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Blog pour cinéphiles et profs docs

Mois : mai 2025

Mai 2025 : séances et animations du CDI

Pour cet article du mois de mai, je présente les activités menées entre le 28 avril et le 23 mai.

Avec les jours fériés et l’arrivée des beaux jours, la période a été un peu plus calme et il a été parfois (voire souvent) compliqué de retrouver un certain rythme.

Durant cette période, nous avons également accueillie Louison Savary, ancienne élève de terminale et actuellement en première année de B.U.T. Information & Communication, spécialité métiers du livre, pour un stage au CDI. Je profiterai donc de cet article pour présenter certaines activités que nous lui avions confiées. Un grand merci à elle pour sa motivation !

Comme indiqué dans l’article précédent, je profiterai de cet article pour présenter deux projets pédagogiques menés entre début avril et mi mai.

Pour les deux rubriques de mes articles consacrées aux séances et aux animations (et qui donnent d’ailleurs depuis des années leur titre à mes articles profdoc) je continue à proposer un outil qui permette de mieux les repérer et en faire le suivi – comme une transcription numérique de mon bullet journal, ce qui pourra aider en fin d’année pour le bilan d’activités. Comme le mois précédent je propose également ça pour les actions de communication.

Sélections thématiques / valorisation du fonds

Événements recensés

Animations proposées

Date de début

Date de fin

Remplacé par

Sélection Anne Frank

13/03

28/04

Star Wars Day

Sélection sommeil

13/03

28/04

Entre terres et mers

Sélection contes

17/03

28/04

Sélection licorne

2 avril Journée mondiale du livre pour enfants

Sélection « Les livres dont ils sont les héros »

31/03

28/04

Entre terres et mers

5 avril

Journée mondiale de la conscience

Sélection philo

31/03

28/04

Sélection codes et mots de passe

Puzzle 7 BD

07/04

19/05

Puzzle 8

9 avril

Journée mondiale des licornes

Sélection licorne

07/04

déplacée

Sélection montagne

Couv en couleurs : TOUT EN JAUNE

10/04

12/05

Sélection humour

4 mai : Star wars Day

Star Wars Day

28/04

17 mai : Journée internationale de lutte contre l’homophobie

Sélection licorne

28/04

Entre terres et mers

28/04

6 mai : journée mondiale du mot de passe

Sélection codes et mots de passe

28/04

Sélection montagne

29/04

15/05

7 mai : Journée mondiale du rire

Sélection humour

12/05

Puzzle 8

19/05

J’indique dans ce premier tableau également les sélections installées au mois d’avril, afin de montrer le roulement entre la mise en place de chaque exposition.

Cette période de l’année connaît son habituel ralentissement en terme d’installations et de visuels, je n’ai pas pris le temps de faire de nouvelles affiches sur Canva, à part pour deux sélections avant les vacances d’avril : celle sur Star Wars et celle sur les codes et les mots de passe.

  • Pour celle sur Star Wars, j’avais au départ l’intention de recycler un visuel utilisé les années passées, mais j’ai finalement fait rapidement une affiche avec un côté Jedi et un côté Sith.

  • Pour la journée mondiale du mot de passe, j’avais envie de renvoyer vers certaines pages de conseils de la CNIL avec un visuel qui aurait ressemblé à un algorithme.

Pour les autres sélections, j’en donne un aperçu dans la partie communication.

Concernant la sélection humour proposée par Roman, elle faisait partie d’une journée d’action en collaboration avec notre infirmière scolaire sur la bonne humeur.

Séances et actions pédagogiques

Sur le même modèle que pour la rubrique précédente, je vais tenter de synthétiser les actions menées. J’indique ici les séances menées durant les dernières semaines de cette année scolaire, les cours s’arrêtant pour nous le 6 juin au lycée.

J’anticipe sur les deux dernières semaines, qui ne seront pas forcément très actives en terme de séances pédagogiques, et durant lesquelles seront organisés des grands oraux blancs pour les terminales.

