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Les aventures du fil culture

idée

Au début du mois d’octobre 2012, comme je l’évoquais dans cet article, l’un de mes soucis (qu’il faut entendre comme ce qui tient à coeur, pas ce qui inquiète) était la veille culturelle au sein de mon collège. J’avais comparé la veille que je faisais au lycée (surtout par l’intermédiaire d’un portail Netvibes), et celle que je pourrais faire dans ce nouvel établissement.

Etant donné qu’au début, je ne disposais d’aucun mail et que le site Internet du collège était (et reste pour l’instant) à l’état de squelette… j’avais privilégié une diffusion papier. Chaque mois, je fabrique ce « fil culture » qui comportait les informations de la ville, de la communauté d’agglomérations (sachant que la ville n’appartient à aucune communauté d’agglomérations, j’ai pris celle qui me semblait la plus pertinente), et du département – avec quelques manifestations parisiennes. A la fin, j’ajoute les informations du CDI : adresse du portail E-SIDOC, du blog de l’atelier lecture et de Cinephiledoc. Le tout doit tenir sur un recto-verso, par économie de papier et économie d’attention.

Après fabrication, j’imprimais donc mon « fil culture » mensuel, environ quinze jours avant le mois en question, le temps pour les personnes de s’organiser (réservations, renseignements, etc.), puis j’allais en faire une cinquantaine de photocopies. A l’administration, je distribue en main propre. Idem généralement pour la vie scolaire. En salle des profs, je distribue dans les casiers.

Mais depuis décembre, j’ai constaté plusieurs choses :

  • Même recto-verso, cinquante feuilles de papier sont (et ne sont que) cinquante feuilles de papier, vouées à des destins très aléatoires en fonction de l’usager, de la manière dont il reçoit l’information et de son sens du rangement. En gros, soit je donne une information à quelqu’un de méticuleux et de curieux, qui va au moins prendre le temps de le parcourir, soit mon papier va voyager d’un casier surchargé à la poubelle la plus proche.
  • Le format qui plait à l’un ne plait pas forcément à l’autre. Face au problème « papier » je décide de passer à l’envoi en pièce jointe par mail. C’est sans compter sur la collègue qui m’affirme le même jour préférer le format papier et qui me suggère également l’affichage.

Donc, face à ces constatations, j’ai créé une liste de diffusion à partir de la boîte mail du CDI. J’envoie le « fil culture » sous format PDF, puis j’en photocopie une dizaine d’exemplaires mis à disposition en salle des profs pour les amateurs du papier. Je réfléchis également à un affichage format A3, et à un billet d’actualités hebdomadaire juste pour le CDI (avec veille, articles sur l’éducation et la culture). J’en reparlerai sans doute dans un prochain article.

Une dernière chose pour ce fil culture : une amie m’avait demandé de lui faire un petit fil culture spécialement pour elle, à titre d’expériences. J’ai donc appliqué le même procédé pour Chartres et sa région, et voilà le résultat :

Fil culture Centre janvier 2013

Bonne lecture !

Premier round !

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Aujourd’hui à 12h15, ils sont tombés, les résultats de l’écrit au CAPES externe de documentation. Après un mois d’attente, voici la fin de ce premier round. Alors je profite de cet article pour adresser un message personnel à une camarade de formation qui tentait une nouvelle fois l’aventure et qui a remporté ce premier round. Il s’agit également d’une de mes fidèles lectrices et commentatrices. Ce message pourra paraître quelque peu démesuré dans son enthousiasme, et je vous suggère de boucher vos oreilles mentales si vous ne voulez pas vous détruire les tympans :

« OOOUUUUAAAAIIIISSSS Camille !!!! You did it, girl ! You did it ! Tu gères, la miss !!!! »

Voilà pour l’enthousiasme débordant. Cet article est également l’occasion de rappeler quelques petites choses :

  1. Le ministre de l’éducation nationale a lancé depuis le 10 décembre une campagne de recrutement de 43000 enseignants, campagne également destinée à redorer le blason, à booster la motivation envers une profession qui, même si l’on est un optimiste chevronné et que l’on voit la vie en rose, n’attire plus autant qu’avant, il faut bien le constater. Comme le rappelle Philippe Watrelot dans sa revue de presse du même jour, ce sont cette année 22100 postes qui sont ouverts aux concours externes, contre 16000 en 2012. Je suis nulle en pourcentage, mais pour ceux qui passent les concours j’y vois tout de même un bon signe, notamment pour ceux qui auraient l’estime de soi au ras des chaussettes : YES, YOU CAN !
  2. Qui dit plus de postes aux concours externes, dit, en toute logique, plus de postes en documentation. Cette année, 200 postes pour le CAPES externe, 55 à l’interne, 20 au troisième concours. Quand on pense que l’année dernière, il n’y avait que 157 postes pour l’externe, on a encore une bonne raison de se dire que ceux qui ont passé l’épreuve du feu de l’écrit vont bien réussir à gérer les oraux, surtout s’ils s’y sentent plus à l’aise que devant les redoutables compositions et autres questions d’épistémologie…
  3. D’ailleurs, mais j’y reviendrai lorsque le sujet sera d’une actualité plus fraîche, voilà de quoi sont composés ces oraux, pour le CAPES externe :
  • La première épreuve est la construction à partir d’un sujet fondé sur des éléments des programmes de collège ou de lycée (voie générale ou professionnelle), d’une séquence pédagogique : y sont détaillés le niveau concerné, les liens avec les programmes, les objectifs, les notions abordées et les productions attendues ainsi que l’évaluation. A cette trame pédagogique s’ajoutent une bibliographie et deux documents que devra justifier le candidats et dont il devra faire l’analyse documentaire.
  • La deuxième épreuve est en deux temps : un exposé à partir d’un dossier traitant une question relevant des sciences de l’information ou des dispositifs propres à l’éducation ; une question sur « Agir en fonctionnaire de la République de manière éthique et responsable ».

