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Étiquette : François Truffaut (Page 8 sur 10)

L’euphorie universelle : Boby Lapointe

Le joli mois de mai, pas si joli que ça, vous a plombé le moral ? Vous regardez avec mélancolie tomber la pluie en espérant un été radieux, alors qu’une connaissance casse l’ambiance à coups de dictons populaires sur la Saint Médard et la Saint Barnabé ? Vous êtes noyés (au sens propre et figuré) dans la morosité du quotidien et reculez le moment de commencer l’inventaire du CDI ? Un seul remède, une seule solution, radicale, imparable, miraculeuse : écouter du Boby Lapointe.

boby_lapointe

Par les hasards de la conversation et de « la chanson qui te trotte dans la tête », Boby Lapointe a envahi toute ma semaine dernière. J’ai fredonné « Marcelle » le vendredi, j’ai chanté en coeur au téléphone « La maman des poissons » le samedi, et j’ai discuté avec Eva le dimanche du bonheur linguistique de « Ta Katie t’a quitté ». Ces hasards fabuleux nous ont conduit finalement, avec Eva, à imaginer des articles conjoints sur Thèse antithèse foutaises et sur Cinephiledoc, un peu à l’image de l’échange que j’avais pu faire en début d’année avec Rainbow Berlin sur la journée de l’amitié franco-allemande, mais en beaucoup moins sérieux…

Si elle maîtrise tous les ressorts de la sémiotique et de la linguistique, et si son article porte davantage sur cet aspect de l’univers du divin Boby, le mien tentera de percer à jour cet hasard miraculeux sous sa forme la plus énigmatique : que se passe-t-il quand deux amateurs de Boby Lapointe se rencontrent ?

Les hasards de la rencontre

Il faut déjà partir d’un constat : cette rencontre n’est pas évidente. Elle intervient dans un cadre ou une ambiance particulière, propre à deux univers : la chanson et la confidence. Pour aborder le sujet « Boby Lapointe », il faut aimer la chanson, il faut généralement être un bon vivant, apprécier une absolue truculence verbale et avoir une culture de la variété française au sens propre du terme, c’est à dire ne pas reculer devant ce qu’il y a de plus foisonnant, de plus exubérant dans l’expression de la chanson française.

Ensuite, il faut être mis en confiance. Pas parce qu’il s’agit d’un plaisir honteux, cet amour de Boby Lapointe, mais parce qu’il s’agit d’une confidence d’éternel enfant. Les amoureux de Boby sont de grands enfants, qui ont chopé le virus entre 5 et 25 ans et ce virus ne les a plus quittés. Ils l’ont gardé en eux comme un secret, et la moindre mélodie, la moindre association d’idées qui les ramènent à Boby Lapointe leur fait l’effet de la madeleine de Proust : l’univers s’élargit, explose les dimensions communes de l’infiniment petit et de l’infiniment grand dans une profusion émotionnelle et verbale.

Et c’est ainsi que dans une ambiance festive, propre à la joie et à la bonne humeur, l’amateur de Boby Lapointe va se mettre à déclamer :

 « Elle a l’oeil vif, la fesse fraîche et le sein arrogant,

L’autre sein, l’autre oeil et l’autre fesse itou également,

Mais ça n’est pas monotone

Et même quand c’est l’automne,

Je m’écris en la voyant :

TIENS voilà LE PRINTEMPS !!!!! »

(Il faut dire que les chansons de Boby Lapointe sont elles-mêmes vives, fraîches, arrogantes de bonheur communicatif. Et ça n’est pas monotone, et même quand c’est l’automne, je m’écris en l’entendant : tiens voilà le printemps !!!)

A cet instant, les yeux sont braqués vers l’amateur. L’entourage s’interroge : est-il devenu subitement dingue ? Jusqu’au miracle : à l’autre bout de la table ou de la pièce, une autre voix se fait entendre :

« Marcelle, si j’avais des ailes,

Je volerai grâce à elles ! »

Et les deux compères, soudain en harmonie parfaite, communion, extase, vont finir le refrain en se tordant de rire et tout au bonheur de s’être trouvés :

« Marcelle

Vers la plus belle

Des jouvencelles

Celle qui a pris mon coeur

Ta petite soeur… Poum poum ! »

Ils enchaîneront très vite sur un autre ovni musical (on ne s’arrête jamais à une chanson). Dès lors, l’assistance passera par diverses réactions :

  1. Elle s’interrogera sur la santé (ou l’absence de santé) mentale des deux énergumènes et envisagera un possible internement.
  2. Elle ne comprendra pas un broc de leur curieux langage  : c’est contagieux ?

Et la réponse est : oui, c’est contagieux.

Ça se soigne, docteur ?

Au-delà de cette incompréhension (les amateurs de Boby Lapointe sont au sommet de la tour de Babel, les autres ne sont qu’au pied) se révèlent les vertus et les mérites intarissables de cet univers : un apprentissage de l’articulation et du jeu de mots, un amour de la langue et du calembour, l’admiration face au déchaînement verbal dont Boby Lapointe n’est que l’accomplissement, longtemps après Cyrano et sa tirade du nez, le rêve onomastique de Proust, la magie renouvelée de Cocteau et l’inventaire incroyable de Prévert.

