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Étiquette : Marilyn Monroe

Trente, quarante, soixante

Nous passons notre temps à nous souvenir et à commémorer.

Lorsque j’ai commencé à envisager ce nouvel article cinéphile et son compte-rendu de lecture habituel, c’était en plein été, et deux constats me sont venus en tête.

Le premier, c’est qu’une nouvelle fois, je parlerai de Romy Schneider en septembre, fidèle à la chanson d’Hélène : « Ce soir, nous sommes septembre », sur laquelle j’ai eu plusieurs fois l’occasion de revenir.

Le second, je l’ai énoncé dès la première phrase de cet article.

En effet, lorsque l’on regarde certaines émissions télévisées, lorsque l’on feuillette la presse, ou même lorsque l’on consulte la page d’accueil de Wikipédia, il ne se passe pas un jour sans que l’on soit confronté, forcément, à ce qui s’est passé le même jour il y a un an, dix ans, cent ans…

Cet été, à quelques jours d’intervalles, ce sont trois de ces anniversaires qui sont venus se rappeler à moi.

Trente, quarante, soixante

Commençons par les deux extrémités, et gardons le milieu pour la fin.

  • Trente

Le premier de ces anniversaires pourrait paraître surprenant sur un site consacré principalement au cinéma, puisqu’il s’agit de la disparition, le 2 août 1992, de Michel Berger.

Au coeur de l’été, le 2 août, nous avons donc eu eu droit au lot habituel de reportages, de passants qui ânonnent des chansons de manière plus ou moins juste, et d’émissions hommages à l’artiste fauché en pleine gloire.

Ayant été bercée par les musiques de cette génération Berger et ayant écouté plus qu’à mon tour Starmania, Berger, Gall, Balavoine et Sanson, je n’ai alors pas été épargnée par l’envie moi aussi de réécouter La Groupie du pianiste ou Ella, elle l’a.

Par ailleurs, j’ai toujours trouvé un côté très cinématographique aux chansons de Michel Berger, et du coup, si je l’ajoute à cet article « célébrations », il ne fera pas figure d’intrus.

Quelques jours après, c’est un autre anniversaire que nous avons célébré.

  • Soixante

Le 5 août 1962 disparaissait Marilyn Monroe.

Le 5 août 2022 a donc vu son lot d’hommages, de passants croisés dans la rue qui évoquent la soirée d’anniversaire de John Fitzgerald Kennedy « Happy birthday Mr President » en lui associant le Poupoupidou de Certains l’aiment chaud.

Nous avons revu la robe blanche au dessus de la bouche de métro, et les reportages sont revenus à l’envi sur la comédienne incarnation du glamour, avec ses portraits réalisés par Andy Warhol, l’une des femmes les plus photographiées, et sur sa mort toujours sujet aux théories les plus fantasmées, à 36 ans.

Parmi les personnalités interrogées durant ces reportages, l’une des plus intéressantes reste Isabelle Danel, qui avait publié en 2012 (pour les cinquante ans de la disparition de la star, donc) un dictionnaire thématique : Marilyn Monroe de A à Z, un ouvrage qui, selon moi, reste la référence sur Marilyn.

Dans ces reportages, Isabelle Danel rappelait que Marilyn, au-delà de l’image du sex-symbol quelque peu écervelé, était aussi une femme passionnée de lectures et d’écritures, et qu’avaient été publiés pour la première fois en 2010 les Fragments :

des textes de Marilyn accompagnés de leurs fac-similés.

Si l’on veut poursuivre l’évocation de Marilyn, on se replongera dans sa filmographie (pour ma part, je reverrais bien Certains l’aiment chaud, qui reste mon préféré…), on relira le superbe Blonde, de James Carol Oates :

dont il me tarde de découvrir l’adaptation sur Netflix, et dont la sortie est prévue le 23 septembre…

  • Quarante

Nous avons passé les trente et les soixante en revue, arrêtons-nous maintenant sur les quarante.

En effet, le 29 mai 1982, une autre icône du cinéma disparaissait : Romy Schneider.

