cinephiledoc

Blog pour cinéphiles et profs docs

Étiquette : réseaux sociaux (Page 7 sur 8)

L’échange de (bons) procédés

Bons pour vous, je ne sais pas, vu que vous allez subir. Bons pour moi, ça reste à voir… Après les chaînes de courrier, les chaînes sur Facebook, les « postez ce message pendant une heure si vous êtes d’accord avec l’élevage domestique des huîtres », je découvre un nouveau concept, grâce à l’aimable intervention de Rainbow Berlin : les échanges co-promotionnels entre blogueurs.

Le but d’un blog étant principalement d’être lu, beaucoup de pratiques permettent d’accentuer sa visibilité : partager les articles sur Facebook et sur Twitter, rajouter l’adresse du blog à sa signature automatique lorsque l’on envoie un mail, enregistrer le blog dans un répertoire, citer des copains copines blogueurs / blogueuses qui nous rendent la politesse. Ces pratiques me sont devenues progressivement familières depuis que je tiens Cinephiledoc.

Et aujourd’hui, j’ai été taguée pour The Versatile Blogger Award, par Rainbow Berlin, le blog d’une copine française installée à Berlin, que j’avais déjà présenté dans mon article « Au menu des favoris ». Bien que je considère Cinephiledoc moins comme un outil de communication personnel que professionnel, le principe de co-promotion m’a séduit. Il est, de loin, moins agaçant que les chaînes et plus intéressant, plus éclairant sur la communauté des blogueurs. Voilà en quoi il consiste.

1°) Remercier la personne qui vous a tagué :

Merci donc, Rainbow Berlin, de cette promotion impromptue, et de me faire découvrir TVBA. Non contente d’être seulement la rédactrice d’un superbe blog sur le Berlin insolite, culturel, quotidien, caché, elle consent de temps à autre à me livrer quelques-uns de ses secrets professionnels issus du web marketing, que j’ai mis à profit dans la gestion de mon blog.

2°) Dévoiler 7 choses sur moi, que vous ne savez pas déjà (dans la limite de la décence et de l’intimité – je rajoute).

Exercice difficile, le blog étant ce que mon ex-directeur de recherche appellerait l’usage de l’extime, ou plutôt, l’exhibition au sein d’une sphère publique, d’une part d’intimité. Voyons, voyons.

  1. J’aime donner des surnoms aux gens, autant ceux que j’aime que ceux que je déteste. Seuls n’ont pas de surnom les gens qui me laissent totalement indifférentes. Les personnes que j’admirent le plus peuvent à elles seules avoir trois ou quatre surnoms à leur actif, qui ne sont pas toujours de mon cru. J’ai dernièrement donné un surnom à un élève et j’ai craint l’espace d’un instant qu’il me devrait sa future psychanalyse.
  2. J’ai une tendance à l’agoraphobie : je n’aime ni les centres commerciaux les jours de solde, ni les transports en commun. Je suis une râleuse professionnelle mais refoulée : je râle dans ma tête, au volant, et quand je suis sûre de ne pas être entendue. Au fond, c’est un comportement typiquement français, il me semble.
  3. Je déteste la niaiserie, les histoires de princesses, les attitudes girly des filles qui se maquillent dans le RER et racontent leur vie au téléphone. Par contre je peux passer la soirée à regarder Mary Poppins et avoir Le Morceau de sucre toute la journée dans la tête le lendemain au boulot.
  4. Quand je suis stressée, je range et je nettoie. Lorsque j’attendais les résultats du CAPES, j’ai failli pleurer parce que j’avais nettoyé tout l’appart’ et je me demandais ce que je pouvais bien faire d’autres. Mais non, dans ces cas-là, je ne viens pas chez vous faire votre ménage.
  5. Jusqu’à maintenant, l’un de mes rêves était d’avoir une salle de projection de cinéma à domicile. Cette année, j’ai craqué : j’ai acheté un écran et un vidéoprojecteur.
  6. J’ai une théorie selon laquelle en littérature, cinéma et musique, nous avons tous des goûts inavouables (pas forcément honteux, mais qu’on ne va pas hurler à tout le monde dans une soirée de rock celtique), et je n’en livrerai ici que deux : j’adore Dalida et Joe Dassin.
  7. J’ai horreur d’être en retard : lorsque je dois commencer au collège à 8h30, je suis là à 7h40. Cela me permet de savourer ma dose de caféine, de papoter, de bien prendre mon temps, de dire bonjour, bref de « me mettre en conditions ». Par contre, le soir, je pars à l’heure et ne fais pas une minute de plus que l’horaire prévu (sauf si j’ai été prévenue dans un délai supérieur à 24h).

3°) Nommer à son tour 15 victimes.