Ce qu’ignoreront les profanes, c’est que cette maîtrise, cette joie née de la rencontre entre deux amateurs, n’aura pu se faire sans efforts, et qu’ils en sont maintenant aussi fiers que le jongleur qui a enfin réussi à placer sa cinquième balle. Pouvoir réciter « Ta Katie t’a quitté », s’émerveiller des jeux de mots à chaque ligne de « Framboise », c’est faire partie d’un cercle fermé, c’est être initié à l’ésotérisme d’une religion particulièrement réjouissante.

Boby Lapointe se mérite. A moins que l’alcool ne délie la langue (chacun son ivresse), il sera impossible à quelqu’un de parfaitement imbibé de pouvoir le réciter. Les néophytes s’appliqueront, le livret sur les genoux, à traduire cette langue davantage propre à rassembler que le moindre Esperanto. Mais même les plus chevronnés en conviendront : le sous-titrage est indispensable à tout nouveau converti. J’en veux pour preuve cette anecdote rapporté par Truffaut, à propos du tournage de Tirez sur le pianiste (encore un hasard de rencontre entre le cinéaste amoureux des livres et le poète amoureux des images…) :

 Sur le point de commencer un film, Tirez sur le pianiste (…) je demandai à Boby Lapointe de venir chanter Framboise devant la caméra. On ne pratiquait guère le play-back à cette époque et, du reste, je crois bien que Boby n’avait pas encore enregistré de disque. Il joua et chanta donc « en direct » (…), solidement planté sur ses jambes, inclinant le torse en mesure, la tête ballotant de gauche et de droite au rythme de la musique, le visage restant complètement sérieux avec une sorte de tristesse acharnée dans le regard.

Mon producteur, Pierre Braunberger, n’aimait pas cette scène de Boby chantant Framboise et il me disait : « On ne comprend pas les paroles, il faut couper la chanson. Votre chanteur doit apprendre à articuler ou alors il faut le sous-titrer ! » Je pris cette observation au pied de la lettre et je fis faire un sous-titrage, chaque vers de la chanson apparaissant au bas de l’image, syllabe par syllabe, dans un synchronisme parfait.

Le titre de l’article est « Boby Lapointe, le chanteur sous-titré » (Le Plaisir des yeux, François Truffaut). Avec un sens de l’à-propos, Truffaut joue à son tour avec les mots et invente bien avant les soirées mièvres dans les bars et les jeux Wii, le karaoké. Il met à la portée du public la virtuosité vocale de Framboise (à retrouver ici), que j’adore juste pour ces quelques vers :

Pour sûr qu’elle était d’Antibes !
C’est plus près que les Caraïbes,
C’est plus près que Caracas.
Est-ce plus loin que Pézenas ?
Je n’sais pas :
Et tout en étant Française,
L’était tout de même Antibaise :
Et bien qu’elle soit Française,
Et, malgré ses yeux de braise,
Ça ne me mettait pas à l’aise
De la savoir Antibaise,
Moi qui serais plutôt pour…

Ce déluge verbal, cette euphorie du langage, est vouée au partage. On n’écoute pas Boby Lapointe tout seul dans son coin. Il faut le faire lire, le faire écouter, échanger la bonne humeur et les articles. D’où le défi d’Eva, nouvelle défense et illustration de la langue française (pour parodier Du Bellay) : peut-on faire tenir un an de cours de français dans une chanson de Boby Lapointe ? On peut, on le peut absolument ! Réponse ici.

Revoir La Nuit américaine

Telle est la bonne résolution que l’on pourrait faire tenir aux amoureux du cinéma durant ce mois de mai 2013, plus que de regarder la montée des Marches et que de suivre la remise des prix du festival de Cannes.

La nuit américaine affiche

Il y a quarante ans tout juste, en effet, La Nuit américaine était présentée au Festival de Cannes. Pour ceux qui ne connaissent pas, La Nuit américaine, c’est tout simplement le plus bel hommage au cinéma, réalisé par François Truffaut, entre l’âge d’or hollywoodien des films des années 50 et les films plus récents.

Différents regards sur le cinéma

Tous ces films évoquent le cinéma d’une manière qui leur est propre. Les premiers ont un regard à la fois nostalgique et critique :

  • Le plus cynique. En 1950, Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard), réalisé par Billy Wilder, évoque l’univers disparu des stars du muet, sous le regard ironique d’un scénariste raté qui vient d’être assassiné par une star déchue.
  • Le plus classe. En 1950 également, Joseph Mankiewicz réalise Eve (All about Eve), sur l’univers des comédiens (l’histoire se concentre davantage sur les comédiens de théâtre) et sur les rapports compliqués entre la star et ses fans. Bette Davis est merveilleuse dans ce film à l’humour corrosif.
  • Le plus dramatique. En 1954, le même Mankiewicz réalise La Comtesse aux pieds nus, qui retrace la carrière fulgurante et le destin brisé d’une star incarné par la magnifique Ava Gardner. Bogart incarne quant à lui un réalisateur désabusé, qui a vu passer au firmament ce météore.
  • Le plus musical. L’inévitable, l’indispensable Chantons sous la pluie, porté par Gene Kelly, Donald O’Connor et Debbie Reynolds, évoque en 1952 les derniers feux du muet, l’éclosion du film musical, et la nécessité qu’ont les studios et les acteurs de s’adapter ou de disparaître.

