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Lectures de l'été 2016

Plutôt que de choisir un livre parmi d’autres pour cet article de rentrée, voici, comme le titre l’indique, une rapide rétrospective de mes lectures de l’été, achevées ou non.

Classiques du cinéma

Pour commencer, voici deux petits livres du même auteur, dans une collection très prometteuse, et tous deux publiés en mai 2016.

Il s’agit de Alien et Shining, de Roger Luckhurst, publiés chez Akileos pour l’édition française, dans la collection « BFI : les classiques du cinéma ». Le BFI, British Film Institute, chargé du développement et de la promotion du cinéma en Grande Bretagne, pourrait être considéré comme l’équivalent de notre CNC (Centre National de Cinématographie).

La collection revendique ainsi de présenter, interpréter et honorer « des films qui ont fait date dans l’histoire du cinéma mondial ».

Les deux ouvrages font moins de cent pages, sont une lecture des plus agréables, et relativement bien illustrés. Le premier est consacré au Alien de Ridley Scott, le second au Shining de Stanley Kubrick, deux références en matière de science-fiction pour l’un, et d’horreur pour l’autre.

L’auteur, professeur de littérature moderne, évoque les films depuis leur genèse jusqu’à la réaction personnelle qu’ils ont suscitée chez lui, en passant par l’accueil critique et public, ou encore son importance esthétique et l’innovation technique ou cinématographique que le film a représenté – et représente toujours.

Ainsi pour Alien, il revient notamment sur les rapports de ce film avec les autres œuvres de science-fiction, littéraires ou cinématographiques, qu’elles soient antérieures ou postérieures à sa sortie, l’élaboration de la créature, ou encore les suites, préquelles et franchises annexes du film.

Pour Shiningdont j’avais un souvenir plus vivace et dont j’ai, du coup, davantage apprécié l’étude, il explique sa place si particulière dans le cinéma d’horreur, dont Kubrick a cassé les codes, la relation entre le réalisateur et Stephen King, l’utilisation de la Steadicam, et suit de manière très chronologique le film, depuis les premières images surplombant les montagnes, jusqu’à la fameuse photographie de 1921 où le spectateur reconnaît Jack Torrance, voyageur d’un temps et d’un espace labyrinthique et circulaire.

Ces deux petites lectures – j’ai lu ces deux livres chacun en une journée – parviennent on ne peut mieux à donner envie au spectateur de revoir le film, et installent avec l’auteur une certaine complicité : c’est un spectateur qui nous parle, et bien que son propos soit argumenté, documenté et réfléchi, ce sont ses émotions et son histoire personnelle de cinéphile que nous partageons.

Pour les amateurs, vous trouverez dans la même collection, « BFI : les classiques du cinéma », un 3e ouvrage consacré au film Brazil, de Terry Gilliam. J’en aurais bien fait aussi la lecture et la critique, mais je n’aurais pas été aussi pertinente, n’ayant malheureusement jamais vu ce film.

Par contre, sont annoncés pour cet automne deux autres numéros : Le Parrain et Les Sept Samouraïs. À moins d’un retard de sortie, vous savez donc déjà de quoi je parlerai sur Cinéphiledoc au mois d’octobre !

Des retrouvailles attendues…

Vous vous souvenez de la première fois que vous avez ouvert le premier Harry Potter ? (je m’adresse évidemment à ceux qui ont lu les livres et ont vu les films…)

Moi oui. Je me souviens surtout du début de tapage que les livres faisaient, je me souviens de l’édition, Folio Junior, avec trois petits sorciers en robes noires, je me souviens que c’était ma cousine qui m’avait offert le premier, et que j’avais décidé de le lire pour m’occuper pendant un séjour à l’hôpital. Je me souviens que, immédiatement après, j’avais demandé à mes parents les tomes suivants (La Chambre des secrets, Le Prisonnier d’Azkaban et La Coupe de feu), qui étaient déjà sortis.

Puis je me souviens de la fébrilité avec laquelle j’attendais chaque nouveau livre et chaque sortie de film, jusqu’à ne plus pouvoir attendre les traductions et à lire le dernier directement en anglais. Je me souviens des autres petits livres, sur le Quidditch, sur les créatures magiques et Les Contes de Beedle le barde. Je me souviens de la dernière avant-première, du dernier opus en deux parties au cinéma, de ma tristesse à me dire que c’était désormais fini, d’une tristesse encore plus grande à l’annonce de la mort d’Alan Rickman…

Et puis, cet été, enfin, un nouvel Harry Potter ! Je n’en livrerai aucun détail, mais quel plaisir de retrouver ces personnages, certes dans un livre à la forme si particulière (une pièce de théâtre) et qui ne permet pas vraiment de plonger dans l’histoire.

Nous avions les romans pour apprendre à aimer et à reconnaître l’univers d’Harry Potter, de Poudlard, du chemin de Traverse, du ministère de la magie, de Godric’s Hollow…

Nous avons eu les films pour mettre des images sur cet univers. Heureusement, nous avons le souvenir des deux pour lire Harry Potter and the cursed child, avec pour moi l’espoir, peut-être, d’aller voir un jour la pièce de théâtre à Londres.

Retrouver Harry Potter dans ce livre, c’est comme retrouver pour un verre un ami longtemps perdu de vue : on veut à tout prix tout rattraper du temps qui nous a manqué, et c’est justement le temps – et le livre – qui passe trop vite et nous laisse sur notre faim…

Alors certes, ce n’est pas une lecture cinéphile que j’évoque ici, mais, comme pour le livre suivant, elle est tant liée au cinéma, à un univers cinématographique, qu’on ne peut pas la laisser de côté.

Aux origines de Star Wars

Voici un ouvrage que j’ai commencé avec beaucoup de plaisir, mais dont je n’ai pas encore eu le temps d’achever la lecture, ce livre faisant près de 500 pages et étant particulièrement dense.

