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Étiquette : Louis de Funès

2021 de bonne humeur

Pour commencer cette nouvelle année cinéphile qui, espérons-le, sera plus sereine et plus heureuse que 2020 (quoique), je voulais vous proposer un article peut-être un peu plus court qu’un compte-rendu de lecture habituel.

En effet, si j’ai choisi une de mes lectures de l’année passée pour ce premier article cinéphile de 2021, c’est aussi pour avoir l’occasion de faire un retour en images sur l’une des expositions que j’attendais avec le plus d’impatience et que j’ai pu voir entre deux fermetures des lieux culturels…

Encore un article sur De Funès ?

L’idée de cet article vient d’une discussion que j’ai eue avec Sandrine, amie profdoc qui m’accompagne souvent dans des expositions parisiennes :

Moi (en fin d’année 2020) : J’ai préparé l’article de mars.

Sandrine : Tu es en avance. Tu vas parler du livre sur De Funès ?

Moi : J’ai déjà fait un article sur De Funès en novembre 2019, donc je pensais ajouter quelques mots sur le livre de cette année dans mon compte-rendu du mois d’octobre… ou alors je fais en même temps un compte-rendu du livre et de l’exposition à la cinémathèque, mais avec le calendrier que je me suis fixée, ça fera paraître mon article au mois d’avril…

Sandrine : Oui, ça fait tard.

Moi : Et en plus, ça me fait parler deux mois de suite d’un livre du même auteur. Je vais y réfléchir…

DEUX HEURES APRÈS

Moi : J’ai trouvé ! En fait c’est tout con ! L’exposition De Funès est programmée jusqu’en mai 2021. Donc même en l’ayant vu il y a peu, je peux poster sans problème l’article début 2021. J’ai juste à décaler mes articles déjà écrits et à publier celui-ci en février.

Sandrine (parodiant Catherine Frot dans Imogène McCarthery) : Mais oui !!! 💪👏👏👏  Bien joué maman !

Et voilà comment, en février 2021, je me retrouve à faire à nouveau sur ce blog un article sur Louis De Funès, avec certes le récit d’une exposition à la Cinémathèque, qui en plus d’être attendue, s’est faite attendre (coronavirus oblige), mais avec encore une fois, pour débuter une nouvelle année de lecture, un ouvrage de Philippe Lombard.

Louis de Funès à la Cinémathèque

Lorsque j’ai écrit mon article sur Louis De Funès en novembre 2019, c’était à l’occasion de la sortie d’un ouvrage, Louis de Funès, de Clémentine Deroudille, qui avait été publié à l’occasion de l’inauguration d’un musée De Funès à Saint-Raphaël.

La Cinémathèque française avait quant à elle annoncé une grande exposition consacrée au comédien, une annonce qui, si j’en crois l’article du Figaro ci-dessous, remontait à mars 2019, et avait provoqué de nombreux débats enflammés de cinéphiles pro et anti De Funès :

https://www.lefigaro.fr/cinema/2019/03/19/03002-20190319ARTFIG00137-la-retrospective-louis-de-funes-a-la-cinematheque-ne-fait-pas-rire-tout-le-monde.php

Là-dessus, évidemment, coronavirus, confinement, rediffusions multiples des films de De Funès avec La Grande Vadrouille, Le Corniaud, et j’en passe, programmés les après-midi, puis on a enchaîné avec la période estivale et les soirées, en alternant joyeusement entre Fantômas et les Gendarmes.

Enfin, les musées ont pu rouvrir, et l’exposition Louis De Funès a pu accueillir son public, depuis le 15 juillet et jusqu’à la fin octobre – et là bim ! fermeture à nouveau des musées – aux dernières nouvelles l’expo sera disponible jusqu’au 31 mai 2021 (il fallait bien au moins ça pour nous consoler de ne pas avoir pu la découvrir plus tôt) et peut-être d’ici là, les musées et autres lieux de culture auront pu rouvrir, même brièvement.

Globalement j’ai trouvé que cette exposition de la Cinémathèque était l’une des plus réussies dernièrement, avec un très bon équilibre entre les extraits sur grand écran et les ambiances sonores, les éléments de décor et de costumes, les documents d’archives et les affiches, le tout dans un espace assez aéré, fluide, et agréable.

