quant à une certaine JK mentionnée plus haut, ce qui a été parachevé à la fin de mon séjour par la visite de la British Library, j’y reviendrai plus bas…

  • Les terres d’Agatha Christie

De Torquay à Greenway, j’ai savouré pendant quinze jours d’être immergée dans l’univers d’Agatha Christie.

À Torquay, sa ville natale, j’ai pu apercevoir quelques lieux de tournage de certains épisodes d’Hercule Poirot, et j’ai aussi visité le musée de Torquay, qui consacre une salle entière à la romancière et à ses détectives. On y voit notamment l’un des costumes d’Hercule Poirot et la reconstitution des décors de son bureau.

À la gare de Kingswear, en face de Dartmouth, part un train à vapeur qui relie Kingswear à Paignton.

Sur le quai on peut voir une affiche où figure Hercule Poirot.

Mais le lieu principalement dédié à Agatha Christie au coeur du Devon, c’est évidemment sa maison, Greenway, que j’ai eu la chance de visiter.

Greenway est accessible via le train (mais c’est compliqué) et via le ferry (mais c’est compliqué aussi). Le plus simple est de s’y rendre en voiture, et d’y passer une demi-journée, voire la journée entière.

La maison donne sur la rivière Dart, avec une vue magnifique. Le jardin est fabuleux. On peut aussi visiter la Boathouse en contrebas, qui sert de décor à l’une des enquêtes d’Hercule Poirot (Dead mans folly – Poirot joue le jeu). Et la bibliothèque vaut clairement le détour aussi, avec ses fresques aux murs.

  • Détour à la British Library

De retour à Londres, il me restait une matinée entière, un dimanche, à quelques pas de Saint Pancras, avant de reprendre l’Eurostar.

Je n’étais jamais allée à la British Library, que j’imaginais moins accessible, et surtout fermée le dimanche. J’ai donc profité de cette dernière matinée pour y déambuler.

Le lieu en lui-même est des plus impressionnants, mais le visiteur peut aussi découvrir les « trésors » de la bibliothèque : la Magna Carta, des textes religieux d’une belle diversité, des manuscrits qui vont d’Oscar Wilde aux Monty Python en passant par Mozart et les Beatles, et des éditions originales des pièces de Shakespeare.

Début août, au moment où j’y étais, il y avait enfin dans cette salle une petite sélection correspondant à l’exposition suivante : « Queer lives in Literature », rappelant les différentes occurrences des questionnements LGBTQ+ dans la littérature au fil des siècles.

Le lieu est magnifique et j’espère y retourner à une autre occasion – et un autre jour de la semaine – pour en découvrir les autres étages et espaces.

D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous bon courage pour la reprise et pour ce mois de septembre, et vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel article sur Cinéphiledoc !

Sur les traces de Harry Potter

Pour cet article #lecture du mois d’octobre, je reviens sur quelques promenades littéraires et cinéphiles que j’ai faites durant cet été.

En effet, le livre dont je vais vous parler dans quelques instants a été le très heureux préambule d’une de mes escapades estivales, et je l’ai dévoré en une poignée d’heures.

Cela faisait un moment qu’on me le recommandait, et j’ai attendu la fin de l’année (scolaire) pour me décider à arrêter de passer devant dans les librairies sans l’acheter. Je ne l’ai absolument pas regretté.

Relations personnelles à une saga

J’avais 11 ans quand le premier tome de Harry Potter a été publié dans sa langue originelle.

Donc, si l’on se plonge directement dans l’histoire du sorcier le plus connu au monde, je pourrais affirmer de manière très péremptoire que Harry Potter et moi avons le même âge et avons grandi ensemble – évidemment comme l’ensemble d’une génération.

Nous n’avons pas grandi ensemble, nous avons (au début) grandi côte à côte. La Chambre des secrets a été publiée en 1998, Le Prisonnier d’Azkaban en 1999, et La Coupe de feu en 2000.

Quant aux traductions françaises, si l’on reprend du début, cela donne : 1998 pour le premier, 1999 pour le deuxième, 1999 pour le troisième et 2000 pour le quatrième. Le léger décalage a vite été rattrapé par la suite compte tenu du succès de la saga. Les trois derniers tomes sont sortis respectivement en 2003, 2005 et 2007.

Concernant les adaptations cinématographiques, j’énumère rapidement les 8 années concernées : 2001, 2002, 2004, 2005, 2007, 2009, 2010 et 2011.

