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Blog pour cinéphiles et profs docs

Mois : mars 2014

The city that never sleeps

Fin 2013, j’avais consacré un article à un ouvrage faisant la part belle aux paysages américains. Aujourd’hui, pleins feux sur New York, et évidemment, quoi de mieux qu’une bonne chanson pour introduire cela :

(j’ai choisi la vidéo la plus visuelle)

Dans La Ville au cinéma, ouvrage déjà mentionné, au moins deux articles traitent de New York au cinéma, dans le chapitre « Villes cinématographiques ». Voici quelques lignes de l’un d’eux, « New York, un Etat uni », sous la plume de Sophie Body-Gendrot :

New York, tel Janus, a deux visages. L’un, décrié par les non New-yorkais, est arrogant, surfait, brutal, épuisant. On dit facilement qu’à New York, on est burnt out, consumé par l’intensité de la vie quotidienne. L’autre visage est un kaléidoscope ouvert, infini, démultiplié mais familier (…).

Depuis un siècle, les films ont fabriqué la ville mythique de notre imaginaire. Film après film, Scorcese, Lumet, Minnelli, Allen, Wyler, Hitchcock en ont dressé les câblures, les murs, les tourelles, les rues et les ponts et en ont fait une ville si dense dans sa texture, si riche dans sa conception qu’ils lui ont conféré une étonnante présence, soit un sens du lieu à nul autre pareil. (p.509-510)

New York, plan monument

Que ce soit dans les films de science-fiction, les comédies romantiques, les films noirs, n’importe quel genre, n’importe quelle époque, New York est comme Paris, une merveilleuse carte postale aux plans monuments idéaux – pour cette notion de « plan monument », voir la vidéo du Fossoyeur de films sur les 10 pires clichés du cinéma, youtubeur dont je dois la découverte à Eva, de Thèse antithèse foutaises.

Wikipédia recense 618 films se déroulant à New York et 93 séries télévisées. N’importe qui peut donc y trouver son compte : du plus ancien film parlant, Le Chanteur de jazz, au plus récent tel que le Casse-tête chinois de Klapisch (suite un peu décevante de L’Auberge espagnole et des Poupées russes), du classique romantique Quand Harry rencontre Sally au film catastrophe Deep impact, de How I met your mother aux innombrables séries policières. En ce qui concerne les séries, ma préférence va à Friends, à ses vues de buildings et à son Central Perk.

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Guide de New York à l’usage du cinéphile

Parmi ces 618 films, et sans parler des séries, les auteurs de New York fait son cinéma, ouvrage paru en février 2014 aux éditions du Chêne, ont fait une sélection. Barbara Boespflug et Béatrice Billon ont-elles choisi les films les plus visuels, ceux dont les lieux de tournage sont devenus les plus évocateurs aux amoureux de New York ? Peut-être…

Toujours est-il qu’on ne peut pas leur reprocher d’avoir dû faire un choix, dans lequel figurent principalement des films récents (40 dernières années), à l’exclusion peut-être de King Kong, de Diamants sur canapé ou de Sept ans de réflexion.

new york fait son cinéma

Si l’on retrouve à l’intérieur quelques-uns des monuments et des points de vue de New York les plus célèbres – Empire State Building, Pont de Brooklyn, Statue de la liberté, zoo de Central Park – la grande majorité des lieux mentionnés sont des restaurants, des hôtels et, dans une moindre mesure, des magasins, le tout organisé par zones géographiques.

Ainsi joint au souvenir cinématographique y’a-t-il la possibilité d’un achat, plus ou moins onéreux, d’une consommation ou d’une réservation. On ne revit pas seulement la scène du film, on se l’approprie en y jouant à son tour.

Un film, un lieu

La présentation de ce guide est des plus simples : une double page par lieu. Un côté texte, un côté images, parfois suivi d’une double page supplémentaire d’images. Très visuel donc, très agréable.

