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Blog pour cinéphiles et profs docs

Max, tout simplement

Pour ce dernier compte-rendu de lecture avant les hors-série de l’été, j’ai à nouveau trouvé un roman.

Encore ?, me direz-vous… et je viens de me rendre compte que finalement, c’est le premier roman sur le cinéma sur lequel je fais un compte-rendu depuis début 2019.

Le faux bond de Pascal Thomas

La vérité, c’est que j’ai été un peu perturbée dans mon planning de publication sur Cinéphiledoc. Au mois de juin, j’avais prévu de vous parler des mémoires du réalisateur Pascal Thomas, qui devaient sortir au mois de mars.

J’avais compté large, et donc prévu de publier un article pour le mois de juin, cela me paraissait un délai relativement confortable. Et voilà que la date de publication est repoussée à octobre – c’est du moins la dernière date que j’ai vue.

Branle bas de combat, il faut trouver une nouvelle lecture.

Je consultais donc avidement les nouveautés cinéphiles, en documentaire comme en fiction, et c’est dans la librairie Albin Michel du boulevard Saint Germain que je l’ai trouvé, parmi les dernières parutions en romans.

On peut (parfois) juger un livre d’après sa couverture

Contrairement à ce que dis l’homme livre qui incarne Le Prince, de Machiavel dans Fahrenheit 451 de Truffaut, on peut, parfois (ce n’est pas forcément systématique) juger un livre d’après sa couverture.

En tout cas, en voyant la couverture du livre dont je m’apprête à vous parler, j’ai su exactement de quoi il allait retourner.

Cette couverture, la voici :

J’ai tout de suite su en voyant cette couverture que l’auteur allait me parler de Max Linder. Et j’en ai déduit qu’il allait me parler de cinéma muet, d’une moustache, d’un haut de forme, et que, de toute façon, sans spoiler, ça allait mal finir.

Max, donc, un petit livre de quelques 110 pages, de Stéphane Olivié Bisson, paru en avril 2019 (timing parfait) aux éditions Cambourakis.

Éditeur inconnu au bataillon pour moi, et lorsque je vais sur le site de ce dernier, et que je tape le titre du livre (Max, donc) il ne trouve rien. Idem lorsque je fais une recherche par auteur. Il faut croire que Max, le livre, est poursuivi par la malédiction de Max, l’homme.

L’histoire de Max

Quelle est donc l’histoire de Max ?

J’ai eu l’occasion, il y a assez longtemps (à l’époque faste où je faisais encore 4 hors-série de l’été sur ce blog) de raconter Max. C’était dans cet article :

Hors-série n°5 : Dans l’ombre des parents célèbres

Pour ceux qui ont la flemme de tout relire, une petite biographie express :

Max Linder n’est pas seulement le nom d’une (ou de plusieurs) salle de cinéma.

Max Linder, de son vrai nom Gabriel Leuvielle, c’est, après les frères Lumières et après Méliès, LE Français qui a régné sur le cinéma comique muet des années 1910-1920 et que Chaplin lui-même considérait comme son maître. Il a créé un personnage récurrent – comme plus tard le sera le vagabond Charlot – de dandy élégant coiffé d’un haut-de-forme, que l’on retrouve ici dans un court-métrage : Le chapeau de Max.

Après avoir régné internationalement sur le cinéma muet, après avoir tenté une carrière aux États-Unis (avec des résultats plus aléatoires), l’histoire tourne court.

Les histoires du muet finissent mal… en général

C’est toujours ce qui m’a émue dans les destins du cinéma muet, et c’est pour cette raison que j’ai régulièrement écrit là-dessus : la grandeur d’un art puis sa disparition brutale a fait beaucoup de dégâts.

Les précurseurs du muet ne font pas exception.

Combien d’années Méliès a-t-il passé dans le modeste magasin de jouets de la gare Montparnasse après avoir été l’inventeur de génie de tant d’effets spéciaux et après avoir eu son propre studio ?

Comment a fini Max ? En enlevant une jeune femme pour l’épouser, en la soumettant à sa jalousie maladive, et en finissant par la tuer, puis par se suicider, en laissant derrière lui une petite fille de 16 mois.

Et les autres ? à part Chaplin qui a su tirer son épingle du jeu ?

Roscoe Arbuckle, dont la carrière a été brisée par un scandale de viol et de meurtre.

Buster Keaton, jugé dépassé par les studios hollywoodiens, miné par un divorce, puis par la dépression et l’alcool, et à qui Chaplin et Billy Wilder donneront l’occasion de réapparaître fugitivement (mais glorieusement) à l’écran, dans Les Feux de la rampe et Boulevard du crépuscule.

Max Linder n’aura pas cette chance, même posthume.

Maud Linder, confié par testament à la garde de Maurice, le frère ainé de Max, Maurice, qui, rongé par la syphilis, l’alcool et la haine envers son frère, dilapide une grande partie de l’héritage, enterre les bobines de ses films dans son jardin, les rendant inexploitables.

Quant à ceux qui lui sont redevables…

… ils ne s’exprimeront plus par la suite sur Max Linder, laissant à l’oubli ce nom qu’en 2019 Stéphane Olivié Bisson nous propose de redécouvrir.

Lettre d’un père à sa fille

Si j’ai tenu à parler de ce livre, ce n’est pas seulement parce qu’il évoquait, à nouveau, les affres du cinéma muet.