À nouveau, depuis le début de l’année, hommages et publications – certaines racoleuses, d’autres plus sérieuses – se sont succédés.

Les néophytes ont pu découvrir certains des films de Romy sur Netflix, la plateforme ayant mis en ligne pas moins de 8 films où elle apparait (vérification faite à la mi-août) : entre autres trois Claude Sautet, Les Choses de la vie, Max et les ferrailleurs et César et Rosalie, mais aussi Christine et La Piscine pour ne citer qu’eux.

Mais le plus bel hommage, c’est évidemment celui proposé par la Cinémathèque française, une exposition et une rétrospective qui ont été organisées entre le 16 mars et le 30 juillet 2022.

Exposition Romy Schneider – Cinémathèque française

Cette exposition, que j’ai découverte à ses tout derniers jours le 28 juillet, était magnifiquement orchestrée.

Jusqu’ici, il n’y a qu’une seule exposition proposée par la Cinémathèque qui m’a un petit peu déçue, celle proposée sur l’enfance au cinéma en 2017, qui était davantage une exposition d’ambiances – mais ce n’est que mon avis personnel.

Depuis, chacune des expositions proposées à laquelle j’ai pu me rendre n’a suscité chez moi que l’émerveillement, et celle consacrée à Romy Schneider n’a pas fait exception !

Retour en images et en quelques étapes…

La première rencontre que nous faisons à l’entrée de l’exposition est celle-ci, le regard de Romy Schneider, magnétique et hypnotique dans Les Choses de la vie, de Claude Sautet :

L’évocation est ensuite à la fois chronologique et thématique, associant les photographies, les extraits de films et d’archives, les ambiances, les objets et les costumes.

Période autrichienne avec Sissi (mais pas seulement) et pour l’occasion, un dais projetant des extraits des films et dans lequel on retrouve la fameuse perruque de 5 kilos que l’actrice devait supporter, un tableau en pied d’Elisabeth de Wittelsbach, une photo où Romy pose devant ce même tableau :

Période parisienne et la rencontre notamment avec Alain Delon, Coco Chanel et Luchino Visconti – qui lui fera ré-endosser le costume de l’impératrice dans son Ludwig :

L’exposition nous replonge ensuite dans les diverses aventures cinématographiques de Romy Schneider : les comédies américaines, la rencontre avec Orson Welles, le tournage interrompu de L’Enfer, d’Henri-Georges Clouzot, avant de revenir sur les retrouvailles avec Alain Delon dans La Piscine.

Les occasions manquées aussi, dont témoigne cette lettre de Truffaut, évoquant un projet avec Romy :

Suit la période Claude Sautet, où l’on retrouve les plans de travail hyper méticuleux du réalisateur, et les photographies issues de ses films, accompagnés du costume de Rosalie :

Les dernières parties de l’exposition sont consacrées aux différents projets « mémoriels » de la comédienne, et retrace cette volonté de travailler sur des films évoquant la seconde guerre mondiale (Le Train, Le Vieux fusil, La Passante du Sans-souci)

mais aussi de faire confiance à de jeunes réalisateurs, comme Andrzej Żuławski avec L’important c’est d’aimer, ou Francis Girod qui tourne Le Trio infernal et qu’elle retrouve en 1980 dans La Banquière (mon préféré) :

Enfin on retrouve à la fin de l’exposition une sélection de photographies, nous rappelant qu’avec Marilyn, Romy Schneider reste la comédienne dont le visage et la silhouette ont le plus impressionné la pellicule, qu’elle soit fixe ou en mouvement.

L’exposition proposait d’ailleurs une sélection en partenariat avec l’INA :

Un autre livre sur Romy Schneider

Sortie de cette exposition, comme toujours à la cinémathèque, l’arrêt à la librairie est un passage incontournable.

J’aurais pu, pour changer, me plonger dans le très bel ouvrage de Luc Larriba sur le tournage du film La Piscine, publié en février 2022 :

J’aurais pu tenter l’une ou l’autre des nouvelles biographies publiées cette année, ou rééditées en grand format, comme celle de David Lelait.