Si l’ouvrage est consacré aux films ayant New York pour décor, le texte ne mentionne que très brièvement la scène du film, une à deux lignes, pour se concentrer sur le lieu en lui-même, parfois avec quelques anecdotes propres au film. Ce parti-pris peut sembler un peu dommage : le texte n’explicite pas toujours le choix du lieu ou les circonstances du tournage, sauf peut-être pour les monuments ou les lieux filmés en extérieur, mais au moins le guide garde toute sa fonction de guide.

Sources : Allociné

Sources : Allociné

Petit florilège :

L’un des cafés de Vous avez un message, comédie romantique avec Tom Hanks et Meg Ryan, le théâtre de Black Swan, la bijouterie Tiffany & Co de Diamants sur canapé, la bouche de métro de Sept ans de réflexion, un hôtel du Parrain, un café du Diable s’habille en Prada, la statue de la liberté aperçue à la fin de Titanic.

Un exemple : le Katz’s  delicatessen de Quand Harry rencontre Sally. Après avoir mentionné le réalisateur, les acteurs principaux (Meg Ryan et Billy Crystal) et la date de sortie du film, les auteurs rappellent brièvement la scène se déroulant dans ce lieu – elles en donneront un résumé plus exhaustif après cette description :

Fondé en 1888, Katz’s est l’un des plus anciens est l’un des plus anciens et mythiques delicatessens de Manhattan. Sa popularité est née lorsque, au début du XXe siècle, le quartier du Lower East Side était celui des familles juives d’Europe de l’Est nouvellement immigrées. Katz’s s’imposa vite comme le restaurant du coin idéal pour se retrouver. La Seconde Guerre mondiale envoya les trois fils du propriétaire servir leur pays et scella la devise affichée depuis dans l’établissement : « Send a salami to your boy in the Army ». (…) Véritable institution, son sandwich au pastrami « on rye », servi entre deux tranches de pain de seigle, est réputé comme le meilleur de NYC. (p.124)

En dessous du texte de présentation, on retrouve ce qui fait l’un des atouts majeurs de ce livre.

Interactivité

Dans un précédent article, j’avais déjà mentionné un ouvrage qui couplait une offre numérique et une offre papier. En effet, l’auteur du Silence est d’or – Le Cinéma comique américain, Enrico Giacovelli, proposait en parallèle de son livre une chaîne YouTube.

Dans New York fait son cinéma, Barbara Boespflug et Béatrice Billon proposent au lecteur, en partenariat avec Allociné, de retrouver les bandes annonces des films cités en flashant sur un smartphone les codes insérés à chaque bas de page de l’ouvrage.

Au visuel des photographies est donc directement associé le visuel du film. C’est par de tels procédés, toujours plus inventifs, que le livre gagne à s’extérioriser de son format papier.

Les auteurs proposent également un site Internet, consacré à Paris (puisqu’un ouvrage sur Paris a fait l’objet d’une précédente publication), mais aussi autour du monde. En ce qui concerne Paris, je vous recommande également l’application Cinemacity qui offre des circuits cinématographiques dans la ville.

Pour prolonger la lecture…

Bien-sûr, New York fait son cinéma donne un choix de films ayant la ville pour décor. Ce qui m’a cependant un peu déçue, c’est que, comme je l’ai déjà dit, hormis Sept ans de réflexion et Diamants sur canapé, peu de films font la part belle à l’âge d’or hollywoodien, et je finirai sur trois exemples de films que j’attendais, et que je n’ai pas trouvé parmi cette petite sélection – qui reste tout de même tout à fait recevable :

  • La scène d’ouverture de La Mort aux trousses d’Hitchcock, mais pas seulement : également la scène aux Nations Unies et surtout la scène où Roger Thornhill, alias Cary Grant, se fait enlever à l’hôtel Plaza. Cet hôtel est mentionné, certes, mais pour évoquer la dernière version de Gatsby le magnifique, mais sans un mot pour ce chef d’oeuvre hitchcockien. Pourtant, il aurait été amusant de rappeler que Cary Grant était un habitué du Plaza. Quant à la scène se déroulant aux Nations Unies, les tournages des films de fiction y étant interdits, voici ce qu’en dit Hitchcock dans ses entretiens avec Truffaut :

