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Notes de lecture sur l’intelligence artificielle (épisode 2)

Voici un deuxième épisode de mes notes de lecture sur l’intelligence artificielle, qui tentera entre autres de répondre à la question suivante : les livres jaunes sont-ils de bons vulgarisateurs ?

En d’autres termes : l’expression « pour les nuls » permet-elle réellement à un non-spécialiste de maîtriser un sujet ?

Ce deuxième épisode s’intéressera donc, après celui qui m’avait mis le pied à l’étrier et qui s’intéressait à la question en proposant une chronologie et un regard scientifique, à des ressources qui revendiquent, si je peux m’exprimer ainsi, de traduire l’intelligence artificielle en langage naturel.

Dans cet épisode :

  1. les ouvrages Comprendre la révolution de l’intelligence artificielle et L’intelligence artificielle pour les nuls
  2. les dossiers de Geek junior n°23 et du hors-série de Tangente n°86
  3. une sélection de ressources

Comprendre la révolution de l’intelligence artificielle, Stéphane d’Ascoli

Ouvrage publié en 2020 chez First éditions, 189 pages. 13 chapitres, un glossaire à la fin, ainsi que des propositions bibliographiques de prolongement.

Les 13 chapitres sont répartis en quatre parties distinctes. La première partie « Intelligence artificielle : retour aux sources » revient sur des éléments définitionnels et chronologiques.

chapitre 1 : le monde des algorithmes / chapitre 2 : l’ia des mythes originels à aujourd’hui
  • retour sur des éléments de définition déjà évoqués dans mon épisode 1 : algorithme, machine learning, deep learning.

L’ouvrage fait en outre la distinction entre IA symbolique qui suit des règles explicites et IA connexionniste qui utilise des exemples pour fonctionner et améliorer ses réponses.

  • chronologie depuis l’Antiquité (Pygmalion et Galatée) jusqu’à AlphaGo.

Les deux parties suivantes vont s’intéresser aux deux modes de fonctionnement de l’intelligence artificielle : le machine learning (3 chapitres) et son sous-domaine le deep learning (4 chapitres).

chapitre 3 : comprendre le machine learning
  • apprendre à partir de données et généraliser l’apprentissage à de nouvelles données en ajustant avec différents curseurs. Plus un algorithme dispose de curseurs, plus il pourra résoudre des problèmes en ayant une fonction de perte satisfaisante (un score de performance : plus il est élevé, moins les performance sont bonnes) ;
  • bruit et silence en intelligence artificielle : l’overfitting (un algorithme avec trop de curseurs mémorise des informations inutiles) et l’underfitting (un algorithme avec trop peu de curseurs qui n’aura pas assez de données pour fonctionner correctement)
  • 3 types d’apprentissages pour les algorithmes : supervisé, non supervisé et par renforcement.
chapitre 4 : un jour dans la vie d’un concepteur d’ia

Pour mettre au point une IA, l’analogie de la recette de cuisine : il faut une recette (l’algorithme), des ustensiles (les processeurs de calcul) et des ingrédients (les données).

Le chapitre détaille les différentes étapes de traitement des données :

  1. récolter les données
  2. les nettoyer
  3. sélectionner les caractéristiques d’intérêt
  4. formater les données
  5. séparer les données d’entrainement et de test

et l’évaluation d’un algorithme à travers deux types de critère : la sensibilité (capacité d’un algorithme à donner un résultat positif lorsqu’une hypothèse est vérifiée) et la spécificité (capacité à donner un résultat négatif lorsqu’une hypothèse n’est pas vérifiée).

chapitre 5 : quelques applications célèbres
  • la régression linéaire pour déterminer les taux de prêt
  • l’utilisation d’arbres décisionnels pour établir un diagnostic médical à partir d’une série de symptômes
  • les systèmes de recommandation

Pour suggérer des films susceptibles de vous plaire, Netflix doit apprendre vos goûts au moyen d’un système de recommandation. (…) Cette méthode se résume dans une formule récurrente « Les utilisateurs qui ont aimé X ont également aimé Y ».

L’idée est simple : séparer les utilisateurs en groupes, correspondant à des « communautés » de goûts.


chapitre 6 : comprendre le deep learning
  • le perceptron (modèle mathématique du neurone) comme premier pas vers le deep learning ;
  • le transfer learning permet aux algorithmes entrainés à une certaine tâche de se conformer à une nouvelle tâche

Les trois chapitres suivants s’intéressent à différentes applications du deep learning : les images, le langage et les agents intelligents.

chapitre 7 : deep learning et images

Ce chapitre revient sur les différentes formes de traitement de l’image par les algorithmes dont :

  • la reconnaissance faciale qui utilise des réseaux convolutifs (opération qui consiste à scruter par parcelles pour extraire de manière autonome les caractéristiques d’une image),
  • la génération d’image qui s’appuie sur des algorithmes génératifs (comme pour les deep fakes) fonctionnant avec des réseaux de neurones encodeurs et décodeurs.
chapitre 7 : deep learning et langage

Pour représenter les mots, les algorithmes utilisent la méthode du plongement lexical qui consiste à représenter des mots par des vecteurs – soit un paquet de nombres (cela permet entre autres de repérer les discours de haine sur les réseaux sociaux).

Le chapitre étudie également le fonctionnement des claviers prédictifs avec les réseaux récurrents, le mécanisme d’attention utilisé par les outils de traduction automatique, et les étapes de réponse à une demande par les assistants vocaux.

chapitre 8 : deep learning et agents intelligents

L’agent intelligent est un algorithme capable de percevoir son environnement et d’interagir avec lui.

Le chapitre revient sur l’apprentissage par renforcement des algorithmes avec les exemples d’AlphaGo et des voitures autonomes.


La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à « L’humanité face à l’intelligence artificielle » avec des problématiques qui peuvent être réutilisées dans le cadre de débats avec les élèves (SNT, enseignement scientifique, EMC, philosophie).

  • Chapitre 10 : l’intelligence artificielle face à l’intelligence humaine (avec le test de Turing) avec un retour sur le fonctionnement d’AlphaGo.

Citation d’Albert Einstein : « Les ordinateurs sont incroyablement rapides, précis et stupides. Les hommes sont incroyablement lents, inexacts et intelligents. L’ensemble des deux constitue une force incalculable ».

  • Chapitre 11 : faut-il craindre l’IA ? Culture populaire avec Asimov, Kubrick, Terminator… Applications militaires et dérives de l’intelligence artificielle (système de crédit social en Chine, reconnaissances faciales, deep fake, falsification d’identité). Impacts de l’IA sur le monde du travail et sur l’environnement.
  • Chapitre 12 : comment concevoir une IA « éthique » ?

Le chapitre revient sur les problématiques d’utilisation des données : collecte des données personnelles, enfermement dans les bulles de filtres, retour sur le scandale Cambridge Analytica, biais des algorithmes.

Quelle responsabilité donner aux algorithmes (Moral Machine) ? Comment réduire les impacts environnementaux du numérique ?

  • Chapitre 13 : l’IA peut-elle servir l’humanité ? Retour sur les potentialités de l’intelligence artificielle dans les domaines du handicap, de la recherche scientifique (lutte contre le cancer, physique des particules, astrophysique) et de l’éducation.

Mon avis sur l’ouvrage :

Le plus : il s’agit d’un véritable ouvrage de vulgarisation, les schémas sont parlants et lisibles, des encarts permettent de faire des rappels synthétiques, et l’auteur propose pour des notions techniques des analogies qui permettent vraiment de comprendre le sujet sans être noyé d’informations.


