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Décembre 2022 : séances et animations du CDI

Dans cet article, je recense les activités menées au lycée pendant les trois semaines de décembre, qui sont passées très vite.

Ce qui m’a frappée, c’est que même si ce n’était pas la période la plus active pédagogiquement, j’ai eu l’impression d’être quelque peu débordée, mais dans le bon sens du terme, avec des moments de la journée relativement calmes, et d’autres beaucoup plus intenses.

Pour des questions d’emploi du temps, les élèves désertent le CDI le matin et l’après-midi, mais affluent au moment des récréations et sur la pause méridienne, si bien qu’avec mon collègue nous sommes partagés entre la joie de les voir envahir tous les espaces disponibles et la préoccupation de savoir où caser les derniers arrivés…

Nous entrons aussi dans une période assez agréable puisque nous avons relancé depuis la mi octobre les activités ludiques, et que ces dernières participent d’une ambiance très motivante et agréable pour les élèves et pour nous.

Séances et actions pédagogiques

Pour cet article je reviens plus en détail sur deux projets amorcés fin novembre et début décembre avec différentes classes de secondes.

« Web : l’adresse d’une info » en SNT

Comme je l’ai indiqué dans l’article du mois de novembre, nous avons commencé avec mon collègue les séances en SNT en classe de seconde en participant à l’axe thématique « Internet et web ».

Pendant que nos collègues chargés de l’enseignement gardent un demi-groupe dans leur salle, nous accueillons l’autre demi-groupe au CDI. Pour l’instant, Roman a accueilli une classe, j’en ai accueilli deux sur cette thématique, et des créneaux sont prévus pour d’autres classes au retour des vacances.

Nous traitons l’axe thématique chacun selon une certaine approche, et je présente ici celle que j’ai adoptée en concertation avec la collègue en charge de l’enseignement.

L’idée était de partir de la notion d’adresse URL qu’elle avait déjà abordée avec les élèves. En fonction des disponibilités et du temps passé avec les deux classes, voici le déroulé de la séance :

  1. rappel de la définition d’une adresse URL
  2. activité des élèves : à partir des adresses URL des ressources numériques disponibles au lycée, retrouver la façon dont une adresse URL se compose
  3. la notion d’adresse m’amène du coup à travailler avec eux la notion de source (l’adresse, l’origine d’une information) et à identifier les différents éléments que l’on va retenir pour connaître et retrouver la source d’une information, ce qui permet d’aborder les notions d’auteur et de norme bibliographique
  4. l’activité suivante est réalisée différemment selon que j’ai eu les élèves une heure ou deux heures.

Il s’agit d’un jeu de rôles, adapté de celui que je propose aux élèves de BTS : « Dans la peau d’une source ». Les élèves tirent au sort une source d’information (écrivain, journaliste, youtubeur, président de la République, marque, scientifique) et doivent identifier ses droits et ses devoirs, et la façon dont cette source produit de l’information.

Quand je n’ai eu la classe qu’une heure, j’ai fait faire le tirage au sort et j’ai fait passer les groupes à l’oral pendant 30 secondes, ce qui ajoute le challenge de donner le plus d’informations possibles en un minimum de temps.

Quand j’ai eu la classe une deuxième heure (15 jours après la première heure), ils devaient renseigner un digipad et passer à l’oral. Le reste de la séance consistait en la participation à une campagne sur PIX.

J’ai partagé ci-dessus la fiche élève proposé sur Canva et qui me semble perfectible pour d’autres séances…

J’ai également réalisé avec la collègue en charge de l’enseignement la fiche récapitulative de l’axe thématique, qui permettra d’évaluer les élèves sur cet axe :

Et si on lisait à voix haute, seconde 1

Cette année, nous reprenons ce projet avec Stéphanie, avec sa classe de seconde, qui paraît plus investie et motivée que celle de l’an dernier !

Pour l’instant, nous avons mené deux séances, et j’ai suggéré de partir d’extrait du film Le Discours d’un roi pour faire aussi travailler les élèves sur l’aisance à l’oral.

J’indique ici le déroulé des deux premières séances. Séance 1 :

  1. présentation du concours « Et si on lisait à voix haute »
  2. projection d’une scène du Discours d’un roi (la scène où Lionel Logue fait faire à George VI différents exercices pour traiter son bégaiement) et reprise avec les élèves
  3. projection de la vidéo de conseils pour une bonne lecture de la comédienne Anny Duperey
  4. exercices de diction avec une sélection de virelangues
  5. projection de la vidéo du vainqueur collège 2021
  6. lectures de textes par deux élèves volontaires de la classe.

Pour la deuxième séance, les élèves devaient apporter un texte issu d’une lecture de leur choix. Séance 2 :

  1. projection de la scène du discours final dans Le Discours d’un roi, et analyse avec les élèves de cette scène : gestion de la respiration, gestion du stress, préparation du texte lu, exercices vocaux avant de se lancer ;
  2. passage à l’oral des élèves pour la lecture des textes choisis.

Encore une fois cette année nous nous heurtons à l’écueil des élèves qui choisissent des textes lus en classe, et pas forcément des textes qu’ils ont aimés, nous les incitons donc à rapporter des livres qu’ils auraient chez eux ou à venir en choisir au CDI ou en bibliothèque pour les séances suivantes.

Ce sont les deux projets que j’ai menés durant cette période, avec quelques autres séances de ci de là :

  • suite des séances sur l’orientation sur quatre semaines avec des élèves de première dans le cadre de l’enseignement moral et civique
  • accueil d’une classe de terminale STMG également pour une séance sur l’orientation : pour l’occasion, j’ai adapté le support déjà proposé sur l’orientation à cette filière :

Sélections thématiques / valorisation du fonds

Pour cette période, nous avons renouvelé certaines expositions proposées, et avons laissé les autres à disposition.

La période filant assez vite, et comme je l’ai indiqué, étant assez accaparée par les activités ludiques proposées (que je présenterai un peu plus bas), nous n’avons même pas pris le temps de décorer le CDI pour les fêtes de fin d’année.

Sur la période voici les expositions déjà présentées et conservées :

  • la sélection sur la journée de lutte contre les violences faites aux femmes (installée mi novembre)
  • la sélection « Une lecture sous un plaid » proposée fin novembre
  • à la demande des collègues qui suivent nos éco-délégués, nous avons laissé en place une sélection proposée depuis la semaine du développement durable au mois d’octobre, en y ajoutant de nouvelles ressources

Les nouvelles sélections proposées sont :

  • une sélection sur Louis Pasteur à l’occasion des 100 ans de sa naissance (R)

  • une sélection Chocolat à l’approche des fêtes (J)

La sélection :

L’affiche réalisée sur Canva :

  • une sélection Coupe du Monde, réalisée grâce à l’exposition proposée sur son blog par Aveline Herbreteau (J)

Activités ludiques

  • Tournoi d’échecs

Comme je l’ai indiqué, cette période a été accaparée par nos propositions d’activités ludiques aux élèves, avec l’organisation par Roman d’un premier tournoi d’échecs, pour lequel il a eu 14 élèves inscrits, mais ces 14 élèves ont contaminé d’autres amateurs, ce qui fait que généralement, sur la pause déjeuner, les plateaux sont pris d’assaut.