 Tout ce qui se passe dans les locaux des Nations Unies a été reconstitué en studio très fidèlement (…) Tout de même, nous sommes allés devant le bâtiment des Nations unies et, pendant que les gardiens surveillaient notre matériel, nous avons filmé un plan avec une caméra dissimulée : Cary Grant pénétrant dans l’immeuble. (p.213)

  • Comment épouser un millionnaire : le film réunit dans un décor exclusivement new-yorkais Marilyn Monroe, Lauren Bacall et Betty Grable. Trois mannequins déçues des hommes se retrouvent dans un appartement luxueux pour essayer d’appâter les hommes d’affaires et s’en faire épouser.
Monroe, Grable, Bacall. Sources : Wikipédia

Monroe, Grable, Bacall.
Sources : Wikipédia

  • Enfin, parmi les films de cette période directement liés à un décor new-yorkais, il y a Elle et Lui, avec Deborah Kerr et Cary Grant, encore. Les deux personnages se rencontrent et tombent amoureux lors d’une croisière, mais sont tous deux engagés de leur côté. Ils décident de se séparer pendant six mois pour éprouver leur amour et de se donner rendez-vous, les six mois écoulés, au sommet de l’Empire State Building. Idéal pour les amateurs de comédies romantiques et les âmes sensibles…
Sources : Allociné

Sources : Allociné

Je précise que j’ai choisi à chaque fois une scène du film où un petit morceau de New York est visible, pour vous aider mieux à rêver de la ville qui ne dort jamais…

Mars : séances et animations du CDI

Voici les dernières actualités du CDI pour le mois de mars, évidemment bien occupé par la Semaine de la presse et des médias à l’école, mais pas seulement.

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Cet article sera assez court, je n’entrerai dans les précisions que pour les nouveautés par rapport à l’année dernière.

Séances

Avec ma collègue de SVT et en collaboration avec l’infirmière du collège et le cuisinier, nous avons repris le projet de l’année dernière, « Opération Petit déjeuner au collège ». Ce projet s’organise sur un mois, avec :

  1. Une séance en classe entière (11/03) au CDI, après présentation aux élèves. Les élèves sont par groupes de 2 ou 3, et travaillent chacun sur une thématique propre au petit déjeuner qui sera présentée sous forme de panneaux d’exposition. Il y a les cuisiniers, qui imaginent des menus, les reporters (petits déjeuners dans le monde), les industriels (chaîne agro-alimentaire), les nutritionnistes, l’institut de sondage, les artistes et les écrivains. Durant cette première séance, une partie de la classe travaille sur la notion de copier-coller, l’autre sur l’évaluation de l’information sur Internet, comme expliqué dans un précédent article.
  2. Deuxième séance (17/03) : poursuite de la séance 1, échange des activités.
  3. Une semaine de recherche en autonomie (semaine du 17/03 au 21/03).
  4. Séance de recherche, de suivi et d’évaluation des travaux, classe dédoublée (24/03 et 25/03).
  5. Les panneaux d’exposition sont à rendre au professeur de SVT le 07/04 au plus tard.
  6. 10/04 : Petit déjeuner pour l’ensemble des élèves de 5e au réfectoire. Affichage des panneaux d’exposition réalisés par les élèves de la classe projet.

Pour ce projet, j’ai donc repris les documents correctifs que j’avais préparé suite à la séance réalisée l’an dernier, et qui ne m’avait pas entièrement satisfaite.

Début avril, j’ai également la suite des séances de la liaison CM2-6e. Ayant déjà présenté cette séance dans un précédent article, nul besoin de s’attarder là-dessus : je ferai un bilan global et plus détaillé ultérieurement.

Expositions et concours

J’ai retiré mon exposition de début d’année sur 14-2014. Je n’en ai laissé que les documents ayant un lien avec la Première guerre mondiale, centenaire oblige. Je l’ai complété par des documents sur 1944, là encore pour cause d’anniversaire.