Ce n’est pas seulement parce qu’il me rappelait l’un des plus beaux romans sur le cinéma que j’ai jamais lu, Le Livre des illusions de Paul Auster. Max Linder, c’est un peu Hector Mann, Hector Mann, c’est un peu Max Linder. Les différences, je vous laisse en faire le catalogue.

C’est aussi parce que j’ai été happée dès la première phrase par un style sobre, et à la triste délicatesse :

Ici j’ai mis du temps à me souvenir que j’avais été célèbre. Adulé, admiré, aimé par des foules d’anonymes parlant toutes les langues, qui s’esclaffaient, se tordaient de rire à en pleurer, à la même minute sur tout le globe et sans se connaître, devant le spectacle de mes acrobaties burlesques.

Quel étrange pantin en noir et blanc sautillait devant eux et qui, si l’on se rapproche, me rappelle bien quelqu’un. Un vivant que j’aurais perdu, un spectre, un proche ou ma propre image dont je ne me souviens plus.

Ici ? ici, où, quand ? Le mystère de ce premier mot, puis tous les suivants.

Et ce qui m’a frappé, c’est une idée qui m’est revenue : je n’avais jamais trouvé (ou jamais suffisamment cherché) de recueil de poésie qui évoque le cinéma.

Si tel avait été le cas, j’en aurais immédiatement fait un article. Alors oui, Max de Stéphane Olivié Bisson, avec sa complainte de clown blanc, est certes rangé dans le rayon des romans, mais je le considère à juste titre comme l’un des textes les plus poétiques qui soit sur le cinéma.

C’est un texte qui bouscule l’écriture et les genres. Monologue intérieur d’un mort depuis longtemps et d’un oublié trop longtemps, Max est aussi le chant d’amour posthume d’un père à sa fille.

D’outre-tombe, le père écrit à sa fille, dit sa tristesse de l’avoir abandonné (et pour quel tuteur !) mais dit sa fierté aussi devant le parcours du combattant qu’a accompli Maud Linder.

Après avoir travaillé comme journaliste de cinéma, réalisatrice de films publicitaires et assistante-réalisateur, Maud Linder s’est essentiellement attachée à retrouver, reconstituer et faire connaître l’œuvre de son père, sur lequel elle a réalisé plusieurs documentaires (En compagnie de Max LinderL’Homme au chapeau de soie, Max Linder, ce père que je n’ai pas connu) et rédigé des biographies.

Stéphane Olivié Bisson reconstitue le parcours du père et de la fille, du père depuis les vignes de Saint-Loublès et jusqu’à son suicide en 1925 dans une chambre d’hôtel, de la fille depuis ce même matin de 1925 et tout au long de son chemin de croix pour arracher son père de l’oubli.

Et si nous avons aujourd’hui le livre de Stéphane Olivié Bisson entre les mains, c’est bien la preuve qu’elle y est parvenue.

Envie d’en savoir plus sur le cinéma muet ?

Voici une petite sélection d’autres articles de Cinéphiledoc :

Bonnes lectures, relectures, découvertes et redécouvertes et à bientôt sur Cinéphiledoc !

Mai 2019 : séances et animations du CDI

Voici un compte-rendu des activités pour le mois de mai, qui a été un mois moins accaparé par les séances et plus submergé de réunions et de spécimens, comme peuvent l’imaginer les collègues qui sont, comme moi en lycée.

Fin de projet : « Adopte un poilu » et sortie à Verdun

Concernant les projets et les séances, le mois de mai a vu la fin de mes deux projets d’envergure pour cette année : « Adopte un poilu » et #DamasEinstein.

Les deux projets concernaient la même classe et ont vu leur achèvement le même jour, à savoir le jour de la sortie à Verdun, durant laquelle les élèves ont visité le mémorial, l’ossuaire de Douaumont et la citadelle souterraine de Verdun.

Étant donné que ma collègue d’histoire-géo avec laquelle j’avais monté le projet ne pouvait pas se déplacer, j’ai pris des photos durant la journée et j’ai partagé ces photos via le compte Twitter du CDI.

Mais en voici un petit aperçu :

J’ai également proposé un moment sur Twitter de cette journée :


https://platform.twitter.com/widgets.js

Malgré une journée au programme très chargé, nous avons passé un très bon moment, et cela a été très enrichissant de pouvoir conclure ce projet par un tel voyage.

Fin de projet : Parcours croisés #DamasEinstein

Nous avons profité du trajet aller-retour à Verdun pour conclure le projet #DamasEinstein avec la réponse des élèves de 1ES1 d’Einstein aux défis Twitter des élèves de 1ES2 de Damas.

Là encore, j’ai mis à jour le moment existant sur Twitter en y insérant les réponses des élèves aux défis proposés par leurs camarades.


https://platform.twitter.com/widgets.js

Faute de temps, nous n’avons par contre pas pu organiser une visioconférence entre les différentes classes impliquées dans le projet, mais nous espérons pouvoir reconduire ce projet l’an prochain, éventuellement en y impliquant d’autres disciplines, niveaux et enseignements.

Autres séances

Outre mes séances régulières dans le cadre des arts visuels (1h30 par semaine et la réalisation par les élèves d’un court-métrage), et outre les séances déjà mentionnées dans l’article précédent, dans le cadre de la Semaine de la presse, j’ai pu intervenir auprès d’une autre classe, les 1STMG2.

