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La biographie polyphonique de James Dean

Voici enfin le premier compte-rendu de lecture de 2015.

Le non-article de Cinephiledoc…

J’ai passé le mois de janvier à guetter les nouvelles publications, aussi bien en documentaires qu’en fictions…

Jusqu’à la semaine dernière, je furetais encore sur les sites des grandes enseignes culturelles, consultais pour la énième fois mon fil RSS de « nouvelles parutions » et imaginais même un article qui ressemblerait davantage à un « non-article ».

À quoi aurait ressemblé ce non-article ? On y aurait retrouvé toutes mes envies de lecture du moment, quelque chose d’assez indéfinissable : un roman sur le cinéma plus comme-ci ou moins comme ça, un documentaire qui traite des poignées de porte dans les thrillers ou une adaptation en livre des superbes vidéos de Blow Up

J’ai imaginé d’autres textes, d’autres ouvrages,  que j’aurais aimé lire, ou plutôt dont la lecture aurait suscité une révélation sur le cinéma, sur tel ou tel réalisateur ou sur tel ou tel acteur…

Bref, jusqu’à la semaine dernière, j’étais à l’affût du moindre livre sur le cinéma, et malheureusement pour lui, je plaçais la barre très haut en terme d’exigences.

Là encore, jusqu’à la semaine dernière, c’était peine perdue.

Dans ce genre de situation, et quand j’arrive à une fin de mois sans livre, je délaisse les documentaires pour les fictions, parce que je me dis, un peu arbitrairement, que je lirai plus vite un roman qu’une analyse sur tel ou tel aspect du cinéma, ce qui est pourtant loin d’être systématique.

je vous écris dans le noir

Et c’est donc dans le rayon « romans » d’une librairie que j’ai hésité un petit moment entre Je vous écris dans le noir, de Jean-Luc Seigle publié par Flammarion (j’ai toujours de bonnes surprises avec Flammarion), et celui que j’ai finalement choisi, Vivre vite, de Philippe Besson, aux éditions Julliard.

Enfin le nom du livre !

Voilà, au bout de cette longue introduction – digression, vous avez enfin le titre du roman choisi. Lorsqu’on lit ce titre, on n’a pas du tout idée de ce qu’on va trouver derrière – pour reprendre un vocabulaire de prof doc, il n’est pas du tout significatif. Et l’autre livre que j’ai mentionné ne l’est pas davantage.

En ce qui concerne Je vous écris dans le noir, j’en avais entendu parler, et je savais que son rapport avec l’univers du cinéma était indirect : l’histoire d’une femme jugée pour meurtre dans les années 50-60, dont l’affaire a été adaptée au cinéma (son rôle était joué par Brigitte Bardot dans La Vérité) et qui s’exile au Maroc à la sortie de ce film.

vivre vite

Quant à Vivre vite, c’est la couverture qui m’a d’abord attiré l’oeil, une photographie couleur assez mélancolique de James Dean, en marinière. J’ai vérifié qu’il y avait bien un rapport entre première et quatrième de couverture – « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre » était une citation de James Dean – et rassurée sur ce point, je me suis dit que j’avais enfin trouvé ma lecture de janvier, certes un peu tardivement.

Pourtant je ne savais pas grand chose de James Dean, sinon tout ce que tout le monde sait – une carrière fulgurante, La Fureur de vivre, et un stupide accident de voiture à 24 ans – et tout ce qu’il incarne : jeunesse, icône fauchée en pleine gloire, et que l’on met sur la même marche que Marilyn Monroe, Françoise Dorléac, Patrick Dewaere, Heath Ledger ou Paul Walker, pour ne citer que les stars de cinéma (et si j’ai oublié quelques disparitions précoces et forcément tragiques, libre à vous d’en rajouter…).

J’ai donc décidé de prendre le livre comme il se présente : un roman. Bien-sûr j’ai profité de cette lecture pour me documenter et pour regarder quelques images. Mais globalement, c’est comme une fiction que j’ai choisi de le lire. Et je ne crois pas qu’être une spécialiste ou une inconditionnelle de James Dean m’aurait apporté beaucoup plus.

Biographie polyphonique

Il y a plusieurs choses qui frappent lorsque l’on se plonge dans ce roman.

D’abord, quel personnage pourrait être plus fascinant que celui de James Dean ? L’auteur cherche à nous en montrer toute la complexité, toute l’ambiguité, et toute la fulgurance en s’appuyant sur un procédé qui a déjà fait ses preuves, la polyphonie, et que j’ai tendance à trouver superbe dans certaines oeuvres, que ce soit chez G.R.R. Martin dans la série du Trône de Fer, ou chez André Brink, disparu il y a quelques jours, dans Une chaîne de voix.

Philippe Besson fait tour à tour prendre la parole aux parents de James Dean, à ses amis, à ses relations – féminines ou masculines – à ses réalisateurs et partenaires, et à James Dean lui-même. Cependant, j’ignore si c’est parce que les personnalités des uns et des autres sont trop marquées, ou si c’est parce l’auteur brosse leur portrait un peu trop rapidement pour nous familiariser pleinement avec eux, mais j’ai eu du mal à rentrer dans Vivre vite par ce biais-là.

james dean

Le fait que la plupart des personnes appelées à témoigner aient connu une fin prématurée et tragique met d’ailleurs curieusement mal à l’aise.

Ou peut-être est-ce simplement parce que j’ai préféré, arbitrairement, entendre la voix de James Dean lui-même, d’Elia Kazan et de Nicholas Ray, de Natalie Wood, de Marlon Brando et de Liz Taylor, que suivre celles des autres, pas moins intéressantes mais qui tout bonnement me parlaient moins.

Sans doute parce que ce que je recherchais dans ce roman, c’était moins des voix qu’une atmosphère… et cette atmosphère, l’auteur me l’apportait davantage dans les petits détails qu’à travers les prises de paroles.

Un aperçu des années 50

C’est ça que j’avais guetté dans Vivre vite : que l’auteur m’entraîne, à toute allure, à perdre haleine, dans le cinéma des années 50 et dans l’Amérique des années 50. Je voulais être embarquée dans l’histoire de ce gamin, de cette étoile filante, avec l’impression que je n’aurais qu’à ouvrir le livre à la première page pour me retrouver à la dernière. Et j’ai eu l’impression que les voix, malgré leur beauté et leurs émotions, me ralentissaient plutôt qu’elles me portaient…

J’ai voulu comprendre pourquoi un gamin qui perd sa mère à neuf ans d’une maladie tabou à l’époque, et dont les pérégrinations américaines m’ont fait penser aux Raisins de la colère, s’entête à tout faire en accéléré. Certes, tout cela, l’auteur me l’explique. Mais j’aurais voulu m’identifier, me focaliser sur ce gamin, me perdre dans sa déchéance ou sa lumière. Mais les voix ne m’en ont laissé que des échos ou des étincelles.

grapes of wrath

Certes, je suis injuste. Car ce livre a également suscité en moi des images cinématographiques et des paysages américains fabuleux.