Voici, ci-dessous un aperçu, et ce qui a retenu mon attention :

  • Découvrir Louis De Funès

L’entrée de l’exposition est, comme d’habitude à la Cinémathèque, relativement étroite, mais pensée de manière ludique : on est accueilli par la photo de De Funès grandeur nature – je dois le dépasser de 5 centimètres environ – et avec un générateur de gifs (photo 2) qui plaira aux petits comme aux grands : on choisit une humeur et un état résultant de cette humeur, et le visage de De Funès s’anime.

Les textes qui accompagnent tout le long le visiteur de l’exposition (photo 3) permettent un aperçu de sa carrière et organisent l’exposition en différentes salles colorées et thématiques ou chronologiques : Louis de Funès et le cinéma comique, le début de carrière, les films à succès qui ont chacun leur salle dédiée, les femmes de Louis de Funès au cinéma, mais aussi une petite section consacrée à « Louis Bio » témoignant de l’intérêt du comédien pour la nourriture et le jardinage.

  • Les documents d’archives

Un exemple parmi tant d’autres des documents d’archives proposés : les photos de tournage de La Traversée de Paris (photo 4).

Ce qui a retenu également mon attention : la très belle lettre (mentionnée plus haut) de François Truffaut à Gérard Oury (photo 5) à l’occasion de la sortie en salle du Corniaud, avec la réponse, tout aussi élégante, de Gérard Oury (photo 6).

Globalement, l’exposition est très riche en affiches, scénarios, lettres, extraits des carnets de Louis de Funès, et un certain nombre de documents sont numérisés et accessibles sur des écrans.

  • Costumes et décors (les pièces maîtresses)

Évidemment, ce qui retient l’attention, ce sont les scènes proposées sur les écrans géants, et la manière dont l’exposition met en scène différentes pièces cultes de la filmographie et de la vie de Louis de Funès. En voici une petite sélection :

Juste à l’entrée de l’exposition, le spectateur découvre à travers un jeu de miroirs les comiques muets qui ont inspiré De Funès (photo 7).

Les pièces les plus impressionnantes sont évidemment la DS de Fantômas (8), où l’on peut s’installer pour être pris en photo, et la fameuse 2CV du Corniaud (9), présentée avec les détonateurs qui permettaient à la voiture d’exploser littéralement dans cette scène culte.

En costumes on retrouve : la robe de la reine dans La Folie des grandeurs (10), accompagnée d’un montage vidéo très intéressant qui fait le parallèle entre le film et les tableaux de Velasquez, le costume de Rabbi Jacob (11), celui de l’extraterrestre dans La Soupe aux choux, et enfin Louis de Funès en adjudant chef Cruchot (13), avec un peu plus loin sa malle du Gendarme à New York.

Voilà pour cette très belle exposition proposée par la Cinémathèque, d’où je suis repartie avec, sous le bras, la série des Gendarmes (parce que pourquoi pas ?) et La Zizanie (parce que Girardot autant que De Funès), et que j’ai attendue très longtemps, mais franchement ça valait le coup !

Et ça m’a donné, au moins pour un moment, une petite bouffée d’oxygène avant de replonger dans un univers avec trois co- (covid, confinement et couvre-feu).

Paris façon Parigramme

C’est pendant la même période de confinement, télétravail, musées fermés et rediffusions intensives de films de De Funès, que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris : les aventures d’un acteur en vadrouille, publié chez Parigramme en mars 2020. 

Quoi, Philippe Lombard, encore lui ? Eh bien oui, et croyez-moi, cette année, vous n’avez pas encore fini d’en entendre parler…

Ce n’est pas la première fois qu’il nous offre des déambulations parisiennes avec comme compagnons de programme, au choix, cent films de légende, Truffaut ou Michel Audiard. Vous n’êtes pas cinéphile et vous voulez quand même découvrir quelques lieux de Paris ?

Faites un petit tour sur le site des éditions Parigramme, il y en a pour tous les goûts : de la poésie, de la mode, de la chanson, le Paris populaire, le Paris criminel, le Paris souterrain… j’avoue qu’à chaque fois que je vais sur leur catalogue, je me retiens de ne pas le commander en entier ! J’ai d’ailleurs reçu à Noël le Paris de Claude Sautet, dans lequel je ne tarderai pas à me plonger !

http://www.parigramme.com/catalogue.htm

Et donc ce Louis de Funès à Paris ?

