Etiquette d'archives: Marcel Proust

À la recherche de Maurice Jaubert

Voici le premier compte-rendu de lecture de la rentrée, qui arrive assez tôt, puisqu’il s’agit d’un livre paru au mois d’août, et que je garde un deuxième compte-rendu en réserve pour fin septembre ou début octobre.

Pour le titre de cet article, j’ai quelque peu hésité : il aurait pu s’appeler, en référence à l’auteur du livre « La Femme qui aimait Maurice Jaubert » (référence également truffaldienne) mais cela m’a paru quelque peu excessif… et pourtant… j’y reviendrai.

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Finalement je me suis décidée pour ce « À la recherche… » car ce livre, que je nommerai dans quelques lignes, tout en allers et en retours, tout en nostalgie et en sensations, avait quelque chose de proustien.

Truffaldien et proustien, ça y est les deux termes sont posés, ceux qui me connaissent bien savent que l’ouvrage dont je vais parler m’a plu.

Parfums, promenades et musiques

Le livre en question est un roman publié par Maryline Desbiolles aux éditions du Seuil, collection Fiction & Cie, Le Beau temps. Comme j’avais déjà trouvé il y a quelques jours, un livre consacré au cinéma dont faire le compte-rendu pour le mois de septembre, je n’avais pas prévu d’acheter ce livre…

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Mais le premier ouvrage ne devant sortir que dans une semaine, j’ai découvert en me promenant dans le rayon fictions de ma librairie, ce roman qui se trouvait parler surtout d’un homme, beaucoup de musique, mais aussi de cinéma, et dont je ne connaissais absolument pas l’auteure.

C’est en lisant une par une les quatrièmes de couverture des nouveautés que mon attention s’est fixé sur Le Beau temps. Il y avait aussi un autre livre, dont j’ai perdu le titre, mais la lecture – déterminante – des quelques premières lignes ne m’a pas vraiment emballée. Celles du Beau temps, au contraire, m’ont saisie :

L’Ariane est une donneuse. L’Ariane, la banlieue à l’est de Nice, est une donneuse de noms. Ariane en tout premier. Ariane, Maurice Jaubert. Maurice Jaubert est le nom du collège de l’Ariane où je suis invitée pour parler avec les élèves d’un de mes livres qui met leur quartier en scène.

Passées ces quelques lignes, je me dis : un livre qui s’ouvre par la visite d’un collège… J’hésite, puis je poursuis, car je pense en moi-même que l’auteure rêve sur les noms et sur les lieux – une onomastique, en somme – et déjà je pense à Proust et à son « Nom de pays : le Nom »…

Sa visite la fait s’interroger sur Maurice Jaubert, tout comme je me suis demandée moi-même souvent qui sont les Maryse Bastié, Corentin Celton, Paul Bert ou encore Edgar Quinet en voyant leur nom dans les rues et les stations de métro.

Mais c’est en revoyant La Chambre verte de Truffaut que sa curiosité va plus loin, Jaubert occupant dans ce film une place prépondérante.

Qui est Maurice Jaubert ?

Dans La Chambre verte, une photographie, une époque et surtout une musique.

La photographie, c’est celle-ci :

jaubert chambre verte

Elle apparaît dans la chapelle des morts imaginée par Julien Davenne, le héros du film incarné par Truffaut lui-même, un homme veuf, rescapé de la Grande guerre, qui préfère se consacrer au culte de ses chers disparus que vivre parmi les vivants.

Dans cette chapelle, Truffaut a fait figurer les hommes, vivants ou morts, qu’il admirait : Cocteau, Proust, Henry James, et donc, Maurice Jaubert.

Dans la scène ci-dessus, la chapelle restaurée de Davenne s’offre pour la première fois au regard du spectateur, avec, évidemment la musique de Maurice Jaubert.

La musique de ce dernier apparaît dans trois autres films de Truffaut : L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche et L’Homme qui aimait les femmes.

Mais au moment où Truffaut utilise la musique de ce compositeur, celui-ci est mort depuis plus d’une trentaine d’années, victime malheureuse de la drôle de guerre, et même disparu d’une manière injustement idiote trois jours avant l’armistice signé par Pétain, le 19 juin 1940.

C’est donc à travers les films de Truffaut que Jaubert est connu aujourd’hui, mais aussi par son travail avec certains des plus grands cinéastes français de l’entre-deux-guerres : Jean Vigo, René Clair et Marcel Carné.

Pour Jean Vigo, il a notamment écrit la musique de l’Atalante et de Zéro de conduite :

Pour Marcel Carné, il compose la musique de Drôle de drame, Quai des brumes, Le Jour se lève et Hôtel du Nord :

(Je ne mets pas forcément ces films dans l’ordre chronologique, j’ai simplement fait la part belle à ceux que je préférais).