J’ai fait le parallèle avec la vie de Marilyn Monroe, je me suis souvenue de la lecture de Blonde, de Joyce Carol Oates, j’ai vu une galerie d’acteurs qui ont déferlé sur le Hollywood des années 50 et rafraîchi tout Sunset Boulevard.

Je me suis fait mon propre panorama du cinéma américain de ces années-là, et j’ai entrevu, aux côtés de James Dean, et du reste, pour certains, évoqués par l’auteur, Marlon Brando et Un Tramway nommé désir, certains Hitchcock, Liz Taylor, Grace Kelly, les dernières années de Bogart et de Clark Gable, et j’en passe.

un tramway nommé désir

Je me suis aussi souvenue des événements de ces années-là : les années Eisenhower, le maccarthysme, les dix d’Hollywood. Je me suis fait la remarque que mes parents étaient de très jeunes enfants – ou n’étaient pas encore nés – dans les années 50. Et je me suis dit qu’il y avait de bien belles séries actuellement qui me les évoquaient : Mad Men, et la série sur Les Kennedy avec Katie Holmes…

L’auteur m’a rappelé à quel point l’histoire américaine de l’époque, et l’histoire du cinéma de cette même époque, est passionnante.

En attendant février…

Alors ce roman ? Certes, en le choisissant tout à la fin du mois, j’attendais beaucoup de lui. Vivre vite reste une lecture agréable, moins dans ses choix de construction que pour toute l’atmosphère qu’il parvient à susciter.

Il ne m’a pas autant portée que les autres romans sur le cinéma que j’ai pu lire : L’Homme intérieur, Blonde, Le Livre des illusions, Le Théorème Almodovar, Un renoncement, Une année studieuse ou L’Année des volcans… Les comptes-rendus de lecture de la plupart de ces romans sont disponibles sur Cinephiledoc.

En revanche il m’a vraiment donné envie d’approfondir ma connaissance du cinéma des années 50, en particulier de ses gueules d’ange tourmentées de l’époque, Marlon Brando et James Dean.

Et pour ceux qui, comme moi, veulent en découvrir un peu plus, voici une petite mise en bouche, à compléter, si le coeur vous en dit, par le livre de Philippe Besson.

Quant à moi, j’attends avec impatience un nouveau livre sur le cinéma – j’ai déjà quelques idées pour ce mois de février, ainsi qu’un petit espoir, celui qu’Enrico Giacovelli veuille bien publier le troisième volume de son essai sur le cinéma comique américain.

Vivement d’autres lectures !

Plongée dans l’univers de Spielberg

Voici la dernière lecture de l’année, avant un article sur les activités du CDI pour le mois de décembre, et le petit palmarès annuel de Cinephiledoc.

Dictionnaires thématiques

Pour cette dernière critique, j’ai à nouveau cédé à la tentation du dictionnaire thématique, qui, comme je l’ai dit et répété maintes fois, permet de se plonger dans un univers cinématographique sans être contraint par une lecture linéaire, mais, au contraire, en piochant tour à tour dans une lettre, puis dans une autre.

Les dictionnaires – là encore je me répète – peuvent être très réussis (Dictionnaire Truffaut, Dictionnaire Hitchcock, Marilyn Monroe de A à Z) ou complètement ratés, comme ce dictionnaire Marais / Cocteau qui a subi l’une des rares critiques négatives de Cinephiledoc.

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En ce qui concerne la lecture de ce mois-ci, j’ai été séduite par le format de l’ouvrage aussi bien que par son contenu. Il s’agit d’une réédition poche du Dictionnaire Spielberg, de Clément Safra, publié en 2011 aux éditions Vendémiaire. Cette réédition est parue en novembre 2014 dans un petit coffret en deux tomes.

J’avais déjà fait la critique d’un livre publié par les éditions Vendémiaire, Mythes et idéologie du cinéma américain, de Laurent Aknin, petit essai qui avait suscité dans les commentaires une discussion quelque peu enflammée…

Pour ce qui est de ce Dictionnaire Spielberg, je n’en avais pas lu la première édition, même si l’envie de m’en avait pas manqué – j’avais eu l’occasion de le mentionner dans un article rédigé avant que ce blog se consacre aux comptes-rendus de lectures cinéphiles.

Erreur réparée à présent, grâce à ce format « coffret », aussi attrayant que maniable, même si l’on peut regretter que la forme du dictionnaire – c’est l’un des inconvénients de ce type d’ouvrages – ne laisse aucune place à l’iconographie, ce qui est dommage pour un cinéma aussi visuel que celui de Spielberg. Mais je pinaille…

Magie permanente d’une cinéphilie enfantine

Ce qui m’a touchée en lisant Clément Safra, c’est de ressentir son émotion intacte, à l’âge adulte, face à des films découvert durant son enfance.

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Il arrive que certaines personnes renient les goûts qu’ils avaient étant enfant, et si pour certains, cela se comprend – les fans de Boys band ou de quelques autres merveilles tombées fort justement dans le déni collectif se reconnaitront – d’autres conservent, et c’est mérité, tout l’attrait qu’a suscité le premier émerveillement.

C’est ce dont témoigne, avec élégance et sobriété, l’avant-propos de Clément Safra :

J’ai aimé Jurassic Park dès sa sortie, âgé de quelques insignifiantes années, par comparaison aux créatures qui rugissaient sur l’écran. Vu au cinéma, et revu si souvent… Les films les plus chers de notre enfance faiblissent parfois face aux intérêts nouveaux d’une cinéphilie en maturation. Ceux de Spielberg, pourtant, n’ont jamais à mes yeux perdu leur attrait. Mieux : leur mystère a persisté, leurs thèmes sont devenus lancinants, leur séduction toujours plus irrésistible.

Suit l’explication du choix du dictionnaire comme ce qui permet d’englober l’ensemble d’une œuvre et d’en comprendre la cohérence, œuvre perçue à tort, et trop facilement, comme « grand public », un peu à la manière dont Hitchcock était perçu par ses compatriotes comme un cinéaste de « divertissement » avant que Truffaut ne dévoile toute la richesse de son cinéma.

Voilà deux « amuseurs publics » pour des spectateurs qui ne les comprennent pas, et finalement, deux maîtres du genre auxquels les passionnés tentent de redonner la place qui leur revient de droit.