De Funès à Paris : approche chronologique

Une chose m’a frappée lorsque j’ai eu cet ouvrage entre les mains : j’avais l’habitude des autres livres de Philippe Lombard chez le même éditeur, et du coup celui-ci m’a paru singulièrement petit.

Ce qui m’a frappée également, au-delà du plaisir que j’ai eu à retrouver scènes et anecdotes, c’est l’approche chronologique choisie par l’auteur.

Pour ce sujet et cette maison d’édition, on s’attendrait davantage à une approche géographique, avec des cartes, par arrondissements, ou des circuits. Ou bien une seule carte qui donne un aperçu de tous les lieux mentionnés. C’est peut-être ma seule petite réserve à la mise en page de cet ouvrage.

Au fond, je suis partie avec une idée en tête qui n’était pas la bonne : je m’attendais à suivre les personnages incarnés par Louis De Funès à l’écran dans Paris.

Au lieu de ça, c’est bien le comédien lui-même que je vais côtoyer d’une page à l’autre, depuis les planches des théâtres jusqu’à la cérémonie des Césars, en passant par le 45 rue Poliveau, l’opéra de Paris, les bains turcs, l’aéroport d’Orly ou le palais de l’Élysée.

Ce que cet itinéraire chronologique fait découvrir, ce ne sont pas les lieux, c’est l’homme. On y retrouve un être humain des plus touchants, avec des anecdotes assez savoureuses, celle de la pièce de théâtre Ornifle avec Pierre Brasseur, rapportée par Patrick De Funès :

En sortant du théâtre, Pierre Brasseur avait la fâcheuse habitude de faire la tournée des bistrots. Mon père repoussait avec tact ses invitations de se joindre à lui. Un soir, froissé de ces refus successifs, le comédien se permit une réflexion : »Alors, Bobone t’attend à la maison ? » Mon père, qui n’a jamais supporté la moindre critique sur sa femme, jugea bon de lui donner un petit coup de semonce dès le lendemain, en lui provoquant trois fous rires sur scène, par des improvisations inédites.

évidemment la scène d’ouverture du Corniaud avec Bourvil, ou encore la scène de l’opéra dans La Grande Vadrouille, où l’acteur, après avoir travaillé pendant des mois, dirige les musiciens, et se fait applaudir par ces derniers à la fin de la scène.

Sur chaque page, une image et l’anecdote qui lui est associée : on commence la promenade au théâtre Pigalle en mars 1948 déjà aux côtés de Gérard Oury, et on termine à la salle Pleyel en février 1980, en compagnie de Kirk Douglas, de Jerry Lewis, et du cinéma français de l’époque assemblé. 32 ans de carrière.

Si l’on feuillette l’ouvrage de Philippe Lombard, Louis de Funès à Paris, c’est donc moins dans l’idée d’établir un itinéraire thématique – un circuit de telle durée, de telle rue à telle rue – que pour picorer ici et là quelques scènes d’anthologie, pour revoir Bourvil et De Funès aux bains turcs, et pour le refermer avec, pour parodier le générique du Kid de Chaplin, « avec un sourire, et peut-être une larme ».

Ou s’il faut paraître moins alarmiste, disons plutôt « avec de francs éclats de rire, et peut-être une petite larme d’émotion ».

Un Louis, deux Funès

Pour le titre de ce compte-rendu de lecture du mois de novembre, je pastiche un article que François Truffaut avait publié en 1983 « Un ami, deux Broca », consacré au merveilleux réalisateur du Bossu ou de Tendre poulet.

C’est sur Twitter que j’ai trouvé les références du livre qui m’intéresse ce mois-ci, sur un compte que je trouve irrésistible : @justdefunes

De Funès fait partie des personnes qui me font rire, au même titre que les personnages de Kaamelott et des planches de Gaston Lagaffe. C’est pourquoi j’ai dans mes favoris un générateur de citations de Kaamelott et dans mes abonnements Twitter le compte @justdefunes et @Franquin_Cie

C’est aussi pour Sandrine, copine #profdoc, que je publie cet article, avec laquelle j’ai régulièrement des fous-rires et des clin d’oeil lorsqu’à un mot ou une phrase nous associons immédiatement toutes les deux une réplique de De Funès :

« But alors you are French ? », « Elle ment… elle ment en allemand », « Je suis ministre, je ne sais rien faire », « Non sire, pour une fois, ce n’est pas moi, j’étais là, je priais », « Je suis zinzin, je suis zinzin », « Yes my Lord. Yes my Lord. Yes my Lord. But I beg your pardon my Lord. In my opinion, I am sure, mais alors I am tout à fait sure que c’est un coup de Fantomas. »

Aimer De Funès

Mon éducation cinéphile s’est faite à coup de clivages, qui se sont généralement réconciliés, mais pas toujours.