Les seconds, quant à eux, offre un regard plus historique ou comique sur le cinéma :

  • Le plus romantique (et le plus « à l’anglaise »). En 1999, Coup de foudre à Notting Hill donne un aperçu du star system contemporain, de l’univers de la presse à scandale et des paparazzi, autour de l’histoire d’amour un peu fleur bleue entre un anonyme (Hugh Grant) et une star américaine (Julia Roberts).
  • Le plus Blier. Pour ceux qui connaissent Blier, Les Acteurs, réalisé en 2003, offre un panorama du cinéma français au vitriol, avec situations et dialogues improbables à la clef, bref, un vrai Blier.
  • Le plus superproduction. Aviator, de Martin Scorcese, avec une pléiade d’acteurs(Di Caprio, Cate Blanchett, etc.) retrace la carrière du magnat hollywoodien Howard Hughes, fondu de cinéma et d’aviation.
  • Le plus récent. 2011, The Artist, film plébiscité, qui, en muet, reprend quelque peu l’intrigue de Chantons sous la pluie, pour évoquer la transition douloureuse du muet au parlant.

Le cinéma mis en abyme.

La Nuit américaine est la croisée de ces deux regards, c’est le chant du cygne d’un certain cinéma et l’éveil d’un regard pour un autre. C’est aussi celui qui évoque moins l’univers du film et de ses créatures filmées que leur fabrication et leurs coulisses. Pas seulement réalisateurs, producteurs et acteurs, mais aussi assistants, décorateur, accessoiristes, doublures, et en cela, il est unique en son genre. L’envers du décor, en somme, où parfois, en fines touches, en rêves ou sur des couvertures de livres, la magie du cinéma apparaît.

C’est l’histoire d’un film sur le tournage d’un film. C’est donc aussi celui où à l’illusion cinématographique se superpose l’histoire fictive, prétexte, et simple à dessein de « Je vous présente Pamela », où une belle-fille tombe amoureuse de son beau-père.

Toutes les facettes du cinéma sont présentes : les anciens tenants de l’âge d’or hollywoodien, incarnés par Valentina Cortese et Jean-Pierre Aumont, la star américaine (Jacqueline Bisset), le jeune premier, jeune garde de la Nouvelle vague (Jean-Pierre Léaud). On y retrouve toutes sortes de références au cinéma cher à Truffaut : Citizen Kane d’Orson Welles, les répliques de Marcel Carné, les allusions à Cocteau, Hawks, Renoir, Hitchcock, Bunuel, jusque à la star enceinte (Alexandra Stewart), qui évoque Vera Miles avant le tournage de Vertigo et remplacée par Kim Novak.

Le voir, le revoir, s’en souvenir.

On peut revoir ce film vingt fois, on n’en épuise pas pour autant toutes les surprises, tous les clins d’oeil, ni tous les aspects : musiques de film, cascades, faiblesses d’acteurs, traveling, plan de travail, figurants (humains ou animaux), maquillage, rushes et répétitions, et bien-sûr, nuit américaine, cette technique qui consiste à tourner une scène de nuit en plein jour.

Enfin, pourquoi revoir cette Nuit américaine ? Parce qu’elle est jalonnée d’instants suspendus, faits de minutes de silence – rêves de cinéma – et de dialogues qui resteront en mémoire :

« Le tournage d’un film, c’est un peu comme le trajet d’une diligence au Far-West. D’abord on espère faire un beau voyage, puis très vite on en vient à se demander si on arrivera à destination. »

« Les films avancent comme des trains… comme des trains dans la nuit. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort. »

« Moi pour un film je pourrais quitter un type, mais pour un type je ne pourrais jamais quitter un film »

«Cet acteur, toute sa vie, il a rêvé de jouer Hamlet. Enfin, il réussit à monter son spectacle, mais il était tellement mauvais, tellement mauvais, que tous les soirs il se faisait siffler. Alors un soir il en a eu assez. Il s’est arrêté en plein milieu du monologue to be or not to be, il retourne son visage vers le public et il leur dit : I didn’t write that shit ! C’est pas moi qui a écrit cette merde !»

Et mon préféré :

« C’est curieux comme les acteurs sont vulnérables, n’est-ce pas ?

– Non, c’est normal, tout le monde a peur d’être jugé ; mais dans votre métier, le jugement fait partie de la vie, dans le travail et en dehors du travail.