Le parcours que choisit Clément Safra est l’itinéraire d’un amoureux qui a gardé ce regard d’enfant, si précieux, mais le regard a gagné en acuité, en profondeur, à la manière d’un apprenti magicien pour qui les tours, même dévoilés, conserve la capacité de surprendre et d’émouvoir.

Quant à son propos, il le reconnaît comme non exhaustif et subjectif, avec la volonté affirmée de rester du côté du spectateur lambda, ce qui promet à ce dernier de ne pas s’égarer dans des considérations esthético-techniques fumeuses.

Promesses tenues

Dès lors le spectateur de Spielberg, qu’il soit un fan de la première heure ou un amateur avide de sa filmographie, piochera allègrement des anecdotes et des images – autant de souvenirs plus ou moins récents – au fil des pages de ce dictionnaire.

Par contre, qu’il ne s’attende pas à retrouver une biographie exhaustive de chacun des acteurs ayant travaillé avec Spielberg. Propos subjectif et condensé oblige – sinon ce dictionnaire en deux tomes en compterait sans doute le double – chaque nom d’acteur fera l’objet, en toute logique, du renvoi « Acteurs ».

Mais il est vrai qu’un dictionnaire thématique fait souvent l’objet du même reproche (facile) que l’adaptation cinématographique : le lecteur trop pointilleux et le cinéphile trop exigeant souhaiteront forcément y voir la scène qui n’y figure pas et regretteront l’anecdote qui n’a pas été citée.

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Au gré des pages, j’ai ainsi cherché la mention de l’une de mes scènes préférées d’Indiana Jones et la dernière croisade, celle où Sean Connery combat les Nazis avec des mouettes en citant Charlemagne. L’ai-je mal cherché ?

Cette petite critique n’est finalement que la confrontation de ma vision subjective de l’œuvre de Spielberg et de celle de l’auteur. Elle n’enlève rien à la qualité de son ouvrage, elle montre juste que le spectateur, éternel insatisfait, trouvera toujours à redire à une synthèse de l’œuvre qu’il n’a pas pu faire lui-même.

Associations d’images

Que sa lecture soit film à film ou transversale, qu’il lise un article au hasard ou se plonge de manière linéaire dans ce dictionnaire, jusqu’au résumé de la filmographie en fin d’ouvrage, le spectateur en ressortira toujours avec l’envie de découvrir ou redécouvrir Spielberg.

De A comme Amérique à Z comme Zoom, en passant par Dinosaures (évidemment), Hook, Indiana Jones, Phobie ou Téléphone, tout est propice à la suggestion.

Il est vrai que personnellement, je suis plus sensible aux articles transversaux – pour ne citer que la lettre A : Abandon, Adolescence, Alcool, Amérique, Argent, Armes, Attente, Avion… – parce qu’ils permettent, en une phrase, de passer d’un film à l’autre.

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Et, tout comme ils traduisent le passage d’un film à un autre, ces articles témoignent de l’imaginaire cinéphile de Spielberg, à commencer par l’article « Citations », qui recense quelques-uns des hommages du réalisateur au cinéma, à l’intérieur de ses films :

Spielberg est un cinéaste cinéphile qui met en scène des héros cinéphiles. Ses personnages sont nourris de ces références : le père d’Indy fait allusion aux Marx Brothers (La Dernière Croisade), (…) Elliott et son frère parlent de Star Wars (E.T. L’Extra-terrestre). (…)

Mais c’est dans Arrête-moi si tu peux que l’inspiration cinématographique est la plus marquante : un long mouvement de travelling à travers une salle de cinéma s’arrête sur le jeune Frank qui fixe l’écran, un paquet de pop-corn à la main. Le héros apprend dans Goldfinger l’astuce qu’il réutilisera dans la « vraie vie ».

Bref, ce Dictionnaire Spielberg est une belle surprise (à offrir aux amateurs en fin d’année ?), en dépit de l’absence d’iconographie, mais qu’importe, le spectateur aura facilement les images en tête.

Une autre piste à la poursuite de Spielberg

Et quand bien même il souhaiterait retrouver ces images, le lecteur n’aura qu’à se pencher sur le très bel ouvrage de Richard Schickel, Steven Spielberg : Une rétrospective, publié en 2012 aux éditions de la Martinière et préfacé par le réalisateur lui-même.

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Cet ouvrage, très richement illustré, propose une traversée chronologique des films de Spielberg, ponctuée de témoignages du réalisateur. C’est vraiment dans ce livre que son univers haut en couleurs, si visuel et diversifié, s’offre au lecteur.

On y retrouve affiches de films, photographies de plateau et de promotion, scènes de panique des Dents de la mer (avec la maquette du requin), maquettes des décors d’Indiana Jones, la marionnette E.T., les costumes de la Couleur pourpre, les scènes chamarrées de Hook, la petite fille en rouge de la Liste de Schindler

Pour finir ce voyage dans l’univers de Spielberg, reprenons les bonnes habitudes des trois suggestions, accompagnées cette fois-ci, puisqu’il s’agit de savourer nos premiers souvenirs cinéphiles, de trois moments de cinéma qui n’ont jamais perdu de leur saveur.

Trois morceaux d’enfance ou de maturité cinéphile

Ayant déjà fait dans un autre article une sélection pour ce réalisateur, je vais essayer de prendre d’autres œuvres que celles déjà mentionnées.

  • E.T. L’Extra-Terrestre, pour la magie qu’il a toujours gardé à mes yeux, et parce que, ayant vu une statue de Napoléon à Montereau, tendant le doigt vers l’ennemi, je n’avais pu m’empêcher de dire, petite fille « Napoléon téléphone maison », mot d’enfant qui est depuis souvent ressorti lors de réunions de famille ou d’amis…

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Avouez que la ressemblance est tout de même troublante :

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Ou savais-je tout au fond de moi que Spielberg aurait un jour le projet de produire sous forme de série le biopic avorté de Kubrick sur Napoléon ? C’est du reste encore aujourd’hui l’un des projets du réalisateur que j’attends avec le plus d’impatience…

  • Rencontres du troisième type, pour moi une découverte tardive, où j’ai observé, fascinée, Truffaut en savant cherchant à rentrer en communication avec les extra-terrestres.
  • Jurassic Park, autre redécouverte tardive dont j’apprécie chacune des scènes, en particulier celles de Sam Neill terrorisant un gamin irrespectueux envers les dinosaures, le regretté Richard Attenborough en milliardaire excentrique ayant « dépensé sans compter » pour son parc, l’informaticien véreux – caricature du nerd – et la scène avec les raptors dans la cuisine, sans oublier toutes ces merveilleuses scènes en extérieur,  avec le T-Rex entre autres.