Il fallait choisir qui aimer : Scarlett O’Hara ou Melanie Hamilton, Buster Keaton ou Charlie Chaplin, Deneuve ou Dorléac, Dewaere ou Depardieu, Bourvil ou De Funès.

Tous ces clivages, je les ai balayés plus tard quand j’ai compris que ce que l’on prenait à l’écran ou dans la vie pour des rivalités n’était vraiment pas avéré.

Donc j’apprécie autant l’impertinence de Scarlett que la douceur de Melanie et j’aime autant l’humour lunaire de Bourvil (et sa gravité dans Le Cercle rouge) que la folie hargneuse de De Funès.

Il n’y a que Truffaut qui pour moi sera toujours d’une supériorité stratosphérique face à Godard.

J’ai dû voir un nombre incalculable de fois La Grande Vadrouille, peut-être un peu moins Le Corniaud, autant de fois La Folie des Grandeurs, la série des Gendarmes fait partie de mes « plaisirs coupables » (au même titre que Les anges gardiens, avec Clavier et Depardieu), j’adore Rabbi JacobLe Grand restaurant, Les Grandes vacances, La Zizanie et La Soupe aux choux.

Bref, après avoir tenté, plus d’une fois, de mettre à distance ce petit personnage tout en grimaces, hargneux et antipathique, j’ai fini par reconnaître qu’il m’était impossible de ne pas l’aimer.

Avant sur Cinéphiledoc

Cela ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui, puisqu’en septembre 2012 j’avais trouvé un superbe dictionnaire, Louis De Funès de A à Z, de Bertrand Dicale, aux éditions Tana, que je m’étais empressée d’ajouter à ma bibliothèque.

Voici l’article que j’avais rédigé un peu plus tard, en mars 2013 :

Dictionnaires thématiques

Je n’avais écrit que quelques lignes, puisque dans la même collection avait aussi été publié un dictionnaire Marilyn Monroe.

Il n’empêche que tout amoureux de De Funès devrait avoir ce dictionnaire, superbement illustré, dans sa bibliothèque.

En 2016, à l’occasion des 50 ans de la Grande Vadrouille, j’ai réitéré la chose, puisqu’un ouvrage sur les coulisses du tournage avait été réédité :

50 ans et pas une ride

Et je ne résiste pas à la tentation de poser ici une petite sélection :

De Funès, 2019 et 2020

Avec le livre déniché sur Twitter, et avec quelques informations supplémentaires, si vous aussi vous êtes amateurs de De Funès, voici plusieurs occasions de le retrouver en 2019 et en 2020.

Ce livre, Louis de Funès, de Clémentine Deroudille, est en fait un catalogue d’exposition. Il a été publié à l’occasion de l’inauguration du musée Louis de Funès à Saint-Raphaël, inauguré en juillet 2019, donc tout récemment.

J’ignorais totalement l’existence d’un tel musée, je suis donc ravie qu’avec Chaplin World, il y ait un autre lieu qui mette un génie du comique à l’honneur.

Le site internet du musée est d’ailleurs quelque peu compliqué à trouver :

http://museedefunes.fr/

Néanmoins, Sandrine, note sur tes tablettes, voici encore un lieu où nous devons aller !

En attendant, l’ouvrage de Clémentine Deroudille sera des plus agréables à découvrir : une organisation chronologique, avec pour chaque chapitre une petite introduction biographique de une à deux pages, énormément de photographies, d’affiches, la présentation illustrée des principaux films, le tout ponctué de répliques de films ou de réactions de Louis de Funès (extraits d’interviews, notes dans des carnets).

C’est un admirable condensé, en près de 200 pages, de Louis de Funès, et qui est préfacé, j’ai oublié de le signaler, par la petite fille du comédien.

