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Jeux de mots, accentuation, atténuation et point Godwin

Avant le prochain article cinéphile, voici un petit post sans prétention, inspiré par cet article de Thèse antithèse foutaises, et qui mêlera figures de style, mots très curieux et sujets tendancieux…

L’idée de départ est de voir de quelle manière nous jouons avec et sur les mots au quotidien.

L’un de mes précédents articles explorait de quelle manière, pour les littéraires, l’amour des cartes heuristiques peut être lié au plaisir de représentation géographique et imaginaire des mots. Pour ces littéraires, le travail de formulation d’une recherche, l’analyse d’une notion pour préparer une séquence et le moindre des projets pris sous le prisme du vocabulaire et des champs lexicaux, peuvent prendre des allures d’escapade exotique.

Cependant, bien que cet aspect des choses m’enchante, je préfère en relever les implications les plus informelles et les plus ludiques, à savoir : les jeux d’énigmes, le double discours et l’ironie en tant qu’outils pédagogiques, et les conversations caféinées.

Jeux de mots

Depuis quelques temps, j’ai redécouvert la magie d’un dictionnaire… Pas même le dictionnaire de figures de style, qui recense les anacoluthes, prosopopées et autres zeugmes, mais le dictionnaire réduit à sa simple expression et à sa destination première : collecte et définition des mots de la langue française.

A quoi dois-je ce bonheur ? Aux journées de formation, où une collègue a dit mettre toutes les semaines une énigme sur la porte du CDI. L’idée m’a paru excellente, et dès la semaine d’après, j’ai commencé à mettre mes « énigme du jour » sur la porte. Je cherche le mot qui me semble le plus mystérieux et j’en demande le sens. J’ai déjà affiché : nyctalope, triskaïdékaphobie, procrastination et aujourd’hui, palimpseste.

Bien-sûr, je ne peux pas faire trop compliqué, mais j’aime jouer avec les sonorités et voir les réactions qu’elles provoquent. Évidemment, nyctalope est tout de suite pris pour une insulte ; les autres suscitent juste quelques difficultés à être prononcés. Mais cela fait plaisir de voir les élèves se ruer sur un dictionnaire, même si, j’avoue, la récompense (une boîte de Smarties ou un Carambar) y est pour beaucoup.

Je pense à un mot dont la découverte m’a marquée – pas forcément le plus long ou le plus difficile à trouver – c’est le cas pour procrastination, qui chante à merveille l’occupation la plus agréable qui soit, et palimpseste, dont j’aime les deux « p » qui donnent bien l’idée d’une écriture qui se réécrit sur un même support sans cesse recyclé. Pour la prochaine énigme, je pense à utopie, crépuscule ou encore à kaléidoscope…

De l’imprononçable à l’ironie : palettes du discours.

L’amie de Thèse Antithèse Foutaises évoque sa figure de style favorite : le zeugme, qui correspond ma foi très bien à sa loufoquerie, à sa capacité de digression et de changement de ton. Chaque littéraire semble donc voué à apprécier dans une plus large mesure une figure de style en particulier, qui finit par le représenter.

Mes figures de prédilection sont celles dans lesquelles s’expriment le mieux un double discours, une nuance, un soulignement, voire de l’ironie ou du cynisme : la litote et l’antiphrase, avec une légère préférence pour la litote, qui est devenue dans un cercle d’amis, l’un de mes surnoms.

La litote, en effet, est le juste milieu entre le silence réprobateur et la méchanceté gratuite. C’est une figure de style assez subtile, qui permet à son usager de déguiser sa pensée de façon à en faire deviner toute la force véritable.

Cette figure, qui va de conserve avec le sens de la répartie, je l’admire chez mes amis, comme chez certains écrivains qui manient la plume avec le plus élégant cynisme (Sartre dans Les Mots, Queneau dans Le Chiendent, Drieu La Rochelle dans Gilles). Ces auteurs que j’ai cités étaient ceux que nous faisait découvrir mon ancien directeur de recherche, connu par tous ses étudiants pour son humour pince-sans-rire, qui s’accompagnait généralement d’un petit sourire en coin du plus bel effet.

C’est sans doute grâce à ce dernier que je dois le meilleur exemple des bienfaits de l’ironie en pédagogie et dans les relations humaines en général. Les exemples sont quotidiens, quoique parfois risqués, du classique :

– Madame, j’ai plus de place sur la feuille.