Je dois avouer que, pour moi, Maurice Jaubert est resté longtemps indéfectiblement lié à Truffaut. Je le savais compositeur et disparu en 1940, mais je n’avais pas fait le rapprochement entre Carné, Jouvet, Arletty, Hôtel du Nord – pour ne citer qu’eux – et Maurice Jaubert.

Je rêvais d’ailleurs sur les noms moi aussi, les titres des films de Carné étant pour moi des expressions en trois mots, avec une poétique bien particulière à faire résonner : Drôle de drame, Hôtel du Nord, Quai des brumes, visiteurs du soir, enfants du paradis (j’ôte le déterminant à dessein). Et je rêvais sur les visages : celui de Jouvet aux sourcils froncés, celui de Michèle Morgan transfigurée dans Quai des brumes, celui d’un Jean-Pierre Aumont espiègle dans l’un et fiévreux dans l’autre…

Bien-sûr, j’ai une petite préférence pour Les Enfants du paradis, fresque sur les arts du spectacle, dont Jaubert n’a pas pu composer la musique, à laquelle j’avais déjà consacré un article, et dont de temps en temps, quelques répliques me reviennent en mémoire :

« Vous êtes trop fier Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ». Alors je suis rentré en moi-même… Les imprudents ! Me laisser seul avec moi-même et ils me défendaient les mauvaises fréquentations !

Ou encore…

Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment, comme nous, d’un aussi grand amour.

Je revois Arletty descendre le boulevard du crime, tout comme je peux revoir Jouvet caresser sa fourchette dans Drôle de drame, en répétant « Bizarre, bizarre… », Michel Simon chanter « Dormez, dormez, petits moutons », et Michèle Morgan demander à Gabin de l’embrasser. Tout comme je peux aussi revoir, chez Renoir, Pierre Fresnay jouer de la flûte dans La Grande illusion, ou Paul Meurisse sortir de la baignoire des Diaboliques de Henri-Georges Clouzot… il y a des choses qu’on a du mal à oublier.

Mais revenons-en à Maurice Jaubert, et plus précisément, au Beau temps de Maryline Desbiolles.

Mesures d’une vie ensoleillée

Si j’ai hésité à donner comme titre à mon article « La Femme qui aimait Jaubert » – en référence à L’Homme qui aimait les femmes – c’est parce que de la première à la dernière page, ce dont le lecteur fait l’expérience, c’est une rencontre amoureuse qui a eu lieu et n’a pas eu lieu.

Elle a eu lieu car nous y assistons, nous la voyons prendre forme et vie au fil des pages, à mesure que l’auteure explore et nous raconte la brève existence de Maurice Jaubert, qui prend plusieurs visages : Niçois, fils aimé, élève trop bon élève, amateur d’alpinisme et de voitures, étudiant en droit, soldat, musicien autodidacte devenu compositeur, intellectuel, époux et père de famille, mort pour la France… j’en oublie certainement.

Elle n’a pas eu lieu parce qu’elle reste un rendez-vous manqué, avec une figure immortelle et immortalisée mais absente, disparue, une photographie dans la chapelle des morts de La Chambre verte, où pour Maryline Desbiolles, il n’y aurait que les portraits de Jaubert, de sa naissance à sa disparition.

L’auteure n’est pas une spécialiste de musique : elle le dit elle-même, elle sait à peine lire les partitions, qui lui font l’effet d’un langage mystérieux et d’autant plus irrésistible. Elle s’attache davantage à l’homme derrière la partition, dont elle guette les moindres mouvements passés comme s’ils allaient encore advenir.

Elle suit Jaubert à la trace comme on se lancerait dans une filature. Elle nous en restitue la voix, que nous pouvons presque entendre, les mouvements, que nous pouvons presque sentir, et le regard, que nous pouvons presque croiser.

Ainsi, entre allers et retours, entre enfance et maturité, Maurice Jaubert n’est-il pas seulement compositeur de musiques des films que nous avons vus et revus, il devient à part entière un personnage de cinéma – d’une usine à rêves dans laquelle tantôt il s’éloigne, tantôt il se rapproche, flashbacks, gros plans, ralentis et arrêts sur image.

Arrêts sur image au milieu d’une promenade, qui passe par Nice, principalement, au passé (celui de l’auteur et celui de Jaubert) mais aussi au présent, par Paris, par le sud et la Provence, par l’Angleterre, par l’est fatal enfin.