Avant, pendant ou après une visite du musée, il peut se savourer durant les 1h30 de vol d’un Paris-Nice, ou pendant l’équivalent en train (mais à compléter avec des films) qui dure environ 7h, d’après mes informations.

Et si comme moi vous ne bougez pas très souvent de la région parisienne, vous pouvez patienter jusqu’en avril 2020, date à laquelle la Cinémathèque française consacre une grande exposition à Louis De Funès, exposition qui a quelque peu enflammé les débats cinéphiles, comme en témoigne cet article du Figaro :

https://www.lefigaro.fr/cinema/2019/03/19/03002-20190319ARTFIG00137-la-retrospective-louis-de-funes-a-la-cinematheque-ne-fait-pas-rire-tout-le-monde.php

Ce débat m’a toutefois permis de découvrir cette lettre de Truffaut à Gérard Oury, où le premier indique au second avoir beaucoup aimé Le Corniaud :

Et il m’a aussi rappelé cet avis, toujours de Truffaut, selon qui, en substance, il est beaucoup plus difficile d’être De Funès que Bourvil, puisqu’il est plus difficile de faire rire en étant antipathique qu’en étant sympathique.

Là encore, je n’essaye pas de faire un choix entre Bourvil et De Funès, mais je me souviens toujours de manière émue, de la façon dont De Funès explique, très simplement, que tourner Rabbi Jacob lui a permis de se « nettoyer l’âme », cette interview à l’occasion du Corniaud :

et, un peu plus hors-sujet (mais pas tellement parce que cela fait partie du personnage) de cette vidéo sur son parc biologique :

Il reste donc les films, et ces quelques vidéos d’archives, et le livre de Clémentine Déroudille, et le dictionnaire de Bertrand Dicale, pour patienter jusqu’à l’exposition de la Cinémathèque :

https://www.cinematheque.fr/

Sandrine, des disponibilités en avril 2020 ?

Bonnes lectures, bons fous-rires et à bientôt sur Cinéphiledoc !

50 ans et pas une ride

Pour ce compte-rendu de lecture du mois d’octobre, j’ai cédé à la tentation d’évoquer un souvenir cinématographique presque unanimement partagé, avec, je l’espère, un peu de légèreté et beaucoup d’humour.

Quatre questions en introduction…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit questionnaire, auquel je vous propose, si vous le souhaitez, de répondre en commentaire.

  1. Quel film vous fait le plus rire ?
  2. Quel film vous fait non seulement le plus rire, mais vous fera rire à nouveau à chaque fois que vous le reverrez ?
  3. Lorsque vous en parlez, de quel film ne pouvez-vous pas choisir une seule scène et dire « c’est celle que je préfère », avant de vous raviser à coup de « Non celle-ci, ou plutôt non, celle-là » ?
  4. Enfin, quel film pouvez-vous voir et revoir au gré de ses rediffusions même si vous en possédez une copie dans votre DVDthèque ?

Vous me répondrez sans doute, pour chaque personne, une réponse différente, et moi-même je serai capable de donner chaque jour une réponse différente (sachant qu’à ce questionnaire, je pourrais aussi bien répondre « la série Kaamelott », ou « les films Mon petit doigt m’a dit ou Le Crime est notre affaire).

Mais je pense tout de même qu’avec une certaine régularité, je tomberai sur un film avec De Funès, et, toujours avec régularité, sur La Grande Vadrouille.

Souvenirs cinématographiques de La Grande Vadrouille

Je ne sais plus si j’ai déjà parlé de La Grande Vadrouille sur ce blog, j’ai dû inévitablement mentionner ce film lorsque j’ai parlé il y a quelques années des dictionnaires thématiques, dont celui consacré à De Funès, et j’ai dû  l’évoquer au moment du décès de Marie Dubois, inoubliable Juliette qui recueille Augustin et Peter Cunningham poursuivis par les allemands.

Je saute donc sur l’occasion – 50 ans, c’est trop beau – et m’attarde quelques instants sur mes souvenirs de La Grande Vadrouille.

