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Affichage et publicité

Voici quelques lignes pour compléter l’article publié il y a quelques jours sur les nouveautés de la rentrée au CDI. Hormis la page Facebook et la brochure distribuée aux élèves de sixième, je me suis rendue compte qu’il fallait que je fasse toute une campagne d’affichage afin de promouvoir les activités déjà existantes au CDI.

Nouvelles

Pour l’atelier journal que j’anime conjointement avec mon collègue CPE une heure par semaine, j’ai conçu cette affiche :

Atelier journal nouvelle affiche

Pour l’atelier jeux du lundi et du vendredi et pour l’atelier cinéma du jeudi, les élèves n’ayant pas besoin de s’inscrire préalablement, et ces activités reprenant la semaine prochaine, je ne prévois pas d’affichage particulier.

Nouveautés

En revanche, je voudrais mettre en place à partir de début octobre deux autres ateliers.

Le premier serait un atelier lecture / écriture que je souhaiterais organiser un jour de semaine, le midi. Je ne sais pas trop encore quelle forme il prendrait concrètement (je pense surtout à un groupe de critiques littéraires) ; pour l’instant, j’attend simplement de voir si j’aurai des élèves motivés. J’ai déjà prévu une affiche :

Affiche atelier lecture

Le second serait un atelier « Histoire du cinéma » que j’animerais sur un créneau d’accompagnement éducatif. Le principe serait de :

  1. faire des regroupements thématiques de films – science-fiction, péplums, westerns, policiers, dessins animés – en projetant soit le film en entier, soit des extraits ;
  2. comparer un classique ancien et un classique récent – je pense que pour certains films récents on peut déjà parler de classiques (pour la science-fiction, on pourrait par exemple comparer un film comme Metropolis et Matrix) ;
  3. organiser un débat avec les élèves de l’atelier – tous volontaires – pour définir la thématique choisie (qu’est-ce que la science-fiction ? par exemple) ou confronter les connaissances (autres films connus de cette thématique)

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Cet atelier permettrait d’offrir aux élèves un tour d’horizon du cinéma, une ouverture culturelle et de prolonger les enseignements de l’histoire des arts au collège. Il s’adresserait non pas à une classe ou à un niveau en particulier, mais à tous les élèves intéressés et volontaires. Voici l’affiche que j’ai préparé pour cet atelier :

Atelier histoire du cinéma

Animations et concours

Depuis quelques jours, je diffuse de la musique classique au CDI. Je choisis des vidéos sur YouTube et j’alterne les compositeurs (pas d’opéra, par contre, pas par refus de ma part – j’adore Verdi et Puccini, entre autres – mais parce que c’est une musique chantée, et ce ne serait pas l’effet recherché).

Cette initiative m’a été inspirée par la vie scolaire, qui diffuse depuis la rentrée de la musique classique en salle de permanence, ce qui a tendance à « apaiser » les élèves. J’ai donc déjà passé du Beethoven, du Mozart, du Schubert, du Vivaldi, du Tchaikovski, entre autres. J’ai bien-sûr eu quelques réactions scandalisées, mais dans l’ensemble, ça ne grinche pas trop…

Mon exposition sur les Journées du patrimoine est toujours installée, même si mon concours a ses trois gagnants. Avec ma collègue de physique chimie, nous pensons déjà à organiser un autre concours, dans le cadre de la Fête de la science. Il s’agirait de faire une sorte de chasse au trésor dans le collège, avec des énigmes, des lieux où les chercher et des personnes à qui donner la réponse pour obtenir une autre énigme. Rien de précis pour l’instant, on attend les emplois du temps définitifs pour organiser tout cela, avec en parallèle une exposition au CDI.

Voilà pour les dernières nouveautés.

Hors-série n°6 : Le cinéma en chansons

C’est – déjà – le dernier hors-série de l’été, un petit hors-série tout léger et sympa pour oublier la fin des vacances (pour les chanceux comme moi qui en ont) et la fin de l’été qui s’approche… C’est aussi un article suggéré par la facétieuse Eva, avec laquelle j’avais eu la chance de collaborer pour des articles sur Boby Lapointe, l’un sur son blog, l’un sur le mien.