– Dès que nous rencontrons quelqu’un, nous nous demandons : Qu’est-ce qu’il pense de moi ? Est-ce qu’il m’aime ? Oh, je pense que c’est la même chose pour tous les artistes. Quand Mozart était enfant et qu’on lui demandait de jouer, il répondait : «Je m’en vais te jouer tout ce que tu voudras mais dis-moi d’abord que tu m’aimes.»

– Et puis, c’est le métier où l’on s’embrasse le plus !

– Vous avez remarqué, n’est-ce pas ? Oui, on passe son temps à s’embrasser… Il paraît que la poignée de main a été inventée pour prouver qu’on ne portait pas d’armes, qu’on n’était pas ennemis… et bien pour nous ça ne suffit, faut montrer qu’on s’aime : mon chéri, my darling, my love, tu es magnifique, nous avons besoin de ça !»

La Nuit américaine scénario

Scénario intégral, suivi du journal tenu par Truffaut lors du tournage de Fahrenheit 451, disponible aux éditions des Cahiers du cinéma, collection Petite bibliothèque.

Echos et miroirs du cinéma de François Truffaut

Du plaisir à l’émerveillement : échelle d’adhésion à un livre.

L’ouvrage auquel est consacré cet article m’a laissé une telle impression que je ne sais pas par où commencer ! Il est rare qu’un livre remporte totalement notre adhésion. On peut aimer un livre, l’adorer, ne plus vouloir le lâcher, à la fois vouloir et ne pas vouloir le relire, parce qu’on se dit qu’il s’agit peut-être d’un malentendu, et qu’une deuxième lecture annihilerait complètement ce sentiment de…

De quoi d’ailleurs ? De plénitude ? D’extase ? De communion ? Mesurer le bonheur que procure un livre, ce n’est pas comme si l’on mesurait la force d’un vent ou la puissance d’un séisme, quoique…

J’ai aimé énormément de livres, et j’ai généralement adoré des livres parce qu’ils me révélaient quelque chose de l’écriture et de l’écrivain. Ce quelque chose, en refermant cette œuvre, me laissait éblouie et désemparée, parce que je n’imaginais pas, je ne pouvais pas imaginer, une autre lecture après celle-là.

Parmi ces livres-là, il y en a seulement quelques-uns qui ont remporté totalement mon adhésion. Ce sont les livres dont on se dit que l’auteur, même si on ne l’a jamais rencontré et qu’on ne le rencontrera jamais, mort ou vivant, insoupçonné ou inaccessible, est en harmonie totale avec notre compréhension du monde.

Où qu’il soit, quels que soient son caractère, ses défauts (très certainement aussi nombreux que les nôtres), son livre nous le rend sympathique. C’est peut-être de la naïveté, mais on se fait la réflexion que la personne qui a écrit cet ouvrage n’est certainement que quelqu’un de bien.

Dans le laboratoire de la création : paratexte, métafiction et métatexte

Maintenant que j’ai suffisamment préparé le terrain et qu’il est très clair qu’aucune objectivité ne sera possible ici, et avant de présenter l’ouvrage en question, quelques lignes encore.

Les œuvres que j’aime (livres, films, et même peinture ou photographies) sont celles qui laissent entrevoir, dans la fiction ou dans le réel, ce que j’appelle le laboratoire de création d’un auteur.

C’est ce que Gérard Genette distingue sous les différents aspects de la transtextualité et que je ne peux, que très maladroitement, rappeler :

  • Le paratexte est l’ensemble des signaux qui procurent au texte un entourage (titre, sous-titre, préfaces, postfaces, avant-propos, notes). C’est en quelque sorte l’écrin du texte.

C’est, au premier abord, ce qui m’a attirée dans mon choix de lecture. J’ai commandé ce livre pour son titre, Truffaut et ses doubles, et ensuite pour sa présentation en ligne. Lorsque je l’ai reçu, je ne disposais donc que de très peu d’éléments d’appréciation. Je l’imaginais plus épais, il s’agissait finalement d’un texte assez court, mais aussi d’un véritable petit bijou que j’ai dévoré en seulement deux jours.

  • Le métatexte intervient lorsqu’un texte évoque un autre texte, sans nécessairement le citer. Plus généralement, on peut dire que le métatexte est présent lorsque le texte se penche sur le travail de création littéraire, lorsque le film évoque le cinéma, mais également lorsque le non-film accompagne ou approfondit le film (comme j’ai pu l’étudier précédemment).
  • Enfin, métafiction et « métafilm » désigne la littérature de fiction qui s’interroge sur la création littéraire, et le film qui utilise le prétexte d’une histoire pour réfléchir sur le cinéma.

Voilà ce qui m’a attirée dans cette lecture, tous ces aspects mêlés de transtextualité. En d’autres termes, j’aime les livres qui évoquent l’écriture, les films qui racontent quelque chose du cinéma. Sans doute est-ce pour cette raison que j’aime faire des comptes-rendus de lecture de livres sur le cinéma : j’aurai toujours le plaisir d’observer un univers artistique vivant au cœur de ma lecture, de le voir se refléter et réfléchir sur lui-même. Et dans l’ouvrage qui m’intéresse, tout est réflexion, du titre à la dernière page.

