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Hors-série 1 : D’amour et d’étoiles. Bogart / Bacall

Bonjour à tous.

Voici le premier hors-série de l’été de Cinephiledoc.

Cette année, j’ai eu beaucoup de difficulté à choisir une thématique pour ces hors-série.

J’aurais pu me pencher, dans chaque numéro, sur un acteur ou un réalisateur, j’aurais aussi pu me consacrer à un film qui aurait suscité une très nombreuse littérature, j’aurais également pu piocher au hasard dans ma bibliothèque et évoquer telle ou telle lecture cinéphile.

J’ai cependant décidé de produire cet été quelque chose de plus léger, tant dans le thème que dans la forme. Je vous propose donc quatre numéros, chacun consacré à un couple mythique du cinéma, et aussi bien couple à la ville qu’à la scène.

Ces articles seront construits à chaque fois de la même manière :

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Pour le premier d’entre eux, j’ai choisi le couple emblématique qui, en quelque sorte m’a fait « entrer en cinéma » : Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Bogart et Bacall

Pour les néophytes, et en reprenant le mode de questionnement qu’affectionne Blow Up :

C’est qui ou plutôt c’est quoi Bogart et Bacall ?

Humphrey Bogart, né en 1899, est une icône masculine du cinéma hollywoodien, particulièrement savoureux d’abord dans des rôles de bad guys puis dans des rôles de détectives comme dans Le Faucon maltais. Il porte admirablement l’imperméable et le feutre, excelle dans l’ironie et le cynisme, et a, selon moi, la voix la plus irrésistible du cinéma avec Alan Rickman… Casablanca est le rôle de sa consécration, il le place sur un piédestal dont il ne descendra plus, même après sa mort en 1957, avec des rôles comme The African queen, pour lequel il remporte un Oscar.

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Lauren Bacall est née en 1924, elle rencontre Humphrey Bogart en 1944 sur le tournage du Port de l’angoisse, d’Howard Hawks, et tourne avec lui 3 autres films : Le Grand sommeil, Les Passagers de la nuit, et Key Largo. Merveilleuse dans La Femme modèle, exaspérante dans Le Crime de l’Orient-Express et dans Leçons de séduction, elle demeure inoubliable dès qu’on la croise dans l’un de ses films.

Évidemment, je résume à gros traits, il y aurait beaucoup plus à dire sur ces deux monstres sacrés, et d’ailleurs, cela a-t-il été tenté ?

Réunis dans un livre ?

Personnellement, je n’ai aucun livre dans ma bibliothèque, qui réunisse Bogart et Bacall. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce couple, pour la petite histoire, j’étais au lycée. J’avais cherché dans les rayons cinéma des librairies, j’avais fureté dans les bibliographies des livres et j’avais tenté de trouver des pistes sur internet, ce qui était beaucoup moins facile à l’époque.

Et même le seul livre qui avait attiré mon attention sur le sujet ne l’avait pas retenue. Il s’agissait d’un ouvrage paru aux éditions Solar, dans la collection très logiquement appelée « Les couples célèbres » : Lauren Bacall, Humphrey Bogart : un amour sans nuages, de Jean-Marc Loubier.

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Rien que le sous-titre, ça vend du rêve, non ? J’ai dû, en tant que lycéenne, n’acheter qu’un livre de cette collection aujourd’hui disparue, celui consacré aux amours de Victor Hugo et de Juliette Drouet…

Bref, ai-je eu plus de chances aujourd’hui en cherchant un ouvrage sur Bogart et Bacall ? Absolument pas. Ai-je trouvé autre chose que des articles de magazines people ou féminin sur internet, si ce n’est un diaporama sur Allociné ? Non plus.

Et séparément alors ?

Côté Bogart…

Comme la plupart du temps lorsqu’il s’agit d’un acteur ou d’un réalisateur que j’admire (et lorsqu’il y a matière pour le faire), j’ai dans ma bibliothèque au moins deux ouvrages sur le sujet : une autobiographie ou une biographie particulièrement soignée (de préférence par un témoin direct) et un « beau livre » avec, là encore, une iconographie soignée.

Bogie n’a jamais écrit son autobiographie – c’est dommage, étant donné le nombre de citations et l’humour qu’on lui prête. Par contre, et j’ai déjà dû le mentionner dans un précédent hors-série sur les enfants de stars qui parlent de leurs parents, son fils, Stephen Bogart, a publié en 1996 une biographie, Bogart mon père (Bogart, In search of my father), préfacé par Lauren Bacall.

Bogart

Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, bien que j’en recommande vivement la lecture, puisque j’en avais déjà parlé : on y suit la vie de Bogart sous les yeux de son fils, à travers le récit de témoins directs, on y suit la trajectoire de ce fils qui d’abord se révolte puis accepte tout le poids de cet héritage paternel (et maternel). On y croise, en plus de ces deux icônes hollywoodiennes, d’autres visages pas moins impressionnants…

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Pour ce qui est du beau livre, il s’agit d’un très bel ouvrage en anglais, publié en 2006 pour le 50e anniversaire de sa disparition : Bogie, A celebration of the Life and Films of Humphrey Bogart, avec une préface de Stephen Bogart, une partie biographique par Richard Schickel, critique de cinéma, et une présentation de ses films par George Perry.

Les images sont magnifiques et le texte particulièrement émouvant, ponctué de citations de Bogart lui-même, de Lauren Bacall ou de Stephen Bogart.

Peut-être y’aura-t-il d’ici un an d’autres livres publiés sur Bogart, puisque nous arrivons au 60e anniversaire de sa disparition…

Et sur internet ?

Bogart a droit à des articles assez complets sur Wikipédia (même si celui en anglais est, évidemment, bien plus nourri que celui en français) :

Là où il a plus de chances que d’autres personnalités, c’est que son fils est personnellement impliqué dans le Humphrey Bogart Estate, qui est chargé de transmettre et de partager auprès des cinéphiles de tout poil, l’héritage cinématographique de Bogart. Cet Humphrey Bogart Estate dispose d’un site internet, d’une page Facebook, d’un compte Twitter et d’un Tumblr

Il me semble que peu de stars disparues peuvent se targuer d’une telle présence numérique !