Secondes

Premières

Terminales

S1

Latinistes 2h

EMC 1h : 1 demi-groupe

EMC 1h : 1 demi-groupe

/

S2

SNT 1h, 1 classe

EMC 1h : 1 demi-groupe

Spé espagnol 1 groupe (1h)

S3

SNT 1h, 1 classe

EMC 1h : 1 demi-groupe

EMC 1h : 1 demi-groupe

Spé espagnol 1 groupe (2h)

Terminale euro : 1h projet escape game

S4

EMC 1h : 1 classe

SNT 1h, 1 classe

Latinistes : 2h

EMC 1h : 1 demi-groupe

EMC 1h : 1 demi-groupe

/

S5

/

/

/

S6

/

Première HGGSP : 1h recherche sujet d’actualité

Total

8 heures

8 heures

4 heures

Concernant les séances que j’ai animées ou co-animées, ce sont a priori des dernières séances de SNT (il en restera 2 au retour des vacances, mais avec les jours fériés de mai et la fin des cours, il s’agira uniquement de permettre d’avoir quelques notes de participation pour le trimestre).

SNT : un bilan de l’année

Concernant les séances de SNT, j’ai pu voir au dernier moment une classe supplémentaire pour deux séances en co-animation sur les réseaux sociaux.

Pour les classes que j’ai pu voir, voici un bilan des séances menées :

2nde1

Web : 3 séances

IA 1 séance

Réseaux sociaux 1 séance

2nde3

Web et IA 2 séances

Réseaux sociaux 3 séances

2nde4

Web : 3 séances

/

Réseaux sociaux 3 séances

2nde7

Web et IA 2 séances

Réseaux sociaux 3 séances

2nde12

Web : 3 séances

IA 1 séance

Réseaux sociaux 2 séances

2nde13

/

Réseaux sociaux 2 séances

La répartition de la SNT étant modifiée l’an prochain (ce seront principalement les enseignants de mathématiques et de NSI qui seront en charge de l’enseignement avec un accent mis sur la programmation), je prévois d’envoyer un mail pour proposer à ces nouveaux collègues les séances que je menais avec mes collègues de physique-chimie, de SVT (et une collègue de maths), pour garder l’aspect du programme « Impact sur les activités humaines ».

Escape games

Sur cette période j’ai pu mener à bien deux projets autour de l’escape game avec les premières euro et avec les terminales euro.

Projet Escape Game, premières euro

Ce projet me permettait de satisfaire une passion personnelle (Agatha Christie et Hercule Poirot) tout en répondant à la demande d’une collègue d’anglais qui souhaitait faire étudier Le Crime de l’Orient-Express en version originale à ses élèves.

J’avais échangé avec elle sur le sujet dès l’été dernier, et j’ai travaillé sur cet escape game environ trois jours consécutifs au début des vacances de la Toussaint. La séance était quasiment prête dès le mois de novembre, mais il m’a fallu ronger mon frein et patienter jusqu’à début avril pour qu’elle ait réellement lieu.

L’échéance approchant, j’ai réalisé la fiche élève de la séance début mars, et j’ai compté les semaines me séparant de cette séance, qui restera un de mes meilleurs souvenirs de l’année.

Je reconstitue ici la trame de cet escape game et les différents éléments de préparation que cela a impliqués.

  1. Scénario : Journey on the Orient-Express. Dans le roman, on retrouve Hercule Poirot à Alep, et il prend le train à Istanbul, afin de rejoindre Paris, puis Londres. Le point de départ des joueurs était de faire le trajet inverse, et de partir de Londres pour rejoindre Hercule Poirot à Alep, en résolvant plusieurs énigmes.

  2. Choisir un personnage et son accessoire. Le jour de la séance, je suis arrivée avec une valise, sur laquelle j’avais collé des étiquettes, et avec la collègue, nous avions constitué ensemble un petit lot d’accessoires censés représenter un personnage du roman : Hercule Poirot et son chapeau melon, le colonel Arbuthnot et sa pipe, la princesse Dragomirov et son mouchoir brodé…

  3. Le déroulé. Les élèves avaient ensuite à résoudre les différentes énigmes de l’escape game. La première d’entre elles : trouver sur la fiche horaires du train à quelle heure celui-ci quitte Paris. Puis, à l’aide de leur livre, trouver des mots et des lettres leur donnant un mot de passe. Par la suite ils devaient aussi, pêle-mêle : répondre à un quizz sur Agatha Christie, reconstituer sa disparition d’après des Unes de presse, trouver la couverture fausse parmi la sélection d’aventures d’Hercule Poirot…

  4. Le code morse. L’énigme finale était un code morse, que les élèves devaient résoudre en s’appuyant sur un marque page que j’avais fabriqué pour l’occasion (chacun d’eux avait le sien et pouvait ensuite le garder en souvenir) : au recto, l’orient-express, au verso, l’alphabet morse.

