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Catégorie : L’usine à rêves (Page 20 sur 45)

Petits livres : grands moments ?

Voici le premier compte-rendu de lecture de 2017, qui évoquera non pas un livre, mais cinq.

Pour mes lectures sur le cinéma, j’en suis venue à ressembler à tout lecteur qui commence à connaître un auteur, une collection ou une thématique en particulier, et à attendre, avec plus ou moins d’impatience, certaines sorties.

En bonne cinéphile, j’attends donc avec ferveur les nouveautés des éditions Sonatine ou Rouge profond, la suite des ouvrages sur le cinéma comique d’Enrico Giacovelli (le 3e volume étant prévu pour le mois de janvier), ou encore les nouveaux numéros de la collection « BFI : Les classiques du cinéma » proposée par Akileos.

Ce sont ces derniers, attendus pour novembre 2016, et finalement publiés en janvier 2017, dont je vais parler aujourd’hui.

Une collection dédiée aux grands classiques

Je l’avais déjà évoqué au mois de septembre, au moment où j’ai découvert cette collection, lorsque 3 ouvrages avaient été publiés  : Alien, Shining et Brazil. Je n’ai lu que les deux premiers, qui se sont avérés excellents, et j’avais hâte de découvrir le quatrième et le cinquième éléments 😉 de cette collection : respectivement Le Parrain de Francis Ford Coppola et Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa.

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J’ai dévoré en une après-midi celui consacré au Parrain, et avant d’en dire plus, je voudrais encore une fois faire l’éloge de cette petite collection, qui propose à un prix tout à fait modique, pour chaque numéro, une analyse de film aussi captivante qu’accessible.

Vivement la suite, donc, bien que malheureusement, Akileos n’annonce pas de prochaines sorties pour l’instant.

À la rencontre du Parrain

Ma rencontre avec Le Parrain s’est faite tardivement, mais elle a été préparée, annoncée, par des films qui le mentionnaient et / ou lui rendaient hommage.

C’est d’abord une mention dans La Nuit américaine de Truffaut qui a attiré mon attention : le metteur en scène Ferrand (Truffaut) et la scripte Joëlle (Nathalie Baye) se retrouve pour travailler sur le script du film. Ferrand attrape un journal qui donne la programmation des salles à Nice en 1973 :

Au Kursaal : « Le Parrain« , au Rexy : « Le Parrain« … Dis donc, il n’y a que ça ! Il paraît que tous les autres films se ramassent.

La deuxième fois que j’ai entendu parler du Parrain, à nouveau sans même connaître l’histoire du film (sauf bien entendu que celui-ci évoquer la mafia), c’est à travers cet échange entre Tom Hanks et Meg Ryan dans Vous avez un message (You’ve got a mail), une comédie romantique de Nora Ephron sortie en 1998 :

Cela ne m’a pas plus éclairée mais ça a eu l’avantage de piquer ma curiosité.

C’est finalement en prépa, entre les 10 saisons de Friends et Dragon rouge, que j’ai enfin pu découvrir la trilogie, à l’occasion de la sortie de l’intégrale en DVD.

Je ne vais pas tenter de faire un résumé de cette trilogie, l’une des plus belles du cinéma, même si j’avoue une nette préférence pour les deux premiers volets. Je ne vais pas non plus faire le catalogue de mes scènes préférées. Je crois que j’aime simplement toutes les scènes dans lesquels Marlon Brando fait ne serait-ce qu’une apparition.

Et pour ceux qui voudraient découvrir ou se remémorer cette fresque magnifique, je n’ai rien trouvé de mieux que cette rétrospective, signalée par le site de la revue Première, il y a quelques jours :

Passons maintenant au livre.

Le livre que la collection BFI : Les Classiques du cinéma consacre au Parrain est l’œuvre de Jon Lewis, universitaire et auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma, dont l’un porte déjà sur Coppola.

Je n’ai que du positif à dire de ce livre qui, comme les autres volets de cette collection, étudie le film à sa façon et avec brio (attention, ce livre n’est consacré qu’au film originel de la saga, vous n’y trouverez pas de référence aux deux volets suivants).

Ce qui m’a frappée, c’est la façon dont l’auteur ouvre, si j’ose dire, progressivement l’objectif.

L’ouvrage est construit en trois grands chapitres qui se lisent quasiment d’une traite : « Je crois en l’Amérique », « Je crois en Hollywood » et « Je crois en la mafia ».

Durant le premier chapitre, Jon Lewis concentre son regard sur des scènes clefs du film, et en particulier la première scène, qui ouvre Le Parrain, et où le personnage de Bonasera dit justement cette phrase « I believe in America », au moment même où son visage apparaît à l’écran.

Ces quelques scènes, méticuleusement rapportées et analysées, permettent d’ouvrir le regard du spectateur à l’art de Coppola, à la mise en scène, au scénario, et aux relations entre les personnages, et jusqu’à ce qui distingue la saga du Parrain des autres films de gangsters.

Dans le second chapitre, nouvelle prise de hauteur : « Je crois en Hollywood » décrit la genèse du Parrain, et les relations houleuses entre Coppola et son producteur Robert Evans – relation qui ne s’est pas apaisée avec les années.

Enfin le troisième chapitre, « Je crois en la mafia », est consacré aux rapports du film à cette dernière, tant sur le plan romanesque et scénaristique (Le Parrain étant un roman avant d’être un film, et les deux matériaux ayant puisé leurs sources d’inspiration à la fois dans la société des États-Unis et dans l’environnement quotidien de leurs maîtres d’œuvre) qu’historique et financier.

Bref, comme les numéros précédents de cette collection, et comme le suivant, l’analyse du Parrain par Jon Lewis offre un formidable éclairage non seulement sur un film, mais sur son tournage et sur le contexte de sa réalisation.

Vous reprendrez bien un Kurosawa ?