– Eh bien écris sur la table…

au non moins classique et beaucoup plus cruel :

 – J’ai rien fait.

– Si, tu existes.

Mes sources d’inspiration sont diverses – je suis parfois en panne sèche de répartie originale – j’ai pu dire à un élève baratineur qu’il serait capable de vendre du sable dans le désert. Il est vrai que je suis davantage un public facile qu’une artiste en la matière : j’admire l’ironie chez les autres comme une habileté, une sorte d’artisanat exercé, mais j’ai plus de difficulté à la mettre en pratique et à la doser…

De l’ironie au point Godwin : dérapages du discours

Ou comment passer de la maîtrise total à la perte de contrôle. L’ironie, en particulier, et la relation à autrui en général, étant des exercices de haute voltige, que ce soit dans le face à face direct ou sur Internet, il est inévitable dans une conversation polémique d’atteindre le point Godwin.

Greg Williams

Greg Williams

Petit rappel de définition :

La loi de Godwin provient d’un énoncé fait en 1990 par Mike Godwin relatif au réseau Usenet, et popularisée depuis sur Internet : « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. » Dans un débat, atteindre le point Godwin revient à signifier à son interlocuteur qu’il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin. Par extension, du fait de la polysémie du mot « point », des « points Godwin » sont parfois attribués à l’unité. (source : Wikipédia)

Ce qui est le plus fascinant, à mon sens, c’est de considérer les deux moments de la discussion, point de départ et point d’arrivée, car le point de dérapage reste lui très subjectif, et très humain.

Exemple concret de recette : l’explosion de deux bombes au marathon de Boston comme ingrédient de base. Ajouter un participant à la discussion plus enthousiaste qu’informé, plus engagé politiquement que le reste du groupe. Déjà s’aperçoit la pente vers :

  • théorie du complot
  • Corée du Nord
  • le 11 septembre : malgré les avions, faut-il y croire ou non ?
  • La guerre froide, la superpuissance américaine…

Remuez, mélangez tous ces ingrédients individuellement inoffensifs (ou presque) et vous obtenez un magnifique raccourci pour expliquer Boston par l’incendie du Reichstag organisé par Hitler…

Bref, pour résumer :

Bombes sur le marathon de Boston ———————————> Incendie du Reichstag.

A partir de ce constat très simple, il serait amusant d’imaginer pour chaque personne son point Godwin, ou ce qui va déterminer l’arrivée du point Godwin dans son système de pensée, sans se restreindre à Hitler, évidemment. Ainsi :

  • Pour un scientifique : la moindre des ignorances ou des incohérences du non-scientifique envers lui serait équivalent à refaire le procès de Galilée ;
  • Pour un littéraire, le point Godwin n’aurait pas d’autre formulation que le rappel des inepties de Frédéric Lefebvre sur « Zadig et Voltaire ». On y retrouverait aussi pêle-mêle Thomas More condamné au bûcher, Flaubert et Baudelaire condamné pour indécence ou la mort de Socrate…
  • Pour un professeur documentaliste, ce serait la simple mention de l’expression « dame du CDI ».
  • Pour un cinéphile, ce serait très certainement les films de Vin Diesel.

Et pour vous, quel est le point Godwin ?

Représentation(s) de l’information

J’ai eu l’idée de cet article en partant d’un constat personnel très simple : j’aime les cartes heuristiques et les nuages de tags. Pas seulement parce que ce sont de bons outils de préparation et d’aide à la recherche ni parce que c’est à la mode, mais aussi parce que j’aime bien leur rendu visuel et ce qui les motive en tant qu’outils : la représentation de l’information sous une forme naturelle (arbre, nuage) ou géographique (carte, itinéraire fléché).

Définitions

Commençons par un petit rappel wikipédien de ce que sont les cartes heuristiques et les nuages de tags. Ce n’est pas très folichon ni très original, mais je n’ai pas trouvé de meilleures définitions et les sites référents – CRDP, etc. – renvoient vers ces articles.

1°) Nuages de tags :

Le nuage de mots-clés (plus rarement nuage de mots-clefs ou nuage de tags ; tag cloud, word cloud oukeyword cloud en anglais) est une représentation visuelle des mots-clefs (tags) les plus utilisés sur un site web. Généralement, les mots s’affichent dans des polices de caractères d’autant plus grandes qu’ils sont utilisés ou populaires. (source : Wikipédia)

2°) Carte heuristique :

Une carte heuristique (ou carte cognitivecarte mentalecarte des idées, etc.) ou, dans les pays anglo-saxons et usuellement, mind map, est un schéma, calqué sur le fonctionnement cérébral, qui permet de représenter visuellement et de suivre le cheminement associatif de la pensée.