L’intelligence artificielle pour les nuls, John Paul Mueller & Luca Massaron

Ouvrage publié en 2019 chez F1rst intractive, 343 pages. 20 chapitres, une introduction qui fait office de mode d’emploi du livre, un index en fin d’ouvrage.

Les 20 chapitres sont répartis en 6 parties distinctes, dont l’introduction explicite si le propos s’adresse davantage aux novices ou aux spécialistes.

Partie 1 : introduction à l’ia

Cette première partie se décompose en 4 chapitres qui vont expliciter le fonctionnement basique d’une intelligence artificielle.

Le premier chapitre « Introduction à l’IA » redonne des points de définition (en particulier sur ce que l’on entend par intelligence) et un bref aperçu historique de l’intelligence artificielle.

La porte d’entrée de l’ouvrage, contrairement aux deux autres livres abordés précédemment (Turing à la plage et Comprendre la révolution de l’intelligence artificielle) se fait non pas via la machine mais de manière plus approfondie via les données traitées et les algorithmes.

Dans le deuxième chapitre « Définir le rôle des données« , les auteurs reviennent sur les sources et la fiabilité des données exploitées par les algorithmes.

Focus sur les listes déroulantes :

Les listes déroulantes sont adaptées à toutes sortes d’entrées de données, et elles rendent la saisie de données par un utilisateur humain extrêmement fiable, puisque l’utilisateur n’a pas d’autres possibilité que d’utiliser une des entrées proposées par le système.

Les auteurs identifient cinq types de données incorrectes : les données mensongères, les omissions volontaires, les erreurs de perspectives (divergence de points de vue), les biais et le cadre de référence (c’est-à-dire le contexte et la situation d’utilisation des données).

L’intérêt de ce chapitre est de mettre en lumière la vigilance à avoir vis à vis de l’information, et ce au-delà de la question de l’intelligence artificielle :

  • utilisation d’un thesaurus / descripteurs VS mots clés pour la question des listes déroulantes
  • différentes formes de désinformation et prolongement de la question des données incorrectes vers les biais de confirmation et les bulles de filtres.
  • l’ouvrage renvoie vers le site Data never Sleeps qui permet de voir l’évolution de la collecte des données quotidiennes depuis 2013

Les chapitres 3 et 4 reviennent sur le fonctionnement des algorithmes et du matériel informatique (processeurs graphiques).

partie 2 : recenser les utilisations de l’ia dans la société

Cette seconde partie revient sur les utilisations de l’intelligence artificielle dans les applications informatiques, et sur les deux fonctionnalités principales qui sont attendues de l’intelligence artificielle : les corrections et les suggestions.

On retrouve notamment les corrections non seulement dans les vérificateurs orthographiques mais aussi dans la correction de trajectoire des voitures, et la suggestion dans le traitement automatique du langage naturel et la recherche d’information.

L’intelligence artificielle sert également à automatiser des processus courants et à s’épargner des tâches ennuyeuses et répétitives (principalement dans le domaine de l’industrie). Dans le domaine médical, l’IA est utilisée pour le suivi des patients, le diagnostic et de nouvelles techniques chirurgicales.

Enfin elle permet d’améliorer l’interaction humaine en créant de nouveaux alphabets (emojis), en automatisant la traduction ou en créant des liens sur les réseaux sociaux.

partie 3 : travailler avec des applications électroniques de l’ia / partie 4 : travailler avec l’ia dans des applications matérielles

Dans la troisième partie de l’ouvrage, les auteurs reviennent sur les analyses de données par l’intelligence artificielle.

Les points que je retiens de ces chapitres :

  • l’utilisation pour l’analyse des données des outils statistiques (moyenne et variance) et du calcul de corrélation et de la régression linéaire, qui indiquent si des phénomènes peuvent être liés les uns aux autres, ce qui m’a rappelé l’épisode d’E-penser sur la différence entre corrélation et causalité ;
  • un retour sur l’apprentissage machine avec les distinctions entre apprentissage supervisé, non supervisé et par renforcement ;
  • les probabilités, les graphes et les arbres de décision.

Le dernier chapitre de la troisième partie est consacré à l’apprentissage profond et à ses modes de fonctionnement. Les auteurs s’intéressent à son application dans les agents conversationnels.

Ils reviennent sur le premier agent conversationnel, ELIZA, élaboré par Joseph Weizenbaum en 1966, qui propose une réponse à partir d’un ensemble d’associations et de sujets présélectionnés. Deux autres agents plus récents sont mentionnés : Google Smart Reply et Tay, ainsi que le prix Lobner. Le chapitre se termine par la mention suivante :

Pour avoir une idée des progrès de ces technologies, lisez les pages consacrées à ces réseaux sur le site Internet d’OpenAI, un organisme de recherche sur l’IA à but non lucratif (…).

La quatrième partie s’intéresse aux applications matérielles : la robotique (prétexte à reprendre les lois de la robotique d’Asimov), les drones et les voitures autonomes. Ces problématiques peuvent être réutilisées dans le cadre de débats avec les élèves (SNT, enseignement scientifique, EMC, philosophie).

Un encart dans le chapitre sur les drones revient sur le film WarGames qui donne l’exemple d’une intelligence artificielle (l’ordinateur PROG) dont le fonctionnement est biaisé par le piratage.

partie 5 : se pencher sur l’avenir de l’ia / partie 6 : la partie des dix

Ces deux dernières parties sont consacrées aux perpectives offertes par l’intelligence artificielle, dont certaines sont à relativiser ou à actualiser étant donnée la date de publication de l’ouvrage.

Dans la partie 5, les auteurs reviennent sur certains domaines de l’intelligence humaine et où l’intelligence artificielle trouve ses limites, à savoir la créativité, l’imagination, l’originalité, et la fiabilité des données – puisque les résultats d’une IA peuvent être biaisés par des facteurs humains ou des déficiences techniques.

Sont abordés à nouveau les « hivers de l’IA« , périodes durant lesquelles un optimisme démesuré se confronte à des échecs pourtant prévisibles.

Le chapitre 16 est consacré aux applications de l’IA dans l’espace (question qui peut être traitée notamment dans le programme d’HGGSP Terminale) avec l’observation spatiale, l’exploration, l’exploitation des ressources. Le chapitre 17 aborde les possibilités de l’IA notamment dans le domaine environnemental.

La « partie des 10 » propose des pistes de réflexion autour de trois chapitres (à réutiliser en EMC, philosophie et HLP, et en sujets de grand oral) :

  • 10 activités à l’abri de l’IA, où l’on retrouve le domaine de l’interaction humaine, notamment l’enseignement (ouf), de la créativité et de l’intuition
  • 10 contributions importantes de l’IA à la société (médecine, industrie, projets spatiaux)
  • 10 exemples d’échecs de l’IA, principalement dans le domaine des relations et de la connaissance intrapersonnelle : compréhension, éthique, extrapolation des données, empathie, affinité intellectuelle, remise en question et croyances.

Mon avis sur l’ouvrage

Comme beaucoup d’ouvrages de la collection « Pour les nuls » que j’ai pu parcourir, celui-ci ne m’a pas vraiment satisfait.

Cette collection peut être très utile lorsqu’il s’agit de proposer un guide pratique pour apprendre une langue (ou un langage informatique… le seul qui figure dans ma bibliothèque est consacré aux codes HTML, XML et CSS).