Il en va de même pour le cinquième ouvrage de la collection, consacré aux Sept samouraïs, par Joan Mellen, professeure d’anglais et d’écriture à la Temple University de Philadelphie, et auteure de plusieurs livres sur le cinéma japonais.

Si son propos n’adopte pas la même structure que celui de Jon Lewis sur le Parrain, on y retrouve la même intention : restituer l’univers d’un film et de son réalisateur, captiver le lecteur par la force évocatrice des images et de l’analyse.

Les Sept samouraïs et Le Parrain ont ceci de commun, au-delà évidemment de leurs différences flagrantes, de retranscrire dans un film l’essence même d’une époque et / ou d’une civilisation, en partant d’un microcosme social bien déterminé : mafia d’un côté, samouraïs de l’autre, pour leur faire atteindre, chacun d’eux, une dimension quasi-mythique.

Chacun a des rites, des codes, des frontières à ne pas franchir, chacun est magnifié par le réalisateur derrière la caméra. La comparaison s’arrête là.

Pour qui ne connait pas Les Sept samouraïs, il s’agit d’un film de 1954 du réalisateur japonais Akira Kurosawa, et mettant en scène sept samouraïs sans maître – des ronins – très différents les uns des autres et venant au secours d’un village attaqué par des brigands :

Ce que j’avais aimé dans ce film, c’était la façon dont était ciselée, sans excès ni caricature, chacune des sept personnalités des samouraïs, ce sur quoi revient évidemment Joan Mellen, et le choc entre deux groupes : ceux qui se battent à pied, avec sabres, bâtons et arcs, et ceux qui combattent à cheval et armes à feu.

Je ne rentrerai pas autant dans les détails de ce livre que je l’ai fait pour celui consacré au Parrain, pour la simple raison que je n’ai vu les Sept samouraïs qu’une fois, et que j’ai dû voir Le Parrain une dizaine de fois.

Il me suffit de dire que Joan Mellen nous transporte elle aussi avec virtuosité dans l’atmosphère du film et de son réalisateur, on y apprend ou on y redécouvre beaucoup de choses sur la culture japonaise, à commencer évidemment par les samouraïs, et on ressort de cette lecture avec à nouveau l’envie de s’émerveiller devant leurs exploits.

Comment comprendre… quand… ?

Je terminerai cet article par la présentation de trois petits livres qui ont, eux aussi, été publiés en janvier 2017. Ces trois livres font partie d’une même collection, aux éditions 404, et ont les mêmes auteurs : Julien Tellouck et Mathias Lavorel.

Il s’agit de : Comprendre les super héros quand on a même pas remarqué que Superman porte son slip par-dessus son collant, Comprendre Star Wars quand on n’a toujours pas compris qui est le père de Luke Skywalker, et Comprendre Game of Thrones quand on n’est pas fan mais que tous nos amis le sont.

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Ces petits ouvrages font entrer le lecteur, avec humour et bienveillance, dans l’univers dont ils traitent, et le néophyte comme le passionné y trouveront leur compte : le néophyte parce qu’il apprendra à enfin décrypter toutes ces références qui l’entourent, le passionné parce que cela lui fera l’effet d’une piqûre de rappel amusante et débridée.

J’ai choisi ces livres, pas parce que je comptais en apprendre plus sur des univers que je connais déjà, mais parce que justement, je savais que je sourirai de ces piqûres de rappel. J’ai d’ailleurs commandé celui sur les super-héros, et un autre consacré aux jeux-vidéos, pour le CDI du lycée, parce que je pense qu’ils peuvent plaire aux élèves.

Ces petits livres, très simples, ne sont pas forcément faits pour être lus d’une traite, on les prend, on les ouvre à une page au hasard, on les repose, on en prend un autre, on les prête, on les lit à voix haute à ses amis.

Ils sont autant propices à la découverte qu’au partage, et ces qualités, c’est bien ce qu’on recherche, et ce que j’ai trouvé durant les cinq lectures évoquées aujourd’hui.

Bonnes lectures et bonnes découvertes à tous, et à bientôt sur Cinéphiledoc !

2016 : Palmarès de lecture

Voici le désormais traditionnel palmarès de mes lectures cinéphiles de l’année écoulée.

Mais avant toute chose, je commencerai par un petit aperçu de ce que j’ai inauguré en 2014 avec l’exposition en hommage à François Truffaut, et de ce que j’ai poursuivi cette année avec la visite de Chaplin’s wolrd : la visite d’une exposition en lien avec le cinéma.

En cette fin d’année, il s’agit de l’une des expositions de la saison 2016-2017 de la Cinémathèque française : « De Méliès à la 3D : la machine Cinéma ».

Avant…

Je ne résiste pas à un petit panel d’impressions parisiennes avant la visite de cette exposition : promenade entre Saint-Michel et Notre-Dame, arrêt à Shakespeare and Co, librairie et salon de thé à l’ambiance feutrée et bibliophile (voir ci-dessous), et déjeuner au Marcello, un petit restaurant italien très sympa presque en face de la Cinémathèque française, qui loge dans l’ex American Center construit par l’architecte Frank Gehry, au 51 rue de Bercy.

Pendant « De Méliès à la 3D »

J’ai déjà dit à quel point j’appréciais les expositions de la Cinémathèque française, le jeu subtil entre le son, l’image, les objets et les textes (ici peu présents). Je le redis encore une fois.

Le commissaire de l’exposition est Laurent Mannoni, auteur du passionnant ouvrage sur L’Histoire de la Cinémathèque française, et directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française (en gros, c’est lui qui s’occupe de tous ces objets fascinants que l’on découvre au fil de cette exposition : caméra, praxinoscope, mais aussi des lanternes magiques… toute l’archéologie du cinéma en somme).