En effet, la collègue d’histoire-géo qui avait travaillé sur les Fake News avec sa classe de seconde a souhaité organiser un travail sur la même thématique en EMC avec sa classe de 1STMG.

Pour rappel, voici le support sur lequel travaillaient les élèves :

Et voici, pour certaines classes, des exemples de leurs productions :

J’ai déjà repéré les points d’amélioration de ces deux séances, que les collègues d’histoire géo souhaitent que je reconduise l’an prochain.

J’ai également co-animé deux séances de débat en EMC, le 23 mai avec des 1STMG et le 27 mai avec des 1S, dont je n’ai pas encore fait la restitution, ce que je ferai pour l’article de juin 2019.

Animations et expositions

Pour cette fin d’année, j’ai proposé quelques petites expositions ponctuelles sur certaines thématiques en lien avec l’actualité et avec les demandes de certains collègues.

  • Exposition Apollo

Pour le cinquantième anniversaire du premier homme sur la Lune, j’ai proposé une sélection de ressources :

avec en complément le désormais traditionnel support sur Genial.ly :

  • Semaine de la Russie

A la demande de mon collègue d’histoire géographie qui avait déjà organisé un temps fort similaire l’an dernier, j’ai réinstallé une petite sélection autour de la Russie.

J’ai proposé à nouveau aux élèves le « Code russe » à hacker :

Et j’ai assisté le 24 mai à une superbe flash mob réalisée par un groupe d’élèves avec une collègue d’EPS sur fond de musique russe.

Le puzzle collaboratif précédent (avril – mai) ayant été terminé par quelques habitués (pendant que je découvrais Verdun), le collègue d’histoire-géo m’a proposé d’en mettre un dernier à disposition dans le cadre de cette semaine thématique, avec comme sujet la cathédrale Saint Basile :

 

  • Marques-pages « C’est bientôt le bac ! »

Les échéances approchant, j’ai remis à disposition des élèves des marques pages de révisions du bac via des chaînes YouTube, sélection proposée par Catherine Besse, professeure documentaliste dans le Val d’Oise :

Voilà pour ces petits temps forts.

Pour finir avec ce mois de mai riches en cartons, voici également l’ensemble des réunions auxquelles j’ai assisté.

Réunions, formations

  • le 13 mai, j’ai assisté à une réunion de mon bassin de profs docs sur la pédagogie de projets et j’ai participé à un atelier sur l’enseignement de Sciences Numérique et Technologies
  • le 21 mai, j’ai participé à une formation de formateurs sur le dispositif de formation des néo-titulaires première, deuxième et troisième année pour l’académie de Versailles
  • le 22 mai, j’ai co-animé une réunion à distance des référents TraAM en documentation
  • le 23 mai, j’ai assisté dans mon établissement à une réunion sur l’enseignement de la spécialité « Histoire géographie, géopolitique, sciences politiques » et à un conseil pédagogique
  • enfin, le 24 mai, j’ai co-animé avec Sylvie Gérard, IA-IPR EVS et Émilie Baille, professeure documentaliste, une réunion à destination des profs docs du 91 sur la réforme du lycée

Dans le cadre de cette dernière réunion, j’ai proposé le support suivant afin de repérer dans quels champs disciplinaires le professeur documentaliste de lycée pourrait désormais intervenir :

J’ai commencé à travailler sur ce support au mois de février, principalement la première page, en faisant quelques repérages dans les nouveaux programmes de lycée général, mais j’ai été surtout aidée par le remarquable travail effectué par Elsa Chipiloff, professeure documentaliste au lycée Léon Blum, (Le Creusot, académie de Dijon), et mentionné en sitographie (3e page).

Voici comment est construit ce document :

Une page pour l’enseignement général, une page pour l’enseignement technologique et professionnel, une page de sitographie (où je recense tous les supports qui m’ont permis de faire cette présentation) et des pistes d’approfondissement plus concrètes, que j’aurais pu développer dans l’atelier que j’ai animé, mais les collègues ont préféré échanger entre eux et découvrir le contenu des spécimens que j’avais apportés avec moi.

#LudoDOC

Je termine ce court article avec #LudoDOC qui prépare toujours sa venue à Ludovia et qui vous propose ce mois-ci un retour rapide sur la 30e édition de la semaine de la presse.

Retour sur la #SPME2019 : les coups de cœur de #LudoDOC

N’hésitez pas à aller sur le site pour vous inscrire, et à nous soutenir en participant à notre cagnotte :

https://www.leetchi.com/c/ludodoc

Voilà pour ce court article du mois de mai. Vous retrouverez dans l’article de juin, comme je l’ai annoncé, les dernières séances pédagogiques de l’année scolaire et le bilan d’activités, et éventuellement d’autres pistes de réflexion professionnelles si j’en trouve le temps.

D’ici là, à bientôt sur Cinéphiledoc !

Trouvez le titre…

L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui m’a donné beaucoup de mal : je tenais vraiment à lui consacrer un article, mais je ne savais pas par quel bout le prendre et il m’a fallu une bonne dose de concentration, plusieurs associations d’idées pêle-mêle et un sens de l’organisation qui n’est pas encore très sûr de lui pour me décider à écrire.

Tourner autour du pot

J’avais pourtant décidé de publier cet article pour le mois d’avril, mais, face aux difficultés mentionnées plus haut, j’ai procrastiné.