Mais ce que je voulais surtout, c’était pouvoir retrouver le cheminement de l’exposition, avec ses extraits d’interviews, ses citations, ses photographies, ses affiches et ses costumes.

Or, à la librairie de la Cinémathèque, le catalogue de l’exposition était introuvable, je ne l’ai retrouvé que quelques jours plus tard en librairie.

Il s’agit cependant d’un ouvrage magnifique, publié par Clémentine Deroudille, et doublement édité par la cinémathèque et Flammarion :

L’ouvrage revient en toute sobriété et élégance sur l’ensemble de l’exposition, le texte étant principalement composé d’interviews de Romy Schneider, d’extraits de ses journaux intimes et de ses lettres, ou de témoignages de ceux qui l’ont directement côtoyée.

Encore une fois, il s’agit donc d’un pari magistralement gagné par la Cinémathèque française, dont je guette avec impatience la prochaine exposition : « Top secret : cinéma et espionnage » qui sera proposée à partir d’octobre prochain !

Et même si le catalogue de l’exposition n’était pas disponible dans la librairie du 51 rue de Bercy, je n’ai pas pu résister à la tentation de rapporter de cette énième visite un petit souvenir : il s’agit de deux jeux de cartes réservés exclusivement aux cinéphiles, l’un reprenant les films d’Hitchcock, l’autre ceux de Charlie Chaplin.

Je vous en glisse ici un petit aperçu :

Ce que j’ai trouvé vraiment chouette avec ces deux jeux de cartes, c’est que contrairement à certains jeux de cartes thématiques que j’avais quand j’étais enfant, les images ne figurent pas seulement sur les figures (rois, dames, valets), mais bien sur la totalité des cartes, sur lesquelles on retrouve acteurs, scènes et affiches des films de Chaplin et d’Hitchcock.

Et cela ajoute à la panoplie d’objets et d’images dont j’ai pu parler dans mes deux hors-série de cet été, pour le prolonger un peu…

Voilà pour l’évocation de ces icônes du cinéma, au premier plan desquelles figure, comme à l’accoutumée en septembre, mélancolique et automnale, Romy Schneider, qui clôt l’article comme elle l’a ouvert, avec cette citation que je garde en mémoire :

Je vous souhaite un bon mois de septembre, et vous dis à très bientôt pour un nouvel article sur Cinephiledoc !

Hors-série n°6 : Le cinéma en chansons

C’est – déjà – le dernier hors-série de l’été, un petit hors-série tout léger et sympa pour oublier la fin des vacances (pour les chanceux comme moi qui en ont) et la fin de l’été qui s’approche… C’est aussi un article suggéré par la facétieuse Eva, avec laquelle j’avais eu la chance de collaborer pour des articles sur Boby Lapointe, l’un sur son blog, l’un sur le mien.

Eva, passionnée de Boris Vian, m’a fait découvrir Le Cinématographe, à moi pauvre inculte qui ne connaissait que Le Déserteur et La Complainte du progrès :

Quand j´avais six ans
La première fois
Que papa m´emm´na au cinéma
Moi je trouvais ça
Plus palpitant que n´importe quoi
Y avait sur l´écran
Des drôl´s de gars
Des moustachus
Des fiers à bras
Des qui s´entretuent
Chaqu´ fois qu´i trouvent
Un cheveu dans l´plat

Ces quelques vers ont donc été le point de départ d’un article qui ne sera pas aussi consistant que les précédents, et où je vous proposerai quelques chansons qui évoquent le septième art. D’abord les « grands classiques » de la variété française, des choses que l’on écoute parfois sans l’avouer. Ensuite quelques chansons dédiées à des stars, en français et en anglais. Et pour finir, des petites choses un peu plus récentes…

Les grands classiques, connus et un peu moins connus

Parmi ces grands classiques, il y a des choses que j’aime, d’autres que j’aime un peu moins. J’ai trop entendu certaines chansons, quelques-unes me restent bien dans la tête une fois qu’elles s’y sont installées… Je ne dirai pas lesquelles.