C’est un passionné à l’œuvre et on le ressent dans toute cette exposition : cela lui fait plaisir de montrer tous ces monstres de machines aux visiteurs, de les faire fonctionner sous nos yeux et de nous faire ressortir de là émerveillés.

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Comme pour chacune des expositions de la Cinémathèque, on commence par des affiches, et une entrée, on a l’impression d’entrer au cinéma, ou plutôt d’entre « en cinéma », comme on entre en religion, et l’on va vagabonder parmi ce foisonnement d’objets de culte laïque…

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Tout y est : de l’invention la plus ancienne d’Edison, le kinétoscope (savoureusement désignée sous le nom de « the latest Edison ») aux caméras les plus modernes, aux projections 3D et de réalité virtuelle, en passant par les gigantesques hauts parleurs, le plateau de tournage reconstitué de Marcel Carné, et par la fameuse Steadicam chère à Stanley Kubrick.

L’expérience de réalité virtuelle sur laquelle se conclut l’exposition, avec le Kinoscope, est absolument merveilleuse : le film proposé pour l’occasion est un petit chef d’œuvre de poésie et de magie.

Évidemment, il vaut mieux avoir le Cardboard pour pouvoir visionner cette vidéo dans les meilleures conditions, mais j’ai tout de même voulu en garder une trace…

Après…

Je n’ai pas acheté le catalogue de l’exposition, certes très beau, mais je commence à manquer de place dans mes étagères…

J’ai néanmoins flashé sur ce qui est mon dernier coup de cœur de l’année 2016, une perle aux éditions Taschen, comme les archives Kubrick dans mon précédent article : Muybridge. The Human and Animal Locomotion Photographs.

Petit résumé de cet ouvrage, composé en majorité de planches d’images qui décomposent le mouvement :

Le photographe anglais Eadweard Muybridge (1830-1904) fut un pionnier de l’observation visuelle du mouvement des hommes et des animaux. En 1872, il aida notoirement l’ancien gouverneur de Californie, Leland Stanford, à mettre fin à une polémique en photographiant un cheval au galop. Muybridge avait inventé un système complexe d’obturateurs simultanés permettant d’obtenir des arrêts sur image, et de prouver par-là pour la première fois de manière irréfutable qu’un cheval au galop décolle ses quatre sabots du sol pendant une fraction de seconde.

Après cette exposition, j’ai visité pour la énième le musée du cinéma, où était installée durant cette période une exposition temporaire consacrée au cinéma japonais.

Voilà pour cette jolie petite sortie cinéphile, j’en profite pour remercier Léo Paget, comédien, réalisateur et cousin de son état, de m’y avoir accompagné, passons maintenant au palmarès 2016.

Palmarès 2016

D’abord un point rapide :

J’ai lu cette année 14 livres exclusivement consacrés à l’univers du cinéma et des séries télévisées.

Sur ces 14, trois étaient consacrés à un film en particulier, trois autres à un réalisateur, deux à un acteur, deux évoquaient un aspect précis du cinéma, deux autres un aspect précis des séries télévisées.

L’avant dernier évoquait tant d’aspects du cinéma qu’il n’entre dans aucune des catégories précédentes… Quant au dernier, inclassable lui aussi, il l’était, mais moins par les sujets qu’il abordait que par sa manière de les aborder.

Sur ces quatorze lectures, je n’ai rien à redire, et je n’ai passé avec elles que de bons moments, mais il y en a tout de même certaines qui m’ont marquée plus que d’autres et qui figureront dans ce palmarès.

Catégories « sériephile / sérievore »

Évidemment, dans cette catégorie, les deux livres précédemment cités, et qui m’ont autant plu l’un que l’autre, à savoir :

  • Rêves et séries américaines de Sarah Hatchuel, autant pour le sujet du livre, captivant, pour l’auteur, des plus érudites et nous faisant remémorer des scènes de films et de séries télévisées où les personnages ne cessent de vaciller entre rêves et réalité, et nous entre réalités et fictions… Mais aussi parce que le livre promettait presque un contenu numérique (sites Web, vidéos sur YouTube) que j’aurais aimé plus accessible et plus ambitieux, mais tout de même alléchant…

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Catégorie « films et réalisateurs »

Dans cette catégorie, à laquelle 6 livres pourraient appartenir, je choisis de n’en retenir que deux.

Certes, j’ai beaucoup aimé le récit du tournage de La Grande Vadrouille, et j’ai aimé réfléchir sur différents aspects de Shining et de Alien qui m’avait échappé (dans la même collection de ces deux petits ouvrages, j’attends d’ailleurs toujours la sortie de ceux consacrés respectivement au Parrain et aux Sept samouraïs)… mais là encore, deux livres m’ont particulièrement marquée.

  • Le premier est une lecture encore relativement récente : Les Archives Stanley Kubrick aux éditions Taschen, et déjà mentionné au début de cet article, puisque j’ai trouvé à la Cinémathèque une autre pépite de ces éditions. J’ai apprécié cette lecture moins pour son contenu que pour le fait que Taschen faisait la démarche de mettre à la portée de (pratiquement) toutes les bourses quelque chose d’aussi riche et d’aussi beau visuellement.

  • Le deuxième est un petit échantillon de ce qu’aura été pour moi l’année 2016, à savoir une année Chaplin : la lecture du dernier projet de Chaplin, The Freak, m’a permis de prolonger le bonheur suscité par la visite de Chaplin’s world. Ce livre, qui se lit comme un roman, est l’un des plus beaux hommages qu’on pourrait rendre à ce cinéaste, un joyau d’écriture et de recherche, et que je n’hésite pas à placer parmi mes plus belles expériences de 2016.

Catégorie « écrire au cinéma / écrire le cinéma »

Pour cette dernière catégorie, deux ouvrages qui mêlent avec virtuosité écriture et cinéma.