L’une des autres difficultés rencontrées était de trouver un titre à cet article, difficulté que, vous vous en doutez, je n’ai pas surmonté. J’aurais pu détourner quelques titres littéraires ou cinématographiques, « À la recherche du titre perdu », « Et pour quelques titres de plus », « L’homme qui aimait les titres », « Un titre sans divertissement » (moins prometteur).

J’ai préféré vous laisser la main.

Ensuite, mon esprit a vagabondé d’un titre de film à l’autre, d’un titre de livre à l’autre. Je me suis demandée si des titres – et uniquement des titres – m’avait incité à lire un livre ou à aller voir un film. Je me suis dit que cela pouvait être le cas – À la recherche du temps perdu, Le Songe d’une nuit d’été, La Solitude est un cercueil de verre, Tous les hommes sont mortels, L’Ombre du vent – mais que ce n’était pas systématique, et d’ailleurs je n’aime pas particulièrement les titres trop longs.

Je n’aime pas non plus les titres trop courts – finalement, c’est comme les saisons, je suis résolument tempérée. J’en ai déduis que les titres n’étaient pas vraiment un élément qui m’incitait à aller vers les livres ou vers les films.

Ensuite je me suis demandée si mes réticences envers les titres ne venaient pas de mes préférences pour les titres non traduits – j’ai toujours préféré Wuthering Heights aux Hauts de Hurlevent (ou à Hurlevent tout court dans certaines éditions) mais là encore, je me suis vite rendue compte qu’il n’y avait rien de radical dans ces préférences.

J’ai pensé à Cyrano :

Duel qu’en l’hôtel Bourguignon Monsieur de Bergerac eût avec un bélître.

-Qu’est-ce que c’est que cela s’il vous plait ?

-C’est le titre.

Photo Credit: justmakeit Book crisis
(Creative Commons, Attribution-NonCommercial 2.0 Generic ) Font : MISO regular by Mårten Nettelbladt.

J’ai tapé « Titres romans » dans mon moteur de recherche, j’y ai trouvé des listes des plus beaux titres – rien qui ne m’a vraiment convaincu – par contre j’ai retrouvé une pépite dans mon historique : un générateur de titre proposé par Omer Pesquer. Vous entrez votre prénom et votre nom, et le site vous génère un titre avec sa couverture, l’expérience est assez amusante :

http://www.omerpesquer.info/untitre/index.php

Enfin j’ai ressorti quelques ouvrages sur le cinéma parmi mes préférés, pour voir si j’y trouvais une accroche pour démarrer cet article – déjà bien entamé – et j’ai feuilleté dans le désordre le superbe Écrit au cinéma de Michel Chion et Cinematic Overtures d’Annette Insdorf, l’un de mes livres fétiches sur Hitchcock, le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon, où j’ai vainement cherché une entrée « Titre » ou « Intertitre » (j’y reviendrai plus tard),  et mes yeux se sont attardés sur mon non moins fétiche Tartes à la crème et coups de pieds aux fesses d’Enrico Giacovelli.

L’homme qui faisait des titres et l’homme qui faisait des intertitres

Bref, après toutes ces associations d’idées  – et d’autres sur lesquelles je reviendrai plus tard – une page du livre (que je ne vous ai toujours pas présenté) m’est revenue en mémoire, l’auteur y raconte que le premier métier de Claude Chabrol consistait à trouver des titres français pour les films distribués en France par la Fox, et il y rapporte les propos de Chabrol « Négligeant la lettre, j’allais directement à l’esprit ».

Cela m’a amusée que le réalisateur des Innocents aux mains sales, de Poulet au vinaigre, et de Merci pour le chocolat, grand admirateur et défenseur du cinéma d’Hitchcock (préfacier du dictionnaire que j’ai mentionné plus haut) ait eu un travail pas si éloigné de celui d’Hitchcock à ses début.

En effet, celui-ci a commencé comme auteur et graphiste d’intertitres dans une société de production britannique – d’où mes recherches infructueuses, toujours dans le même dictionnaire.

Du coup j’ai repensé aux génériques et aux titres d’Hitchcock. Je me suis souvenue que Blow Up (encore eux) avait fait une vidéo sur les génériques d’Hitchcock, parmi d’autres vidéos sur d’autres génériques…

Et pour le coup, je me suis rendue compte que, s’il y avait des titres de films qui retenaient mon attention, c’était bien ceux d’Hitchcock, d’où un petit travail de décorticage :

Il y a ceux qui sont sans ambiguïtés : Rebecca, Soupçons (Suspicion), L’ombre d’un doute (The Shadow of a doubt), La Corde (Rope), Fenêtre sur cour (Rear Window), L’Homme qui a savait trop (The man who knew too much), Psychose (Psycho), Les Oiseaux (Birds).

Et il y a les autres, qui me laissent plus perplexes : La Maison du docteur Edwardes pour Speelbound, Les Enchaînés pour Notorious, Le Crime était presque parfait pour Dial M for Murder, La Main au collet pour To catch a thief, et surtout, surtout : La Mort aux trousses pour North by northwest.

Finalement j’ai compris que trouver des titres était une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît, et que tous ces détours témoignaient du tour de force du petit livre dont je vais enfin vous parler : s’il a réussi à me faire cogiter de la sorte, son pari est véritablement gagné.