Les beautés réfléchies

Truffaut et ses doubles

Après ces deux longs préambules, qui semblent faire beaucoup de détours mais qui sont nécessaires, voici enfin l’objet de tant de curiosité et d’admiration : un petit ouvrage, tout mince, d’à peine 150 pages, Truffaut et ses doubles, de Martin Lefebvre, publié en avril 2013 aux éditions Vrin (pour ceux qui connaissent, il s’agit du même Vrin que la librairie philosophique située juste à côté de la Sorbonne) dans la collection Philosophie et cinéma.

Il ne s’agit pas là d’un ouvrage de vulgarisation. Il faut, pour le lecteur, ne serait-ce qu’une infime connaissance de l’oeuvre de Truffaut, qui lui permette de se tromper d’abord – il va songer aux doubles fictifs de Truffaut, Antoine Doinel, Itard, Morane, Davenne, à ses acteurs et à ses cinéastes de prédilection, et il n’aura pas tout à fait tort.

Puis feuilleter le livre, avoir un premier contact physique avec lui, va lui permettre de corriger son erreur, pour un plus grand plaisir encore : celui du secret, de la confidence, du clin d’oeil, tout ce qu’il sait déjà, même inconsciemment, et que Martin Lefebvre va lui rappeler et lui révéler.

En effet, l’ouvrage est consacré aux phénomènes d’échos dans le cinéma de Truffaut, et non aux doubles cinématographiques et autobiographiques de ce dernier. Ce que nous propose Lefebvre, c’est donc une course d’orientation :

Il n’est peut-être pas de meilleure façon pour décrire l’ensemble de l’oeuvre de François Truffaut que de dire qu’elle s’apparente à une immense galerie des glaces (…). Des glaces ou des miroirs qui, en outre, pointent et réfléchissent dans plusieurs directions à la fois. (Introduction, p.9)

Il va ainsi étudier, dans les trois chapitres qui composent son livre, les différentes manifestations de ce qu’il nomme la « réflexivité truffaldienne ». Dès lors l’ouvrage va tantôt donner des films de Truffaut une vision kaléidoscopique, tantôt se pencher avec malice sur l’onomastique du cinéaste.

François Truffaut

Jeux de miroirs et canon truffaldien

  • Dans le premier chapitre, « De la politique des auteurs à l’album de famille », Martin Lefebvre montre que la façon dont les photographies surgissent dans les films de Truffaut est révélateur d’une certaine idée du cinéma (pour reprendre le titre d’un article publié par Truffaut en 1954, «Une certaine tendance du cinéma français»). Cette idée est, pour simplifier, le culte voué à l’auteur. Un auteur, en effet, va construire un univers qui lui est propre, et qui va le placer dans le panthéon cinématographique du cinéphile. Truffaut va rendre hommage à ces auteurs, en plaçant dans plusieurs de ses films leurs photographies, en les désignant sous une forme qui est à la frontière entre le réel et la fiction. De la même manière il va apparaître ou faire apparaître dans ses films des proches et des membres de son équipe, créant un imaginaire personnel qu’il va transmettre au spectateur :

En fait, si l’on prête une attention soutenue aux films de Truffaut, on finit par avoir l’impression de feuilleter l’album de famille de quelqu’un, ou même de regarder une sorte de home movie qui se déploie de différentes façons en marge des univers diégétiques et fictionnels spécifiques à chaque film. Le cinéma de Truffaut abritant rien de moins, pourrait-on dire, qu’une archive de son musée personnel et intime ; une sorte de palais de la mémoire qui prendrait la forme d’un tombeau de celluloïd. (p.36)

  • Le deuxième chapitre, « Truffaldino/Picasso » est consacré aux apparitions, dans les films de Truffaut, des différents tableaux de Picasso, et à la manière dont chacun d’eux, en fonction de l’instant où il apparaît, traduit l’atmosphère du film et les sentiments des personnages.
  • Enfin, le troisième chapitre « Autocitations et auto-allusions. Détails, motifs et autres miroirs » est consacré à deux aspects de l’oeuvre truffaldienne :
  1. Il analyse chaque film au miroir du film (ou des films) qui l’a précédé. Et il ne s’intéresse pas seulement aux thèmes. Il observe réellement la façon dont Truffaut amène le spectateur à se construire un regard familier sur son oeuvre, une cinéphilie particulière. L’impression que laisse cette lecture est vertigineuse : c’est la traversée du labyrinthe, un incroyable jeu de piste qui donne envie de revoir chaque film pour retrouver les traces du suivant ou du précédent. Comme si l’oeuvre était un canon, et que chacun des films ajoutait d’infimes variations et de singulières redites au thème originel.
  2. Il rappelle les grands motifs truffaldiens : le nombre de fois où un personnage s’interroge sur la magie des femmes, l’apparition dans le film du nombre 813, et ce que j’ai désigné comme «onomastique», c’est-à-dire la fabrication des noms propres, des noms de personnages, et leurs récurrences dans les films.