Il y a quelques temps, je regardais une vidéo, je ne me souviens plus laquelle, sur YouTube (je vais tenter de la retrouver) – ou bien était-ce sur Arte ? je ne sais plus – sur la genèse de Star Wars.

Trouvé !

Dans ce documentaire, les personnes qui intervenaient évoquaient pour la plupart un livre comme l’une des sources d’inspiration de George Lucas. Ils en parlaient avec tant de conviction que j’ai immédiatement eu envie de le lire, car cet ouvrage ne me permettait pas seulement de remonter à la source de Star Wars, mais aussi de comprendre comment Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, bien sûr Star Wars ou encore Le Trône de fer réinventent des mythes millénaires et ont une telle importance pour leurs lecteurs et spectateurs.

Trêve de suspense, cet ouvrage, c’est Le Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell, publié pour la première fois en 1949. L’exemplaire dont je dispose a été publié en 2013 par les éditions J’ai Lu.

Certes, je n’ai pas fini cette lecture, qui convoque des mythes aussi bien antiques que modernes, mais j’ai pour l’instant suivi avec bonheur les pas de ce héros aux mille et un visages dans ses réponses à l’appel de l’aventure, et j’y ai reconnu aussi bien Gandalf qu’Obiwan Kenobi.

L’auteur passe agréablement d’une histoire à une autre, nous entraînant à sa suite et nous donnant à chaque page le témoignage de leur universalité.

Du côté des séries

Enfin, ma dernière lecture des vacances, et de ce début septembre, a été une lecture achevée, cette fois-ci, en deux jours. J’ai beaucoup entendu parler de cet ouvrage, j’en ai lu beaucoup de bien sur Twitter et dans des articles. Et comme les livres sur les séries sont encore trop rares à mon goût, je n’ai pas résisté à la tentation de me plonger dans celui-ci.

Il s’agit de Sex and the Séries : sexualités féminines, une révolution télévisuelle, un ouvrage d’Iris Brey publié chez Soap éditions en avril 2016.

L’auteur, journaliste et universitaire, revient sur la difficulté que la sexualité féminine a toujours eu à être représentée au cinéma, et sur la façon dont les séries américaines ont pu progressivement la mettre en mots et en images dans toute sa diversité.

Elle y aborde avec justesse, et de nombreux exemples à l’appui (de Buffy à Orange is the new black, en passant par Friends, Game of thrones, Masters of Sex, ou encore Girls), les stéréotypes sexuels féminins, les tabous, les pratiques sexuelles, le plaisir féminin, des questions plus graves comme le viol ou l’inceste, ou encore la représentation des sexualités queer dans les séries.

Elle y recense les progrès qui ont été faits, et ceux qui restent encore à accomplir, et porte sur l’ensemble de ces productions télévisées un regard, certes parfois critique, mais toujours optimiste et jamais moralisateur.

Voilà pour ces quelques livres qui m’ont fait passer un bel été, entre littérature, cinéma et séries, qui m’ont donné envie de voir encore de nouvelles choses et qui m’ont remémoré quelques souvenirs cinéphiles bien agréables.

J’espère que ces quelques comptes-rendus vous auront donné à vous aussi des envies de films et de lectures.

À bientôt !

Séries TV, entre rêves et réalités

Le voici enfin, ce compte-rendu de lecture du livre que j’attendais pour fin janvier et qui est finalement sorti début février.

Pourquoi tenais-je tant à parler de ce livre en particulier ? D’abord parce que le titre, le sujet et la couverture avaient l’air des plus attrayants.

Ensuite, parce qu’il y a un an tout juste, je faisais déjà le compte-rendu d’un livre consacré à une série TV, qui m’avait beaucoup plu. Et cela me permet de changer un peu des romans sur le cinéma qui, personnellement ne me lassent jamais, mais risquent peut-être de lasser mes éventuels lecteurs.

Enfin, l’ouvrage d’aujourd’hui est publié par une maison d’édition, Rouge Profond, qui jusque-là, ne m’a pas déçue. Grâce à elle, j’ai découvert plus de science-fiction, plus de vampires au cinéma (en dehors de Twilight) et plus de villes et paysages américains.

De découvertes en découvertes…

Ce livre tant attendu est donc paru en février 2016, dans la collection Raccords de Rouge Profond, sous la plume de Sarah Hatchuel, et a pour titre : Rêves et séries américaines : La fabrique d’autres mondes.

Et comme l’indique la couverture, il s’intéresse plus particulièrement aux séries suivantes : Awake, Buffy, Battlestar Galactica, Hannibal, LOST, Les Soprano, Six Feet Under et Twin Peaks.

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Lorsque j’ai parcouru, avant ma lecture, les quelques lignes consacrées à l’auteur – professeure des universités – j’ai vu notamment qu’elle dirigeait une revue en Open edition qui recueille des articles scientifiques sur les séries télévisées.

Le site en question m’a donnée envie d’en savoir plus, et j’ai tapé son nom sur Google, pour me retrouver, entre autres sur un site : Réseau S.E.R.I.E.S. (Scholars Exchanging and Researching on International Entertainment Series).

La page consacrée à Sarah Hatchuel n’a cependant pas l’air d’être à jour. Lorsque l’on clique sur son site internet, on tombe sur une page d’erreur, et le présent ouvrage, écrit seule, semblait à l’origine être annoncé comme co-écrit, sous un autre titre, avec une autre universitaire, Monica Michlin.

Le nom Monica Michlin me semblait familier, et effectivement, je me suis souvenue avoir, pendant un trimestre ou un semestre, suivi les cours à la Sorbonne d’une personne dynamique et vraiment enthousiasmante, qui, à l’époque, m’avait donnée envie de voir Six Feet Under, entre autres.

Pour en revenir à notre ouvrage, Six Feet Under était d’ailleurs la seule série mentionnée sur la première de couverture que j’ai vue pour l’instant en intégralité. Pour les autres, j’ai vu à ce jour les 2 premières saisons de Battlestar Galactica et des Sopranos (même si je prévois d’en voir la suite très prochainement).