Je partage ici les fiches élèves et quelques photos prises durant la séance. J’espère pouvoir refaire cette séance à une autre occasion, mais je suis d’ores et déjà très heureuse d’avoir pu réaliser un escape game sur une de mes passions, même si l’heure est passée très vite.

Projet « Réaliser un escape game », terminales euro

Le deuxième défi qui m’a été proposée à peu près à la même période de l’année par une autre collègue d’anglais était de faire réaliser à ses terminales euro un escape game en anglais sur le transhumanisme.

À l’origine, nous avions prévu deux séances d’une heure, il en a fallu une troisième, au bout de laquelle l’escape game n’était pas encore tout à fait finalisé, même si nous touchions au but.

Durant la première séance, je suis revenue avec les élèves sur les objectifs d’un escape game pédagogique et sur ce qu’ils devaient avoir en tête (scénario, énigmes, solutions et imbrication) pour le réaliser, pendant que la collègue d’anglais revenait sur le contenu.

Durant la deuxième séance, nous sommes revenues sur les différentes énigmes, en insistant sur la nécessité de vulgariser des connaissances scientifiques. Finalement, grand oral ou escape game, la problématique reste la même : transmettre un savoir à un public non spécialiste.

La troisième séance a permis de bien avancer sur la trame du genially global en y intégrant le scénario et plusieurs énigmes. Il restait à mettre le tout en forme avec quelques éléments manquants, ce que j’ai finalement réussi à faire, en collaboration avec ma collègue, le 21 mai. Quelques détails sont à peaufiner mais il sera bientôt publié sur le site du lycée.

Je partage ici le support de cours de la première séance et les fiches élèves.

Escape Game Term Euro

Communication

Aux enseignants et personnels

La communication ce mois-ci a elle aussi été un peu plus calme, j’ai mis à jour ma lettre de diffusion seulement à la toute fin de la période.

Le mois dernier, j’ai pris le temps de poursuivre le rapatriement des publications sur le portail E-SIDOC du CDI. Comme je l’avais indiqué dans l’article précédent, je passais jusqu’ici par un blog de l’ENT pour communiquer sur les ressources numériques et d’autres informations pédagogiques.

Le chemin d’accès à l’application « Blog » de l’ENT ayant été modifiée, j’avais déjà transformé le blog du CDI en rubrique dédiée dans l’un des onglets du portail E-SIDOC, j’ai procédé de la même manière pour le blog consacré aux ressources numériques, en l’ajoutant dans l’espace « Équipe éducative » du portail.

C’est donc à ces différentes évolutions que j’ai consacrées le focus de la lettre de diffusion.

Blog du CDI

Le blog du CDI est désormais publié dans l’onglet « CDI connecté » du portail E-SIDOC. Ce mois-ci, j’ai utilisé ce groupe d’articles pour l’article sur les codes et mots de passe, celui sur la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, et pour relayer le ZOOM Actu du CDI.

Ressources numériques

Cette nouvelle rubrique de l’espace « Équipe éducative » me permet de relayer des informations sur certaines actions éducatives, des événements ainsi qu’une communication ciblée sur les ressources numériques du lycée.

Ce mois-ci, j’ai publié une méthode pour synchroniser les mots de passe ENT sur Samba Edu pour pouvoir se connecter aux ordinateurs du lycée et un article sur l’intelligence artificielle en classe, en m’appuyant sur les ressources proposées par Canopé (Clés en main e-sidoc).

E-INSTANT CDI

L’E-INSTANT est la lettre de diffusion à destination des enseignants et des personnels. Elle se compose de 5 pages : la page d’accueil, le focus, et les pages « éducation », « culture » et « numérique ».

J’ai mis à jour cette lettre pour la période mai – juin avec un focus consacré au portail E-SIDOC.

Afin de mieux communiquer cette lettre de diffusion, j’ai réalisé un visuel sur Canva permettant de mieux mettre en valeur les nouveautés :

Aux élèves, enseignants et personnels

Là encore, je vais essayer de synthétiser les choses sous forme de tableau pour plus de lisibilité.