S’échanger avec malice des secrets cinéphiliques

Je me suis quelque peu étendue sur ce petit livre, et j’ai dû perdre quelques lecteurs en cours de route. Pour ceux qui restent, j’en reviens à mon point de départ : cet ouvrage est un plaisir de lecture, sans prétention, et qui ne cherche qu’à donner encore plus de bonheur, si possible, au spectacle des films de Truffaut.

Il m’a rappelé le plaisir que j’ai eu moi-même, dans le cadre de mon Master de littérature, à faire une lecture croisée de Proust et de Truffaut.

Pour tous ceux qui aiment les reflets, les jeux de miroirs, les kaléidoscopes, la magie des femmes et des noms, pour ceux aussi qui aiment repérer les minuscules détails d’un film, qui ont sur le bout de la langue le nom du second rôle qu’ils ont déjà vu ailleurs – Mais bon sang, où je l’ai vu celui-là ? – et qui s’amusent à remettre plusieurs fois leur scène favorite, pour les obsessionnels des répliques et les collectionneurs d’instants, cette lecture est indispensable !

Dictionnaires thématiques

Selon Roland Barthes, « Le dictionnaire est une machine à rêver. » Et, en effet, lorsque l’on  parcourt les pages d’un dictionnaire consacré plus exclusivement au cinéma, aux acteurs ou aux réalisateurs, une foule d’images reviennent en mémoire…

Mais ce n’est sans doute pas aux dictionnaires thématiques que pense Roland Barthes. Lui, l’amoureux des mots, le décrypteur de sens, est capable de rêver sur chaque mot. La plupart des littéraires que je connais ont leur petit lot de mots fétiches, mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce ne sont pas que des figures de style (oxymore,  allitération, et autres prosopopées…). Les miens, ce sont crépuscule, hallucination, mélancolie, calligraphie, palimpseste, uchronie

Dictionnaires et encyclopédies

Si je joue sur les mots, c’est pour mieux souligner que tous ces dictionnaires thématiques dont je vais parler dans un instant, n’ont de dictionnaire que le titre et, à la rigueur, le classement alphabétique… À eux seuls, ils permettent de souligner la confusion qui est faite entre dictionnaire et encyclopédie, question souvent ressassée en documentation :

  • un dictionnaire est un ouvrage qui contient l’ensemble des mots d’une langue ou d’un domaine d’activité (droit, géographie – quelle horreur – philosophie, cinéma aussi) par ordre alphabétique, en donne la définition, fournit des exemples et des correspondances (étymologie, synonymes, antonymes, etc.)
  • une encyclopédie (l’un de mes mots préférés également, à cause de son étymologie) propose de faire le tour de l’ensemble du savoir ou d’une question au moment précis où cette question se pose. Elle peut être organisée de manière thématique ou alphabétique (Wikipédia propose par exemple une entrée par Portails, par index alphabétique, ou, pour les adeptes du butinage, le choix d’un article au hasard).

J’ai souligné qu’il pouvait exister des dictionnaires sur le cinéma, mais justement, les dictionnaires propres à un domaine d’activité, ou à un thème particulier, font partie de ces ouvrages pour lesquels la frontière avec l’encyclopédie est beaucoup moins rigide. Ils ne se contentent généralement pas de donner la définition d’une technique, la date et les principaux acteurs d’un film. Ils ne s’arrêtent pas au seul mot, ils approfondissent la question.

Dictionnaires thématiques et encyclopédiques sur le cinéma

À chaque domaine d’activité son dictionnaire, donc. On trouve de nombreux dictionnaires de cinéma et du cinéma, le spécialiste prolifique du genre – et l’une des références – étant Jean Tulard, qui a publié en 1982 la première édition du premier volume de son Dictionnaire du cinéma consacré aux réalisateurs. Le second volume, paru en 1985, était consacré aux acteurs, producteurs, scénaristes et techniciens du cinéma. En 1990, il a dirigé la publication d’un Guide des films, et en 2009, il a publié son Dictionnaire amoureux du cinéma, forme pour laquelle l’auteur choisit subjectivement dans le thème « cinéma » les articles et les aspects qui l’intéressent.

Ce qui est intéressant, si l’on se penche sur le dictionnaire de Jean Tulard, qui se revendique comme « dictionnaire du cinéma », c’est qu’à chaque fois, il choisit un angle d’attaque particulier : réalisateur, acteurs, films… Ces ouvrages-là sont des dictionnaires de noms propres à part entière (noms, dates, filmographies). On trouve aussi des dictionnaires sur les techniques, les courants cinématographiques, le cinéma par pays. Par contre, des ouvrages comme les Dictionnaires amoureux sont davantage à classer dans les encyclopédies, selon moi.

D’autres ouvrages généraux sur le cinéma ressemblent tantôt à des dictionnaires, tantôt à des encyclopédies : j’en retiendrai deux. La Chronique du cinéma (2002) racontait le cinéma au jour le jour, année par année, des Frères Lumières à Amélie Poulain. Les 1001 films à voir avant de mourir (2012) propose aussi un classement chronologique de succès et d’indispensables du cinéma, en se rapprochant, par son approche subjective, des dictionnaires amoureux.