En revanche pour traiter d’une thématique, je trouve la structure et le propos souvent complexes et alambiqués, et vulgarisant finalement très mal le sujet qu’ils sont censés aborder, avec des systèmes de renvois à des articles en ligne et certaines phrases jouant sur une connivence avec le sujet que le lecteur ne parvient pas à s’approprier.

Geek Junior n°33 d’avril 2023

Cette revue dédiée à la culture numérique proposait un dossier consacré à l’intelligence artificielle et à ChatGPT dans son numéro d’avril 2023.

Ce numéro aborde l’intelligence artificielle sous différents aspects :

  • le dossier donne la parole à un « expert » (Laurence Devillers, chercheuse au CNRS) avec 3 questions : définition / limites de ChatGPT et conseils d’utilisation (p.9)
  • 8 questions / réponses sur ChatGPT et un encart de mise en garde face aux fake news (p.10-11)
  • un lexique de l’intelligence artificielle et un retour sur ce qu’est un prompt (p.12)
  • un tutoriel pour s’initier à l’intelligence artificielle avec Adacraft (une application web qui fonctionne en prolongement de Scratch) p.21-23
  • un quiz et des mots mêlés  p.29-30

Tangente Hors-série n°86 de juin 2023

Cette revue spécialisée dans l’enseignement des mathématiques consacre un article à « Chat-GPT : une IA très mathématique » (p.16-18).

L’article revient sur le mode de fonctionnement de Chat-GPT : agent conversationnel et réseau de neurones, où la modélisation du texte généré passe par la vectorisation (chaque mot = un vecteur), par l’apprentissage par renforcement et par un mécanisme d’attention (scores et récompenses données en fonction de la pertinence de la réponse).

Autres ressources

Pour finir voici un petit panel de ressources pour prolonger ces lectures et pour garder la trace d’autres lectures à venir :

  • deux Digipad : une veille sur l’IA et un Digipad « IA et éducation« 
  • le journal gratuit Day-Click que l’on reçoit gratuitement dans les établissements scolaires, et son numéro de mai 2023, qui revient sur les technologies de rupture, avec deux pages sur l’intelligence artificielle

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8 ans rue de Grenelle côté impair côté coulisses

Comme annoncé dans mon article profdoc de juin 2023, voici une tentative de bilan de mes huit années d’experte numérique pour la documentation auprès de la Direction du Numérique pour l’Éducation.

J’ai tourné plusieurs fois cet article dans ma tête et me suis demandé si je devais prendre les choses chronologiquement ou de manière thématique, et je ne pourrai évidemment pas tout raconter… Je vais tâcher également de me concentrer sur les bons souvenirs, même si vous ne serez pas à l’abri d’une petite pique ou d’une petite saute d’humeur ici ou là – nobody’s perfect.

Au diable l’organisation, je commence à jeter les idées et les moments les uns après les autres, et l’on verra bien où cela nous mène…

Juin 2014, un jour pas tout à fait comme les autres

J’ai le souvenir d’un matin ensoleillé, avec une belle lumière sur la Seine en sortant de la station Musée d’Orsay.

J’avais un peu le trac (voire beaucoup) parce que j’avais un entretien au 107 rue de Grenelle, deuxième étage, avec Blandine Raoul-Réa.

Blandine était à l’époque cheffe de département de la toute jeune DNE. Je vous renvoie à son parcours de #profdoc publié sur le site LudoDOC, mais si je la connaissais aussi, c’était parce qu’elle avait été ma formatrice à l’IUFM en 2010-2011 lors de ma première année de préparation du CAPES.

Comment me suis-je retrouvée à passer cet entretien, encore mal préparée et n’ayant aucune idée de ce qu’étaient à l’époque Édubase, les TraAM ou les IAN ?

Je le devais à une appétence encore timide mais déjà présente pour le numérique, au fait que mon amie Sandrine Duquenne travaillait déjà comme experte et avait soufflé mon nom à Blandine pour venir rejoindre le groupe des experts, Blandine qui avait dû se demander comment la petite chose fragile qui ne maîtrisait pas les normes AFNOR à ses oraux blancs de CAPES pourrait avoir les épaules pour animer le réseau des IAN – et c’est la question que je me suis continuellement posée par la suite pendant 8 ans.

Juguler le syndrome de l’imposteur

Quelques mois après, je me retrouvais à animer avec Sandrine mon premier séminaire des IAN – anciennement IATICE – des interlocuteurs académiques pour le numérique, avec l’impression d’être jetée dans la fosse aux lions, et de devoir anônner une présentation sur la liaison inter-cycles.

En face de moi, des personnes dont j’admirais déjà le travail et les productions et que je suivais déjà avec assiduité sur Twitter. Au moment où j’écris cet article, certains ont quitté cette mission, d’autres le sont encore.

Pendant ces huit années à co-animer ce séminaire des IAN, en ayant à traiter des problématiques de la profession et des thématiques de travail plus ou moins aisées, j’ai aussi pu faire la connaissance de personnes dont j’ai apprécié le contact et qui figurent toujours dans mon répertoire téléphonique.

Je vais ici égrainer quelques noms qui m’ont marquée et ont retenu mon attention.

En 2014, il y avait parmi eux Katrine Delage, Christophe Poupet, Eric Garnier, Christophe Raballard, Christophe Barbot, Mickaël Porte, Nathalie Mignot, Didier Mouren.

Pendant ces années, j’ai fait la connaissance de Sophie Bon, Elsa Riquier, Magali Lesince, Johann Jambu, Perrine Chambaud, Mélanie Serret, Sabine Dosière, Elsa Pujos, Valérie Liger, Nadia Lépinoux-Chambaud, Béatrice Wauters, Fabienne Dumont, Jérémy Conan… j’en oublie certainement.

Au contact de ces (fortes) personnalités, j’ai grandi professionnellement (sinon mûri) et j’ai trouvé des sources d’inspiration pour mes propres pratiques de terrain.

À deux dans un bureau et deux dans le même bateau

Pour animer ce réseau, je n’étais évidemment pas seule.

J’ai eu la chance de travailler en équipe, d’abord pendant deux ans avec Sandrine, au 107 rue de Grenelle, dans un petit bureau au deuxième étage, qui résonnait souvent de nos fous-rires, de dialogues issus de la série Kaamelott, de références à Moi moche et méchant et aux films avec Catherine Frot (le léopard tacheté).

Puis, pendant 6 ans (avec une petite pause – toute relative la connaissant – pendant un an) j’ai formé un binôme et un cocktail explosif mais tout aussi dynamique et riche de fous-rires et d’émulation avec Audrey Démonière-Rouvel, si bien que les IAN avaient fini par nous surnommer Papa et Maman (je vous laisse deviner qui était qui).

Une autre personne, des plus appréciées, et sur laquelle je reviendrai plus bas, nous avait surnommées les Audriettes.

Nous avons vogué pendant huit ans au gré des aléas de la profession et des changements de ministres, supportant les annonces et parfois les mauvaises surprises (ah bon pas de prime informatique pour les profs docs ? ah bon pas devant élèves ? ah bon pas de page Documentation sur le nouvel Éduscol ?) le tout avec un devoir de réserve qui me semblait parfois prendre toute la place…

Nous avons déménagé plusieurs fois : au rez-de-chaussée du 107 rue de Grenelle d’abord, puis au 97 dans une espèce de placard où toute l’importance de l’organigramme du département tenait à la couleur de la moquette.