Cela permet de mettre en lumière les liens qui existent entre un concept ou une idée, et les informations qui leur sont associées.

La structure même d’une Mind Map est en fait un diagramme qui représente l’organisation des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts.

À l’inverse du schéma conceptuel (ou « carte conceptuelle », concept map en anglais), les mind maps offrent une représentation arborescente de données imitant ainsi le cheminement et le développement de la pensée. (source : Wikipédia)

Je ne vais pas rentrer dans des considérations d’ordre sémiologique, pédagogique ou technologique pour approfondir ces définitions, cet article étant simplement un prétexte pour étudier une sorte de cartographie littéraire – je vais m’expliquer là-dessus – et donner des exemples personnels de mise en pratique.

Des mots et des lieux – Noms de pays : le nom / Noms de pays : le pays.

Pourquoi j’aime les cartes heuristiques et les nuages de tags ? Parce que j’aime les mots, faire joujou avec, étudier les champs lexicaux, les étymologies, et comme le rappelle ma chère thésarde, en bonne littéraire que je suis, les figures de style : toutes ces métaphores, prosopopées, chleuasme, oxymore, zeugme, et autres synecdoques.

Ensuite, parce que ces deux outils font appel à un imaginaire littéraire et philosophique qui nous entraîne de la carte du Tendre aux cartes de la Terre du milieu, en passant par des dédales proustiens de noms et de lieux.

À ce propos, je vous recommande le magnifique Dictionnaire des lieux imaginaires, du grand Alberto Manguel et de Gianni Guadalupi. Si vous voulez voyager de l’Aiguille creuse d’Arsène Lupin jusque à la Zénobie, en vous arrêtant à l’abbaye de Thélème, ou dans la forêt de Brocéliande, ce livre est fait pour vous.

Dictionnaire des lieux imaginairesMais revenons brièvement à nos exemples :

  • La carte du Tendre est une représentation topographique des sentiments amoureux élaborée au 18e siècle par Mlle de Scudéry dans la Clélie, et elle préfigure complètement les schémas heuristiques.

Carte_du_tendre

  • Dans À la recherche du temps perdu, Proust passe son temps à jouer avec les noms et avec les lieux. Il aime les fabriquer : il invente des noms propres, des noms de lieux, il s’amuse de leurs symétries et de leurs résonances. Le premier volume se nomme Du côté de chez Swann, le troisième Le Côté de Guermantes. À l’intérieur du Coté de chez Swann, on trouve la partie : «Noms de pays : le nom», quand dans le 2e volume, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, on trouve : «Noms de pays : le pays». Dans l’Espace proustien, Georges Poulet évoque ce lien indéfectible qui unit noms et lieux :

Le nom est donc simultanément chose individuelle et locale. Il est nom de pays au même titre qu’il est nom de personne et nom de famille. Mais il est plus encore. Sous la forme d’un de ces phénomènes dont l’on use pour transporter les réalités objectives dans le monde mental, il est cette entité topologique inédite (issue de la fusion d’un site réel avec l’image d’une personne ou l’histoire d’une famille), qui est un lieu irréel, puisqu’il n’a pas sa place dans l’étendue externe, mais subjectivement réel, puisque situé dans les espaces de l’esprit. (p.46)

Sur la construction de la Recherche et sur la fabrication des noms et des lieux, je vous recommande ce texte de Georges Poulet, et Proust et le roman, de Jean-Yves Tadié, aux éditions Gallimard, collection Tel.

  • Enfin, en ce qui concerne Tolkien, lorsque l’on se souvient qu’il a créé un univers total, aussi bien avec son histoire, sa géographie, sa sociologie et ses langues, et lorsque l’on énumère dans sa tête Gondor, Mordor, Eriador, Rohan, Lothlorien, Comté, Fondcombe… cet espace devient à la fois linguistique, poétique et géographique.

Terre du milieu 3e age

Voilà pourquoi j’aime les cartes heuristiques : parce qu’elles se rattachent pour moi à un univers, à un espace exclusivement littéraire, beaucoup plus amusant que la géographie physique, avec laquelle j’ai toujours eu des soucis.

