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Étiquette : François Truffaut (Page 9 sur 10)

Un petit Spielberg pour démarrer la semaine ?

Rien de tel qu’une petite séance de cinéma pour commencer la semaine en douceur. Aujourd’hui, c’était la deuxième séance avec une classe de quatrième et une de troisième, dans le cadre du dispositif Collège au cinéma, que j’avais déjà eu l’occasion de mentionner.

Duel affiche2

Au programme cette fois-ci, le premier film de Steven Spielberg, Duel, sorti en 1971. Pour ceux qui ne l’ont jamais vu, et qui, comme moi jusqu’ici, connaissent mieux les films plus récents comme Hook, Il faut sauver le soldat Ryan ou Arrête-moi si tu peux, voir Duel est tout de même une expérience incontournable, et qui me donne d’autant plus envie de me plonger dans ce livre, sur lequel j’ai salivé pendant longtemps sans me décider à l’acheter…

dictionnaire spielberg

L’histoire est assez simple : David Mann, représentant de commerce, effectue un trajet professionnel sur une route de Californie. Il est pris en chasse par le chauffeur d’un poids lourd qu’il a cherché à dépasser à plusieurs reprises et qui cherche par tous les moyens, à le supprimer.

Le ressort de l’angoisse dans ce film est, non seulement, que l’on ne voit jamais le visage du conducteur, mais aussi que la poursuite échappe à toute logique, comme dans tous ces films où la folie s’installe progressivement. Les mobiles des personnages restent inconnus, et même si le doute est moins permis que dans d’autres films, le héros oscille lui aussi entre calme et fébrilité, comme en témoigne son monologue intérieur. Il fait partie de ces personnages qui cherchent à prouver, contre tout le monde, le bien-fondé, réel ou imaginaire, de leur terreur. On les retrouve aussi bien chez Maupassant, en particulier dans Le Horla ou La Chevelure, dans les situations absurdes du Procès de Kafka, que dans certains films de Hitchcock.

D’ailleurs, si Duel rappelle certains films, ce sont bien ceux de Hitchcock : quelques motifs de la bande originale ressemblent à s’y méprendre à ceux de Psychose, et cette scène toujours recommencée de poursuite sur les routes américaines rappelle l’instant mémorable de La Mort aux trousses (North by northwest) où Cary Grant tente d’échappe à un avion dans un champ de maïs et la place qu’il occupait dans l’esprit de Hitchcock :  au lieu de filmer une scène de meurtre dans une ruelle sombre, en pleine nuit, sous la pluie, il choisit de la filmer en rase campagne, en plein jour et sous un soleil de plomb.

© D.R.

© D.R.

En la matière, l’un de mes livres de chevet reste l’excellent ouvrage des entretiens Hitchcock / Truffaut, indispensable à tout cinéphile qui se respecte ! Voici ce que dit Hitchcock de cette scène :

« J’ai voulu réagir contre un vieux cliché : l’homme qui s’est rendu dans un endroit où il va probablement être tué. Maintenant, qu’est-ce qui se pratique habituellement ? Une nuit « noire » à un carrefour étroit de la ville. La victime attend, debout dans le halo d’un réverbère. Le pavé est encore mouillé par une pluie récente. Un gros plan d’un chat noir courant furtivement le long d’un mur. Un plan d’une fenêtre avec, à la dérobée, le visage de quelqu’un tirant le rideau pour regarder dehors. L’approche lente d’une limousine noire, etc. Je me suis demandé : quel serait le contraire de cette scène ? Une plaine déserte, en plein soleil, ni musique, ni chat noir, ni visage mystérieux derrière les fenêtres ! »

Je m’arrête là, malheureusement, mais la totalité de cet ouvrage est une merveille…

Faire un premier film comme Duel, quel culot ! Et quand on pense à tous ceux qui ont suivi, ça donne le tournis. Pour ma part, s’il n’y en avait que trois à retenir, de manière complètement arbitraire, je prendrai :