Une page surtout m’a beaucoup plu, dans ce livre imprégné de poésie, de nostalgie et de tendresse :

Je regarde de nouveau À propos de Nice. Il est dit que Maurice Jaubert n’a pas rencontré Jean Vigo avant 1932. On m’a pourtant raconté que Maurice et son frère René auraient figuré dans À propos de Nice tourné en 1930. (…) je crois reconnaître Maurice parmi les endormis de la promenade des Anglais,  alangui sur une chaise, la figure posée sur sa main, la bouche entrouverte, le chapeau sur les genoux. Ce n’est sûrement pas lui, mais soudain l’innocente sieste m’annonce le dormeur du val de 1940, le dormeur soustrait au soleil du Midi, soustrait à la mer, le dormeur des futaies, de la mousse, des intermittences de la lumière, de l’ombre, il aura deux trous rouges au côté droit, son visage s’enfoncera dans la paume des bois, des Hauts Bois d’Azerailles dont la sonorité même est l’envers de Nice, de son unique syllabe, brillante, aérienne.

Les références poétiques, musicales et cinématographiques fourmillent dans ce roman, on y croise non seulement Carné et Vigo, mais aussi Ravel et Jean Giono, on s’y souvient de Rimbaud et de Proust, en attendant Truffaut.

L’auteur y mêle ses souvenirs à ceux de Maurice Jaubert, sa vie à la sienne, et partageant cette relation rêvée et privilégiée – elle nous y convie, nous amène à littéralement à vivre avec lui, avec elle – elle ne fait pas seulement de nous des spectateurs, ou les lecteurs attentifs d’une partition, mais le témoin indispensable de son amour en fuite.

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Formes et couleurs du brouillon

Après avoir lu mon article sur les post-its et les marques-pages, l’insatiable Eva m’a soufflé cette idée : « Et pourquoi pas un article sur les brouillons ? ». Nous passons un temps certain à nous souffler mutuellement des idées d’articles. Je lui avais suggéré : Pourquoi tu ne le ferais pas, cet article sur les brouillons ? « Prends-le, tu feras un super truc », m’a-t-elle rétorqué, tout en me promettant de me donner des idées, si jamais je séchais… Portée par cet enthousiasme contagieux, je me suis donc lancée.

Mythologie du brouillon

Le brouillon, c’est un élément indispensable et trop souvent négligé de l’écriture. A tort, le brouillon est réduit à l’univers de l’école (cahier de brouillons), de la confusion et du désordre (brouillé, brouillon, brouillard) et de la blague biblique (Eve et Adam, le brouillon et le chef d’oeuvre, que l’on soit homme ou femme, chacun son point de vue).

Bref, le brouillon est un mal aimé. Documentairement parlant, il n’a pas de statut à part entière. Pourtant, on pourrait lui en trouver un : document pré-primaire ? anté-scriptural ? désordre informationnel précédant l’ordre imprimé ? Cette désaffection ne s’arrête pas à son statut.

Lorsque l’on voit ce mot écrit quelque part, on a l’impression d’une erreur. Je viens de l’écrire neuf fois depuis le début de cet article, je crois déjà que je l’orthographie de manière incorrecte. Le brouillon fait mal aux yeux, qu’il s’agisse du mot ou de la chose. Trop de o, trop de l. Trop de ratures, trop de fouillis !

Manuscrit de L'éducation sentimentale

Manuscrit de L’éducation sentimentale

Pourtant le brouillon est voué à un destin hors du commun. Parfois, il excède le simple état de brouillon pour devenir, hasards de la postérité et de la célébrité, un « manuscrit », un « palimpseste » ou une « épreuve » recherchée par les collectionneurs.

Dès qu’il a été transformé, qu’il est passé de l’état indéfini de « brouillon » à l’état défini d’objet fini – le livre – le brouillon atteint la consécration. Il est la matrice originelle, le chaos au milieu duquel se sont accomplis l’oeuvre, la construction parfaite, l’harmonie, l’exploit de la forme. Et il finira par être ce sur quoi le lecteur assidu, le critique ou le passionné, s’appuiera désormais : un retour aux origines. Il justifiera la méthode, l’inspiration, le génie.

Demain dès l'aube, Hugo

Demain dès l’aube, Hugo

Le lecteur curieux aimera jeter un coup d’oeil au laboratoire, comme un gourmand qui veut connaître la recette, à ceci près que dans ces cas tous différents et multiformes, il n’existe aucun recette préétablie. Un brouillon de Hugo ou de Flaubert ne ressemble en rien à un manuscrit de Proust.