Retour en images sur ce tournoi :

  • Puzzles collaboratifs

Un peu poussif au début à son installation mi-octobre, le premier puzzle a lui aussi connu un beau succès, avec parfois jusqu’à 8 élèves qui y participaient en même temps.

Un deuxième puzzle a ensuite été installé et a été rapidement achevé. Celui en cours la dernière semaine des vacances leur pose un peu plus de difficultés, nous verrons bien s’ils en viennent à bout !

Là encore, voici quelques images de ces différentes installations :

Activités de gestion

Nous avons profité des dernières commandes reçues et du calme de cette période en terme de gestion pour faire de l’archivage, repenser quelque peu l’offre d’abonnements et ranger la réserve pour préparer 2023 :

Communication

Je reviens ici sur les publications proposées dans le blog du CDI à destination des élèves, des enseignants et du personnel, sur le blog « ressources numérique » et sur le bulletin de veille à destination des enseignants.

J’ai aussi réussi à publier un article sur le site du lycée, présentant les activités du CDI depuis le début de l’année.

Durant cette période, j’ai eu un peu plus de mal à publier et à communiquer dessus, et je l’ai fait par à-coups.

Blog du CDI
  • 8 décembre : ZOOM Actu (biodiversité)

  • 9 décembre : Sélection Chocolat
  • 15 décembre : la TO DO LIST des vacances

Blog « Ressources numériques pédagogiques du lycée »

Ce mois-ci je n’ai publié qu’un seul article sur ce blog, avec la mise à jour d’une présentation réalisée sur Canva.

J’y présentais la nouvelle version de Lumni enseignement, avec un dossier sur les 100 ans du Prix Nobel d’Einstein, les graphiques animés et les infographies de l’AFP, GPO3 Lycée et Schoolmouv, le tout encore une fois pour inciter à l’utilisation de ces ressources.

C’est donc à nouveau ce blog que j’ai partagé dans la partie « Focus sur » de mon E-INSTANT CDI, que je n’ai envoyé qu’une seule fois encore ce mois-ci.

E-INSTANT CDI

Concernant ce bulletin de veille que j’essaye d’envoyer à peu près régulièrement aux enseignants, je me suis rabattue cette année pour des mises à jour toutes les deux semaines, et aussi en fonction du temps dont je dispose.

Voici la page d’accueil du mois de décembre :

Comme je l’ai dit, je n’ai pas pu, faute de temps, faire un nouveau focus, et j’ai proposé du coup des informations sur le Grand oral dans la partie « Éducation ».

Site du lycée

Le site du lycée est un peu plus calme que l’an dernier, mais j’ai tout de même essayé de nourrir la rubrique du CDI en reprenant la présentation proposée périodiquement dessus : « Ce mois-ci au CDI », dont j’ai proposé coup sur coup les mois de septembre et d’octobre, et ce qui sera sûrement aussi le cas pour novembre et décembre.

Voilà pour ces quelques activités de communication.

Autres activités (réunions, stages, déplacements)

Enfin j’en termine comme à mon habitude par les autres activités professionnelles de la période :

  • 28 novembre : un cours pour les étudiants de Master 2 de l’université de Montpellier consacré à l’ouverture de l’établissement sur l’extérieur ;
  • 29 novembre : un rendez-vous téléphonique avec Pearltrees ;
  • 2 décembre : une réunion en visio avec les référentes TraAM des académies de Créteil, Guyane et Lille ;
  • 7 décembre : deux rendez-vous téléphoniques avec les référentes TraAM des académies d’Orléans-Tours et de Nancy-Metz ;
  • 8 décembre : le cinquième cours pour les étudiants de Master 2 sur « Prof doc et vie scolaire »
  • 12 décembre : la participation à une FIL sur Facing History au lycée (une demi-journée)
  • 13 décembre : une formation de formateurs (journée entière)
  • 14 décembre : le sixième cours pour les étudiants de Master 2 sur la démarche de projet et la ludification, avec une intervention de mon ancienne proviseure pour donner des clefs de mise en œuvre des projets en établissement

Cette période se termine de manière très intense et je ne cache pas que je suis contente d’arriver aux vacances et aux fêtes de fin d’année, que je vous souhaite excellentes !

Je vous donne rendez-vous dès le 2 janvier 2023 pour le traditionnel article de début d’année sur Cinéphiledoc !

Belle fin d’année à toutes et tous !

Dégustation chez Ghibli

Afin de se réchauffer sous un plaid en buvant du thé, et afin de poursuivre un itinéraire dans nos imaginaires cinéphiles déjà amorcé avec Harry Potter, je vous propose pour le dernier article de cette année 2022 avant le traditionnel palmarès, un petit voyage dans l’univers des studios Ghibli.

D’ailleurs, je ne l’ai pas fait exprès, mais je publie cet article quelques jours à peine après l’ouverture du parc Ghibli au Japon !

Il me semble avoir déjà abordé cet univers, à travers des publications proposées par les éditions Ynnis, une maison d’édition qui s’est spécialisé dans les hommages (c’est même le titre d’une de leurs collections) visuels aux dessins animés en général et aux studios Ghibli en particulier.

J’avais lu ce petit ouvrage ci-dessus, qui figure toujours dans ma bibliothèque, et qui constituait véritablement ce que peut être un hommage à Ghibli : riche en images et en couleurs.

L’idée de cet article m’est venue de deux impressions qui me viennent à chaque nouveau visionnage d’un film de Miyazaki :

  1. être émerveillée par les visuels
  2. avoir faim à chaque scène qui présente de la nourriture

et c’est la lecture de deux ouvrages qui n’a fait que conforter ces impressions.

Petits bonheurs à voir

Ma collection de films comporte une étagère entière de films d’animation, qui déborde même sur une deuxième.

On y retrouve les Disney jusqu’à La Reine des neiges, avec quelques exceptions notables (Rebelle, Raiponce, La Princesse et la grenouille, ainsi que les suites que généralement je n’ai pas envie de voir, comme la suite du Roi Lion, les volets suivants d’Aladdin…) 

Figurent des adaptations d’Astérix, quelques séries animées comme Il était une fois les découvreurs, des films des studios Pixar, des réalisations de Don Bluth que je regardais enfant (Fievel, Brisby, Le Petit dinosaure…), des productions françaises comme Le Roi et l’oiseau et Gandahar. Et une quinzaine de films des studios Ghibli, de Miyazaki mais pas seulement.