Une journée type à la DNE en 2023

Évidemment, en huit ans, j’ai vu cette mission évoluer, j’ai participé à des choses qui m’ont stimulée et j’ai fait passer ce qui me plaisait un peu moins à coups de :

  • « formules petit déjeuner » à la cafétéria du 107 où Charlotte nous servait tous les mercredis un café double (pour moi), un café noisette (pour Audrey), un jus d’orange et un croissant ;
  • déjeuner au 122, qui est selon mes propres termes devenu en peu de temps le meilleur numéro de la rue…
  • petit tour dans les rayons de la librairie Albin Michel du boulevard Saint Germain

Une journée type c’était donc le mercredi, en partant à 6h le matin – pour éviter les caprices du RER C qui surviennent forcément avec les heures de pointe – et en arrivant à 7h, alors que les couloirs sont déserts et les bureaux tout autant.

Faire de la veille sur Inoreader et les sites académiques, programmer des tweets, publier des fiches sur Édubase, répondre à des mails, en envoyer, proposer des actualités, préparer le séminaire, relire une lettre Edu_Num…

Partir déjeuner vers 12h, revenir bosser jusqu’à 14h-15h, puis reprendre le RER en décalé (pour les mêmes raisons que le matin) et faire de chez soi la deuxième partie de la journée.

En 2023, une journée type c’est aussi compter s’il y a le bon nombre de convocations au séminaire des IAN, se demander si on pourra avoir un accueil café étant donné que tel établissement d’accueil n’a pas de cantine et que la DNE ne prend en charge que la réservation de salles (et se demander depuis quand pour être experte numérique il faut une formation en événementiel) et s’arracher les cheveux en essayant une nouvelle fois de faire publier une actualité sur Éduscol.

Dans les couloirs du MEN-…

Je ne l’ai pas évoqué depuis le début de l’article mais oui, l’intitulé de cette mission, c’était bien « expert ». Il y a des experts second degré pour toutes les disciplines.

Ils n’ont pas choisi cette appellation et généralement ne la revendiquent pas. Disons plus justement qu’on leur reconnaît une certaine expertise dans leur domaine, qui est donc leur champ disciplinaire et le numérique, ou plutôt le numérique dans leur champ disciplinaire.

Vous commencez à voir le souci pour la documentation ?

Dans la complexité des bureaux et des organigrammes, le ministère ressemble à Poudlard avec des demi étages ou à la maison qui rend fou dans les Douze travaux d’Astérix. Une des questions que l’on me posait le plus souvent au lycée était si j’avais déjà croisé le ministre (peu importe lequel) et si je pouvais lui dire ci ou ça…

Autant dire qu’en huit ans j’ai croisé (de très loin) lors d’événements publics deux ministres.

À la configuration labyrinthique des lieux s’ajoutent les strates de communication et les échelles de validation des productions, le pire étant, pour la documentation, de devoir rendre des comptes à tel ou tel chargé d’études sorti d’un chapeau pour lui faire pendant une heure un énième cours « Le profdoc pour les nuls ».

Extrait : « Vous avez choisi une photo pour illustrer votre actualité sur l’aménagement des espaces, c’est une photo de foyer ou de salle de classe ? » Évidemment, vous répondez qu’il s’agit bien d’un CDI. Réaction : « Mais il n’y a pas de livres sur la photo« .

Fort heureusement, il y avait dans ces couloirs de rares pépites humaines à côtoyer et dont la conversation suffisait parfois à calmer certaines crises de nerfs : la fabuleuse Brigitte Pierrat et ses formations tout en legos Star Wars, l’indispensable Richard Galin qui traite avec affection tout le monde de pingouins, et Émilie Van Ranterghem à qui je tire mon chapeau.

Fort heureusement, il y avait les référents et les équipes TraAM, qui m’ont fait connaître des joyaux d’académies et de profs docs pour la documentation : Perrine et Myriam en Guyane, Véronique et Paul pour Montpellier, Laureline et plus tard Victoria pour Nancy-Metz, Marion pour Besançon, et évidemment je risque là encore d’en oublier.

Échelle des valeurs (humaines) et hiérarchie

Fort heureusement, et je voudrais en terminer par ces quelques lignes, et sans flatterie aucune, il y avait quelqu’un dont les qualités professionnelles et humaines ont été largement appréciées.

Cette mission d’experte se fait à la fois auprès de la DNE et sous l’autorité, évidemment de l’inspection générale.

Durant huit ans, j’ai pu côtoyer quatre inspecteurs généraux :

  • Jean-Louis Durpaire, déjà inspecteur général honoraire, et que j’ai seulement rencontré à l’occasion des rencontres Savoirs CDI (Sandrine, Brigitte et Katrine se souviennent encore d’un fameux dîner dans un restaurant de Poitiers… moi je me souviens surtout de l’impression, au fil de la conversation, de devoir repasser mon CAPES)
  • Michel Reverchon-Billot jusqu’à ce qu’il aille prendre la direction du CNED (2014-2017)
  • Didier Vin-Datiche pendant un très court laps de temps
  • et enfin Elisabeth Carrara

Malgré une très sincère admiration et énormément d’amitié, cela m’est difficile d’écrire ces quelques lignes, qui, si elles allaient trop loin, serait à contresens de la simplicité, de la retenue et de l’humour d’Elisabeth Carrara.

Et pourtant, je n’imaginerais pas, moi qui chéris tant les belles rencontres, ne pas en dire quelques mots ni terminer en la remerciant.

Une personne extérieure peut se faire une idée de sa bienveillance et de son élégance (que les candidats du CAPES ont pu apprécier durant tout son mandat de présidence de jury) et quiconque l’a côtoyée connait sa rigueur professionnelle, dont on retrouve un bon exemple dans les quelques lignes rédigées au début du rapport de jury de 2022.

Je n’oserai certainement pas lui partager cet article, et je ne pense pas qu’elle viendra d’elle-même lire ces quelques mots.

Si l’on peut parfois penser que gravir les échelons ou être à un niveau supérieur de la hiérarchie peut éloigner de la réalité du terrain et rendre inaccessible au dialogue et à la spontanéité, j’en ai eu constamment la preuve que le contraire existe au contact d’Elisabeth Carrara, dont l’écoute (même à distance) et la disponibilité étaient à toute épreuve.

Et je lui renouvelle ici mes remerciements pour son soutien et sa confiance.

Notes de lecture sur l’intelligence artificielle (épisode 1)

Voici mes notes de lecture et une sélection de ressources sur l’intelligence artificielle.

 

Ce premier épisode revient sur :

  1. l’ouvrage Turing à la plage
  2. le dossier « ChatGPT : ce n’est que le début… » du numéro 25 de la revue Epsiloon
  3. une sélection de ressources numériques

Turing à la plage : l’intelligence artificielle dans un transat, Rachid Guerraoui, Rachid et Lê Nguyên Hoang.

Ouvrage publié en 2020, 220 pages. 8 chapitres, un glossaire à la fin, ainsi que des propositions bibliographiques de prolongement.

Le prologue propose quelques éléments biographiques sur Alan Turing. Sur l’intelligence artificielle les points clefs sont :

  • le test Turing qui met à l’épreuve la faculté d’une machine à discuter avec un être humain (prix Loebner : lien avec les bots conversationnels) ;
  • l’article publié en 1936 par Turing qui décrit une machine modèle de nos futurs ordinateur ;
  • le décryptage d’Enigma ;
  • l’article Computing Machinery and Intelligence publié en 1950 sur les machines qui pensent.
Chapitre 1 : au cœur de l’intelligence artificielle

Selon Turing, l’intelligence des machines réside nécessairement dans l’algorithme qu’elles exécutent, c’est-à-dire une liste d’instructions et d’opérations logiques ou une recette permettant de résoudre des problèmes compliquées à partir d’étapes simples.