Eva, passionnée de Boris Vian, m’a fait découvrir Le Cinématographe, à moi pauvre inculte qui ne connaissait que Le Déserteur et La Complainte du progrès :

Quand j´avais six ans
La première fois
Que papa m´emm´na au cinéma
Moi je trouvais ça
Plus palpitant que n´importe quoi
Y avait sur l´écran
Des drôl´s de gars
Des moustachus
Des fiers à bras
Des qui s´entretuent
Chaqu´ fois qu´i trouvent
Un cheveu dans l´plat

Ces quelques vers ont donc été le point de départ d’un article qui ne sera pas aussi consistant que les précédents, et où je vous proposerai quelques chansons qui évoquent le septième art. D’abord les « grands classiques » de la variété française, des choses que l’on écoute parfois sans l’avouer. Ensuite quelques chansons dédiées à des stars, en français et en anglais. Et pour finir, des petites choses un peu plus récentes…

Les grands classiques, connus et un peu moins connus

Parmi ces grands classiques, il y a des choses que j’aime, d’autres que j’aime un peu moins. J’ai trop entendu certaines chansons, quelques-unes me restent bien dans la tête une fois qu’elles s’y sont installées… Je ne dirai pas lesquelles.

On peut distinguer deux types de chansons dédiées au cinéma dans les « grands classiques » : celles qui font le compte-rendu d’une époque et évoquent le cinéma de cette époque au milieu des événements historiques, sociaux et artistiques, et celles qui sont exclusivement consacrées au septième art.

Parmi les premières, j’ai retenu Cette année-là, de Claude François, et une chanson de Nicolas Peyrac : So far away from L.A. Vous connaissez certainement Claude François par coeur, grâce à des soirées karaokés, des émissions hommages ou des reprises plus ou moins heureuses. Du cinéma, n’est fait mention que de la mort de Marilyn Monroe et le triomphe de West side story.

De So far away from L.A., voici quelques lignes qui évoquent la nostalgie de l’âge d’or hollywoodien :

Le Queen Mary est un hôtel
Au large de Beverley Hills
Et les collines se souviennent
Des fastes de la dynastie
Qui, de Garbo jusqu´à Bogie,
Faisait résonner ses folies.

Pour les chansons qui se consacrent au cinéma et rien qu’au cinéma, et en français, s’il vous plait, j’en ai retenu trois : Ainsi soit-il de Louis Chedid, La Dernière séance d’Eddy Mitchell, et Le Cinéma de Claude Nougaro.

Ainsi soit-il évoque toute la vie d’une personne comme s’il s’agissait d’un film : tous les effets sont présents (travelling, flash-back, fondu enchainé, etc.) Je vous conseille de l’écouter ne serait-ce qu’une fois si vous aimez le cinéma, quels que soient vos goûts musicaux. En voici les premiers vers :

Moteurs
L´action se déroule dans ta ville
Vue d´hélicoptère ou du haut d´un building
Et puis la caméra zoome avant
Jusqu´à ton appartement

Ainsi soit-il
Tel est le nom du film

Comme il est dit dans l´scénario
Gros plan de toi dans ton berceau
Comme il est précisé dans le script
Lumière tamisée flou artistique

Pas d’article sur le cinéma en chanson sans l’inévitable Dernière séance d’Eddy Mitchell, dédiée aux cinémas de quartier, à l’entracte, aux westerns, aux jeunes premiers et à Gary Cooper :

La lumièr´ revient déjà
Et le film est terminé
Je réveille mon voisin
Il dort comme un nouveau-né
Je relèv´ mon strapontin
J´ai une envie de bailler
C´était la dernièr´ séquence
C´était la dernière séance
Et le rideau sur l´écran est tombé

Comme les cinéphiles forcenés le savent déjà, la chanson La Dernière séance a donné lieu à une émission animée par Eddy Mitchell sur les classiques du cinéma américain entre 1982 et 1998 sur France 3. J’étais trop petite pour voir cette émission ou pour m’en souvenir, j’ai dû voir quelques images d’archives, et certains films présentés ont fait l’objet d’une collection de DVD dont j’ai trois spécimens : La Vie est belle de Capra, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, et Gatsby le magnifique de Jack Clayton, pour vous donner une idée de la programmation.