Applications professionnelles

Au-delà de ces considérations littéraires, il m’est arrivé d’utiliser les cartes heuristiques durant des séances pédagogiques, en particulier l’année dernière, en travaillant avec les élèves sur l’identité numérique :

Juliette Filiol, professeur documentaliste - 2011/2012

Juliette Filiol, professeur documentaliste – 2011/2012

Mais ce que je préfère, en ce moment, c’est préparer ces séances en réalisant des cartes, pour déterminer les ressources dont auront besoin les élèves et les localiser (en violet, les ressources disponibles). C’est surtout la formation que j’ai suivie il y a peu qui m’a donné l’idée de ces exploitations. Voici une carte pour préparer à une séance de défi lecture (classes de sixième) autour du texte Ariane contre le Minotaure :

Juliette Filiol - professeur documentaliste - 2012/2013

Juliette Filiol – professeur documentaliste – 2012/2013

Et voici une carte que j’ai réalisé pour préparer les recherches d’élèves de cinquième durant la lecture de L’Ile au trésor de Stevenson :

Juliette Filiol - professeur documentaliste - 2012/2013

Juliette Filiol – professeur documentaliste – 2012/2013

Chacune de ces cartes a ensuite donné lieu à un jog réalisé sur Jog the web, pour guider les élèves dans leurs recherches sur Internet :

  • Ariane contre le Minotaure : recherches axées sur la mythologie et la civilisation ;
  • L’Ile au trésor : recherches de vocabulaire (mer, piraterie, aventures) avec des approfondissement sur le roman et sur l’auteur.

Enfin, même si je les ai beaucoup moins abordés que je ne l’avais annoncé, voici un nuage de tags réalisé par le générateur Wordle, et qui me permet de voir les notions que j’utilise le plus lorsque je publie des articles sur Cinephiledoc :

Nuage de tags blog

Petit compte-rendu de formation sur Internet

Comme je l’avais mentionné dans l’article précédent, j’étais en formation la semaine dernière. Ma tendance quasi refoulée à la maniaquerie me pousse de temps en temps à retranscrire au propre ce que j’ai (mal) écrit.

Cette formation était en deux parties : la première a eu lieu début février, juste après InterTice et la conférence musclée de Marie-France Blanquet ; la seconde était le jeudi et le vendredi de la semaine dernière. Thématique générale : Internet, quelles pratiques au CDI ? Je n’avais pas tant choisi cette formation pour me familiariser avec des outils, mais plus pour avoir des idées de pratiques pédagogiques avec les élèves.

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Première partie : Internet pour les documentalistes

Cette journée était consacrée à l’usage professionnel d’Internet et aux outils de veille, que les professeurs documentalistes doivent « pratiquer » au quotidien, par exemple pour s’informer sur les dernières nouveautés en littérature jeunesse ou les dernières actualités en matière d’éducation et de documentation…

Pour cette première journée, je ne vais pas résumer tout ce qui a été dit : il s’agissait surtout d’un échange, le plus souvent informel autour de nos pratiques et des outils qui nous étaient les plus utiles et les plus familiers. Je me contenterai de faire une petite liste des points abordés et des liens suggérés.

1) Liens suggérés : 

  • La rubrique « Veille professionnelle » sur le site des documentalistes de l’académie de Versailles.
  • Le site Raynette, qui permet de retrouver qui se cache derrière le nom de domaine d’un site Internet.
  • Le site Abondance qui suit, entre autres, l’actualité des moteurs de recherche.
  • Les sites des URFIST : celui de Lyon sur la veille et les moteurs de recherche, celui de Bretagne où enseigne Alexandre Serres.

2) La veille : surveillance d’un sujet donné. Points abordés :

  • Le Portillon Doc pour docs qui permet de faire une recherche sur un champ précis du savoir, grâce à l’utilisation des indices Dewey.
  • Les newsletters, listes de diffusions et les alertes (Google Alerts : veille thématique sur des sujets d’actualités).
  • Les agrégateurs de flux RSS (ex : Portail Netvibes).
  • Twitter. Permet le suivi des blogs et actualités de certains collègues, entre autres Fenêtre sur (tutoriels, axé TICE), BlOg-O-nOisettes (comptes-rendus de lectures et critiques de films) et L’odyssée d’LN (séances pédagogiques).