Ada Lovelace est la première à avoir l’idée de programmer les machines à calculer inventées initialement par Pascal et Babbage, en utilisant des cartes perforées.

Dans son article de 1936, Turing propose une machine universelle qui serait capable d’apprendre des algorithmes et de les exécuter à la demande, algorithmes qui peuvent être transposés d’une machine à l’autre.

L’exemple de PageRank : cet algorithme développé par Google consiste à calculer un score de popularité pour chaque page web, en s’appuyant sur les liens entre les pages.

« Plus les liens qui pointent vers une page sont nombreux, plus PageRank lui attribue un score élevé. »

Ce système de recommandations s’applique également aux suggestions d’amis sur Facebook ou sur le conseil de produits sur des sites et des applications.

Ce que l’on désigne généralement sous le terme « intelligence artificielle », ce sont les algorithmes auto-apprenants qui apprennent de leurs expériences pour résoudre des problèmes de plus en plus complexes et les systèmes experts qui déduisent des faits à partir de règles, et qui peuvent en déduire de plus en plus lorsque de nouvelles données leur sont fournies.

Idée de définition retenue : l’intelligence artificielle est la capacité d’un algorithme à résoudre un problème que seul l’humain pensait être capable de résoudre.

chapitre 2 : les limites des machines

Notions retenues :

  • la théorie d’incomplétude de Kurt Gödel selon laquelle toute théorie mathématique contient des vérités non démontrables ;
  • le paradoxe du Crétois. Un Crétois déclare « je mens ». Si ce qu’il dit est vrai, alors ce qu’il dit est faux. Et si ce qu’il dit est faux, alors le Crétois dit la vérité.
  • les algorithmes seront toujours confrontés à des problèmes qu’ils ne pourront pas résoudre.
Chapitre 3 : des progrès ahurissants

Des premières machines purement mécaniques, on en vient à la Seconde guerre mondiale à construire des machines électromécaniques à des fins de cryptanalyse (la plus connue est Enigma).

Pour décoder Enigma, Turing et ses collègues conçurent une machine à calculer surpuissante, la Bombe de Turing.

  • 1943 : Mark 1, une machine de la société IBM
  • 1956 : invention du transistor, un interrupteur actionnable électroniquement. La combinaison de plusieurs transistors permet la fabrication de circuits logiques.
  • 1988 : le joueur d’échecs David Levy est battu par l’algorithme Deep Thought, lui-même battu l’année suivante par Gary Kasparov.
  • 1996 : l’algorithme Deep Blue bat Kasparov, avant d’être battu par d’autres algorithmes.

La mise en réseau des machines (Internet) permet d’aller plus vite et de traiter un plus grand nombre de données en répondant à deux besoins : la tolérance aux défaillances et la puissance de calcul. Google répond à presque 4 milliards de requêtes par minute.

chapitre 4 : le code de l’intelligence

Contrairement au langage naturel, le langage machine n’a pas d’ambiguïté. Il est composé par les symboles 0 et 1 manipulés par le processeur d’une machine. Les langages de programmations sont des intermédiaires entre ces langages machines et le langage naturel.

Un langage de programmation est dit « Turing-complet » s’il est universel, c’est-à-dire traduisible dans un autre langage. On parle de « pensée algorithmique » pour décrire une façon de construire des idées à l’aide de ces langages de programmation.

Extrait p.109 :

Nous sommes capables instinctivement de reconnaître un chat dans une image, mais nous ne savons pas comment. (…) Nous parvenons à exécuter l’algorithme de détection de chat qui se trouve dans nos cerveaux, mais il nous est impossible de décrire cet algorithme.

Cette distinction est particulièrement importante à faire dans le cadre des sciences afin d’aiguiser son esprit critique. Il nous arrive souvent d’être persuadés d’une chose sans être capable de décrire le raisonnement logique qui nous a conduits à cette conclusion.

Exemple des captchas : démontrer qu’on est un humain revient à trouver les objets demandés, une tâche facile pour l’humain et complexe pour l’algorithme.

1950 : l’argument de Turing. Aucun humain ni groupe d’humain ne serait capable d’écrire ligne à ligne le code algorithmique d’une IA de niveau humain. Cela induit le principe des learning machines, qui doivent remplacer l’humain dans l’écriture du code et apprendre leur propre algorithme.

chapitre 5 : des machines qui pensent

Le jeu de l’imitation ou test de Turing est un test visant à mesurer la capacité d’une intelligence artificielle à imiter une conversation humaine.

Voir notamment le prix Loebner mentionné plus haut, les chat bots, le film Her de Spike Jonz ou les applications développées récemment comme ChatGPT.

De nombreuses IA modernes fonctionnent avec un apprentissage par renforcement, c’est-à-dire par le fait de recevoir des récompenses en cas de prouesses (ou de clics de l’utilisateurs) et des punitions en cas de défaillances, le tout sous la forme de signaux, qui vont modifier leurs propres algorithmes.

chapitre 6 : des artistes de silicium

Ce chapitre s’intéresse aux capacités des machines à développer de la créativité, c’est-à-dire la capacité à nous fasciner ou à nous surprendre.

  • l’algorithme AlphaGo développé par Google Deepmind en 2016
  • les créations artistiques réalisées par des algorithmes qui passent un test de Turing artistique
  • les algorithmes de recommandation développés pour estimer ce qui plaira aux utilisateurs (Spotify, Netflix)
Chapitre 7 : des algorithmes dans la nature

Dans ce chapitre sont étudiés les mécanismes naturels qui déterminent les différentes formes et structures des êtres vivants (soit le domaine de la morphogénèse) et le mécanisme de l’hérédité (soit la réplication de l’information génétique).

Applications vivantes de l’intelligence collective : les nuées d’oiseaux et les bancs de poissons.

chapitre 8 : l’IA est-elle un danger pour l’humanité ?
  • Inquiétudes autour de l’IA : dans la culture populaire avec 2001, l’Odyssée de l’espace, Terminator et Matrix.
  • Dans l’univers de la science-fiction avec Isaac Asimov et ses lois de la robotique.
  • Applications militaires et gouvernementales de l’IA : armes, drones, reconnaissance faciale. Dérives avec les deepfakes.

Le chapitre s’intéresse en outre aux biais des algorithmes, dont le logiciel de recrutement proposé en 2015 par Amazon qui éliminait systématiquement les CV des femmes.

Les effets secondaires : la question des algorithmes de recommandation, p.188

Typiquement, ces algorithmes de recommandation nous conduisent à cloisonner nos centres d’intérêt. Il s’agit d’une conséquence du biais de familiarité : plus une chose nous est familière, plus nous l’apprécions. Mais alors, plus nous apprécions un contenu, plus l’IA de YouTube nous recommandera ce contenu, et plus ce contenu nous deviendra familier. Et plus nous l’apprécierons. Petit à petit, les différentes communautés d’intérêt se referment ainsi sur elles-mêmes, tandis que s’appauvrit l’esprit critique de ses membres. On assiste à une polarisation croissante des opinions, et au développement d’une culture de l’entre-soi.

Mon avis sur l’ouvrage :

Le plus : un rappel historique et scientifique de ce qu’est l’intelligence artificielle et une bonne mise en bouche qui permet une compréhension du sujet, même pour des non-scientifiques.