Mais j’aborderai un autre jour cette question des ouvrages généraux… Revenons aux dictionnaires. J’en ai déjà présenté deux, à chaque fois l’oeuvre d’une seule personne, dans ce que ça peut avoir d’excellent (le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon), ou d’un petit peu plus décevant (Louis de Funès de A à Z de Bertrand Dicale). Un réalisateur et un acteur. Voyons maintenant deux ouvrages collectifs.

2 exemples : le Dictionnaire Truffaut et Marilyn Monroe de A à Z

Là encore, un réalisateur et un acteur. Deux dictionnaires très bien pensés, très bien construits.

Marilyn Monroe de A à Z

Marilyn Monroe de A à Z, sous la direction de Isabelle Danel, paru en mai 2012 – une année riche en nouveaux ouvrages sur Marilyn, à l’occasion des 50 ans de sa disparition – chez Tana éditions. La même maison que le Louis de Funès de A à Z. D’ailleurs le choix de couleurs est intéressant : bleu pour De Funès, rose flashy pour Marilyn, on a un peu l’impression, sur ce coup-là, d’être dans un catalogue de jouets pour Noël : rose pour les filles, bleu pour les garçons.

Il n’empêche, c’est un très bon dictionnaire, bien fait, avec des renvois clairs, mais pas excessifs. Le contenu ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sordide, ni dans la caricature facile. Les films sont bien présentés : une fiche technique, puis un résumé, enfin une analyse du projet depuis sa genèse jusqu’à son accueil. Ainsi est évité l’écueil d’un détail par ci, un détail par là, que j’avais évoqué dans l’article précédent.

Ce dictionnaire s’ouvre, comme il se doit avec Marilyn Monroe, sur l’article Actrice, pour se clore sur l’un des pseudonymes de Marilyn, « Zonk, Zelda » – consonne doublée, comme Danielle Darrieux, Michelle Morgan, Brigitte Bardot… et Marilyn Monroe. Si l’on ne retient que quelques articles, quelle image de la star avons-nous ? Ambivalence,  Blonde, Cinq, Enfance, Fragments, Grain de beauté, Hollywood, Livres, Métro, Nue, Pou Pou Pidou, Sexe, Trente-six, Ukulélé, Voix, Walf of fame, Zonk.

dictionnaire truffaut

Le Dictionnaire Truffaut aux éditions de la Martinière. C’est un ouvrage dirigé par Antoine de Baecque et Arnaud Guigue, paru en 2004, et c’est l’un de mes ouvrages préférés sur François Truffaut. Je vais donc essayer d’être objective, mais ça risque d’être difficile.

Comme je l’ai déjà dit, le premier contact avec un livre, c’est le contact physique, visuel et tactile : on soupèse, on regarde, on feuillette – on maudit les livres sous plastique, ou du moins l’absence d’exemplaires de présentation. La couverture du Dictionnaire Truffaut est très sobre, blanche, avec une minuscule photo du visage du réalisateur éclairé à la bougie.

Ce qui m’a toujours plu dans ce dictionnaire, c’est non seulement son exhaustivité, mais le choix de certaines répliques qui deviennent des articles à part entière : « Ni avec toi, ni sans toi », « C’est une joie et une souffrance », Figure achevée. Selon l’auteur de l’article, le ton est porté davantage vers l’analyse, ou vers le sensible – mais pas la sensiblerie.

Cela s’est sans doute remarqué, j’aime les articles transversaux, qui permettent de voir une oeuvre selon une approche particulière, et, comme dans certains dictionnaires, c’est le cas ici : Amour définitif, érotisme, évanouissement, Fétichisme, Imperméables, Livres, Mannequin de cire, Nouvelle vague, Obsessions, Passé… Enfin, à la fin, séparé, il y a la partie Chiffres : 00-14, « 10% d’inspiration, 90% de transpiration »… et c’est une belle trouvaille.

En guise de conclusion, quelques phrases de l’article « Livres », rédigé par Eric Neuhoff :

Qu’est-ce qu’il deviendrait sans eux ? Les livres, il y en a partout. Il les montre. Il en achète. Il les adapte. Il les écrit. (…) Quand Truffaut sort d’une salle de cinéma, c’est pour entrer dans une librairie. (…) Dans l’univers de Truffaut, on ne meurt pas avant d’avoir écrit la dernière ligne de son manuscrit. Ses volumes, il les protège, les recouvre soigneusement de papier cristal (les femmes, il veut les mettre sous Cellophane). Il ne les prête pas, mais les offre. Tout jeune, il a hésité entre être romancier ou avocat. Les livres sont ses repères, ses «Rosebud».