Manuel d’auteur de titres à l’usage du cinéphile

Ce livre, c’est celui de Philippe Lombard, auteur hyperactif sur le cinéma, avec à son actif : Les Grandes Gueules du cinéma français, L’Univers des Tontons flingueurs, et de deux livres dont j’ai encore parlé très récemment : Le Paris de François Truffaut et Paris 100 films de légende.

En 2019, il a déjà publié deux livres, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui, aux éditions Dunod : Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée !

Pourquoi tenais-je tant à parler de ce livre ? D’abord parce que c’est un livre de Philippe Lombard, et je commence à bien apprécier la qualité de ces livres. Ensuite parce que ce livre fait partie des petits livres pépites qui nous en apprennent plus sur le cinéma tout en nous distrayant.

Dans la même veine, vous avez les livres tout en infographies dont j’ai déjà parlé (Star Wars Graphics et Disney Graphics publiés chez Hachette pratiques), ou les petits livres de chez 404 éditions comme Comprendre les super-héros quand on a même pas remarqué que Superman porte son slip par dessus son collant. Là aussi on sent l’effort de titre.

Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! – La face cachée des titres de films enfin révélée ! est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas.

Pas seulement parce qu’on y retrouve des anecdotes que l’on connait déjà, comme les idées de titres proposées par Truffaut pour Les Quatre cents coups :

Pas seulement parce que l’auteur propose des quiz, des petits jeux (du type « associez le titre original et sa traduction en québécois ») et parce que visuellement, certaines pages font mouche

– j’ai adoré l’alphabet en titres de films, la double page « là haut dans les étoiles », un titre pour chaque jour de la semaine, une traversée de Paris avec des titres, les titres à l’usage du quotidien ou encore la Timeline des titres depuis Un million d’années avant JC jusqu’aux Exterminateurs de l’an 3000

mais aussi parce qu’on y apprend énormément de choses. On y retrouve notamment un top 10 des titres les plus longs, des pages consacrées à Michel Audiard et à la troupe du Splendid, un chapitre sur les titres de films les plus incompréhensibles et un chapitre très drôle sur les titres de films X.

Cela m’a d’ailleurs fait penser à une des petites blagues du moment, qui consiste à dire « Titre » après une phrase entendue et que l’on juge digne d’être un film du genre… ma préférée du moment ? Quand je regarde Top chef et que les candidats, en pleine cuisine, disent « Je mouille avec de l’eau »…

Bref, vous l’aurez constaté, le livre de Philippe Lombard peut vous emmener très loin. Il peut vous faire repenser à vos lectures favorites, vous faire ressortir vos réflexions les plus sérieuses, vous donner l’occasion de vous remémorer toute la filmographie de deux cinéastes réunis (voire d’autres films aux titres qui vous trottent dans la tête : Princesse Mononoké, Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro…) pour que finalement la suite de vos idées prennent un tour bien plus ludique voire inattendu…

Ce petit dépaysement onomastique (clin d’oeil à mes années à suivre pas à pas le narrateur de La Recherche), c’est avec une économie de moyens et un humour constant que Philippe Lombard nous l’offre.

Qu’il en soit une nouvelle fois remercié, en attendant de découvrir son prochain tour de force !

Beaux rêves de titres et à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Avril 2019 : séances et animations du CDI

Dans ce nouvel article #profdoc, je vais revenir sur les deux projets principaux qui m’ont tenue occupée ces dernières semaines, sur les journées portes ouvertes du lycée, sur la co-animation de deux stages, et sur les différentes petites expositions et activités qui ont été proposées au CDI entre mars et avril.

#DamasEinstein : la suite

Après un volet consacré au programme de géographie et aux territoires de proximité sur lequel j’étais revenue au mois de février, le projet #DamasEinstein est entré dans sa phase 2 en s’appuyant sur les programmes de SES et d’EMC.

  • Pratiques informationnelles

Au début du mois de mars, les deux classes ont répondu à des enquêtes sur leurs pratiques informationnelles (ces enquêtes ont été réalisées par mon collègue de SES, distribuées sous format papier à nos élèves et envoyées sous forme de Framaform aux élèves de Damas).

J’ai ensuite réalisé la mise en forme des réponses à l’aide de Canva :

Les élèves devaient ensuite analyser des résultats et, à l’aide de leurs recherches, proposer des pistes d’approfondissement.

Encore une fois, nous avons utilisé Padlet pour cet exercice, et l’avons relayé via un moment Twitter.

  • Défis Twitter

La suite de ce travail de SES/EMC consistait à nouveau à utiliser Twitter : il s’agissait pour les élèves d’échanger des défis de vérification de l’information.

Côté Einstein, chaque groupe d’élèves était chargé de déposer deux défis : l’un sous la forme d’un texte, se finissant par « Vrai ou faux ? », l’autre sous la forme d’une image dont il fallait vérifier la source.

Les élèves de 1ES2 de Damas devaient répondre à ces défis, ce qu’ils ont fait le 10 avril, et en proposer d’autres à leurs camarades de métropole.

Les élèves d’Einstein répondront à leur tour le 7 mai. L’ensemble des défis a été rassemblé dans un nouveau moment Twitter.