Mais je dois aussi à Spielberg, et ce sera ma conclusion, quelques-uns de mes premiers souvenirs cinématographiques, puisqu’il a produit :

  • le premier Fievel de Don Bluth, l’histoire de cette petite souris russe qui va en Amérique, dans un pays où, parait-il, il n’y a pas de chats
  • Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles, du même Don Bluth – parfois presque aussi effrayant que Jurassic Park, en tout cas à des yeux d’enfants

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  • Don Bluth ayant réalisé également le magnifique Brisby et le secret de NIMH

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Ces trois films d’animation ont gardé au fil des années, le même attrait à mes yeux et ont suscité, de manière renouvelée, le même émerveillement.

Tout ce que tu as à faire c’est… siffler.

J’interromps mon cycle de hors-série de cet été pour un article qui restera assez court, mais toujours cinéphile.

Hier Robin Williams, aujourd’hui Lauren Bacall, on ne peut pas dire que l’été nous épargne. Et si, certes, lorsque je me suis levée hier, j’ai partagé la vague d’émotions suscité par la mort du Capitaine, notre Capitaine, de Peter Banning, Pan, Banning, Pan… et si j’ai revu les scènes drôles et bouleversantes de ses films, je ne m’attendais pas à être encore plus émue ce matin.

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Et j’avais tort. Si avec Robin Williams disparaissait l’incarnation de mon enfance cinéphile, de Hook, et Jumanji au Cercle des poètes disparus, avec Lauren Bacall, je perd l’un des symboles qui m’a éveillée, réellement, au cinéma.

Flashback…

Dans une scène de la Nuit américaine, le metteur en scène, Ferrand, incarné par François Truffaut, reçoit un colis de livres ayant pour sujet différents réalisateurs qu’il admire (autant Ferrand que Truffaut). Parmi eux, Hitchcock, Fritz Lang, Bergman, et Hawks. Cette scène a eu l’effet pour moi, lorsque je l’ai vu alors que j’étais au lycée, de conseils de lecture.

Je me suis dit que j’allais découvrir, au fur et à mesure, les réalisateurs qui apparaissaient sur la table de Ferrand. Hitchcock, je connaissais déjà plutôt bien. J’ai donc décidé d’aborder l’autre H, Howard Hawks, et j’ai profité de certaines vacances pour aller faire connaissance avec les petites salles parisiennes, le Grand Action, l’Action école, l’Action Christine, qui projetaient des rétrospectives de ces films.

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Autant dire que je me souviens avec émotion du premier de ces films, que j’étais allée voir avec mon père, et qui n’était autre que Le Port de l’angoisse… Premier film d’une longue redécouverte de l’histoire du cinéma, premier film où j’ai rencontré Bacall et Bogart, premier film qui m’a donné envie de me plonger dans la filmographie de l’un et de l’autre, et l’un des premiers films, avec ceux de Truffaut, à m’avoir appris à aimer le cinéma.

Lauren Bacall était pour moi une icône, ce qu’elle était évidemment pour beaucoup. J’ai découvert ses films, et j’ai parcouru sa vie – son autobiographie est l’une de celles qui figurent en bonne place dans ma bibliothèque. Elle m’a donné certains de mes meilleurs souvenirs cinématographiques… en voici quelques-uns aujourd’hui.

Bacall et Bogart

Si les amoureux du cinéma connaissent Lauren Bacall, c’est d’abord parce qu’ils aiment (aussi) les histoires d’amour. C’est parce qu’ils savent que sur le tournage de son premier film, Le Port de l’angoisse, Lauren Bacall, jeune débutante de 20 ans, de son vrai nom Betty Perske, a rencontré Humphrey Bogart, star de Casablanca de 25 ans son aîné. C’est durant ce tournage qu’elle acquiert son surnom « The Look », le regard, et que naît ce couple mythique… Bogart et Bacall.

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Les cinéphiles savent également que Bacall détestait ce prénom choisi pour elle, Lauren, que ses amis l’appelait Betty, et que Bogart l’appelait Baby. Cessons à présent de nous intéresser aux détails glamour de cette histoire pour nous concentrer sur les films.

Bogart et Bacall ont tourné quatre films magnifiques ensemble, deux sous la direction d’Howard Hawks, Le Port de l’angoisse et Le Grand sommeil, un dirigé par Delmer Daves, Les Passagers de la nuit, et un par John Huston, Key Largo.

  • Le Port de l’angoisse (To have or have not), sorti en 1944, raconte l’histoire d’Harry Morgan, vieux loup de mer vivant à Fort-de-France en pleine occupation vichyste. Il loue son bateau à de riches touristes américains, puis décide, afin d’aider Marie, jeune américaine esseulée, de se mêler de politique et de venir en aide à des résistants français.

Ce film est un petit bijou qui mêle l’action, l’humour, le suspense, et l’amour. La scène de rencontre entre Bacall et Bogart est bien entendu devenue culte, puisqu’elle « l’allume » littéralement, en lui demandant s’il a des allumettes…

Dans l’une des scènes suivantes, elle lui fait savoir que pour l’appeler, il n’a qu’à la siffler :

Dans une autre, où il l’embrasse, elle lui dit, de mémoire, que la prise est bonne, sauf la barbe, et lui suggère de se raser, avant d’en faire une autre. Chacune des scènes où ils sont ensemble possède le même magnétisme où se mêlent séduction et humour.

  • Cette séduction et cet humour se retrouvent dans leur film suivant, Le Grand sommeil (The Big sleep), toujours sous la direction d’Howard Hawks, où Bogart incarne le détective privé Philip Marlowe de l’écrivain Raymond Chandler.

Dans ce film, Marlowe doit résoudre les problèmes de chantage, ente autres que rencontrent un général à la retraite, bien préoccupé par les vies dissolues que mènent ses deux filles. L’une d’elles est un vrai bébé suçant toujours son pouce, l’autre, c’est Bacall. Classe, élégance, humour noir aux subtiles allusions sexuelles, et dont on s’étonne encore aujourd’hui qu’elles aient pu échapper à la censure…

  • Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves. Ce film a été jugé moins bon que les précédents, mais je le trouve fabuleux pour au moins deux raisons.

D’abord, parce que Bogart, incarnant un évadé de prison, joue toute la première partie du film en « caméra subjective ». Si l’on entend, et reconnait très bien sa voix, on ne fait que le suivre… jusqu’à ce qu’il subisse une opération de chirurgie esthétique, propre à le rendre méconnaissable… et reconnaissable pour nous. Ensuite, parce que c’est une magnifique histoire d’amour dans ce film, moins basée sur l’humour et beaucoup plus sur le romantisme entre les deux acteurs.

