Pour ce nouvel article cinéphile, j’ai voulu croiser plusieurs événements et plusieurs informations :
- je voulais continuer à respecter une tradition instituée avec plus ou moins de réussite sur ce site, à savoir parler d’une femme ou parler de femmes au mois de mars : les années précédentes, j’ai ainsi pu évoquer des femmes autrices*, des femmes youtubeuses, des femmes réalisatrices, comédiennes ou scénaristes ;
* j’en profite pour indiquer qu’encore récemment, mes lectures et certaines initiatives professionnelles m’ont conduites à m’interroger sur le féminin du nom auteur : autrice ? auteure ? écrivaine ? Il semble que l’Académie française ait une préférence pour autrice. Mes cogitations ont été notamment suscitées par l’un de mes coups de coeur de début d’année : Comment torpiller l’écriture des femmes, de Joanna Russ.
- je voulais honorer les 50 ans de la disparition de l’une de mes autrices (donc) : Agatha Christie, qui doit être certainement parmi les personnes dont je parle le plus sur ce site, en tout cas pour les écrivains (évidemment elle ne dépassera pas en occurrences François Truffaut pour les réalisateurs ou Romy Schneider pour les actrices), et je vais tenter de renouveler mon propos, puisque j’ai déjà consacré un article assez conséquent à Agatha Christie en 2019 ;
- enfin je voulais marquer le coup de mon changement de dizaine avec une petite promenade personnelle.
Les deux premiers éléments sont liés, et sans davantage tergiverser, je vais aborder le sujet Agatha.
Agatha addict
Déjà en 2019, je dressais un panorama de cette addiction à l’univers de Lady Agatha, qui cherchait à être exhaustif mais ne revenait pas pour autant sur certains travers ni sur certains tocs qui la caractérisent.
En effet, si on peut faire remonter assez loin mon penchant pour la dame de Greenway, quand je farfouillais avec mon père sur les marchés et les brocantes à la recherche d’exemplaires d’occasion ou que je les retrouvais dans des librairies, très vite mon attention s’est focalisée sur le personnage d’Hercule Poirot.
Malgré quelques tentatives et exceptions (la lecture d’Un cadavre dans la bibliothèque et du Miroir se brisa, le visionnage du film éponyme avec Angela Lansbury en Miss Marple, les quelques épisodes de séries avec les différentes actrices ayant incarné la vieille dame à l’esprit affuté), c’est finalement les aventures d’Hercule Poirot que j’ai décidées de lire dans l’ordre chronologique il y a quelques années.
De la même manière, ce sont ses aventures qui ont la part belle dans mes bibliothèques, en VF d’abord, puis en VO. Agatha Christie est d’ailleurs l’autrice la plus lue dans le monde anglophone, après la Bible et devant Shakespeare.

Concernant les ouvrages qui reviennent sur son univers, son autobiographie est un incontournable, et de ce que j’ai pu glaner au fil des années s’ajoutent une biographie de Marie-Hélène Baylac et Agatha Christie, le chapitre disparu de Brigittte Kernel, qui revient sur sa mystérieuse disparition en 1926, qu’elle n’évoque évidemment pas dans l’autobiographie évoquée précédemment.
Côté voyage, mes pas m’ont conduite là encore à revenir sur différents lieux du crime, et si l’Egypte ou la Mésopotamie échappent à ce palmarès, ou si l’itinéraire de l’Orient-Express reste à des prix prohibitifs, je suis tout de même assez fière de moi :
- au plus près géographiquement se trouve la ville de Dinard, qui a été le cadre d’une des intrigues de Poirot, Le Crime du golf ;
- Londres est certainement la ville de l’univers de Christie où j’ai le plus déambulé, sans toutefois chercher à mettre mes pas dans ceux de ses personnages ou dans les siens propres (je ne suis jamais allée voir de près l’immeuble où Hercule Poirot incarné par David Suchet a son appartement, par contre je suis allée voir The Mousetrap au théâtre), mais cela pourra être l’un de mes prochains objectifs ;
- en revanche je compte deux lieux indissociables de l’imaginaire des fans de la reine du crime : sa ville de naissance, Torquay, où j’ai passé 15 jours en 2024, et sa maison de Greenway que j’ai pu visiter à cette occasion. Ce séjour m’a permis de rapporter quelques exemplaires de romans en VO et quelques preuves de mon passage là-bas…

By Rod Allday, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8397126
Côté inclassable, jeux et autres excentricités, on peut repérer chez moi cette addiction à quelques indices supplémentaires : le fait d’avoir l’intégrale de la série avec David Suchet, mais aussi les films avec Albert Finney et Peter Ustinov (mais pas ceux de Kenneth Branagh), le fait d’avoir créé un parcours avec ma meilleure amie en 2017, le fait d’avoir construit avec elle (mais à distance et chacun le sien) l’Orient-Express en Lego en 2024, et enfin d’avoir aussi réalisé un escape game sur le Crime de l’Orient-Express à la demande d’une collègue d’anglais également en 2024.