Enfin, dernier grand classique de la chanson, Le Cinéma, de Claude Nougaro, que j’adore juste pour la première ligne, « Sur l’écran noir de mes nuits blanches » :

Je ne pouvais pas résister à vous proposer la version vidéo de cette chanson !

Hommages aux stars

Les chanteurs – ou parfois ceux qui écrivent leurs chansons – choisissent de clamer leur admiration sans borne pour telle ou telle comédienne, presque toujours au féminin (si des exemples masculins vous viennent à l’esprit, je suis preneuse !).

Que l’on aime ou pas Bardot, que l’on aime ou pas Gainsbourg, on ne peut pas éviter de mentionner Initials BB. Outre qu’il s’agit d’une vision complètement idéalisée de la femme, et où s’exprime le génie de Gainsbourg avant l’apparition du personnage plus controversé de Gainsbarre, la musique, inspirée de la Symphonie du Nouveau monde de Dvorak, est magnifique. Vidéo disponible ici.

Beaucoup plus récemment, et dans une vision un peu plus quotidienne, moins fantasmée, j’avais  trouvé superbe la chanson de Vincent Delerm, Fanny Ardant et moi :

On écoute du chant grégorien
Elle parle à peine et moi je dis rien
On a une relation comme ça
Fanny Ardant et moi (…)

Elle est toujours toute noire et blanche
Elle ne dit plus vivement dimanche
Depuis que je la traîne chez mes parents
Tous les week-end Fanny Ardant

Mon côté « fan des années 80 » n’a pas pu résister à vous faire connaître (ou à vous rappeler) cette pépite de Kim Carnes, Bette Davis’ eyes, que la star hollywoodienne elle-même appréciait. La chanson évoque une femme mystérieuse, que l’on prend pour une espionne et qui a les yeux de Bette Davis :

Parmi les chansons consacrées aux stars, il y en a bien-sûr quelques-unes sur Marilyn (j’ai déjà parlé de Cette année-là). En français, la chanson de Vanessa Paradis, Marilyn & John, évoque la relation entre Marilyn et John Fitzgerald Kennedy. En anglais, ma préférée reste Candle in the wind d’Elton John :

Goodbye Norma Jean
Though I never knew you at all
You had the grace to hold yourself
While those around you crawled
They crawled out of the woodwork
And they whispered into your brain
They set you on the treadmill
And they made you change your name

La chanson a été reprise par Elton John en 1997 en hommage à la princesse Diana.

Cinéma, stars, paparazzi et vidéos

Plus récemment, j’ai quelques chansons qui m’ont marquée sur l’univers des stars et du septième art. Je pourrais parler de Paparazzi, la chanson de Lady Gaga, mais je ne voudrais pas vous la mettre dans la tête pour le reste de la journée. Cependant, vous n’y couperez pas, pour l’écouter, c’est par ici.

La chanson Video Games de Lana del Rey n’évoque pas directement le cinéma, quoique :

Singing in the old bars
Swinging with the old stars
Living for the fame

Kissing in the blue dark
Playing pool and wild darts
Video games

Mais ce qui m’a arrêté dans ce choix, c’est son clip, blindé de références et de clins d’oeil.

Enfin, ma préférée, dernièrement, c’est la chanson Footballer’s wife, de Amy MacDonald, qui compare les fastes des anciennes stars hollywoodiennes aux couvertures des magazines d’aujourd’hui :

Oh Mr James Dean, he don´t belong to anything
Oh he left before they could get him
With their ways, their wicked ways

Oh Marilyn Monroe, where did you go?
I didn´t hear all your stories
I didn´t see all your glory (…)

Oh Ginger Rogers, Fred Astaire
Won´t you dance for me cos I just don´t care
What´s going on today
I think there´s something more, something more

And I´m gone with the wind like they were before
But I´m believing myself I think there´s something more
There must be something more
I think there´s something more, something more

Vous pouvez retrouver la chanson en entier ici.