On peut distinguer deux types de chansons dédiées au cinéma dans les « grands classiques » : celles qui font le compte-rendu d’une époque et évoquent le cinéma de cette époque au milieu des événements historiques, sociaux et artistiques, et celles qui sont exclusivement consacrées au septième art.

Parmi les premières, j’ai retenu Cette année-là, de Claude François, et une chanson de Nicolas Peyrac : So far away from L.A. Vous connaissez certainement Claude François par coeur, grâce à des soirées karaokés, des émissions hommages ou des reprises plus ou moins heureuses. Du cinéma, n’est fait mention que de la mort de Marilyn Monroe et le triomphe de West side story.

De So far away from L.A., voici quelques lignes qui évoquent la nostalgie de l’âge d’or hollywoodien :

Le Queen Mary est un hôtel
Au large de Beverley Hills
Et les collines se souviennent
Des fastes de la dynastie
Qui, de Garbo jusqu´à Bogie,
Faisait résonner ses folies.

Pour les chansons qui se consacrent au cinéma et rien qu’au cinéma, et en français, s’il vous plait, j’en ai retenu trois : Ainsi soit-il de Louis Chedid, La Dernière séance d’Eddy Mitchell, et Le Cinéma de Claude Nougaro.

Ainsi soit-il évoque toute la vie d’une personne comme s’il s’agissait d’un film : tous les effets sont présents (travelling, flash-back, fondu enchainé, etc.) Je vous conseille de l’écouter ne serait-ce qu’une fois si vous aimez le cinéma, quels que soient vos goûts musicaux. En voici les premiers vers :

Moteurs
L´action se déroule dans ta ville
Vue d´hélicoptère ou du haut d´un building
Et puis la caméra zoome avant
Jusqu´à ton appartement

Ainsi soit-il
Tel est le nom du film

Comme il est dit dans l´scénario
Gros plan de toi dans ton berceau
Comme il est précisé dans le script
Lumière tamisée flou artistique

Pas d’article sur le cinéma en chanson sans l’inévitable Dernière séance d’Eddy Mitchell, dédiée aux cinémas de quartier, à l’entracte, aux westerns, aux jeunes premiers et à Gary Cooper :

La lumièr´ revient déjà
Et le film est terminé
Je réveille mon voisin
Il dort comme un nouveau-né
Je relèv´ mon strapontin
J´ai une envie de bailler
C´était la dernièr´ séquence
C´était la dernière séance
Et le rideau sur l´écran est tombé

Comme les cinéphiles forcenés le savent déjà, la chanson La Dernière séance a donné lieu à une émission animée par Eddy Mitchell sur les classiques du cinéma américain entre 1982 et 1998 sur France 3. J’étais trop petite pour voir cette émission ou pour m’en souvenir, j’ai dû voir quelques images d’archives, et certains films présentés ont fait l’objet d’une collection de DVD dont j’ai trois spécimens : La Vie est belle de Capra, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, et Gatsby le magnifique de Jack Clayton, pour vous donner une idée de la programmation.

Enfin, dernier grand classique de la chanson, Le Cinéma, de Claude Nougaro, que j’adore juste pour la première ligne, « Sur l’écran noir de mes nuits blanches » :

Je ne pouvais pas résister à vous proposer la version vidéo de cette chanson !

Hommages aux stars

Les chanteurs – ou parfois ceux qui écrivent leurs chansons – choisissent de clamer leur admiration sans borne pour telle ou telle comédienne, presque toujours au féminin (si des exemples masculins vous viennent à l’esprit, je suis preneuse !).

Que l’on aime ou pas Bardot, que l’on aime ou pas Gainsbourg, on ne peut pas éviter de mentionner Initials BB. Outre qu’il s’agit d’une vision complètement idéalisée de la femme, et où s’exprime le génie de Gainsbourg avant l’apparition du personnage plus controversé de Gainsbarre, la musique, inspirée de la Symphonie du Nouveau monde de Dvorak, est magnifique. Vidéo disponible ici.