Cette passion pour Agatha Christie a ses caprices et ses sursauts : d’un côté le fait de n’avoir jamais adhéré par exemple à la série française Les petits meurtres d’Agatha Christie – pourtant je sais que certains fans l’ont adorée – ni aux adaptations de Kenneth Branagh – pour ces dernières, nous sommes plus nombreux à compter parmi les détracteurs ; de l’autre, continuer à me plonger dans des ouvrages explorant un aspect ou un autre de son univers.
Agatha Christie, cru 2026
Ou pour être plus exact, cru 2025-2026.
Plusieurs publications ont très récemment titillé ma curiosité et réveillé ma passion pour la reine du crime, passion qui n’est jamais totalement endormie, et qui sursaute à la moindre conversation avec « bestie » ou avec « bichette », qui se reconnaîtront…

à la moindre rediffusion d’un Poirot ou du désoeuvrement d’une soirée, à se demander quoi regarder, pour finalement choisir avec délectation un épisode de la série déjà mentionnée…
aux posts Instagram de quelques comptes suivis comme @laboursofhercule (aux mèmes irrésistibles) ou @officialagathachristie…
mais si l’on s’en tient aux publications papiers, deux d’entre elles ont participé à entretenir le vice.
La première, c’est un ouvrage que j’attendais depuis très longtemps, non que je surveillais de près l’auteur ou la maison d’édition derrière le projet, mais je me disais depuis très longtemps « ce serait bien que quelqu’un fasse un point là-dessus quand même ».
J’ai été comblée avec l’ouvrage de Jérémy Picard, publié chez Hugo Doc en avril 2025 : Agatha Christie, des romans à l’écran.

Il s’agit d’un panorama plus que complet sur les nombreuses adaptations et les influences et emprunts à l’univers d’Agatha Christie, des plus connues et attendues :
avec les classiques Dix petits indiens (l’adaptation de René Clair ne fait pas l’unanimité, mais elle est inoubliable pour moi qui ai reconnu Judith Anderson, la Mrs Danvers de Rebecca, dans l’un des rôles), Le Crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, la série avec David Suchet, les différentes incarnations d’Hercule Poirot et de Miss Marple, les autres films et séries, tels que ceux de Pascal Thomas, les Benoit Blanc avec Daniel Craig…
aux rapprochements plus inattendus : j’y ai retrouvé le 8 femmes de François Ozon, et quel ne fut pas également mon bonheur de voir quelques pages consacrées à une de mes madeleines de Proust, un souvenir d’enfance et des après-midis passés chez ma grand-mère, à regarder Arabesque (Murder, she wrote) avec Angela Lansbury !
J’ai ainsi pu faire le grand écart en terme d’expérience télévisuelle, puisque en ce début d’année 2026, je me suis délectée de l’adaptation par la BBC des Sept cadrans sur Netflix, avec l’excellente Helena Bonham Carter, tout en redécouvrant Arabesque (cette fois-ci en VO), enfin disponible sur une plateforme, à savoir Amazon Prime.
Et évidemment, algorithmes de recommandation oblige, Amazon Prime « me connait » et me propose à chaque épisode visionné de céder à la tentation en prolongeant le plaisir avec, pourquoi pas ? un épisode de Columbo (mon autre travers).
Voilà, avec l’ouvrage de Jérémy Picard, de quoi se replonger dans l’univers d’Agatha Christie, en suivant tel ou tel itinéraire : film ou série TV, in english please ou à la française, grands classiques ou adaptations modernes, incontournables ou chemins de traverse.
Et comme je l’ai suggéré plus haut, un deuxième ouvrage permet de poursuivre cette promenade, cette fois-ci en levant les yeux du texte ou des adaptations, et en prenant l’Eurostar, terminus gare St Pancras International (bon et puis après, The tube ou bus à impériale, c’est vous qui voyez).
J’ai repéré cet ouvrage en janvier 2026 sur le compte Instagram déjà mentionné @officialagathachristie qui était en pleine célébration des 50 ans de la disparition de la romancière (tiens, romancière, c’est pas mal, et ça me permet d’esquiver mon hésitation entre autrice, auteure et écrivaine mentionnée plus haut).