J’espère avoir mis un peu de baume au coeur à ceux qui appréhendent la fin des vacances / la fin de l’été. J’ai tenté de fournir des vidéos des chansons mentionnées, qui seraient soit des clips officiels, soit des extraits de performances des artistes (concerts ou enregistrements), et lorsque je n’ai pas pu en trouver, j’ai choisi ce qui me semblait convenir le mieux…

Dès la semaine prochaine, vous retrouverez les articles habituels de Cinephiledoc, à commencer par la critique d’un ouvrage sorti au mois d’août. D’ici là, chantez bien !

L’euphorie universelle : Boby Lapointe

Le joli mois de mai, pas si joli que ça, vous a plombé le moral ? Vous regardez avec mélancolie tomber la pluie en espérant un été radieux, alors qu’une connaissance casse l’ambiance à coups de dictons populaires sur la Saint Médard et la Saint Barnabé ? Vous êtes noyés (au sens propre et figuré) dans la morosité du quotidien et reculez le moment de commencer l’inventaire du CDI ? Un seul remède, une seule solution, radicale, imparable, miraculeuse : écouter du Boby Lapointe.

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Par les hasards de la conversation et de « la chanson qui te trotte dans la tête », Boby Lapointe a envahi toute ma semaine dernière. J’ai fredonné « Marcelle » le vendredi, j’ai chanté en coeur au téléphone « La maman des poissons » le samedi, et j’ai discuté avec Eva le dimanche du bonheur linguistique de « Ta Katie t’a quitté ». Ces hasards fabuleux nous ont conduit finalement, avec Eva, à imaginer des articles conjoints sur Thèse antithèse foutaises et sur Cinephiledoc, un peu à l’image de l’échange que j’avais pu faire en début d’année avec Rainbow Berlin sur la journée de l’amitié franco-allemande, mais en beaucoup moins sérieux…

Si elle maîtrise tous les ressorts de la sémiotique et de la linguistique, et si son article porte davantage sur cet aspect de l’univers du divin Boby, le mien tentera de percer à jour cet hasard miraculeux sous sa forme la plus énigmatique : que se passe-t-il quand deux amateurs de Boby Lapointe se rencontrent ?

Les hasards de la rencontre

Il faut déjà partir d’un constat : cette rencontre n’est pas évidente. Elle intervient dans un cadre ou une ambiance particulière, propre à deux univers : la chanson et la confidence. Pour aborder le sujet « Boby Lapointe », il faut aimer la chanson, il faut généralement être un bon vivant, apprécier une absolue truculence verbale et avoir une culture de la variété française au sens propre du terme, c’est à dire ne pas reculer devant ce qu’il y a de plus foisonnant, de plus exubérant dans l’expression de la chanson française.

Ensuite, il faut être mis en confiance. Pas parce qu’il s’agit d’un plaisir honteux, cet amour de Boby Lapointe, mais parce qu’il s’agit d’une confidence d’éternel enfant. Les amoureux de Boby sont de grands enfants, qui ont chopé le virus entre 5 et 25 ans et ce virus ne les a plus quittés. Ils l’ont gardé en eux comme un secret, et la moindre mélodie, la moindre association d’idées qui les ramènent à Boby Lapointe leur fait l’effet de la madeleine de Proust : l’univers s’élargit, explose les dimensions communes de l’infiniment petit et de l’infiniment grand dans une profusion émotionnelle et verbale.

Et c’est ainsi que dans une ambiance festive, propre à la joie et à la bonne humeur, l’amateur de Boby Lapointe va se mettre à déclamer :

 « Elle a l’oeil vif, la fesse fraîche et le sein arrogant,

L’autre sein, l’autre oeil et l’autre fesse itou également,

Mais ça n’est pas monotone

Et même quand c’est l’automne,

Je m’écris en la voyant :

TIENS voilà LE PRINTEMPS !!!!! »

(Il faut dire que les chansons de Boby Lapointe sont elles-mêmes vives, fraîches, arrogantes de bonheur communicatif. Et ça n’est pas monotone, et même quand c’est l’automne, je m’écris en l’entendant : tiens voilà le printemps !!!)