Tout d’abord, je ne me souviens absolument pas de la première fois où j’ai vu ce film. Je me souviens de mes premiers Chaplin, de La Nuit américaine, de mes premiers Bogart et Bacall, ou encore du Roi et l’oiseau ou de ma première vision époustouflée de Barry Lindon

Je n’ai aucun souvenir de ma première Grande Vadrouille. Par contre, assez facilement, je dirai que depuis cette première rencontre, j’ai eu l’impression toujours d’être accompagnée par ce film, et de ressentir ce même plaisir, cette même joie, à chacune de nos retrouvailles. La Grande Vadrouille peut ainsi répondre à mes deux premières questions ci-dessus, et également à la quatrième.

Enfin, pour ce qui est des scènes cultes, il est vrai que j’ai bien du mal à me décider, même si la mélomane en moi retiendra évidemment la scène de l’opéra avec De Funès en chef d’orchestre… L’amateur d’absurde se souviendra le rire aux lèvres de l’interrogatoire « De moi vous osez vous foutez ». Le nostalgique retiendra la première rencontre (dans le film, puisqu’ils avaient tourné avant Le Corniaud) entre Bourvil et De Funès :

J’ai également une tendresse particulière pour les scènes aux hospices de Beaune, en particulier celle-ci :

car elle me rappelle Caradoc dans Kaamelott, et ses obsessions culinaires « Le gras c’est la vie », et l’extrait qui suit immédiatement « Dites trente trois, trente trois. – Thirty three, thirty three »…

Bref, c’est avec bonheur, et facilité, que j’ai décidé de ma lecture du mois de septembre, à savoir un livre sorti à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce phénomène cinématographique.

Les 50 ans de La Grande Vadrouille

L’ouvrage est sorti, très opportunément, en septembre 2016 : il s’agit de Sur la route de La Grande Vadrouille : les coulisses du tournage, un livre de Vincent Chapeau, préfacé par Danièle Thompson, et sorti aux éditions Hors Collection.

On le présente comme une « édition spéciale 50 ans du film », de 144 pages.

Néanmoins, et c’est là que j’ai cédé à la facilité, ce n’est ni sous cette couverture, ni avec ce nombre de pages que je connais ce livre, mais dans une précédente édition de 2004, celle-ci de 112 pages… j’ignore donc tout des 32 pages supplémentaires, j’essaierai d’y jeter un oeil pour un éventuel addendum !

Voici le livre tel que je le connais, et tel que je l’ai trouvé à l’office de tourisme de Meursault, lors d’un petit séjour des plus sympathiques en Bourgogne il doit y avoir trois ou quatre ans.

Après la préface de Danièle Thompson, et une brève introduction de l’auteur, ce dernier revient en quelques pages sur la genèse de La Grande Vadrouille, depuis le succès du Corniaud en 1965 jusqu’aux démarches de financement, en passant par l’écriture du scénario et les repérages.

Puis le lecteur est embarqué sur un tournage qui débute à Vézelay le 15 mai 1966, pour s’achever le 12 septembre dans un train aux abords de Paris, où un parachutiste anglais s’excuse par mégarde dans sa langue maternelle auprès d’un officier SS. S’ensuivent deux mois de post-production, avant une sortie triomphale en décembre 1966.

S’il n’était peut-être pas de bonne humeur en ouvrant le livre de Vincent Chapeau, parce que les jours raccourcissent, parce que les températures baissent, parce que… parce que… parce que… ce même lecteur va vite se rendre compte que la bonne humeur, l’euphorie, l’humour n’étaient pas que dans le scénario, et sont contagieux.

Il va suivre les comédiens parmi les plus célèbres du cinéma français des années 60-70, et toute une équipe de cascadeurs, décorateurs, figurants, d’abord dans une ambiance bourguignonne festive, entre Meursault, Beaune et Vézelay, puis dans le Cantal, pour enfin se faufiler dans la fourmilière des studios de Boulogne-Billancourt.

Le livre de Vincent Chapeau se déguste comme un bon repas – entrée, plat, dessert – servi avec une bonne bouteille : photos, documents d’archive, lettres, extraits du scénario, repérages géographiques, et évidemment, anecdotes.

Bons repas, bonne humeur et anecdotes de tournage

Comme je l’ai dit plus haut, le périple commence en Bourgogne, et on suit avec délectation les journées de tournage qui s’achèvent soit en dégustations de repas gastronomiques (et autres escargots), soit en visites de caves de la région.

On y attend Bourvil oublié sur la départementale à la fin de la journée par le régisseur, on y observe De Funès faire ses emplettes en verres à vin.