Cette approche est la plus théorique et scientifique de l’intelligence artificielle, et me permet de survoler certains des concepts abordés dans les autres ouvrages.

Dossier « ChatGPT : ce n’est que le début… » du numéro 25 de la revue Epsiloon (juillet 2023) pp. 42-57

Ce dossier s’intéresse aux implications les plus récentes de l’intelligence artificielle, avec GPT-4, le successeur de ChatGPT.

Il prend comme point de départ la fascination évoquée plus haut et suscitée par ChatGPT, et les craintes qui vont de pair.

Aux origines : un article publié par une équipe de Google : « Attention is all you need » en 2017 qui proposait une nouvelle architecture, Transformer, basée sur un mécanisme d’attention, en d’autres termes « un système statistique qui tente de prédire le mot suivant d’une phrase, en s’appuyant sur le texte environnant ».

GPT-4 intègre 1000 milliards de paramètres, et parvient à réussir différents examens et concours mieux que la plupart des étudiants.

GPT-4 semble capable de développer des capacités sociales telles que raisonnement, sens commun, compréhension, créativité ou abstraction.

L’enjeu est de comprendre le fonctionnement de ces machines pour mieux appréhender les failles qu’elles présentent : biais sexistes et racistes, fautes de langage, réponses intuitives et précipitées, invention de faits et de concepts.

Pistes d’évolution de ces intelligences : leur fournir de nouvelles perceptions comme la vue, la mémoire à long terme…

En fin de dossier : les réactions de chercheurs de différents domaines (géopolitique, sociologie, droit, physique, SIC, sciences cognitives…).

Les encarts « Des étincelles d’intelligence » 

Ces encarts reviennent sur certaines prouesses de GPT-4 :

  • la capacité à réussir des tests cognitifs
  • le test de l’équilibre
  • la recherche d’informations (chercher une info dans un moteur de recherche, utiliser les commandes Linux d’un ordinateur pour le pirater…)

Le dossier propose en prolongements les trois vidéos sur la question publiées par l’INRIA : Comment fonctionne ChatGPT, Le Prompting, Les limites de ChatGPT.

Ressources supplémentaires

  • Le site Moral Machine qui compile différentes perspectives humaines sur les décisions morales prises par les machines intelligentes
  • La vidéo d’Hugo Décrypte publiée en février 2023 :

Juin 2023 : séances et animations du CDI

Dans cet article, je reviens sur les activités menées au CDI, au lycée et à l’extérieur entre le 29 mai et le 23 juin.

Si cet article se concentrera principalement sur les tâches de fin d’année habituelles (gestion, bilan d’activités, fiches projets…), j’en profiterai également pour revenir sur les dernières séances pédagogiques.

Également ce mois-ci, une annonce un peu particulière, sur laquelle je reviendrai de manière détaillée, et qui fera peut-être l’objet d’un article séparé au mois de juillet, si je vois que j’ai tendance à un peu trop m’étendre dans celui-ci, puisque j’ai une propension naturelle aux digressions…

Séances et actions pédagogiques

Pour cet article, je reviendrai sur les actions menées entre le 29 mai et le 26 juin, qui sont uniquement des séances en continuité de projets déjà amorcés ou des reprises avec d’autres classes de séances déjà proposées durant l’année ou les années précédentes.

Je ne les développerai pas de manière approfondie (sauf pour revenir, pour l’une d’elles sur des différences de modalités) et me contenterai de les lister chronologiquement.

  • 1er juin : Séance « S’informer » en HGGSP Première (1h), SNT réseaux sociaux en seconde (1h)
  • 2 juin : Accompagnement à la préparation du grand oral pour les élèves de spécialité SES (2h), Séance « S’informer » en HGGSP Première (2ème heure), Accueil de classes en EMC (1h)
  • 5 juin : Grand oral blanc, jury candide en HGGSP. 8 candidats convoqués, deux élèves se sont présentés.
  • 6 juin : Participation à un jeu sérieux proposé par le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU, et organisé par une collègue d’histoire-géographie pour une classe de seconde (3h)
  • 9 juin : Accueil d’une classe de première NSI qui participait à un escape game réalisé par la collègue en charge de la spécialité (1h)
  • 19-22 juin : convocation aux épreuves de grand oral en tant que jury au lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny-sur-Orge

Comme indiqué plus haut, je reviens sur deux séances.

SNT Réseaux sociaux (2 juin)

Pour cette dernière séance d’une heure, et comme il s’agissait de la dernière semaine de cours, le moins qu’on puisse dire était que les élèves n’étaient pas les plus captivés par cette séance.

Deux activités leur étaient donc proposées :

  1. soit traiter une thématique de leur choix, Cyberviolence ou Fake news, en consultant les ressources mises à disposition dans une collection Pearltrees et réaliser une affiche de sensibilisation ;
  2. soit réaliser une campagne sur PIX, avec là encore une thématique à choisir : Cybersécurité ou Réseaux sociaux

Une activité finale avec le jeu Terms and conditions leur était proposée.

HGGSP première (S’informer) : 26 mai, 1er et 2 juin

Pour ces séances, mes disponibilités me permettaient de voir un groupe sur deux heures et l’autre groupe seulement sur une heure.

Les deux groupes avaient les mêmes ressources à disposition (déjà mentionnées dans l’article du mois de mars).

  • Pour le premier groupe, en deux heures. La première heure, les élèves par groupes de trois ou quatre choisissent un atelier, consultent les ressources et renseignent le livret qui leur est distribué. La deuxième heure, ils finissent ce travail si besoin et font, groupe par groupe, une restitution à l’oral.
  • Pour le second groupe, en une heure. Les élèves par groupes de trois ou quatre choisissent un atelier, puis au bout de 40 minutes, ils se déplacent dans les autres ateliers pour échanger sur les thématiques traitées par les autres groupes.

Même d’un format plus court, j’ai eu une préférence pour la deuxième modalité, qui est bien plus dynamique et vivante, et engage les élèves dans un rôle d’expert qui les amène à expliquer à leurs camarades les informations qu’ils ont récoltées.

Fin d’année : communication

Pour cette fin d’année, nous avons produit plusieurs documents qui reviennent sur les activités et le fonctionnement du CDI.

  • Charte du CDI

En juillet 2022, au moment où le lycée préparait déjà les documents de communication pour la rentrée de septembre, nous nous sommes rendus compte que le règlement du CDI commençait quelque peu à dater (il remontait à 2017).

Nous avons donc décidé de l’actualiser et avons travaillé à une première version avant les grandes vacances. Cette version a dormi dans nos documents toute l’année, avant que je ne m’en souvienne. Nous l’avons soumise début juin à la direction, qui nous a demandé de réduire le texte à une page.

Voici la version actuelle :

Charte du CDI

  • Fiches projets

Cette année, nous n’avons pas trop pris le temps de réfléchir à des projets à mener, et nous étions tellement en pilote automatique que nous n’avons pas réussi à forcément avoir de recul sur les projets proposés en 2021-2022.

J’ai donc reproposé deux fiches projets auxquelles j’ai associé Roman, puisqu’il a obtenu le poste et que notre binôme est pérennisé. Nous sommes enfin deux titulaires poste fixe au lycée, ce qui va permettre de construire une action à plus long terme dorénavant.

Voici les deux fiches projets déposées, intégrées au document de présentation des projets pour 2023-2024 :

  • Bilan d’activités 2022-2023

Comme chaque année, nous commençons à travailler à ce bilan d’activités au moment de l’arrêt des prêts élèves, d’abord sur la version « brute » d’une vingtaine de pages, puis une fois cette dernière finalisée, je propose une version « light » sur genially.