Je l’ai directement commandé, pas chez mon libraire cette fois-ci (mea culpa) et j’en garde la lecture pour le printemps ou l’été, même si j’en ai déjà dégusté quelques chapitres… Il s’agit du Agatha Christie’s London : A historical guide to the Queen of crime’s capital, de Tina Hodgkinson.
Tina Hodgkinson est également l’autrice de l’article consacrée à « Christie’s London » sur le site officiel dédié à la romancière. Elle travaille comme guide à Londres et a créé depuis 2014 des circuits pour les fans de la reine du crime (comme ceux que l’on peut également faire sur Sherlock Holmes, Charles Dickens ou encore Jack l’éventreur).
Situant Agatha Christie davantage dans le Devon et dans les lieux déjà visités comme Torquay et Greenway, je n’ai jamais cherché durant mes séjours à Londres à réserver un circuit Agatha Christie, j’ai donc découvert l’existence de ces circuits en même temps que l’ouvrage.
Ce dernier me paraît tout aussi exhaustif que celui de Jérémy Picard avec ses promenades cinéphiles, de Poirot à Arabesque, et il est découpé en trois parties :
- le Londres d’Agatha Christie
- Londres dans les récits d’Agatha Christie
- une dernière partie consacrée au circuit en lui-même, avec plans et lieux à visiter
En attendant de concrétiser ces promenades, rien de tel que ces deux ouvrages pour quelques révisions indispensables !
Saute-mouton sur les dizaines : promenade personnelle
Comme je l’ai indiqué en introduction de cet article, j’inaugure une nouvelle dizaine ce mois-ci, et je terminerai avec un panorama. J’avais dans l’idée à l’origine de faire un inventaire des choses que j’aime associées à mon année de naissance.
J’ai en tête, comme à l’accoutumée, les vidéos de Blow Up Arte qui reviennent sur une année de cinéma, à l’heure où j’écris ces lignes, il semble que le magazine ait fait une vidéo pour 1996 et pour 2006, mais pas pour 1986.
Une autre idée qui m’est venue est de mentionner pour chaque décennie un livre, un film et une chanson.
- 1986 : pour cette année, les livres énumérés par Wikipédia ne me disaient rien, à part Le Gone du Chaâba, mais si j’ai lu le livre au collège, il ne m’a pas laissé un grand souvenir…
L’année commence avec la disparition de Daniel Balavoine, je me souviens que je l’écoutais en boucle à la fin du collège et au lycée. Mais la chanson sortie cette année là et que je retiens, c’est « En rouge et noir » de Jeanne Mas, à laquelle j’accorde le même effet « madeleine » que les épisodes d’Arabesque… ou moins top 50 français, le concert de Queen à Wembley.
Comme film, je retiens mon chouchou Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery.
- 1996 : j’ai le souvenir très précis du décès de François Mitterrand, ce qui semble logique, vu que je n’avais connu que lui comme président depuis ma naissance (même si son septennat s’était fini quelques mois auparavant).
Dans les livres, je retrouve les Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern. J’ai découvert Susie Morgenstern au collège, et la fin de ma primaire était davantage marquée par le Club des cinq et les aventures de Fantômette.
Pour les films, j’ai l’embarras du choix niveau souvenirs, même si je ne les ai pas tous vus cette année-là. Néanmoins, ils ont construit ma cinéphilie : côté français, Beaumarchais l’insolent, Pédale douce, Le plus beau métier du monde (avant que je sois dégoûtée des films sur les profs et de Depardieu), Ridicule et Un air de famille. Le box-office américain ne m’inspire pas des masses…
Côté chansons, « Wannabe » des Spice girls, et pour suivre les copines j’ai eu une période Spice girls, même si j’écoutais à ce moment là davantage le Nostalgie de mes parents (visiblement « Un Portrait de Norman Rockwell » d’Eddy Mitchell, c’était là), et Non homologué de JJG.
- 2006 : on a dû m’offrir cette année-là L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery, mais j’étais en khâgne, et je devais bûcher mes bouquins au programme, qui m’ont laissé encore moins de souvenirs, d’autant que j’ai cubé, et du coup j’ai tendance à confondre les deux années.
De manière générale, j’ai passé les trois années de prépa comme entre parenthèses, et ce qui s’est passé « à l’extérieur » ne m’a pas marquée.
Les films, je les verrai aussi plus tard, mais je retiens Le Secret de Brokeback mountain, V pour Vendetta, Volver de Pedro Almodovar (celui-là, c’est sûr, je l’ai vu à sa sortie, comme La Tourneuse de pages) et Le Labyrinthe de Pan.
Côté chansons, je passe mon tour.
- 2016 : pour le roman, même si je l’ai lu bien plus tard, c’est une évidence : En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, qui a encouragé mon amour pour Nina Simone.
Pour les films, je retiens Carol avec Cate Blanchett, Deadpool, Doctor Strange et Rogue One. Le premier détonne un peu parmi les autres, mais je l’ai découvert quelque temps après et j’ai été subjuguée.
Et comme « tout finit par des chansons », autant que celle de 2016 donne le ton de la décennie à venir, je retiens « Can’t stop the feeling » de Justin Timberlake.
Que réservera 2026 et les années à venir ? Comme le titre du roman de Pierre Lemaître, de belles promesses, je l’espère.
D’ici là, je vous souhaite le meilleur et vous dis à très bientôt sur Cinéphiledoc !











































































































