La première semaine de mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, j’ai préparé une exposition et un concours, dont pour l’instant, seulement une élève m’a rendu la feuille.

A partir des photographies de femmes affichées, il doit en choisir une, rédiger une biographie de cette femme, ainsi qu’un petit texte personnel expliquant pourquoi on l’a choisie, elle, et ce qu’elle nous inspire.

Ayant reçu deux commandes, l’une mi-février, l’autre début mars, j’ai également mis en place une exposition de nouveautés (beaucoup d’ouvrages sont déjà sortis, il n’y a ici qu’un petit échantillon) :

Expo Nouveautés

L’installation du nouveau coin lecture m’a également donné l’idée de changer la décoration et la signalétique de cette zone du CDI. J’ai travaillé pour cela avec une collègue AED, avec laquelle j’avais déjà collaboré au mois de décembre pour élaborer un calendrier de l’avent. J’ai également mis à contribution la bonne volonté de deux élèves de sixième, et voilà ce que ça donne :

Cette décoration a été réalisée à l’aide d’un vieil exemplaire de manga, que j’ai recyclé. Les lettres de la signalétique sont découpées dans du carton, sur lequel sont ensuite collées des pages de ce manga, puis j’ai plastifié les lettres. Nous avons enfin collé derrière les lettres du papier noir pour mieux les faire ressortir sur le mur. La frise au dessus du mur, qui délimite le coin lecture, a été réalisée à l’aide de pages de manga.

Semaine de la presse

La semaine de la presse et des médias à l’école se déroule du 24 au 29 mars, avec pour thématique principale « Une info, des supports ». L’année dernière, je n’ai pas réussi à faire de séances spécifiques avec des classes et un ou plusieurs enseignants durant cette semaine. J’avais cependant conçu un concours sur l’information à destination des élèves (les prix étant des abonnements d’un mois à Mon quotidien, et des jeux éducatifs). Les élèves de mon atelier journal avaient également participé au concours de Unes organisé par le CLEMI Créteil.

Par ailleurs les élèves de l’atelier journal continuent encore à rendre très dynamique le blog du Mermoz News, que je mets régulièrement à jour.

Cette année, j’ai prévu deux concours à destination des élèves :

J’expérimente également avec un collègue d’histoire-géographie une séance débat « Les médias doivent-ils être indépendant de la politique ? », avec deux classes de troisième. En voici la trame :

Débat 3e semaine de la presse

Je propose aux élèves les différentes Unes de quotidiens nationaux qui auront paru au lendemain du premier tour des municipales – disponibles sur le site Revue 2 presse – ainsi que quelques liens Internet traitant de la dépendance ou de l’indépendance des médias face à la politique. Les élèves choisissent un « camp » : pour ou contre l’indépendance des médias et utilisent les sites proposés pour argumenter.

Je ne sais pas encore ce que donneront ces séances, et je ne sais pas si je pourrai en organiser d’autres, avec d’autres niveaux durant cette semaine, mais j’ai tout de même hâte de voir ce que donnera ce débat, et si les élèves vont jouer le jeu.

Bonne semaine de la presse à tous !

Space opera et sagas de science-fiction

Ce nouvel article ne portera pas sur un seul livre, mais sur plusieurs livres consacrés à deux sujets en particulier, tout en m’appuyant pour cela sur deux parutions récentes.

J’ai déjà consacré quelques articles aux ouvrages traitant la question de la science-fiction, mais ces ouvrages étaient généraux : l’un, Nos années science-fiction, publié l’année dernière, revenait sur les séries télévisées de cet univers, de la Quatrième dimension jusqu’à X-Files, l’autre était consacré au cinéma, 100 ans de cinéma fantastique et de science-fiction.

Culture geek

Les deux parutions récentes auxquelles se consacre cet article seront, quant à elles, des ouvrages spécifiques, nous plongeant dans l’univers foisonnant et toujours en expansion – mais n’est-ce pas le propre de l’univers – d’une série télévisée et d’une saga de science-fiction en particulier.