Cette année, j’ai repris le modèle déjà utilisé l’an dernier :

Cette année, nous avons mis en avant le fait que la fréquentation du CDI s’est renforcée et que le nombre de prêts a doublé.

Concernant les projets pédagogiques, nous avons réussi à travailler avec l’ensemble des classes de seconde, et à toucher huit classes sur treize en SNT. Nous avons également pu accompagner cinq enseignements de spécialité dans la préparation du grand oral.

Fin d’année : gestion

Pour cette fin d’année, voici la liste des activités de gestion que nous avons réussies à mener à bien :

  • interruption estivale des quatre quotidiens auxquels le lycée est abonné (Le Monde, Le Figaro, Libération, L’Humanité)
  • archivage des périodiques pour la période janvier – juin 2023
  • récolement
  • finalisation de la signalétique des fictions et des documentaires

Me concernant, comme je suis administratrice du site du lycée, j’ai eu aussi quelques mailles à partir avec une migration du site sur la nouvelle plateforme SPIP, ce qui a occasionné une disparition du bandeau horizontal et des bugs dans l’inclusion directe des images et des documents PDF.

Cela m’a donné l’occasion de travailler avec la collègue en charge de la spécialité NSI, qui m’a aidée à remettre un bandeau horizontal provisoire (mais sans le menu déroulant pour les différentes sous-rubriques). J’ai réussi aussi, après avoir lu et relu trois fois un article sur SPIP, à rétablir les inclusions directes des PDF, et j’ai proposé une petite méthodo au secrétariat de mon lycée :

Inclusion directe d’un document PDF sur un site SPIP

Autres activités (réunions, stages, déplacements)

Voici les autres activités professionnelles menées durant cette période :

  • 12 juin : conseil pédagogique de fin d’année
  • 13 juin : formation de formateurs avec une intervention de Virginie Vion sur les sciences cognitives et un travail préparatoire sur les formations en documentation pour l’année 2023-2024
  • 14 juin : un dernier cours en visio avec les étudiants de Master 2 MEEF documentation de l’université Paul Valéry de Montpellier, en vue des oraux d’admission du CAPES externe qu’ils passent la semaine du 19 juin
  • 15 juin : réunion d’entente des examinateurs du grand oral pour les départements du 91 et du 78

Annonce de fin d’année

Je termine cet article de fin d’année scolaire par une annonce concernant mes activités professionnelles.

En effet, à la fin du mois de mai dernier, j’ai pris la décision de mettre un terme à la mission d’experte disciplinaire en documentation que j’exerçais depuis huit ans auprès de la Direction du Numérique en Éducation.

J’effectuais cette mission, pour laquelle j’avais été recrutée en septembre 2014 par Blandine Raoul-Réa, en plus de mon temps de service au lycée. J’ai vu au fil des années la mission évoluer, et voici, en images, ce qui était attendu de moi :

Lorsque j’ai commencé à travailler à la DNE, j’étais encore jeune dans mon métier, je n’avais que deux ans d’ancienneté en tant que titulaire, et je trouvais cette mission enrichissante et valorisante : selon moi, elle me permettait de faire une veille quasi instantanée sur l’actualité de ma profession et de côtoyer des personnalités inspirantes.

J’aurai l’occasion d’y revenir dans un article un peu plus conséquent sur la question au mois de juillet (qui fera office de hors-série estival, ce qui changera des années précédentes où mes hors-séries étaient exclusivement cinéphiles) mais durant ces huit années, ce qui m’a poussée à poursuivre cette mission, ce sont les rencontres que j’ai pu faire, les échanges, les discussions et les productions issues des travaux académiques mutualisés, que j’avais la chance de découvrir en avant-première.

Je souhaite désormais trouver d’autres façons de me nourrir professionnellement et intellectuellement, tout en récupérant une certaine liberté de ton, que je muselais consciencieusement sur Twitter depuis ces dernières années.

Mon cerveau s’est quelque peu assoupi et reposé sur cette mission, il a paressé sans forcément prendre du temps pour continuer à mûrir et consolider ses pratiques de terrain, et il fourmille désormais d’idées, d’envies et de projets que vous découvrirez prochainement.

Ainsi, j’utiliserai une rubrique de ce site que j’ai depuis longtemps délaissée : « Aux infos, etc ! » pour y partager des réflexions professionnelles, des lectures, des activités… et je donnerai un aperçu mensuel de ces activités toujours dans mes articles de profdoc.

Et comme je l’ai indiqué un peu plus haut, je prendrai un peu plus de temps le mois prochain pour revenir sur quelques souvenirs de ces huit années (de préférence les bons souvenirs) et j’en profiterai pour tirer quelques chapeaux à certaines personnes que j’ai eu la chance de rencontrer – vous pouvez d’ailleurs en retrouver quelques-unes dans les parcours de profdoc publiés sur le site Ludodoc.

D’ici là je vous souhaite une très belle fin d’année scolaire et vous donne rendez-vous très prochainement pour un nouvel article sur Cinéphiledoc !

Celui par qui le scandale se projette

Lorsque j’ai commencé à feuilleter le livre qui m’intéresse dans cet article, c’est une scène de Cinema Paradiso qui m’est revenue en mémoire.

Flashback

L’une des premières scènes, au début du flashback.

Seul dans la salle de cinéma, le curé du village de Sicile fait projeter sur l’écran les films qui seront proposés aux spectateurs du cinéma.

À chaque scène tendancieuse, à chaque baiser sulfureux entre deux personnages, à chaque dévoilement érotique d’une forme féminine, ne serait-ce qu’entrevue, le même geste est répété d’une manière comique : le père Adelfio agite frénétiquement sa clochette avec réprobation et fait couper la scène par le projectionniste.

Caché derrière un rideau, Toto assiste à ce découpage systématique qui prive les spectateurs d’une partie du film.

Lui qui est le témoin des coulisses n’en est que amusé lorsqu’il observe les réactions de ses voisins de fauteuil une fois la projection lancée : sifflements, huées, et manifestations de désespoir, l’un d’eux commentant le fait que depuis tout le temps qu’il va au cinéma, « j’en n’ai jamais vu qui s’embrassent ».

Par Elena Green artist — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=85728347

Après l’incendie du cinéma, celui-ci est reconstruit grâce au millionnaire Spaccafico, et prend le nom de « Nuovo cinema paradiso ». Durant la projection organisée pour l’inauguration, la première scène de baiser non censurée est acclamée par les spectateurs, qui remercient le nouveau propriétaire, lequel se frotte les mains à la pensée de cette opportunité financière à venir, confirmée par la projection quelques années plus tard du film Et Dieu… créa la femme.

Mises en abyme et séries cinéphiles

Petit saut et allers-retours dans le temps puisque je profite de cette lecture, et de ces souvenirs qu’elle a suscités, pour en évoquer d’autres.

Cinema Paradiso reste encore aujourd’hui l’un de mes films préférés (avec La Nuit américaine), et s’il me permet d’aborder la thématique de la censure, il pourrait me permettre (ou m’a déjà permis) d’évoquer n’importe quel autre sujet, au choix : le cinéma en général, les histoires d’amour et d’amitié, l’Italie et la Sicile, Philippe Noiret, Jacques Perrin, les musiques d’Ennio Morricone, les affiches de cinéma et Autant en emporte le vent

Au moment où j’écris cet article, une série télévisée française sur Brigitte Bardot est diffusée, et j’y reviendrai dans un instant, puisque Bardot semble être devenue, un peu malgré moi et malgré elle, le fil conducteur de cet article.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’y revenir : j’adore les mises en abyme.