Etant donné que ce blog se veut, en grande partie, professionnel, je n’en nommerai que quelques-uns, et sur le lot, j’en préviendrai moins que ça. Donc, Aradane, le BlOg O NOisettes, les carnets de Bertrand CalengeOeil d’ailleurs, Chroniques éducation, Fenêtre sur, Notorious Bib, La CLAsse : atelier lecture (mais c’est pas du jeu parce que c’est en partie mon mien), et Second Flore.

4°) Prévenir les victimes.

Je le ferai – ou pas. Je ne sais pas… Flemme ?

5°) Ajouter le logo et les règles.

FIN

Quoi de neuf docteur ?

bip bip coyote

Ce matin, atelier bricolage en coproduction permanence / CDI : l’objectif, fabriquer un panneau réversible OUVERT / FERME pour les deux portes du CDI. En gros, un sens interdit d’un côté, un smiley de l’autre. Le tout découpé, cartonné et plastifié. Tout cela pour éviter que les élèves traînent dans les couloirs à la pause déjeuner avec pour prétexte de venir au CDI et pour qu’ils sachent clairement quand ils peuvent entrer. Du coup, j’ai un peu l’impression d’être Sophie Marceau dans La Boom, avec son sens interdit sur la porte de sa chambre, sauf que c’est moi, l’adulte, qui empêche ou autorise les ados à entrer ! Et voilà une fois de plus démontrés les bienfaits d’une signalétique claire et explicite !

Ce midi, j’organisais la troisième séance de l’atelier cinéma avec un dessin animé de Tex Avery, Le Voyage dans la lune de Méliès et deux courts métrages de Chaplin : « Charlot et le masque de fer » et « Jour de paye ». Les élèves commencent à s’habituer à mon organisation et à ce que je leur projette : ils réclament maintenant Tex Avery au début de la séance et, avec faiblesse, pour une fois j’ai cédé. J’avais tendance normalement à leur projeter le cartoon en guise de dessert, ce que je ferai à nouveau la prochaine fois. Mais il est vrai que, moi-même, j’ai toujours apprécié ces situations absurdes, ces chutes interminables et ces poursuites.

Je me souviens surtout des tentatives toujours vouées à l’échec du Coyote pour attraper Bip-Bip et des inévitables « What’s up, Doc ? » de Bugs Bunny. Généralement, les sons que produisent sur mon portable l’envoi d’un message ou la mise à jour de Tweeter me font penser à ces scènes et ces personnages de cartoon. Même la manière de s’informer devient parfois aussi absurde que les situations des dessins animés de Tex Avery. Au lieu de prendre quarante fois de suite le même couloir à la poursuite d’un fuyard insaisissable, on actualise quarante fois de suite en l’espace d’un quart d’heure la même page Facebook, Twitter ou notre boîte mail. Si l’on regroupait quarante personnes dans un lieu, on les verrait répéter le même geste de manière répétitive, avec ou sans entonnoir sur la tête… ou bien les smartphones s’animeraient, et hurleraient en sautillant « TWEET, TWEET, TWEET !!!!! »

Non, je ne pète pas les plombs. J’essaye simplement de voir comment une manière de s’informer peut devenir délirante. Et de confronter deux manières de s’informer : le push et le pull. Le push, c’est la démarche d’aller chercher l’information sur un site, par exemple, faire la démarche d’aller consulter Google actualités ou les rubriques flash d’un site de presse en ligne. Le pull, c’est recevoir l’information envoyée par un flux RSS ou à laquelle on est abonné (pages Facebook, comptes Twitter). D’un côté, on court à la poursuite de Bip-Bip, de l’autre, notre portable vivant nous crie : « TWEET, TWEET, TWEET !!!!! »

S’informer sur les réseaux sociaux est devenue en quelques années une manière à part entière de s’informer (ce qu’avaient déjà expérimentés cinq journalistes en 2010, avec l’expérience « Huis clos sur le net »), avec en plus la possibilité de personnaliser l’information reçue et recherchée (voir sur les évolutions de ces pratiques l’article d’Olivier Ertzscheid sur Affordance.info) .

Sur Facebook, on a donc différents types d’information : les informations personnelles (mises à jour de statuts, partages de photos, créations d’évènements), les relais d’informations (partages), et le suivi de l’actualité des pages que l’on aime. Sur Tweeter, tout est mis sur le même plan : tweet (infos personnelles), retweet (partage), abonnements et abonnés (suivi d’actualité). Non seulement, l’information m’est directement fournie, instantanément – on me donne la becquée – mais en plus, il n’y a plus aucune différence entre ce que je suis, ce que je publie et ce que je recueille comme information. Je suis acteur, auteur et censeur de l’information publiée.

Plussoyer ou plussoir ?