Hitchcock omniprésent, partie 2

Voici donc cette deuxième partie, que j’avais largement annoncée, de mon compte-rendu de lecture sur Hitchcock. Le peu de temps séparant mes deux articles, je n’ai pas pu, évidemment, lire le livre de Stephen Rebello, Alfred Hitchcock & the making of Psycho, en entier. Je ne peux dire qu’un mot à son propos : il s’agit du récit très complet du projet Psychose dans la carrière de Hitchcock, depuis l’origine (les faits réels, puis le roman) jusqu’à l’aboutissement (réalisation, promotion et accueil critique et public).

Cette seconde partie sera donc consacrée à ce que je considère comme les « incontournables » – ou moins incontournables de la littérature hitchcockienne. Pour ce faire, je vais essayer de les présenter sous un angle cinématographique, en commençant par :

1°) Le grand classique :

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Il s’agit de la référence incontestable non seulement sur Hitchcock, mais sur le cinéma en général. C’est la Bible du cinéphile, le livre à emporter sur une île déserte. Il s’agit du Hitchbook, pour les intimes, du Hitchcock / Truffaut. C’est la retranscription des entretiens entre le jeune réalisateur de la Nouvelle vague et le maître du suspense, parue pour la première fois en 1966. Quand je parlais dans mon article précédent, d’une belle préface, je pensais inévitablement à celle de Truffaut dans cet ouvrage. J’en ai toujours adoré les derniers mots :

L’homme était mort, mais non le cinéaste, car ses films, réalisés avec un soin extraordinaire, une passion exclusive, une émotivité extrême masquée par une maîtrise technique rare, n’en finiraient pas de circuler, diffusés à travers le monde, rivalisant avec les productions nouvelles, défiant l’usure du temps, vérifiant l’image de Jean Cocteau parlant de Proust : « Son œuvre continuait à vivre comme les montres au poignet des soldats morts. »

Non seulement très agréable à lire, fourmillant d’anecdotes et de détails, cet ouvrage chronologique est aussi très bien illustré. Un véritable panorama cinématographique ET littéraire.

2°) La superproduction :

Il s’agit du Dictionnaire Hitchcock, de Laurent Bourdon, paru en 2008 aux éditions Larousse et préfacé par Claude Chabrol. J’aurai l’occasion de revenir sur la forme du dictionnaire, il y en a des bons et des moins bons. Ce qui me plaît dans celui-ci, c’est sa méticulosité. Il ne manque rien, strictement rien. Le plus petit détail de l’arrière plan de la plus courte scène du tout premier bout de pellicule de Hitchcock est passé au crible. C’est un pavé à couper le souffle.

On y retrouve tout Hitchcock, de A comme « Accessoires vestimentaires » (je triche, ce n’est pas tout à fait le premier article) à Z comme Zwerling. Vous voulez en savoir plus sur la comédienne incarnant Mrs Danvers dans Rebecca ou sur l’infirmière de Rear window (Fenêtre sur cour) ? Vous voulez savoir quels alcools sont servis dans tel ou tel film ? Quels sont les numéros qui apparaissent dans telle ou telle œuvre ou ce qu’est un MacGuffin ? Ce livre est fait pour vous ! (cependant plus accessible aux hitchcockiens avertis qu’aux débutants)…

3°) L’erreur de casting :

Un bel objet, Hitchcock : pièces à conviction, de Laurent Bouzereau, paru en 2010 aux éditions de la Martinière. J’ai acheté ce livre à sa sortie, attirée par toutes ses promesses : photographies inédites, documents rares, facs similés. Il est très agréable à feuilleter et à manipuler. Je le recommande à tous ceux qui ne connaissent pas très bien l’univers personnel et cinématographique de Hitchcock, c’est un bon ouvrage de vulgarisation. Cependant, pour les avertis, le contenu, peu approfondi, risque de décevoir un peu.

4°) Les coulisses gastronomiques :

La sauce était presque parfaite

En guise de dessert, je vous propose un superbe livre de recettes consacré au gourmand gourmet qu’était Hitchcock : La Sauce était presque parfaite, de Anne Martinetti, paru aux éditions des Cahiers du cinéma en 2008. L’ouvrage, longtemps introuvable, et visiblement de nouveau accessible, pour mon plus grand bonheur, regroupe non seulement les recettes favorites du maître, mais aussi celles des films. Recommandations particulières pour la truite saumonnée de North by northwest (La Mort aux trousses) et pour le « moelleux Kendall » au chocolat…

Avis aux amateurs !

En guise de digestif, je donne, comme à mon habitude, mes trois petits plaisirs hitchcockiens :

  • Rebecca, premier film hollywoodien de Hitchcock, un couple d’acteurs magnifiques, et une méchante envoûtante…
  • The Shadow of a doubt (L’Ombre d’un doute), parce que Joseph Cotten joue un oncle suspecté de meurtre vraiment très séduisant. Pour la scène à la bibliothèque, je renvoie à l’article pince sans rire de Notorious Bib.
  • Rear window (Fenêtre sur cour). De loin mon préféré. Une histoire de voyeurisme, qui nous fait affronter notre propre côté voyeur. Une merveille technique avec un duo de choc : James Stewart et Grace Kelly.

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