Dernière page de la Recherche, Proust

Dernière page de la Recherche, Proust

Ce dernier avait une technique très particulière : il utilisait pour la recherche des cahiers, sur lesquels il collait et pliait des morceaux de papier, appelés « paperolles », au fur et à mesure des ajouts et des enrichissements successifs du texte. De même qu’il évoque souvent une fleur japonaise, un origami d’impressions qui se déploie dans le souvenir que suscite la madeleine, de même son texte se déploie, se déplie, s’amplifie à mesure qu’il le fabrique :

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

Le brouillon au quotidien

Mais comme me l’a signalé l’exubérante Eva, « on imagine l’écrivain à son bureau, avec un thé et un chat sur les genoux alors que la plupart du temps il griffonne sur un vieux prospectus pendant une conférence qui l’ennuie ou pendant qu’il fait un boulot alimentaire… »

Qu’ils écrivent dans des cahiers, sur des feuilles volantes, sur tout et n’importe quoi (le calepin à côté du téléphone, le dos de l’enveloppe usagée, le ticket de caisse, la note de restaurant, la nappe en papier…) ; qu’ils soit plutôt du genre ordonné – pas une rature, pas une tâche, bref les adeptes du premier jet – ou que « cent fois sur le métier » ils remettent leur ouvrage, chaque écrivain a sa méthode.

Au-delà du brouillon sacralisé de l’écrivain, qui, même fabriqué à partir de tout et surtout de n’importe quoi, fait de bric et de broc, fera s’arracher les cheveux aux héritiers, aux collectionneurs et aux spécialistes de l’oeuvre, il y a les brouillons du quotidien, ceux dont on se souvient, et ceux qu’on préférerait oublier :

  • les brouillons de concours et d’examens (oh les jolies feuilles vertes, jaunes et roses sur lesquels on prépare nos très mémorables dissertations : « La notion d’inconscient psychique est-elle contradictoire ? », « La nature et la culture », « Les classifications décimales ») ;
  • les verso de feuilles déjà utilisées ;
  • les samedis et les dimanches des agendas (mais aussi les vacances, très utiles) ;
  • les post-its, enveloppes et autres bouts de papier déjà cités ;
  • les carnets « spécialement faits pour ça »
  • les répertoires (pour les plus organisés et les fondus de l’ordre alphabétique)
  • les bloc-notes, papier et numériques

On pourrait d’ailleurs se poser la question de l’avenir du brouillon et du manuscrit avec l’utilisation des machines à écrire et des ordinateurs. Rien n’empêche cependant de réécrire par dessus un texte imprimé… mais qu’en est-il lorsque le texte reste pendant un temps certain, à l’état de document dans un dossier, sur le bureau de l’ordinateur ?

L’avenir du brouillon

Le brouillon numérique est moins torturé, moins malmené que son homologue papier. Une correction à faire ? Un petit clic de souris, une petite sélection, et hop, voilà la rature numérique annihilée ! Les acharnés, bornés, obtus, nostalgiques peuvent toujours utiliser la fonction « barrer » ou corriger et annoter le texte dans une autre couleur (j’avais une prof de prépa qui me renvoyait mes commentaires de textes avec de très belles annotations en rouge, et entre parenthèses, comme celle-ci).

Mais ils sont tout de même rares… Tant que le texte n’est pas imprimé, tant qu’il ne devient pas « premier jet » ou « épreuve », adieu les annotations manuscrites, les ratures, les flèches et les déplacements d’un paragraphe à un autre !

Pour se consoler, on peut toujours revivre le frisson de la création manuscrite en s’émerveillant des richesses numériques et numérisées : archives, sites dédiés et autres fonds hauts en couleurs. Petite sélection pour les amateurs :

Manuscrit Sartre

Manuscrit Sartre

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Représentation(s) de l’information

J’ai eu l’idée de cet article en partant d’un constat personnel très simple : j’aime les cartes heuristiques et les nuages de tags. Pas seulement parce que ce sont de bons outils de préparation et d’aide à la recherche ni parce que c’est à la mode, mais aussi parce que j’aime bien leur rendu visuel et ce qui les motive en tant qu’outils : la représentation de l’information sous une forme naturelle (arbre, nuage) ou géographique (carte, itinéraire fléché).

Définitions

Commençons par un petit rappel wikipédien de ce que sont les cartes heuristiques et les nuages de tags. Ce n’est pas très folichon ni très original, mais je n’ai pas trouvé de meilleures définitions et les sites référents – CRDP, etc. – renvoient vers ces articles.

1°) Nuages de tags :

Le nuage de mots-clés (plus rarement nuage de mots-clefs ou nuage de tags ; tag cloud, word cloud oukeyword cloud en anglais) est une représentation visuelle des mots-clefs (tags) les plus utilisés sur un site web. Généralement, les mots s’affichent dans des polices de caractères d’autant plus grandes qu’ils sont utilisés ou populaires. (source : Wikipédia)

2°) Carte heuristique :

Une carte heuristique (ou carte cognitivecarte mentalecarte des idées, etc.) ou, dans les pays anglo-saxons et usuellement, mind map, est un schéma, calqué sur le fonctionnement cérébral, qui permet de représenter visuellement et de suivre le cheminement associatif de la pensée.