3) La curation : veille et éditorialisation, scénarisation des infos. Outils mentionnés :

Deuxième partie : Former à la maîtrise de l’information en ligne.

Cette deuxième partie de formation m’a fourni un bon stock d’idées à réinvestir avec les élèves, suivant différents axes de travail :

1) Préparer sa recherche.

C’est la première étape de la recherche : il s’agit, à partir d’un sujet donné, de conceptualiser, de trouver les mots clefs, grâce à un brainstorming, des cartes heuristiques, etc. Nous avons réfléchi à plusieurs manières de procéder :

  • relever les mots clefs importants d’une phrase.
  • confronter le Larousse en ligne et Wikipédia, en faire étudier le sommaire, puis les différents paragraphes pour en retrouver les mots clefs.
  • définir des axes de recherche avec un plan ou un questionnement quintilien.
  • construire un document de collecte : en faisant plusieurs copier-coller, retrouver les mots clefs et reformuler. Le copier-coller devient ainsi le point de départ du travail, et non l’arrivée.
  • ne donner aucune consigne : laisser chercher. Appliquer le principe de sérendipité (ou plus négativement la pédagogie par l’échec) pour avoir différentes pistes de recherche et élaborer une carte heuristique.

2) Rechercher et sélectionner l’information

C’est la démarche qui consiste à trouver le bon outil de recherche (base de données, moteur…). Liens suggérés :

  • Mon diapason : étude comparative de différents outils. (attention : inscription obligatoire).
  • URFIST de Rennes : plus de 80 outils spécialisés pour différentes recherches sur le Web.
  • J’en profite pour faire de la pub vers l’article d’une copine sur la sérendipité !

3) Evaluer l’information trouvée. Là encore plusieurs démarches.

  • Vérifier la pertinence de l’information en retrouvant les mots les plus souvent utilisés (grâce au site Wordle qui permet de générer des nuages de tags en indiquant une adresse URL ou en faisant le copier coller d’un texte.
  • Proposer une grille d’évaluation de l’information sur Internet : soit celle-ci que j’avais proposée (à laquelle il faudrait ajouter la fonction de l’auteur, la présence de publicité et la qualité de la langue), soit une grille proposant trois axes : identification (URL, auteur, structure, présentation générale), popularité (page rank) et contenu (mise à jour, auteur, vocabulaire utilisé).

Différents liens ont été proposés pour cet axe : Open site explorer, un site qui donne le nombre de liens pointant vers une adresse URL (attention : gratuitement, l’accès est limité à 3 recherches par jour), et Raynette pour étudier le nom de domaine.

L’accent a aussi été mis sur la distinction entre page web et document PDF, entre page et site, et, concernant Scoop it, entre la personne qui collecte le document et l’auteur de ce dernier (qui fait quoi ? qui cite quoi ? qui est l’auteur de quoi ?)

L’exemple le plus ludique d’évaluation de l’information est la diffusion d’informations fausses sur lesquelles faire travailler les élèves. En gros, il s’agit de les faire travailler sur la rumeur et le canular (Saint Pixel, le petit Singly, la vidange du lac d’Annecy, le dahu, l’étude d’un pays imaginaire, etc.). Quelques liens utiles :

  • la perle du pearltrees de Stéphanie Galloin sur le sujet ;
  • le site Hoaxbuster ;
  • les documents de e-profdocs sur la rumeur ;
  • l’outil Jog the web pour organiser l’information dans une démarche ou un exercice à proposer directement à l’élève (inscription obligatoire).

4) Différents autres points abordés plus succinctement :

  • Restituer l’information : affiches, diaporamas.
  • Adopter une attitude responsable : sensibiliser les élèves à la notion de droit d’auteur et de citation des sources, en réalisant, par exemple, un QCM grâce à Hot potatoes.
  • Faire réaliser des bibliographies, voire même intégrer un générateur de bibliographie dans E-SIDOC, grâce au tutoriel de Fenêtre sur.
  • Travailler sur l’identité numérique. Une collègue nous a proposé un diaporama très complet sur le sujet notamment avec des vidéos de Cyprien et d’un voyant pas banal.

Au milieu de ce laboratoire d’idées, l’une des découvertes les plus affligeantes par sa bêtise abyssale reste cependant le nouveau réseau social à la mode, ask.fm, qui me paraît être le mix parfait des émissions de télé-réalité – ou pseudo télé-réalité – actuelles (Yolo), et des émissions mélos (Le jour où tout à basculé et Au nom de la vérité) qui elles-mêmes associent le talent des comédiens de Plus belle la vie, la qualité d’intrigue des Feux de l’amour et le tire-larmes de Toute une histoire.

