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Hors-série 2-2014 : histoire et cinéma

Voici déjà le deuxième hors-série de l’été, qui se penche, cette fois-ci, sur les relations entre histoire et cinéma. J’ai déjà eu l’occasion sur ce blog d’évoquer des films et des séries télévisées abordant des sujets historiques, de près ou de loin.

N’étant pas historienne, je ne peux malheureusement pas établir le degré de fidélité d’une reconstitution, ou savoir que les pierres de tel ou tel château ne colle pas forcément avec l’époque qu’elles sont censées représenter.

Ce que je voudrais traduire ici, grâce aux références convoquées, ce n’est pas tant l’histoire comme une science, mais de quelle manière la grande histoire se présente aux cinéphiles comme une merveilleuse histoire, une illusion fantastique, à l’image des projections qu’ont pu susciter les ancêtres du cinéma que sont les lanternes magiques.

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Je me souviens encore des quelques mots prononcés par le narrateur au début de Fanfan la Tulipe, film de Christian-Jaque avec Gérard Philipe, pas pour ce qu’ils ont d’incroyablement chauvin, mais uniquement pour les images qu’ils évoquent :

Il était une fois un pays charmant qui s’appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c’est elle en plein XVIIIe siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Si j’aime autant l’histoire, le cinéma y est pour beaucoup. Et ce que j’aime au cinéma, ce sont (mais pas seulement, bien entendu) les films historiques.

HORS-SERIE

Parmi ces films historiques, il y a un bon nombre d’oeuvres consacrées à l’Antiquité, oeuvres récentes ou non, de Ben-Hur à Gladiator, des films sur le Moyen-âge, tels que Kingdom of heaven, sur la Renaissance, sur Louis XIV, sur l’histoire anglaise (surtout l’ère élisabéthaine), sur le siècle des Lumières (Beaumarchais l’insolent, Barry Lyndon), sur Napoléon, sur l’ère victorienne, sur la première guerre mondiale, et ce jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

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N’étant pas une passionnée d’histoire contemporaine, je m’arrête généralement en 1945, même s’il peut y avoir des exceptions, comme ce film italien de six heures, Nos meilleures années, consacré à l’histoire de l’Italie entre 1966 et 2004, et qui suit une famille tout au long de cette période.

Généralement, si je regarde un film historique, en dehors de ce qu’il peut m’apprendre, ce n’est pas pour retrouver une réalité trop proche, mais au contraire, pour plonger dans des époques lointaines.

Histoire et cinéma

Le livre que j’ai retenu pour ce hors-série satisfera autant ceux qui veulent, comme moi, partir à la découverte d’autres époques, que ceux qui ne souhaitent pas trop s’éloigner.

L'histoire fait son cinéma

L’histoire fait son cinéma en 100 films, de Guillaume Evin, est paru l’année dernière, en avril 2013, aux éditions de la Martinière, et est préfacé par le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française, mais également auteur d’un certain nombre de films historiques, tels que Z, L’Aveu ou encore, plus récemment, Amen.

L’ouvrage est sous-titré : « De la Guerre du feu à Démineurs ». Et c’est donc une chronologie quasi impeccable et scrupuleuse que va suivre l’auteur.

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Cent films, suivant les périodes, c’est trop peu ou c’est trop : le Japon des samouraïs en un film, la France de Louis XIV en un film, Napoléon en quatre films (dont deux versions de Guerre et Paix, l’une américaine, l’autre russe). Fort heureusement, la seconde guerre mondiale, et toute sa complexité, fait l’objet de plusieurs sous-parties : montée du nazisme, Résistance, collaboration, déportation et génocide, espionnage, débarquement… Mais le choix a dû être rude !

L’ouvrage est, par ailleurs, très agréable à feuilleter, et à lire. Il n’est jamais jargonnant, et est à la portée aussi bien d’un public d’experts que d’amateurs. Il n’y a rien à redire à ce livre, exceptée une toute petite chose, qui va sembler en contradiction avec ce que je disais plus haut.