Un festival cinématographique lui est également exclusivement consacré : http://bogartfilmfestival.com/Home.html

Et en vidéo ? Pour moi le plus bel hommage à Bogart reste le témoignage de Bacall, évidemment :

Côté Bacall

Lauren Bacall a, quant à elle, publié son autobiographie de son vivant, Seule (By myself), sortie à la fin des années 70 puis rééditée en français en 2005 aux éditions Michel Lafon.

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Il s’agissait pour moi d’une découverte captivante : le livre est très agréable à lire, et dresse un panorama très impressionnant de sa vie, depuis ses débuts durant l’âge d’or hollywoodien, son parcours avec et après Bogart, ses rôles plus récents, et, près de dix ans avant son décès, le portrait d’une femme décidée à s’impliquer encore dans des projets cinématographiques, ce qui donne une lecture des plus optimistes.

À côté de cette somme, malheureusement, peu d’autres ouvrages dignes d’intérêt. Et c’est justement pour cette raison que je n’ai rien de plus dans ma bibliothèque.

Sur internet, Bacall a également moins de chance que Bogart.

Certes, Wikipédia version française et version anglaise lui consacrent, là encore, deux bons articles :

Le site qui lui est dédié est beaucoup moins « institutionnel » qu’un Humphrey Bogart Estate, et beaucoup plus… comment dire… informel ? Je vous laisse juger.

En ce qui concerne les vidéos, j’ai réussi à trouver ce documentaire de la BBC, que je trouve assez impressionnant (mais la dame avait de quoi impressionner…) : https://www.youtube.com/watch?v=uR_lpSY5qUc

Pour ce qui est des rétrospectives sur sa carrière cinématographique, je n’ai pas été très satisfaite non plus par ce que j’ai trouvé, j’indique donc juste une vidéo, à titre d’exemple :

Pour moi, encore une fois, ce qui lui rend le plus justice, c’est finalement le documentaire où elle évoque Bogart.

Un film avec Bogart et Bacall

Parmi les quatre films qu’ils ont tourné ensemble, j’ai toujours du mal à choisir lequel est mon préféré. Et pourtant, même si j’adore le premier, Le Port de l’angoisse (To have and have not), même si deux d’entre eux ont été réalisés par Howard Hawks et un par John Huston, même si le 2e (Le Grand Sommeil) est une enquête policière incroyablement complexe qui déborde de sex-appeal, et même si le dernier est un huis-clos étouffant en pleine tempête sur une île (Key Largo), j’en reviens toujours au 3e :

Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves.

Et c’est sur les images de ce film, histoire d’amour magnifique entre un évadé de prison qui change de visage et une jeune artiste peintre persuadée de son innocence, que je vous laisse :

Car il faut bien tout de même que je mette un peu de douceur dans ces hors-série, et qu’elle vous accompagne jusqu’au prochain !

Revoir Chaplin, relire Chaplin, penser Chaplin, rêver Chaplin

Voici, un peu plus d’un mois après ma visite à Chaplin’s world, le compte-rendu de lecture du trésor déniché là-bas.

Vous voyez que d’emblée je donne le ton. Chaplin’s world m’avait donné envie de revoir les films de Chaplin et de relire son autobiographie.

Le livre dont je vais parler dans quelques instants et que je viens de terminer m’a donné envie lui aussi de revoir non seulement Chaplin en Charlot, mais aussi de revoir Chaplin l’homme : images d’archives, coulisses de films, et même Chaplin incarné par un autre, Robert Downey Jr, bluffant, dans le biopic réalisé par Richard Attenborough. Mais tout cela, j’y reviendrai plus tard.

Rêver le dernier Chaplin

En 1967 sort le dernier film de Chaplin, La Comtesse de Hong-Kong, avec Marlon Brando et Sophia Loren. Comme dans Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe et Un Roi à New-York, on n’y retrouve plus le personnage de Charlot. Chaplin y fait une apparition.

Autant le dire, je n’ai jamais vu La Comtesse de Hong-Kong. Et si Monsieur Verdoux et Les Feux de la rampe sont parmi mes Chaplin préférés – bien qu’il soit difficile pour moi d’en faire un quelconque classement – je n’ai jamais ressenti la même admiration pour Un roi à New-York. Peut-être faudrait-il que je lui donne une seconde chance ?

Donc, La Comtesse de Hong-Kong sort en 1967. Chaplin meurt au matin de Noël 1977. Dix ans sans projet ? Connaissant le personnage, c’est peu probable. Après avoir lu The Freak, on se rend compte que c’est impossible.

The Freak, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, c’est un livre de Pierre Smolik, écrivain et cinéaste suisse, livre publié en 2016 par les éditeurs Call me Edouard. L’ouvrage est sorti simultanément dans une version française et une version anglaise. Comme l’indique son titre, il a pour sujet le dernier film de Chaplin, son dernier projet, jamais réalisé.

Ce projet, Chaplin commence à y travailler un peu avant la réalisation de La Comtesse de Hong-Kong, et il le tient en haleine jusqu’en 1974.

The Freak, c’est l’histoire d’une jeune femme, Sarapha, qui un soir tombe sur le toit de la maison isolée d’un scientifique, le professeur Latham. « Tombe sur » car Sarapha n’est pas une femme ordinaire : des ailes lui ont poussé dans le dos.

Un ange ? Un oiseau ? Un monstre ? Un « freak » justement, comme on nommait les malheureuses créatures qu’on exhibait dans les foires : femme à barbe, nain, siamois, Venus hottentote, Elephant man… ?

Sarapha, tombée sur le toit d’une maison en Terre de feu, va être tour à tour étudiée, vénérée, crainte. Enlevée par des profiteurs sans scrupule, elle va voyager jusqu’à Londres, se voir tour à tour déniée ou reconnue son humanité, être traquée par des fanatiques ou par les services de l’immigration, harcelée par les uns, mais aussi défendue bec et griffes (c’est le cas de le dire) par d’autres. Avec toujours cette question : de quoi ses ailes sont-elles le signe ? D’un miracle, d’un paradis ou d’un enfer à venir, de l’innocence ?

Sur plus de 300 pages, Pierre Smolik dissèque ce projet, nous le donne à voir en images, en notes, et nous le fait rêver, comme le faisait, une fois encore, l’excellent livre de Simon Braund, Les plus grands films que vous ne verrez jamais, dans lequel The Freak aurait tout à fait eu sa place.