  • Valorisation et publication du projet

Sur le site dédié, je poste régulièrement les avancées du projet :

http://blog.ac-versailles.fr/damaseinstein/index.php/

Comme nous souhaitons poursuivre ce projet l’an prochain, éventuellement sur d’autres niveaux et avec d’autres disciplines, j’ai proposé à ma cheffe le compte-rendu de scénario suivant, espérant pouvoir le présenter lors d’une réunion à un groupe élargi de collègues de discipline :

Merci encore à Perrine d’avoir accepté de se lancer dans l’aventure avec moi, certes avec moins de risques que Raymond Maufrais, mais avec autant d’enthousiasme !

#SPME2019

Ces dernières séances (analyse d’enquêtes et défis Twitter) s’inscrivaient dans l’ensemble de séances que j’ai co-animées dans le cadre de la semaine de la presse, et qui vont se poursuivre, au moins jusqu’à la mi mai.

Comme je l’avais indiqué le mois dernier, voici ce qui était programmé :

  • avec les 2ndes : des séances en EMC sur les fake news et en anglais sur la presse anglo-saxonne
  • avec les 1L : des séances sur la liberté de la presse, la presse étrangère, les Unes de presse et le parcours Désinformation
  • avec les 1S : le parcours Désinformation
  • enfin avec une classe de 1STMG, des séances sur la propagande, les rumeurs et les fake news.

Pour plus de facilité, même si cela m’a demandé un gros travail de préparation en amont, j’ai proposé à l’ensemble des classes un seul support, qui centralisait tout et via lequel ils accédaient aux « modules » prévus pour eux :

Chaque module permet d’accéder soit à un parcours en autonomie, soit à un questionnaire unique, soit à un parcours davantage guidé, soit à des consignes de travail.

J’utilise ensuite un padlet pour collecter des exemples de réponses, servant d’appui, pour certaines classes, à un débat à venir :

Et j’envoie l’ensemble des réponses en format de tableur Excel à mes collègues avant de les supprimer.

C’est pour l’instant près de 20h que j’ai consacrée uniquement à ces séances sur la semaine de la presse.

À celles-ci se rajoutent les séances de formation à la recherche des secondes (2 classes, 4 heures entre mars et avril) et les séances habituelles d’arts visuels, durant lesquelles, avec ma collègue, nous tentons désormais de faire réaliser un court métrage aux élèves.

Valorisation et expositions

Cette période a été particulièrement riche en cogitations pour mettre en valeur le CDI et une partie de son fonds.

  • Journées portes ouvertes

Tout d’abord j’ai participé le 30 mars aux journées portes ouvertes du lycée. À cette occasion, j’avais préparé une affiche de présentation et des marques pages (deux versions mises à jour d’un précédent travail), le panneau lumineux du CDI, et j’avais ouvert les deux battants de la porte pour inciter à entrer :

J’ai eu beaucoup de monde, des élèves volontaires pour présenter le CDI mais qui me laissaient la parole en cas de doutes, des personnes globalement très agréables et curieuses et qui ont su apprécier les qualités du CDI.

  • Exposition Léonard de Vinci

Pour faire suite à la petite exposition organisée sur Mendeleïev, j’ai proposé courant mars une sélection de ressources sur Léonard de Vinci pour les 500 ans de sa disparition.

Lui était associée une présentation de ressources en ligne :

  • Retour très éphémère d’une mini expo ciné

Comme je voulais remplacer l’exposition sur Tintin qui s’éternisait sur le rayon Arts depuis un moment, j’ai décidé de ressortir quelques ressources sur le cinéma :

J’ai rajouté quelques-uns des marques-pages qui me restaient de la précédente exposition consacrée à ce sujet.

J’avais installé cette thématique depuis quelques jours, quand nous sommes arrivés au 15 avril…

  • Notre-Dame

Comme beaucoup sans doute d’entre nous, j’ai passé la soirée du 15 avril à suivre l’actualité de près, à la télévision, sur ma tablette avec Google Actualités et sur le compte Twitter de l’AFP.

J’ai ensuite passé une partie de la nuit à revoir les images dont j’avais été saturée et à réfléchir à la manière d’aborder la question avec les élèves.

Le lendemain, avant de partir, j’ai préparé le visuel suivant :

Puis j’ai installé en arrivant une petite exposition de documents en lieu et place de mon expo ciné :

Pour finir, comme je ne parvenais pas à passer à autre chose durant la journée, j’ai profité qu’Eduscol faisait une belle actualité avec un certain nombre de ressources pour en proposer une petite sélection via un Genial.ly sur la page d’accueil du portail E-SIDOC :

Je terminerai ces actions de valorisation et d’animations par une note plus gaie : les puzzles du CDI.

  • Puzzles participatifs, épisodes 1 et 2

Ceux qui suivent ce blog et mon compte Twitter savent que depuis le 12 février, les élèves travaillaient d’arrache-pied à avancer sur le premier puzzle participatif proposé par le CDI.

Ce dernier a d’ailleurs rencontré un beau succès durant les portes ouvertes.