Beaucoup plus récemment, et dans une vision un peu plus quotidienne, moins fantasmée, j’avais  trouvé superbe la chanson de Vincent Delerm, Fanny Ardant et moi :

On écoute du chant grégorien
Elle parle à peine et moi je dis rien
On a une relation comme ça
Fanny Ardant et moi (…)

Elle est toujours toute noire et blanche
Elle ne dit plus vivement dimanche
Depuis que je la traîne chez mes parents
Tous les week-end Fanny Ardant

Mon côté « fan des années 80 » n’a pas pu résister à vous faire connaître (ou à vous rappeler) cette pépite de Kim Carnes, Bette Davis’ eyes, que la star hollywoodienne elle-même appréciait. La chanson évoque une femme mystérieuse, que l’on prend pour une espionne et qui a les yeux de Bette Davis :

Parmi les chansons consacrées aux stars, il y en a bien-sûr quelques-unes sur Marilyn (j’ai déjà parlé de Cette année-là). En français, la chanson de Vanessa Paradis, Marilyn & John, évoque la relation entre Marilyn et John Fitzgerald Kennedy. En anglais, ma préférée reste Candle in the wind d’Elton John :

Goodbye Norma Jean
Though I never knew you at all
You had the grace to hold yourself
While those around you crawled
They crawled out of the woodwork
And they whispered into your brain
They set you on the treadmill
And they made you change your name

La chanson a été reprise par Elton John en 1997 en hommage à la princesse Diana.

Cinéma, stars, paparazzi et vidéos

Plus récemment, j’ai quelques chansons qui m’ont marquée sur l’univers des stars et du septième art. Je pourrais parler de Paparazzi, la chanson de Lady Gaga, mais je ne voudrais pas vous la mettre dans la tête pour le reste de la journée. Cependant, vous n’y couperez pas, pour l’écouter, c’est par ici.

La chanson Video Games de Lana del Rey n’évoque pas directement le cinéma, quoique :

Singing in the old bars
Swinging with the old stars
Living for the fame

Kissing in the blue dark
Playing pool and wild darts
Video games

Mais ce qui m’a arrêté dans ce choix, c’est son clip, blindé de références et de clins d’oeil.

Enfin, ma préférée, dernièrement, c’est la chanson Footballer’s wife, de Amy MacDonald, qui compare les fastes des anciennes stars hollywoodiennes aux couvertures des magazines d’aujourd’hui :

Oh Mr James Dean, he don´t belong to anything
Oh he left before they could get him
With their ways, their wicked ways

Oh Marilyn Monroe, where did you go?
I didn´t hear all your stories
I didn´t see all your glory (…)

Oh Ginger Rogers, Fred Astaire
Won´t you dance for me cos I just don´t care
What´s going on today
I think there´s something more, something more

And I´m gone with the wind like they were before
But I´m believing myself I think there´s something more
There must be something more
I think there´s something more, something more

Vous pouvez retrouver la chanson en entier ici.

J’espère avoir mis un peu de baume au coeur à ceux qui appréhendent la fin des vacances / la fin de l’été. J’ai tenté de fournir des vidéos des chansons mentionnées, qui seraient soit des clips officiels, soit des extraits de performances des artistes (concerts ou enregistrements), et lorsque je n’ai pas pu en trouver, j’ai choisi ce qui me semblait convenir le mieux…

Dès la semaine prochaine, vous retrouverez les articles habituels de Cinephiledoc, à commencer par la critique d’un ouvrage sorti au mois d’août. D’ici là, chantez bien !

Dictionnaires thématiques

Selon Roland Barthes, « Le dictionnaire est une machine à rêver. » Et, en effet, lorsque l’on  parcourt les pages d’un dictionnaire consacré plus exclusivement au cinéma, aux acteurs ou aux réalisateurs, une foule d’images reviennent en mémoire…

Mais ce n’est sans doute pas aux dictionnaires thématiques que pense Roland Barthes. Lui, l’amoureux des mots, le décrypteur de sens, est capable de rêver sur chaque mot. La plupart des littéraires que je connais ont leur petit lot de mots fétiches, mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce ne sont pas que des figures de style (oxymore,  allitération, et autres prosopopées…). Les miens, ce sont crépuscule, hallucination, mélancolie, calligraphie, palimpseste, uchronie