  • Le premier, Les Écrivains du 7e art, de Frédéric Mercier, explore les relations tumultueuses entre les écrivains et le cinéma : expériences ratées, projets avortés ou méconnus, ambitions déçues… dans un voyage ouvert sur, peut-être une nouvelle exploration…

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  • Enfin, ultime sélection de ce palmarès 2016, Les Fantômes du souvenir de Serge Toubiana, qui remet à l’honneur le prix de la « madeleine de Proust » que j’avais accordée en 2013 à l’ouvrage de Jean-Pierre Pagliano sur Le Roi et l’Oiseau. C’est l’impression que suscitent en moi de tels ouvrages, qui respirent l’enfance, la nostalgie, les paradis perdus (et retrouvés), les images en mouvement qu’on aperçoit un jour et qui restent gravées en nous, et les rencontres, forcément belles, avec les films et avec les êtres… qui nous font rêver et espérer.

Et c’est sur cette note d’espoir que je clos ce palmarès, vous souhaitant pour 2017 toute la douceur, toute la sérénité, et, pour plagier Serge Toubiana, toute la mémoire du monde…

Cinéma en images, infographies et vidéos

Pour clôturer cette année 2016, et comme mon dernier article de #profdoc va arriver relativement vite, tout comme les vacances et le palmarès de lecture, je vous propose de finir l’année sur un article un peu plus léger, en deux temps.

Dans un premier temps, j’évoquerai, comme d’habitude, l’une de mes lectures cinéphiles de fin 2016. Dans un second temps, je vous propose une petite sélection de mes chaînes YouTube préférées, consacrées au cinéma.

Cinéma en images

J’ai repéré dernièrement, et je ne dois pas être la seule, la tendance des éditeurs à proposer aux lecteurs des ouvrages sur le cinéma – mais ça pourrait être aussi bien sur la peinture, l’architecture ou la littérature – entièrement en dessins, images ou infographies.

Le premier de ces ouvrages à m’avoir frappé était Star Wars Graphics : L’univers décrypté en infographies, de Virginie Iscan, et publié chez Hachette en août 2015, pour surfer sur la vague de la sortie attendue de Star Wars épisode VII.

Ceux qui lisent mes articles #profdoc connaissent à présent ma manie des infographies, et j’utilise quasi quotidiennement le site Piktochart pour à peu près tout et n’importe quoi : le bilan d’activités du CDI, la signalétique, des affiches d’expositions, des lettres de diffusion, etc.

C’est dire si j’ai été sensible à ce petit livre, sans doute ni le premier ni le dernier à présenter un univers cinématographique de cette manière, mais le premier que j’ai repéré.

L’ouvrage s’ouvre sur des généralités : présentation des différentes planètes, des sabres lasers, espérance de vie des différentes races, chronologies, lieux de tournage, taille des vaisseaux, ainsi que cette page, qui m’a beaucoup plu, Jedi vs Sith :

Suivent deux parties chacune consacrée à la première Trilogie et à la deuxième Trilogie, avec à chaque fois des informations sur la taille des personnages, leur parcours dans la galaxie, le Faucon Millenium, les batailles, etc.

Mais c’est un ouvrage plus récent qui m’a rappelé cette tendance actuelle à tout mettre en images, pas seulement pour synthétiser l’information et la rendre visible ou visuelle, mais aussi pour présenter les choses d’une manière différente, parfois bien plus intrigante…

Le livre en question a été publié en octobre 2016 aux éditions Tana. Un film se cache dans cette image : 70 énigmes graphiques pour cinéphiles est co-écrit (ou plutôt co-conçu) par Thomas Seban, scénariste, réalisateur et professeur des écoles (étonnante triple casquette) et Mathieu Persan, présenté comme un passionné du design graphique des années 30.

J’avais repéré ce livre en librairie, sans vraiment l’avoir feuilleté, et je m’attendais à ce que celui-ci prenne son titre au pied de la lettre. En gros je m’attendais à un « Où est Charlie ? » d’affiches de films.

C’est en fait le sous-titre qui doit être pris au pied de la lettre : « 70 énigmes graphiques pour cinéphiles », et la couverture (vous avez deviné ?).

Les auteurs prennent le cinéphile au dépourvu, le déconcerte, notamment avec une page :

— leur

—rage

—rant

—teau

Allez-y, trouvez le titre, vous avez une heure ! Mais si vous n’êtes pas découragés, en regardant la solution, vous vous émerveillerez davantage du goût des jeux de mots et des calembours prisé par ces deux compères, que par les dessins eux-mêmes.

À chaque réponse, on se torture les méninges : pourquoi / comment ont-ils pensé à ça ? et en de rares occasions, qu’est-ce qu’ils ont fumé ?

Une fois l’ouvrage refermé, vous ne le rouvrirez peut-être pas tout de suite, pour pouvoir être à nouveau surpris par ses énigmes, mais vous le laisserez sans doute en évidence quelque part, pour qu’un proche ou un ami, attiré par la couverture, se prenne lui aussi au jeu et se fasse piéger par le dessin de quatre femmes qui collent « off » sur un mur et la cinquième qui colle « on »… (vous l’avez ?)

Voilà pour ces petites lectures légères, passons à la deuxième partie de cet article.

Cinéma sur YouTube

Sur YouTube, je suis abonnée à une quarantaine de chaînes, qui abordent à peu près tous les sujets : cinéma, musique, sciences, histoire…

Sur ces quarante chaînes, 8 sont consacrées exclusivement au cinéma, et une bonne partie des autres aborde à un moment où un autre le cinéma. Je vous donne ici quelques-uns de mes chouchous.

  • Blow Up, évidemment…

Ceux qui suivent régulièrement mes articles cinéphiles ou mon compte Twitter savent que j’attends chaque mardi avec à chaque fois beaucoup d’impatience les nouveaux numéros de Blow-Up, que je boude à chaque coupure estivale, que je râle à chaque retard, et que j’ai une petite préférence pour leurs Playlists « Top 5 », « C’est quoi » et « Bio express ».