Tout ça pour dire que, dès sa couverture, et pendant sa lecture, je n’ai cessé d’aller de redécouvertes en découvertes.

Du cinéma aux séries TV

Si je ne partais pas vraiment en terrain connu avec les séries choisies par l’auteur, j’ai en revanche trouvé que, d’une part, elle guidait le lecteur vers ces autres mondes, avec beaucoup d’érudition (heureusement pour une universitaire) et de bienveillance.

D’autre part, si elle utilise souvent un vocabulaire complexe pour le lecteur lambda, ou du moins pour celui qui n’a pas fait d’études littéraires poussées (onirique, diégèse, fracture dimensionnelle, geste auctorial, etc.), elle appuie suffisamment son propos d’exemples et revient suffisamment sur ce qui lui tient à cœur, pour que finalement on se laisse entraîner.

Dans son introduction et son premier chapitre, elle évoque ainsi l’univers du cinéma et la place du rêve dans des séries plus anciennes. Après tout, le cinéma comme usine à rêves, quel meilleur point de départ ?

Elle compare le rêveur endormi et le spectateur de cinéma (ce à quoi elle reviendra dans son dernier chapitre, consacré aux fanfictions, où les spectateurs rêvent pour leur personnages de séries, des itinéraires différents).

Elle évoque le Vertigo d’Hitchcock, les films de Buster Keaton et de Chaplin, Chantons sous la pluie – ce qui m’a rappelé quelques images de Brigadoon, curieux film où deux Américains découvrent un village qui n’existe qu’un jour par siècle…

Elle revient plus longuement sur La Maison du Dr Edwardes d’Hitchcock, sur La Femme au portrait, un magnifique film de Fritz Lang (peut-être mon préféré à ce jour), puis évidemment sur Matrix et sur Inception, entre autres, tous ces films où le rêve est tour à tour trompe-l’œil et réalité alternative.

Dans son premier chapitre, elle aborde les séries télévisées, depuis I love Lucy jusqu’à True Blood, en passant par Desperate housewives, Grey’s anatomy et Six Feet Under. Le rêve y est cliffhanger, créateur (encore) de réalités alternatives – elle s’appuie sur l’allégorie du chat de Schrödinger – élément de surprise, ou transgressif.

Finalement, dans cet ouvrage vertigineux, de Hannibal à Twin Peaks, Sarah Hatchuel nous conduira à travers ces espaces, passés et futurs simultanément et réciproquement, où l’on est jamais tout à fait sûr d’être dans la réalité ou dans le rêve.

Les séries y deviennent ces palimpsestes où chaque élément de rêve ou de réalité recouvre ou découvre l’élément précédent et l’élément suivant.

Envie de se perdre en rêveries ?

Au fil des chapitres, l’auteur nous embarque donc dans les rêves et hallucinations ensanglantées d’Hannibal, dans les résonances du cinéma hollywoodien et / ou mafieux chez les Soprano, qui annoncent Mad Men et Boardwalk Empire.

Déjà pour ces séries, l’auteur cite La Tempête de Shakespeare : « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre vie est enveloppée dans un somme ». Cette citation parcourra le livre et viendra se rappeler à sa toute fin : il n’y a pas de frontière nette entre réalité et fiction, dans un « rêve cosmos » qui est déjà fiction et / ou réalité pour le spectateur.

On se perd dans les rêves et les « flash-backs / flash-sideways » de LOST (est-ce étonnant ?), dans la mise en scène des peurs des personnages de Buffy – avec cette question : Buffy la chasseuse de vampire vit-elle réellement ses aventures ou les rêve-t-elle depuis un hôpital psychiatrique ? – ou dans les visions de Battlestar Galactica.

Mais à la lecture de cet ouvrage, les deux séries que j’ai eue le plus envie de découvrir étaient Awake et Twin Peaks.

Awake, parce qu’elle raconte en une saison un personnage tiraillé entre deux réalités : quand il s’éveille le matin, c’est dans un monde où son fils est mort et où sa femme est vivante, quand il s’endort le soir, c’est pour retrouver un monde où la femme est morte et le fils est vivant. Le tout sur fond d’enquêtes policières.

Chaque dimension fonctionne comme le rêve de l’autre, formant un ruban de Möbius mental où apparaissent des phénomènes d’écho et de coïncidence.

Twin Peaks, parce qu’elle est considérée par beaucoup comme la série moderne fondatrice où se mêlent références cinématographiques, rêves et différents plans de réalités. Sarah Hatchuel m’a donné d’autant plus envie de voir Twin Peaks qu’elle a glissé, à la fin de son chapitre, un très beau parallèle avec le Shining de Kubrick.

Quelques remarques formelles

Bref, un quasi sans-faute pour ce livre dépaysant qui nous conduit d’une série à l’autre et d’un rêve à l’autre avec la légèreté d’un fil d’Ariane et une érudition quelque peu vertigineuse mais plaisante.

Un point seulement m’a déçue, mais je n’ai pas à ce jour de solution satisfaisante à proposer. Dans ses chapitres et ses notes de bas de pages, Sarah Hatchuel glisse souvent les liens vers des vidéos sur YouTube ou autre, pour que tout de suite le lecteur puisse se remémorer ou découvrir les images associées à son texte.

Seulement pour retrouver ces vidéos, il faudrait donc, à partir du livre, taper leur adresse URL ou effectuer une recherche par mots clefs… Il me semble qu’on pourrait faire mieux pour intégrer le numérique au livre. Enrico Giacovelli proposait, dans ses ouvrages sur le cinéma muet, QR-codes et chaîne YouTube pour retrouver les films dont il parlait.

Pour des sujets aussi discutés, mis en ligne et parodiés que les séries TV, ce genre de procédé devrait, selon moi, s’imposer d’autant plus.

Il reste que l’auteur est indiscutablement une passionnée au même titre que Charlotte Blum qui proposait l’an dernier un livre de suggestions pour accros aux séries. Dans ses notes de bas de pages, il arrive qu’elle fasse référence à une conversation qu’elle a eue avec tel ou tel autre spécialiste du sujet, et on imagine aisément un dialogue à bâtons rompus entre deux fans.

