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Étiquette : littérature (Page 9 sur 14)

Dictionnaires thématiques

Selon Roland Barthes, « Le dictionnaire est une machine à rêver. » Et, en effet, lorsque l’on  parcourt les pages d’un dictionnaire consacré plus exclusivement au cinéma, aux acteurs ou aux réalisateurs, une foule d’images reviennent en mémoire…

Mais ce n’est sans doute pas aux dictionnaires thématiques que pense Roland Barthes. Lui, l’amoureux des mots, le décrypteur de sens, est capable de rêver sur chaque mot. La plupart des littéraires que je connais ont leur petit lot de mots fétiches, mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce ne sont pas que des figures de style (oxymore,  allitération, et autres prosopopées…). Les miens, ce sont crépuscule, hallucination, mélancolie, calligraphie, palimpseste, uchronie

Dictionnaires et encyclopédies

Si je joue sur les mots, c’est pour mieux souligner que tous ces dictionnaires thématiques dont je vais parler dans un instant, n’ont de dictionnaire que le titre et, à la rigueur, le classement alphabétique… À eux seuls, ils permettent de souligner la confusion qui est faite entre dictionnaire et encyclopédie, question souvent ressassée en documentation :

  • un dictionnaire est un ouvrage qui contient l’ensemble des mots d’une langue ou d’un domaine d’activité (droit, géographie – quelle horreur – philosophie, cinéma aussi) par ordre alphabétique, en donne la définition, fournit des exemples et des correspondances (étymologie, synonymes, antonymes, etc.)
  • une encyclopédie (l’un de mes mots préférés également, à cause de son étymologie) propose de faire le tour de l’ensemble du savoir ou d’une question au moment précis où cette question se pose. Elle peut être organisée de manière thématique ou alphabétique (Wikipédia propose par exemple une entrée par Portails, par index alphabétique, ou, pour les adeptes du butinage, le choix d’un article au hasard).

J’ai souligné qu’il pouvait exister des dictionnaires sur le cinéma, mais justement, les dictionnaires propres à un domaine d’activité, ou à un thème particulier, font partie de ces ouvrages pour lesquels la frontière avec l’encyclopédie est beaucoup moins rigide. Ils ne se contentent généralement pas de donner la définition d’une technique, la date et les principaux acteurs d’un film. Ils ne s’arrêtent pas au seul mot, ils approfondissent la question.

Dictionnaires thématiques et encyclopédiques sur le cinéma

À chaque domaine d’activité son dictionnaire, donc. On trouve de nombreux dictionnaires de cinéma et du cinéma, le spécialiste prolifique du genre – et l’une des références – étant Jean Tulard, qui a publié en 1982 la première édition du premier volume de son Dictionnaire du cinéma consacré aux réalisateurs. Le second volume, paru en 1985, était consacré aux acteurs, producteurs, scénaristes et techniciens du cinéma. En 1990, il a dirigé la publication d’un Guide des films, et en 2009, il a publié son Dictionnaire amoureux du cinéma, forme pour laquelle l’auteur choisit subjectivement dans le thème « cinéma » les articles et les aspects qui l’intéressent.

Ce qui est intéressant, si l’on se penche sur le dictionnaire de Jean Tulard, qui se revendique comme « dictionnaire du cinéma », c’est qu’à chaque fois, il choisit un angle d’attaque particulier : réalisateur, acteurs, films… Ces ouvrages-là sont des dictionnaires de noms propres à part entière (noms, dates, filmographies). On trouve aussi des dictionnaires sur les techniques, les courants cinématographiques, le cinéma par pays. Par contre, des ouvrages comme les Dictionnaires amoureux sont davantage à classer dans les encyclopédies, selon moi.

D’autres ouvrages généraux sur le cinéma ressemblent tantôt à des dictionnaires, tantôt à des encyclopédies : j’en retiendrai deux. La Chronique du cinéma (2002) racontait le cinéma au jour le jour, année par année, des Frères Lumières à Amélie Poulain. Les 1001 films à voir avant de mourir (2012) propose aussi un classement chronologique de succès et d’indispensables du cinéma, en se rapprochant, par son approche subjective, des dictionnaires amoureux.