Hier sur Facebook, une de mes amies manifeste sa perplexité : « Mais ça veut dire quoi « je plussoie » ? Mais ça vient d’où? l’étymologie? la construction du mot? bref. Ça sort d’où ce truc ? » Sa question ayant suscité chez moi un début de curiosité, j’essaye de construire un verbe qui pourrait dériver de cette première personne du singulier. Je plussoie : verbe du premier groupe (ployer, nettoyer…) ou du troisième groupe (asseoir, voir, croire…). En gros, plussoyer ou plussoir ? je ne vais pas me laisser arrêter par le doute, je décide de construire un mot en rajoutant [ment] à la fin : plussoiement. Et voilà ce que je trouve :

Ce qui n’est pas nouveau, c’est que l’on fabrique des mots à partir de nouvelles pratiques, des mots qui, à l’étonnement de l’amie en question, finissent dans le dictionnaire. Et encore, pour celui-ci, les Dupond et Dupont n’ont-ils pas tout inventé ? Je dirais même plus, n’ont-il vas tout inpenté ? Ici, ce qui m’a surtout amusée, c’est le détail de cette définition : on y apprend donc que plussoir est moins courant et que le contraire de plussoyer est moinsoyer, dont l’emploi est rare. C’est sûr que moi, quand je vais faire un commentaire sur quelque chose qui ne m’emballe pas du tout, je vais tout de suite dire : je moinsoie à cette allégation. Enfin, c’est toujours bon à savoir…

A travers les plussoiements et du coup, je suppose, les moinssoiements (on ne va pas pinailler), c’est de l’expression des émotions sur Internet dont je suis curieuse. Pas seulement de ce simple clic qui nous fait « Liker » quelque chose sur Facebook, et qu’un article de Télérama (déjà cité) analyse ici. Pas seulement non plus la manie des « retweet » sur Twitter, les « J’aime » et « Je n’aime pas » sur YouTube, ou encore les pratiques de référencement (en gros, décrire un document numérique à l’aide d’un certain nombre de tags pour le mettre en valeur).

Il y a aussi toute cette palette d’émoticônes que l’on ajoute à chaque fois que l’on discute avec quelqu’un : clin d’oeil, sourire, large sourire, sourcils froncés inspirés de l’univers des mangas, ange ou démon, coeur, etc. Toute cette artillerie qui sert à donner au discours un aspect verbal dont le privent le clavier et la souris, et à laquelle s’ajoute les expressions minimalistes de l’humour et de la complicité : lol, mdr, omg, etc. Lors de ma dernière conversation d’hier soir sur Facebook, j’ai employé 8 fois le terme « lol », 2 fois « mdr » en l’espace d’une demi-heure de discussion.

Le plus dur à traduire, dans ce genre de discussion, et même lorsque l’on écrit sur un blog ou lorsque l’on commente un article, c’est l’ironie, même à grands renforts de « lol », « mdr » et clins d’oeil.

Hier, autre discussion sur Facebook. Je parle avec une ancienne camarade de formation de certaines émissions de télévision, qui donnent envie de pleurer, ce que je surnomme « les abysses de la télé ». Parmi elles, les différentes variantes des Chtis et des Marseillais : un défilé de têtes remplies d’eau chaude qui feraient passer n’importe qui d’autre pour un prix Nobel de littérature, et l’émission « Le jour où tout a basculé », qui allie l’intensité émotionnelle de Toute une histoire et les qualités d’un scénario de Plus belle la vie… Nous spéculons sur ce que pourrait provoquer comme résultats la torture de passer une journée entière, cloîtrés, à regarder ces émissions. Elles nous feraient sans dénoncer père et mère, voire même nos animaux domestiques, pour des crimes imaginaires. J’ajoute que cela reviendrait à passer la journée avec mon élève préféré… J’écris la phrase telle quelle, sans lol, mdr ou émoticônes. L’ironie est ici imperceptible : l’amie me demande si je ne parle pas plutôt de mon élève « pestiféré ». Si j’avais voulu laisser la phrase sans abréviations ou smileys, j’aurais sans doute dû déformer le mot pour lui donner la forme du son qu’il aurait eu à l’oral : mon élève « prrréééffééérrrééé ».

Dans un de ses commentaires sur mon blog, Sky revient sur le fait que je n’ai pas lu Fifty shades of Grey et réplique « tu ne sais pas ce que tu rates ». Malgré mes connaissances de la personnalité de Sky et, dans une moindre mesure, de ses goûts littéraires, sur quoi puis-je me fonder pour déterminer si sa remarque est ironique ou non ? Je ne fais que spéculer. Je choisis donc un moyen terme et je réponds sur ce que j’ai entendu dire du livre et de la qualité (soit disant absente) de son écriture. Ainsi, je ne me lance pas dans une diatribe radicale « Quoi, tu lis cette feuille de chou avec laquelle je ne voudrais même pas emballer un poisson ? » et j’anticipe l’ironie probable. Quelques heures plus tard, un nouveau commentaire de Sky : c’était bel et bien de l’ironie, suivie de conseils littéraires renvoyant davantage à Sade qu’à ce pavé gris.