Et justement, son dernier chapitre s’intéresse à la fois à une pratique numérique et à une pratique de fans.

Fanfictions et transmédia

En effet, elle y étudie la manière dont les séries débordent maintenant du cadre télévisuel, pour être réapproprié par des spectateurs-rêveurs, devenus co-rêveurs et quasi co-auteurs de ces séries.

Elle se penche en particulier sur le phénomène des fanvids de la série LOST, qui mettaient en scène des scénarios alternatifs parodiques où les fans imaginaient des relations homosexuelles entre les personnages masculins, s’appuyant notamment sur les champs-contrechamps et le dialogue, élaborant ainsi toute une structure para-narrative ponctuée de références aux saisons précédentes et allant presque jusqu’à influencer l’écriture des épisodes suivants par les scénaristes.

De l’usine à rêves du cinéma, le lecteur en arrive donc, pour son plus grand plaisir, après avoir été surpris par le réveil de tel personnage et avoir exploré la réalité alternative de tel autre, à s’impliquer lui-même dans le processus de création de la série.

À nous / à vous maintenant d’imaginer, de rêver et de mettre en scène les espaces nouveaux de nos séries télévisées et de nos films : réalité(s) et / ou fiction(s) ? passé(s), présent, futur(s) ou mouvements simultanés qui nous mêlent et nous démêlent à nos personnages et à nos histoires préférés ?

Quelques vidéos pour finir…

Et pour ceux qui veulent revoir quelques scènes de rêves, voici une petite sélection :

Ou le numéro spécial de Blow Up sur Rêves et cinéma :

Et pour ceux qui s’intéressent aux réalités alternatives :

À bientôt !

2015 : Palmarès de lecture

Pour la 3e fois depuis l’existence de ce blog, voici un petit moment un peu plus personnel, avec le palmarès de mes lectures cinéphiles de cette année.

Avant de commencer, juste une petite aparté : pas beaucoup de livres sur le cinéma sur ma liste de Noël cette année, hormis une référence en la matière, L’Histoire de la cinémathèque française de Laurent Mannoni, mais dont j’ai déjà parlé dans quelques articles, et que j’ai demandé au Père Noël juste pour l’avoir sous la main.

Par contre, de beaux cadeaux tout de même cinéphiles (vous en avez un aperçu ci-dessous) et un craquage, avec le BB8 de Sphero…

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Revenons maintenant à notre palmarès de cette année.

Je n’ai pratiquement pas été déçue par mes lectures de 2015, qui ont été très diversifiées : on y retrouve aussi bien beaux livres, romans et essais, des livres sur des films récents, sur des séries télévisées, comme sur des grands classiques et des icônes de l’âge d’or hollywoodiens.

Je vais donc tenter de restituer cette diversité dans ce petit tour d’horizon de l’année.

Catégorie « séries d’hier et d’aujourd’hui »

Deux livres dans cette catégorie :

  • un beau livre qui utilise habilement les goûts du lecteur en matière de séries pour lui en conseiller d’autres : Vous aimez les séries, ce livre est fait pour vous. L’auteur s’appuie sur l’aspect très addictif de l’univers des séries TV pour allécher son public. Vous aimez Games of thrones, Mad Men ou Les Sopranos ? Vous aimerez telle ou telle autre série recommandée par ses soins. À ce livre je décerne le prix «J’aime les séries mais je (ne) me soigne (pas)».

Friends

  • un essai qui revient sur la série Friends et sur ce qu’elle a de représentatif de la génération X, dans ses aspects culturels, sociaux, familiaux et sexuels. Une vraie belle découverte qui témoigne, encore une fois (comme si elle en avait besoin), que Friends n’est pas qu’une série avec des rires enregistrés mais une plongée dans la société américaine des années 1990-2000, traumatisme post-11 septembre inclus. Pour ce livre, Friends : destins de la génération X, je reprends le prix de l’an dernier ou d’il y a deux ans, le «prix de la madeleine de Proust»

Catégorie « romans / mémoire / on écrit à la place d’une personne ou on se met en scène »

Les auteurs ont été très prolifiques en la matière cette année, avec de très belles découvertes, mais aussi avec des choses qui m’ont laissée un peu plus perplexe. Parmi ces dernières, le roman consacré à James Dean, Vivre vite, de Philippe Besson, qui livre de l’acteur un portrait à travers les voix de ceux qui l’ont connu et la sienne propre. Également dans cette catégorie, Le Festival n’aura pas lieu, de Gilles Jacob, qui revient entre autres sur le tournage de Mogambo et le festival de Cannes en 1968. Vous pouvez retrouver mes impressions sur ces lectures dans deux articles mais elles ne m’ont pas suffisamment marquée pour que je m’y attarde davantage ici.

Il y avait aussi ce roman très intéressant sur Maurice Jaubert, Le Beau Temps, que j’ai beaucoup apprécié, et qui m’a donné envie de revoir des Carné et des Truffaut…

Par contre, deux découvertes m’ont absolument transportée :

  • le prix « coup de cœur de fin d’année » que je décerne au roman Deux messieurs sur la plage, certes publié en août 2015, mais que j’ai choisi après quelques hésitations pour clôturer les comptes-rendus de lecture de l’année 2015. Dans ce livre captivant, l’auteur revient sur l’amitié entre Chaplin et Churchill et sur leur pacte mutuel pour lutter contre le chien noir. Un roman fin, bien mené, énigmatique et inattendu…

Londres-après-minuit

  • et si vous voulez de l’énigmatique et de l’inattendu, ruez-vous sur ce qui a constitué ma lecture de l’année, une merveille de mystère, de suspense, et de déclaration d’amour au cinéma en général et au cinéma muet en particulier, un livre qui se déguste comme un roman noir, avec détective à la Bogart et femmes fatales, un verre de whisky à la main. Londres après minuit est un chef d’oeuvre, auquel je décerne le prix «breath taking»

Catégorie « un mythe au cinéma / le cinéma crée des mythes »

Pour finir avec ce palmarès, il me reste deux ouvrages, que j’ai curieusement lu l’un à la suite de l’autre.