Parmi ces derniers, ceux que je revois le plus régulièrement sont Mon voisin Totoro, Porco Rosso, Le Voyage de Chihiro, et mon préféré de loin : Le Château ambulant.

Ce n’est pourtant pas à celui-ci que se consacre l’ouvrage qui m’a intéressée, à nouveau une publication des éditions Ynnis.

Il s’agit de Voyage avec Chihiro, de Marta Garcia Villar, publié en version originale en 2017, et en 2022 pour sa traduction française dans la présente édition.

Que soit écrit sur la couverture du livre au dessus du titre « Ma petite bibliothèque Ghibli » laisse espérer que de prochaines publications seront consacrées aux autres films des studios – vous avez compris que je guette celle sur Le Château ambulant.

Cependant l’ouvrage est en lui-même une petite bibliothèque, une petite encyclopédie à lui tout seul, puisqu’il s’attache à faire le tour, à dresser un panorama complet, visuel et particulièrement érudit, du Voyage de Chihiro.

La passion de l’auteure pour le film est en effet particulièrement palpable.

Au sommaire, et de manière non exhaustive, on retrouve :

  • une présentation de l’équipe (quasi) complète aux commandes du film,
  • le contexte de création du film avec un rappel des événements mondiaux contemporain de sa sortie, et toute l’épopée de sa création, depuis la situation des studios en 2001 jusqu’à la post-production,
  • une présentation des différents personnages du film,
  • un panorama des aspects culturels avec les thématiques présentes, ainsi qu’un chapitre entier sur le folklore japonais,
  • une analyse des aspects techniques : animation numérique, décors, son, musique, influences esthétiques et littéraires (entre autres),
  • des clefs de lecture pour comprendre Le Voyage de Chihiro,
  • les échos de Chihiro dans les autres films des studios Ghibli (et réciproquement),
  • des entretiens et des témoignages,
  • un aperçu du merchandising et des objets promotionnels vendus ou distribués à la sortie du film

Le tout est très riche, très dense, abondamment illustré, comme peut l’être une table bien garnie dans un film des studios.

Cela m’a rappelé la façon très généreuse dont les studios mettent à disposition de manière totalement gratuite les images issues de leur film…

La chose avait été soulignée et évoquée lorsqu’ils en avaient pris l’initiative en 2020, ce qui permet de retrouver les images qu’on a vues et revues de ces films, et de pouvoir illustrer un tel article comme il se doit !

L’ouvrage de Marta Garcia Villar me l’a rappelé indirectement, et m’a irrémédiablement donné envie de revoir Le Voyage de Chihiro (ainsi que plusieurs autres films des studios et en particulier de Miyazaki)… mais elle m’a aussi rappelé l’autre élément auquel je ne résistais jamais dans ces films : la nourriture.

Petits bonheurs à déguster

Cette question est souvent abordée par les amateurs des studios Ghibli, il n’y a qu’à voir le nombre de vidéos sur YouTube se demandant pourquoi la nourriture a l’air aussi appétissante et comment reproduire les plats qui y sont préparés.

Là encore, je ne résiste pas à montrer le plus alléchant, non seulement dans Le Voyage de Chihiro :

et ce n’est pas étonnant que les parents de Chihiro cèdent à la tentation, je n’aurais moi-même pas pu y résister…

mais aussi dans Le Château ambulant :

où des oeufs au bacon m’ont rarement autant mise en appétit, ce que le personnage de Marco rend bien communicatif :

Il n’y a qu’à voir la façon dont le lard brille, dont les oeufs reluisent, dont le jaune coule dans l’assiette, pour en avoir directement l’eau à la bouche.

Pour tenter de reproduire ces univers culinaires quasiment à la perfection, il n’y a pas mieux que Gastronogeek.

Les différents ouvrages de Thibaud Villanova commencent à faire une sacrément belle collection, lorsqu’on commence à les accumuler, et cela même si l’on n’est pas un virtuose de la cuisine. Je reproduis ici telle quelle sa bibliographie sur Wikipédia, en ne notant que les ouvrages qui figurent dans ma bibliothèque :

  • Gastronogeek, de Thibaud Villanova, Paris, Hachette Cuisine, .
  • Gastronogeek – Le Livre des potions, de Thibaud Villanova et Stéphanie Simbo, Paris, Hachette Heroes, .
  • Gastronogeek – 37 recettes inspirées des séries cultes, de Thibaud Villanova et Mathilde Bourge, Paris, Hachette Heroes, .
  • Les banquets d’Astérix, de Thibaud Villanova et Nicolas Lobbestael, Paris, Hachette Heroes, .
  • Gastronogeek spécial dessins animés, de Thibaud Villanova, Paris, Hachette Heroes, .
  • Gastronogeek recettes végétariennes, de Thibaud Villanova, Paris, Hachette Heroes, .
  • La cuisine dans Ghibli, de Thibaud Villanova et Nicolas Lobbestaël, Paris, Hachette Heroes, .

Je n’achète pas tout systématiquement, en revanche l’un de ceux qui manque à ma mini-collection et que je me garde éventuellement comme craquage à venir est l’ouvrage co-écrit avec Benjamin Brillaud, alias Nota Bene : Cuisiner l’Histoire, de Thibaud Villanova et Benjamin Brillaud, Paris, Hachette Heroes, .

J’ai beau ne pas cuisiner régulièrement – ou plus exactement ne pas me lancer chaque jour un nouveau défi culinaire à réaliser – c’est à Thibaud Villanova que je dois ma recette préférée de donburi, une recette d’okonomiyaki et surtout un émerveillement régulier devant les vidéos de recettes qu’il poste sur YouTube ainsi que devant certaines pages de ses livres.

Son ouvrage La Cuisine dans Ghibli publié en juin 2022 ne fait pas exception.

Comme d’habitude avec les livres de Thibaud Villanova, globalement et visuellement, ça en jette. Si les films de Ghibli donnent faim, les livres de recettes filent carrément la fringale du siècle.

Si je fais un petit parallèle entre une scène de film (celle des parents en train de se baffrer dans Chihiro) :

ce qui déjà est assez insoutenable, voilà ce que cela donne dans le livre :

Une merveille !

Et encore, ma fameuse scène avec les oeufs au plat du Château ambulant m’apparait du coup sous cette forme :

et suscite immédiatement chez moi l’envie d’aller mettre une poêle sur ma plaque à induction.

Après la présentation des recettes toutes plus alléchantes les unes que les autres, vient une partie consacrée aux astuces pour la préparation des légumes, des nouilles.

On retrouve aussi, pour notre immersion dans la culture japonaise, un glossaire des termes culinaires, des recettes de bouillons, des astuces pour la cuisson du riz (ce qui me rappelle que je ne suis jamais parvenue à faire un riz à sushi satisfaisant, ce qui reste une vraie frustration pour moi), des conseils en terme d’assaisonnement.