  1. Arrête-moi si tu peux (Catch me if you can) : parce que cette histoire vraie est ahurissante, que le duo Tom Hanks / Leonardo Di Caprio fonctionne du tonnerre, parce que les seconds rôles sont géniaux et que, pour moi, c’est le meilleur film de Spielberg, avec une bande originale signée John Williams, ce qui ne gâte rien !
  2. Indiana Jones et la dernière croisade (The Last Crusade) : parce que le mystère religieux revisité par le film d’action, c’est toujours vendeur, parce que voir Harrison Ford et Sean Connery se chamailler est irrésistible, et que les lieux filmés (Venise, Pétra) font juste rêver.
  3. Hook ou la revanche du capitaine Crochet : un casting de rêve, Dustin Hoffmann en Capitaine Crochet, les décors fabuleux de Londres et du pays imaginaire, et le second rôle du flic incarné par Phil Collins.

Et n’oublions pas, Lincoln sur les écrans, le 30 janvier, mais aussi le biopic sur Hitchcock, avec l’excellent Anthony Hopkins et la non moins excellente Helen Mirren, le 6 février !

Les yeux de Tex Avery : typologie des fans

Lorsque j’ai posté mon article sur Sean Connery, une amie me faisait remarquer qu’elle ne pourrait pas le commenter sans produire autre chose que des sons inarticulés. Elle ajoutait : « L’une des principales raisons pour lesquelles on apprécie ces gens-là est leur remarquable diction, et pourtant on est incapables d’en parler autrement que par borborygmes »

Elle évoquait, par ce comportement, l’un des modes d’expression du « fan », les autres modes étant généralement la bouche grande ouverte, l’air hébété et le regard oscillant entre ahurissement et dévotion.

A la suite de cette conversation, j’ai voulu développer ces quelques idées, tout d’abord en étudiant les différentes figures du fan :

  1. Le fan de base : c’est l’attitude la plus commune et la plus restreinte. Celle que l’on constate au quotidien : il se contente de voir la « matière première », les films de l’acteur ou du réalisateur concerné, les livres de l’auteur de son choix, et passe par des sentiments qui vont du bonheur des retrouvailles à la perte du son (fixité du regard, phrases exclamatives le plus souvent nominales, mutisme admiratif). Les yeux lui débordent de la tête, comme ceux du loup de Tex Avery.
  2. Le fan dévoué et / ou érudit : c’est celui qui « étend le domaine de l’admiration ». Le fan documenté. Il compulse les articles, lit des ouvrages, rend hommage. Dans La Nuit américaine, le metteur en scène Ferrand se fait livrer toute une série de livres sur ses cinéastes de référence : Hitchcock, Hawks, Godard, Bergman, etc. Dans ce film hommage au cinéma, François Truffaut évoque tous ceux qui l’inspirent et dont il admire le travail. On y retrouve de nombreuses figures de « fans » : le petit garçon qui vole des affiches, l’acteur qui fréquente assidûment les salles de cinéma, l’accessoiriste qui cite des répliques… Ce type de fan fonctionne également par associations d’idées : une situation de la vie quotidienne, une conversation, les personnes qu’il rencontre, vont immanquablement lui rappeler les choses qu’il admire. Désormais cette attitude est complétée par : la fréquentation des sites Internet, le Like sur les pages Facebook, la participation à des groupes, le suivi de l’actualité via moteurs de recherche et réseaux sociaux.
  3. Le fan « atteint » : ce dernier a abdiqué toute pensée critique à l’égard de celui ou celle qu’il admire. Non seulement, il veut tout voir, tout connaître et prend le parti de tout aimer, sans souffrir de contradiction, mais il développe aussi une collectionnite aiguë : matière première et produits dérivés. Affiches, autographes pour les plus chanceux, calendriers, agendas, boîtes, services à thé, etc. Que l’on pousse encore un peu et l’on arrive au fan légèrement dérangé de Bodyguard, qui garde précieusement des « reliques » de Whitney Houston dans son casier.