Cela permet de mettre en lumière les liens qui existent entre un concept ou une idée, et les informations qui leur sont associées.

La structure même d’une Mind Map est en fait un diagramme qui représente l’organisation des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts.

À l’inverse du schéma conceptuel (ou « carte conceptuelle », concept map en anglais), les mind maps offrent une représentation arborescente de données imitant ainsi le cheminement et le développement de la pensée. (source : Wikipédia)

Je ne vais pas rentrer dans des considérations d’ordre sémiologique, pédagogique ou technologique pour approfondir ces définitions, cet article étant simplement un prétexte pour étudier une sorte de cartographie littéraire – je vais m’expliquer là-dessus – et donner des exemples personnels de mise en pratique.

Des mots et des lieux – Noms de pays : le nom / Noms de pays : le pays.

Pourquoi j’aime les cartes heuristiques et les nuages de tags ? Parce que j’aime les mots, faire joujou avec, étudier les champs lexicaux, les étymologies, et comme le rappelle ma chère thésarde, en bonne littéraire que je suis, les figures de style : toutes ces métaphores, prosopopées, chleuasme, oxymore, zeugme, et autres synecdoques.

Ensuite, parce que ces deux outils font appel à un imaginaire littéraire et philosophique qui nous entraîne de la carte du Tendre aux cartes de la Terre du milieu, en passant par des dédales proustiens de noms et de lieux.

À ce propos, je vous recommande le magnifique Dictionnaire des lieux imaginaires, du grand Alberto Manguel et de Gianni Guadalupi. Si vous voulez voyager de l’Aiguille creuse d’Arsène Lupin jusque à la Zénobie, en vous arrêtant à l’abbaye de Thélème, ou dans la forêt de Brocéliande, ce livre est fait pour vous.

Dictionnaire des lieux imaginairesMais revenons brièvement à nos exemples :

  • La carte du Tendre est une représentation topographique des sentiments amoureux élaborée au 18e siècle par Mlle de Scudéry dans la Clélie, et elle préfigure complètement les schémas heuristiques.

Carte_du_tendre

  • Dans À la recherche du temps perdu, Proust passe son temps à jouer avec les noms et avec les lieux. Il aime les fabriquer : il invente des noms propres, des noms de lieux, il s’amuse de leurs symétries et de leurs résonances. Le premier volume se nomme Du côté de chez Swann, le troisième Le Côté de Guermantes. À l’intérieur du Coté de chez Swann, on trouve la partie : «Noms de pays : le nom», quand dans le 2e volume, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, on trouve : «Noms de pays : le pays». Dans l’Espace proustien, Georges Poulet évoque ce lien indéfectible qui unit noms et lieux :

Le nom est donc simultanément chose individuelle et locale. Il est nom de pays au même titre qu’il est nom de personne et nom de famille. Mais il est plus encore. Sous la forme d’un de ces phénomènes dont l’on use pour transporter les réalités objectives dans le monde mental, il est cette entité topologique inédite (issue de la fusion d’un site réel avec l’image d’une personne ou l’histoire d’une famille), qui est un lieu irréel, puisqu’il n’a pas sa place dans l’étendue externe, mais subjectivement réel, puisque situé dans les espaces de l’esprit. (p.46)

Sur la construction de la Recherche et sur la fabrication des noms et des lieux, je vous recommande ce texte de Georges Poulet, et Proust et le roman, de Jean-Yves Tadié, aux éditions Gallimard, collection Tel.

  • Enfin, en ce qui concerne Tolkien, lorsque l’on se souvient qu’il a créé un univers total, aussi bien avec son histoire, sa géographie, sa sociologie et ses langues, et lorsque l’on énumère dans sa tête Gondor, Mordor, Eriador, Rohan, Lothlorien, Comté, Fondcombe… cet espace devient à la fois linguistique, poétique et géographique.

Terre du milieu 3e age

Voilà pourquoi j’aime les cartes heuristiques : parce qu’elles se rattachent pour moi à un univers, à un espace exclusivement littéraire, beaucoup plus amusant que la géographie physique, avec laquelle j’ai toujours eu des soucis.