L’un m’a aidée à patienter en attendant la sortie du dernier Star Wars, même s’il m’a laissée quelque peu sur ma faim… Star Wars : une saga, un mythe est une bonne lecture pour ceux qui découvre l’univers de Star Wars ou veulent s’y replonger, mais j’aurais souhaité que l’auteur, Laurent Aknin, s’attarde un peu plus sur certains aspects. Critique à retrouver par ici.

Le second ouvrage remporte le prix du «pavé dépaysant qui fait voyager dans l’histoire» : une lecture aussi érudite qu’agréable, même si ce livre est intransportable ! Il s’agit du Napoléon : l’épopée en 1000 films d’Hervé Dumont, une somme tout autant historique que cinéphile qui plonge le lecteur dans les grandes fresques et les portraits plus intimes des contemporains de l’empereur.

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Mais s’il ne devait rester qu’une lecture, et qui m’a fait continuer à aimer le cinéma vraiment pour le cinéma, et pas seulement tel ou tel genre, ou telle ou telle mythologie… Le cinéma en tant qu’art, en tant qu’expression d’une civilisation, en tant que chant, voire en tant que religion ! c’est bien Londres après minuit que je retiendrai et auquel je penserai au moment d’ouvrir, en 2016, un nouveau livre sur le cinéma.

D’ici là, bonne année à tous et à très bientôt !

Un livre IFTTT pour accros aux séries

Voici le compte-rendu de lecture, en temps et en heure, du mois d’avril. Petite explication préalable sur le titre, même si j’aurai l’occasion d’y revenir plus en détail tout au long de l’article.

If this then that… sur le web

IFTTT signifie en anglais « If this then that » (Si ceci, alors cela), c’est un acronyme qui désigne sur le Web l’assistant permettant à un internaute d’automatiser des tâches répétitives entre les différents services qu’il utilise (voir aussi ici pour plus de détails).

Par extension, lorsque je publie un article sur Cinephiledoc, celui-ci est automatiquement publié sur mon fil Twitter et sur ma page Facebook, ce qui correspond aussi à une forme de IFTTT, à la différence qu’avec le site IFTTT, tous les réglages sont centralisés à un seul endroit.

Pourquoi ai-je décidé d’associer un service de réglages automatiques  à un livre, vous allez le comprendre dans quelques instants.

Le quotidien d’un/d’une accro aux séries

À chaque fois que j’ai voulu faire le compte de toutes les séries que j’ai regardé, que je suis en train de regarder, ou que j’attends avec impatience de retrouver, j’en ai toujours oublié une ou deux dans le lot. Je vais cependant essayer de faire le compte à un instant T, à savoir maintenant :

rome

  • Les séries que j’ai vues en entier, que je peux voir et revoir sans me lasser, et dont je me souviens (presque) toujours avec bonheur : Friends, Kaamelott, Un gars et une fille, Six Feet Under, Rome, The Borgias, Les Tudors, Les Piliers de la terre, Les Revenants, Tunnel ;
  • Les séries que je regarde en ce moment, presque au fur et à mesure de leur diffusion : Arrow, The Flash, Game of thrones, Vikings ;
  • Les séries dont j’attends la suite avec impatience : House of cards, Sherlock, Broadchurch, Turn, Bates Motel ;
  • Les séries que j’aime même si je n’ai pas vu les dernières saisons : Doctor Who, The Big bang theory, Homeland, American Horror Story ;
  • Les séries que j’ai commencées à regarder et qu’il faut que je reprenne : Downton Abbey, Mad Men, Boardwalk Empire, True Detective, Master of Sex, ou de plus anciennes : The Avengers, Hercule Poirot ;
  • Les séries qu’il faut que je vois en attendant d’autres séries et pour enrichir ma culture : Lost, Breaking bad, Les Sopranos…

J’en profite pour partager mon dernier coup de coeur : Turn, une série produite par AMC (qui produit également The Walking dead), avec Jamie Bell dans le rôle principal. Turn raconte les débuts de l’espionnage durant la guerre d’indépendance américaine.

Jamie Bell joue avec brio un apprenti espion anti-héros, les autres personnages sont interprétés de manière magistrale, les décors sont superbes et l’ambiance rappelle quelque peu Assassin’s Creed III.

La première saison vient de sortir en DVD et Bluray, et la deuxième saison est en ce moment en cours de diffusion.

Un livre IFTTT pour accros aux séries

Dans ce tour d’horizon des séries, j’en oublie sans doute malgré tous mes efforts. Mais je suppose que cela suffit à montrer à quel point je suis à l’affût de nouvelles séries et à quel point mes goûts sont éclectiques en la matière.

J’ai d’ailleurs publié plusieurs articles sur ce blog, que ce soit sur les séries elles-mêmes, ou sur des livres qui les évoquent, que ce soit Friends, il y a deux mois, ou Game of thrones il y a un peu plus longtemps.

Dernièrement, j’ai essayé de trouver des livres sur le sujet, qui avaient une vue d’ensemble sur la question. J’étais très déçue que le Dictionnaire des séries télévisées, de Nils Ahl et Benjamin Fau, paru en 2011 aux éditions Philippe Rey, soit vendu à un prix aussi dément. On m’a offert il n’y a pas longtemps L’art des séries télé de Vincent Colonna, que j’ai commencé.

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Mais ma plainte intérieure a dû être suffisamment audible pour que ce mois-ci, les éditions de La Martinière décident de publier un livre consacré aux séries télévisées contemporaines : Vous aimez les séries, ce livre est pour vous (niveau titre, on peut difficilement faire plus alléchant) de Charlotte Blum, journaliste spécialiste des séries – elle a d’ailleurs publié un autre ouvrage sur le sujet en 2011, Séries : une addiction planétaire.