On assiste à des accueils d’habitants toujours fébriles et enthousiastes, à un tournage où chacun des deux larrons émerveillent par leur talent comique, Bourvil toujours chantonnant et de bonne humeur, et qui s’applique à dérider un De Funès taciturne en l’appelant « mon petit poussin »…

Évidemment il y a ce qu’on connait, les anecdotes dont on a forcément entendu parler et qu’on relit avec plaisir, et puis il y a les choses que l’on apprend – ou plutôt que j’ai apprises :

Pêle-mêle :

  • les répétitions harassantes de De Funès pour faire un bon chef d’orchestre,
  • la colère de Terry Thomas à l’idée de devoir tourner une prise supplémentaire dans les eaux froides du zoo de Vincennes,
  • la mort de Gil Delamare, roi des cascadeurs, au beau milieu du tournage, mais sur un autre tournage,
  • les visites de Michèle Morgan à Gérard Oury d’un plateau à l’autre des studios de Billancourt,
  • les difficultés et les tractations pour réussir à tourner dans l’Opéra Garnier,
  • les reconstitutions en studio de la loge présidentielle de l’opéra, des égouts de Paris, des chambres de l’hôtel du globe,
  • le trac de Marie Dubois pour son premier jour de tournage,
  • l’estime et le respect mutuels, et communicatifs, d’un réalisateur et de ses deux acteurs principaux

Le tout suscite en nous, à la lecture de ce livre, une pêche incroyable. On est heureux d’observer ces coulisses, d’assister à ce bonheur, parfois mêlé évidemment d’angoisses professionnelles et d’incertitudes, et on se sent privilégié de pouvoir le faire. Les plus âgés (et pour le coup les plus chanceux) d’entre nous, se rappelleront à cette lecture la sortie en salles de La Grande Vadrouille.

Je me contenterai, personnellement, de tenter une nouvelle fois de me souvenir de la première fois, de la première fois où j’ai vu un bombardier anglais traverser l’écran, se croyant au-dessus de Calais et apercevant la Tour Eiffel. De la première fois où j’ai vu De Funès diriger Faust, de la première fois où j’ai vu Bourvil repeindre une façade.

Et je me souviendrai aussi de tous les films suivants, des uns et des autres. Du Cercle rouge pour l’un, de La Folie des grandeurs pour l’autre…

Et je garderai en mémoire l’impression ultime que m’a laissée ce livre, celle de feuilleter un album de famille, entourée par des êtres exceptionnels par leur talent, leur richesse, leur douceur et leur simplicité.

Et je remercierai, encore une fois, La Grande vadrouille d’exister.

Le comique hyperactif

Le 27 janvier dernier, était commémorée la disparition, il y a trente ans, de Louis de Funès.

À cette occasion, et depuis fin 2012, de nombreux ouvrages ont été publiés : les inévitables témoignages des enfants sur leur père disparu – Louis de Funès – Ne parlez pas trop de moi les enfants ! – les biographies (j’en ai repéré au moins trois différentes en librairie) et les études, les iconographies, les ouvrages thématiques (sur La Grande vadrouille, entre autres), et au moins deux dictionnaires : Le Dico fou de Louis de Funès et Louis de Funès de A à Z.

De Funès de A à Z

Parmi tout ce choix, j’ai choisi l’un des dictionnaires : Louis de Funès de A à Z, pour plusieurs raisons. D’abord, aucune des biographies ou études proposées ne me tentaient sur le sujet. Ensuite, je suis toujours un peu réticente face aux témoignages des enfants d’artistes, qui se décident par miracle à publier un témoignage à date fixe, et généralement anniversaire. Bien-sûr, il y a des exceptions, et comme promis, j’y reviendrai. Enfin, la couverture du Dico fou ne m’attirait pas du tout. Ce dernier fait partie de la collection d’ouvrages publiée par un éditeur BD, et le mélange des genres, en tout cas, celui-ci, BD et cinéma, dans ce cas précis, ne m’a pas séduit.