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Il nous plonge dans les différentes versions du scénario, dans les notes du cinéaste, qui voulait confier le rôle de Sarapha à sa fille Victoria. L’ouvrage se lit comme un roman, et de manière haletante, et pendant cette lecture, on tente à chaque page de saisir tout ce qui nous échappe, cette chimère qui n’a pas pu exister, cette créature incroyable à force de complexité et d’absurde. La chose nous paraît, comme un freak, à la fois sublime et monstrueuse.

En effet l’auteur ne se contente pas de nous donner à lire un projet de scénario : il sonde chaque page de ce scénario, reprend chaque idée de Chaplin, décortique chaque détail. Le réalisateur voulait situer le film en Terre de feu, pourquoi donc ? Des anges apparaissent déjà dans le Kid, mais de quelle manière ? Et le message de Sarapha, pourquoi ressemble-t-il autant, à quelques années d’intervalle, au discours à la fin du Dictateur ? Ce ne sont quelques questions, parmi les dizaines que posent ce livre, dans lequel on part en quête non seulement de l’œuvre de Chaplin, mais aussi de l’homme.

A la recherche de Chaplin…

Le livre ressemble parfaitement à ce qu’il cherche à rattraper : un beau monstre, à la fois étude cinématographique, plongée dans des archives, lecture d’un testament artistique (comme on pouvait lire il y a quelques années celui de Federico Fellini, Le Voyage de G. Mastorna), analyse anthropologique, sociologique, religieuse, politique, biographie…

Source : Sonatine éditions

 

On y étudie les coutumes des indiens de la Terre de feu, les rues de Londres, les faiseurs de miracles religieux, l’emploi du temps de Chaplin à Corsier-sur-Vevey, on y feuillette son album familial tout en pudeur, on tente de déchiffrer son écriture avec sa secrétaire, de construire des accessoires et des décors, de trouver des musiques…

The Freak, c’est tout cela à la fois, mais c’est surtout le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à l’œuvre d’un homme.

Un livre qui s’ouvre avec un magnifique dessin de Pierre Etaix, et avec les mots de la petite fille de Chaplin, Aurelia Thierrée. A chaque page ou presque, une découverte : photographies du cinéaste, de sa famille, de sa maison, et du projet, qu’il en soit au stade de notes manuscrites ou de pages tapées à la machine, citations de Chaplin ou de ses proches, idées fortes du livres reprises et presque psalmodiées.

Non seulement ce livre égale, en terme de référence cinématographique, l’autobiographie de Chaplin, mais elle se hisse, selon moi, au rang de bible pour les cinéphiles, au même titre que cette autobiographie déjà citée, ou que le Hitchcock / Truffaut.

Et comme je l’ai dit plus haut, il donne envie de relire Chaplin et de revoir Chaplin.

Pourquoi les coiffeurs ?

Avant d’entamer cette captivante lecture, je m’étais déjà plongée, un peu plus tôt, dans un petit livre dont la publication remonte à 2010 : …Pourquoi les coiffeurs ? Notes actuelles sur Le Dictateur, de Jean Narboni, aux éditions Capricci. Capricci est une très bonne maison d’édition, avec laquelle j’ai une bonne expérience cinéphile. Cela aurait déjà pu suffire amplement à ce que j’ouvre le livre de Jean Narboni, par ailleurs critique de cinéma reconnu.

Ce petit ouvrage, qui se lit d’une traite, ou par petits bouts, ne va cependant pas retracer toute la genèse du Dictateur, et tout son destin, de la préparation à l’émerveillement que le film suscite toujours aujourd’hui. Il s’amuse avec Le Dictateur, s’attarde sur des détails auxquels on n’avait pas prêté attention, l’attrape par un côté, puis, comme s’il s’agissait d’un rubik’s cube, passe à une autre face.

Le tout sous forme de questions et de petits textes de trois à quatre pages à chaque fois, parfois moins :

« Pourquoi Chaplin introduit-il son film par un long prologue sur la guerre de 14-18, aussitôt vu qu’oublié, en attendant qu’une autre vision le propose à notre attention ? » « Pourquoi dit-on toujours « le petit barbier juif » quand c’est le terme de « coiffeur » qui conviendrait, pour des raisons profondes et anciennes ? » « Pourquoi faut-il que la ressemblance entre Hynkel et le petit homme ne soit relevée par personne dans le film ? »
Il s’intéresse à cette fameuse moustache de discorde entre Chaplin et Hitler, aux noms des personnages, à leurs discours, à la musique utilisée dans le film, et à cette volonté imperturbable de Chaplin de faire ce film, décrié à l’époque, perçu comme daté ou d’une incroyable modernité, voire comme visionnaire.
Là encore, cette lecture, qui suscite des images plus familières que The Freak, s’agissant évidemment d’un film vu et revu, nous donne envie de revoir Le Dictateur, de revoir Hynkel s’époumoner devant la foule, embrasser le monde jusqu’à son éclatement, ou de revoir le barbier sautiller en cadence au rythme de la Cinquième danse hongroise de Brahms.

Revoir l’œuvre, retrouver l’homme

Il y a quelques années, j’avais découvert qu’il existait un biopic consacré à Chaplin. Évidemment, lorsque l’on se plonge dans son autobiographie, on voit à quel point Chaplin est un personnage cinématographique en lui-même. Mais un biopic ? Il faut les épaules.

Je me suis donc procurée Chaplin, de Richard Attenborough, avec un peu de méfiance mais aussi beaucoup d’impatience. Richard Attenborough, c’est l’acteur qui incarne John Sturges dans La Grande évasion, et le milliardaire excentrique John Hammond dans Jurassic Park. Vous savez, celui qui veut ressusciter les dinosaures. C’est également le réalisateur de l’immense biopic sur Gandhi avec Ben Kingsley dans le rôle titre. Autant dire que le biopic, il connaissait.

Au casting, un Robert Downey Jr bluffant de ressemblance avec Chaplin, Anthony Hopkins et Geraldine Chaplin, fille de Chaplin, qui joue sa mère. Vous avez suivi ? La fille de Chaplin joue la mère de Chaplin.

Et on y croise donc tous les personnages qui ont traversé la vie de Chaplin : son frère Sidney, Mack Sennett, Douglas Fairbanks, Mary Pickford, J. Edgar Hoover, Edna Purviance, Paulette Goddard, et évidemment, Oona O’Neill.

