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Portrait d’un groupe de femmes

Il y a peu, Eva et moi avons publié sur nos blogs respectifs des « articles conjoints » sur ces actrices qui brillent par le jeu monochrome. Nos articles étaient-ils justes ou méchants gratuitement, chacun est libre de son opinion. Cependant, l’argument que nous avons toutes les deux retenu – et qui nous a été suggéré par une amie d’Eva, c’est que la faute n’en incombe pas forcément aux actrices, mais plutôt à ceux qui les dirigent.

C’est donc à cette amie – que je ne connais pas personnellement – qu’est dédié cet article, dont le titre est librement inspiré d’un merveilleux film avec Romy Schneider. Voici un petit billet sur les réalisatrices. Il n’étudiera pas la technique cinématographique, ni les motivations psychologiques, encore moins les sujets de prédilection. Il se contentera d’évoquer, de manière totalement subjective, quelques-unes des plus belles personnalités cinématographiques féminines (et françaises – j’avoue mon ignorance en ce qui concerne les autres nationalités, et je suis ouverte à toute suggestion).

Avant toute chose

Edward Hopper

Edward Hopper

Curieusement, j’ai l’impression que les réalisatrices dirigent assez peu souvent un homme en particulier ou un groupe d’hommes. Les films de réalisatrices que j’ai pu voir étaient soit :

  • des films autour d’une femme
  • des films sur un groupe de femmes
  • des films sur un couple ou un groupe mixte

Du coup, si l’on peut aisément constater et évoquer les rapports entre un réalisateur homme et son ou ses actrices – chaque réalisateur ayant sa ou ses muses (Hitchcock et ses blondes, Chaplin, Bergman, Truffaut, Godard, Sautet…) au même titre que les écrivains, les peintres… – il est beaucoup plus difficile d’évoquer les relations entre une réalisatrice et un acteur. En tout cas, la chose ne me frappe pas. Est-ce un tabou ? Est-ce par pudeur ? Ai-je manqué des rencontres entre réalisatrice et acteur ? Je l’ignore.

Ce qui frappe également, c’est la propension des réalisatrices à être soit des anciennes comédiennes (l’envie de passer derrière la caméra), soit des personnes ayant baigné, parfois dès le plus jeune âge, dans l’univers du cinéma (fille de, soeur de, et autres liens de parenté). Dans la première catégorie, on retrouve notamment Agnès Jaoui, Zabou Breitman ou Diane Kurys. Dans la seconde, Tonie Marshall ou Danièle Thompson. L’une des seules exceptions notables est Agnès Varda, qui est à l’origine photographe, et, si l’on peut excuser cette formulation, réalisatrice « ex-nihilo ».

Petit florilège de films et d’univers féminins

Je ne vais pas davantage m’attarder sur cette introduction. Je commencerai par présenter quelques-uns des films réalisés par des femmes, qui m’ont touché ; puis je sortirai un peu de ce cadre pour évoquer, selon moi, les plus beaux portraits de femmes au cinéma.

Commençons par les fondamentaux. Je n’ai vu qu’un film de Varda. Un seul. Je n’ai jamais vu Cléo de 5 à 7. Et pourtant celui que j’ai vu m’a laissé un souvenir inoubliable : L’une chante et l’autre pas. C’était un film magnifique, sur deux femmes et leur parcours féminin et féministe entre 1962 et 1976. Parfois, il suffit de ne voir qu’une fois un film pour qu’il s’attarde en nous. On peut en oublier les images, les dialogues, la trame, mais on n’en oublie pas pour autant la saveur et l’intelligence. L’une chante et l’autre pas fait partie de ces films. Ces deux femmes-là, on les voit, on les aime, on les suit, et elles vous restent. Si jamais vous avez l’occasion de les découvrir, ne la ratez pas !