Bref, j’ai choisi un dictionnaire, parce que j’aime bien les dictionnaires thématiques, comme je l’ai déjà laissé entendre et, là encore, j’y reviendrai. Louis de Funès de A à Z, de Bertrand Dicale, est paru en septembre 2012, chez Tana éditions, un éditeur qui s’intéresse surtout aux livres coffrets et à la cuisine, mais chez qui on trouve aussi quelques pépites…

Louis de Funès est un comédien fait pour le dictionnaire : tout en gestes, en phrases cultes, en tics, en traits de caractères, et omniprésent dans notre culture. L’un de mes proches passait son temps à jouer à un jeu assez amusant : opposer les grandes figures. Il privilégiait forcément l’une pour mieux rejeter l’autre : Keaton contre Chaplin, Dewaere contre Depardieu, Dorléac contre Deneuve, et bien-sûr, Bourvil contre De Funès. Il opposait leur jeu, leur charisme, leur technique, et leur postérité…

J’ai passé beaucoup d’heures à choisir celui ou celle qu’il rejetait, juste pour le plaisir du débat. Il préférait Bourvil à De Funès, et j’ai souvent bataillé avec lui pour lui faire entendre que ces deux-là ne pouvaient pas être comparés : chacun sa technique, chacun sa personnalité de comique, et aussi indispensables l’un à l’autre que le clown blanc et l’auguste.

Je n’ai obtenu gain de cause qu’en citant, je crois, Truffaut, qui disait, je ne sais plus où, qu’il était beaucoup plus difficile d’être De Funès que Bourvil, parce qu’il est beaucoup plus difficile de faire rire en étant antipathique qu’en étant sympathique.

Mais revenons à nos gendarmes : ce dictionnaire. Il revendique, comme la plupart des dictionnaires thématiques, de faire le tour du savoir sur un sujet – par là même, ils sont davantage encyclopédies que dictionnaires. Ce qui m’attire, dans un dictionnaire, fait à la fois sa force et sa faiblesse, en particulier dans celui-là :

C’est la liberté de pouvoir choisir un article, puis un autre, de retourner au précédent, de sauter deux cents pages, de commencer par la dernière lettre si je veux, et de ne pas lire la première si je n’en ai pas envie. Ce dictionnaire s’ouvre avec A comme « Ah ! » pour se refermer sur Z comme La Zizanie.

Mais si je veux tout savoir du tournage du Corniaud, de la relation De Funès / Bourvil, et de la scène mémorable de la 2CV, il faut donc que j’aille d’abord à « Le Corniaud », que je passe par B comme « Bourvil », puis que j’aille voir à « Improvisation » pour enfin revenir à D comme « 2CV ». Ou alors, j’arrête de râler, et je vais m’acheter un livre estampillé « secrets de tournage du Corniaud ».

Autre petit bémol, les articles ne sont pas toujours des plus exhaustifs… lorsque l’on a un article sur un certain second rôle dans un film, on s’attend vraiment à quelque chose de complet, mais il n’y a ni les dates de naissances ou de décès, ni la filmographie (ou alors très rapidement) en dehors des collaborations avec De Funès. Je pense notamment à l’article sur Coluche. Cela est dû, selon moi, au fait que ce dictionnaire, contrairement à d’autres, n’est pas un ouvrage collectif réalisé par des spécialistes, mais plutôt l’ouvrage d’un passionné qui a fait de son mieux…

Bien-sûr, on prend beaucoup de plaisir à consulter et à lire cet ouvrage. On y apprend une foule de détails sur les grandes scènes de De Funès, sur sa vie, son parcours, ses partenaires et tout ce qui a contribué à rendre son personnage inoubliable : Ah, Box-Office, Chewing-gum, Deux chevaux, Espagne, Fou rire, Grimace, Hôtel du Globe, Il est l’or, Jardin, Langue anglaise, Mauvais sentiments, Nez, Orchestre, Public, Religieuse, Second rôle, Taille, Yeux, Zizanie.

Sur les dizaines de films dont on se souvient alors, j’en pose je ne sais combien et j’en retiens trois, comme d’habitude :

  • La Grande vadrouille, parce que c’est un monument national, et que, même si on l’a vu vingt fois à la télévision, on en rit encore (scènes favorites : l’orchestration par De Funès de Berlioz et le bain turc), et on l’achète même en DVD.
  • La Folie des grandeurs : une géniale réécriture du Ruy Blas de Victor Hugo par Gérard Oury, où rien est à jeter.
  • La Zizanie, parce que j’adore tout simplement la confrontation De Funès / Annie Girardot.

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