A cet instant, les yeux sont braqués vers l’amateur. L’entourage s’interroge : est-il devenu subitement dingue ? Jusqu’au miracle : à l’autre bout de la table ou de la pièce, une autre voix se fait entendre :

« Marcelle, si j’avais des ailes,

Je volerai grâce à elles ! »

Et les deux compères, soudain en harmonie parfaite, communion, extase, vont finir le refrain en se tordant de rire et tout au bonheur de s’être trouvés :

« Marcelle

Vers la plus belle

Des jouvencelles

Celle qui a pris mon coeur

Ta petite soeur… Poum poum ! »

Ils enchaîneront très vite sur un autre ovni musical (on ne s’arrête jamais à une chanson). Dès lors, l’assistance passera par diverses réactions :

  1. Elle s’interrogera sur la santé (ou l’absence de santé) mentale des deux énergumènes et envisagera un possible internement.
  2. Elle ne comprendra pas un broc de leur curieux langage  : c’est contagieux ?

Et la réponse est : oui, c’est contagieux.

Ça se soigne, docteur ?

Au-delà de cette incompréhension (les amateurs de Boby Lapointe sont au sommet de la tour de Babel, les autres ne sont qu’au pied) se révèlent les vertus et les mérites intarissables de cet univers : un apprentissage de l’articulation et du jeu de mots, un amour de la langue et du calembour, l’admiration face au déchaînement verbal dont Boby Lapointe n’est que l’accomplissement, longtemps après Cyrano et sa tirade du nez, le rêve onomastique de Proust, la magie renouvelée de Cocteau et l’inventaire incroyable de Prévert.

Ce qu’ignoreront les profanes, c’est que cette maîtrise, cette joie née de la rencontre entre deux amateurs, n’aura pu se faire sans efforts, et qu’ils en sont maintenant aussi fiers que le jongleur qui a enfin réussi à placer sa cinquième balle. Pouvoir réciter « Ta Katie t’a quitté », s’émerveiller des jeux de mots à chaque ligne de « Framboise », c’est faire partie d’un cercle fermé, c’est être initié à l’ésotérisme d’une religion particulièrement réjouissante.

Boby Lapointe se mérite. A moins que l’alcool ne délie la langue (chacun son ivresse), il sera impossible à quelqu’un de parfaitement imbibé de pouvoir le réciter. Les néophytes s’appliqueront, le livret sur les genoux, à traduire cette langue davantage propre à rassembler que le moindre Esperanto. Mais même les plus chevronnés en conviendront : le sous-titrage est indispensable à tout nouveau converti. J’en veux pour preuve cette anecdote rapporté par Truffaut, à propos du tournage de Tirez sur le pianiste (encore un hasard de rencontre entre le cinéaste amoureux des livres et le poète amoureux des images…) :

 Sur le point de commencer un film, Tirez sur le pianiste (…) je demandai à Boby Lapointe de venir chanter Framboise devant la caméra. On ne pratiquait guère le play-back à cette époque et, du reste, je crois bien que Boby n’avait pas encore enregistré de disque. Il joua et chanta donc « en direct » (…), solidement planté sur ses jambes, inclinant le torse en mesure, la tête ballotant de gauche et de droite au rythme de la musique, le visage restant complètement sérieux avec une sorte de tristesse acharnée dans le regard.

Mon producteur, Pierre Braunberger, n’aimait pas cette scène de Boby chantant Framboise et il me disait : « On ne comprend pas les paroles, il faut couper la chanson. Votre chanteur doit apprendre à articuler ou alors il faut le sous-titrer ! » Je pris cette observation au pied de la lettre et je fis faire un sous-titrage, chaque vers de la chanson apparaissant au bas de l’image, syllabe par syllabe, dans un synchronisme parfait.

