Comme je l’avais annoncé au mois de septembre, j’ai décidé depuis la rentrée de ralentir un peu le rythme des comptes-rendus de lecture sur ce site, ce qui peut sembler paradoxal puisque depuis deux ans, mon rythme de lecture a lui tendance à s’accélérer…
Néanmoins, contrairement à certaines années où mes lectures étaient exclusivement cinéphiles (il était rare que je prenne du temps pour lire d’autres livres, à part l’été, et même l’été il m’arrivait de me plonger dans des ouvrages consacrés à des thèmes cinématographiques), depuis quelques années, mes choix de lectures sont beaucoup plus variés, j’y reviendrai dans mon traditionnel palmarès de décembre.
J’avais indiqué en septembre que ces comptes-rendus de lecture suivraient davantage mes envies et que je les publierai aussi en fonction du temps que je pourrais y consacrer.
Pour cet article, j’avais à l’origine prévu de le rédiger fin octobre, en profitant des vacances de la Toussaint, et également pour équilibrer le rythme des publications sur ce site. Je n’ai finalement pas trouvé la motivation pour le faire, et j’ai préféré me consacrer à d’autres activités – qui pourraient elles aussi faire l’objet d’un article…
Néanmoins, les thématiques de cet article me tournaient dans la tête, et il s’agissait de lectures encore récentes, je craignais qu’en en retardant encore l’écriture, les souvenirs se fassent un peu plus incertains.
Je vous propose donc ci-dessous de revenir sur trois de mes derniers coups de coeur cinéphiles, qui ont pour point commun d’être des romans :
- Les sept maris d’Evelyn Hugo, de Taylor Jenkis Reid
- Célèbre, de Maud Ventura
- Max, de Howard Fast
Ils ont constitué pour moi une véritable claque, tant étaient audacieuses et captivantes les trames de ces différentes histoires, avec pour décor l’univers du cinéma (ou tout du moins la célébrité) et l’ascension fulgurante du personnage principal.
Célèbre, de Maud Ventura
J’ai énuméré mes trois livres dans l’ordre chronologique de leur lecture, mais c’est sur Célèbre, de Maud Ventura, que je souhaitais revenir en premier.

En effet, chacune de ces histoires nous plonge dans une atmosphère bien particulière de la célébrité. Si Max, de Howard Fast, revient sur les origines du cinéma au début du 20e siècle, si Les Sept maris d’Evelyn Hugo nous plonge dans l’âge d’or hollywoodien, Célèbre, de Maud Ventura est celui dont l’ambiance nous est la plus contemporaine.
Cléo, le personnage principal de Célèbre, est l’un de ces personnages que le lecteur adore détester. Si son énergie à tout mettre au service de ses ambitions fascine, si on est estomaqué par son audace et par la conviction qu’elle a de parvenir à ses fins, sa personnalité est absolument exécrable.
Elle fait partie de ces personnages de beaux monstres, et durant ma lecture, j’ai eu l’impression d’être plus d’une fois confrontée à un Portrait de Dorian Gray du 21e siècle, et de guetter dans les recoins où pouvait être planqué justement le portrait de cette Cléo, à mi-chemin entre Marilyn Monroe (la noirceur en plus) et Lady Gaga.
Mais le personnage auquel elle m’a fait le plus penser, ce n’est ni un personnage littéraire d’ambitieux ou d’ambitieuse (j’écarte donc les Bel Ami et les Rastignac du 19e siècle), ni une célébrité bien réelle à la trajectoire fulgurante, de Coco Chanel à Taylor Swift.
En lisant ce livre, j’ai repensé à l’un des premiers rôles de Nicole Kidman, celui de Suzanne Stone dans le film Prête à tout de Gus Van Sant. On y suit avec un dégoût mêlé de délectation le parcours de cette jolie fille obsédée par son désir de devenir à tout prix une célébrité.
En rédigeant cet article, je me rends d’ailleurs compte que ce film, Prête à tout, est adapté d’un roman lui-même inspiré de faits réels.