Toutes deux sont des éléments fondamentaux de la culture geek. En tout cas leur perpétuel enrichissement répond parfaitement à la définition que David Peyron donne de cette culture, dans l’ouvrage qu’il lui avait consacré en août dernier.

Doctor Who

Privilège de l’âge, je commencerai par la série télévisée. En effet il s’agit de la série doyenne de la télévision, Doctor Who, dont on attend actuellement avec impatience, la saison 8 (première série de 26 saisons entre 1963 et 1989, deuxième série depuis 2005).

Son personnage principal, le Docteur, peut changer de visage de manière beaucoup plus logique que James Bond, puisqu’il s’agit d’un alien doué d’un pouvoir de régénération, et qu’il a donc connu, en l’espace de 50 ans, pas moins de 12 incarnations, si l’on compte le « war doctor » – la 13e ayant tout juste fait son apparition dans le dernier épisode.

Sources : tardib

Sources : tardib

Je ne vais pas faire un résumé de tout ce qui se passe dans cette série, je n’en viendrai jamais à bout. Disons juste que le Docteur voyage dans le temps et l’espace, à l’intérieur d’une cabine téléphonique de police, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space), un objet plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur, et qu’il est généralement accompagné – compagnons féminins mais pas toujours – afin de combattre les menaces qui pèsent sur l’univers.

Les amateurs de cet univers peuvent remplir des étagères entières de bibliothèques sur ce sujet. Pour ceux qui ne connaissent pas, je conseille une petite escapade à Londres, au magasin Forbidden Planet, où des rayons entiers de produits dérivés, DVD et Bluray, livres et jeux, sont dédiés au culte de Doctor Who, parmi d’autres jeux vidéos, films et séries télévisées de la culture geek. J’ai moi-même fait le voyage, et voici la « partie » de la vitrine réservée à Doctor Who :

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Des ouvrages sur Doctor Who, il y en a de très bons, mais la plupart ne sont disponibles qu’en anglais. En français n’ont été publiés que quelques-unes des aventures de Doctor Who mises en romans. Il n’existait jusqu’à ce jour aucun documentaire consacré exclusivement à cette série.

Les ouvrages documentaires sur le Docteur sont généralement publiés par la BBC, et sont vraiment excellents, tout en restant faciles d’accès à tous ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Quelques exemples :

Les deux premiers proposent un tour d’horizon quasi exhaustif de l’univers de Doctor Who, sous forme de dictionnaire ou d’encyclopédie – sachant que l’encyclopédie est également très agréable à consulter, vu le nombre d’illustrations qui la composent.

Le troisième reprend les principaux événements de la série, ce qui n’est pas rien, étant donné que nous sommes confrontés à un personnage de voyageur temporel. Il permet ainsi aux spectateurs de remettre les événements dans un ordre, sinon chronologique, du moins logique, et toujours avec beaucoup de richesse et d’approfondissements.

Ouvrage documentaire en français

Tout cela pour dire que la parution récente, et en français, d’un ouvrage consacré exclusivement aux personnages de Doctor Who, promettait, d’autant que ce dernier adopte la forme et la mise en page des ouvrages proposés par la BBC.

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Il s’agit de Doctor Who : L’encyclopédie des personnages, oeuvre de trois auteurs, Jason Loborik, Annabel Gibson et Moray Laing, publié dans sa version française en février 2014 par Huginn & Muninn.

Très bien illustré, on y retrouve les différentes incarnations du Docteur, ses compagnons (Rose, Martha, Amy, Rory, River…) et ses principaux alliés ou adversaires (Daleks, Sondariens, le Silence…).

Cependant l’ouvrage a un défaut majeur. Est-ce dû au fait que la maison d’édition est américaine, que la BBC n’a pris aucune part dans la conception de ce livre, si ce n’est en tant que consultant ?