Attention cependant, son livre s’intéresse aux séries diffusées entre 1997 et 2015, et encore en cours de production (même si le livre s’ouvre et se referme sur ce qui est pour elle la série de référence : Twin Peaks – fichtre, encore une à ajouter à ma liste), et à des séries presque exclusivement américaines.

Pourquoi est-ce qu’il s’agit d’un livre IFTTT écrit par une amoureuse des séries ? Parce que Charlotte Blum cerne très bien la psychologie et la frustration propre à l’amateur de séries télé : elle sait qu’une fois la série terminée, arrêtée, ou en attente de diffusion de la prochaine saison, celui-ci guettera, désoeuvré, autre chose à se mettre sous la dent.

Son livre est donc construit de la manière suivante : chaque chapitre est consacré à une série principale, qu’elle décrit et analyse en détail. Puis vient le IFTTT : si vous avez aimez cette série, vous aimerez sans doute telle ou telle série pour telle ou telle raison, avec la description un peu plus succincte des trois ou quatre séries conseillées. Des exemples concrets ?

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Vous avez aimé Les Sopranos ? => Vous aimerez Lilyhammer et son personnage principal de mafieux. Ou => Vous aimerez Boardwalk Empire qui évoque le crime organisé.

Vous avez aimé Homeland ? => Vous aimerez House of cards, qui décrit le fonctionnement de la Maison Blanche.

Simple et efficace.

Une exception qui me rend l’auteur d’autant plus sympathique ? Game of thrones, évidemment :

Avec son monde imaginaire ultrariche et ses décors d’une envergure inégalée à la télévision, Game of thrones est absolument unique.Impossible, donc, de lui attribuer des séries similaires.

Na ! C’est clair non ?

Les qualités de ce livre

  •  le principe du IFTTT que je viens d’évoquer ;
  • le choix des séries, éclectique : vous trouverez aussi bien des séries politiques, policières, historiques (un peu moins), sociales, féministes… il y en a pour tous les goûts ;
  • l’analyse des séries proposée : l’auteur parvient à aborder les choix scénaristiques et de réalisation des « showrunners » – créateurs de séries – sans jamais (trop) spoiler l’intrigue. Elle rapporte les propos de ces derniers, et donne à chaque série un éclairage qui allèche son lecteur / spectateur. Rien de tel, au fil des pages, pour voir ou revoir des épisodes de Breaking Bad, Rectify ou Orange is the new black.
  • à la fin du livre, le lecteur trouvera un petit guide sur : des séries plus anciennes, le lexique de la série télévisée, les étapes du storytelling, les chaînes de télévision américaines, les séries historiques, des sites internet et des lectures de référence, entre autres.

Spectateur simple amateur ou averti, ce livre met en appétit. À  ceux qui guettent leur prochain épisode, en lisant cet ouvrage, vous n’êtes pas prêts d’être sevrés !

Petits bémols pour les fines bouches

  • je l’ai dit, Charlotte Blum s’intéresse quasi exclusivement aux séries télévisées américaines des années 1997-2015. Amateurs de séries anglaises, vous trouverez certes votre bonheur avec Downton Abbey. Broadchurch est évoqué très rapidement. Par contre, il ne me semble pas avoir vu de mention de Sherlock… Quant aux fans de Fais pas ci, fais pas ça et autres séries françaises de plus ou moins bonne qualité… comment dire, c’est un livre sérieux, non mais !
  • j’ai trouvé tout de même dommage que justement, pour certaines séries, il n’y ait qu’une petite citation en fin d’ouvrage, ou qu’elles ne fassent l’objet que d’un sous-sous-chapitre. Que par exemple, Doctor Who ne soit cité que comme faisant partie des ancêtres (incontournables) de la série, alors que ce cher docteur est encore en activité, ou que l’auteur ne fasse qu’une liste des séries historiques par périodes en fin d’ouvrage.

Certes, là encore, pour les fans d’histoire, consolez-vous avec Mad Men ou Downton Abbey. Mais n’y avait-il pas la possibilité de prendre une série historique de référence (Rome, pour ne citer qu’elle) et lui appliquer le IFTTT, un peu comme ceci :

Vous avez aimé Rome => Regardez The Borgias, ça se passe aussi en Italie, mais à la Renaissance, et en plus, Jeremy Irons joue le pape !!!

  • Même chose pour les séries de science-fiction, parmi lesquelles Doctor Who. Pas de chapitre dédié, rien sur les dernières initiatives de DC Comics avec Arrow et The Flash, pas de chapitre sur les zombies, les vampires, les super-héros, alors qu’un certain nombre de geeks auraient certainement apprécié – l’auteur n’aurait eu qu’à prêcher des convertis.

Comme d’habitude, je pinaille, mais un chapitre dédié aux séries historiques et un dédié aux séries de SF, ça aurait été sympa (pas de chapitre non plus sur les séries « familiales » ou « médicales »). D’ailleurs je me doute que ce qui n’apparaît pas dans cet ouvrage a sûrement dû être évoqué dans l’ouvrage précédent de Charlotte Blum mentionné plus haut.

Malgré tout, ce livre réussit son pari : donner envie de voir des séries et d’en revoir.

Petite sélection de séries à découvrir ou à redécouvrir

J’ai déjà parlé de Turn, mais voici 4 autres séries que je recommande vivement ! Une politique, une cinéphile/angoissante, une historique, et une… parce que c’est comme ça et que j’en veux une quatrième.