J’aime aussi beaucoup les « Introuvables », surtout « Vous connaissez « Have you heard » ? » et « Vous connaissez « Confessions of a nazi spy »?

Le plus dur a été ici de choisir un exemple, une vidéo qui vous donne comme moi envie de plonger la tête la première dans Blow Up :

Je choisis donc ce focus sur l’écrivain au cinéma, mais j’aurais pu choisir la salle de cinéma au cinéma, les chats au cinéma, la porte au cinéma, les fantômes au cinéma, l’école au cinéma… tous parfaits et tous pourvoyeurs de petites madeleines cinéphiles…

  • Le Fossoyeur de films

Ma deuxième chaîne favorite en terme de cinéma, c’est celle du Fossoyeur de films. Je suis moins ses « Après séances », des Vlogs où il évoque les films qu’il vient de voir, j’adore les vidéos « Fossoyeur de films » où il fait des focus sur certains thèmes et où il déterre des pépites du cinéma (surtout horreur, science-fiction, et tournages ayant été particulièrement épiques)

Il a d’ailleurs publié sur Dailymotion des émissions « Film wars » sur des films dont tout, du tournage à la sortie, a été catastrophique, ce qui les a rendu mythiques. Je vous recommande particulièrement ces « Film wars ».

Sur sa chaîne YouTube, ma préférence va à ses apartés, encore rares, où il évoque les comédiens le plus souvent morts à l’écran ou le fameux cri de Wilhelm.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : le manuel du savoir-vivre du spectateur.

Un indispensable lorsque l’on va au cinéma, régalez-vous !

  • 2 chaînes en anglais : Cinéfix et Beyond the Frame

Les deux chaînes font des Top et des focus sur certaines thématiques ou certains réalisateurs.

Cette vidéo de Beyond the Frame, consacrée aux bibliothèques et aux librairies, réjouira, je pense, particulièrement les cinéphiles et les #profdoc !

  • Ginger Force

Pour les amateurs d’adaptations littéraires au cinéma, je recommande particulièrement la chaîne de Ginger Force, avec la playlist « Adaptation ».

En voici une idée, avec le désastre « Astérix et Obélix au service de sa majesté », attention ça pique !

  • Movion VS History, Nota Bene

Nota Bene, qui apparaît dans la vidéo de Ginger, et qui a une chaîne YouTube dédiée à l’histoire, consacre néanmoins quelques vidéos aux cinéma, sur la playlist « Motion VS History ».

Puisque je n’ai pas beaucoup parlé de séries télévisées, retrouvez ci-dessus le numéro (en deux partie) de cette playlist consacré à l’histoire dans Game of Thrones.

  • LinksTheSun et ses points culture

L’un des « poids lourds » de YouTube, LinksTheSun, qui s’amuse à décortiquer les paroles de chansons dans ses « Nan mais t’as vu ce que t’écoutes », consacrent quelques-uns de ses « points culture » au cinéma.

J’ai choisi l’une des vidéos les plus récentes, pour vous donner une idée du personnage… J’ajoute que j’ai également utilisé l’une de ses vidéos (un extrait) dans une séance en EMC avec des élèves de Première, vous en saurez plus en fin de semaine !

  • Le petit dernier : Joris Faucon Grimaud

Je l’ai découvert cette semaine via Twitter et cette vidéo que j’ai beaucoup aimée :

Pour clôturer cette sélection et cet article où le cinéma est mis en images, en dessins et en vidéos, je vous laisse avec l’excellent Gotlib et sa merveilleuse planche « Langage cinématographique ».

L’article #profdoc paraîtra vendredi.

Bonne fin de décembre à tous et bonnes fêtes !

Souvenirs de films, souvenirs d'enfances

Dans mes articles cinéphiles, j’évoque souvent certains de mes souvenirs cinématographiques les plus marquants. Il n’est pas rare que je commence un article par « La première fois que j’ai vu tel ou tel film… » ou par « L’un de mes plus beaux souvenirs cinématographiques reste… »

On se souvient souvent d’un film comme d’une rencontre, que ce soit un vrai coup de foudre, un rendez-vous manqué ou une aversion immédiate. Je préfère généralement parler des rendez-vous manqués, auxquels il arrive bien souvent qu’on laisse une seconde chance, ou des coups de foudre, quasiment jamais des aversions…

Témoigner de mes souvenirs cinéphiles me permet de me remémorer certaines scènes, de ponctuer le film d’émotions et de susciter, à la lecture des livres que je parcours, les plus belles scènes à mes yeux, dans un perpétuel aller-retour.

Cet article ne fera pas exception.

J’y évoquerai deux lectures, qui n’ont de commun que le cinéma, et les souvenirs, les miens, et ceux d’un autre. Car je ne suis pas la seule à accorder une telle importance aux souvenirs de films, loin de là.

Premier souvenir

« Un jour mes parents se rendirent à Tunis, la capitale, et m’emmenèrent avec eux voir La strada. Ce devait être en 1956, j’avais donc sept ans. Le film a provoqué en moi une peur incroyable et suscité une répulsion profonde. Tout dans le film m’effrayait. Aussi bien les visages que les corps des comédiens, leurs gesticulations et leur promiscuité. De même le décor, l’Italie pauvre, en noir et blanc, misérable. Si bien que j’ai vu le film sans le voir, par intermittence, les yeux souvent fermés ou baissés. »

C’est par ces quelques lignes que s’ouvrent Les Fantômes du souvenir, de Serge Toubiana, publiés chez Grasset en octobre 2016. Et ces lignes sont l’une des deux raisons qui m’a immédiatement convaincue de lire la suite. La seconde raison, je la donnerai un peu plus tard.