Le titre de l’article est « Boby Lapointe, le chanteur sous-titré » (Le Plaisir des yeux, François Truffaut). Avec un sens de l’à-propos, Truffaut joue à son tour avec les mots et invente bien avant les soirées mièvres dans les bars et les jeux Wii, le karaoké. Il met à la portée du public la virtuosité vocale de Framboise (à retrouver ici), que j’adore juste pour ces quelques vers :

Pour sûr qu’elle était d’Antibes !
C’est plus près que les Caraïbes,
C’est plus près que Caracas.
Est-ce plus loin que Pézenas ?
Je n’sais pas :
Et tout en étant Française,
L’était tout de même Antibaise :
Et bien qu’elle soit Française,
Et, malgré ses yeux de braise,
Ça ne me mettait pas à l’aise
De la savoir Antibaise,
Moi qui serais plutôt pour…

Ce déluge verbal, cette euphorie du langage, est vouée au partage. On n’écoute pas Boby Lapointe tout seul dans son coin. Il faut le faire lire, le faire écouter, échanger la bonne humeur et les articles. D’où le défi d’Eva, nouvelle défense et illustration de la langue française (pour parodier Du Bellay) : peut-on faire tenir un an de cours de français dans une chanson de Boby Lapointe ? On peut, on le peut absolument ! Réponse ici.

Et adoucir les moeurs au CDI ?

C’est la fin de l’année. Les élèves se font rares. Aujourd’hui, je n’ai eu qu’une personne qui est restée pour travailler une petite heure, pendant que je parcourais mes feuilles de récolement de la littérature française… Une autre est venue pour rendre un livre, trois sont passés pour savoir si d’autres élèves révisaient au CDI. Bref, c’est calme, très calme, trop calme… pour moi. Autant il y a des fois où, le seuil de tolérance étant largement dépassé, on ne s’entend plus, entre le bavardage des uns et les « chut » et « silence » des autres. Autant maintenant, « le silence éternel de ces espaces infinis m’effraient », comme dirait Pascal…

Et si l’on mettait un peu de musique ? Lorsqu’il y a des élèves, ou que j’ai vraiment besoin de me concentrer, je trouve de la musique zen sur Deezer – la même que j’écoute pour me détendre, et qui donne au CDI des allures de centres de thalassothérapie. Si seulement je pouvais avoir un bon massage ! Je me cantonne à des musiques sans paroles : musiques de film (bien-sûr, Georges Delerue, mais aussi Bernard Herrmann, la musique de Game of thrones, et pourquoi pas, les jours suivants, Gladiator, Le Seigneur des anneaux, pas Star Wars tout de même, vous imaginez un combat entre Dark Vador et Luke Skywalker au CDI ?), musique « classique » : Schumann, Schubert, Beethoven…

Et puis, quand je suis seule, je m’aventure progressivement en dehors de la musique sans paroles. J’écoute de l’opéra. Et ce matin, j’avais très envie d’une petite compil’ de Tom Jones… « She’s a lady », « Help yourself ». Pendant l’inventaire ou le bulletinage, c’est top ! Bon, niveau crédibilité, c’est moyen. Si quelqu’un rentre pendant « Sex bomb »….

Mais pourquoi pas, après tout ? J’adore travailler en musique, et c’est tout de même triste de réserver ça juste à la fin de l’année, quand il n’y a plus personne. En formation, notre formatrice nous racontait comment elle avait tenté, avec le CVL, de faire autoriser la musique au CDI. Le proviseur lui avait répondu : « Et moi, si je veux venir au CDI avec un gros oreiller pour dormir, je peux ? » ET POURQUOI PAS ?

Bien-sûr, il faudrait faire une petite sélection de la musique « appropriée ». Si l’on considère le CDI comme un espace de détente mais aussi de travail dans le calme, on doit malheureusement faire l’impasse sur les musiques les plus gourmandes en batteries, rugissements de guitares, et rythmes trop entêtants… Mais la musique zen peut être tout à fait appropriée, et plutôt que d’interdire les écouteurs et les lecteurs dès le moindre bruit suspect, cela inciterait les élèves à les ranger dans leur sac dès leur arrivée…

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