Le livre refermé, comme tous les livres de la collection Gastronogeek, on se retrouve comme l’âne de Buridan qui hésite entre voir des films de Miyazaki ou cuisiner des recettes Ghibli, ou alors l’inverse, ou peut-être les deux à la suite, ou peut-être les deux simultanément.

En tout cas, c’est sûr, la prochaine fois que je regarde le Château ambulant, c’est en mangeant des oeufs au bacon.

D’ici là, je vous souhaite de bonnes dégustations, visuelles et culinaires, et vous dis à très bientôt sur Cinephiledoc !

Sur les traces de Harry Potter

Pour cet article #lecture du mois d’octobre, je reviens sur quelques promenades littéraires et cinéphiles que j’ai faites durant cet été.

En effet, le livre dont je vais vous parler dans quelques instants a été le très heureux préambule d’une de mes escapades estivales, et je l’ai dévoré en une poignée d’heures.

Cela faisait un moment qu’on me le recommandait, et j’ai attendu la fin de l’année (scolaire) pour me décider à arrêter de passer devant dans les librairies sans l’acheter. Je ne l’ai absolument pas regretté.

Relations personnelles à une saga

J’avais 11 ans quand le premier tome de Harry Potter a été publié dans sa langue originelle.

Donc, si l’on se plonge directement dans l’histoire du sorcier le plus connu au monde, je pourrais affirmer de manière très péremptoire que Harry Potter et moi avons le même âge et avons grandi ensemble – évidemment comme l’ensemble d’une génération.

Nous n’avons pas grandi ensemble, nous avons (au début) grandi côte à côte. La Chambre des secrets a été publiée en 1998, Le Prisonnier d’Azkaban en 1999, et La Coupe de feu en 2000.

Quant aux traductions françaises, si l’on reprend du début, cela donne : 1998 pour le premier, 1999 pour le deuxième, 1999 pour le troisième et 2000 pour le quatrième. Le léger décalage a vite été rattrapé par la suite compte tenu du succès de la saga. Les trois derniers tomes sont sortis respectivement en 2003, 2005 et 2007.

Concernant les adaptations cinématographiques, j’énumère rapidement les 8 années concernées : 2001, 2002, 2004, 2005, 2007, 2009, 2010 et 2011.

Harry Potter et moi avons donc au début grandi côte à côte. Lorsque le premier tome est traduit en français, je n’y prête pas attention. Pas plus pour les trois suivants.

C’est en 2001 que je découvre Harry Potter, non pas avec l’adaptation au cinéma mais à la faveur d’un petit séjour à l’hôpital, durant lequel on m’offre le premier tome pour occuper mes journées. Évidemment, je réclame directement la suite. Et c’est ainsi que je plonge tête baissée dans l’univers de J.K. Rowling.

Nous ferons alors ensemble la suite du parcours : en 2003, je guette la traduction française du cinquième tome (qui restera mon préféré), puis en 2006 celle du sixième tome. En 2007, je ne peux pas supporter d’attendre 4 mois pour découvrir le septième tome dans sa traduction, je le lis directement en anglais.

Je guette les adaptations cinématographiques, je rajoute à ma bibliothèque les ouvrages qui accompagnent la saga… et j’ai un bon nombre de produits dérivés qui meublent mon quotidien (vous en trouverez quelques-uns ici), et qui vont du pins au porte-clefs en passant par la baguette d’Hermione.

Mon addiction, si elle ne s’embarrasse pas des polémiques qui ont depuis entouré J.K. Rowling et ses personnages, ne s’étend pas cependant à l’univers des Animaux fantastiques, dont je n’ai vu pour l’instant que les deux premiers volets, sans forcément ressentir le même attachement.

Bref, pour résumer, j’ai grandi finalement avec Harry Potter et j’aime son univers, qui demeure pour moi une sorte de « doudou » affectif.

Dans l’ombre de Harry Potter

J’en reviens donc à ce livre, devant lequel je suis passée et repassée plusieurs fois avant de me décider 1/ à l’acheter 2/ à le lire.

Il s’agit de Numéro deux, de David Foenkinos, publié chez Gallimard en février 2022. De Foenkinos, j’avais déjà lu Charlotte, La Tête de l’emploi et Le Mystère Henri Pick, dont j’avais adoré l’adaptation au cinéma avec Luchini et Camille Cottin.

Associant le nom de l’auteur et la quatrième de couverture, je me suis plongée dans ce roman, mêlant faits réels et éléments imaginés, avec beaucoup de curiosité.

C’est à cette quatrième de couverture que je laisse la parole ici :

« En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre.
Des centaines d’acteurs furent auditionnés. Finalement, il n’en resta plus que deux. Ce roman raconte l’histoire de celui qui n’a pas été choisi. »

Si l’on s’attarde sur le titre et la fin de ce petit résumé, cela revient à mettre en parallèle les deux destins : celui qui dans les romans (dans leur version originale) est appelé « the chosen one », ou l’élu, d’un côté, et de l’autre, cet ironiquement fameux « numéro deux » (the second one en anglais), « celui qui n’a pas été choisi ».

C’est ce parcours que David Foenkinos nous invite à suivre : celui du garçon qui a failli être Harry Potter, une histoire poignante, troublante, parfois pleine d’ironie et parfois glaçante.

À l’une des étapes du roman, il compare cette trajectoire à celle de Pete Best qui fut le premier batteur des Beatles avant d’être remplacé par Ringo Starr.

Pour ma part, le livre m’a surtout rappelé un film sorti en 2011 : Killing Bono :

À Dublin, Neil McCormick et son jeune frère Ivan montent le groupe de rock Shook Up, avec l’ambition de devenir le plus grand groupe de rock du monde. Au même moment, Paul Hewson, leur camarade de classe, chante dans son propre groupe qui vient lui aussi de se former. Neil, persuadé que le sien est bien meilleur, ne se doute pas encore que le groupe qui le concurrence va bientôt sortir de l’ombre sous le nom de U2, et que Paul Hewson deviendra une star planétaire sous celui de Bono.

Ce film évoquait, comme Numéro deux, toute la difficulté de se construire une identité quand on a constamment sous les yeux l’identité encombrante de ce qu’on aurait pu être.

La difficulté principale du héros, Martin Hill, elle tient aussi à la proportion démesurée que prend l’engouement des lecteurs et des spectateurs pour l’univers de Harry Potter : durant ces années où la sortie des livres et celle des films sont quasiment simultanées, le nom de Harry Potter est sur toutes les lèvres, et il est de plus en plus difficile d’y échapper, d’en être en quelque sorte déconnecté.