En tout cas, j’essaye d’imaginer un discours d’homme politique ou l’intervention d’un journaliste, le discours de remerciements d’une personnalité récompensée d’un prix, et qui ne seraient composées que de lol, de mdr, ou de ces autres expressions minimalistes du web et des sms. Au lieu des : « Etant donné la conjoncture actuelle, j’ose espérer que les négociations avec les différents acteurs porteront leurs fruits », nous aurions « Je Like cet échange. Je vous skype quand vous voulez. Lol »

Dépendance numérique

« L’essayer, c’est l’adopter. »

Dans mes lectures d’aujourd’hui, j’ai retrouvé, formulée de différentes manières la question de notre rapport à Internet et aux usages du numérique. Olivier Le Deuff, sur son blog « Le guide des égarés », l’analyse sous un angle anthropologique, dans son article « L’homme documenté ». L’autre moi que nous utilisons lorsque nous naviguons sur Internet – notre identité numérique – nous complète, et en fonction de nos usages et de notre compréhension d’Internet, nous sert ou nous dessert. Notre réalité humaine, culturelle, sociale, professionnelle, devient une réalité augmentée par ce dédoublement numérique plus ou moins bien géré. Olivier Le Deuff nous recommande donc d’être les propres acteurs de cette construction identitaire permanente, faite de tags, de liens, bref, de traces, qu’il ne faut ni déléguer, ni délaisser, au risque d’en perdre la maîtrise. C’est la nécessité d’une culture informationnelle et d’une « méfiance cordiale » à l’égard d’Internet (voir également les textes d’Alexandre Serres sur l’évaluation de l’information, par exemple ici) qui me semble ici soulignée.

Dans l’article de Xavier de la Porte sur Internet Actu, « Les smartphones ont-ils tué l’ennui ? », ce qui est mis en avant, ce n’est plus la gestion des données personnelles et le référencement sur Internet, mais la fréquence d’utilisation des outils. On passe de l’économie de l’information à l’économie de l’attention. Il s’appuie sur un article de Doug Cross sur CNN, qui étudie la manière dont les personnes « gère » l’ennui et l’attente, chez le médecin, à la caisse d’un cinéma, dans les transports en commun, avec des gestes qui deviennent des automatismes. Ils consultent leurs mails, envoient des textos, lancent leurs applications – jeux, météo, trafic routier, restaurants et bars « Around me », presse – bref, ont les yeux rivés sur leurs écrans et s’abstraient de leur environnement proche.

Ce n’est pourtant pas abolir l’ennui que s’enfermer dans une bulle, comme toutes celles que l’on voit autour de ceux qui prennent le métro, ceux qui secouent la tête en cadence de la musique qu’ils ont sur les oreilles, ceux qui offrent à la cantonade une conversation téléphonique sensée être privée ou ceux qui s’interpellent d’un bout à l’autre de la rame… J’y participe moi-même à grands renforts de smartphone, liseuse, Ipod, etc. Mais je ne prends pas ça pour une perte d’ennui. Lorsque l’on navigue sur Internet, on peut certes se lancer dans des explorations de lien en lien (butinage) mais, en ce qui me concerne, j’en reviens toujours, aussi bien dans le cadre professionnel que dans le cadre privé, à la même dizaine de sites dont je surveille avec anxiété les mises à jour. Ma fréquentation de ces quelques sites est assez addictive et elle me rappelle cet homme incarné par Michel Serrault dans Nelly et Monsieur Arnaud, résolu à se séparer de sa bibliothèque, parce qu’à un certain âge, on ne relit plus que « les deux ou trois mêmes bouquins ».

Alors oui, on s’ennuie sur Internet, et on choisit même de s’y ennuyer volontairement, d’assumer cet ennui, même si l’on se donne l’impression d’être au beau milieu d’un rêve éveillé, rêvé par des millions d’êtres autour de soi, noyés et somnambules, mais qu’on ne partage avec personne  (sauf sur les réseaux sociaux), et qui reste individuel et isolé.

Facebook : pourquoi tant d’amour ?

Je ne résiste pas au plaisir de faire le lien vers cet article de Télérama :

http://www.telerama.fr/medias/de-quoi-le-bouton-like-de-facebook-est-il-le-nom,87567.php

Des articles avaient déjà été publiés sur ce que révélait la mise à jour du statut de la personnalité de l’internaute, égocentrique, m’as-tu vu, voire légèrement suicidaire. Il est intéressant de voir tout ce qui peut être contenu dans un seul petit « clic ».

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