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Catégorie : Bouquins bouquins (Page 6 sur 7)

Drôle d’oiseau

Cette semaine est paru le tome 8 des aventures de Yann de Kermeur, l’aventurier de Patrice Pellerin.

La première fois que j’ai tenu entre les mains un album de L’épervier, c’est grâce à une amie, passionnée comme moi d’histoire, de piraterie et de la Bretagne, qui m’avait fait cadeau des quatre premiers tomes. C’est à elle que je dois ma curiosité en matière de bande-dessinée, curiosité qui m’a conduit au-delà des sentiers battus franco-belges que j’avais jusque-là privilégiés : Blake et Mortimer, Tintin et Gaston Lagaffe

L’épervier est donc une série qui raconte la vie trépidante d’un ancien gentilhomme, autrefois condamné aux galères, ancien pirate devenu corsaire, capitaine du navire La Méduse, à la recherche, dans le premier cycle, d’un trésor mystérieux qui va le conduire jusqu’en Guyane.

Patrice Pellerin met un soin tout particulier à reconstituer les navires du début du dix-huitième siècle, les costumes et les décors grandioses des missions, des châteaux perdus et de Versailles, et l’on ne s’étonne pas du coup qu’il faille attendre près de trois ans pour connaître la suite. Mais ne nous plaignons pas, après tout, Laurent Vicomte a bien publié le second tome de Sasmira onze ans après le premier…

Pellerin a publié le début du second cycle en 2009 : « La Mission ». Cette fois-ci, son Epervier, mandaté par Louis XV et son ministre Maurepas, doit partir pour le Canada afin de découvrir quels évènements imprévus ont bien pu se produire dans l’un des camps de cette colonie. Il croise sur son chemin gens de cour et espions, et il y a trois ans, il était resté en bien mauvaise posture. Le tome 8 « Corsaire du Roy », tient toutes ses promesses en matière de suspense et de rebondissements et il est déjà difficile, une fois qu’on l’a refermé, de se préparer psychologiquement à une nouvelle attente de trois ans…

Il y a deux ans déjà, alors que je préparais le concours, je découvris avec quelques camarades une librairie située juste derrière l’IUFM de Paris (boulevard des Batignolles) et spécialisée dans les bandes-dessinées et les mangas : Bulles en tête. Cette librairie est un petit bijou et on y est très bien conseillé. Au vendeur, j’expliquais que j’adorais L’Epervier, mais que, en attendant que Pellerin finisse son tome 8, j’aurais bien aimé découvrir d’autres choses traitant les thèmes suivants : pirates, historique, aventures et, à la rigueur fantastique. Le tout, s’il vous plait, avec de beaux dessins et de bons scénarios – notions qui devenaient très subjectives…

Le vendeur ne s’est pas découragé : il m’a d’abord fait découvrir Murena, une très belle bande-dessinée de Dufaux et Delaby qui se passe aux temps de Néron. Puis il m’a dirigée vers De Capes et de crocs, qui est une merveille d’humour, d’intelligence et d’aventures, orchestrée par deux magiciens : Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

De Ayroles, j’ai ensuite découvert Garulfo, D, et les Sept missionnaires. De Masbou, L’Empire céleste. Pour répondre à mon appétit de piraterie, je me suis plongée dans Barracuda et Long John Silver, qui nuancent tous les deux d’une veine sombre L’Epervier. J’ai fait quelques incursions vers le fantastique avec Le Bois des vierges, La Licorne, Wollodrin et La Balade au bout du monde. Enfin, j’ai fait connaissance tardivement avec Blacksad et Sasmira, deux très courtes séries qui valent le détour, par la qualité de leur dessin et de leurs intrigues.

En deux ans, j’ai rempli mes bibliothèques et j’ai rafraîchi mon univers à bulles, avec des personnages et des univers qui débordent des planches, tout cela, grâce à Pellerin qui m’a fait attendre son Epervier et grâce à un libraire passionné…

Echappées radiophoniques

Durant cet été, j’ai pu me promener au détour des canaux de Bruges et des ruelles de Bruxelles, j’ai pu poursuivre des bulles de bandes dessinées et les destinées des Stark, des Lannister et des Frey de la saga de George Martin. J’ai pu feuilleter un dictionnaire Marilyn Monroe, à l’occasion des 50 ans de sa disparition.

Vers la fin de l’été, j’ai aussi suivi les invitations au voyage littéraire proposées par Laura El Makki dans ses émissions sur France Inter, « On n’a pas fini d’en lire ». Cet article est par ailleurs un peu curieux, car il me faut parler de quelqu’un que je connais personnellement, sans céder à l’éloge systématique…

Ce n’est pas parce que j’ai étudié pendant deux ans aux côtés de Laura la littérature française, sous la férule passionnante et cynique de Jean-François Louette, spécialiste du 20ème siècle, de Sartre et de Queneau entre autres, et qui nous considérait comme de douces rêveuses, accrochées à notre Proust et notre Aragon.