  • Key Largo, dirigé par John Huston. Dernier film du couple, tourné en 1947. Dans ce film, Frank (Bogart) se rend dans un hôtel sur l’île de Floride de Key Largo, dirigé par le père d’un ami de guerre. Il fait connaissance de sa veuve, Nora. L’hôtel est ensuite investi par des mafieux, avec lesquels Frank, Nora et son beau-père, vont se retrouver cloîtrés, par un ouragan.

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L’âge d’or hollywoodien

Mais Lauren Bacall, ce n’est pas seulement les quatre films qu’elle a tournés avec Bogart. C’est également une filmographie où elle partage l’affiche avec les plus grandes stars hollywoodiennes. J’en retiendrai trois.

  • Comment épouser un millionnaire ? (How to marry a millionnaire) sorti en 1953, comédie où elle partage l’affiche avec Betty Grable et Marilyn Monroe. Trois jeunes femmes new-yorkaises cherchent à « ferrer » des millionnaires en utilisant toutes leurs ressources financières et de séduction.

Bacall y joue « l’élément intellectuel » de la petite bande, qui essaye d’expliquer à ses deux copines à quoi l’on reconnait un millionnaire, qui éviter et avec qui accepter de sortir… même si les apparences sont souvent trompeuses, ce qu’elle apprendra à ses dépends… On trouve dans ce film une scène mémorable où elle tente de convaincre un veuf très riche qu’elle n’est pas trop jeune pour lui… elle lui cite alors quelques vieux acteurs qu’elle adore, dont ce « vieux type de l’African queen« , et qui n’est autre que Bogart.

  • La Femme modèle, de Vincente Minnelli, tourné en 1957, avec Gregory Peck. Un film musical très drôle, où les personnages, parfois narrateurs, sont de mauvaise foi : ils disent quelque chose que l’image démentit presque immédiatement. Bacall y incarne une créatrice de mode, toute en classe et en élégance, qui tombe amoureuse d’un journaliste sportif. Aucun film ne démontre mieux que les contraires s’attirent.
  • Le Crime de l’Orient-Express (1974) de Sidney Lumet. Film qui regroupe toute une pléiade d’acteurs hollywoodiens : Albert Finney qui incarne Hercule Poirot, Sean Connery, Vanessa Redgrave, Ingrid Bergman, Anthony Perkins ou encore Jean-Pierre Cassel. On y retrouve donc l’intrigue d’Agatha Christie, magistralement dirigée et jouée par tous ses grands acteurs et dans laquelle Bacall y incarne elle-même une comédienne avec une rare perfection !

Plus récemment…

Jusque très récemment, des films ayant Bacall à l’affiche sortaient encore, sous la caméra d’un réalisateur exigent (Dogville, de Lars von Trier) et avec un casting prestigieux. Je retiendrai un film que j’ai déjà évoqué, Leçons de séduction (The Mirror has two faces), de et avec Barbra Streisand, où elle incarne la mère de cette dernière, une « mère juive » intrusive, agaçante, exaspérante et majestueuse…

Lauren Bacall ne s’est jamais départie de son humour et de son élégance et pour moi elle restera à jamais une femme modèle.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette icône du cinéma, plongez-vous dans son autobiographie :

  • Seule, Lauren Bacall, éditions Michel Lafon, publié en 2005.

et pour quelques esquisses, dans le livre que Stephen Bogart avait consacré, il y a quelques années, à son père… et préfacé par Bacall :

  • Bogart, mon père, Stephen Bogart, éditions Denoël, publié en 1996.

Hors-série 4-2014 : musique et cinéma

Ouvrez grandes vos esgourdes ! Le quatrième hors-série de l’été de Cinephiledoc est consacré aux relations entre musique et cinéma, sujet déjà abordé dans un précédent article, il y a quelques mois. Je m’appuierai en partie sur le livre évoqué dans cet article pour introduire l’ouvrage dont j’ai décidé de parler aujourd’hui.

HORS-SÉRIE

Dans ma playlist de bandes originales de films, je retrouve les musiques composées par Bernard Herrmann pour Hitchcock (La Mort aux trousses, Vertigo, L’Homme qui en savait trop), par Georges Delerue pour Truffaut (La Nuit américaine), par Ennio Morricone, ou encore par John Williams.

Je peux fredonner aussi bien une chanson de Disney que la Storm cloud cantanta, toujours dans L’Homme qui en savait trop.

Dans mon précédent article sur le sujet, j’avais également évoqué, pèle-mêle, les mélodies d’Autant en emporte le vent, les compositions d’Henry Mancini pour Diamants sur canapé et Victor, Victoria, le travail de Hans Zimmer pour Gladiator.

Une introduction à la musique au cinéma

L’ouvrage que j’avais choisi à cette occasion, Les plus belles musiques de films, de Michael Swift, paru en octobre 2013 aux éditions Milan, offrait une excellente porte d’entrée au lecteur dans l’univers des musiques de films.

les plus belles musiques de films

Simple, agréable à lire, attrayant, fourni avec un CD (ce qui permet de joindre l’oreille aux yeux), il tentait de faire le tour de la question, sur un plan aussi bien chronologique que cinématographique, en s’attardant sur les films d’horreur, de science-fiction, les westerns ou encore les policiers. Une sélection de compositeurs était mise en avant.

J’avais également souligné les faiblesses de cet ouvrage, qui, sous prétexte de situer dans un contexte cinématographique et historique, tel ou tel film, perdait souvent de vue son sujet principal : la musique de film. Le livre de Michael Swift privilégiait les compositeurs hollywoodiens – exception faite de deux Italiens (Nino Rota et Ennio Morricone) et d’un français (Maurice Jarre), ces trois compositeurs ayant tout de même fait une belle carrière à Hollywood.

Une petite mention en passant de Michel Legrand et de Georges Delerue, c’est tout ce dont le lecteur mélomane devra se contenter.

Enfin, si soucieux de replacer la bande originale dans son contexte historique, l’auteur ne consacrait aux techniques de composition et au travail du musicien, que quelques citations de compositeurs, et un dernier chapitre de l’ouvrage. Il privilégiait un peu trop le cinéma par rapport à la musique : « musiques de films »… une manière, en quelque sorte, d’assujettir la seconde au premier.

Malgré ses défauts, Les plus belles musiques de films constituaient cependant une bonne première lecture sur le sujet, à approfondir.

Et puisque nous refermions ce premier livre sur les « Techniques et chronométrages » de composition, l’idéal était de trouver un livre qui se concentrait un peu plus sur les aspects techniques de cette relation musique / cinéma, et qui mettait, en somme, l’un et l’autre à égalité.