(je tiens à dire au passage que je n’ai absolument rien contre les maisons d’éditions outre Atlantique et contre les américains en général, et que j’apprécie grandement le travail de Huginn & Muninn, notamment sur Harry Potter)

Les auteurs sont vraisemblablement eux aussi des passionnés de cette série, et ne sont pour rien, selon moi, dans le défaut de ce livre. Je pense que réalisé directement par la BBC, ou juste en Grande Bretagne, celui-ci aurait d’ailleurs pu être écarté.

Un livre pour enfants

En effet, L’encyclopédie des personnages est conçue pour des enfants – ou, en tout cas, elle semble s’adresser directement à eux. Elle consacre une page, une seule et unique page à chaque personnage, qu’il soit récurrent ou n’apparaisse que dans un épisode. Et comme les encyclopédies destinées aux enfants, elle s’attarde sur quelques détails vestimentaires des personnages, sans approfondir leur rôle, leur psychologie ou leur relation avec le Docteur.

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Prenons par exemple la onzième incarnation du Docteur, jouée par Matt Smith. Présenté dans le livre comme « gamin surdoué », sa fiche retient, entre autre : « élégant toupet, veste en tweed, pantalon slim ». Le texte au total peut tenir en une vingtaine de ligne seulement. Il fait quelques rappels mais n’est absolument pas exhaustif, et surtout il simplifie à l’extrême une histoire, certes farfelue, mais qui n’est absolument pas réservée aux enfants, loin de là.

Il faudrait donc suggérer aux auteurs et à l’éditeur de publier la version adulte.

Star Wars

Doctor Who a eu 50 ans, Star Wars vient d’avoir 30 ans. Là encore, possibilité d’enrichir sa bibliothèque d’ouvrages de qualité, et visite à Forbidden Planet hautement recommandée !

Parmi les ouvrages documentaires sympas que l’on peut se procurer sur le sujet, il y a notamment le Manuel du Jedi, le Livre des Sith et la Génération Star Wars, que j’avais déjà évoquée :

Cette Génération Star Wars revient sur les origines de cette saga, depuis les influences de George Lucas – ouvrages de science-fiction, Metropolis et autres films – jusqu’à l’épisode VI. Le livre prend la forme d’une chronique qui restitue année par année la construction de Star Wars.

Dernièrement, c’est à nouveau un ouvrage des éditions Huginn & Muninn qui est paru : Star Wars : aux origines du mythe.

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Il s’agit d’un livre d’art – exclusivement des dessins – recensant les oeuvres d’artistes qui ont participé à la création de l’univers de George Lucas. Hormis une courte présentation, aucun texte dans ce livre, juste les dessins réalisés pour la trilogie, la prélogie, The Clone wars et les jeux vidéos inspirés par la saga.

C’est très beau, très évocateur. On y retrouve surtout des décors et une atmosphère, mais aussi les principaux personnages.

Pour les amateurs de la saga qui attendent l’épisode VII, feuilleter ce livre permettra, avec la rediffusion des épisodes précédents, de calmer leur attente… et peut-être de préparer la visite de l’exposition Star Wars identities qui se tient en ce moment à la cité du cinéma :

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Mésaventures d’une apprentie réalisatrice

Comme je l’ai indiqué dans un article précédent, lorsque je ne parviens pas à trouver des ouvrages documentaires sur le cinéma qui retiennent mon attention, je me tourne vers le rayon « fiction », grâce auquel j’ai parfois de belles surprises.

Le livre sur lequel mon choix s’est arrêté dernièrement est, de prime abord, digne d’intérêt pour deux raisons. D’abord parce qu’il s’agit de l’oeuvre d’une comédienne, ensuite parce que, sous l’apparence de la fiction, il peut aussi servir de « guide de survie » au réalisateur débutant.