Applications professionnelles

Au-delà de ces considérations littéraires, il m’est arrivé d’utiliser les cartes heuristiques durant des séances pédagogiques, en particulier l’année dernière, en travaillant avec les élèves sur l’identité numérique :

Juliette Filiol, professeur documentaliste - 2011/2012

Juliette Filiol, professeur documentaliste – 2011/2012

Mais ce que je préfère, en ce moment, c’est préparer ces séances en réalisant des cartes, pour déterminer les ressources dont auront besoin les élèves et les localiser (en violet, les ressources disponibles). C’est surtout la formation que j’ai suivie il y a peu qui m’a donné l’idée de ces exploitations. Voici une carte pour préparer à une séance de défi lecture (classes de sixième) autour du texte Ariane contre le Minotaure :

Juliette Filiol - professeur documentaliste - 2012/2013

Juliette Filiol – professeur documentaliste – 2012/2013

Et voici une carte que j’ai réalisé pour préparer les recherches d’élèves de cinquième durant la lecture de L’Ile au trésor de Stevenson :

Juliette Filiol - professeur documentaliste - 2012/2013

Juliette Filiol – professeur documentaliste – 2012/2013

Chacune de ces cartes a ensuite donné lieu à un jog réalisé sur Jog the web, pour guider les élèves dans leurs recherches sur Internet :

  • Ariane contre le Minotaure : recherches axées sur la mythologie et la civilisation ;
  • L’Ile au trésor : recherches de vocabulaire (mer, piraterie, aventures) avec des approfondissement sur le roman et sur l’auteur.

Enfin, même si je les ai beaucoup moins abordés que je ne l’avais annoncé, voici un nuage de tags réalisé par le générateur Wordle, et qui me permet de voir les notions que j’utilise le plus lorsque je publie des articles sur Cinephiledoc :

Nuage de tags blog

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À quoi rêvent les écrivains ?

Parce que le dernier article de Eva la thésarde sur les titres de romans m’a bien fait rêver et m’a inspirée, parce que c’est férié et qu’à défaut d’un vrai printemps, on peut l’imaginer, parce que j’ai passé le week-end au festival «Trolls et légendes» de Mons, et parce qu’une petite conversation anodine peut donner une bonne idée d’article…. parce que, parce que, parce que… bref : petit interlude littéraire.

Dickensdream

Situation

Figurez-vous un repas dans un restaurant… pas le restaurant classe, pas le petit bistrot, ni le kebab, mais le restaurant de chaîne, sans citer de marque. Au détour de la conversation, sans crier gare, arrive le sujet littéraire : l’univers des écrivains, terme souvent étudié et qui recouvre tout un tas de thèmes éclectiques – contexte, environnement social, familial et culturel, personnages et sujets de prédilection, vision du monde.

Non, pour une fois, mon titre pose exactement la question qui m’intéresse : à quoi rêvent les écrivains ? Ni le rêve façon Martin Luther King, ni le rêve éveillé de l’imagination ou de l’inspiration qui parfois se personnifie dans un être plus ou moins réel ou fictif (Cassandre, Elsa et autres muses), ni l’hallucination due à des substances plus ou moins licites – opium des uns, absinthe ou mescaline des autres…

Parfois, il arrive, lorsqu’on lit certains écrivains, qu’au-delà de la question admirative à la limite de la jalousie «Comment fait-il pour écrire comme ça ?», on parvienne à la question suivante : «De quoi a-t-il rêvé la nuit pour écrire ça ?»

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de l’interrogation méprisante et plus gentiment tournée «Bon sang, mais le gus, il s’est shooté à quoi ?» Le monde imaginé nous paraît tellement riche, tellement démesuré, kaléidoscopique, que l’on se demande bien à quoi ressemble le sommeil de l’auteur : est-ce un insomniaque, un animal nocturne, combien d’heures dort-il par nuit ? compte-t-il les moutons ? à quoi ressemble sa parure de lit ? a-t-il une tendance aux rêves ou aux cauchemars ? Et évidemment, ces questions plus ou moins loufoques ne s’attendent à aucune réponse scientifique, psychologique ou neurologique.

Bien entendu, la question pourrait être élargie à d’autres univers artistiques, peinture, musique, cinéma

Comme ce billet est un petit «Hors-série», que c’est férié, et que je suis flemmarde aujourd’hui, je ne donnerai que les quelques exemples des écrivains qui m’ont le plus intriguée.

Quels rêveurs pour quelles oeuvres ?

Peut-on classer les rêves des écrivains ou les possibilités de rêves, à partir de l’oeuvre qu’ils ont suscitée ? Bien-sûr, on pourrait trouver des rêveurs urbains, des rêveurs hallucinés, des rêveurs linguistiques, des rêveurs paysagers.