Mais j’aborderai un autre jour cette question des ouvrages généraux… Revenons aux dictionnaires. J’en ai déjà présenté deux, à chaque fois l’oeuvre d’une seule personne, dans ce que ça peut avoir d’excellent (le Dictionnaire Hitchcock de Laurent Bourdon), ou d’un petit peu plus décevant (Louis de Funès de A à Z de Bertrand Dicale). Un réalisateur et un acteur. Voyons maintenant deux ouvrages collectifs.

2 exemples : le Dictionnaire Truffaut et Marilyn Monroe de A à Z

Là encore, un réalisateur et un acteur. Deux dictionnaires très bien pensés, très bien construits.

Marilyn Monroe de A à Z

Marilyn Monroe de A à Z, sous la direction de Isabelle Danel, paru en mai 2012 – une année riche en nouveaux ouvrages sur Marilyn, à l’occasion des 50 ans de sa disparition – chez Tana éditions. La même maison que le Louis de Funès de A à Z. D’ailleurs le choix de couleurs est intéressant : bleu pour De Funès, rose flashy pour Marilyn, on a un peu l’impression, sur ce coup-là, d’être dans un catalogue de jouets pour Noël : rose pour les filles, bleu pour les garçons.

Il n’empêche, c’est un très bon dictionnaire, bien fait, avec des renvois clairs, mais pas excessifs. Le contenu ne tombe jamais dans le pathos ou dans le sordide, ni dans la caricature facile. Les films sont bien présentés : une fiche technique, puis un résumé, enfin une analyse du projet depuis sa genèse jusqu’à son accueil. Ainsi est évité l’écueil d’un détail par ci, un détail par là, que j’avais évoqué dans l’article précédent.

Ce dictionnaire s’ouvre, comme il se doit avec Marilyn Monroe, sur l’article Actrice, pour se clore sur l’un des pseudonymes de Marilyn, « Zonk, Zelda » – consonne doublée, comme Danielle Darrieux, Michelle Morgan, Brigitte Bardot… et Marilyn Monroe. Si l’on ne retient que quelques articles, quelle image de la star avons-nous ? Ambivalence,  Blonde, Cinq, Enfance, Fragments, Grain de beauté, Hollywood, Livres, Métro, Nue, Pou Pou Pidou, Sexe, Trente-six, Ukulélé, Voix, Walf of fame, Zonk.

dictionnaire truffaut

Le Dictionnaire Truffaut aux éditions de la Martinière. C’est un ouvrage dirigé par Antoine de Baecque et Arnaud Guigue, paru en 2004, et c’est l’un de mes ouvrages préférés sur François Truffaut. Je vais donc essayer d’être objective, mais ça risque d’être difficile.

Comme je l’ai déjà dit, le premier contact avec un livre, c’est le contact physique, visuel et tactile : on soupèse, on regarde, on feuillette – on maudit les livres sous plastique, ou du moins l’absence d’exemplaires de présentation. La couverture du Dictionnaire Truffaut est très sobre, blanche, avec une minuscule photo du visage du réalisateur éclairé à la bougie.

Ce qui m’a toujours plu dans ce dictionnaire, c’est non seulement son exhaustivité, mais le choix de certaines répliques qui deviennent des articles à part entière : « Ni avec toi, ni sans toi », « C’est une joie et une souffrance », Figure achevée. Selon l’auteur de l’article, le ton est porté davantage vers l’analyse, ou vers le sensible – mais pas la sensiblerie.

Cela s’est sans doute remarqué, j’aime les articles transversaux, qui permettent de voir une oeuvre selon une approche particulière, et, comme dans certains dictionnaires, c’est le cas ici : Amour définitif, érotisme, évanouissement, Fétichisme, Imperméables, Livres, Mannequin de cire, Nouvelle vague, Obsessions, Passé… Enfin, à la fin, séparé, il y a la partie Chiffres : 00-14, « 10% d’inspiration, 90% de transpiration »… et c’est une belle trouvaille.

En guise de conclusion, quelques phrases de l’article « Livres », rédigé par Eric Neuhoff :

Qu’est-ce qu’il deviendrait sans eux ? Les livres, il y en a partout. Il les montre. Il en achète. Il les adapte. Il les écrit. (…) Quand Truffaut sort d’une salle de cinéma, c’est pour entrer dans une librairie. (…) Dans l’univers de Truffaut, on ne meurt pas avant d’avoir écrit la dernière ligne de son manuscrit. Ses volumes, il les protège, les recouvre soigneusement de papier cristal (les femmes, il veut les mettre sous Cellophane). Il ne les prête pas, mais les offre. Tout jeune, il a hésité entre être romancier ou avocat. Les livres sont ses repères, ses «Rosebud».