Le film est une belle galerie de portraits, un beau concentré de cinéma que l’on regarde avec sympathie, même si la fin est un peu longue. On y voit Chaplin à ses débuts, à 5 ans sur une scène de théâtre, puis dans la troupe de Fred Karno, on le voit créer Charlot, on le voit réalisateur exigeant, artiste, homme d’affaires redoutable, homme engagé sans affiliation politique, et amoureux.

Pour celles et ceux qui veulent découvrir l’homme, c’est une expérience à tenter. Pour ceux aussi qui veulent voir Robert Downey Jr avant Iron man et Sherlock Holmes dans un rôle vraiment à sa hauteur, n’hésitez pas.

Prochaine lecture ?

Et pour ceux qui se demandent quelle sera ma prochaine lecture sur Chaplin, puisque après The Freak et Pourquoi les coiffeurs ?, l’homme et l’œuvre me fascinent toujours autant, j’ai jeté mon dévolu sur Footlights, paru en octobre 2014 par les éditions du Seuil, le seul roman écrit par Chaplin, et qui a inspiré Les Feux de la rampe.

J’en toucherai peut-être un mot une fois sa lecture achevée. En attendant, je vais préparer quelques hors-séries pour cet été…

Couturiers, vampires, manteaux, Greta Garbo

Après un mois de janvier bien occupé, voici le premier compte-rendu de lecture de 2016.

De Hans Gruber à Severus Snape

J’avais d’abord jeté mon dévolu sur un livre dont la sortie était annoncée pour la mi-janvier, puis reculée à début février…

Fidèle à mon habitude, j’ai fouillé les rayons cinéma, les rayons romans, farfouillé les rubriques « Nouveautés » et « Prochaines sorties » sur Internet. Bien-sûr, j’aurais pu trouver mon bonheur si j’avais voulu parler de Michel Galabru ou de David Bowie… mais non.

Car si j’ai eu de la peine d’apprendre la disparition du premier et du deuxième, c’est celle d’un troisième qui m’a le plus touchée. Et des livres sur Alan Rickman, il y en a tout de même beaucoup moins, si jamais il y en a, et ils sont beaucoup moins faciles à trouver.

Néanmoins, je profiterai tout de même de ce début d’article pour un petit hommage à Severus Snape, au colonel Brandon, au shérif de Nottingham, au Metatron, à Harry dans Love Actually (tiens je ne me souvenais même pas que son personnage s’appelait Harry), et bien entendu, the last but not the least, à Hans Gruber.

Du côté des éditions poche

Finalement, n’ayant rien trouvé dans les nouveautés cinéma, romans, science-fiction, policiers… qui retienne mon attention, c’est dans les formats poche qu’un titre semblait prometteur.

Le Manteau de Greta Garbo, de Nelly Kaprièlian, est d’abord sorti en 2014 aux éditions Grasset & Fasquelle, et à l’origine, je ne l’avais pas remarqué, ou comme le dit si bien André Dussolier dans Mon petit doigt m’a dit, « J’ai dû le remarquer sans remarquer que je le remarquais… »

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L’édition poche de cet ouvrage est parue aux éditions J’ai Lu, en décembre 2015. Ce n’est pas tant le titre, que la couverture, qui m’a intriguée : une image de Garbo dont on ne distingue que la moitié, et encore, sur fond noir, avec de l’autre côté, une sorte de triangle abstrait aux rayures qui semblent rappeler celles de ses vêtements.

Quant à ces vêtements, ils se résument à un manteau assez strict, qui évoque davantage les tailleurs masculins, que les robes glamour portées par les actrices de l’âge d’or hollywoodien.

Greta Garbo, livres et films

De Greta Garbo, j’ai surtout vu les films de sa période parlante, cette courte période qui a précédé les longues années de silence, après 1941 et son dernier film, La Femme aux deux visages. J’ai donc vu, avec Greta Garbo, Grand Hôtel, La Reine Christine, Marie Walewska, et Ninotchka.

Mes préférés étant La Reine Christine et Ninotchka, en attendant de voir les autres… Tout a déjà été dit, spéculé, imaginé, fantasmé sur Garbo, et il est inutile d’en dire plus, en se perdant dans des « Elle est comme si, elle est comme ça, un mystère, un sphinx, une énigme, etc. »

Mais j’avoue que je ne peux pas résister : lorsqu’un film ou un livre tente de s’attaquer à la « tour d’ivoire » de Garbo, je vais voir de plus près ce qui en retourne.

Il y a quelques années déjà j’avais vu à la Cinémathèque l’un des films les moins connus, je pense, de Sidney Lumet, À la recherche de Garbo (Garbo talks), film réalisé de son vivant, où un jeune homme tente d’exaucer le souhait de sa mère mourante en faisant venir Garbo à son chevet.

Le film mêle d’une manière incroyable le burlesque et l’émotion et cela aurait été un vrai tour de force que Garbo accepte d’y faire une apparition… L’a-t-elle vu seulement ?

Sidney Lumet la fait également apparaître indirectement dans Le Crime de l’Orient-Express. Il fait dire à Hercule Poirot, en face de Mrs Hubbard, incarnée par Lauren Bacall, une réplique sur la divine Greta Garbo, qui voulait qu’on la laisse seule… dans un film dont l’action est censée se dérouler au moins 6 ans avant sa retraite cinématographique.

Quant aux livres, ma bibliothèque, avec Le Manteau de Garbo, en compte désormais un troisième. Le premier est un « beau livre »qui rassemble surtout des photographies de tournage et promotionnelles.

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Le second, j’en avais fait la critique à sa sortie, est l’un de mes plus beaux souvenirs de lecture cinéphile : il s’agit du Renoncement, de René de Ceccatty. Il avait été l’occasion pour moi de croiser, une fois de plus, documentation et cinéma en parlant du bruit et du silence info-documentaires…

Fantasmer et fétichiser Garbo

Quant au livre de Nelly Kaprièlian, on aurait toutes les peines du monde à le restreindre et à le définir. Garbo n’en est pas le personnage principal, comme elle l’était, de toute son absence écrasante, dans Le Renoncement. Tout au plus y fait-elle, en chair et en os, quelques apparitions furtives. Et pourtant, et c’est bien le mot, elle vampirise tout le texte de l’auteur.