Le 12 avril, la dernière pièce a été posée :

Le 16 avril, j’en ai donc proposé un nouveau, de 1500 pièces, un peu plus simple à réaliser cependant que le tableau de Renoir, et au bout de quelques jours, le petit groupe d’habitués a déjà bien avancé…

J’ai anticipé et j’ai déjà sous le coude le prochain, que je ne proposerai qu’à l’automne prochain, et le suivant, qui accompagnera certainement les élèves durant l’hiver…

Réunions et stages

Pour finir avec cette période de mars-avril bien riche, voici un petit point sur mes autres activités :

  • Le 8 avril, j’ai co-animé avec Ketty Joly, CPE au lycée Jean-Pierre Timbaud de Brétigny une formation à destination des CPE et des profs docs néo-titulaires première année d’une partie du 91. Cette formation avait pour but d’encourager la collaboration entre CPE et profs docs et de développer une meilleure connaissance mutuelle de nos deux professions.
  • Le 15 avril, j’ai co-animé avec Emilie Baille, prof doc au collège Alphonse Daudet de Draveil, une formation à destination toujours d’un petit groupe de profs docs du 91. Il s’agissait cette fois de construire une progression en EMI.

Après une matinée qui était principalement sur cette thématique et principalement théorique, et dans laquelle j’avais inséré un petit focus sur la veille en EMI,

nous avons proposé aux stagiaires de choisir leur thématique de travail de l’après-midi : parmi les thèmes proposées, des idées de projets en EMI, des approfondissement en pratiques de veille, outils numériques…

Le thème plébiscité a été : « Jeux, parcours ludifiés et escape games »

J’ai donc pu présenter aux stagiaires quelques exemples de projets que j’ai déjà présentés sur ce site et leur proposer trois types d’activités en lien : construire son projet de ludothèque au CDI, élaborer un scénario d’escape game ou travailler sur un parcours thématique en ligne.

Il semble que cette journée de formation ait été bien appréciée, et j’espère pouvoir réutiliser mes petites cartes thématiques dans un autre contexte…

D’ici là, bonnes vacances ou bonne fin de mois à tous, et à très bientôt sur Cinéphiledoc !

Macrocosme et microcosme Truffaut

Pour ce nouveau compte-rendu de lecture, j’ai dû aller fouiller dans l’historique de mes articles sur Cinéphiledoc.

Truffaut sur Cinéphiledoc

En effet, j’ai l’impression qu’il ne se passe pas une année sans que je vous parle de François Truffaut, comme il ne se passe pas une année sans que je vous parle de Blow Up.

 

Alors depuis mon tableau de bord, j’ai fait défiler les articles, et je me suis rendue compte que, au moins pour le premier, ce n’était pas si exagéré que ça…

Certes, « François Truffaut » est l’un des tags (des mots clés) que j’utilise le plus sur Cinéphiledoc, pas seulement pour des articles qui lui seraient exclusivement consacrés, mais aussi pour quelques rapides évocations ici ou là…

Certes, le blog a connu un pic de convocations truffaldiennes en 2014, mais il s’agissait des 30 ans de la disparition du cinéaste.

Et avant cela, oui, j’ai eu l’occasion d’en parler abondamment, au gré des publications – la plupart de qualité – qui me tombaient sous la main.

Petite sélection :

Alors si on ajoute l’an dernier Le Figurant de Didier Blonde, et Le Paris de François Truffaut de Philippe Lombard, on se rend compte, pour plagier (ou parodier affectueusement Blow Up) que François Truffaut décidément est partout sur Cinéphiledoc, même par associations d’idées ou même, avec le cours d’arts visuels au lycée, comme support de séances !

Un article : deux prétextes

C’est justement ma comparse d’arts visuels qui m’a fourni le premier prétexte, propre à nourrir cet article et à justifier sur ce blog une nouvelle évocation de François Truffaut.

En effet, il y a quelques semaines, elle m’a fait parvenir par mail un visuel réalisé par la Cinémathèque à l’occasion des 100 ans des studios de la Victorine à Nice.

À cette occasion, la Cinémathèque avait réuni le casting de La Nuit américaine :

En effet, c’est dans ces studios créés en 1919 qu’ont été tournés en leur temps Les Enfants du paradis, La main au collet, Et Dieu créa la femme, Fanfan la Tulipe, Le Corniaud, Le masque de fer, Le gendarme se marie. Du grand cinéma, du très grand cinéma, du moins grand cinéma.

Et c’est dans ces studios que Truffaut a tourné sa Nuit américaine en 1972, dans les décors de La Folle de Chaillot. Il dira dans une interview :

C’est en voyant ce décor que je me suis dit, mais il faut que je me décide à faire cette histoire sur cinéma et aussi peut-être sur la fin d’une forme de cinéma. Parce qu’il est bien évident qu’on tourne de moins en moins en studio, quoique de tous les studios français, la Victorine a des chances d’être celui qui restera le plus longtemps. Mais enfin, on tourne de moins en moins dans des décors construits comme ça, donc c’était intéressant.

(source : https://fresques.ina.fr/reperes-mediterraneens/fiche-media/Repmed00671/l-insubmersible-victorine.html)

Cela m’a fait penser que j’avais écrit déjà un article uniquement sur La Nuit américainehttps://cinephiledoc.com/2013/05/14/revoir-la-nuit-americaine/

et ça c’était pour les 40 ans de sortie du film.

Le second prétexte, c’était la publication d’un ouvrage chez Armand Colin, un éditeur généralement très juste en terme de cinéma, et qui, comme Blow Up (encore une fois) aborde des thématiques intéressantes.

Rien qu’en levant le nez de mon ordinateur et en posant les yeux sur ma bibliothèque, je tombe sur L’écrit au cinéma, Rêves et cauchemars au cinéma, Le Mal dans le cinéma allemand et Le Moyen-âge au cinéma

Donc en mars 2019, Armand Colin nous proposait un nouveau livre qui allait vite rejoindre ses petits camarades sur ma bibliothèque…

Quelle promesse !