Ce phénomène se rapproche à mon sens de l’usage que l’on fait du numérique ou des réseaux sociaux : nous avons presque tous côtoyé dans notre entourage cette personne qui, se défendant d’avoir un smartphone, d’être inscrit sur tel ou tel réseau social, finit par sauter le pas sous l’influence d’autrui ou pour pouvoir effectuer des démarches de la vie courante.

Alors certes, on ne devient pas du jour au lendemain fan absolu de Harry Potter si (et ici j’opère un raccourci quelque peu facile) l’on n’est pas tombé dedans étant petit. Mais cet univers s’est frayé un tel chemin jusque dans nos vies quotidiennes que même une personne complètement étrangère sera amenée à l’avoir sous les yeux.

Harry Potter à Londres

C’est suite à cette lecture que je suis allée à Londres au mois d’août dernier.

Comme je connaissais déjà la ville, j’avais déjà pu voir certains lieux emblématiques de la saga :

  • évidemment la fameuse voie 9 ¾ à la gare de King’s Cross – désormais prise d’assaut et absolument inaccessible, avec le chariot de Harry Potter (juste à côté il y a la boutique officielle Harry Potter, où il faut jouer des coudes et se frayer un chemin pour savoir si oui ou non on se décidera à acheter un retourneur de temps, une écharpe Gryffondor ou un plateau d’échecs…)
  • le Millenium Bridge qui apparaît au début du 6e film, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé, pour être détruit par les Mangemorts
  • Piccadilly Circus que l’on retrouve dans le 7e film, Les Reliques de la Mort (Partie 1), lorsque Harry, Ron et Hermione s’enfuient du mariage du frère de Ron suite à une attaque des Mangemorts. C’est à Piccadilly Circus que Hermione les fait réapparaître, plus précisément sur Shaftesbury Avenue et ses nombreux théâtres, où elle leur explique qu’elle allait souvent avec ses parents.

L’application Visit London (et sûrement énormément d’autres applications et sites internet) recense les activités et les lieux associés à Harry Potter lorsqu’on se rend à Londres. Voici celles que je garde éventuellement pour un prochain séjour :

  • les studios de la Warner Bros (auxquels il faut réserver une journée entière)
  • le zoo de Londres
  • des parcours thématiques organisés dans la ville
  • le spectacle « Harry Potter and the cursed child » au Palace Theatre (en deux parties de 2h30 chacune)…

Et voici celles que j’ai pu mener :

  • la visite du Leadenhall Market, ayant inspiré le chemin de Traverse, et dont vous avez un petit aperçu ci-dessous :

J’y suis allée un dimanche matin, l’endroit était désert, mais donnait malgré tout une idée de son charme et de son effervescence habituelle.

  • durant une de mes balades, je suis passée devant le Palace Theatre où se joue le spectacle mentionné plus haut

J’aurais pu réserver une place, mais j’avoue que la durée et le fait de devoir réserver forcément les deux parties le même jour (à 13h la première et à 18h la deuxième) m’a un peu freinée… je garde donc l’idée pour une prochaine fois.

Mais l’activité principale en lien avec l’univers de J.K. Rowling et à laquelle j’ai consacré du temps était :

  • The Harry Potter Photographic Exhibition au London Film Museum

Le London Film Museum est situé non loin de Leicester Square et de Covent Garden, c’est un musée qui organise des expositions temporaires (durant mon séjour sur Harry Potter, mais précédemment sur la saga James Bond).

On y accède en réservation un billet en ligne, et l’exposition est vraiment immersive, tout en se concentrant sur les tournages des films.

On y retrouve donc quelques éléments de décors, des photos de tournage, ainsi que des vidéos de témoignages (producteurs, acteurs, décorateurs…).

On peut se faire prendre en photo sur un balai devant un fond vert, voir la moto d’Hagrid, le registre de Gringotts, la robe de sorcier de Voldemort…

En fin de parcours, il y a évidemment un café où déguster de la biéraubeurre (mais je n’ai pas testé) et une boutique où l’on retrouvera les mêmes produits dérivés qu’à King’s Cross.

La visite dure environ 1h30 et vaut le détour pour les fans de la saga, et elle est une excellente invitation à revoir les films ou à relire les livres, preuve supplémentaire de l’impact de l’univers de Harry Potter dans notre imaginaire collectif.

C’est sur cet univers et sur cet imaginaire que je vous laisse, et vous dis à très bientôt pour un nouvel article – et un tout autre univers – sur Cinephiledoc !

Le temps suspendu d’une leçon de cinéma

Pour ce dernier compte-rendu avant la pause estivale, j’ai hésité entre deux ouvrages publiés à quelques mois d’intervalles et étant portés tous deux par la même direction et la même voix.

Il s’agit de La Leçon de cinéma, publiée chez Denoël en octobre 2021 et de  Correspondance avec des écrivains : 1948-1984, publiée en mars 2022 chez Gallimard.

Les deux ouvrages sont dirigés par Bernard Bastide, et les deux font entendre la voix de François Truffaut.

Vous savez déjà rien qu’en lisant le titre sur lequel des deux mon choix s’est arrêté, mais je vais profiter de ces premières lignes pour évoquer rapidement cette correspondance.

2004-2022 : histoire d’une bibliothèque

J’ai déjà eu l’occasion d’y revenir régulièrement (j’ai même l’impression d’en parler et d’en reparler continuellement, comme si je cherchais à chaque fois à en redessiner les contours) : les étagères de ma bibliothèque s’enrichissent souvent d’ouvrages sur François Truffaut.

Si j’arrive généralement à me raisonner pour d’autres sujets (« non ce livre est magnifique mais il est trop imposant, non tu as déjà tel ouvrage sur la question »), si ma liseuse m’aide à contrôler l’achat de fictions, et si les nouveaux venus sont la plupart du temps des cadeaux de proches, je cède presqu’immanquablement à la tentation lorsqu’il s’agit de livres consacrés à mon cinéaste de prédilection.

Cette collectionnite a été amorcée en 2004, j’avais à peine découvert Truffaut – la découverte devait remonter à un ou deux ans tout au plus – et plusieurs livres avaient été publiés à l’occasion des vingt ans de sa disparition : le Dictionnaire Truffaut d’Arnaud Guigue et Antoine de Baecque, François Truffaut au travail, de Carole Le Berre, ou encore Truffaut par Truffaut, de Dominique Rabourdin.

Contrairement aux autres étagères de ma bibliothèque, je ne me suis cependant pas contentée des nouvelles publications, puisqu’assez rapidement, l’ouvrage sur lequel j’avais voulu absolument mettre la main était la Correspondance de Truffaut, qui était alors épuisée, puisque parue en 1988.