L’un des univers féminins que j’aime le plus, c’est celui de Diane Kurys. Pas seulement parce qu’elle a réalisé Diabolo menthe, un très joli film autobiographique sur son enfance (et celle de sa soeur) dans les années 60. Certes, Diabolo menthe est touchant, émouvant, drôle. Mais je préfère la Diane Kurys qui a réalisé il y a peu le biopic sur Sagan, et qui a magnifiquement dirigé, non seulement Sylvie Testud, mais aussi tout un petit groupe de comédiens brillants (Jeanne Balibar, Guillaume Gallienne, Pierre Palmade, Denis Podalydès) dans ce film. Ce n’est pas un biopic pour faire un biopic, et Kurys ne se contente pas de reconstituer, à grand renfort de maquillage ; c’est un superbe portrait de groupe.

J’ai aimé les films d’Anne Fontaine, Nathalie…, l’histoire d’une femme qui veut piéger son mari infidèle avec l’aide d’une prostituée, et La Fille de Monaco, où, pour le coup, cette réalisatrice dirige sans fausse note un Fabrice Luchini, avocat brillant, qui perd complètement pied devant une présentatrice météo locale – le cliché de la blonde dans toute sa splendeur.

J’ai trouvé superbe l’un des films de Zabou Breitman, Se souvenir des belles choses, un film sur la mémoire, et l’histoire d’amour entre une jeune fille qui la perd et un homme qui la retrouve. Jeanne Labrune, quant à elle, fait des films sur des situations, des quiproquos, des petites choses éphémères, l’anodin, le quotidien, les tics et les manies des gens. Ces films font partie de ce qu’on appelle les « films chorales », où les gens n’en finissent pas de se croiser, de se perdre et de se retrouver par hasard (voir Ça ira mieux demain).

De Danièle Thompson, j’ai aimé Décalage horaire, avec le couple improbable de Juliette Binoche et Jean Reno ; et Fauteuils d’orchestre, lui aussi film chorale, qui s’attardent sur les petits métiers qui observent de loin la scène d’un théâtre (gardienne, serveuse, etc.). De Tonie Marshall, Vénus beauté institut, mais pour Nathalie Baye, pas pour Audrey Tautou ni pour Mathilde Seigner ; et Au plus près du paradis, film étrange qui se remémore un autre film, Elle et lui, et où Deneuve déborde de l’écran.

Et bien-sûr, on ne peut pas évoquer les réalisatrices françaises sans parler d’Agnès Jaoui, même si je la préfère de beaucoup en comédienne, dans Un air de famille (dont elle est co-scénariste de toute façon) et On connaît la chanson (co-scénariste aussi).

Voilà pour les femmes réalisatrices.

Portraits de femmes

À présent, ça se corse : j’élargis un petit peu (je sors de France aussi). De beaux personnages de femmes, réalisés par des hommes, selon moi :

  • Romy Schneider dans La Banquière – le portrait d’une femme libre et effrontée dans les années 20, inspirée par le personnage de Marthe Hanau ;
  • les femmes dans le cinéma d’Almodovar. Almodovar filme les femmes à merveille. Surtout dans Talons aiguilles, Tout sur ma mère et Volver.
  • Anne Bancroft dans Le Lauréat, avec Dustin Hoffman. J’ai toujours eu un faible pour Mrs Robinson. Si vous pouvez voir la même Anne Bancroft dans À la recherche de Garbo, de Sidney Lumet, vous êtes quelqu’un de très chanceux !
  • Ça remonte loin, mais il y a aussi Danielle Darrieux dans Madame de, de Max Ophuls et Bette Davis dans Eve, de Mankiewicz. La grande classe.
  • Meryl Streep dans Sur la route de Madison, de et avec Clint Eastwood, et dans The Hours, accompagnée de Nicole Kidman – une incroyable Virginia Woolf – et de Julianne Moore.
  • Et pour un retour en France, Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier (mais surtout Charlotte Rampling) dans Swimming Pool, de François Ozon.

A l’assaut des minaudantes !