Date

Action

Relai

28 avril

Sélection Star wars

Compte Instagram

28 avril

Sélection Codes et mots de passe

Portail esidoc + compte instagram

2 mai

Sélection polars proposée par Louison

Compte Instagram

6 mai

Club santé sur la contraception

Compte Instagram

9 mai

Revue de presse mise à jour par Louison

Compte Instagram

12 mai

Journée de la bonne humeur

Compte Instagram

13 mai

Info CDI fermé (réunion de bassin)

Compte Instagram

16 mai

Activité CDI : sélection terre et mer proposée par Louison, révisions du bac, et nouvelle signalétique poésie et théâtre

Compte Instagram

16 mai

Info CDI fermé (formation à l’extérieur)

Compte Instagram

Je vais indiquer ci-dessous les actions d’avril (numéros du Zoom Actu, éventail des questions sensibles) et les actions postées directement sur le compte instagram du CDI.

Zoom Actu CDI

Ce mois-ci, j’ai sorti un numéro hors-série culture et loisirs en prévision de l’été.

Accueil de Louison Savary, étudiante en B.U.T.

J’indique ici l’ensemble des activités réalisées par Louison durant son stage :

  • bulletinage, catalogage, archivage

  • sélections de nouveautés et sélections thématiques

  • signalétique poésie et théâtre

  • mise à jour de la revue de presse du CDI

  • statistiques de fréquentation en vue de bilan d’activités

Compte Instagram

Les actions postées directement sont principalement des photos mentionnées plus haut.

Activités de gestion

Ce mois-ci les activités de gestion se sont concentrées sur :

  1. commande de documentaires

  2. réception de commande

  3. gestion des prêts en retard

  4. bilan d’activités

Autres activités

Enfin j’en termine comme à mon habitude par les autres activités professionnelles de la période.

Réunions, stages, déplacements, échanges professionnels
  • 5 mai : visio de préparation du stage « Jouer au CDI : du jeu de société à l’escape game » avec Anne-Cécile Pasquier (1h)

  • 13 mai : réunion de bassin des professeurs documentalistes centre Essonne et sud Essonne

  • 14 mai : Stage Jouer au CDI journée en présentiel co-animé avec Anne-Cécile Pasquier

  • 15 mai : sortie avec un groupe de Premières HGGSP dans les différents lieux de culte de Ris-Orangis (synagogue) et d’Evry (pagode, cathédrale, mosquée)

  • 16 mai : Stage Jouer au CDI demi-journée en distanciel co-animé avec Anne-Cécile Pasquier

  • 20 mai : visio du groupe de travail intelligence artificielle des formateurs EAFC en documentation de l’académie de Versailles (2h)

Les mercredis studieux et les autres activités du mois

Les mercredis de cette période ont été très calmes, et les autres activités se sont principalement concentrées sur :

  • les fiches de l’activité brise-glace, la mise à jour avec Anne-Cécile de la formation « Jouer au CDI : du jeu de société à l’escape game », et la réalisation d’une petite présentation « Les profs docs et le jeu »

  • suivi des travaux de SNT des différentes classes

  • suivi du groupe de travail intelligence artificielle des formateurs EAFC en documentation de l’académie de Versailles

  • échanges avec une collègue professeur des écoles en vue de sa préparation du CAPES interne de documentation

Voilà pour ces activités du mois de mai, je vous souhaite une bonne fin de mois et vous dis à très bientôt sur Cinephiledoc !

Printemps espagnol

Pour ce nouvel article cinéphile, je cède à la facilité (et au manque d’inspiration) dans le choix du titre.

Après avoir consulté les titres de mes derniers articles sur le cinéma, et après être retombé sur celui de septembre 2024, « Étés anglais », je me contente donc d’un sobre « Printemps espagnol », laissant l’exubérance et la profusion au contenu de l’article à défaut de son titre.

Je profite aussi de ce nouveau compte-rendu de lecture pour dresser un panorama subjectif de la culture hispanique, mêlant ici films et lectures, sans forcément m’arrêter aux subtilités géographiques. Ce panorama ressemble d’ailleurs beaucoup à celui que j’avais dressé du cinéma espagnol il y a quelques années…

Mon parcours scolaire m’a conduite à apprendre l’allemand, l’anglais et le latin, et donc à n’avoir qu’une approche très lointaine des problématiques culturelles, identitaires et politiques des pays hispanophones, tout en ayant en parallèle une attirance certaine pour ces cultures.

Très récemment, j’ai commencé à apprendre l’espagnol et je me heurte à la difficulté de la prononciation puisque ma langue maternelle et la langue anglaise viennent parasiter chaque syllabe et transformer l’expression « parler comme une vache espagnole » (pourquoi d’ailleurs ici s’en prendre systématiquement aux bovins ibériques, je n’ai eu l’explication qu’en la cherchant au cours de la rédaction de cet article).