Je l’ai finalement trouvée après l’avoir commandée sur un site de livres d’occasion, un exemplaire toujours recouvert aujourd’hui d’une sorte de papier crépon destiné à le protéger, et que je n’ai jamais osé retirer…

Lorsque je suis arrivée dans le lycée où je suis actuellement en poste, j’ai eu la surprise de retrouver cette correspondance dans le rayon Cinéma, et si je parviens à retirer du fonds la plupart des ouvrages que les élèves ne consultent pas, je ne m’y résous pas pour celui-ci. Si je saute le pas à l’avenir, ce sera certainement pour récupérer un deuxième exemplaire de cette correspondance.

Au fil des années, les livres de / sur Truffaut sont venus garnir ma bibliothèque, jusqu’à cette Correspondance avec des écrivains : 1948-1984 parue il y a trois mois.

Du monologue au dialogue

La spécificité de la correspondance publiée en 1988, c’est qu’elle ne contient que les lettres de Truffaut, environ 500 – ce qui est déjà quelque chose.

Comme le rappelle Bernard Bastide dans la préface de la Correspondance avec des écrivains : 1948-1984 publiée en mars 2022, et ce dès les premières lignes, « Cent vint-deux boîtes d’archives, plus de vingt mètres linéaires, plusieurs milliers de lettres envoyées ou reçues », Truffaut était un épistolier frénétique.

Cette fois-ci, sur près de 500 pages, et malgré les aléas d’expéditeurs ou de destinataires manquants, les différentes voix se font entendre : ce sont celle de Truffaut, évidemment, auxquelles répondent celles de Cocteau, de Jean Genet, de Jacques Audiberti.

Le lecteur cinéphile suit ces échanges au fil de la filmographie de Truffaut : il sait que la correspondance avec Henri-Pierre Roché le mène à Jules et Jim, que celle avec Ray Bradbury conduira à l’adaptation de Fahrenheit 451, et que les lettres échangées avec Jean Hugo mèneront à L’Histoire d’Adèle H.

Petite parenthèse à propos d’Adèle Hugo – et de son père si encombrant – la mention « Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation d’entreprise La Poste » m’a fait sourire, et, par le cheminement des associations d’idées, m’a rappelé ce petit coffret publié en 2001 :

J’ai pensé aussi à toutes ces lettres échangées et envoyées dans les films de Truffaut, en particulier les pneumatiques de Baisers volés, et cette lettre de la mère de Bertrand Morane dans L’Homme qui aimait les femmes :

Mon amour… Je ne comprends rien à tes silences… je n’ai reçu aucune lettre de toi depuis deux semaines et je me demande si mes lettres te parviennent… Décidément les mystères de la poste sont insondables…

La petite particularité de la correspondance entre Juliette Drouet et Victor Hugo était que le coffret contenant deux livres séparait distinctement les deux épistoliers, ce que j’ai toujours regretté.

Encore une fois, dans cette Correspondance avec des écrivains, les échanges qui ont pu être retrouvés ne sont séparés parfois que par une autre lettre qui s’intercale dans la chronologie des envois et du courrier reçu.

Discussions sur le cinéma

La dernière lettre figurant dans cette correspondance est datée de janvier 1984, et elle laisse le cinéphile sur une note songeuse teintée d’émotion.

Cette émotion, il la trouve inchangée dans sa lecture de La Leçon de cinéma, publiée en octobre 2021 chez Denoël, toujours sous la direction de Bernard Bastide.

Faisons un petit détour justement par la quatrième de couverture et par la préface de Bernard Bastide.

Pour la première :

En 1981, François Truffaut, l’ancien fougueux critique de cinéma, fait l’autocritique de ses propres films.
En s’appuyant sur des scènes et des anecdotes de tournage, Truffaut revisite, avec émotion et franchise, sa carrière, des Mistons (1959) à La Femme d’à côté (1981).

Lorsque l’on se plonge dans la préface de Bernard Bastide, on comprend la genèse de cette leçon de cinéma : une première proposition de Jean Collet, en 1977, de publier un livre d’entretiens sur le modèle de l’auguste parent publié pour la première fois en 1966, Hitchcock / Truffaut, et complété en 1980. Proposition déclinée.

Puis une deuxième proposition en 1980 : une série d’émissions télévisées, La Leçon de cinéma. L’émission réalisée avec François Truffaut en 1981 sera la seule à être diffusée, et ce seulement en mai 1983, soit seulement un an avant le décès de Truffaut.

Comme l’indique Bernard Bastide, cette émission n’a jamais été rediffusée ni même éditée sur support vidéo. Elle a cependant été métamorphosée une première fois en livre, dans une édition allemande, sous le titre Monsieur Truffaut, wie haben Sie das gemach ?, ce qui reprend le titre allemand du Hitchcock / Truffaut, Mr Hitchcock, wie haben Sie das gemach ?, à laquelle s’ajoute une édition de poche parue en 1993.

Quarante ans après le tournage de cette émission, le cinéphile a donc entre les mains la transcription d’une émission télévisée qu’il (re)verra peut-être un jour ?

À défaut de cette émission introuvable, s’il veut écouter et voir François Truffaut parler de cinéma, il lui faudra farfouiller sur les plateformes de vidéos en ligne, pour glaner des « rencontres » en 1972 dans les archives de Radio Canada, un entretien du réalisateur avec Christian Defaye dans les archives de la Radio Télévision Suisse (1975), ou encore la fameuse émission Apostrophes diffusée en avril 1984 :

Temps suspendu

Écouter ces émissions, c’est avoir en tête la voix de Truffaut, que l’on retrouve donc dans ce magnifique ouvrage qu’est La Leçon de cinéma.

Si l’on a continuellement en tête la comparaison avec le Hitchbook, ce n’est pas seulement par la forme du texte, sous forme d’entretiens – quoique les questions sont généralement plus concise que celles que posait parfois Truffaut à Hitchcock – c’est aussi par l’aspect chronologique.

Sans l’entendre, on sent cette voix, tantôt peut-être hésitante, tantôt précipitée.

Pour chacun des films, les auteurs de l’entretien (Jean Collet, Jérôme Prieur et José Maria Berzosa, qui réalise l’émission) ont choisi une ou deux scènes qu’ils font visionner à Truffaut… s’ensuivent questions et réactions fidèlement rapportées.

J’ai aimé cet extrait, suite au visionnage d’une scène de Tirez sur le pianiste ! 

Tout au long d’un tournage, les acteurs souffrent parce que toutes les scènes, les unes après les autres, vont leur offrir des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas. Un acteur a répété sa scène, il la sent bien, il a les jambes écartées, bien plantées dans le sol et il est sûr de lui. Tout d’un coup, le metteur en scène va le faire jouer coincé derrière un bar, tout tassé, avec des types qui passent devant lui. Il y a toujours un élément qui fait que rien ne se passe comme prévu. C’est une souffrance que l’acteur doit sans cesse s’efforcer de surmonter.