Un souvenir d’enfance, un souvenir de film, le premier film donc. La Strada. On ne peut pas vraiment parler d’un coup de foudre… Lorsque j’ai lu ces quelques lignes, je me suis souvenue moi aussi de ma première Strada : vers quinze ou seize ans, avec mon père, à la télévision : « Tu vas voir, Fellini, c’est magnifique ! » Je ne crois pas avoir été aussi emballée, pas plus par La Strada que par La Dolce vita… mon Fellini à moi reste Fellini Roma, et je n’ai jamais réussi, encore, à revoir La Strada.

Mais revenons à ce livre et à son auteur, Serge Toubiana. Critique de cinéma, il a été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, directeur de la Cinémathèque française entre 2003 et 2016, et il reste pour moi le co-auteur d’une magnifique biographie de François Truffaut, avec Antoine de Baecque.

Quant à ses Fantômes du souvenir, il est simple, beau, on y fait de belles rencontres (Truffaut, évidemment, Godard, inévitablement, Coppola, Isabelle Huppert…), on y assiste à des événements cinéphiles (anniversaire des Cahiers du cinéma, expositions à la Cinémathèque, projections…), on y observe d’abord la formation d’un cinéphile, puis les coulisses d’une revue, et les coulisses d’une institution.

On y suit des projets tels que la préparation d’un documentaire sur Truffaut, ou la découverte, dans les locaux des Films du carrosse, des bandes sur lesquelles étaient enregistrés les fameux entretiens Hitchcock / Truffaut. On y voit défiler le cinéma en perpétuels allers-retours, présent et passé se côtoient : Henri Langlois et nouvelle Cinémathèque, parcours de cinéastes, portraits d’hier et d’aujourd’hui.

Page après page de cet itinéraire dont on prolonge sans cesse la lecture, dont on diffère sans cesse le moment de le reposer, ce qui m’a le plus frappé, c’est une extraordinaire bienveillance. Hormis La Strada, moins aversion que rendez-vous manqué, et qui fait plus figure d’électrochoc ou de souvenir proustien, Serge Toubiana ne semble retenir que les belles rencontres, les expériences enrichissantes et les émotions.

Et chez cet amoureux de cinéma, vous ne trouverez ni hostilité, ni élitisme, juste (et presqu’exclusivement) les bons souvenirs.

Souvenir d’une rencontre

Je venais d’achever mon Master 1 de Littérature française, et mon directeur de recherche, Jean-François Louette, m’avait enjoint de trouver un sujet de mémoire pour ma deuxième année.

J’avais réussi à le convaincre que mon sujet, tout cinéphile qu’il était (l’influence de Proust dans le cinéma de Truffaut), pouvait tout à fait faire l’objet d’un mémoire de littérature.

Cet été-là, en 2008, Serge Toubiana intervenait à la radio, je ne me souviens plus à quelle fréquence, pour évoquer les entretiens Hitchcock / Truffaut, et l’on m’avait soufflé l’idée de le contacter. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai laissé un commentaire sur le blog qu’il tenait, en tant que directeur de la Cinémathèque française. J’ai eu très vite la surprise de recevoir une réponse, m’invitant à le rencontrer.

Cela peut paraître dérisoire à une personne extérieure, mais entrer dans les bureaux de la Cinémathèque française, patienter dans une salle à côté de personnes qui s’interpellent, demandant si « on n’a pas des nouvelles de Deneuve », s’assoir dans un bureau rempli de livres et de DVD et donnant sur la Seine, et parler de Truffaut avec Serge Toubiana, cela a de quoi impressionner, et avoir toujours envie de remercier, même 8 ans après.

Voilà pour la deuxième raison qui m’a poussée à lire ce livre, où j’ai reconnu à chaque page cette disponibilité et cet indéfectible amour du cinéma, à l’image de la description qu’il fait du réalisateur Wim Wenders à la fin d’un chapitre :

Jamais froid ni intimidant, toujours amical et généreux. Il transmettait mieux que quiconque à cette époque, l’amour du cinéma, l’ancien et le nouveau. Et d’où qu’il vienne.

Et passé ce souvenir, j’en reviens aux souvenirs !

Premiers souvenirs

En relisant la première phrase de Serge Toubiana, je me suis demandée quel film pourrait m’avoir marquée enfant autant que La strada avait pu le marquer.

Évidemment, des films marquants, il y en a eu, aussi bien des Chaplin que des films d’animation, avec, pour mes souvenirs les plus anciens, une prédilection pour les Don Bluth (Fievel, Brisby et le secret de Nimh, Le Petit dinosaure).

Mais il y en a peut-être trois dont le souvenir n’a été ni effacé, ni déformé : Le Roi et l’oiseau, auquel j’avais déjà consacré un article, Cinema Paradiso, dont j’ai parlé à plusieurs reprises, et Barry Lyndon.

Et c’est justement à Barry Lyndon que je pensais au moment où j’ai ouvert Les Fantômes du souvenir, parce qu’au même moment je parcourais Les Archives Stanley Kubrick, publiées généreusement fin 2016 par les éditions Taschen.

Pourquoi généreusement ? Parce que ces archives, comme celles de Chaplin ou plus récemment de Walt Disney, ont été d’abord éditées dans un format « extra large » et à un prix nettement moins abordable… J’espère donc que cette initiative Kubrick sera suivie d’autres, qui mettront à la portée du cinéphile ces superbes documents.

Dans ces archives, on retrouve évidemment une analyse détaillée des films et de la carrière de Kubrick, ainsi que des projets avortés, (le fameux Napoléon dont je ne cesse de vous rabattre les oreilles). Et une large place est laissée à la photographie, ce qui m’a donné envie de revoir Barry Lyndon.

Barry Lyndon

Barry Lyndon… pour moi à l’origine deux cassettes vidéos, première et seconde partie, en français, avec la voix inoubliable du narrateur, Jean-Claude Brialy.