  • House of cards : la série politique du moment, celle que suit assidûment Barack Obama, paraît-il, même si c’est aussi un très grand fan de Game of thrones. Avec Kevin Spacey en génial ambition, politicien véreux, qui ne rêve que d’une chose, accéder à la Maison Blanche. L’intrigue est haletante, les acteurs sont géniaux… le tout est d’un cynisme jubilatoire. House of cards, c’est Valmont et Madame de Merteuil en politique, et (presque) toujours triomphants, c’est un monde où rien ne sert d’être gentil et où les méchants sont fascinants.
  • Bates Motel : j’avoue que j’ai eu d’abord du mal à adhérer au principe, mais les deux premières saisons étaient surprenantes. Prenez le Norman Bates de Psychose, placez-le dans l’Amérique contemporaine, faites-le retourner en adolescence (prenez l’acteur de Charlie et la chocolaterie) et regardez-le devenir progressivement un psychopathe, avec des rapports très très sains (si si !) avec sa môman !
  • Vikings : pas besoin d’en dire plus, le titre parle de lui-même. Malgré les inexactitudes historiques et la figure du viking qui reste mythique, c’est une série d’une qualité incroyable, avec des acteurs très attachants, qu’il s’agisse du chef viking, du constructeur de drakkars, de la guerrière, ou du moine qui hésite entre christianisme et paganisme. Chaque saison est un peu lente à démarrer et se mérite, mais c’est pour nous plonger d’autant mieux dans cette atmosphère brumeuse et mystérieuse.
  • Au moment où se tient au musée du Luxembourg une exposition sur les Tudors, j’ai à nouveau envie de regarder la série que Showtime leur a consacrée il y a quelques années, avec certes un Henry VIII filiforme par rapport à la réalité, mais ce qui n’empêche pas de suivre la trajectoire captivante de ce roi…

et pour ceux qui préfèreraient sa fille cadette, vous n’avez qu’à regarder les films avec Cate Blanchett sur Elizabeth, ou mieux encore, la mini série Elizabeth I, avec Helen Mirren et Jeremy Irons.

Quant à moi, en attendant d’aller voir cette exposition, et après ces lectures cinéphiles, je me plongerai dans un livre sur les Tudors, là encore, avant de regarder Breaking Bad, les Sopranos, Mad Men ou Downton Abbey

Merci aux Friends de la génération X…

… d’avoir accompagné les enfants de la génération Y. Drôle de manière de commencer un article, me direz-vous. Dans ce nouveau compte-rendu de lecture, que je parviens à publier avec un peu d’avance, rien n’est parlant, si ce n’est le mot « Friends ».

Et encore, ce petit mot, que j’utilise volontairement en anglais, ne vous sera d’aucune utilité sorti de son contexte. À moins que je ne l’enrichisse de quelques indices, qui feront réagir immédiatement les plus fanatiques d’entre nous : un canard et un poussin, un canapé orange, un appartement aux murs violets, une affiche en français encadrée au mur…

10 ans d’une vie et bien plus

Arrêtons-là le suspense : le livre dont j’ai choisi de parler ce mois-ci est consacré à la série Friends. Et comme tout livre qui évoque un univers de références, et dans lequel le fan entrera en toute connaissance de cause, il aura tendance à laisser de côté la personne pour qui cet univers est moins familier.

Petit rappel, donc : Friends est une sitcom américaine diffusée de 1994 à 2004 et suivant le quotidien new-yorkais d’un groupe d’amis, mais également leurs évolutions professionnelles et sentimentales.

Je ne pense pas m’égarer en disant que chaque fan s’identifie plus ou moins à un personnage, ou du moins étudie lui-même les situations qu’il rencontre au prisme des personnages de la série.

Il y a Phoebe, masseuse professionnelle excentrique ayant passé sa jeunesse dans la rue ; Joey, comédien en début de carrière qui enchaîne les publicités incongrues et les rôles dans les soap operas ; Rachel, ancienne enfant gâtée à la recherche de son indépendance dans le milieu de la mode ; Ross, paléontologue à la vie sentimentale agitée et aux multiples divorces ; Monica, chef de restaurant obsessionnelle du rangement et de la compétition ; et Chandler, blagueur invétéré au métier incompréhensible.

Ceci n’est évidemment qu’un bref aperçu et ne rend en rien compte de la complexité et des rebondissements de la série. Car s’il s’agit d’une sitcom – série comique aux épisodes courts ponctuée par des rires enregistrés – ce n’est pas pour rien qu’elle résiste à ce point au temps, et qu’elle a laissé des traces dans la culture télévisuelle (et la culture tout court) de millions de personnes.

En effet, toujours rediffusée à l’heure actuelle en France (sur D8 et D17) et toujours regardée, même si l’on a dans son placard la série complète en DVD ou en Bluray, elle n’a jamais pu être égalée. Personnellement, et même si je n’ai jamais pu (sauf à des moments perdus) regarder les premières diffusions, Friends m’a autant marquée, et fait maintenant autant partie de mes références que l’univers d’Harry Potter (pour lequel on parle également de génération) ou que la série Kaamelott : un décor, une époque, des personnages et surtout, des situations et des citations qui s’évoquent les unes les autres, s’appellent et se répondent.

Quelque chose qui transcende cette fameuse génération X, et qui me parle et me correspond parfaitement, à moi, enfant de la génération Y. Nous y voici donc à nouveau, et après cette longue introduction, nous allons entrer dans le vif du sujet.

Friends sous l’angle générationnel, politique et social

Le livre que j’ai choisi ce mois-ci est Friends : Destins de la génération X, de Donna Andréolle, publié en février 2015 aux Presses Universitaires de France. Mais s’il s’agit d’une publication universitaire, sa lecture n’en est pas moins des plus agréables, et jamais jargonnante. Friends En effet, Donna Andréolle, professeur à l’université du Havre, propose une lecture politique et sociale de Friends, comme elle le fait (ou l’a fait) sans doute avec d’autres séries – ce qui est rappelé en quatrième de couverture – dans un petit ouvrage d’un peu plus de 130 pages, et faisant partie d’une collection assez alléchante, avec des titres consacrés notamment à Desperate Housewives, Six feet under, Rome ou encore Harry Potter.

Ce qu’elle appelle « génération X » – terme qu’elle reprend notamment à des romanciers et des cinéastes – c’est la génération américaine né après le baby boom, entre 1960 et 1980, tous les acteurs principaux de la série étant nés, comme elle le rappelle, entre 1960 et 1970. Elle va étudier à la loupe, dans son livre, cette génération X dans un contexte particulier : l’Amérique après les années Reagan et jusqu’aux attentats du 11 septembre et le traumatisme qu’ils ont laissé dans la société américaine.