Chaque scène suscite son lot de souvenirs et d’associations d’idées : pour Fahrenheit 451, on se remémore la scène de la vieille dame qui se sacrifie pour ses livres ; pour Baisers volés, cet échange de regards fabuleux entre Antoine Doinel et Fabienne Tabard…

« Vous aimez la musique, Antoine ? – Oui, monsieur. »

… une scène que j’ai toujours trouvée aussi irréaliste que touchante, avec ce lapsus que ne peuvent comprendre que les grands timides troublés par une apparition – ici incarnée par Delphine Seyrig.

Pour les quelques pages consacrées à La Nuit américaine, on retrouve Truffaut en voix off, dans une curieuse mise en abîme :

Un tournage de film, ça ressemble exactement au trajet d’une diligence au Far-West (…) Qu’est-ce qu’un metteur en scène ? Un metteur en scène, c’est quelqu’un à qui on pose sans arrêt des questions. Des questions à propos de tout. Quelquefois, il a les réponses, mais pas toujours.

Lorsque l’émission est enregistrée, François Truffaut vient de finir le tournage de La Femme d’à côté, qui constitue donc l’avant-dernier chapitre de l’ouvrage.

Le film y est abordé brièvement, puis suivent quelques questions plus générales sur le métier de cinéaste : quand avez-vous décidé de faire des films, comment travaillez-vous, l’écriture du scénario, le tournage en studio, les films en couleurs et les films en noir et blanc, la relation au public…

Évidemment, le cinéphile sait qu’il reste un film à tourner, Vivement dimanche !, et le temps se suspend à cette dernière phrase de l’entretien :

J’ai, en revanche, l’impression d’être aujourd’hui plus audacieux, de dévoiler des choses qu’il y a encore dix ans je n’aurais pas osé montrer…

Et pour « achever la figure » (expression que le fidèle associe immédiatement à La Chambre verte), le lecteur retournera immédiatement à l’essentiel, et se replongera, à nouveau, inlassablement, dans le cinéma de François Truffaut.

Le cinéphile adore les rumeurs

Pour ce nouveau compte-rendu de lecture, j’aimerais emprunter des chemins aussi hasardeux et aussi aléatoires qu’une rumeur, et avant d’en arriver au fait, c’est-à-dire au livre qui m’a conduit à écrire cet article, j’aimerais faire étape ici et là en vous proposant des itinéraires cinématographiques et télévisuels inattendus.

Chuchoter à l’oreille

En guise de point de départ de cette excursion, je vais revenir pour la énième fois à l’une des vidéos les plus réussies, à mon sens, de la chaîne Blow Up d’Arte : « Have you heard ? », vidéo que j’ai découverte il y a quelques années par hasard, et dont j’ai pu me servir dans des séances sur la désinformation avec des élèves :

Mais au-delà de l’utilisation professionnelle que j’ai faite de cette vidéo, ce qui m’a amusée, c’est de voir combien ce mécanisme de la rumeur (que j’avais à l’époque tenté de retranscrire sous forme d’infographie) se retrouvait dans un certain nombre de scénarios de films.

Sans chercher l’exhaustivité, quatre exemples plus ou moins récents me sont venus à l’esprit.

  • Lettres anonymes et faits divers

On peut naturellement penser au Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, sorti en 1943. L’intrigue est ainsi conçue :

Dans une petite ville de province, un certain nombre de citoyens reçoivent des lettres anonymes qui contiennent des informations diffamatoires, en particulier en ce qui concerne un des médecins de la ville, le docteur Germain, soupçonné par l’auteur des lettres — qui les signe d’un mystérieux « Le Corbeau » — de pratiquer des avortements clandestins.

Le fait que le film s’appuie sur un fait divers bien réel, remontant à l’époque à une vingtaine d’année, et que le scénario fasse son miel de la pratique des lettres anonymes dans le contexte de l’Occupation, donne un sel bien particulier à cette intrigue.

  • Sur une fausse piste ?

Le deuxième exemple, un peu plus récent, qui m’est venu, ne tient pas tant à l’intrigue du film qu’à son titre : Mon petit doigt m’a dit…, de Pascal Thomas, sorti en 2005.

Il s’agit d’une adaptation du roman homonyme d’Agatha Christie, qui met en scène un couple de détectives incarné par Catherine Frot et André Dussolier (dans le roman, Tommy et Tuppence Beresford, dans le film Bélisaire et Prudence).

Le point de départ de l’enquête est la rencontre de Prudence avec une vieille dame dans une maison de retraite qui lui parle d’une enfant emmurée dans une cheminée…

J’ai vu ce film un nombre incalculable de fois et en connaît par coeur la plupart des répliques.

  • Les dîners qui tournent mal

Rumeurs et non-dits se retrouvent souvent dans les réunions familiales et les dîners, au point qu’Hitchcock (encore lui) ait utilisé quasiment au sens propre l’expression du squelette dans le placard dans l’un de ses films : La Corde.

Dans ce huis-clos oppressant, deux amis étranglent un de leur camarades de classe, puis préparent un dîner auquel sont conviés le soir même, sur le lieu du crime, la famille de la victime. Le cadavre est placé dans un coffre sur lequel est servi le buffet.

Moins macabres, les intrigues du Prénom (sorti en 2012) et du Jeu (sorti en 2018) utilisent les ressorts de la fausse nouvelle et des non-dits pour faire sortir un certain nombre de squelettes du placard.

Regarder par le trou de la serrure

Non content d’adorer les rumeurs, le spectateur est un voyeur, qui prend plaisir à espionner et à regarder ce qui se passe chez les autres par le trou de la serrure.

L’exemple le plus évident qui met le spectateur dans cette position parfois inconfortablement assumée est à nouveau l’oeuvre de sir Alfred, Fenêtre sur cour, sorti en 1954.

Jeff est un photographe qui, à la suite d’un accident, se retrouve en fauteuil roulant et passe son temps à observer ses voisins, dont un qu’il commence à soupçonner de meurtre.

Non seulement nous sommes spectateurs de l’histoire de Jeff, mais par son intermédiaire, nous savourons son propre voyeurisme.

On pourrait énumérer longtemps les films et les épisodes de séries télévisées qui se sont inspirés de Fenêtre sur cour.

Il y en a cependant qui m’a procuré la même impression à la fois de plaisir et de malaise ces dernières années.

Il s’agit du film de François Ozon sorti en 2012, Dans la maison, avec Fabrice Luchini et Ernst Umhauer.

Claude, un élève brillant, doué et manipulateur du lycée Gustave Flaubert, à tendance pervers narcissique, provoque l’enthousiasme de son professeur de français à qui il fait part de ses écrits voyeuristes, qu’il rédige au détriment d’un camarade de classe.

Avec Dans la maison, François Ozon nous met dans la posture de Fabrice Luchini, nous sommes les victimes consentantes de ce manège orchestré par Claude, et nous nous repaissons de l’histoire qu’il tisse pour nous, et tant pis pour les conséquences, réelles ou inventées.