Ce livre, c’est Tout Truffaut : 23 films pour comprendre l’homme et le cinéaste, d’Anne Gillain.

Si je connaissais pas déjà l’auteur, qui avait déjà publié en 1991 chez Hatier un ouvrage nommé François Truffaut : le secret perdu, j’aurais indiqué ci-dessus « Quelle ambition ! »

Et il y a encore, après lecture, une petite part en moi qui murmure que l’homme, comme le cinéaste, reste inépuisable et impénétrable.

Mais c’est justement parce que je connaissais l’auteure que j’ai accepté de lui faire confiance. C’est donc un peu méfiante (mais pas trop) que je l’ai laissée m’embarquer dans son « Tout Truffaut ».

Macrocosme / Microcosme

Elle est belle et bien huilée, la machine truffaldienne d’Anne Gillain, si je puis me permettre cette comparaison hasardeuse.

Elle nous présente 23 films dans un ordre parfaitement chronologique (23 longs métrages + deux courts) et elle explore dans ces 23 films les thématiques, à la fois humaines et cinématographiques qui couvent, à la surface ou juste en dessous.

La quête de l’identité frappée par la révélation de la bâtardise, la transgression, le « trou noir » après la perte de l’être aimée, l’écriture, la mort… j’en oublie certainement.

La force de ce livre, au-delà de l’ambitieux (ou du prometteur, comme vous voulez) « Tout Truffaut », c’est, pour chaque film, d’étudier l’un de ses plans emblématiques : pour les Quatre-cents coups, le moment où Doinel, en vadrouille avec son copain René, surprend sa mère et l’amant de cette dernière ; pour Fahrenheit 451, le moment où Montag découvre la lecture avec les premières lignes de David Copperfield ; pour La Nuit américaine, celui où le petit garçon vole les photos de Citizen Kane, etc.

Rien que ces trois exemples confirment à quel point rien ne ressemble plus à un film de Truffaut qu’un autre film de Truffaut, et à quel point le propos d’Anne Gillain est justifié.

De temps en temps, un grain de sable grippe le mécanisme du tout, ce sont des petites coquilles qu’une relecture, même attentive, avant publication, a laissé passer : Yann Dedet, l’un des monteurs de La Nuit américaine, rebaptisé Yvan à plusieurs reprises, Nestor Almendros dont le nom a été transformé au moins une fois en Amendros, et Depardieu, dans La Femme d’à côté, appelé Bernard Granger tout au début du chapitre, alors que c’est le nom qu’il porte dans Le Dernier métro.

Tout ceci, c’est un pinaillage fait par la truffaldienne maniaque que je suis, tout ça parce qu’elle ne veut pas admettre – et pourtant elle le fait ici – à quel point Anne Gillain gagne son pari.

Et la pudeur, dans tout ça ?

Si j’ai râlé et grogné malgré tout sur ce livre, c’est parce que je ne peux pas m’empêcher d’être subjective lorsque j’aborde la question « François Truffaut », au point de donner le sourire à mes amis…

Si j’ai râlé, encore une fois, c’est parce que, dès ma lecture finie, il a fallu que je m’attelle à l’écriture de cet article, avant que les impressions qu’elle avait suscité ne s’enfuient. Et aussi parce que je ne voulais pas répéter, ressasser, tout ce que j’ai déjà pu dire sur Truffaut.

Quoique.

La seule fois où je me suis permise un avis un peu plus personnel que les autres sur ses films, et sur ce blog, c’est lorsque j’ai publié, il y a environ cinq ans, la Lettre à la Femme d’à côté que j’avais écrite pour un concours organisé à l’occasion des 30 ans de sa disparition.

J’ai depuis tourné et retourné la question plusieurs fois dans ma tête, je l’ai même formulée à voix haute devant quelques amis, moins pour entendre leur avis sur la question, que pour essayer de toucher du doigt quelque chose qui m’échappait.

Alors, pourquoi lorsque je lis un livre sur Truffaut, suis-je émue à ce point ? pourquoi me donne-t-il envie de revoir toute la filmographie (et du même coup d’acheter enfin le coffret intégral de ses films, pour qu’il rejoigne mon coffret Chaplin et mon coffret de Citizen Kane – il sera tellement bien entouré !) ?

Est-ce parce que j’ai cultivé au fur à mesure cette tendresse pour cette figure tutélaire au dessus de ma cinéphilie ?

Est-ce parce que j’affectionne tout particulièrement la façon dont il parle de livres et d’amour, en décalage total avec les questionnements de son époque, au point d’être injustement jugé ?

Est-ce parce qu’à chaque minute dans ces films, j’ai l’impression qu’un ami me souffle des secrets à l’oreille et parce que j’ai, comme jamais, le sentiment d’être en communion avec ses personnages ?

Est-ce parce que sa figure paternelle s’efforce au mieux de remplacer celui qui me l’a fait découvrir ?

Ce doit être un peu de tout ça à la fois, et quelque chose de plus, car, comme Anne Gillain, je découvre à chaque fois de nouvelles choses, de nouveaux reflets dans le kaléidoscope Truffaut, et je n’ai pas fini d’écrire à la Femme d’à côté…

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