Le comique hyperactif

Le 27 janvier dernier, était commémorée la disparition, il y a trente ans, de Louis de Funès.

À cette occasion, et depuis fin 2012, de nombreux ouvrages ont été publiés : les inévitables témoignages des enfants sur leur père disparu – Louis de Funès – Ne parlez pas trop de moi les enfants ! – les biographies (j’en ai repéré au moins trois différentes en librairie) et les études, les iconographies, les ouvrages thématiques (sur La Grande vadrouille, entre autres), et au moins deux dictionnaires : Le Dico fou de Louis de Funès et Louis de Funès de A à Z.

De Funès de A à Z

Parmi tout ce choix, j’ai choisi l’un des dictionnaires : Louis de Funès de A à Z, pour plusieurs raisons. D’abord, aucune des biographies ou études proposées ne me tentaient sur le sujet. Ensuite, je suis toujours un peu réticente face aux témoignages des enfants d’artistes, qui se décident par miracle à publier un témoignage à date fixe, et généralement anniversaire. Bien-sûr, il y a des exceptions, et comme promis, j’y reviendrai. Enfin, la couverture du Dico fou ne m’attirait pas du tout. Ce dernier fait partie de la collection d’ouvrages publiée par un éditeur BD, et le mélange des genres, en tout cas, celui-ci, BD et cinéma, dans ce cas précis, ne m’a pas séduit.

Bref, j’ai choisi un dictionnaire, parce que j’aime bien les dictionnaires thématiques, comme je l’ai déjà laissé entendre et, là encore, j’y reviendrai. Louis de Funès de A à Z, de Bertrand Dicale, est paru en septembre 2012, chez Tana éditions, un éditeur qui s’intéresse surtout aux livres coffrets et à la cuisine, mais chez qui on trouve aussi quelques pépites…

Louis de Funès est un comédien fait pour le dictionnaire : tout en gestes, en phrases cultes, en tics, en traits de caractères, et omniprésent dans notre culture. L’un de mes proches passait son temps à jouer à un jeu assez amusant : opposer les grandes figures. Il privilégiait forcément l’une pour mieux rejeter l’autre : Keaton contre Chaplin, Dewaere contre Depardieu, Dorléac contre Deneuve, et bien-sûr, Bourvil contre De Funès. Il opposait leur jeu, leur charisme, leur technique, et leur postérité…

J’ai passé beaucoup d’heures à choisir celui ou celle qu’il rejetait, juste pour le plaisir du débat. Il préférait Bourvil à De Funès, et j’ai souvent bataillé avec lui pour lui faire entendre que ces deux-là ne pouvaient pas être comparés : chacun sa technique, chacun sa personnalité de comique, et aussi indispensables l’un à l’autre que le clown blanc et l’auguste.

Je n’ai obtenu gain de cause qu’en citant, je crois, Truffaut, qui disait, je ne sais plus où, qu’il était beaucoup plus difficile d’être De Funès que Bourvil, parce qu’il est beaucoup plus difficile de faire rire en étant antipathique qu’en étant sympathique.

Mais revenons à nos gendarmes : ce dictionnaire. Il revendique, comme la plupart des dictionnaires thématiques, de faire le tour du savoir sur un sujet – par là même, ils sont davantage encyclopédies que dictionnaires. Ce qui m’attire, dans un dictionnaire, fait à la fois sa force et sa faiblesse, en particulier dans celui-là :

C’est la liberté de pouvoir choisir un article, puis un autre, de retourner au précédent, de sauter deux cents pages, de commencer par la dernière lettre si je veux, et de ne pas lire la première si je n’en ai pas envie. Ce dictionnaire s’ouvre avec A comme « Ah ! » pour se refermer sur Z comme La Zizanie.

Mais si je veux tout savoir du tournage du Corniaud, de la relation De Funès / Bourvil, et de la scène mémorable de la 2CV, il faut donc que j’aille d’abord à « Le Corniaud », que je passe par B comme « Bourvil », puis que j’aille voir à « Improvisation » pour enfin revenir à D comme « 2CV ». Ou alors, j’arrête de râler, et je vais m’acheter un livre estampillé « secrets de tournage du Corniaud ».