Si cet exemple issu du cinéma d’Ozon est le plus flagrant selon moi, je n’en oublie pas une autre de ses oeuvres, Swimming Pool, sorti en 2003, qui manie avec tout autant de virtuosité la confusion entre l’intrigue du film et ce qui ressort de l’imagination des personnages.

Trouver le coupable

Nouvelle étape de mon itinéraire, tout aussi jubilatoire pour le spectateur, mais aussi plus facilement assumée, celle qui suit la découverte du cadavre.

Côté séries télévisées (et même côté films), j’ai déjà eu l’occasion de revenir abondamment sur les adaptations d’Agatha Christie, ayant vu à peu près l’intégralité des épisodes d’Hercule Poirot, et de ses diverses incarnations sous les traits de David Suchet, d’Albert Finney, de Peter Ustinov et de Kenneth Branagh – même si ma préférence va toujours au premier.

Si je suis moins amatrice de Miss Marple (et de ses différentes incarnations – sauf peut-être Angela Lansbury dans Le Miroir se brisa), il y a une série que j’adorerais revoir, et je céderai certainement un jour à la tentation d’acheter les DVD. Cette série, c’est Arabesque (Murder, she wrote) avec la même Angela Lansbury.

Je la regardais petite à la télévision chez ma grand-mère, et j’étais fascinée par ce personnage d’auteure de romans policiers qui enquête.

J’ai repensé assez récemment à cette série, et je dois ce souvenir, ainsi qu’une autre conséquence, au YouTubeur Damien Duvot, alias MrMeeea, qui avouait dans l’une de ses vidéos adorer la série Columbo.

Il a fallu que ce dernier fasse quelques analyses des premiers épisodes pour que je plonge tête baissée dans le binge watching de toute la série, disponible sur une plateforme de streaming qui s’occupe aussi de livraisons…

En en discutant avec une amie, je me suis également rendue compte que j’appréciais des personnalités aussi différentes que Columbo et Hercule Poirot, l’un se vantant continuellement de ses petites cellules grises, l’autre étant méprisé par le meurtrier jusqu’à ce que…, mais qui parviennent tous deux au même résultat : faire perdre sa superbe à un coupable qui croyait pourtant s’en tirer.

Bien évidemment, le plaisir à savourer Hercule Poirot n’est pas le même que celui qu’on a devant Columbo, et l’on peut y voir à nouveau la distinction que fait Hitchcock entre le suspense et la surprise.

Avec Hercule Poirot, nous ne connaissons l’identité du coupable que lorsqu’il nous la révèle à la fin de l’épisode. Avec Columbo, nous savons dès le début qui est le meurtrier, la question étant de savoir comment Columbo va le démasquer.

Dans le premier cas, nous sommes placés dans la posture du capitaine Hastings, ou du docteur Watson si nous décidons de changer d’univers, nous sommes le fidèle partenaire.

Dans le second, nous sommes Columbo lui-même.

Suivre l’enquête / mener l’enquête

À partir de ces deux postures : Hercule Poirot ou Columbo, j’en arrive à ma dernière étape et – enfin – à ma lecture du mois de mai.

Et c’est là que l’ami Philippe Lombard pousse un soupir de soulagement : enfin on y vient.

Enfin presque…

Ce que j’aime aussi dans le cinéma, c’est ce qui regroupe tous ces fils : rumeurs, observation (voire plus), traque, et enquête, et si possible, me demander durant tout le film s’il raconte une histoire vraie ou s’il est complètement inventé.

Dans le second cas, l’un de mes films préférés est Garde à vue, de Claude Miller, où Lino Ventura « cuisine » Michel Serrault, qu’il soupçonne du meurtre de deux fillettes.

Dans le premier cas, ce sont tous les films inspirés de faits divers, qu’il s’agisse d’une recension complète des événements ou de quelques allusions habilement glissées ici ou là – petites annonces, enquêtes, filatures…

C’est à ces faits divers, généralement macabres, que Philippe Lombard donne la part belle dans l’un de ses derniers ouvrages : Ça s’est tourné près de chez vous ! Une histoire des faits divers du cinéma français, publié comme à l’accoutumée aux éditions La Tengo en novembre 2021.

La galerie de portraits qu’il nous propose fait quelque peu froid dans le dos… on a l’impression d’une visite chez Madame Tussauds ou dans une maison hantée : tueurs en série, scènes de crimes, auteurs de casses mémorables et ennemis publics numéros 1 chacun leur tour… il n’y a bien que dans le dernier chapitre que l’on côtoie des personnages un peu plus fréquentables, et encore, ce n’est pas si sûr que ça !

Chacune de ces figures, au-delà des histoires qu’elles portent – meurtres, braquages, affaires louches et règlements de comptes – renvoie à un univers cinématographique que le lecteur peut allègrement convoquer.

À titre personnel, il me suffit de voir une évocation des soeurs Papin pour avoir envie de me replonger dans la lecture des Bonnes de Jean Genet ou pour avoir envie d’éplucher toute la presse disponible sur le site Retronews de la BnF.

De la même manière, tel ou tel tueur en série va irrémédiablement appeler chez moi le souvenir de Lacenaire dans Les Enfants du Paradis, et cette réplique culte, où transparait l’orgueil du personnage :

Quand j’étais enfant, j’étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres… « Ils » ne me l’ont pas pardonné, ils voulaient que je sois comme eux, que je dise comme eux. Levez la tête Pierre-François… regardez-moi… baissez les yeux… Et ils m’ont meublé l’esprit de force, avec des livres… de vieux livres… Tant de poussière dans une tête d’enfant ? Belle jeunesse, vraiment ! Ma mère, ma digne mère, qui préférait mon imbécile de frère et mon directeur de conscience qui me répétait sans cesse : « Vous êtes trop fier, Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ! » Alors je suis rentré en moi-même… je n’ai jamais pu en sortir ! Les imprudents ! Me laisser tout seul avec moi-même… et ils me défendaient les mauvaises fréquentations…

Quant au seul nom de Landru, il évoque pour moi Barbe bleue, mais surtout le film de Chaplin Monsieur Verdoux, que j’adore :

C’est sur cette dernière évocation que je vous invite, une nouvelle fois, à lire ou relire les différents ouvrages de Philippe Lombard, et en particulier ce cru 2021, qui a été particulièrement riche !

La preuve :

La couverture de Ça s’est tourné près de chez vous – qui rappelle les deux précédents ouvrages également sortis chez La Tengo (Ça tourne mal / Ça tourne mal à Hollywood) me donne d’ailleurs l’espoir qu’un Ça s’est tourné près de chez vous à Hollywood pourrait peut-être être concocté ?

Oui ? Non ? Bientôt ? En tout cas, je guette le prochain !

Bonne(s) lecture(s) à toutes et tous et à très bientôt sur Cinephiledoc !

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