Je ferai donc se succéder ici les références castillanes et catalanes, les expériences de lectures lointaines et récentes, et les images venues tout aussi bien de l’autre côté des Pyrénées que de l’autre côté de l’Atlantique.

L’auberge espagnole

Si je me concentre exclusivement sur la Catalogne et sur sa capitale, c’est un souvenir un peu ancien qui remonte à la surface : celui de L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, sorti en 2002.

Ma mémoire me joue des tours : ai-je vu le film à sa sortie, je ne suis pas sûre, j’étais encore au lycée et les histoires d’étudiants qui partaient passer un an en Erasmus à l’étranger ne retenaient pas encore mon attention.

Et pourtant cette déambulation festive dans Barcelone et les premières subtilités des identités hispaniques (catalan VS castillan) m’avaient marquée et l’énergie de ce film choral m’avait donné envie de poursuivre l’aventure avec Les Poupées russes. Casse-tête chinois m’a laissée plus perplexe, même si j’ai retrouvé l’esprit de l’expérience originelle avec la série Salade grecque en 2023.

Zafón : le deuil impossible

Au-delà de mon expérience cinéphile, sur laquelle je reviendrai un peu plus bas, une figure indétrônable a accompagné et construit depuis une quinzaine d’années ma culture espagnole, c’est celle de Carlos Ruiz Zafón.

C’est donc à nouveau Barcelone que je convoque ici. Lorsque j’ai visité cette ville pour la première fois en 2009, c’était justement à l’invitation d’une amie qui y passait une année en Erasmus. Elle m’avait donné comme consigne de lire, soit avant mon séjour, soit dans l’avion, le livre L’Ombre du vent.

Je n’avais alors jamais entendu parler de l’auteur, je ne connaissais quasiment rien à la littérature espagnole, mais j’avais respecté la consigne, au point de ne plus pouvoir décoller du livre pendant mon séjour.

Par la suite j’ai acheté et dévoré frénétiquement les ouvrages de Carlos Ruiz Zafón, guettant chaque nouvelle publication (en particulier la tétralogie du cimetière des livres oubliés) et me félicitant que l’auteur, relativement jeune, allait accompagner pendant de longues années mon parcours de lectrice… jusqu’en 2020.

Zafón m’a alors laissée orpheline (comme beaucoup de lecteurs), et j’ai cherché depuis à combler ce vide qui m’évoquerait soit sa ville, soit sa culture.

Je me suis plongé dans un polar au titre évocateur, Le Bourreau de Gaudi, d’Aro Sáinz de la Maza, où l’architecture de Barcelone fait là aussi figure de personnage principale. J’ai suivi un temps les pas d’Arturo Pérez Reverte, dont j’avais adoré Deux hommes de bien et le premier volet des aventures du Capitaine Alatriste, dont je dois toujours lire la suite.

Je regrette encore qu’un livre aussi cinématographique que L’Ombre du vent n’ait jamais fait l’objet d’une adaptation, mais simultanément, quelle adaptation pourrait rendre justice à une telle oeuvre ?

Plus récemment, comme élargissement de mon horizon hispanique, ce sont les ouvrages de Catherine Bardon, et sa saga des Déracinés qui m’ont accompagnée et qui ont fait jaillir dans mon cerveau des images, des parfums et des couleurs au dépaysement salutaire.

Le mois dernier, j’avais alors, quatorze ans après ma première visite et cinq ans après le décès de Zafón, un séjour à Barcelone prévu à mon agenda, un autre ouvrage de Catherine Bardon sur ma pile de lecture mais aussi un livre de Pedro Almodóvar, et c’est avec un réalisateur madrilène que j’ai préparé ce retour à l’heure espagnole.

Almodóvar, un peu, beaucoup, passionnément ?

Malgré quelques tentatives infructueuses, et malgré des lectures qui commencent à dater un peu, comme le très beau Le Cinéma espagnol : 250 films incontournables de la cinématographie hispanique et latino-américaine, du cinéma sonore à nos jours (ouvrage publié en 2011), la quasi totalité de ma culture cinématographique hispanique repose sur Almodóvar. 

Pourtant dans ce très bel ouvrage, sur 250 films incontournables, on ne retrouve que cinq films de ce dernier : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, La Loi du désir, Femmes au bord de la crise de nerfs, Tout sur ma mère et Volver.