L’auteur ne confronte pas une réalité historique et son interprétation cinématographique. Certes, il donne quelques détails sur la période reconstituée, mais il s’intéresse visiblement aux choses dans leur ensemble : film, tournage, anecdotes, et histoire. Il veut être le plus exhaustif possible sur le sujet, ou plutôt sur ses 100 sujets choisis – et bien-sûr c’est compréhensible : qui pourrait faire l’analyse complète d’un film, puis de 99 autres dans un seul ouvrage ?

Et pourtant, même si je ne peux pas toujours prêter attention à un détail historique, c’est bien ce détail historique qui m’a un peu manqué, qui m’a laissée sur ma faim, cette petite révélation qui m’aurait permis de me dire « Ah oui, bien-sûr, dans tel film ça colle, dans tel autre, ça ne colle pas. » Là encore, je pinaille, car cet ouvrage est vraiment magnifique et suscite chez son lecteur, malgré tout, un superbe voyage dans le temps…

Quelques étapes du voyage

La vie privée...

À défaut de cerner exactement la personnalité du personnage historique, le réalisateur reprend au fond la mythologie de la reine vierge, celle qui a réussi à forger sa propre icône au cours d’un règne long de plus de quarante-quatre ans (…). La clé psychologique de la figure jouée par Bette Davis ? Un être écartelé, comme Garbo dans La Reine Christine, face à un dilemme entre femme privée et reine publique.

  • Barry Lyndon, film de 1975 réalisé par Stanley Kubrick avec Ryan O’Neal et Marisa Berenson :

Si l’action de Barry Lyndon s’ancre en principe entre la guerre de Sept Ans (1756-1763) et l’année 1789, il ne s’agit pas à proprement parler d’un film sur l’Histoire. (…) Lors de la bataille de Minden en août 1759 entre Français d’un côté et Anglais et Prussiens de l’autre, Kubrick se concentre ainsi sur l’aspect esthétique de l’affrontement entre uniformes bleu et blanc d’un côté et rouges de l’autre, avec son lot de fumées, de tambours et de drapeaux au vent, et non sur sa dimension historique. Ne confiait-il pas qu’il avait voulu restituer le XVIIIe siècle « tel qu’il se voyait lui-même », c’est-à-dire raffiné, spirituel et cultivé alors qu’il était aussi et surtout injuste, cruel et laid ?

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Si Autant en emporte le vent fascine, ce n’est assurément pas pour sa fidélité historique. Dans cette superproduction archétypique de l’âge d’or des studios, les esclaves noirs sont forcément épanouis et dévoués, l’organisation clandestine d’auto-défense que rejoint Ashley Wilkes – une analogie avec le Ku Klux Klan – est présentée sous son meilleur jour tout comme les confédérés, contrairement aux yankees de l’Union, dépeints comme des soudards et des brutes sanguinaires. On n’y croise aucun protagoniste majeur de l’affrontement Nord-Sud, ni Lee, ni Jackson, ni Grant. Le film s’apparente au fond à un film de guerre sans batailles, avec le spectacle de la mort (…) mais sans la gloire épique d’une vaste reconstitution.

Voilà pour ces quelques exemples, parmi tant d’autres que proposent cet ouvrage. À présent, quelques bonnes adresses pour compléter.

Poursuivre le voyage…

Le site (ou plutôt la page) qui a retenu mon attention et qui confronte très justement cinéma et histoire, c’est une page du site « La Boîte verte », qui propose 120 personnages historiques et les acteurs qui les ont incarnés.

Les personnages sont classés par ordre alphabétique, et tous les domaines sont représentés : du personnage religieux au politique, en passant par l’écrivain, l’artiste et le scientifique. On est frappé de voir combien d’incarnations ont pu avoir certains d’entre eux, et on y retrouve aussi bien Beethoven que Tony Blair, Albert Einstein ou Elvis Presley.

Une façon amusante d’appréhender l’histoire par l’intermédiaire du cinéma :

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Autre référence, le dossier très complet proposé par le Ciné-club de Caen : « Cinéma et histoire« , et qui, à l’instar de l’ouvrage de Guillaume Evin, offre une approche chronologique, et une sélection de films par période historique – parfois précédée d’une brève analyse (voir entre autres les rubriques « Moyen-âge », « Ancien régime » ou encore « La première guerre mondiale au cinéma ».