Musique et cinéma à égalité

En effet, ne serait-ce dans le titre de l’ouvrage, plus rien s’assujettit la musique au cinéma : La Musique au cinéma et dans l’audiovisuel, de Bernard Guiraud, publié aux éditions Baie des anges en janvier 2014, entend faire de la musique et du cinéma deux arts qui coexistent de manière plus ou moins paisible…

music cine couve ok

Dès le « prélude », l’auteur s’interroge sur cette curieuse relation sentimentale :

Cinéma et musique ? Un vieux couple… un couple dans lequel la musique fut tour à tour servante, accompagnatrice puis enfin collaboratrice et même inspiratrice. Un couple pas toujours en phase, mais un couple où la musique peut se mettre en contrepoint de l’image pour mieux servir l’histoire du film… leur histoire commune ! (…)

Même si la musique a rencontré le cinéma dans l’obscurité des fosses, elle en est sortie depuis longtemps pour s’installer dans la lumière des projecteurs.

Dans l’introduction, Bernard Guiraud rappelle simplement la distinction entre bruit, son et musique, montrant que, là où l’ouvrage de Swift entraînait le lecteur de manière privilégiée dans l’univers cinématographique, lui entend donner au lecteur les bases d’une analyse musicale.

Les premières pages de ce livre m’ont fait penser à l’ouvrage de Michel Chion – lui-même auteur prolifique sur la musique au cinéma – auquel j’avais consacré un article il y a quelques mois : L’écrit au cinéma. Dans ce dernier, Michel Chion s’intéressait à l’écrit diégétique (interne à l’histoire) et l’écrit non-diégétique (extérieur à l’histoire).

l'écrit au cinéma

De la même manière, Bernard Guiraud explique que la musique peut être interne au film (un musicien des rues, un chanteur de cabaret, un compositeur jouant un morceau, un disque sur un gramophone) ou externe, lorsqu’elle ne fait pas partie d’une scène et que, pourtant, elle l’accompagne.

Exploration de la musique au cinéma

Dans les pages qui vont suivre, exemples à l’appui, l’auteur va intéresser le lecteur à bon nombre d’aspects de cette relation musique / film. On y retrouvera entre autres :

  • les films sans musique ou presque (dont M le maudit, de Fritz Lang, et Le Salaire de la peur, de Clouzot) ;
  • le metteur en scène – compositeur : il revient notamment sur la carrière de Chaplin.

À l’instar de Richard Wagner, Charlie Chaplin, dans Les Feux de la rampe (1952) figure au générique en tant que metteur en scène, scénariste, compositeur et chorégraphe. (…)

Sir Chaplin qui savait jouer du violon, du violoncelle, du piano et de l’orgue, n’était pas un vrai compositeur mais plutôt un très bon mélodiste (…)

Pour schématiser, disons qu’un compositeur est une personne capable d’écrire une musique de A à Z : mélodie, contre-chant, harmonie, développement, orchestration et idéalement direction d’orchestre. Un mélodiste est une personne capable « d’inventer » un air, de le siffloter, de le pianoter et éventuellement de le transcrire sur une portée musicale, mais incapable de l’habiller : harmonisation, orchestration, etc.

  • le couple metteur en scène – compositeur, avec des relations durables et fructueuses, Fellini et Nino Rota, Hitchcock et Herrmann pendant un peu moins de dix ans, Truffaut et Delerue, Demy et Legrand, Sergio Leone et Ennio Morricone…
  • différents styles de musique et leur rapport au cinéma : musique contemporaine (avec des compositeurs ayant également contribué à l’évolution des techniques, notamment pour des films comme Farinelli), jazz, rock, ou encore chanson, comédies musicales ou films consacrés à des musiciens…
  • et également une partie incroyable sur la musique et le suspense, qui évoque, bien entendu, Hitchcock, mais aussi une scène du Amadeus de Milos Forman :

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Amadeus (1984) de Milos Forman propose un captivant compte à rebours, celui des dernières heures de la vie de Mozart : le compositeur allongé sur son lit dicte les notes sublimes de son Requiem au compositeur Salieri. Cette scène présentant une décomposition de toutes les parties instrumentales de l’oeuvre est d’ailleurs au passage une véritable leçon d’orchestration ! La volonté du Maître est accentuée par l’ostinato des cordes, et sa fièvre est sublimée par le rythme des notes du trombone. Mozart chante toutes les parties avec une voix fragile (en IN superposée à l’orchestre OFF) à la limite de la justesse. Salieri est subjugué par la beauté et la grandeur de l’oeuvre.

Malgré une mise en page austère, Bernard Guiraud parvient à décrypter, pour le lecteur, que ce dernier ait fait ou non des études musicales plus ou moins poussées, les techniques de composition, d’orchestration, les choix de tel ou tel musicien ou de tel ou tel réalisateur.

S’appuyant à chaque fois sur des exemples précis, et donnant parfois des extraits de portées musicales – ce que sauront savourer les mélomanes avertis – on le sent passionné par son sujet et avide d’apprendre de nouvelles choses à quiconque feuillettera son livre, comme en témoignent les nombreuses annexes :

  • une liste des plus grands compositeurs de musiques de films,
  • un décryptage des droits d’auteurs,
  • une analyse des conditions, pour les compositeurs, d’exercice de leur métier,
  • un vocabulaire musical, suivi d’un glossaire,
  • une bibliographie

Le lecteur n’est donc pas tenu d’être un spécialiste, ni même de lire cet ouvrage de manière linéaire. Il peut ainsi l’ouvrir à n’importe quelle page et tomber sur l’information, l’anecdote, qui éclaircira sa vision de tel ou tel film, de Fantasia à Out of Africa, de 2001 : l’Odyssée de l’espace à Marie-Antoinette, de Sofia Coppola…

out of africa

Là encore, le résumé que je fais de ce livre n’est pas exhaustif, mais ce que l’on peut retenir, c’est que, si Les Plus belles musiques de films, de Michael Swift, est une excellente introduction à la « musique de film », dans un contexte cinématographique, La Musique au cinéma et dans l’audiovisuel, de Bernard Guiraud, est un excellent moyen d’approfondir les relations musique / cinéma, dans un contexte plus musical.

Quelques sites internet…

C’est devenu une habitude, le Ciné-club de Caen figure parmi les sites que je regarde en premier, et bien entendu, une page de leur site internet est consacrée à la musique de film : on y retrouve les relations parfois houleuses du cinéma muet avec la musique, une partie sur la musique à Hollywood, avec quelques couples metteur en scène – compositeur, quelques paragraphes sur les films musicaux.

