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Catégorie : Films (Page 7 sur 7)

Fumeurs de Gitanes…

La série Mad Men est l’une des plus belles séries de ces dernières années, sur le plan esthétique et historique. L’atmosphère est feutrée, murmurante, tamisée. Tout y est soigné, les décors, les accessoires, les costumes. Mad Men évoque la vie des publicitaires de Madison avenue (les Mad Men) à la fin des années 1950. Tous ces hommes qui incarnent le rêve américain, l’American way of life, et la société de consommation. Un univers masculin, sûr de lui, sexiste, raciste et matérialiste.

Mad Men évoque parfaitement les héros d’Alfred Hitchcock et leurs compagnes blondes, distantes, « volcans recouverts de neige ». Rien que le début de la série, quand on la découvre : un milieu aisé, bourgeois, pour qui les femmes sont soit des épouses, soit des mères,  soit des secrétaires, qui bâtit au jour le jour l’empire américain à coup de slogans, avant de se retrouver au club et siroter des whiskys.

C’est exactement la situation initiale de La Mort aux trousses (North by Northwest). Roger Thornhill (Cary Grant) est un publicitaire new-yorkais sans histoire, aux costumes élégants, qui fréquente raisonnablement les bars d’hôtel et qui entretient de gentilles liaisons auxquelles il offre des boîtes de chocolats emballés dans du papier doré (pour qu’elles croient manger de l’or). Jusqu’à ce qu’il soit pris pour un agent du contre-espionnage, George Kaplan.

Mad Men, c’est La Mort aux trousses, le quiproquo en moins, et les cigarettes en plus. Mad Men restitue une époque où allumer une cigarette était encore synonyme de sensualité et de sex-appeal, et dont on n’a, dans La Mort aux trousses, qu’un bref aperçu, lorsque dans le train New-York – Chicago, Cary Grant allume la cigarette d’Eva Marie Saint. On regarde Mad Men, moins pour ce qui s’y passe que pour ce qui y est suggéré.

Mad Men me rappelle tous ces films des années 1940-1950. Films noirs avec femmes fatales et détectives blasés. Le générique du Grand Sommeil (The Big sleep) avec les silhouettes de Lauren Bacall et Humphrey Bogart, et leurs deux cigarettes dans un cendrier. Audrey Hepburn et son fume-cigarettes dans Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s). Bette Davis, sa gouaille, ses yeux fardés et sa sensibilité de star dans Eve. On allume une cigarette, pour entamer une agréable conversation, à la limite du duel ou de la censure. C’est l’instant de grâce. Toutes ces stars glamours des années 50, aux répliques cinglantes, à l’humour cynique et regardant la réalité en face, un rien désabusées. Humphrey Bogart ne surnommait-il pas ses cigarettes « les clous du cercueil » ?

© Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

Années 50, années 60, années 70. Dans La Nuit américaine (François Truffaut), l’accessoiriste allume des moitiés de cigarettes à l’acteur principal. Dans Vivement dimanche !, Fanny Ardant se grime en prostituée et fume une cigarette en faisant semblant d’attendre le client.

Et maintenant ? Les affiches montrant Gainsbourg en train de fumer dans le film de Joann Sfar avaient été censurées. On regarde Mad Men, mais l’on sait que les cigarettes des acteurs sont moins des provocations que des évocations, les créateurs ayant précisé qu’elles étaient sans nicotine. Au fond, cela me rappelle – et c’est curieux les associations d’idées que l’on peut avoir parfois – la réplique de Boromir dans Le Seigneur des anneaux :

« C’est une étrange fatalité que nous devions éprouver tant de peur et de doutes… pour une si petite chose… Une si petite chose… »

Tant de peur et de doutes pour une petite chose si séduisante et si dangereuse…

Nights in white satin

Premières images : un port de l’Angleterre du 18e siècle. Une voix bien connue nous fait part de sa malédiction. Le réalisateur aime les ports, sombres, glauques, mal famés, et les personnages maudits par le destin. Il aime les visages d’une incroyable pâleur, et sur lesquels on guette la trace fuyante de leur humanité. Ce ne sont d’ailleurs pas les plus damnés qui sont les moins humains. Et si la damnation exacerbait justement tout ce qui reste d’humain en eux ?

A la fin du prologue de Dark Shadows, le spectateur a déjà retrouvé l’atmosphère dérangeante et dérangée des films de Tim Burton : une atmosphère de roman gothique, où l’obscurité semble d’un noir plus pur, et le sang d’un rouge irréel. Dans ses films, la mort n’est jamais une fin. L’histoire est tout sauf sinistre, c’est même tout le contraire. Tim Burton est sans doute la personne la plus optimiste qui existe, celle pour qui la mort est la plus belle des surprises. Comme si la vie ne pouvait être que banale et ennuyeuse. Comme si la mort était la seule aventure à imaginer, et c’est bien lui qui l’imagine le mieux.

Générique : un train traverse une forêt d’automne, bercé par la chanson des Moody blues. On a l’impression de retrouver les membres d’une grande famille : évidemment Johnny Depp et Helena Bonham-Carter ; mais aussi Michelle Pfeiffer et Eva Green. C’est bon, attachez vos ceintures, vous êtes lâchés dans un univers aussi familier que déjanté.