Ce n’est pas une biographie, loin de là, ce n’est pas non plus une évocation de l’époque glorieuse d’Hollywood. Ce n’est pas, pour l’auteur, une autobiographie, elle y parle alternativement d’elle à la première et à la troisième personne, si bien que l’on n’est jamais sûr que ce soit réellement d’elle dont elle parle…

D’ailleurs, si je choisis de ne pas en savoir davantage sur Nelly Kaprièlian, si je décide de me contenter juste de ce qu’elle écrit, le narrateur, qu’il passe du Je au Elle, me glisse tout autant des mains.

Le seul point de repère que j’ai, c’est celui que l’auteur me donne, pour ce qu’il vaut :

(…) ce texte que je suis en train d’écrire est un corps hybride composé des textes, films, vies des autres, où je n’en finis pas de me retrouver, labyrinthe qui me constitue, puzzle qui prend forme et forme mon autoportrait. (p.141)

Quel est le point de départ de l’histoire ? Garbo, évidemment. Rien n’est plus vrai et rien n’est plus faux. Le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire, c’est un manteau rouge sang, que l’auteur – ou du moins la narratrice – achète en 2012 dans la vente aux enchères qui disperse les vêtements et objets de Greta Garbo.

Tout se mêle et se démêle, se coud, se découd et se recoud depuis, et avec ce manteau. Il est le très mince fil d’Ariane qui permettra au lecteur de suivre (ou non) l’intrigue, et de se perdre dans une galerie de vêtements, de costumes, d’accessoires et de masques.

Car c’est tout ce qui compte dans cet univers : le vêtement qui protège, donne forme, déforme et dévore. Il dévore la vie de la narratrice, il dévore le texte et lui donne cette forme hybride, entre roman, biographie, autobiographie, essai, pensées et science-fiction.

On tente d’y croiser une Garbo qui s’échappe, mais on y croise aussi Frankenstein, Dracula, Fantomas, Audrey Hepburn, des punks, des grands couturiers, Arletty, Emma Peel, Judy Garland, Marlène Dietrich, ou encore David Bowie dans tous ses costumes et dans tous ses personnages.

Tous ceux qui se sont créés un masque et un costume, tous ceux qui se sont transformés en beaux monstres.

On y lit (ou on y relit) du coup Bram Stoker, Mary Shelley, Oscar Wilde, Huysmans, Proust, et on y découvre des citations, rassemblées par l’auteur, dans ce texte qui devient à chaque page un peu plus le costume d’Arlequin, de ceux qui ont un jour expliqué ce que le vêtement signifiait pour eux.

Mode, carapace, artifice

Je ne fais pas partie des personnes fascinées par l’univers de la mode. Lorsque je regarde, par hasard, un défilé, je me demande qui peut bien porter ça et pourquoi les mannequins ne sourient jamais. Remarques de profane, certainement.

Mais j’aime les costumes de cinéma, et j’ai aimé les évocations dont est ponctué l’ouvrage de Nelly Kaprièlian : la robe noire d’Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé, avec son interminable fume-cigarette, les tenues tantôt sexy, tantôt sportives d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, et l’ombre lointaine de Garbo, comme un grand oiseau – sphinx, qui surplombe toute l’élégance du 20e siècle.

J’ai repensé à son petit chapeau dans Ninotchka, à sa robe blanche toute simple au bal de l’empereur dans Marie Walewska, à son costume de cavalier dans La Reine Christine

J’ai repensé au musée du cinéma de la Cinémathèque française, aux costumes des expositions temporaires, aux robes de Scarlett O’hara dans Autant en emporte le vent, aux robes couleur du temps, de la lune et du soleil dans Peau d’âne, à la longue robe mauve de Karin Dor dans L’Étau, qui se disperse comme un corolle, à la robe rouge de Fanny Ardant dans Huit femmes, au Diable s’habille en Prada, à Lauren Bacall dans La Femme modèle, et à toutes les actrices hitchcockiennes.

Et je crois que, sans s’intéresser à la mode, ce n’est déjà pas si mal !

Clowns et ministres

Un curieux titre pour ce dernier compte-rendu de lecture de 2015, me direz-vous. Les ministres sont parfois des clowns, j’ignore si les clowns peuvent être ministres, y’en a-t-il eu, d’ailleurs des clowns ministres, je ne saurais le dire… Même si le rire du clown (rire aux larmes) peut sembler éloigné du sérieux du ministre, comique et politique font souvent ménage, et presque toujours pour s’affronter. Il n’en est rien, ou presque, néanmoins, dans le livre dont je vais vous parler aujourd’hui. Mais avant, quelques mots.

Le choix du dernier

Choisir un dernier ouvrage pour finir l’année est toujours difficile pour moi. J’aurais pu, dans l’attente impatiente du dernier Star Wars, reprendre un livre consacré à la saga, mais je n’ai pas trouvé de quoi faire un article conséquent. Évidemment, je suis tombée en arrêt devant les « beaux livres » publiés à l’occasion des fêtes, mais là encore, rien de décisif.

Une fois passé le rayon cinéma, je suis allée, comme d’habitude, fureter du côté des autobiographies et romans. J’ai hésité devant les mémoires de Michel Piccoli, j’ai tergiversé devant celles de Charlotte Rampling, je me suis dit que je ne connaissais pas assez bien Pasolini pour parler de ses scénarios réédités, et finalement, c’est une couverture et un titre qui m’ont décidée.

Sur cette couverture, la représentation quasi parfaite du titre : Deux Messieurs sur la plage. Deux Messieurs en noir et blanc, et d’ailleurs l’un en noir, l’autre en blanc, l’un svelte, l’autre imposant. Une image sérieuse, calme, posée, qui semble vouloir recréer un couple à la Laurel et Hardy. Winston Churchill et Charlie Chaplin prenant la pose.

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J’avais reconnu les deux : l’un parce que j’aime ses films, l’autre parce que l’histoire en général, et l’histoire du Royaume-Uni en particulier, me passionne. Et d’un seul coup, en moi, j’ai eu deux réactions simultanées : la première était de me dire qu’on pouvait difficilement trouver, a priori, couple plus improbable. La seconde, qu’on ne pouvait certainement trouver association plus complémentaire.