En fin d’article, également, une partie consacrée aux « morceaux musicaux et aux chansons célèbres » : musique classique (Mort à Venise, Senso, films de Kubrick), liens vers des pages consacrées au jazz ou au rock, et chansons de cinéma (dont le Mrs Robinson de Simon & Garfunkel dans Le Lauréat). Quelques paragraphes sur la représentation des musiciens au cinéma ainsi qu’une liste de films où la musique joue un rôle prédominant.

Autre dossier sur Internet, celui consacré par AlloCiné aux « 100 musiques de films à écouter !« , pour tous les styles et tous les goûts musicaux et cinématographiques…

Enfin, les articles de Wikipédia : Musique de film (malheureusement à l’état d’ébauche encore), Bande son, et les catégories : Musique de film et Compositeur de musique de film.

Quelques films à écouter avec les yeux…

Je vais choisir d’autres films que ceux déjà mentionnés dans l’article consacré au livre de Michael Swift.

  • J’ai parlé de Barry Lyndon pour l’histoire au cinéma, j’ai parlé de Barry Lyndon pour la peinture au cinéma… et c’est sans doute parce que je ne pouvais pas en parler pour la science au cinéma – dommage, cela aurait fait un très bon fil conducteur – que je décide d’en reparler pour la musique au cinéma. J’adore le trio de Schubert et la sarabande de Haendel que Kubrick a utilisé dans ce film, ainsi que les marches militaires anglaises… Voici la sarabande :

Ainsi que deux liens : l’un vers le trio de Schubert, et l’un vers la marche militaire.

  • J’ai revu récemment Danse avec les loups et j’ai passé plusieurs jours à écouter en boucle la merveilleuse musique de John Barry, en particulier le thème de John Dunbar, et le thème de « Two socks » (on a rarement vu un loup et un cheval être d’aussi bons acteurs, d’ailleurs !). Voici le thème de John Dunbar :

Avec en lien, le thème de « Two socks ».

  • Enfin, l’une de mes musiques préférées est celle composée par Ennio Morricone pour Cinema Paradiso, surtout le « thème d’amour »…

Belle rêverie musicale, et à bientôt !

Hors-série 3-2014 : peinture et cinéma

Le troisième hors-série de l’été est consacré à l’inspiration que suscite la peinture chez les réalisateurs et, dans une très moindre mesure, à l’influence du cinéma sur la peinture.

HORS-SÉRIE

Lorsque l’on regarde un film, on est plus ou moins sensible à ce qui se passe sur l’écran : portrait ou paysage, nature morte, composition d’un tableau vivant, zoom, ralenti, décors, couleurs, et tous ces éléments pour lesquels un vocabulaire technique élaboré est requis.

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Certes, on ne sera pas toujours sensible à la même composition du « tableau », suivant le genre de films qu’on affectionne le plus : les uns apprécieront les explosions, les vitres qui se brisent, le choc des combats, les cascades audacieuses, les autres la solitude d’un personnage face à lui-même, le bruissement des arbres d’une forêt, ou la menace insidieuse que propose un motel au bord d’une route, ou un palace isolé par l’hiver…

Maison Bates Psychose

Maison Bates Psychose

L’érudit y retrouvera l’influence de tel ou tel peintre, la prédominance de telle ou telle couleur ou l’hommage à telle ou telle oeuvre.

Entrecroisement d’influences…

Tout en lisant la référence que je vous proposerai aujourd’hui, et tout en préparant cet article, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à toutes sortes de films ou de scènes dont le souvenir reste pour moi principalement « visuel », pas seulement parce qu’il s’agit de cinéma, et que l’impression première est celle suscitée par l’écran, mais parce que ces films, ou ces scènes, m’ont bel et bien marquée par leur composition…

Évidemment, la première image qui me vient, ce sont celles de dessins animés. Lorsque je regarde un Disney ou un Miyazaki, ce n’est pas forcément les personnages qui m’intéressent : je pense aux images de Fantasia sur la musique de Stravinsky ou de Beethoven, aux forêts de Bambi, à la savane du Roi Lion, je pense aux paysages de Princesse Mononoké, à l’incroyable Château dans le ciel, et aux décors du Voyage de Chihiro.

Sources : http://magic-museum.com/miyazaki.htm

Sources : http://magic-museum.com/miyazaki.htm

Je pense au portrait du roi, bien peu flatteur, dans Le Roi et l’oiseau, aux paysages surréalistes de Gandahar, et au New York évoqué par Don Bluth dans Fievel et le nouveau monde.

Les films dont je garde principalement le décor en mémoire vont de Metropolis jusqu’au Seigneur des anneaux, en passant par Rebecca d’Hitchcock, L’Aigle à deux têtes de Cocteau, Citizen Kane de Welles, Autant en emporte le vent, Gatsby le magnifique (version de Coppola), Out of Africa, Le Docteur Jivago, Barry Lyndon (encore), Danse avec les loups ou encore Tigre et dragons ou Après la pluie, que j’ai mentionné dans l’article précédent

Cinéma et peinture

La plupart de ces films, à l’exclusion des films d’animation, sont mentionnés dans l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui.

cinema et peinture

Ce livre, Cinéma et peinture, de Joëlle Moulin, est paru en octobre 2011 aux éditions Citadelles & Mazenod, maison principalement spécialisée dans l’édition de beaux livres d’arts. Et à tout point de vue, en ce qui concerne cet ouvrage, il s’agit d’un beau livre, à destination des amoureux de ces deux arts. Toutefois, dès son introduction, l’auteur prévient :

ll ne s’agit pas (…) ici d’une histoire des rapports de la peinture et du cinéma, mais d’une réflexion sur la présence de la peinture dans le cinéma ; présence évidente lorsque le film prend pour sujet la vie d’un artiste, moins immédiate lorsqu’elle relève de la connivence d’images (…). Si la référence picturale est donnée dans le premier cas, dans le second elle implique une part de subjectivité, voire d’intuition.

L’ouvrage ne prétend pas être exhaustif, il parcourt au contraire quelques univers d’artistes – peintres ou réalisateurs – et quelques-unes de ces heureuses rencontres qui se sont faites entre les deux, et que le spectateur, pourvu que son regard reconnaisse, soit amateur d’art, peut saisir ou non.

Joëlle Moulin étudie en premier partie de son livre trois films consacrés au peintre Van Gogh : l’un de Minnelli avec Kirk Douglas, l’autre de Pialat avec Jacques Dutronc, le troisième de Kurosawa, chacun intégrant cet univers d’artiste à son propre univers, et à sa manière.