Si je tente de faire la liste des personnes pour lesquelles mon esprit peut difficilement être objectif, voilà ce que ça pourrait donner, dans une sorte de cocktail improbable : Marcel Proust, Stefan Zweig, Maupassant, Sartre, Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Carlos Ruiz Zafon pour les écrivains ; Harry Potter pour les personnages ; Chaplin, Hitchcock, Truffaut, pour les réalisateurs ; Catherine Frot, Annie Girardot, Romy Schneider, Greta Garbo, Audrey Hepburn, Lauren Bacall pour les actrices ; Sean Connery, Russell Crowe, Alan Rickman, Fabrice Luchini et Humphrey Bogart pour les acteurs. Voilà à quoi ressemble mon panthéon non exhaustif.

Quant à ce que j’admire,  c’est bien souvent une combinaison de différentes choses : le regard, la voix, ce qui transparaît de la personnalité ; le style et l’imaginaire pour les écrivains et les personnages ; l’univers des réalisateurs, leurs choix esthétiques et thématiques, et pour les comédiens, la diction, l’érudition, les personnages incarnés, la posture. Mon admiration n’est pas intrusive, elle ne penche pas vers la collectionnite, elle se contente de quelques livres, photos ou affiches et de la « matière première ». Mais il lui arrive de vagabonder, d’imaginer ce que je veux bien croire de leurs vie à tous, de les considérer comme des modèles et de rêver d’une rencontre sans pour autant chercher à la provoquer.

L’autel des morts

Dans cette nouvelle de Henry James, qui a inspiré à François Truffaut son film La Chambre verte, le personnage principal voue une fidélité absolue aux êtres disparus, et qui lui fait préférer la compagnie des morts à celle des vivants. Dans La Chambre verte, Julien Davenne en vient même à avoir une altercation avec un prêtre, qui tente de consoler un veuf par la promesse de retrouvailles post-mortem avec son épouse :

« Tout ce que l’on vous demande, c’est de dire « Lève-toi et marche » (…) Si vous êtes incapable de faire cela, vous n’avez rien à faire ici » (Je cite de mémoire).

Julien Davenne est l’incarnation jusqu’à l’excès de cette phrase de Cocteau, que j’affectionne tout particulièrement : « Le vrai tombeau des morts, c’est le coeur des vivants. » Il est aussi le personnage d’une obsession : il aime les morts contre les vivants, la mort contre la vie, et il s’enferme dans cette obsession avec intransigeance, sans aucune indulgence pour le monde extérieur. De sa femme disparue, dans la chambre verte de sa maison, il conserve tout : vêtements, bijoux, photographies, tout ce qui lui permet d’assouvir son fétichisme.

Julien Davenne est un personnage d’une mélancolie d’un autre temps. Il incarne pour moi tout cet aspect du deuil impossible, du « passé qui ne passe pas ». Il ne devrait être qu’une humeur, qu’un état d’esprit passager dans le difficile travail de deuil, mais lui, extrémiste, rend cet état d’esprit systématique, et refuse toute consolation.

Pourquoi je parle de La chambre verte et de Julien Davenne ? Pas seulement parce que, pour ceux qui me connaissent bien, François Truffaut est l’une de mes références de prédilection. Mais aussi parce que j’en suis venue à me demander ce qui constituait la mémoire et les souvenirs d’un être cher disparu :

D’un seul coup, c’est comme si le monde entier retentissait d’échos en échos de la voix de l’être cher. Les souvenirs reviennent en masse, les objets, les lieux et les jours prennent une tout autre dimension, le passé est « recomposé ». C’est l’expérience tangible, que l’on fait, de ce que raconte Proust dans Albertine disparue. C’est à cet instant que la voie « Davenne » est tentante.