Une histoire en costumes, magnifique, avec des décors somptueux, et des personnages auxquels, petite, je ne comprenais pas grand chose : un garçon un peu niais du fin fonds de l’Irlande, amoureux déçu, qui s’en va jouer au petit soldat, qui change d’uniforme, qui devient joueur, puis qui se marie…

Et puis il y avait cette musique, que j’écoutais en boucle sur cassette audio, et en alternance à mon panthéon musical avec le Let’s dance de David Bowie et le Non homologué de Jean-Jacques Goldman. Une musique incroyable qui vous arrive dans la tronche dès les premières minutes et qui ne vous lâche plus…

Aujourd’hui, Barry Lyndon a pris pour moi une autre mesure.

Il y a toujours la musique, cette scène d’ouverture fascinante, ce narrateur à l’ironie et à la voix envoûtantes :

Je peux difficilement choisir parmi mes scènes préférées, celle des Grenadiers anglais ? celle de la désertion vers la Prusse ? celle du jeu éclairé à la chandelle ? Je reprendrai juste celle de la bataille :

Avec le temps, j’ai compris que je ne parviendrai jamais à ressentir de sympathie pour les personnages : Barry est un amoureux déçu, qui a perdu toutes ses illusions et qui devient une crapule qu’on souhaite tout de même voir arriver à ses fins.

Quasiment tous les autres personnages sont lâches, hypocrites, menteurs, et même les bons laissent indifférents, comme lorsqu’on lit les Liaisons dangereuses, et qu’on se surprend à préférer la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, tout odieux et machiavéliques qu’ils soient, face à la niaiserie et à la candeur de tous les autres.

J’ai appris à apprécier la composition des scènes, la magnifique photographie, et le soin accordé à chaque détail.

Toujours maintenant, j’ai plaisir à voir et revoir Barry Lyndon, il reste mon Kubrick indétrônable… et après de longues recherches, des années de disette où elle n’était plus disponible, j’ai enfin remis la main sur la bande originale, qui reprend sa place dans mon atmosphère musicale.

Et pourtant, il y aura certainement des articles à venir où j’évoquerai des souvenirs cinématographiques qui m’auront marquée tout autant que Barry Lyndon.

Mais je repense à cet article de François Truffaut sur Isabelle Adjani :

Je dis parfois à Isabelle Adjani : « Notre vie est un mur, chaque film est une pierre. » Elle me fait toujours la même réponse : « Ce n’est pas vrai, chaque film est le mur. »

À très bientôt !

50 ans et pas une ride

Pour ce compte-rendu de lecture du mois d’octobre, j’ai cédé à la tentation d’évoquer un souvenir cinématographique presque unanimement partagé, avec, je l’espère, un peu de légèreté et beaucoup d’humour.

Quatre questions en introduction…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit questionnaire, auquel je vous propose, si vous le souhaitez, de répondre en commentaire.

  1. Quel film vous fait le plus rire ?
  2. Quel film vous fait non seulement le plus rire, mais vous fera rire à nouveau à chaque fois que vous le reverrez ?
  3. Lorsque vous en parlez, de quel film ne pouvez-vous pas choisir une seule scène et dire « c’est celle que je préfère », avant de vous raviser à coup de « Non celle-ci, ou plutôt non, celle-là » ?
  4. Enfin, quel film pouvez-vous voir et revoir au gré de ses rediffusions même si vous en possédez une copie dans votre DVDthèque ?

Vous me répondrez sans doute, pour chaque personne, une réponse différente, et moi-même je serai capable de donner chaque jour une réponse différente (sachant qu’à ce questionnaire, je pourrais aussi bien répondre « la série Kaamelott », ou « les films Mon petit doigt m’a dit ou Le Crime est notre affaire).

Mais je pense tout de même qu’avec une certaine régularité, je tomberai sur un film avec De Funès, et, toujours avec régularité, sur La Grande Vadrouille.

Souvenirs cinématographiques de La Grande Vadrouille

Je ne sais plus si j’ai déjà parlé de La Grande Vadrouille sur ce blog, j’ai dû inévitablement mentionner ce film lorsque j’ai parlé il y a quelques années des dictionnaires thématiques, dont celui consacré à De Funès, et j’ai dû  l’évoquer au moment du décès de Marie Dubois, inoubliable Juliette qui recueille Augustin et Peter Cunningham poursuivis par les allemands.

Je saute donc sur l’occasion – 50 ans, c’est trop beau – et m’attarde quelques instants sur mes souvenirs de La Grande Vadrouille.

Tout d’abord, je ne me souviens absolument pas de la première fois où j’ai vu ce film. Je me souviens de mes premiers Chaplin, de La Nuit américaine, de mes premiers Bogart et Bacall, ou encore du Roi et l’oiseau ou de ma première vision époustouflée de Barry Lindon

Je n’ai aucun souvenir de ma première Grande Vadrouille. Par contre, assez facilement, je dirai que depuis cette première rencontre, j’ai eu l’impression toujours d’être accompagnée par ce film, et de ressentir ce même plaisir, cette même joie, à chacune de nos retrouvailles. La Grande Vadrouille peut ainsi répondre à mes deux premières questions ci-dessus, et également à la quatrième.

Enfin, pour ce qui est des scènes cultes, il est vrai que j’ai bien du mal à me décider, même si la mélomane en moi retiendra évidemment la scène de l’opéra avec De Funès en chef d’orchestre… L’amateur d’absurde se souviendra le rire aux lèvres de l’interrogatoire « De moi vous osez vous foutez ». Le nostalgique retiendra la première rencontre (dans le film, puisqu’ils avaient tourné avant Le Corniaud) entre Bourvil et De Funès :

J’ai également une tendresse particulière pour les scènes aux hospices de Beaune, en particulier celle-ci :

car elle me rappelle Caradoc dans Kaamelott, et ses obsessions culinaires « Le gras c’est la vie », et l’extrait qui suit immédiatement « Dites trente trois, trente trois. – Thirty three, thirty three »…

Bref, c’est avec bonheur, et facilité, que j’ai décidé de ma lecture du mois de septembre, à savoir un livre sorti à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce phénomène cinématographique.