Un gros moment de solitude intellectuelle !

Spécial Semaine de la presse : le fait divers au quotidien du CDI

Contrairement à ce que laisse croire mon titre, je n’ai pas travaillé avec les élèves sur le fait divers dans le cadre de la Semaine de la presse.

Pour tous ceux qui n’ont ni souvenir scolaire, ni un CDI comme horizon plus ou moins proche, la Semaine de la presse est une manifestation annuelle durant laquelle les écoles, collèges et lycées reçoivent gratuitement un large échantillon de titres de presse (accompagné d’un dossier thématique, de suggestions de séances, etc.)

Le professeur documentaliste a tendance à guetter cette semaine comme le fauve affamé guette la malheureuse antilope affolée…

Evidemment, comme tout ce qu’on attend et prépare avec impatience – les fêtes de Noël, un anniversaire surprise, les soldes, les vacances – rien ou presque ne se passe comme prévu ! Et tout prend l’allure d’un fait divers (voilà l’explication lourdingue du titre !)… ou d’une succession de faits divers :

La doc était archéologue !

Mardi 18 mars. Il est 12h. Le courrier tarde à arriver au collège, et la doc s’impatiente : elle attend les journaux, magazines et autres réjouissances afin de préparer la semaine de la presse. Elle a déjà reçu une cinquantaine de titres, arrivés pendant les vacances, et il lui manque principalement les quotidiens et hebdomadaires nationaux, et les magazines people et féminins.

Un détail, me direz-vous ? Non, un drame : la doc est méticuleuse. Elle veut préparer son expo. Alors, pour combler son attente, elle décide de faire du désherbage de périodiques (en gros de virer tous les vieux, en suivant à la lettre les instructions de Savoirs CDI, la bible en ligne des dames – et messieurs – du CDI).

Je repasse à la première personne. J’ai décidé de tailler dans le gras : ouaaahhh un TDC de 1972 !

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J’ai aussi trouvé le TDC du mois de ma naissance, ça c’est collector, je garde (en plus, il y a Alix en couverture, ça ne pique pas trop les yeux)…

Un vieil Okapi que j’ai moi-même lu au CDI de mon collège en tant qu’élève ou chez moi (j’étais abonnée) : ah, les merveilleux souvenirs de Chair de poule !

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Un Science et vie junior qui montre X-Files en couverture : ça devrait passionner les nostalgiques de la série – je vous ai fait grâce du Okapi avec Mac Gyver en couverture !

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Bien-sûr, on trouve parfois pire (la preuve, ici) et j’ai eu un collègue en début d’année qui m’a régulièrement envoyé des images de son « musée des horreurs » : ouvrages de géographie sur l’URSS, vieilles éditions de classifications Dewey, livres soit-disant sur des nouveautés technologiques et présentant le minitel…

Tout ça pour affirmer à nouveau le bonheur de faire du vide – bonheur partagé avec élèves et collègues qui se font parfois une joie de nous débarrasser.

Le CDI était (encore) fermé !

Sacrebleu mais c’est un comble. Voilà, aussi, pourquoi j’étais impatiente de préparer mes expos : j’étais en formation jeudi et vendredi. Deux jours à voir des copains copines doc et à échanger sur cette grande question : « Former à l’usage de l’information en ligne ».

En gros, comment utiliser Internet avec les élèves.

Je suis repartie avec plein de découvertes, certaines sérieuses (Jog the web, le canular comme outil pour aider à l’évaluation de l’information, Wordle, etc.), d’autres moins sérieuses (Moi moche et méchant : évidemment, passer les soirées avec des profs docs un peu barrés, et néanmoins ex-tuteurs, ça peut causer certains dommages intellectuels).

Bref, à la grande tristesse de certains élèves habitués, j’ai déserté mon CDI. Revenue lundi, j’ai, dès mon arrivée, fini d’installer les magazines manquants. J’avais distribué en salle des profs et par mail la liste des titres reçus et des exemples de séances, mais je n’ai pas eu beaucoup de retours.