Autre petit bémol, les articles ne sont pas toujours des plus exhaustifs… lorsque l’on a un article sur un certain second rôle dans un film, on s’attend vraiment à quelque chose de complet, mais il n’y a ni les dates de naissances ou de décès, ni la filmographie (ou alors très rapidement) en dehors des collaborations avec De Funès. Je pense notamment à l’article sur Coluche. Cela est dû, selon moi, au fait que ce dictionnaire, contrairement à d’autres, n’est pas un ouvrage collectif réalisé par des spécialistes, mais plutôt l’ouvrage d’un passionné qui a fait de son mieux…

Bien-sûr, on prend beaucoup de plaisir à consulter et à lire cet ouvrage. On y apprend une foule de détails sur les grandes scènes de De Funès, sur sa vie, son parcours, ses partenaires et tout ce qui a contribué à rendre son personnage inoubliable : Ah, Box-Office, Chewing-gum, Deux chevaux, Espagne, Fou rire, Grimace, Hôtel du Globe, Il est l’or, Jardin, Langue anglaise, Mauvais sentiments, Nez, Orchestre, Public, Religieuse, Second rôle, Taille, Yeux, Zizanie.

Sur les dizaines de films dont on se souvient alors, j’en pose je ne sais combien et j’en retiens trois, comme d’habitude :

  • La Grande vadrouille, parce que c’est un monument national, et que, même si on l’a vu vingt fois à la télévision, on en rit encore (scènes favorites : l’orchestration par De Funès de Berlioz et le bain turc), et on l’achète même en DVD.
  • La Folie des grandeurs : une géniale réécriture du Ruy Blas de Victor Hugo par Gérard Oury, où rien est à jeter.
  • La Zizanie, parce que j’adore tout simplement la confrontation De Funès / Annie Girardot.

Hitchcock omniprésent, partie 2

Voici donc cette deuxième partie, que j’avais largement annoncée, de mon compte-rendu de lecture sur Hitchcock. Le peu de temps séparant mes deux articles, je n’ai pas pu, évidemment, lire le livre de Stephen Rebello, Alfred Hitchcock & the making of Psycho, en entier. Je ne peux dire qu’un mot à son propos : il s’agit du récit très complet du projet Psychose dans la carrière de Hitchcock, depuis l’origine (les faits réels, puis le roman) jusqu’à l’aboutissement (réalisation, promotion et accueil critique et public).

Cette seconde partie sera donc consacrée à ce que je considère comme les « incontournables » – ou moins incontournables de la littérature hitchcockienne. Pour ce faire, je vais essayer de les présenter sous un angle cinématographique, en commençant par :

1°) Le grand classique :

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Il s’agit de la référence incontestable non seulement sur Hitchcock, mais sur le cinéma en général. C’est la Bible du cinéphile, le livre à emporter sur une île déserte. Il s’agit du Hitchbook, pour les intimes, du Hitchcock / Truffaut. C’est la retranscription des entretiens entre le jeune réalisateur de la Nouvelle vague et le maître du suspense, parue pour la première fois en 1966. Quand je parlais dans mon article précédent, d’une belle préface, je pensais inévitablement à celle de Truffaut dans cet ouvrage. J’en ai toujours adoré les derniers mots :

L’homme était mort, mais non le cinéaste, car ses films, réalisés avec un soin extraordinaire, une passion exclusive, une émotivité extrême masquée par une maîtrise technique rare, n’en finiraient pas de circuler, diffusés à travers le monde, rivalisant avec les productions nouvelles, défiant l’usure du temps, vérifiant l’image de Jean Cocteau parlant de Proust : « Son œuvre continuait à vivre comme les montres au poignet des soldats morts. »

Non seulement très agréable à lire, fourmillant d’anecdotes et de détails, cet ouvrage chronologique est aussi très bien illustré. Un véritable panorama cinématographique ET littéraire.

2°) La superproduction :

Il s’agit du Dictionnaire Hitchcock, de Laurent Bourdon, paru en 2008 aux éditions Larousse et préfacé par Claude Chabrol. J’aurai l’occasion de revenir sur la forme du dictionnaire, il y en a des bons et des moins bons. Ce qui me plaît dans celui-ci, c’est sa méticulosité. Il ne manque rien, strictement rien. Le plus petit détail de l’arrière plan de la plus courte scène du tout premier bout de pellicule de Hitchcock est passé au crible. C’est un pavé à couper le souffle.