Je minaude, tu minaudes, vous minaudez…

Le visage est un masque qui ne prend qu’une seule et unique expression. Les yeux sont écarquillés, les lèvres s’avancent dans une petite grimace qui se veut adorable et qui n’est qu’exaspérante. Moue, mine, petite voix qui agace l’oreille. Le visage peut changer, la moue reste la même. Blonde ou brune, grande ou petite, l’actrice est une minaudante.

Minaudante, c’est le nom qu’avec Eva, thèsarde adepte de foutaises et d’échanges inter-blogaux ; nous avons attribué à ces comédiennes d’une seule expression. C’est aussi le défaut de ces filles-là, qui ont marqué les esprits, heureusement ou malheureusement, avec un grand rôle où elles ont été soit disant révélées. Une fois que le rôle principal est décroché, nul besoin de faire davantage d’efforts, après tout : pourquoi se contenter de jouer alors qu’on a juste à être ? Et ces comédiennes, fortes des exemples qui les entourent, vont s’enfermer (ou être enfermées) dans un seul rôle : celle qui minaude.

Il est difficile de comprendre ce mécanisme qui semble typiquement français, et par lequel Depardieu ne fait que du Depardieu, Deneuve a le talent plus ou moins évident de caricaturer Deneuve, etc., etc.

La minaudante est donc le dernier bastion de la femme et de la comédienne française réduite à son minima dramaturgique et intellectuelle. Au 21e siècle, elle reste cette petite chose fragile et exaspérante que l’homme doit protéger et subir – et pourtant je suis loin d’être une féministe déchaînée.

Les mythes féminins au cinéma

Cauchemar, Füssli

Elle est l’héritière des mythes cinématographiques successifs : la femme soumise, la femme fragile et l’héroïne en danger, celle qui ouvre une bouche démesurée par la surprise, celle qui hurle sous les menaces du tueur et du monstre, celle qui s’évanouit de terreur. La femme modèle, idéale, femme au foyer parfois, en tout cas parfaite, les ongles peints, le brushing inaltérable.

Cette femme-là, personne ne l’a mieux incarné que Lauren Bacall dans le film de Vincente Minelli, La Femme modèle. Elle est la femme impeccable qui se change trois fois par jour, la femme radieuse et épanouie, mais qui hurle à la vue du sang ou qui s’évanouit lorsqu’elle voit son homme en danger. Ironie, caricature, Lauren Bacall y est merveilleuse parce que justement, c’est une comédienne, et non une actrice. Elle a le talent de se moquer des femmes, et en particulier d’elle-même. Elle fait des mines, qui ne sont que celles de son personnage, et qu’elle abandonnera dans un autre film où le personnage sera tout autre.

Mais d’autres prendront cette mine, cet air de « je souffle sur mon vernis à ongles pour le faire sécher » pour argent comptant, et en feront leur marque de fabrique. Elles auront dès lors toujours l’air d’attendre que leur vernis à ongles soit sec.

Minauder, à la française…

Parmi ces minaudantes, on retrouve pêle-mêle : Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Judith Godrèche, Marion Cotillard. Désolée si je taille dans le vif. Je laisse à Eva les deux premières (c’est la semaine de l’échange, et je connais sa prédilection pour ces deux-là) qu’elle vous présente dans son dernier article.

Judith Godrèche est la minaudante par excellence. Je ne m’abaisserai pas à faire des plaisanteries sur son nom, mais je me risquerai tout de même à dire qu’elle le porte bien. Je n’ai jamais vu quelqu’un chez qui, excusez la charge, le mot désigne aussi bien la chose. Depuis Ridicule, où elle incarne une jeune femme scientifique et résolue à l’aube de la Révolution française, elle a gardé cet air exaspérant de « blonde » qu’on est obligé de prendre au second degré. L’exemple le plus frappant est L’Auberge espagnole où ses répliques sont d’une niaiserie achevée : « Xavier, vous me trouvez coincée ? » Sans blague ! Je compatis tout de même : c’est difficile de jouer les cruches, et de ne jouer que cela, et de faire si peu d’efforts que le réalisateur pense qu’on ne peut jouer que ça. Il faut une bonne dose d’auto-dérision, de dignité intérieure et d’abandon de soi pour se résoudre à de tels rôles. Du moins je l’espère pour elle !