Voilà le document que j’avais proposé :

Semaine de la presse

J’ai du coup également créé un jeu concours pour les élèves, avec des questions sur Internet et sur la presse. Les récompenses des premiers : des jeux (mémoire et culture générale) et très certainement des abonnements à Mon quotidien, avec les sous du foyer. Voici ce jeu concours :

Concours Semaine de la presse

Coupure de courant au collège : une doc pète les plombs !

LE projet prévu cette année dans le cadre de cette semaine, c’était la participation des élèves de l’atelier journal au Concours de Unes du CLEMI Créteil.

Le but : après avoir reçu un fichier de dépêches AFP et un fichier de documents iconographiques à utiliser, il faut fabriquer une Une de journal pour le lendemain et envoyer cette production sous format PDF  avant 16h.

  1. Le 25, je reçois donc les dépêches et les images. J’imprime, je trie, je fais des rubriques et des sous-rubriques.
  2. Le 26 à 10h20, durant la récré, petit sondage auprès des élèves de l’atelier : quelles sont les informations importantes de la journée ? Chaque élève choisit un lot de dépêches à traiter (politique, société, culture). Mon collègue CPE et moi-même gardons le reste (économie, environnement et santé).
  3. À 12h30, les élèves travaillent sur leurs rubriques respectives, choisissent les photos, la place de leur rubrique sur la Une, nous présentent un dessin pour accompagner une info.
  4. À 15h30, la Une est quasi prête : mon collègue CPE la met en page dans son bureau. Un beau logo, c’est chouette, on est tout fiers de nous.
  5. À 15h45, c’est le drame : l’ordinateur s’éteint d’un seul coup. SABOTACHE ! Il se rallume après cinq minutes et rame comme un dingue… pendant qu’on tente de retenir des mots qui dépasseraient notre pensée (mais bon tout de même, p… de b… de n… de d… de b… de m… d’ordinateur !)
  6. Finalement, à 16h15, j’envoie un mail contrit et suppliant, mon cœur au bord du clavier, à qui de droit, en expliquant le retard et en espérant que la jolie Une aura tout de même sa chance !

Parce qu’elle est belle, non ?

CONCOURS DE UNE SEMAINE DE LA PRESSE 2013

Hitchcock omniprésent, partie 1

Comme je l’ai annoncé ici, et promis ici, voici enfin cet article de lectures cinéphiles en deux parties, consacré à Hitchcock.

Hier soir, en rentrant chez moi, j’ai trouvé un colis. À l’intérieur se trouvait un petit ouvrage d’environ deux cents pages, Alfred Hitchcock & the making of Psycho, de Stephen Rebello.

Alfred Hitchcock & the making of Psycho

Ce livre, publié pour la première fois en 1990, a été réédité en 2012, pour la simple et bonne raison qu’il a inspiré le film consacré à Hitchcock, sorti en France en février 2013. J’ai dû le commander en anglais, étant donné que je ne l’ai pas trouvé traduit en français, et bien-sûr, je n’ai pas encore eu le temps de me plonger dedans – peut-être pour la deuxième partie de cet article… D’ailleurs, même si j’ai une certaine aisance à la lecture en anglais, elle me prend beaucoup plus de temps qu’une lecture en français. Je ne donnerai donc du livre de Stephen Rebello qu’un aperçu succinct.

Je ne l’ai d’ailleurs pas acheté pour sa nouveauté, mais bel et bien parce que le film qui s’en est inspiré a suscité chez moi une véritable curiosité.

affiche-Hitchcock-2012-2

Hitchcock, de Sacha Gervasi, n’est pas un biopic. Il ne restitue pas l’ensemble de la vie et de la carrière du réalisateur. Hitchcock disait « Un film n’est pas une tranche de vie, c’est une tranche de gâteau ». Le film de Sacha Gervasi se concentre sur la tranche Psychose dans la carrière et la vie d’Hitchcock, depuis l’idée de faire le film à sa promotion et sa sortie en salles.

Que penser de ce film ? Pour parodier une réplique de Mon petit doigt m’a dit, « tellement parfait qu’on ne remarque pas ses très nombreux autres défauts » ? Il est cependant loin d’être parfait, mais on ne peut lui dénier beaucoup de choses :

  • le charme de son évocation et de ses reconstitutions. C’est soigné, méticuleux, et il faut l’avouer, à un film qui a Hitchcock pour personnage, c’est difficile de résister. Le film restitue une époque et une atmosphère, et évoque un film présent dans toutes les mémoires de cinéphiles qui se respectent.
  • l’excellence des interprètes. Rien que la tête d’affiche laisse sans voix, et quelle tête ! Quant à Helen Mirren qui incarne Alma Reville, il y a bien longtemps qu’elle n’a plus besoin de me convaincre, et que j’ai abandonné toute objectivité face à elle. Elle pourrait me dire : passez-moi le sel, je la trouverais bluffante…
  • la qualité des dialogues. C’est vif, enlevé, agréable, et parfois désopilant.