Pourquoi ai-je l’impression que Proust devait rêver de choses immenses dont il était cependant capable de voir le moindre détail ? Un rêveur de la cathédrale et du vitrail ? Sans doute parce qu’il a écrit ces lignes :

Ma gondole suivait les petits canaux ; comme la main mystérieuse d’un génie qui m’aurait conduit dans les détours de cette ville d’Orient, ils semblaient, au fur et à mesure que j’avançais, me pratiquer un chemin, creusé en plein coeur d’un quartier, qu’ils divisaient en écartant à peine, d’un mince sillon arbitrairement tracé, les hautes maisons aux petites fenêtres mauresques ; et comme si le guide magique eût tenu une bougie entre ses doigts et m’eût éclairé au passage, ils faisaient briller devant eux un rayon de soleil à qui ils frayaient sa route. (Albertine disparue)

Pourquoi suis-je tentée de penser que Lewis Carroll ou Carlos Ruiz Zafon sont davantage des rêveurs labyrinthiques, qui rêvent leurs univers comme des constructions absurdes (elles me rappellent les illusions d’Escher) et vertigineuses, vertigineuses au niveau du sens pour Lewis Carroll, vertigineuses au niveau de l’espace pour Zafon ?

Dans l’univers de ce dernier, la ville est omniprésente, non comme décor, mais comme créature presque vivante. Tout prend vie chez Zafon, encore plus que les êtres humains. Les objets s’animent, les jouets mécaniques se révoltent. C’est le règne des ruelles obscures, des automates et de l’ombre, un univers à mi-chemin entre Faust et les contes d’Hoffmann.

Le plus souvent Zafon pourrait être considéré comme un rêveur urbain. Barcelone est sa ville natale, il en rêve chaque recoin, la reconstitue avec une minutie impressionnante, la transpose dans chaque ville que ses personnage vont côtoyer et dans laquelle ils vont se perdre, corps et âme.

Mais c’est surtout un rêveur de l’inquiétante étrangeté. Ce sont ses livres qui se rapprochent le plus de ce qu’est véritablement le rêve pour l’être humain : le souvenir d’un univers familier mis en désordre. La confusion des lignes entre le quotidien et l’absurde. Le mécanisme bien établi de la logique et de la tranquillité qui se détraque dans les remous du cauchemar.

Rêveurs d’univers

Certains rêveurs et certains écrivains ne font que rêver le monde, un monde à leurs propres dimensions mais qui restent commun – du moins à ses fondations – au monde des autres hommes. D’autres vont l’inventer.

À l’image d’Inception, ces rêveurs sont des architectes : ils construisent, façonnent un autre monde, dans lequel ils plongent le lecteur. Ils bâtissent des villes, écrivent une histoire, inventent même une langue, s’interrogent sur la géographie et la sociologie de leur monde. Les deux exemples qui me parlent le plus, comme rêveurs architectes, sont J.R.R. Tolkien et George R.R. Martin, le plus abouti étant Tolkien, qui a créé plusieurs langues et qui a raconté la cosmogonie (création) de son monde.

Rêveur total. Rêveur aussi bien des villes que des campagnes, des climats et des reliefs, de la faune et de la flore, des hommes et des créatures, de l’histoire et des gouvernements, des religions et des langues. C’est ce qu’est Tolkien. C’est ce qu’est Martin. Deux rêveurs absolus qui n’en finissent pas de travailler, comme un joailler fabrique un bijou, le monde qu’ils nous offrent.

Tout ça pour dire qu’on se demande bien à quoi pouvait rêver la nuit le créateur des hobbits, des elfes et de Sauron, du Gondor et du Mordor, de la Lothlorien et de Galadriel ?

À quoi peut bien rêver l’explorateur de Westeros et de Essos, du Mur et de ce qui est au-delà, des Sept couronnes, des Dothrakis, de Qarth et de Braavos ?

Quitte à ne pas pouvoir répondre à la question, on peut toujours se consoler en lisant le très beau livre de Edouard Kloczko sur l’univers elfique de Tolkien, La grande encyclopédie des elfes, et se plonger dans la saison 3 de Game of thrones !

Post-scriptum

Quant au prochain article, il montrera à quel point un univers d’auteur peut sembler vertigineux et erratique lorsqu’il s’intéresse à des êtres mythiques du cinéma… et sur ces paroles pleines de clarté, je vous laisse, j’ai des chocolats à finir !

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Changer de regard

Aujourd’hui, pas de chauffage – ou presque pas – au CDI. Si cela m’oblige à garder mon manteau pour travailler, cela n’en éveille pas moins chez moi une pensée réconfortante : les élèves ne viennent pas parce qu’il fait chaud, ils viennent pour le CDI, juste pour le CDI.

Le changement d’heure pendant les vacances a accéléré ces infimes transformations de l’atmosphère qui donnent une impression de flou à tout ce que l’on observe. Je pars, il fait nuit ; je rentre, il fait nuit. Une brume diffuse tombe des réverbères allumés et se disperse des phares des voitures. J’ai l’impression que la journée passe dans un temps infime et presque irréel entre la nuit et le soir. Le ciel est gris, neigeux, et le brouillard se colle aux rues, aux arbres, aux murs, pour faire de nous des myopes éphémères. Quoique, pour moi, la myopie me connaît depuis de nombreuses années.