Dictionnaires et encyclopédies

Si je joue sur les mots, c’est pour mieux souligner que tous ces dictionnaires thématiques dont je vais parler dans un instant, n’ont de dictionnaire que le titre et, à la rigueur, le classement alphabétique… À eux seuls, ils permettent de souligner la confusion qui est faite entre dictionnaire et encyclopédie, question souvent ressassée en documentation :

  • un dictionnaire est un ouvrage qui contient l’ensemble des mots d’une langue ou d’un domaine d’activité (droit, géographie – quelle horreur – philosophie, cinéma aussi) par ordre alphabétique, en donne la définition, fournit des exemples et des correspondances (étymologie, synonymes, antonymes, etc.)
  • une encyclopédie (l’un de mes mots préférés également, à cause de son étymologie) propose de faire le tour de l’ensemble du savoir ou d’une question au moment précis où cette question se pose. Elle peut être organisée de manière thématique ou alphabétique (Wikipédia propose par exemple une entrée par Portails, par index alphabétique, ou, pour les adeptes du butinage, le choix d’un article au hasard).

J’ai souligné qu’il pouvait exister des dictionnaires sur le cinéma, mais justement, les dictionnaires propres à un domaine d’activité, ou à un thème particulier, font partie de ces ouvrages pour lesquels la frontière avec l’encyclopédie est beaucoup moins rigide. Ils ne se contentent généralement pas de donner la définition d’une technique, la date et les principaux acteurs d’un film. Ils ne s’arrêtent pas au seul mot, ils approfondissent la question.

Dictionnaires thématiques et encyclopédiques sur le cinéma

À chaque domaine d’activité son dictionnaire, donc. On trouve de nombreux dictionnaires de cinéma et du cinéma, le spécialiste prolifique du genre – et l’une des références – étant Jean Tulard, qui a publié en 1982 la première édition du premier volume de son Dictionnaire du cinéma consacré aux réalisateurs. Le second volume, paru en 1985, était consacré aux acteurs, producteurs, scénaristes et techniciens du cinéma. En 1990, il a dirigé la publication d’un Guide des films, et en 2009, il a publié son Dictionnaire amoureux du cinéma, forme pour laquelle l’auteur choisit subjectivement dans le thème « cinéma » les articles et les aspects qui l’intéressent.

Ce qui est intéressant, si l’on se penche sur le dictionnaire de Jean Tulard, qui se revendique comme « dictionnaire du cinéma », c’est qu’à chaque fois, il choisit un angle d’attaque particulier : réalisateur, acteurs, films… Ces ouvrages-là sont des dictionnaires de noms propres à part entière (noms, dates, filmographies). On trouve aussi des dictionnaires sur les techniques, les courants cinématographiques, le cinéma par pays. Par contre, des ouvrages comme les Dictionnaires amoureux sont davantage à classer dans les encyclopédies, selon moi.

D’autres ouvrages généraux sur le cinéma ressemblent tantôt à des dictionnaires, tantôt à des encyclopédies : j’en retiendrai deux. La Chronique du cinéma (2002) racontait le cinéma au jour le jour, année par année, des Frères Lumières à Amélie Poulain. Les 1001 films à voir avant de mourir (2012) propose aussi un classement chronologique de succès et d’indispensables du cinéma, en se rapprochant, par son approche subjective, des dictionnaires amoureux.

Mais j’aborderai un autre jour cette question des ouvrages généraux… Revenons aux dictionnaires. J’en ai déjà présenté deux, à chaque fois l’oeuvre d’une seule personne, dans ce que ça peut avoir d’excellent (le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon), ou d’un petit peu plus décevant (Louis de Funès de A à Z de Bertrand Dicale). Un réalisateur et un acteur. Voyons maintenant deux ouvrages collectifs.

2 exemples : le Dictionnaire Truffaut et Marilyn Monroe de A à Z

Là encore, un réalisateur et un acteur. Deux dictionnaires très bien pensés, très bien construits.