Ce n’est pas parce que Laura est devenue ma « camarade » attitrée des cinémas, et que j’apprécie les discussions à bâtons rompus sur les livres et les films, « littéralement et dans tous les sens ». J’ai de temps à autre un coup de téléphone pour me demander si je n’aurais pas dans le coin de ma caboche l’idée d’un livre évoquant tel ou tel thème, et qui nous relance à nouveau dans ces conversations sans fin…

C’est parce que, aussi bien dans la préparation des émissions de Guillaume Gallienne, « Ça peut pas faire de mal », que lorsque l’on écoute « On ne demande qu’à en lire », Laura nous propose une aventure spontanée, dépaysante, rafraîchissante. Une de mes aventures préférées, dans le laboratoire de la création littéraire.

Dans une atmosphère de halls d’hôtels et de cafés, qui n’est pas sans rappeler ce que disait Fanny Ardant dans une de ses interviews « J’aime les halls d’hôtels, les halls de gares… », les endroits où l’on se rencontre… elle cherche à comprendre ce qu’est pour nous un classique. Pas le classique parfois rébarbatif de la salle de classe, mais le livre de chevet qui est pour nous tout à la fois un point de départ dans notre vie de lecteur, et la destination vers laquelle nous choisissons toujours de revenir.

Mon émission préférée est sans doute celle consacrée aux « Années » d’Annie Ernaux, avec comme invitée la comédienne Dominique Blanc. Un livre magnifique qui assiste à la propre construction d’un être et d’un écrivain, à travers les instantanés personnels et historiques d’une vie. Parce que ce voyage littéraire ne nous entraîne pas seulement vers la lecture, mais vers cette communion fulgurante entre l’écrivain et son lecteur, irrésistiblement.

Sagan, la suite…

Dans « Les femmes dangereuses », j’ai recensé la plupart des femmes écrivains qui se trouvent dans ma bibliothèque. Je déteste le terme « écrivaines » , parce que, bien plus que pour le masculin, cela me pousse, d’une manière inexplicable, à couper le mot (écrit vain / vaine, écrit vin / veine) et peu importe que le nom et l’adjectif ne correspondent pas, l’idée me reste en tête. Parmi les romancières françaises, j’ai donc parlé de Beauvoir, j’ai oublié Duras et j’ai cité Sagan.

Si j’ai commencé à lister les œuvres de Sagan – Bonjour Tristesse, Aimez-vous Brahms ?, Des Bleus à l’âme, Un sang d’aquarelle, Toxiques, Derrière l’épaule, Un certain regard – ce n’est pas par un simple souci d’inventaire. C’est aussi que cette année est paru le livre de souvenirs consacré par Denis Westhoff à sa mère, Sagan et fils. C’est un livre émouvant et spontané, on y lit des souvenirs qui reviennent à la surface comme autant d’images suscitées, de sensations, d’instantanés photographiques et de discussions à bâtons rompus. On pourrait dire, évocation dans tous les sens, je préfère dire : évocation spontanée. Denis Westhoff poursuit un objectif très simple : démêler le vrai du faux, l’exagération de l’exactitude dans la « légende Sagan ». S’insurger contre les biographes qui privilégient le « scoop » au détriment de la fidélité. Offrir un autre éclairage sur une femme à l’ombre gigantesque, pour esquisser le portrait d’un visage, sinon insoupçonné, du moins préservé jusqu’à l’intime :

« Si la légende, dans ce qu’elle a de plus charmant, m’accompagne dans l’écriture, il reste que l’essentiel de ce livre s’attachera à la raconter, elle, Françoise Sagan. A la faire revivre en tant que mère et que femme, femme d’esprit, femme drôle, femme capricieuse parfois, femme fragile aussi ».

Cette fragilité et cette tendresse, la générosité et la rêverie, on la découvre ou on la redécouvre au fil des chapitres, chacun apportant « un certain regard » sur l’engagement, les goûts, les amitiés et les amours – filiaux, fraternels, maternels et passionnés – de Sagan.

Depuis son décès, j’avais pu découvrir l’œuvre de cette femme extraordinaire et ses biographies – celles tant décriées par Denis Westhoff, je l’avais vue incarnée au cinéma par Sylvie Testud, l’une de mes comédiennes françaises préférées. Il ne me manquait plus que le regard désintéressé et providentiel d’un des témoins directs de sa vie, qui, non content d’être déjà venu au secours de l’œuvre, se fait aujourd’hui le sauveur de l’être humain.