J’aime le flou sur les choses. Parfois, le flou semble donner au monde qui nous entoure une qualité nouvelle, que la netteté a effacé. Tout se perd, et du coup devient précieux, digne d’intérêt, puisque difficile à saisir. Quand on porte des lunettes, la netteté nous semble presque artificielle, et je recherche les situations où elle m’échappe : des gouttes de pluie, de la buée, ce brouillard matinal, et parfois, au réveil, je repousse le moment de les mettre pour savourer encore un peu l’état de demi sommeil. Le flou démultiplie le réel.

C’est sans doute pour cela que j’aime A la recherche du temps perdu. Chez Proust, le flou acquiert une valeur particulière. Il permet de mieux discerner le réel, de mieux l’apprécier, que l’absolu netteté, qui n’est qu’une imperfection. Voir les êtres avec netteté, c’est voir leurs défauts. Cela empêche de les idéaliser. Contrairement aux impressions fugitives que l’on a des êtres que nous aimons :

« La manière chercheuse, anxieuse, exigeante que nous avons de regarder la personne que nous aimons, notre attente de la parole qui nous donnera ou nous ôtera l’espoir d’un rendez-vous pour le lendemain, et jusqu’à ce que cette parole soit dite, notre imagination alternative, sinon simultanée, de la joie et du désespoir, tout cela rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette. Peut-être aussi cette activité de tous les sens à la fois et qui essaye de connaître avec les regards seuls ce qui est au-delà d’eux, est-elle trop indulgente aux mille formes, à toutes les saveurs, aux mouvements de la personne vivante que d’habitude, quand nous n’aimons pas, nous immobilisons. Le modèle chéri, au contraire, bouge ; on n’en a jamais que des photographies manquées. »

Ce qu’apporte Proust à la littérature et au regard, c’est ce bonheur du flou, du manque, de l’impression fugitive, de l’absence. Lorsque les choses s’imposent à nous, elles perdent en valeur. Ce n’est qu’en faisant leur deuil, qu’en leur donnant le verni du souvenir et de l’imagination qu’elles s’embellissent.

C’est aussi pour cette raison que j’aime les films en noir et blanc et ceux qui donnent une certaine place au brouillard. Roland Barthes avait consacré dans ses Mythologies un magnifique article au visage de Greta Garbo :

« Garbo appartient encore à ce moment du cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l’on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une sorte d’état absolu de la chair, que l’on ne pouvait ni atteindre ni abandonner. […] C’est sans doute un admirable visage-objet ; dans La Reine Christine, […] le fard a l’épaisseur neigeuse d’un masque ; ce n’est pas un visage peint, c’est un visage plâtré, défendu par la surface de la couleur et non par ses lignes ; dans toute cette neige à la fois fragile et compacte, les yeux seuls, noirs comme une pulpe bizarre, mais nullement expressifs, sont deux meurtrissures un peu tremblantes. Même dans l’extrême beauté, ce visage non pas dessiné, mais plutôt sculpté dans le lisse et le friable, c’est-à-dire à la fois parfait et éphémère, rejoint la face farineuse de Charlot, ses yeux de végétal sombre, son visage de totem. »

Le noir et blanc donne rétrospectivement aux visages et aux films une autre dimension du réel, où la brume, la fumée, la vapeur, l’ombre et la lumière, la pluie et le mouvement sont des acteurs à part entière (je pense particulièrement à certaines scènes de Rebecca, d’Alfred Hitchcock.

En couleur, parmi les scènes les plus belles des films comme Chantons sous la pluie ou Autant en emporte le vent, il y a ces scènes de pluie, de hangars de studio aux fumées colorées, pour le premier, et le cauchemar de Scarlett, à la poursuite de Rhett dans le brouillard, pour le second. Je ne me souviens pas du dernier film récent qui aurait pu m’apporter le même genre de sensation. Peut-être les scènes de promenades de Lionel Logue et du futur George VI dans les rues de Londres dans Le Discours d’un roi, mais aussi l’univers de Ridley Scott, dans Gladiator et Kingdom of heaven. Certaines scènes de séries comme Mad men ou Game of thrones sont elles aussi voilées par cette atmosphère étrange et dépaysante.

Après tout, voir les choses sous un autre angle, sans la netteté brutale et laide de l’actualité, ce n’est pas seulement prendre de la distance. C’est aussi fermer les yeux, pour se forger son propre regard. On attend de nous un regard critique, quasi exorbité, sur le réel ; on oublie trop souvent maintenant ce « troisième oeil » du rêve et de l’imaginaire qui nous rendrait ce réel moins aveuglant.

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