Et puis, à côté de tout ce qui est tangible, de tout ce qui est matériel ou impalpable dans la mémoire, il y a désormais tout ce qui est immatériel, tout cet espace numérique fait de liens, de messages, de « J’aime » et de « Suggestion d’amis ». Tout ce qu’évoque Olivier Ertzscheid dans son article « La Mort numérique ». Il y évoque bien-sûr tout ce qui disparaît comme données commerciales, toutes les activités culturelles de la personne. Mais il y rappelle aussi toute cette part d’identité numérique qui reste en suspens.

Sur Facebook, on a certes la possibilité de transformer le compte de la personne en mémorial, mais cette procédure requiert des démarches qui sont déjà lourdes pour des institutions « physiques » (impôts, sécurité sociale, banques), comment consentir, alors, à faire les mêmes démarches, en plus absurdes – voir cet article du Point – pour cet intangible numérique ?

Facebook va-t-il faire partie d’une nouvelle mythologie, lui qui a déjà pour certains des allures de divinité ? Va-t-il faciliter ce travail de deuil ou enfermer dans un espace virtuel les reliques des internautes inconsolables ? A quoi ressemblera-t-il dans cinquante ans, dans cent ans ? A un cimetière, à une pouponnière ou à une maison abandonnée ?

« Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. » Giacometti

Un ancien poème égyptien

En parcourant les différentes rubriques d’un site Internet que je recommande aux cinéphiles amateurs de répliques cultes, aux butineurs de liens et aux cliqueurs en tous genres, Cinélog, j’ai retrouvé toutes les répliques qui s’impriment plus ou moins volontairement dans nos têtes.

Ma mémoire est tout à fait sélective : je retiens beaucoup mieux les répliques de cinéma, les paroles de chansons et les citations littéraires que les verbes irréguliers allemands, les champs du pavé ISBD et la différence entre métonymie et synecdoque. Après, tout est une question de préférence.

Lorsque quelqu’un se met à réciter « Aucun lien, fils unique », « Je suis le pape et j’attends ma sœur » ou encore « Prenez un chewing-gum Émile », on reconnaît à coup sûr le fan de La Cité de la peur, celui qui l’a vu quinze fois et qui est capable de rire d’une réplique avant même que la scène l’impliquant ait eu lieu. Lorsque un chevelu fondu de fantasy et d’art médiéval affirmera « Personne ne lancera un nain », « Vous ne passerez pas » ou « Je vous aurais suivi mon frère… mon capitaine… mon roi », on saura être en face d’un féru du Seigneur des anneaux. Et l’on suivra à la trace le jedi de Star Wars ou le scribe d’Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre.

Personnellement, je suis capable de réciter tout le début de ce dernier film, depuis « Un ancien poème égyptien… » jusqu’à la « délicate Cléopâtre… ASSEZ ! » Le tout étant pour le moins exaspérant. Je peux réciter un certain nombre de répliques des films Mon petit doigt m’a dit et Le Crime est notre affaire… surtout celles de Catherine Frot – « le léopard tacheté », « ce que tu deviens popote », « quand tu auras fini de conjuguer le verbe sentir… »

J’aime la tirade d’Arletty dans Hôtel du Nord, les lamentations de Michel Simon et les exclamations de Louis Jouvet dans Drôle de Drame, les promenades et les murmures des Enfants du paradis et la parade amoureuse de Gabin et de Morgan dans Quai des brumes.

Enfin, j’ai une tendresse toute particulière pour les dialogues d’Audiard dans Les Tontons flingeurs, mes sentences préférées étant :

« Patricia mon petit, je voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L’homme de la pampa parfois rude reste toujours courtois, mais la vérité m’oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu ! » et « Et c’est pour ça que je me permets d’intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoire qu’ils feraient mieux de fermer leur claque-merde ! Ah ! »

Par contre, je déplore chaque jour de n’avoir jamais réussi à retenir l’intégralité de la tirade de présentation de V dans V pour Vendetta – et d’ailleurs, laquelle retenir, la version française ou la version originale ? – et la tirade d’Otis dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre.