On y retrouve tout Hitchcock, de A comme « Accessoires vestimentaires » (je triche, ce n’est pas tout à fait le premier article) à Z comme Zwerling. Vous voulez en savoir plus sur la comédienne incarnant Mrs Danvers dans Rebecca ou sur l’infirmière de Rear window (Fenêtre sur cour) ? Vous voulez savoir quels alcools sont servis dans tel ou tel film ? Quels sont les numéros qui apparaissent dans telle ou telle œuvre ou ce qu’est un MacGuffin ? Ce livre est fait pour vous ! (cependant plus accessible aux hitchcockiens avertis qu’aux débutants)…

3°) L’erreur de casting :

Un bel objet, Hitchcock : pièces à conviction, de Laurent Bouzereau, paru en 2010 aux éditions de la Martinière. J’ai acheté ce livre à sa sortie, attirée par toutes ses promesses : photographies inédites, documents rares, facs similés. Il est très agréable à feuilleter et à manipuler. Je le recommande à tous ceux qui ne connaissent pas très bien l’univers personnel et cinématographique de Hitchcock, c’est un bon ouvrage de vulgarisation. Cependant, pour les avertis, le contenu, peu approfondi, risque de décevoir un peu.

4°) Les coulisses gastronomiques :

La sauce était presque parfaite

En guise de dessert, je vous propose un superbe livre de recettes consacré au gourmand gourmet qu’était Hitchcock : La Sauce était presque parfaite, de Anne Martinetti, paru aux éditions des Cahiers du cinéma en 2008. L’ouvrage, longtemps introuvable, et visiblement de nouveau accessible, pour mon plus grand bonheur, regroupe non seulement les recettes favorites du maître, mais aussi celles des films. Recommandations particulières pour la truite saumonnée de North by northwest (La Mort aux trousses) et pour le « moelleux Kendall » au chocolat…

Avis aux amateurs !

En guise de digestif, je donne, comme à mon habitude, mes trois petits plaisirs hitchcockiens :

  • Rebecca, premier film hollywoodien de Hitchcock, un couple d’acteurs magnifiques, et une méchante envoûtante…
  • The Shadow of a doubt (L’Ombre d’un doute), parce que Joseph Cotten joue un oncle suspecté de meurtre vraiment très séduisant. Pour la scène à la bibliothèque, je renvoie à l’article pince sans rire de Notorious Bib.
  • Rear window (Fenêtre sur cour). De loin mon préféré. Une histoire de voyeurisme, qui nous fait affronter notre propre côté voyeur. Une merveille technique avec un duo de choc : James Stewart et Grace Kelly.

Hitchcock omniprésent, partie 1

Comme je l’ai annoncé ici, et promis ici, voici enfin cet article de lectures cinéphiles en deux parties, consacré à Hitchcock.

Hier soir, en rentrant chez moi, j’ai trouvé un colis. À l’intérieur se trouvait un petit ouvrage d’environ deux cents pages, Alfred Hitchcock & the making of Psycho, de Stephen Rebello.

Alfred Hitchcock & the making of Psycho

Ce livre, publié pour la première fois en 1990, a été réédité en 2012, pour la simple et bonne raison qu’il a inspiré le film consacré à Hitchcock, sorti en France en février 2013. J’ai dû le commander en anglais, étant donné que je ne l’ai pas trouvé traduit en français, et bien-sûr, je n’ai pas encore eu le temps de me plonger dedans – peut-être pour la deuxième partie de cet article… D’ailleurs, même si j’ai une certaine aisance à la lecture en anglais, elle me prend beaucoup plus de temps qu’une lecture en français. Je ne donnerai donc du livre de Stephen Rebello qu’un aperçu succinct.

Je ne l’ai d’ailleurs pas acheté pour sa nouveauté, mais bel et bien parce que le film qui s’en est inspiré a suscité chez moi une véritable curiosité.

affiche-Hitchcock-2012-2

Hitchcock, de Sacha Gervasi, n’est pas un biopic. Il ne restitue pas l’ensemble de la vie et de la carrière du réalisateur. Hitchcock disait « Un film n’est pas une tranche de vie, c’est une tranche de gâteau ». Le film de Sacha Gervasi se concentre sur la tranche Psychose dans la carrière et la vie d’Hitchcock, depuis l’idée de faire le film à sa promotion et sa sortie en salles.