Harry Potter et moi avons donc au début grandi côte à côte. Lorsque le premier tome est traduit en français, je n’y prête pas attention. Pas plus pour les trois suivants.

C’est en 2001 que je découvre Harry Potter, non pas avec l’adaptation au cinéma mais à la faveur d’un petit séjour à l’hôpital, durant lequel on m’offre le premier tome pour occuper mes journées. Évidemment, je réclame directement la suite. Et c’est ainsi que je plonge tête baissée dans l’univers de J.K. Rowling.

Nous ferons alors ensemble la suite du parcours : en 2003, je guette la traduction française du cinquième tome (qui restera mon préféré), puis en 2006 celle du sixième tome. En 2007, je ne peux pas supporter d’attendre 4 mois pour découvrir le septième tome dans sa traduction, je le lis directement en anglais.

Je guette les adaptations cinématographiques, je rajoute à ma bibliothèque les ouvrages qui accompagnent la saga… et j’ai un bon nombre de produits dérivés qui meublent mon quotidien (vous en trouverez quelques-uns ici), et qui vont du pins au porte-clefs en passant par la baguette d’Hermione.

Mon addiction, si elle ne s’embarrasse pas des polémiques qui ont depuis entouré J.K. Rowling et ses personnages, ne s’étend pas cependant à l’univers des Animaux fantastiques, dont je n’ai vu pour l’instant que les deux premiers volets, sans forcément ressentir le même attachement.

Bref, pour résumer, j’ai grandi finalement avec Harry Potter et j’aime son univers, qui demeure pour moi une sorte de « doudou » affectif.

Dans l’ombre de Harry Potter

J’en reviens donc à ce livre, devant lequel je suis passée et repassée plusieurs fois avant de me décider 1/ à l’acheter 2/ à le lire.

Il s’agit de Numéro deux, de David Foenkinos, publié chez Gallimard en février 2022. De Foenkinos, j’avais déjà lu Charlotte, La Tête de l’emploi et Le Mystère Henri Pick, dont j’avais adoré l’adaptation au cinéma avec Luchini et Camille Cottin.

Associant le nom de l’auteur et la quatrième de couverture, je me suis plongée dans ce roman, mêlant faits réels et éléments imaginés, avec beaucoup de curiosité.

C’est à cette quatrième de couverture que je laisse la parole ici :

« En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre.
Des centaines d’acteurs furent auditionnés. Finalement, il n’en resta plus que deux. Ce roman raconte l’histoire de celui qui n’a pas été choisi. »

Si l’on s’attarde sur le titre et la fin de ce petit résumé, cela revient à mettre en parallèle les deux destins : celui qui dans les romans (dans leur version originale) est appelé « the chosen one », ou l’élu, d’un côté, et de l’autre, cet ironiquement fameux « numéro deux » (the second one en anglais), « celui qui n’a pas été choisi ».

C’est ce parcours que David Foenkinos nous invite à suivre : celui du garçon qui a failli être Harry Potter, une histoire poignante, troublante, parfois pleine d’ironie et parfois glaçante.

À l’une des étapes du roman, il compare cette trajectoire à celle de Pete Best qui fut le premier batteur des Beatles avant d’être remplacé par Ringo Starr.

Pour ma part, le livre m’a surtout rappelé un film sorti en 2011 : Killing Bono :

À Dublin, Neil McCormick et son jeune frère Ivan montent le groupe de rock Shook Up, avec l’ambition de devenir le plus grand groupe de rock du monde. Au même moment, Paul Hewson, leur camarade de classe, chante dans son propre groupe qui vient lui aussi de se former. Neil, persuadé que le sien est bien meilleur, ne se doute pas encore que le groupe qui le concurrence va bientôt sortir de l’ombre sous le nom de U2, et que Paul Hewson deviendra une star planétaire sous celui de Bono.

Ce film évoquait, comme Numéro deux, toute la difficulté de se construire une identité quand on a constamment sous les yeux l’identité encombrante de ce qu’on aurait pu être.

La difficulté principale du héros, Martin Hill, elle tient aussi à la proportion démesurée que prend l’engouement des lecteurs et des spectateurs pour l’univers de Harry Potter : durant ces années où la sortie des livres et celle des films sont quasiment simultanées, le nom de Harry Potter est sur toutes les lèvres, et il est de plus en plus difficile d’y échapper, d’en être en quelque sorte déconnecté.