Passons aux défauts :

  • la tentation adultère d’Alma avec un bellâtre sur le retour… franchement, à quoi bon ?
  • l’interprétation psychanalytique à l’excès : les films de Hitchcock expliqués forcément par des pulsions sexuelles et meurtrières chez leur cinéaste ;
  • les délires hallucinatoires du psychopathe ayant inspiré Psychose, qui apparaît de temps à autre : c’était plus efficace dans Shining avec Nicholson.
  • Finalement, ce film sur Hitchcock fait passer un bon moment, mais n’a rien de hitchcockien dans son esprit.

Pour retrouver le sel et l’essence de ce qui fait Hitchcock, mieux vaut donc se plonger dans un livre sorti en novembre 2012 aux éditions Flammarion, Hitchcock par Hitchcock.

Hitchcock par Hitchcock

C’est un livre captivant, à l’exception de sa préface, que je déconseille formellement. J’ai eu beau la relire trois fois, il ne m’en reste rien, sinon le souvenir d’un amas de métaphores et de références décousues, d’une glose autour de citations d’Hitchcock. Elle rappelle exactement la façon dont Norman Bates dans Psychose s’approprie les vêtements de sa mère… sans atteindre la métamorphose finale. Et pourtant, les belles préfaces, ça existe, j’aurai l’occasion d’y revenir !

Au-delà de la préface, les textes rassemblés sont des entretiens, des courtes nouvelles, des conférences, des articles de presse et d’encyclopédies, publiés ou prononcés par Hitchcock entre 1919 et 1977. La plupart des thématiques abordées sont propres à la fabrication d’un film, depuis le choix du scénario jusqu’à l’accueil du film par le public.

Certains textes peuvent surprendre : le premier, Gaz hilarant, est une nouvelle très courte et assez amusante et qui nous fait comprendre tout de suite à quel individu nous avons affaire. La femme qui en sait trop, publié en 1956, est sans doute le plus inattendu parce qu’il s’agit d’un témoignage personnel, et assez troublant, d’Hitchcock sur sa femme Alma. Voudriez-vous connaître votre avenir ? paru en 1959, éclaire le travail du réalisateur sous un curieux angle théologique.

D’autres textes reprennent au fil des pages la plupart des éléments qui tiennent à coeur dans l’esprit hitchcockien :

  • la toute-puissance du cinéma comme art visuel. C’est un leitmotiv qui parcourt tous les articles : l’idée de faire du « pur cinéma », de privilégier l’image à la parole, et de reconnaître au cinéma muet cette supériorité d’être un art parfaitement visuel. C’est ce qu’on retrouve dans l’article – injonction Ferme les yeux et vois ! (1936), aussi bien que dans l’entretien Sur le style (1963).
  • la distinction entre suspense et surprise.
  • la nécessité de l’authenticité :

Le principe fondamental à respecter, c’est d’imiter autant que possible la vie réelle – particulièrement pour les histoires que j’utilise. Mon métier, c’est l’imagination. En d’autres termes, je ne m’occupe pas de représenter des tranches de vie. Mon travail de suspense provient de la création de cauchemars pour les spectateurs. Je joue avec les spectateurs. Je veux leur couper le souffle, les surprendre, les choquer (…) filmer de façon réaliste, faire que tout paraisse aussi réel que possible, parce que les effets eux-mêmes sont tout à fait bizarres en réalité. (p.346)

  • l’impératif, procurer du frisson au spectateur, de Florissants frissons (1936) à Pourquoi j’ai peur dans le noir (1960).
  • et l’humour, par-dessus tout, l’humour de Hitchcock, ici s’adressant à son auditoire, en fin de discours, lors d’un dîner :

On dit qu’un meurtre est commis à chaque minute, je ne veux donc pas vous faire perdre plus de temps.

Livre à déguster sans se priver, donc ! Quant à la seconde partie de mon article, elle viendra très vite, beaucoup plus vite que la première, mais d’ici-là…

Suspense !

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