Que penser de ce film ? Pour parodier une réplique de Mon petit doigt m’a dit, « tellement parfait qu’on ne remarque pas ses très nombreux autres défauts » ? Il est cependant loin d’être parfait, mais on ne peut lui dénier beaucoup de choses :

  • le charme de son évocation et de ses reconstitutions. C’est soigné, méticuleux, et il faut l’avouer, à un film qui a Hitchcock pour personnage, c’est difficile de résister. Le film restitue une époque et une atmosphère, et évoque un film présent dans toutes les mémoires de cinéphiles qui se respectent.
  • l’excellence des interprètes. Rien que la tête d’affiche laisse sans voix, et quelle tête ! Quant à Helen Mirren qui incarne Alma Reville, il y a bien longtemps qu’elle n’a plus besoin de me convaincre, et que j’ai abandonné toute objectivité face à elle. Elle pourrait me dire : passez-moi le sel, je la trouverais bluffante…
  • la qualité des dialogues. C’est vif, enlevé, agréable, et parfois désopilant.

Passons aux défauts :

  • la tentation adultère d’Alma avec un bellâtre sur le retour… franchement, à quoi bon ?
  • l’interprétation psychanalytique à l’excès : les films de Hitchcock expliqués forcément par des pulsions sexuelles et meurtrières chez leur cinéaste ;
  • les délires hallucinatoires du psychopathe ayant inspiré Psychose, qui apparaît de temps à autre : c’était plus efficace dans Shining avec Nicholson.
  • Finalement, ce film sur Hitchcock fait passer un bon moment, mais n’a rien de hitchcockien dans son esprit.

Pour retrouver le sel et l’essence de ce qui fait Hitchcock, mieux vaut donc se plonger dans un livre sorti en novembre 2012 aux éditions Flammarion, Hitchcock par Hitchcock.

Hitchcock par Hitchcock

C’est un livre captivant, à l’exception de sa préface, que je déconseille formellement. J’ai eu beau la relire trois fois, il ne m’en reste rien, sinon le souvenir d’un amas de métaphores et de références décousues, d’une glose autour de citations d’Hitchcock. Elle rappelle exactement la façon dont Norman Bates dans Psychose s’approprie les vêtements de sa mère… sans atteindre la métamorphose finale. Et pourtant, les belles préfaces, ça existe, j’aurai l’occasion d’y revenir !

Au-delà de la préface, les textes rassemblés sont des entretiens, des courtes nouvelles, des conférences, des articles de presse et d’encyclopédies, publiés ou prononcés par Hitchcock entre 1919 et 1977. La plupart des thématiques abordées sont propres à la fabrication d’un film, depuis le choix du scénario jusqu’à l’accueil du film par le public.

Certains textes peuvent surprendre : le premier, Gaz hilarant, est une nouvelle très courte et assez amusante et qui nous fait comprendre tout de suite à quel individu nous avons affaire. La femme qui en sait trop, publié en 1956, est sans doute le plus inattendu parce qu’il s’agit d’un témoignage personnel, et assez troublant, d’Hitchcock sur sa femme Alma. Voudriez-vous connaître votre avenir ? paru en 1959, éclaire le travail du réalisateur sous un curieux angle théologique.

D’autres textes reprennent au fil des pages la plupart des éléments qui tiennent à coeur dans l’esprit hitchcockien :

  • la toute-puissance du cinéma comme art visuel. C’est un leitmotiv qui parcourt tous les articles : l’idée de faire du « pur cinéma », de privilégier l’image à la parole, et de reconnaître au cinéma muet cette supériorité d’être un art parfaitement visuel. C’est ce qu’on retrouve dans l’article – injonction Ferme les yeux et vois ! (1936), aussi bien que dans l’entretien Sur le style (1963).
  • la distinction entre suspense et surprise.
  • la nécessité de l’authenticité :

Le principe fondamental à respecter, c’est d’imiter autant que possible la vie réelle – particulièrement pour les histoires que j’utilise. Mon métier, c’est l’imagination. En d’autres termes, je ne m’occupe pas de représenter des tranches de vie. Mon travail de suspense provient de la création de cauchemars pour les spectateurs. Je joue avec les spectateurs. Je veux leur couper le souffle, les surprendre, les choquer (…) filmer de façon réaliste, faire que tout paraisse aussi réel que possible, parce que les effets eux-mêmes sont tout à fait bizarres en réalité. (p.346)

  • l’impératif, procurer du frisson au spectateur, de Florissants frissons (1936) à Pourquoi j’ai peur dans le noir (1960).
  • et l’humour, par-dessus tout, l’humour de Hitchcock, ici s’adressant à son auditoire, en fin de discours, lors d’un dîner :

On dit qu’un meurtre est commis à chaque minute, je ne veux donc pas vous faire perdre plus de temps.