Ce qu’elle étudie, ce sont des personnages qui vont passer de la vingtaine à la trentaine, entrer de manière plus ou moins chaotique dans la vie adulte, et tenter de reproduire ou de s’opposer à la culture dominante et au modèle de leurs parents. L’ouvrage se penche donc tour à tour sur la place de la ville – et pas n’importe quelle ville, New-York – dans la série, le choix de cette ville comme lieu de résidence en opposition au modèle des « suburbs », les zones pavillonnaires de banlieue.

Il étudie la place de l’amitié comme substitut de la famille, les relations sentimentales fluctuantes, ambiguës, et se greffant parfois sur les relations amicales, et la place du mariage. Donna Andréolle étudie la façon dont la sitcom traite des questions graves, telles que le divorce, le mariage homosexuel, le monde professionnel, la procréation assistée, l’union libre, avec toujours la respiration, le « comic relief » de l’humour.

J’ai particulièrement aimé la troisième partie de son livre, qui s’intéresse à ce qu’elle nomme « marginalité normative », qui traduit l’ambiguïté propre à la génération X, désireuse à la fois de se démarquer d’une culture et d’une société mainstream et de s’y intégrer.

C’est dans cette partie qu’elle se penche sur la question farfelue, dans la série, des animaux domestiques (singe, canard, poussin, araignée, rats, etc.), à celle plus sérieuse de l’insertion professionnelle, souvent vécue avec souffrance par les personnages, qu’ils cherchent leur voie dans un univers artistique comme le cinéma, la mode, la haute gastronomie, ou qu’ils soient plus conventionnels et travaillent dans le milieu universitaire ou celui de l’entreprise.

Enfin, elle aborde la question complexe des genres, virilité, féminité, et montre à quel point, là encore, le regard de la série Friends, bouscule avec humour les a priori et la culture dominante.

Les points forts de ce livre sont donc, avec un regard dont on ne doute pas qu’il est celui d’une inconditionnelle, de donner sans jamais nous perdre, une double, voire une triple lecture, d’un univers qui nous est familier, en tissant un faisceau de références. Ces lectures, si elles font écho à des réflexions que nous nous étions déjà faites, renforcent et approfondissent l’attachement que nous avons naturellement – du moins si c’est le cas – pour cette série.

Lecture intertextuelle et culturelle

La seule chose qui m’a manqué, mais qui aurait été impossible à réaliser à moins de faire de ce livre une publication en plusieurs volumes, c’est une étude approfondie des références culturelles – littéraires, cinématographiques, artistiques – de la série.

Petit exemple : à un moment dans la série, Phoebe est confrontée au fait que sa mère, qui s’est suicidée, ne lui montrait jamais la fin des films tristes, elle se sent donc trahie par le monde qui l’entoure, et Monica lui conseille un film : La Vie est belle de Frank Capra.

J’aimerais trouver un ouvrage qui me décrypte ou me rappelle l’ensemble de ces références : les livres que lisent les personnages, les affiches qui sont sur leurs murs, les films et les musiques dont ils parlent…

Évidemment, ce n’est pas le propos de l’ouvrage de Donna Andréolle. Cependant, elle est parvenue à susciter chez moi cette envie, et ces petits rappels, en abordant à plusieurs reprises le sujet : en évoquant la foule des invités qui ont joué des seconds rôles dans cette série (Bruce Willis, Brad Pitt, Tom Selleck, Sean Penn, Gary Oldman, Helen Hunt, Julia Roberts…), en parlant des petits rôles et des publicités pour lesquels Joey est engagé, ou encore en consacrant une partie du livre à la « Réflexivité et autodérision ».

Cette partie du livre revient sur la manière dont la série évoque et tourne en dérision son propre univers télévisuel, en accumulant les références et les effets miroirs, que ce soit avec d’autres séries, ou même avec les noms des acteurs, et à l’intérieur de la série elle-même :

Séries, jeux télévisés réels et fictifs, téléthons, vidéos MTV et guest stars du petit et du grand écran, Friends propose la panoplie complète d’une culture médiatique à la fois éphémère et durable. À l’instar de la génération X qu’elle (re)présente, la série nous invite à la suivre dans un jeu de miroirs qui nous fait réagir et surtout interagir.

Et pour vous, quels souvenirs de Friends ?

À la fin de son deuxième chapitre, consacré notamment à l’amitié et à la gestion, par la série, des émotions, l’auteur revient sur le dernier épisode, tourné en 2004 :

La post-séquence revient sur des scènes de New York, d’abord au coucher du soleil sur un horizon de gratte-ciel puis en alternant avec des prises de vue de nuit. Il s’agit d’un adieu poignant de la production. Sans doute, avec ces images de « la ville qui ne dort jamais » peut-on comprendre que la série se termine, mais que, comme New York, elle ne s’éteindra jamais.

Et en effet, plus de dix ans après, on regarde encore les rediffusions de cette série même si les DVD sont bien rangés, bien alignés saison par saison dans le placard, on s’amuse toujours des mêmes situations, on est toujours émus par les mêmes événements, on échange avec d’autres fans les mêmes références.

Sur Internet, on retrouve toujours des sites et des wikis consacrés à Friends : le site d’origine, un wiki ayant publié sur le sujet des milliers d’articles, une page Facebook publiant encore et toujours des actualités.

J’ai voulu émaillé cet article de mes petits moments de Friends, ceux que j’apprécie le plus ou qui me viennent immédiatement quand je pense à cette série… Voici enfin, pour finir, une vidéo publiée par Allociné, qui propose une relecture des 236 épisodes de Friends en 236 secondes :

http://www.allocine.fr/_video/iblogvision.aspx?cmedia=19548335

Les amateurs et les inconditionnels, régalez-vous !

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