C’est donc tout naturellement que je vais être attirée par Cinema Paradiso comme par La Nuit américaine (ou plus récemment par Once upon a time in Hollywood) et plus généralement par tout ce qui met en scène les coulisses de la création (artistique), que ce soit dans la peinture, la littérature, le cinéma ou les séries télévisées, au premier rang desquels en la matière je place :

  • The Newsroom : une série en trois saisons créée par Aaron Sorkin qui revient sur le quotidien d’une chaîne d’information en continu ;
  • Dix pour cent, qui reste pour moi l’une des meilleures séries télévisées françaises, avec la vie d’une agence artistique ;
  • Et tout en haut du podium à un niveau que je qualifierais de stratosphérique, la série Feud qui met en scène la rivalité de Bette Davis et Joan Crawford sur le tournage du film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?

C’est donc à nouveau tout naturellement que la série Bardot aura titillé ma curiosité, ajoutant à cet intérêt pour la mise en abyme un intérêt pour l’histoire du cinéma, dont Bardot fait évidemment partie, et un intérêt pour la période historique évoquée par cette création.

Chapitre Bardot

Soyons honnête, je ne connais Bardot que de manière très rudimentaire, et même ce qui constitue les pièces maîtresses de son mythe, je ne les connais que par échos et par référence : les extraits projetés dans Cinema Paradiso et les évocations dans tel ou tel documentaires.

Je n’ai vu ni Et Dieu… créa la femme, ni Le Mépris, qui sont généralement les incontournables des cinéphiles en la matière. Le seul film que j’ai pu voir et revoir avec elle est Viva Maria ! avec Jeanne Moreau.

Finalement je connais mieux Bardot telle que l’a chantée et faite chanter Serge Gainsbourg, puisque pour moi elle reste indissociable de Bonnie and Clyde et Initials BB.

C’est tout de même avec curiosité que je me suis plongée dans la lecture du chapitre consacrée à Et Dieu… créa la femme, l’un des plus de 80 chapitres du l’ouvrage auquel s’intéresse cet article.

Pourquoi ça coupe ?

Il s’agit de l’ouvrage de Guillaume Evin, C’est un scandake ! Ces films qui ont choqué leur époque : de 1915 à nos jours, publié en mai 2022 chez Casa éditions.

Si je l’ai choisi, c’est pour deux raisons.

D’abord pour l’intérêt que l’on peut qualifier de professionnel qu’en tant que professeur documentaliste je porte au phénomène de censure.

En 2019, j’avais proposé une exposition thématique aux élèves sur les livres qui ont un jour été interdits (et sur les livres qui peuvent être interdits pour des raisons parfois surprenantes) :

Ensuite, en tant que cinéphile, pour la façon dont cette dernière s’est manifestée dans l’histoire du cinéma, notamment à travers le fameux Code Hays aux États-Unis :

  1. « Aucun film ne sera produit qui porterait atteinte aux valeurs morales des spectateurs. De la même manière la sympathie du spectateur ne doit jamais aller du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché ».
  2. « Des standards de vie corrects, soumis uniquement aux exigences du drame et du divertissement, doivent être montrés ».
  3. « La loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent »

mais surtout à travers la façon dont les cinéastes redoublaient de virtuosité et d’ingéniosité pour s’en affranchir ou le contourner, comme Hitchcock dans Les Enchaînés, La Main au collet ou La Mort aux trousses.

Pourquoi à un moment donné, pour tel ou tel film, il va y avoir un père Adelfio qui va agiter une clochette, et pourquoi quelques années plus tard, on se demandera, à la manière de Shakespeare, si tout cela n’était pas, finalement, beaucoup de bruit pour rien ?

C’est l’entreprise que propose de reconstituer Guillaume Evin dans son ouvrage : en se penchant sur un peu plus de 80 films, de Naissance d’une nation de Griffith (1915) à Grâce à Dieu de Ozon (2019), il étudie le contexte historique, politique, religieux et social qui fait que la sortie d’une oeuvre cinématographique va échauffer, voire enflammer les esprits, avant généralement un épilogue heureux, ou du moins apaisé qui voit le film reconnu, ou en tout cas accepté.

Le décryptage est passionnant, et l’on peut feuilleter le livre littéralement et dans tous les sens :

  • soit chronologiquement, ce qui permet en quelque sorte d’étudier l’évolution en parallèle du cinéma et de la société,
  • soit au hasard d’un film qui nous a marqué ou dont nous avons perçu, comme pour un séisme, les répliques de ce scandale qu’avait suscité sa sortie en salle… comme l’a fait pour moi la diffusion de la série Bardot, laquelle m’a donné envie de relire le chapitre dédié à Et Dieu… créa la femme.

Chaque chapitre s’ouvre de la même façon, et va mettre le lecteur / spectateur en appétit : le titre du film, son réalisateur et l’année de sa sortie. Puis un sous-titre qui donne très brièvement une clef de lecture, suivi d’un synopsis rappelant là aussi très succinctement l’intrigue.

Quelques exemples glanés au fil des pages :

  • Scarface, d’Howard Hawks (1932) : Les Borgia au temps de la prohibition
  • Le Corbeau, d’Henri-Georges Clouzot (1943) : Un volatile si encombrant : antifrançais sous Vichy, antipatriotique à la Libération
  • La Vie est belle, de Roberto Benigni (1998) : Peut-on rire avec la Shoah ?

Pour ne les avoir pas vus, ou pour qu’ils m’aient laissée indifférentes, je suis passée rapidement sur certains films, non sans en avoir retenu les arguments des censeurs : ces films choquant tel ou tel camp de tel ou tel conflit, ou les ligues de vertus de pour le regard porté sur un élément ou un autre de la religion…

Si d’autres m’ont intriguée ou amusée (de La Grande illusion à Tenue de soirée), le tour de force en revient très curieusement au film de Marcel Carné Drôle de drame, dont je n’aurai pas pu soupçonné qu’il ait pu prêter au scandale, et dont un détail, glané au cours de ma lecture, m’a donné l’envie immédiate de revoir le film :

L’image n’étant peut-être pas des plus parlantes, il faut que j’y ajoute une explication : cette page revient en détails sur ce qui a pu choquer dans le film Drôle de drame, et ce n’est pourtant pas ces informations qui ont mis ma lecture en pause.

En effet, dans ce film que je croyais connaître (pas forcément sur le bout des doigts), Guillaume Evin glissait quelque chose qui m’avait complètement échappé : le petit rôle de Jean Marais, une apparition des plus furtives qu’il m’a quand même fallu vérifier.

Et peut-être l’ai-je déjà dit un nombre incalculable de fois : ce qui fait d’un livre sur le cinéma, selon moi, un excellent livre sur le cinéma, ce n’est pas seulement de susciter chez le lecteur / spectateur le souvenir des scènes, et les allers-retours constants d’un film à l’autre ou d’une image à l’autre, c’est l’envie irrépressible de mettre la lecture en pause pour lancer le film.

Et cela, Guillaume Evin le réussit à la perfection dans C’est un scandale !


Voilà pour ce dernier article cinéphile de la période, avant le dernier article profdoc du mois de juin, et les hors-série de cet été. Belles lectures et beaux films à toutes et tous et à très bientôt sur Cinephiledoc !

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