C’est un autre point qui rapprochent mes trois lectures : celui de rendre floue la frontière entre réalité et fiction, puisqu’y sont mêlés avec brio des éléments connus du lecteur (pour Célèbre, il faudrait avoir vécu dans une grotte pour ne pas réagir aux mentions de Beyoncé ou de Lady Gaga et aux stratégies mise en place par l’héroïne) et les éléments propres à l’imaginaire de l’auteur.
C’est ce qui a suscité à chaque fois mon enthousiasme (et c’est ce qui le suscite généralement) : la virtuosité avec laquelle ces auteurs poussent le lecteur vers cette suspension consentie de l’incrédulité qui fait tout le sel d’une bonne lecture.
Les Sept maris d’Evelyn Hugo, de Taylor Jenkis Reid
Mon deuxième coup de coeur correspond à ma première lecture, et c’est une lecture qui m’a encore plus marquée que Célèbre, de Maud Ventura.
Même si je n’ai rien contre les beaux monstres, j’avoue m’en lasser assez facilement, c’est peut-être l’une de raisons pour lesquelles j’ai souvent du mal avec les polars et les thrillers. En revanche, suivre la trajectoire d’un personnage auquel je peux m’attacher, à plus forte raison un beau personnage féminin, c’est ce qui va retenir mon attention, j’aurai l’occasion d’y revenir dans mon palmarès de lecture 2026.
Comme pour Célèbre, il s’agissait d’un ouvrage figurant dans les dernières commandes passées pour le CDI, et que l’on m’avait régulièrement recommandé, j’ai donc profité de la fin d’année et de l’arrêt des prêts pour le faire figurer dans la pile de bouquins que j’embarque pour les vacances.

Bien m’en a pris, puisque j’ai été happée dès les premières pages par l’histoire de cette mystérieuse Evelyn Hugo et de ses sept maris. D’ailleurs, en reprenant après quelques mois les fils de cette intrigue, je serais tentée d’ajouter ce livre à ma bibliothèque personnelle, pour m’y replonger de temps à autres, ce qui confirme le caractère « coup de coeur » de cette lecture.
Evelyn Hugo a tout pour plaire à un lecteur ou une lectrice cinéphile, et tout pour fasciner.
Le livre, publié en 2017, est divisé en sept parties qui portent toutes le nom des maris d’Hugo afin de faire la chronique de sa vie, à travers le regard d’une journaliste, Monique Grant, à qui elle se confie.
On a donc le chant du cygne d’un monstre sacré (monstre là encore, mais plus sympathique que celui de Maud Ventura), la star recluse chez elle qui livre ses dernières confidences et son testament de femme et d’artiste.
Pour les sept maris, évidemment, on pense à Elizabeth Taylor (nombre record de mariages hollywoodiens) ou à Marylin Monroe encore une fois. Mais on peut aussi avoir en tête des figures comme Bette Davis, Ava Gardner, Rita Hayworth.

De mon côté, j’ai eu constamment en tête le livre d’Antoine Sire, Hollywood : la cité des femmes, qui reste l’une de mes références sur les stars du cinéma entre les années 1930 et 1955, et dont la publication est quasiment contemporaine à celle du roman de Taylor Jenkins Reid.
J’ai aussi imaginé Greta Garbo recevoir dans son appartement new-yorkais à la fin de sa vie une journaliste pour dévoiler tous ses mystères, et m’est revenu l’un de mes films préférés découvert durant un cycle Sidney Lumet à la Cinémathèque française : À la recherche de Garbo (au titre original bien plus évocateur : Garbo talks).
Max, de Howard Fast
Enfin, ma dernière lecture cinéphile et romanesque dont je fais ici le compte-rendu est un roman qui figurait depuis quelques mois sur ma pile de lecture personnelle.

Cet ouvrage est apparu dans les recommandations de l’application de lecture que j’utilise, Gleeph, et son intrigue a suffisamment retenu mon attention pour que je ne cherche pas à me renseigner davantage, ni sur son auteur, ni sur l’ouvrage en lui-même. J’ai commandé le livre à ma librairie de prédilection, et l’ai rangé dans ma bibliothèque en le laissant attendre son heure.