Pour ces deux épreuves, les candidats ont environ 5 mois pour se préparer. En attendant, ils vont pouvoir profiter des fêtes pour faire redescendre un peu la pression…

Jargons professionnels

Lorsque l’on est élève et que l’on est attentif à ce que la personne en face de nous essaye, parfois péniblement, de nous faire apprendre, on peut plus tard se souvenir qu’elle nous a dit un jour ceci : « Il y a trois niveaux de langue : familier, courant et soutenu ». Ces trois niveaux de langue permettent alors de connaître la situation sociale et l’environnement d’un personnage, d’un auteur et d’un être humain. Qu’il se trouve dans tel ou tel milieu, qu’il ait assimilé tel ou tel savoir, l’être humain aura construit son propre langage, sa propre manière de s’exprimer face aux autres.

Connaître les trois niveaux de langue, c’est aussi savoir s’adapter à une certaine situation, que l’on soit seul (ou à la rigueur dans un cadre de confiance) : « B… de M… j’ai tout foiré », ou que l’on soit entouré d’un public plus châtié : « Il me semble que mon action n’était pas tout à fait adéquate face à ce problème. »

Mais au-delà de ces trois niveaux de langue, ce que l’on apprend également à maitriser, c’est un langage professionnel, qui apparaît dès que l’on se spécialise dans un certain domaine. Dans mon parcours, j’ai donc été confrontée à différents langages que j’ai plus ou moins intériorisés :

  1. D’abord un langage littéraire, où l’on retrouve des bêtes étranges telles que : anacoluthe, aposiopèse, catachrèse, transcendance, métempsycose, incipit, didascalie, kakemphaton, oxymore, paronomase, litote ou zeugme. On peut retrouver la traduction de ce langage dans un livre très sympathique de Jean-Loup Chiflet, Oxymore mon amour !, ou pour les plus chevronnés, dans le Gradus, un lexique de l’ensemble des figures de style de la langue française. Ces notions permettent non seulement au littéraire de décortiquer, de disséquer un texte littéraire, mais de produire un certain nombre de textes, qui vont du commentaire à la thèse, en passant par la dissertation et le mémoire.
  2. Ensuite, un langage à la fois pédagogique, documentaire et informationnel, que l’on apprend lorsque l’on prépare le CAPES de documentation. On y retrouve des notions telles que : pédagogie différenciée, modèle EST, socio-constructivisme, apprenant, outil transcripteur, référentiel bondissant (même si cela relève plus de l’environnement des professeurs des écoles et des professeurs d’EPS), classification, métadonnées, indexation, désherbage, estampillage, bulletinage, référentiel de compétences, politique documentaire… d’où ma conversation d’hier soir  sur le web sémantique avec une amie qui passera l’écrit dans quelques jours :

« Le web sémantique permet de créer, en quelque sorte, une relation intelligente entre le contenu du document et sa description sous forme de métadonnées. C’est pour ça que le projet de métadonnées sur l’utilité pédagogique d’un document (ScoLOM.fr) est important. En gros c’est comme si tu mettais sur chaque document une puce intelligente qui permet de viabiliser son contenu, de le chercher et de le trouver en fonction de ces critères. C’est une méthode d’indexation et de recherche des documents numériques. »

Malgré les efforts de traduction, je ne sais pas ce qu’en penserait une personne de l’extérieur. Lorsque j’écoute les conversations de mon entourage sur l’informatique, ou lorsque je m’entends parfois parler en salle des profs ou avec d’autres collègues, j’imagine une expérience : plonger quelqu’un de totalement étranger dans ce milieu et analyser à ce moment-là ce qui se passe dans son cerveau. Par exemple, lorsque mes amis geeks parlent informatique :

« Il faut flasher cette carte avec un nouveau firmware en passant par un serveur tftp. On peut implémenter un processeur ARM sur un FPGA, c’est ce qu’on appelle un softcore. »

Ce que j’entends peut se traduire comme ça :

« Il faut ??? cette carte avec un nouveau ??? en passant par un serveur ??????? On peut implémenter (???) un processeur ??? sur un ???, c’est ce qu’on appelle un ??? »

De la même manière, lorsque l’on regarde de près les abréviations (qui peuvent changer d’une année sur l’autre) et les expressions propres à l’éducation nationale, où l’on retrouvera IRD, TPE, PACIFI, HSA, CESC, PDMF, PPCP, ULIS, etc., l’interlocuteur étranger ne verra qu’un texte à trous… La bande dessinée Les Profs avait consacré malicieusement une planche entière aux sigles de l’éducation nationale.

Le professionnel se doit donc de traduire son langage aux personnes auxquelles il se confronte. Bien-sûr on apprend, lorsque l’on veut transmettre aux élèves des savoirs informationnels, à adapter le jargon à leur niveau. Ce que l’on dira de la classification variera d’un élève de 6e qui peut-être entre pour la première fois dans un CDI à un élève de Terminale qui étudie l’organisation du vivant et des savoirs en philosophie.

Mais, avec espièglerie, face à une personne totalement étrangère, et parfois mal renseignée sur la profession qu’il exerce (et qui égrainera en quelques minutes les préjugés « dame du CDI »), il s’amusera à utiliser les éléments les plus incompréhensibles de son jargon, rien que voir l’autre écarquiller les yeux. Tu crois savoir ce que je fais, tu penses pouvoir le faire à ma place ? Voyons ça !

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