Si cet aspect déjanté prime sur la féerie habituelle de Tim Burton, certains diront « C’est tout ? », d’autres se laisseront porter. La principale source de comique, c’est le décalage temporel entre un vampire du 18e siècle et l’ambiance à la fois électrisée et hippie des années 70, le tout porté par une bande originale décoiffante. Et les scènes filent à toute allure.

L’une des scènes mémorables, c’est celle où Barnabas Collins (Johnny Depp) entre dans une taverne pour engager des pêcheurs afin de renflouer l’entreprise familiale. Il se retrouve en face d’un vieux loup de mer, que l’on reconnait davantage à la voix qu’à la casquette marine : Christopher Lee. La scène ne dure qu’un instant. Je me suis imaginée la situation : Christopher Lee vient rendre une petite visite de courtoisie sur le tournage, un peu dans le style « Coucou les enfants, c’est moi. » Et Tim Burton, de lui répondre : « Tiens, puisque tu es là, tu ne voudrais pas nous jouer une petite scène au dépoté ? T’en as pour cinq minutes, maximum. » Bien-sûr, ce n’est qu’une vue de l’esprit. Mais pourquoi pas ? En tout cas la scène ajoute encore au plaisir que l’on a de retrouver Tim Burton.

Depuis L’Etrange Noël de Mr Jack jusqu’à Dark Shadows, en passant par Batman, Big Fish, Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie, Les Noces funèbres, Sweeney Todd, ou Alice aux pays des merveilles, il n’en finit pas de nous faire savourer un instant qui nous délivre de toutes nos pulsions et une friandise hallucinogène qui nous rend la mort délicieuse – plaisirs à prolonger à la Cinémathèque française jusqu’au mois d’août.

Autant en emporte la côte…

Dans l’univers quotidien des personnes généralement soit pourvues d’un poste de télé, soit familière du peer-to-peer, les séries TV sont des friandises bien juteuses. Quand j’étais petite, j’avais l’impression que les séries avaient deux sortes de publics. Un public de jeunes à qui l’on servait des trucs pseudo-romantiques et pseudo-ciblés, made in Club Dorothée… ou des séries mielleuses et mélo façon Petite maison dans la prairie. Et un public de maison de retraite, scotché devant La Croisière s’amuse, Arabesque ou Derrick.

Depuis, j’ai appris, par des articles, des lectures, etc., que chaque décennie a sa série représentative. Dallas pour les années 80, Friends pour les années 90, Desperate housewives pour les années 2000 (voir à ce sujet le blog de Pierre Sérisier http://seriestv.blog.lemonde.fr/2012/05/14/desperate-housewives-eloge-funebre-a-wisteria-lane/).

Evidemment la série de la décennie varie en fonction des centres d’intérêt du téléspectateur. Un amateur de science-fiction n’ira sans doute jamais dire que Desperate housewives est LA série des années 2000.

En matière de séries, mes goûts sont pour le moins éclectiques et s’étendent depuis The Avengers (avec une préférence pour la période Diana Rigg) jusqu’à Game of thrones. Friends, How I met your mother, Grey’s anatomy, Docteur House, Six feet under, The big bang theory, Doctor Who, Kaamelott, Un gars et une fille, Bref, Rome, Damages, Mad men J’en suis certaines plus assidûment que d’autres. J’ai toutefois une légère prédilection pour tout ce qui est histoire, ou à la rigueur en costume.

Dernièrement, ce qui a retenu mon attention, c’est la série anglaise Downton abbey. Suite au naufrage du Titanic et à la disparition de ses deux héritiers, une grande famille de la campagne anglaise se voit contrainte de reconnaître les droits à la succession d’un lointain cousin. Evidemment, tout s’arrangerait pour le mieux si ce dernier épousait une des filles de la famille, qui en compte trois. Cadre grandiose, acteurs aussi captivants que les personnages qu’ils incarnent, arrière-plan historique et scénario prenants. Cette série m’a rappelée une chose ou deux.

D’abord elle m’a rappelée Les Dames de la côte, série française de la fin des années 70, au casting là encore prestigieux, et qui suit le destin de trois familles normandes de 1912 à 1920. Comme dans Downton Abbey, on y retrouve la séparation entre maîtres et domestiques, la place nouvelle des femmes dans un cadre presque exclusivement masculin, et le bouleversement d’une guerre sur la société. La réalisatrice de la série, Nina Companeez, avait affirmé vouloir faire un Autant en emporte le vent à la française.

Et Autant en emporte le vent, c’est bien ce qui rapproche ces deux séries : un cadre historique brutal, qui va bouleverser les cultures et les familles et exacerber l’instinct de survie des hommes, au combat, et des femmes, à l’arrière – être infirmière, femme d’affaires et ne pas se laisser plier par les événements. Au-delà de ce qui peut paraître fleur bleue, désuet ou mélo, ce qui reste de l’histoire, que ce soit dans Downton Abbey, dans Les Dames de la côte ou dans Autant en emporte le vent, c’est cette leçon de survie.

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