Les femmes dangereuses

Aujourd’hui, je discutais avec quelques collègues de nos lectures. Et parmi ces lectures, celles dont je me souvenais surtout, c’était celles de romancières. Qu’elles soient anglaises – j’ai déjà parlé de Jane Austen, des soeurs Brontë, de Virginia Woolf, d’Agatha Christie ou de J K Rowling – ou françaises, ou qu’elles écrivent dans une toute autre langue, j’aime les femmes qui écrivent. Laure Adler les a rassemblées dans un très beau livre dont je ne me lasse pas : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.

Si j’admire les romancières anglaises, deux femmes françaises envahissent ma bibliothèque : Simone de Beauvoir et Françoise Sagan. De la première, j’ai lu l’intégralité des écrits autobiographiques, depuis les Mémoires d’une jeune fille rangée jusqu’à la Cérémonie des adieux. Mon préféré est sans doute La Force de l’âge, où s’affirme pleinement l’écrivain en tant que tel. Mais c’est dans La Force des choses que je retrouve ma citation préférée :

« Une femme écrivain, ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit, mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture…  »

De Beauvoir, l’une de mes oeuvres préférées est Tous les hommes sont mortels, qu’il faudrait relire à chaque fois que l’on est effrayé par la vitesse, le danger et l’éphémère.

En ce qui concerne Sagan, j’avais évidemment commencé par Bonjour Tristesse. Mais comme je n’aime rien de plus que d’être plongée dans le laboratoire de création d’un écrivain, mon préféré reste Des bleus à l’âme. Simultanément elle nous fait suivre ses personnages et s’interroge sur leur destination. Ensuite, viennent pêle-mêle les témoignages, les journaux (Toxique) et les entretiens, notamment le petit recueil Un certain regard, et j’en retire cette phrase :

« L’écrivain est un menteur forcené, un imaginatif, un mythomane, un fou, il n’y a pas d’écrivains équilibrés. »

 

English touch

A chaque fois que l’on part en voyage, il faudrait parvenir à trouver un roman et un film qui nous immerge parfaitement dans l’ambiance du pays et de la ville où l’on se rend. Lorsque je suis allée à Barcelone, l’amie chez laquelle je me rendais m’a conseillée comme lecture indispensable L’ombre du vent. J’aime cerner l’atmosphère d’un lieu par le rappel incessant de souvenirs visuels et textuels. Et si je suis sensible aux reflets parisiens que je retrouve dans les films de Truffaut et de Cédric Klapisch, rien ne me plaît davantage que tout ce qui m’évoque l’Angleterre.

En ce moment, je regarde avec assiduité les adaptations de Jane Austen par la BBC, notamment la série Orgueil et préjugés, avec Colin Firth et Jennifer Ehle, que j’ai revus récemment dans Le Discours d’un roi, un de mes films préférés. Colin Firth y joue le roi George VI, et Jennifer Ehle joue la femme de Lionel Logue.

Je ne parviendrai d’ailleurs que très difficilement à classer tout ce qui est anglais, de près ou de loin, et retiens mon attention. J’aime l’histoire anglaise, depuis (environ) la guerre des deux roses jusqu’à aujourd’hui, et le jubilé de la reine. Les romans de Catherine Hermary-Vieille sur les Lancaster, les York et les Tudors me passionnent. Pour l’ère élisabéthaine, j’ai adoré les téléfilms en deux parties avec Helen Mirren et Jeremy Irons, et les films avec Cate Blanchett. Pour l’ère victorienne, les romans de Dickens. Et bien-sûr, pour le vingtième siècle, Le Discours d’un roi et The Queen.

Pour l’atmosphère, tout me convient, ville et campagne. Les œuvres des soeurs Brontë, surtout. Le roman de Mary Webb, Sarn. Mrs Dalloway. Le Portrait de Dorian Gray. Les intrigues d’Agatha Christie – Hercule Poirot joué par David Suchet. Les textes de Daphné du Maurier, à commencer par Rebecca. Harry Potter et ses adaptations cinématographiques.

Enfin, pour ce qui est des films, ils vont de ceux d’Hitchcock – Rebecca, L’Homme qui en savait trop – aux Harry Potter, en passant par les comédies sentimentales – Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill – les adaptations littéraires, Billy Elliot, The Full Monty, Les Virtuoses, The Hours, et les films historiques que j’ai déjà cités. Et pour les séries, Downton Abbey et Doctor Who.

Sans oublier, by jove, les Blake et Mortimer de La Marque jaune et de L’Affaire Francis Blake, et plus récemment les D., et les Long John Silver de la bande dessinée.

 

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