De loin, les deux derniers emportent ma préférence.

Je suis loin d’avoir également une vision exhaustive de la filmographie d’Almodóvar, l’ouvrage qui lui est consacré dans ma bibliothèque a été publié en 2007 et n’a pour l’heure pas fait l’objet d’une réédition plus récente.

J’ai eu une période où j’allais systématiquement voir chaque film de ce réalisateur à sa sortie, et où j’avais aussi essayé de voir ses premières oeuvres. J’ai donc successivement vu : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, Femmes au bord de la crise de nerfs, Kika, Attache-moi, Parle avec elle, La Mauvaise éducation, Les Amants passagers. Douleur et gloire attend encore dans ma bibliothèque, et je n’ai pas vu les plus récents.

J’ai laissé volontairement de côté mes préférés, dont l’histoire, les acteurs, l’atmosphère et la musique continuent de m’accompagner : Talons aiguilles, La Fleur de mon secret, Tout sur ma mère et Volver.

Je ferme les yeux et je revois encore Marisa Paredes dans Talons aiguilles ou dans La Fleur de mon secret, j’entends encore Piensa en mi ou la chanson Volver, je revois les femmes de la prison improviser une danse toujours dans Talons aiguilles, le fils dans tout sur ma mère regarder All about Eve ou lire Truman Capote (Musiques pour caméléons) et aller voir Un Tramway nommé désir, et les femmes du village de Volver astiquer les tombes du cimetière.

Autobiographie non officielle

C’est donc avec ces images en tête, et même en n’ayant pas vu les films les plus récents que j’ai croisé dans les rayonnages de ma librairie l’ouvrage suivant :

Le Dernier rêve a été publié aux éditions Flammarion en août 2024, et j’avais prévu de le lire au début de 2025, mais j’ai un peu trainé, et ce n’est qu’en préparant mon séjour à Barcelone que j’ai décidé de me plonger dedans.

L’image de la couverture s’était d’ailleurs quelque peu transformée dans mon esprit, et je voyais un saut de popcorn à la place du pot de fleurs… mais je trouvais que ces deux images superposées, celle de mon esprit et celle réellement imprimée sur le livre, donnaient une bonne idée du réalisateur.

Ce recueil de textes réunis assez modestement donne un aperçu relativement fidèle de l’univers d’Almodóvar, et il le présente comme tel dans sa préface : les écrits assez personnels et indirectement autobiographiques, destinés à être transformés en films si la fantaisie lui en prend, ou qui l’ont déjà été.

Dans La Visite, on retrouve avec appréhension des éléments de La Mauvaise éducation, des réminiscences de Tout sur ma mère se glissent entre les lignes de Trop de changements de genre.

D’autres textes sont plus inattendus : une histoire de vampires avec La Cérémonie du miroir, des échos à L’Étrange histoire de Benjamin Button dans Vie et mort de Miguel, la rencontre du Christ et du voleur Barabas dans La Rédemption, une réécriture de La Belle au bois dormant teintée d’histoire espagnole avec Jeanne, la belle au bois dormant.

Et pour le coup, des récits beaucoup plus personnels avec Le Dernier rêve, Souvenir d’un jour vide ou Un mauvais roman, qui reviennent sur des souvenirs ou sur son rapport à l’écriture. L’avant-dernier, Souvenir d’un jour vide, était peut-être mon préféré.

L’ensemble est à l’image du cinéma d’Almodóvar, protéiforme et foisonnant, et pour quelque chose qui n’est pas une autobiographie, on y retrouve davantage son univers que pour d’autres publications, comme celle de Pascal Thomas, Souvenirs en pagaille, même si là encore, le fond et la forme sont à l’image de celui qui les a façonnés.

Le livre refermé, j’étais d’autant plus prête pour mon escapade espagnole, j’avais envie à nouveau de découvrir d’autres réalisateurs et j’avais surtout envie de revoir les films d’Almodóvar, voire de prolonger le voyage en relisant un livre hommage sous forme de fiction, et publié en 2008, Le Théorème d’Almodóvar, d’Antoni Casas Ros, encore un ouvrage dont le souvenir m’est revenu durant l’écriture de cet article, et qui traduit bien l’inquiétante étrangeté dans laquelle certains des films de l’exubérant madrilène nous plonge.

Et passées ces visions kaléidoscopiques, je suis retournée me débattre avec mon vocabulaire et ma prononciation.

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