J’ai retourné le livre, lu la quatrième de couverture, qui a fini d’allécher ma curiosité, et qui a emporté la dernière hésitation, fondée sur la date de parution de l’ouvrage, juillet 2015. Mon dernier compte-rendu de lecture ne porte donc pas sur un livre publié le mois dernier ou le mois d’avant, mais qui avait échappé à ma vigilance et qui est finalement un coup de cœur.

Il s’agit donc d’un roman de Michael Köhlmeier, publié aux éditions Jacqueline Chambon, maison d’édition associée à Actes Sud.

Le clown, le politique et le chien noir

Cet ouvrage a suscité en moi tout un flot de réactions et d’émotions si diverses, et que je vais tant bien que mal essayer d’ordonner, mais encore faudrait-il pouvoir résumer Deux Messieurs sur la plage. L’ouvrage n’épouse pas une chronologie parfaite, adopte des points de vue différents, qu’il suive la trajectoire de Chaplin ou de Churchill, et qu’il la suive de l’intérieur ou en témoin extérieur. C’est pourquoi, avant d’aller plus loin, je choisis la facilité, et reprend strictement la quatrième de couverture.

En 1929, sur une plage de Californie, eut lieu la rencontre improbable de deux Anglais : Charlie Chaplin, le tramp des bas-fonds londoniens, et Winston Churchill, l’aristocrate qui allait bientôt sauver l’Angleterre de la barbarie nazie. Ils se découvrirent un ennemi commun : leur mélancolie, et décidèrent que chaque fois que l’un d’eux serait en proie au “chien noir”, nom que donnait Churchill à sa dépression, il appellerait l’autre à l’aide. Et c’est ce qu’ils firent.

L’intrigue a l’air simple, quoi de plus simple qu’une rencontre ? On se dit que l’auteur va nous conduire doucement, en nous prenant par la main, d’un point A à un point B, mais ce serait trop facile ! Car non seulement, c’est la chronologie tout en allers et retours de Chaplin et Churchill, que suit le lecteur, mais c’est aussi celles des témoins, directs ou indirects, secrétaire particulier de l’un, chauffeur de l’autre, intervieweurs, familles et amis, auxquels s’ajoute le narrateur (est-ce l’auteur ?) qui fait le récit d’éléments de sa propre vie, lui-même clown et écrivain, et de celle de son père, admirateur de Chaplin et de Churchil.

Voici donc deux personnalités fortes, l’un des plus grands cinéastes du 20ème siècle – voire le plus grand – et l’un des plus grands hommes politiques – voire le plus grand – qui se rencontrent. Certes, pour Chaplin, si vous connaissez sa biographie (et son autobiographie, lecture nécessaire et parmi les bibles du cinéphile) vous savez ce genre de rencontres aussi surprenantes que nombreuses : Cocteau, Gandhi, Einstein…

Mais même lorsque l’on se figure que les comiques sont tristes, même lorsqu’on revoit leurs personnages, Charlot si solitaire et bouleversant, Buster Keaton, l’homme qui ne sourit jamais, on ne parvient pas à s’imaginer qu’ils puissent être sujets à la dépression.

Et que dire de Churchill, qui porta l’Angleterre et l’Europe à bout de bras dans la résistance à l’Allemagne nazie ? L’homme qui affirme :

Vous vous demandez : quel est notre but ? Je réponds par un seul mot : la victoire, la victoire à n’importe quel prix, la victoire en dépit de toutes les terreurs, la victoire quelque longue et difficile que soit la route pour y parvenir, car sans victoire, il n’y a pas de survie.

aurait donc souffert de dépression. Et fait incroyable, et que se propose de nous raconter Deux Messieurs sur la plage, il aurait ainsi conclu un pacte avec Chaplin, rencontré aux hasards d’une soirée mondaine, pour lutter contre le « chien noir », ainsi qu’étaient surnommées ces attaques de mélancolie.

Comme remèdes à ces attaques, l’amitié, la solidarité immédiate et sans conditions à celui des deux qui traverserait cette mauvaise passe, et la « méthode du clown » : rire, s’observer de l’extérieur, et s’écrire à soi-même, en spirale et allongé nu sur une feuille, une lettre. Avec quelques autres méthodes personnelles : l’alcool, l’écriture et la peinture pour l’un, le cinéma et le travail pour l’autre.

Dans l’intimité de l’histoire et du cinéma

Cet ouvrage est l’occasion pour le lecteur, cinéphile, historien, ou ni l’un ni l’autre, de découvrir ou de redécouvrir ces deux hommes. Derrière leur apparente force oratoire, qu’elle s’exprime à travers une figure de petit homme au chapeau melon et à la moustache en trapèze, ou à travers des discours et des images d’archives, Michael Köhlmeier nous révèle leur fragilité.

D’un côté l’enfance de Churchill, héritier cancre d’une longue lignée, son mariage et ses enfants, sa traversée du désert, sa carrière littéraire (un prix Nobel de littérature), ses habitudes, sa consommation d’alcool, ses activités de peintre, ses voyages et jusqu’à son rôle de premier ministre pendant la seconde guerre mondiale.

De l’autre, Chaplin, dont la vie nous est livrée avec moins de détails et d’approfondissements, un portrait tout en ébauches, mais tout aussi complexe : son amitié avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford, la réalisation du Cirque, sa relation avec son frère Sydney, ses femmes très légèrement entrevues (sauf Oona, qui n’apparaît pas), et ses enfants les plus âgés, jusqu’à sa « retraite » à Vevey.

Ce sont, pour chacun d’eux, ces détails qui intriguent, qu’on les connaisse ou non. Au fil des rencontres et des échanges, on se demande moins s’ils ont réellement eu lieu, s’ils se sont réellement passés ainsi, que si ces deux personnages ont véritablement existé. On en vient à douter qu’ils soient autre chose que les créatures du romancier ou que le fruit de notre propre imagination, à les voir tantôt créer, tantôt combattre, tantôt se débattre avec le chien noir qui les poursuit.

L’auteur construit de manière habile un jeu de miroirs vertigineux où tous les personnages fonctionnent par paires, s’emmêlent et se démêlent, et s’interpellent entre eux : Churchill et Charlot, Churchill et son secrétaire particulier, Charlot et Sydney, Charlot et son chauffeur, ou encore le narrateur et son propre père.