Mais j’ai à mon actif un certain nombre de répliques des films de François Truffaut, dont ma préférée est très certainement celle de Valentina Cortese dans La Nuit américaine, que je sais reproduire en mettant même le ton :

« Cet acteur, toute sa vie il a rêvé de jouer Hamlet. Enfin il réussit à monter son spectacle. Mais il était tellement mauvais, tellement mauvais, que tous les soirs, il se faisait siffler. Alors un soir il en a eu assez. Il s’est arrêté en plein milieu du monologue « To be or not to be », il retourne son visage vers le public et il leur dit « I didn’t write that shit !  » C’est pas moi qui a écrit cette merde ! »

Hommes-livres et hommes libres

« Des milliers sur les routes, les voies ferrées désaffectées, à l’heure où je vous parle, clochards au-dehors, bibliothèques au-dedans. Rien n’a été prémédité. Chacun avait un livre dont il voulait se souvenir, et y a réussi. »

Au lieu de construire, à la manière de George Orwell dans 1984,  un monde où l’histoire se réécrit en permanence, où le service des archives est le domaine de l’imagination, puisqu’il faut sans cesse réinventer le passé pour le conformer à la politique du présent, Ray Bradbury a créé, dans Fahrenheit 451, un avenir qui refuse le passé, et qui se consacre exclusivement à sa destruction. C’est toute la mémoire du monde qui est menacée, et dont les seuls dépositaires deviennent ces « hommes-livres ».

Il m’est impossible de penser à Fahrenheit 451 sans y associer les images du film de François Truffaut, et c’est à chaque fois les deux mêmes scènes qui s’imposent. La première, c’est l’intervention des pompiers incendiaires dans la maison de la vieille dame. Ils y retrouvent l’une des plus imposantes bibliothèques clandestines de la ville. Lorsque les livres sont brûlés, Truffaut filme leur agonie comme s’il s’agissait d’êtres vivants : les pages se tordent de douleur, se convulsent, tremblent sous la flamme, et la femme qui s’immole sur ce bûcher fait de même. Elle ne fait qu’un avec les livres. Elle est le premier livre incarné que rencontre Montag dans sa conversion à la mémoire.

La deuxième scène, c’est la confrontation de Montag avec les hommes-livres. Je ne me souviens plus si dans le livre il y a le même lapsus, ou s’il s’agit d’une idée de Truffaut. En anglais, Montag entend « good people » lorsqu’on lui parle des « book people ». En français, le lapsus est traduit : « hommes libres », « hommes-livres ».

Les « hommes-livres » redonnent vie au livre qu’ils récitent. J’aime ces œuvres où les livres sont plus vivants que les personnages qu’ils côtoient. Dans A la recherche du temps perdu, le livre se confond avec le narrateur, il s’étire pour prendre la mesure de son expérience et de son être. L’auteur aurait-il eu plus de temps, le livre aurait pu croître en conséquence. Le livre à écrire se confond avec la vie passée à l’écrire et avec la vie vécue. Chez Bradbury, l’homme devient le réceptacle du livre et confond sa vie et celle de l’œuvre qu’il choisit. Là encore, cette dernière est à la mesure humaine du temps et de la mémoire, fragile mais investie. Enfin, chez Zafon, dans L’Ombre du vent, dans Le Jeu de l’ange et dans Les Lumières de septembre, le livre est l’incarnation maudite de son auteur. Il se nourrit de l’être, hérite de sa vie et de son souvenir et revient hanter les hommes, tout puissant, rebelle aux prières et aux tentatives de destruction.

Quels hommes-livres serions-nous ? Quels livres voudrions-nous incarner, pour substituer leur mémoire à la nôtre ? Quelle mémoire est assez vivace pour se consacrer exclusivement à un seul livre et ne vivre que pour lui ?

Ray Bradbury est mort mardi.

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