Livre à déguster sans se priver, donc ! Quant à la seconde partie de mon article, elle viendra très vite, beaucoup plus vite que la première, mais d’ici-là…

Suspense !

Valentins et valentines au CDI

Après la semaine passée, ponctuée par InterTice, et l’intervention polémique de Marie-France Blanquet, après une journée de formation, ce lundi, au CRDP de Marly-le-Roi sur les outils de veille professionnelle (favoris, netvibes, symbaloo, pearltrees, scoop it…), j’ai décidé de continuer la semaine en douceur.

En attendant le prochain compte-rendu de lecture cinéphile (en deux parties), très prochainement, je surfe sur la vague commerciale de la Saint Valentin – je n’entrerai d’ailleurs pas dans le débat pour trancher, fête romantique ou commerciale.

J’ai monté au CDI l’inévitable exposition thématique, petits coeurs à l’appui, qui ravira les lecteurs, que j’imagine surtout lectrices : les plus belles histoires d’amour, les grands classiques (Tristan et Iseult, Paul et Virginie, Roméo et Juliette, etc.), fictions plus récentes, avec bien évidemment les palpitations de Bella pour son Edward, et petits documentaires type « c’est quoi l’amour ? » et « c’est vraiment trop dur d’être amoureux »…

Par contre, j’ai rajouté un petit concours, que je trouve sympathique, sur les couples célèbres, réels ou fictifs. Voilà ce que ça donne :

Jeu concours Saint Valentin

Je mêle personnages de dessins animés, héros de différentes mythologies (grecque, romaine, arthurienne) ou de la littérature et personnages historiques ou stars contemporaines. Comme je l’explique, les trois premiers à rendre la feuille complétée recevront un prix. En effet, grâce au foyer, je pense acheter trois ouvrages en lien avec ce moment plein de romantisme moite qu’est la Saint Valentin, dont je profite pour l’assaisonner d’une pincée de culture (pour parodier le titre de l’émission de Guillaume Gallienne sur France Inter, ça peut pas faire de mal…).

Voici les lots prévus :

Couples de légende

Un livre sur les couples de légende du cinéma, même si je pense que certains seront un peu éloignés d’eux, ils vont sans doute apprécier les Tarzan / Jane, Antoine / Cléopâtre, Jack Dawson / Rose…

La mythologie grecque

Un classique de Milan Jeunesse, que j’ai au CDI, qui ne parle pas que des couples de héros, et qui est vraiment superbe au niveau du visuel.

Chevaliers de la table ronde

Un album jeunesse (même éditeur) qui me paraît assez sympa, on verra ce que ça donne. Il ne me reste plus qu’à passer commande.

Et pour en finir avec la Saint Valentin, je n’ai plus qu’à suggérer quelques ouvrages et quelques moments d’émotion sur grand écran. Pour les romans, personnellement, je choisirais de relire Wuthering Heights, Rebecca ou la Confusion des sentiments. Pour les films, trois pépites :

  1. Le Port de l’angoisse (To have and have not), avec le couple mythique Humphrey Bogart / Lauren Bacall. Réalisé par Howard Hawks, ce qui ne gâche rien. Bogart en loup de mer qui rencontre une jeune américaine esseulée, dans un Fort-de-France en pleine occupation vichyste. Des dialogues formidables et une intrigue captivante autour de ce couple.
  2. La Femme d’à côté. Je n’ai jamais pu résister à ce film de Truffaut, qui replace le mythe de la passion amoureuse au coeur de la vie quotidienne. Un blond, Depardieu, et une brune, Fanny Ardant. L’absolu de l’amour et de l’auto-destruction, Ni avec toi, ni sans toi.
  3. Mon petit doigt m’a dit, Pascal Thomas. Le premier volet des aventures de Prudence et Bélisaire Beresford, librement adapté d’Agatha Christie, est décidément le meilleur. Les dialogues sont décapants, l’humeur tour à tour légère et angoissante, et la complicité des deux acteurs, Catherine Frot et André Dussolier, est omniprésente.

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