Les 50 ans de La Grande Vadrouille

L’ouvrage est sorti, très opportunément, en septembre 2016 : il s’agit de Sur la route de La Grande Vadrouille : les coulisses du tournage, un livre de Vincent Chapeau, préfacé par Danièle Thompson, et sorti aux éditions Hors Collection.

On le présente comme une « édition spéciale 50 ans du film », de 144 pages.

Néanmoins, et c’est là que j’ai cédé à la facilité, ce n’est ni sous cette couverture, ni avec ce nombre de pages que je connais ce livre, mais dans une précédente édition de 2004, celle-ci de 112 pages… j’ignore donc tout des 32 pages supplémentaires, j’essaierai d’y jeter un oeil pour un éventuel addendum !

Voici le livre tel que je le connais, et tel que je l’ai trouvé à l’office de tourisme de Meursault, lors d’un petit séjour des plus sympathiques en Bourgogne il doit y avoir trois ou quatre ans.

Après la préface de Danièle Thompson, et une brève introduction de l’auteur, ce dernier revient en quelques pages sur la genèse de La Grande Vadrouille, depuis le succès du Corniaud en 1965 jusqu’aux démarches de financement, en passant par l’écriture du scénario et les repérages.

Puis le lecteur est embarqué sur un tournage qui débute à Vézelay le 15 mai 1966, pour s’achever le 12 septembre dans un train aux abords de Paris, où un parachutiste anglais s’excuse par mégarde dans sa langue maternelle auprès d’un officier SS. S’ensuivent deux mois de post-production, avant une sortie triomphale en décembre 1966.

S’il n’était peut-être pas de bonne humeur en ouvrant le livre de Vincent Chapeau, parce que les jours raccourcissent, parce que les températures baissent, parce que… parce que… parce que… ce même lecteur va vite se rendre compte que la bonne humeur, l’euphorie, l’humour n’étaient pas que dans le scénario, et sont contagieux.

Il va suivre les comédiens parmi les plus célèbres du cinéma français des années 60-70, et toute une équipe de cascadeurs, décorateurs, figurants, d’abord dans une ambiance bourguignonne festive, entre Meursault, Beaune et Vézelay, puis dans le Cantal, pour enfin se faufiler dans la fourmilière des studios de Boulogne-Billancourt.

Le livre de Vincent Chapeau se déguste comme un bon repas – entrée, plat, dessert – servi avec une bonne bouteille : photos, documents d’archive, lettres, extraits du scénario, repérages géographiques, et évidemment, anecdotes.

Bons repas, bonne humeur et anecdotes de tournage

Comme je l’ai dit plus haut, le périple commence en Bourgogne, et on suit avec délectation les journées de tournage qui s’achèvent soit en dégustations de repas gastronomiques (et autres escargots), soit en visites de caves de la région.

On y attend Bourvil oublié sur la départementale à la fin de la journée par le régisseur, on y observe De Funès faire ses emplettes en verres à vin.

On assiste à des accueils d’habitants toujours fébriles et enthousiastes, à un tournage où chacun des deux larrons émerveillent par leur talent comique, Bourvil toujours chantonnant et de bonne humeur, et qui s’applique à dérider un De Funès taciturne en l’appelant « mon petit poussin »…

Évidemment il y a ce qu’on connait, les anecdotes dont on a forcément entendu parler et qu’on relit avec plaisir, et puis il y a les choses que l’on apprend – ou plutôt que j’ai apprises :

Pêle-mêle :

  • les répétitions harassantes de De Funès pour faire un bon chef d’orchestre,
  • la colère de Terry Thomas à l’idée de devoir tourner une prise supplémentaire dans les eaux froides du zoo de Vincennes,
  • la mort de Gil Delamare, roi des cascadeurs, au beau milieu du tournage, mais sur un autre tournage,
  • les visites de Michèle Morgan à Gérard Oury d’un plateau à l’autre des studios de Billancourt,
  • les difficultés et les tractations pour réussir à tourner dans l’Opéra Garnier,
  • les reconstitutions en studio de la loge présidentielle de l’opéra, des égouts de Paris, des chambres de l’hôtel du globe,
  • le trac de Marie Dubois pour son premier jour de tournage,
  • l’estime et le respect mutuels, et communicatifs, d’un réalisateur et de ses deux acteurs principaux

Le tout suscite en nous, à la lecture de ce livre, une pêche incroyable. On est heureux d’observer ces coulisses, d’assister à ce bonheur, parfois mêlé évidemment d’angoisses professionnelles et d’incertitudes, et on se sent privilégié de pouvoir le faire. Les plus âgés (et pour le coup les plus chanceux) d’entre nous, se rappelleront à cette lecture la sortie en salles de La Grande Vadrouille.

Je me contenterai, personnellement, de tenter une nouvelle fois de me souvenir de la première fois, de la première fois où j’ai vu un bombardier anglais traverser l’écran, se croyant au-dessus de Calais et apercevant la Tour Eiffel. De la première fois où j’ai vu De Funès diriger Faust, de la première fois où j’ai vu Bourvil repeindre une façade.

Et je me souviendrai aussi de tous les films suivants, des uns et des autres. Du Cercle rouge pour l’un, de La Folie des grandeurs pour l’autre…

Et je garderai en mémoire l’impression ultime que m’a laissée ce livre, celle de feuilleter un album de famille, entourée par des êtres exceptionnels par leur talent, leur richesse, leur douceur et leur simplicité.

Et je remercierai, encore une fois, La Grande vadrouille d’exister.

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