Je l’ai ensuite choisi parmi mes lectures de l’été, encore une fois sans me poser de questions, et c’est très récemment que j’ai réalisé que je devais une lecture prenante à un roman publié dans les années 80, et à son auteur, décédé à 88 ans en 2003.
Ce qui m’avait attirée autant que le titre, Max (sobriété, efficacité), et le sous-titre « Des taudis de New-York aux fastes de Hollywood » (je m’attendais presque à un documentaire sur une personnalité ayant réellement existé, encore une fois), c’était justement le nom de cet auteur : Howard Fast.
Inconnu au bataillon, et je n’ai pas cherché à en savoir davantage au moment de ma lecture : j’apprendrai plus tard qu’il faisait partie de ces romanciers américains également scénaristes (à la William Irish ou à la David Goodis), écrivant sous pseudonyme (E. V. Cunningham – il a certainement fait partie des romans policiers que j’ai désherbés dernièrement au CDI) et qu’il est notamment à l’origine du roman Spartacus adapté à l’écran par Stanley Kubrick.
Ce que j’ai alors appris rend mon souvenir de lecture de Max encore plus fascinant à mes yeux, puisque l’univers que Howard Fast décrit dans le roman, cette émergence de l’industrie cinématographique par quelques autodidactes à l’ambition forcenée (là encore il s’agit d’ambition), l’auteur a dû la côtoyer à quelques années d’intervalles…
En effet, Max retrace le parcours d’un fils d’immigrés dans les taudis de New York, qui va devenir l’un des magnats de Hollywood. À dix-neuf ans, il assiste, émerveillé, à l’une des premières projections du cinématographe naissant.
À travers la vie de Max, ses rêves, ses combats, ses amours et ses renoncements, Howard Fast retrace l’histoire des pionniers du cinéma et fait revivre l’industrie naissante des premiers « nickelodéons » aux heures de gloires hollywoodiennes du cinéma muet des années 1920.
Côté misère, on pense immédiatement à Charlie Chaplin, et à son enfance miséreuse dans les quartiers de Londres, jusqu’à la gloire de Charlot (Max ressemble d’ailleurs à Chaplin par certains de ses côtés perfectionnistes et obsessionnels).
Mais on retrouve aussi dans cette trajectoire la façon dont se sont forgés les fortunes des grands studios hollywoodiens, avec des noms comme les frères Warner et Irving Thalberg, ainsi que l’éclosion du cinéma, qui passe d’un art forain populaire à une industrie tentaculaire donnant progressivement naissance à ce que l’on considère comme « le septième art », et au fil des pages, le roman rappelle les visages de Méliès, de Max Linder (un autre Max) ou de Alice Guy.
Cette lecture m’a renvoyé à l’un de mes romans préférés sur le cinéma, Le Livre des illusions de Paul Auster, qui est l’un des plus beaux textes consacrés au cinéma muet. Et le lecteur n’est pas loin non plus des romans de Francis Scott Fitzgerald, en particulier Le Dernier Nabab, évidemment.
Côté film, c’est surtout la figure de Charles Foster Kane dans Citizen Kane, d’Orson Welles, qui s’est immédiatement imposée à moi, même s’il faudrait davantage voir dans le personnage de Max la trace de Howard Hughes, et donc de Leonardo Di Caprio dans Aviator.
Mais il y aurait tant à voir, tant à reconnaître dans ce roman, qui revient aux origines du rêve, et c’est encore une fois ce que l’on doit à ces trois romans évoqués dans cet article mêlant ambitions, secrets et célébrité : nous rendre l’usine à rêves parfois pathétique, parfois décevante, mais toujours encore plus étourdissante.
J’espère avoir suscité ici quelques envies de lecture ou de relecture, quelques envies de découverte ou de redécouverte, et vous dit à très bientôt sur Cinéphiledoc.