Marilyn Monroe de A à Z

Marilyn Monroe de A à Z, sous la direction de Isabelle Danel, paru en mai 2012 – une année riche en nouveaux ouvrages sur Marilyn, à l’occasion des 50 ans de sa disparition – chez Tana éditions. La même maison que le Louis de Funès de A à Z. D’ailleurs le choix de couleurs est intéressant : bleu pour De Funès, rose flashy pour Marilyn, on a un peu l’impression, sur ce coup-là, d’être dans un catalogue de jouets pour Noël : rose pour les filles, bleu pour les garçons.

Il n’empêche, c’est un très bon dictionnaire, bien fait, avec des renvois clairs, mais pas excessifs. Le contenu ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sordide, ni dans la caricature facile. Les films sont bien présentés : une fiche technique, puis un résumé, enfin une analyse du projet depuis sa genèse jusqu’à son accueil. Ainsi est évité l’écueil d’un détail par ci, un détail par là, que j’avais évoqué dans l’article précédent.

Ce dictionnaire s’ouvre, comme il se doit avec Marilyn Monroe, sur l’article Actrice, pour se clore sur l’un des pseudonymes de Marilyn, « Zonk, Zelda » – consonne doublée, comme Danielle Darrieux, Michelle Morgan, Brigitte Bardot… et Marilyn Monroe. Si l’on ne retient que quelques articles, quelle image de la star avons-nous ? Ambivalence,  Blonde, Cinq, Enfance, Fragments, Grain de beauté, Hollywood, Livres, Métro, Nue, Pou Pou Pidou, Sexe, Trente-six, Ukulélé, Voix, Walf of fame, Zonk.

dictionnaire truffaut

Le Dictionnaire Truffaut aux éditions de la Martinière. C’est un ouvrage dirigé par Antoine de Baecque et Arnaud Guigue, paru en 2004, et c’est l’un de mes ouvrages préférés sur François Truffaut. Je vais donc essayer d’être objective, mais ça risque d’être difficile.

Comme je l’ai déjà dit, le premier contact avec un livre, c’est le contact physique, visuel et tactile : on soupèse, on regarde, on feuillette – on maudit les livres sous plastique, ou du moins l’absence d’exemplaires de présentation. La couverture du Dictionnaire Truffaut est très sobre, blanche, avec une minuscule photo du visage du réalisateur éclairé à la bougie.

Ce qui m’a toujours plu dans ce dictionnaire, c’est non seulement son exhaustivité, mais le choix de certaines répliques qui deviennent des articles à part entière : « Ni avec toi, ni sans toi », « C’est une joie et une souffrance », Figure achevée. Selon l’auteur de l’article, le ton est porté davantage vers l’analyse, ou vers le sensible – mais pas la sensiblerie.

Cela s’est sans doute remarqué, j’aime les articles transversaux, qui permettent de voir une oeuvre selon une approche particulière, et, comme dans certains dictionnaires, c’est le cas ici : Amour définitif, érotisme, évanouissement, Fétichisme, Imperméables, Livres, Mannequin de cire, Nouvelle vague, Obsessions, Passé… Enfin, à la fin, séparé, il y a la partie Chiffres : 00-14, « 10% d’inspiration, 90% de transpiration »… et c’est une belle trouvaille.

En guise de conclusion, quelques phrases de l’article « Livres », rédigé par Eric Neuhoff :

Qu’est-ce qu’il deviendrait sans eux ? Les livres, il y en a partout. Il les montre. Il en achète. Il les adapte. Il les écrit. (…) Quand Truffaut sort d’une salle de cinéma, c’est pour entrer dans une librairie. (…) Dans l’univers de Truffaut, on ne meurt pas avant d’avoir écrit la dernière ligne de son manuscrit. Ses volumes, il les protège, les recouvre soigneusement de papier cristal (les femmes, il veut les mettre sous Cellophane). Il ne les prête pas, mais les offre. Tout jeune, il a hésité entre être romancier ou avocat. Les livres sont ses repères, ses «Rosebud».

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