Pour compléter ces références, voici une petite sélection d’articles et de sites internet qui s’interrogent sur les relations entre histoire et cinéma :

Pour finir un petit échantillon de films et de séries…

3 films à voir ou à revoir

  • Après la pluie, film de 1999 réalisé par Takashi Koizumi d’après un scénario écrit par Akira Kurosawa, et dont je dois à un collègue la découverte récente. Le film nous plonge dans l’histoire captivante d’un samouraï sans maître, dans le Japon du XVIIIe siècle. Les personnages et les comédiens sont magnifiques, ainsi que la musique et les paysages. L’accord parfait !

après la pluie

  • Master and Commander, film de 2003 réalisé par Peter Weir. Sur fond de guerres napoléoniennes, la poursuite d’un vaisseau français par un capitaine anglais, incarné par Russell Crowe, et son équipage. On y retrouve la vie des marins, du simple mousse au capitaine, à bord d’un vaisseau militaire – batailles, punitions, mutilations, évocation de Nelson et prémices du naturalisme moderne lors d’une escale aux Galapagos.

master and commander

  • Le Discours d’un roi, film de 2010 réalisé par Tom Hooper, avec une pléiade d’acteurs britanniques magnifiques. L’histoire du futur George VI, incarné par Colin Firth, et de son combat contre le bégaiement, aidé d’un orthophoniste peu commun, Lionel Logue, joué par Geoffrey Rush.

le discours d'un roi

3 séries historiques

  • Rome, série en 2 saisons retraçant l’avènement au pouvoir d’Octave, futur empereur Auguste, depuis la fin de la Guerre des Gaule, sous les yeux de deux personnages fictifs : un centurion, Lucius Vorenus, et un légionnaire, Titus Pullo. Reconstitution magistrale !
  • The Borgias, série en 3 saisons, canadienne, hongroise et irlandaise (à ne pas confondre avec la série franco-allemande produite par Canal +), qui nous plonge dans l’Italie des Borgias, famille d’origine espagnole, dont le père, Rodrigo, incarné par Jeremy Irons, parvient à être élu Pape sous le nom d’Alexandre VI.
  • Boardwalk Empire, série produite par HBO et le réalisateur Martin Scorsese et Mark Wahlberg, se déroulant dans l’Amérique de la Prohibition, avec des personnages tels que Lucky Luciano ou Al Capone, dans les décors de New York, Chicago et Atlantic City.

Épilogue

On ne peut oublier que le cinéma, fruit de cultures différentes, tout autant fabrique des mythes, des civilisations et des événements historiques qu’il en est le témoin. Pour ne citer que deux exemples, Griffith, Disney, Ford, Capra, Spielberg, Lucas, ont construit l’Amérique tout autant qu’ils l’ont représentée, et les cinéastes de la Nouvelle vague ont jeté les premières bases de Mai 68 en prenant la défense d’Henri Langlois durant l’Affaire Langlois de février 68.

L’histoire du cinéma fait partie de l’Histoire. Ceci n’est qu’une petite aparté sans originalité pour clore cet hors-série sur quelques images, cette fois-ci de l’histoire du cinéma…

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  1. Je note « Après la pluie ». Je suis très fan du cinéma asiatique, j’avais suivi une option ciné asiatique à la fac (mais j’étais jeune, ça date maintenant !) et pourtant je n’ai jamais entendu parler de ce film, il faut que je le trouve !!

    Sinon, je suis en plein dans le Borgia de Canal + (époque que j’aime particulièrement aussi) et ce n’est vraiment pas terrible, il faudra que je découvre l’autre !!

    • Oui je voulais découvrir depuis un moment le cinéma asiatique (je ne connais que Miyazaki et quelques films comme « Hero » ou « Tigre et dragons ») et grâce à un collègue qui m’a prêté ce coffret Kurosawa, je peux enfin découvrir ce réalisateur… D’ailleurs si tu peux toi-même me donner quelques conseils…

      En ce moment, toujours grâce au même collègue, je rattrape tous les films de Wes Anderson que je n’ai pas vus – j’ai adoré « Rushmore », « La vie aquatique » et « Fantastic Mr Fox ».

      Et je confirme, la série « The Borgias » est magistrale (même s’ils l’ont arrêtée au bout de trois saisons). Rien que Jeremy Irons en Pape, ça ne se loupe pas 😉 !!!

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