Ce phénomène se rapproche à mon sens de l’usage que l’on fait du numérique ou des réseaux sociaux : nous avons presque tous côtoyé dans notre entourage cette personne qui, se défendant d’avoir un smartphone, d’être inscrit sur tel ou tel réseau social, finit par sauter le pas sous l’influence d’autrui ou pour pouvoir effectuer des démarches de la vie courante.

Alors certes, on ne devient pas du jour au lendemain fan absolu de Harry Potter si (et ici j’opère un raccourci quelque peu facile) l’on n’est pas tombé dedans étant petit. Mais cet univers s’est frayé un tel chemin jusque dans nos vies quotidiennes que même une personne complètement étrangère sera amenée à l’avoir sous les yeux.

Harry Potter à Londres

C’est suite à cette lecture que je suis allée à Londres au mois d’août dernier.

Comme je connaissais déjà la ville, j’avais déjà pu voir certains lieux emblématiques de la saga :

  • évidemment la fameuse voie 9 ¾ à la gare de King’s Cross – désormais prise d’assaut et absolument inaccessible, avec le chariot de Harry Potter (juste à côté il y a la boutique officielle Harry Potter, où il faut jouer des coudes et se frayer un chemin pour savoir si oui ou non on se décidera à acheter un retourneur de temps, une écharpe Gryffondor ou un plateau d’échecs…)
  • le Millenium Bridge qui apparaît au début du 6e film, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé, pour être détruit par les Mangemorts
  • Piccadilly Circus que l’on retrouve dans le 7e film, Les Reliques de la Mort (Partie 1), lorsque Harry, Ron et Hermione s’enfuient du mariage du frère de Ron suite à une attaque des Mangemorts. C’est à Piccadilly Circus que Hermione les fait réapparaître, plus précisément sur Shaftesbury Avenue et ses nombreux théâtres, où elle leur explique qu’elle allait souvent avec ses parents.

L’application Visit London (et sûrement énormément d’autres applications et sites internet) recense les activités et les lieux associés à Harry Potter lorsqu’on se rend à Londres. Voici celles que je garde éventuellement pour un prochain séjour :

  • les studios de la Warner Bros (auxquels il faut réserver une journée entière)
  • le zoo de Londres
  • des parcours thématiques organisés dans la ville
  • le spectacle « Harry Potter and the cursed child » au Palace Theatre (en deux parties de 2h30 chacune)…

Et voici celles que j’ai pu mener :

  • la visite du Leadenhall Market, ayant inspiré le chemin de Traverse, et dont vous avez un petit aperçu ci-dessous :

J’y suis allée un dimanche matin, l’endroit était désert, mais donnait malgré tout une idée de son charme et de son effervescence habituelle.

  • durant une de mes balades, je suis passée devant le Palace Theatre où se joue le spectacle mentionné plus haut

J’aurais pu réserver une place, mais j’avoue que la durée et le fait de devoir réserver forcément les deux parties le même jour (à 13h la première et à 18h la deuxième) m’a un peu freinée… je garde donc l’idée pour une prochaine fois.

Mais l’activité principale en lien avec l’univers de J.K. Rowling et à laquelle j’ai consacré du temps était :

  • The Harry Potter Photographic Exhibition au London Film Museum

Le London Film Museum est situé non loin de Leicester Square et de Covent Garden, c’est un musée qui organise des expositions temporaires (durant mon séjour sur Harry Potter, mais précédemment sur la saga James Bond).

On y accède en réservation un billet en ligne, et l’exposition est vraiment immersive, tout en se concentrant sur les tournages des films.

On y retrouve donc quelques éléments de décors, des photos de tournage, ainsi que des vidéos de témoignages (producteurs, acteurs, décorateurs…).

On peut se faire prendre en photo sur un balai devant un fond vert, voir la moto d’Hagrid, le registre de Gringotts, la robe de sorcier de Voldemort…

En fin de parcours, il y a évidemment un café où déguster de la biéraubeurre (mais je n’ai pas testé) et une boutique où l’on retrouvera les mêmes produits dérivés qu’à King’s Cross.

La visite dure environ 1h30 et vaut le détour pour les fans de la saga, et elle est une excellente invitation à revoir les films ou à relire les livres, preuve supplémentaire de l’impact de l’univers de Harry Potter dans notre imaginaire collectif.

C’est sur cet univers et sur cet imaginaire que je vous laisse, et vous dis à très bientôt pour un nouvel article – et un tout autre univers – sur Cinephiledoc !

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