Ces comédiens qui écrivent…

Des comédiens qui écrivent ou font écrire leurs mémoires, il y en a des charrettes pleines. Un jour ou l’autre, chacun est tenté, avec plus ou moins de style, avec plus ou moins de talent, de faire connaître à ses spectateurs quelques éléments de sa vie et de sa carrière : Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Simone Signoret, Lauren Bacall, voilà certaines de mes lectures…

Plus rares sont les comédiens qui vont se tourner vers la fiction, et vont produire poésies, pièces de théâtre ou romans. Parmi eux, j’ai déjà eu l’occasion de mentionner Anne Wiazemsky, qui a été l’une de mes lectures de l’été dernier, même si l’auteur met en scène des personnages ayant réellement existé.

cher amour

L’un des comédiens ayant exercé le métier d’écrivain avec le plus de talent, reste à mon sens Bernard Giraudeau. Je recommande notamment la lecture de Cher Amour, lettres du voyageur à une femme inconnue et idéalisée. J’avais prêté le livre à quelqu’un qui ne me l’a malheureusement pas rendu, mais voici quelques citations glanées ici et là :

Je suis en arrêt de jeu, sur le dos, paupières closes. Je sais que vos mains, fines, élégantes, déliées, sont une harmonie, une musique pour saisir mes lettres, les déplier et les tenir comme la plus précieuse découverte de notre vie. Cette main qui repousse une mèche de cheveux reste suspendue pendant que vous lisez, attentive, les mots sacrés de ce voyageur infatigable qui a fini par s’arrêter dans votre jardin. Je vous aime depuis si longtemps, depuis avant le début.

Ces lettres qui ne pourraient jamais finir sont celles de mes mouvements  géographiques et de mes voyages immobiles sur la scène. Mais probablement y verrez-vous un autre voyage plus complexe, plus hardi, plus désespéré. Voyager, dit-on, on n’en revient jamais.

Il y en a sans doute d’autres qui ont tenté l’expérience avec plus ou moins de succès.

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La comédienne dont j’ai choisi le roman n’en est pas à sa première expérience d’écriture. Sylvie Testud a en effet déjà publié plusieurs romans plus ou moins autobiographiques : l’un de mes préférés, Gamines, qui raconte son enfance, a d’ailleurs été adapté au cinéma :

Il y a des gens qui ont des têtes à farce, et d’autres des têtes à sérieux. A douze ans, ma sœur aînée a une tête à sérieux pire qu’un adulte. Quand on a douze ans et une tête à sérieux comme la sienne, faut faire des canulars. C’est là que ça marche !

Elle ne me répond même pas. Elle tourne la tête de gauche à droite pendant cinq secondes. « Fais gaffe, quand même, de pas passer de tête à sérieux à tête à baffes. » Cinq secondes pendant lesquelles je la regarde et je me dis : « T’as de la chance d’être protégée par les autorités. »

Toute l’oeuvre respire l’humour et l’espièglerie, et en cela, est extrêmement fidèle à la personnalité de cette comédienne audacieuse et malicieuse.

c'est le métier qui rentre

Le roman qu’elle nous offre ici, C’est le métier qui rentre, a été publié en février 2014 chez Fayard, et il suit les mésaventures en tant que réalisatrice débutante, du même personnage que dans Gamines, Sybille, presque alter ego de Testud.

Guide de survie en territoire cinématographique

C’est exactement à cela que m’a fait penser ce parcours du combattant pour réaliser un film : un manuel à l’usage du jeune réalisateur, naïf et soucieux de mettre en images ce qu’il a dans la tête. J’avais déjà consacré un article à un véritable manuel, rédigé par, soit disant, le pire réalisateur de l’histoire du cinéma, Ed Wood.

Comment réussir (ou presque) à Hollywood

Dans Comment réussir (ou presque) à Hollywood, ce dernier égrène les conseils aux acteurs débutants, qui décident de tout lâcher pour tenter de conquérir la Mecque du cinéma, conseils aussi bien techniques et artistiques que pragmatiques (manger, se loger, et obtenir ne serait-ce qu’un rendez-vous avec un agent).