Inspirations picturales

Puis elle s’aventure chez différents cinéastes dont chacun s’est inspiré – pour un film ou pour toute sa filmographie – d’un courant artistique ou d’un artiste en particulier. Renoir pour Renoir, évidemment, Gainsborough pour le Barry Lyndon de Kubrick (encore et toujours) :

Kubrick s’est inspiré de Thomas Gainsborough, puisant chez le portraitiste l’élégance et la délicatesse des tenues. Le double portrait de Mr. et Mrs. William Hallett (1785) est un des modèles pour Barry Lyndon/Ryan O’Neal et son épouse Lady Lyndon/Marisa Berenson. Le visage lisse de Barry, fermé et peu disert sous son masque blanc et ses cheveux poudrés, et les patrons des habits, la finesse diaphane des étoffes sont directement décalqués sur le portrait peint, de même que l’attitude compassée et la pédanterie détachée du monde qui s’accordent au fatalisme de leur destin.

Sources : toutlecine.com

Sources : toutlecine.com

Mais aussi la peinture allemande, certes pour les réalisateurs allemands, mais aussi pour des réalisateurs hollywoodiens tels que Fleming, Welles, ou encore Hitchcock :

La clarté lunaire (encore à la Friedrich), qui a permis d’apercevoir un Tara non démoli à la fin de la guerre, dévoile chez Hitchcock le manoir de Manderley lors du prologue de Rebecca (1940). Manderley a été ravagé par un incendie et ses trous béants évoquent le Château en ruine (1847) de Böcklin, « une coquille vide », constate en voix off la narratrice, un lieu hanté. La métaphore convient également au palais de Xanadu saturé d’épaisses nappes de brouillard dans Citizen Kane (1941) d’Orson Welles. Peint sur verre sous l’égide du décorateur Perry Ferguson et toujours situé en arrière-plan, le palais ressemble à la lointaine citadelle du Chevalier, la Mort et le Diable de Dürer.

Sources : wikipédia

Sources : wikipédia

Par la suite, Joëlle Moulin aborde d’autres thématiques tout aussi captivantes : les tableaux au cinéma (on y retrouve le fameux tableau de Caroline de Winter dans Rebecca, qui va attirer tant d’ennuis à la narratrice, mais également participer à la résolution de l’intrigue), l’influence d’Edward Hopper chez plusieurs cinéastes, dont toujours Hitchcock, les modèles chers aux cinéastes (aussi bien moraux que physiques), la représentation de la modernité, l’autoportrait, ou encore 2 exemples de cinéastes peintres.

Pourquoi lire ce livre ?

D’abord parce que, malgré son incroyable érudition – qui va questionner une référence, puis une autre, puis encore une autre, et fonctionner par associations d’idées artistiques, littéraires et cinématographiques – l’auteur n’abandonne jamais son lecteur.

Ensuite, parce qu’il s’agit avant tout d’un livre d’art, magnifique, avec des reproductions de tableaux et des photographies de films en pleines pages et que le lecteur peut toujours associer un tableau à un film.

Enfin, parce que le cinéphile averti va retrouver à cette lecture tout un foisonnement d’images : la maison de Psychose inspirée par Edward Hopper, les westerns et la représentation de l’ouest américain, les grandes stars de Hollywood, de Clint Eastwood à Meryl Streep, et les apparitions de Chaplin, d’Hitchcock, de Welles, entre autres, dans leurs propres films.

Apparition d'Hitchcock dans Les Oiseaux

Apparition d’Hitchcock dans Les Oiseaux

Qu’il soit féru de peinture ou de cinéma, ou des deux, le lecteur pourra compléter cette lecture par ces quelques ouvrages :

  • Le Décor au cinéma, de Jean-Pierre Berthomé, aux éditions des Cahiers du cinéma, 2003.
  • L’Amérique évanouie, de Sébastien Clerget, paru en novembre 2013 aux éditions Rouge profond, et ayant fait l’objet d’un précédent article.
  • Affiches de cinéma, de Dominique Besson, aux éditions Citadelles & Mazenod (comme Cinéma et peinture) et paru en 2012.
  • Et toujours chez le même éditeur, et à venir, (une sortie que j’attend avec impatience, quoique son prix me refroidisse quelque peu… gloups !!!) : L’art du cinéma de Jean-Michel Frodon, à paraître en septembre 2014.

Et sur Internet ?

Comme d’habitude, on retrouve sur le site du Ciné-Club de Caen un dossier assez complet qui s’intéresse aux relations cinéma/peinture, peinture/cinéma. Le dossier renvoie également à d’autres pages du site, qui se penchent plus précisément sur :

Le site Cadrage.net propose également un dossier sur le sujet : peinture et cinéma, cinéma et peinture, avec un article d’Alexandre Tylski « Cinéma et peinture : Dans le sens des toiles », publié en 2001, avec à la fin une filmographie et une bibliographie.

Enfin on trouve sur Wikipédia un article, malheureusement encore à l’état d’ébauche, et ne citant pas suffisamment ses sources, sur le Peintre au cinéma. Néanmoins la filmographie proposée est très riche.

Voir également cette vidéo proposée par Arte :

 3 suggestions de films à savourer visuellement

Comme d’habitude, je vais essayer de ne mentionner que des films qui n’ont pas encore été évoqués tout le long de cet article.

  • Le Château ambulant de Hayao Miyazaki. Il reste ma première découverte du cinéma d’animation japonais et j’ai toujours admiré les incroyables structures de ce château, les paysages ruraux et urbains proposés par Miyazaki. À noter que c’est aussi une des choses que j’ai aimé dans son dernier film, Le Vent se lève, si triste et si contemplatif…
Sources : http://magic-museum.com/miyazaki.htm

Sources : http://magic-museum.com/miyazaki.htm

  • Sur la route de Madison, de Clint Eastwood, avec non seulement les paysages américains mais cette manière magnifique de filmer Meryl Streep, et de se filmer lui-même.
Roseman Bridge Source : Wikipédia Auteur : Lance Larsen

Roseman Bridge
Source : Wikipédia
Auteur : Lance Larsen

  • Le dernier film de Ken Loach, que j’ai beaucoup aimé, Jimmy’s Hall, et qui permet de découvrir quelques paysages de l’Irlande, au gré des conflits du héros avec les conservateurs et l’église catholique irlandaise.

Des séries comme des peintures

  • les téléfilms de la BBC ayant adapté Jane Austen, dont notamment l’adaptation d’Orgueil et préjugés avec Colin Firth (pas tout à fait série mais disponible en coffret).
  • la reconstitution de l’Amérique des années 50 dans Mad men, et de l’Angleterre des années 1910 dans Downton Abbey.
  • à nouveau, la série The Borgias, avec Jeremy Irons, déjà évoquée dans l’article précédent, et dont le générique est une merveille inspirée des tableaux de la Renaissance.
  • et je ne parle pas de Game of thrones, dont l’une des qualités, parmi tant d’autres, est celle des décors et des costumes…

Bonne dégustation visuelle et à bientôt !

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