Archives quotidiennes : 13 novembre 2012

Humeur potache

Goscinny / Uderzo

En attendant l’heure de l’intense réflexion – en différé – que provoquera la lecture des sujets de CAPES, voici un petit échantillon de l’ambiance du collège où je « sévis » depuis cette rentrée.

Il y a beaucoup de différences entre le lycée où j’étais en poste l’année dernière en tant que stagiaire, et le collège de cette année. Une différence de publics, bien entendu, l’approche n’étant pas la même lorsque l’on gère un CDI de collège et un CDI de lycée : l’inconvénient du collège – encore qu’un collègue me dise que l’on peut aborder tous les sujets avec de la motivation – est qu’on peut, peut-être, moins approfondir les connaissances informationnelles qu’au lycée. Moins de temps ? L’avantage, c’est que le collège est plus « intimiste », la relation avec les élèves est moins distante, et j’apprécie tout particulièrement le fait qu’ils connaissent mon nom, alors que l’année dernière, quand des collègues le mentionnaient, la réponse était généralement « Qui ça ? »

Evidemment, les situations sociales et familiales de certains élèves sont plus difficiles que l’année passée, tout comme l’environnement de l’établissement. Mais je n’aborde pas cette question pour me plaindre de comportements. On m’a souvent dit, durant ma formation, que dans les petits établissements dits « difficiles », l’équipe était soudée, motivée et enthousiaste. Dans ce collège, il y a une foultitude de projets – j’aime le mot foultitude – et d’idées, qui le rendent vivant.

Et concernant l’enthousiasme de l’équipe, administration comprise, je peux en donner un petit aperçu en condensant deux journées types, à la veille des vacances de la Toussaint :

  • 8h : j’arrive au collège après un trajet en voiture d’environ trois quart d’heure. La dernière chanson qui me reste en tête est une gentille bouse des années 80, « Vent de folie ». Je le fredonne, mine de rien, et j’arrive à le mettre dans la tête des deux secrétaires. Journée délirante en perspective : je passerai à intervalle régulier devant le bureau pour rappeler le refrain. Sans m’en douter, j’instaure le rituel de la chanson du jour.

Je me souviens que l’année dernière, pour continuer avec l’esprit musical du rituel de la « chanson du jour », je me disais que ce serait sympa de faire travailler les élèves en musique, et je pensais surtout à des musiques zen ou à des bandes originales.

A la rentrée des vacances, nous avons la surprise d’une nouvelle sonnerie. La précédente était une sonnerie basique, style aéroport « Tu-du-duuuu, tu-du-duuuu ». La nouvelle fait preuve d’une originalité à toute épreuve. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’introduction de la chanson « True colors », version Cyndi Lauper, et non, elle n’adoucit pas les moeurs… elle aurait plutôt tendance à taper sur les nerfs.

  • 10h20 : la récréation du matin. J’apprends que le collègue d’histoire géo, au fort potentiel potache, a piqué le squelette de la salle de SVT, avec la complicité du prof de techno (fort potentiel également) pour le promener dans les couloirs. C’est aussi le prof de techno qui a voulu me convaincre de faire des concours de pas chassés dans les couloirs du rez-de-chaussée.
  • Pause déjeuner : (imaginez plusieurs pauses déjeuner en une seule) un élève demande au collègue d’histoire depuis combien il enseigne au collège. Le collègue, ne voulant pas répondre, dit qu’il ne se souvient plus de sa vie avant. Du coup, j’invente en direct l’histoire du prof d’histoire, né au collège. Ce dernier a servi à protéger la société du collègue, et d’ailleurs c’est pour cette raison que le terrain est radioactif.
  • Plus tard, avec une autre collègue d’histoire, nous allons emballer le bureau de ce dit collègue, puis sa voiture dans du papier cellophane. Le parking des profs donne sur la cour, les élèves nous regardent faire : ils nous considèrent comme des « grands gamins ». La CPE leur rétorque : « Nous sommes pires que vous mais vous ne le savez pas ». Je me contente de répondre à ceux qui me font des remarques que je ne vois pas pourquoi il n’y aurait que les élèves qui auraient le droit de s’amuser.
  • 15h : récréation de l’après-midi. Ambiance flemmarde en salle des professeurs. Un élève frappe à la porte. Je réponds « On n’est pas là ! » J’avoue, c’était tentant…
  • 16h : la vengeance du collègue d’histoire sera terrible. Une fois précédente, j’ai entendu une dame de service crier depuis l’extérieur « Non, c’est sale, c’est sale » et je l’ai vu entrer en trombe, se servant du manche d’un balai comme de la lance d’un chevalier en tournoi… En attendant, les surveillants lui ont déplacé sa voiture et l’ont décorée.

L’heure est agrémentée d’un échange endiablé de répliques cinéphiles avec un surveillant : il ouvre la porte du CDI, me regarde et me dit « Vous connaissez Panomanix ? c’est un… droïde » devant les élèves interloqués… je passe devant le bureau des surveillants, passe la tête et répond : « C’est une bonne situation, ça, scribe ? ». Plus tard, il colle le symbole de V, dans V pour Vendetta sur ma porte.

Evidemment, j’ai condensé un certain nombre (pas que deux) de journées en une seule, pour donner une idée de l’esprit du collège. Mais j’aime beaucoup cette ambiance potache, qui permet de tenir le coup et d’avoir de l’énergie.

Mais bien sûr, il y a aussi, en dehors de ces instants de folie douce, des projets tout à fait (ou presque) sérieux, mais je les garde pour les prochains billets…

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