Tous écrivains, tous orateurs, tous hommes de spectacle, tous clowns, tous humains obsédés par la mort, finalement.

À l’horizon

Finalement, dans ce méandre d’êtres humains, de doubles et de reflets, et d’allers-retours, Michael Köhlmeier nous entraine à la poursuite du destin de Churchill et de Chaplin : chien noir ou non, incarner en dépit de tout la résistance.

Résister par l’humour et combattre Hitler en le tournant en ridicule pour Chaplin, en réalisant Le Dictateur. Résister par les armes et par toute sa force politique et oratoire pour Churchill et incarner à lui seul tout le flegme britannique face au Blitz.

Deux Messieurs sur la plage m’a donné envie de me replonger dans cette période historique des années 30 et 40, et d’en apprendre plus sur Churchill et de me replonger dans le fabuleux roman de science-fiction de Connie Willis, Blitz, que je vous recommande.

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J’ai eu envie aussi de revoir et d’entendre Churchill en tant que premier ministre, et de chercher ce que je pouvais trouver comme vidéos sur le sujet… Si j’en trouve une qui me satisfait, je l’ajouterai ici.

Quant à Chaplin, quoi de plus évident ? Le livre donne envie de revoir les films, tous sans exception, et parmi eux, Le Cirque, parce que c’est l’un des premiers mentionnés, Les Lumières de la ville, parce que c’est, selon l’auteur, avec Churchill que Chaplin a eu l’idée de la scène avec le milliardaire ivre que Charlot sauve de la noyade, mais surtout Le Dictateur, parce qu’on en voit le contexte de création, la façon dont l’idée poursuit Chaplin, le tournage et jusqu’à la première projection, et parce que, quoi que l’on fasse, aujourd’hui plus que jamais, on voudrait réentendre son discours final :

Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte…

Voici le compte-rendu de lecture du mois de novembre, qui arrive assez tôt dans le mois, puisque j’ai profité des vacances pour me plonger dans mes lectures cinéphiles.

Cette lecture m’a permis de faire de belles découvertes ou redécouvertes, et m’a fait déroger à la règle que je m’étais fixée : ne plus acheter de pavé insoulevable et seulement me les faire offrir durant les fêtes de fin d’année ou pour mon anniversaire.

Films historiques

C’est en cherchant une lecture de vacances que je suis tombée, presque par hasard, sur le livre dont je vais parler plus en détail dans un instant.

J’avais vu passer l’information sur Twitter comme quoi ce livre était paru. J’avais cliqué, et je m’étais dit, dans un premier temps, qu’il n’était pas raisonnable de garnir ma bibliothèque d’un nouveau bouquin énorme : l’ouvrage concerné est en effet un pavé de plus de 600 pages.

Puis, en flânant dans une librairie très sympathique près de Solférino, et abandonnant le rayon « cinéma » pour le rayon « histoire », j’ai trouvé le livre.

Les habitués de ce blog savent que j’apprécie beaucoup les films historiques, j’ai consacré à ce sujet au moins deux articles, dont l’un sur l’ouvrage L’Histoire fait son cinéma.

Quel que soit le pays dont on reconstitue une époque, quel que soit le personnage dont on fait le biopic, les films historiques me fascinent (L’un de mes films préférés reste Barry Lyndon de Stanley Kubrick) – et je ne parle pas des séries : ma dernière découverte est la série anglaise The White Queen, qui évoque la guerre des Deux Roses, à travers le regard d’Elizabeth Woodville, l’épouse du roi York Edouard IV.

Tout cela pour dire que le livre déniché en librairie m’a enchantée, tout comme son auteur, même si je me doute bien que ce genre d’ouvrage n’est pas à la portée de tous les porte-monnaie (quoique 40€ pour un livre de cette taille et de ce poids ne me semble pas non plus excessif), ni proche des goûts de tout le monde.

Cet article me permet donc d’évoquer des films historiques, et, comme à mon habitude, je tenterai de le ponctuer d’extraits bien choisis, sinon pour vous convertir, du moins pour vous mettre en appétit…

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Comme le titre de cet article le laissait deviner, c’est à Napoléon Ier qu’est consacré ce splendide pavé, paru en septembre 2015 aux éditions Ides et Calendes, Napoléon : l’épopée en 1000 films, sous la plume d’Hervé Dumont, et préfacé par Jean Tulard.

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Mettons les choses au point tout de suite : je n’ai pas une admiration sans bornes pour Napoléon. Au mieux certains aspects de l’homme et de son règne me fascinent (j’ai le Mémorial de Sainte-Hélène dans ma bibliothèque), et j’ai appris à le considérer d’abord en tant que lectrice de Victor Hugo et de Stendhal, ce qui n’est pas toujours neutre comme point de vue, puis comme spectatrice au cinéma.

Avant de me pencher plus précisément sur l’ouvrage, un mot rapide sur Hervé Dumont, à qui je dois la découverte de sa merveilleuse encyclopédie en ligne du film historique : c’est un trésor ! Si histoire et cinéma vous passionnent, ne tardez plus : allez y flâner !

Et maintenant, Napoléon, le cinéma et Napoléon au cinéma !

Petit caporal sur grand écran (2)

Que peut-on dire de cette somme proposée par Hervé Dumont ?

Déjà, il faut y revenir, qu’elle est préfacée par Jean Tulard, spécialiste de Napoléon mais également auteur d’un Dictionnaire du cinéma qui fait référence.

Qu’ensuite, Hervé Dumont est l’auteur d’un certain nombre d’ouvrages sur le cinéma, notamment sur l’histoire du cinéma suisse et, nous l’avons dit, d’une encyclopédie du film historique en ligne qui semble être une mine d’or pour les passionnés.