Après s’être penché sur le sort des peut-être futures stars et des centaines d’autres qui repartiront ruinés par l’expérience, Ed Wood s’intéresse de plus près à l’apprenti scénariste et au futur réalisateur, et c’est en cela qu’il offre, avec cinquante ans d’avance, un parallèle « documentaire » au roman de Sylvie Testud.

Réaliser un film : le parcours du combattant

Dans C’est le métier qui rentre, le lecteur suit le saut d’obstacles de Sybille, incorrigible optimiste, prête à tout, et surtout à toutes les concessions, pour porter à l’écran le scénario qu’elle est en train d’écrire. Contacté par deux producteurs frère et sœur, elle fonce tête baissée dans leur antre, malgré toutes les recommandations de ses proches. Ces sangsues humaines vont peu à peu chercher à tout contrôler, sans même que notre héroïne tente une quelconque résistance : elle cédera à toutes leurs exigences, convaincue qu’ainsi elle parviendra à donner vie à son film.

La manière dont Sybille bat successivement en retraite est pour le lecteur, à la fois pathétique et irrésistible, et digne de la littérature de l’absurde.

Je manque d’exemples, mais je suis sûre qu’il en existe, de ces antihéros qui renoncent, non pas à leur dignité artistique, mais véritablement à leur dignité humaine, face à la tyrannie d’une personnalité forte, gourou ou dominant. Le seul exemple qui me vient en tête, c’est celui de l’héroïne de Stupeur et tremblements, d’Amélie Nothomb, que Sylvie Testud a justement incarnée dans son adaptation au cinéma.

En effet, alors qu’elle rêve de réaliser un film se passant dans un hôpital, plus précisément dans un service de gériatrie, les deux producteurs vont la persuader de déplacer l’action, d’abord dans un haras, puis de faire carrément de ses héroïnes des prostituées. Ce n’est qu’une des multiples concessions qui lui seront imposées, toujours saupoudrées d’une rare hypocrisie et d’une bonne dose de chantage à la création.

Si le livre ne se lit pas forcément comme un voyage dans le monde tortueux de la production et des studios cinématographiques, il peut tout à fait se lire comme un roman comique, et des plus efficaces. Le style de Sylvie Testud, ce sont surtout des phrases courtes, des dialogues, les pensées intérieures du personnage qui suivent de près ce qu’il vient de dire ou ce qu’il vient d’entendre, quelque chose de rapide et hors d’haleine, idéal pour faire sourire et rire le lecteur.

L’univers entrevu du cinéma

Mais le roman donne aussi un aperçu très réussi du cinéma et de toutes les étapes nécessaires à la réalisation d’un film, en passant par le quotidien de tous les « acteurs » de cet univers : producteurs, agents, techniciens, scénaristes, réalisateurs, et bien entendu, comédiens.

Ces êtres, même caricaturaux et aux noms inventés, on se doute que Sylvie Testud les a croisés et côtoyés, et elle a le don pour croquer les personnes et les situations sur le vif. Et elle restitue à la perfection l’atmosphère plein d’artifices d’un tournage :

Est-ce que j’ai jamais ouvert une porte accrochée au couloir qui suivait ? Ai-je déjà marché dans une rue qui menait à la maison dans laquelle j’entrais ? Est-ce que j’ai déjà conduit une voiture qui n’était pas elle-même sur une autre voiture, pilotée par un homme qui conduisait exactement comme moi, pour faire croire que c’était moi qui conduisais ? (…)

Comme toutes les actrices, je me suis lavé les mains au-dessus d’éviers qui avaient un seau en guise d’évacuation, j’ai ouvert des robinets alimentés par des tuyaux en plastique. Et comme tout le monde, chaque fois que j’ai frappé à une porte,  j’ai fait gaffe de ne pas frapper trop fort, de peur qu’elle ne s’écroule sur le machino couché derrière pour la maintenir debout.

Toute l’illusion du cinéma dans ce qu’il y a de plus quotidien : ouvrir une porte, marcher, se laver les mains. Pour Sylvie Testud, c’est le métier qui rentre, pour nous lecteur, c’est celui auquel on accède grâce à elle.

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