Enfin (mais c’est loin d’être tout), Napoléon : l’épopée en mille films permet à l’amateur (d’histoire ou de cinéma) de se plonger tout à la fois dans une histoire et une filmographie gigantesques sans perdre pied. Sur le plan de l’organisation, l’ouvrage est juste grandiose. Je m’explique :

  • tout d’abord nous avons une introduction qui fait, entre autres, le point sur la représentation de Napoléon : précurseur de l’Europe moderne ou tyran, idéalisé ou diabolisé, comment a-t-il été décrit, condamné ou transfiguré, que les écrivains ou les réalisateurs soient français, anglais, russes, italiens, espagnols… Ce qu’il y a de sûr, et ce dont nous prévient l’auteur, c’est le nombre colossal de films qui lui sont consacrés ;
  • ensuite, après cette introduction déjà trop riche pour qu’elle puisse être résumée, l’auteur revient sur les films qui évoquent la trajectoire de Napoléon dans son ensemble, depuis sa naissance en Corse jusqu’à sa mort en exil à Sainte-Hélène ;
  • il aborde ensuite chacune des parties de la vie de l’Empereur de la façon suivante : un résumé historique, un résumé filmographique (une synthèse sur la façon dont les cinéastes ont abordé le sujet) et enfin la liste des films concernés, avec fiche technique, synopsis, histoire et analyse.

En bref, pourquoi ce mode de construction est-il l’idéal ? Parce qu’au lieu de prendre l’angle du cinéma, de faire une chronologie partant du cinéma muet jusqu’à 2015, l’auteur croise habilement les deux.

Chaque chapitre renvoie à une période de l’épopée napoléonienne, à un personnage, à un événement, dans l’ordre chronologique, et après seulement les films sont classés par ordre de sortie, ce qui évite de retrouver un film muet sur Waterloo avant un film récent sur le 18 Brumaire.

Cette organisation permet aussi une lecture personnelle de l’ouvrage : le lecteur scrupuleux suivra Napoléon au fil de ses batailles, de ses rencontres et de ses confrontations, le flâneur pourra s’aventurer d’une affiche de cinéma à une autre, d’un drame à une comédie, en passant – car Hervé Dumont, avec humour, ne laisse aucun genre de côté – par la satire, l’uchronie, voire le film érotique (et un épisode de Doctor Who !).

C’est d’ailleurs généralement avec humour que l’auteur s’exprime, mais aussi avec un ton friand d’anecdotes et sans indulgence. J’ai particulièrement retenu cette analyse d’un téléfilm anglais Napoléon de 2007, qu’il conclut ainsi :

Le téléfilm de Nick Murphy est l’unique fiction consacrée au siège de Toulon (…). L’assaut final sous la pluie battante (Bonaparte y est blessé à la cuisse) nous est offert avec moult ralentis et violons. Quant au jeune Corse joué par Tom Burke, c’est un dadais chevelu légèrement empâté, au sourire niais et montrant autant d’autorité qu’un koala.

Au cœur de l’épopée napoléonienne

Il est évidemment impossible de faire un résumé exhaustif de ce livre. Aussi je vous propose quelques haltes, parmi les films vus, revus et à voir, ceux que l’auteur considère comme des références et ceux qui ont nourri mon envie d’acheter son ouvrage et de m’y plonger.

  • L’une des références les plus souvent citées par Hervé Dumont, hormis l’article qu’il lui consacre, c’est bien entendu le Napoléon d’Abel Gance, sorti en version muette en 1927, ressorti en version sonore en 1935, qui devait à l’origine suivre Napoléon de Brienne jusqu’à Waterloo, mais qui pour des raisons financières s’achève sur la campagne d’Italie, et que j’avoue, à ma grande honte, ne pas avoir vu.
  • Sacha Guitry a consacré plusieurs films à Napoléon et à son entourage : son premier amour dans Le Destin fabuleux de Désirée Clary, ses relations avec Talleyrand dans Le Diable boiteux. C’est également l’un des rares à avoir consacré un film à la vie entière de Napoléon, de sa naissance à sa mort, et que j’ai vu et revu au point de le connaître presque par cœur, mais pas aussi bien tout de même que Si Versailles m’était conté. Une fresque incroyable, avec que des grands acteurs des années 50, où l’histoire est savamment triturée, racontée et orchestrée par Guitry.
  • L’ouvrage d’Hervé Dumont m’a donné envie de voir le film Désirée, consacrée au premier amour de Bonaparte, Désirée Clary, avec un Bonaparte incarné par Marlon Brando. Par contre, l’auteur n’est pas tendre avec Marie Walewska (The Conquest), le film qui évoque la relation de Napoléon (Charles Boyer) avec son « épouse polonaise » (Greta Garbo), bien que personnellement j’y trouve une Garbo tendre, douce, parfois rieuse et moins lointaine qu’à l’accoutumée…
  • Napoléon : l’épopée en mille films ne tarit pas d’éloges sur deux films en particulier, Les Duellistes (The Duellist), le premier film de Ridley Scott, que j’ai du coup acheté mais que je n’ai pas encore eu le temps de voir, et Master and Commander, de Peter Weir, avec Russell Crowe, une magnifique évocation des guerres maritimes napoléoniennes, entre les corsaires français et la marine britannique.
  • Ce livre m’a également rappelé un film superbe que j’avais vu un jour par hasard, Lady Hamilton, avec Vivien Leigh (la Scarlett d’Autant en emporte le vent) et Laurence Olivier (le Max de Winter de Rebecca), couple à la ville et à l’écran, et qui raconte la liaison entre Nelson et Lady Hamilton, épouse de l’ambassadeur britannique à Naples.
  • Hervé Dumont énumère les différentes adaptations de Madame Sans Gène, pièce de Victorien Sardou qui s’inspire de Catherine Hubscher, épouse du Maréchal Lefebvre, ma préférée reste la captation de la pièce avec Jacqueline Maillan, avec Alain Mottet dans le rôle de Fouché.
  • On y retrouve enfin quelques adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires qui se sont penchées directement ou indirectement sur la période napoléonienne : Guerre et Paix avec Audrey Hepburn, une adaptation du Comte de Monte-Cristo (mes versions préférées sont celles avec Pierre-Richard Willm et avec Jean Marais, toutes deux réalisées par Robert Vernay), une des Misérables (ma préférée est une mini-série de 1972 réalisée par Marcel Bluwal, même si j’ai redécouvert tout récemment celle de Josée Dayan avec Gérard Depardieu), et enfin l’adaptation du Colonel Chabert avec Depardieu, Luchini et Fanny Ardant.

Voilà, en quelques lignes et en quelques vidéos, les films que ce superbe livre m’a donné envie de voir ou de revoir. Et j’espère que l’auteur, en plus de son encyclopédie du film historique en ligne, publiera d’autres livres du même genre, par exemple sur Louis XIV ou sur Elizabeth Ière d’Angleterre…

À bientôt !

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