Passons à Marion Cotillard. C’est une autre paire de manches. Excellente dans Un long dimanche de fiançailles (il faut dire que n’importe quel rôle féminin peut sembler profond à côté d’Audrey Tautou), tout le monde l’a trouvée grandiose dans La Môme, moi comprise. Elle a dû croire qu’avec un Oscar, on n’a plus rien à prouver à personne, et depuis, elle garde la même moue exaspérée, qu’on peut traduire « Je suis la femme par excellence et vous n’êtes que des insectes ».

Elle est aussi révélatrice d’une réalité incroyable propre aux minaudantes. Les minaudantes, qui, avec courage et audace sortiront de leur cadre deviendront de vraies actrices (Deneuve en est le plus bel exemple, après qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’est autre chose). Les autres, même dans un bon rôle, resteront minaudantes (Marion Cotillard dans The Dark knight rises et dans Inception). Sans audace, elles ne sortent pas du moule, et sont condamnées à une mort artistique – et physique – que l’on peut résumer par l’adage shakespearien : beaucoup de bruit pour rien.

L’allure et le ton

Les acteurs français ne sont pas non plus dénués de ces airs et de ces mines. J’en veux pour exemple Clovis Cornillac, qui joue toutes ses scènes (colère, bonne humeur, désespoir) avec l’air désabusé du type qui constate qu’il n’y a rien à la télé ce soir.

Les minaudantes – et leurs homologues masculins – diront tout de la même manière. Un exercice de style sans audace ni prise de risque qui ferait ressembler chacune de leurs répliques, quelle qu’elle soit, à un échange avec son voisin de table : « Passe-moi le sel ! » A ceci près que c’est de sel (et de tout corps) que manque leur jeu !

Et pourtant, il y a de l’espoir. Comme je l’ai dit, il suffit d’un peu d’audace pour sortir du cadre. Finalement, si l’on peut distinguer actrices et comédiennes, et si les minaudantes sont définitivement à ranger parmi les premières, d’autres catégories sont à l’oeuvre dans le cinéma français :

  1. Les monstres sacrés : comédiennes parvenues à maturité, anciennes minaudantes ou non, et dont le fait d’être suffit à justifier qu’elles apparaissent dans un film – mais elles, justement, en sont à un tel stade de leur carrière, qu’elles n’ont plus rien à prouver à quiconque. Deneuve, Ardant, Huppert, Adjani, et j’en passe.
  2. Les épanouissements progressifs. Ces comédiennes que l’on croit cantonnées à un même rôle, mais qui, ne vous y trompez pas, sont prêtes à tout pour surprendre. La plus belle démonstration d’audace. L’exemple le plus frappant est celui de Catherine Frot, que l’on croit au début cantonnée aux rôles de bille de clown, mais qui est juste magnifique dans les rôles dramatiques, qui sont les plus beaux de sa carrière : La Tourneuse de pages, Le Passager de l’été, L’Empreinte. Une vraie comédienne, issue des planches, et qui le prouve à chaque instant. On peut aussi compter parmi elles Sylvie Testud qui ne s’est jamais laissée enfermer dans quoi que ce soit…
  3. Les jeunes pousses prometteuses. Seront-elles minaudantes, passé un premier rôle convaincant, l’avenir le dira… du moment qu’elles sortent de l’étiquette bien rangée du « meilleur espoir ».

Cruel cet article ? Peut-être. Les jugements qui s’y expriment peuvent paraître sans appel. Je ne prend pas souvent parti contre. Je préfère toujours l’éloge au blâme. J’ose espérer que ces minaudantes qui me déplaisent aujourd’hui auront une maturité qui les montrera sous un autre jour, qui me les révélera. Je ne leur demande que ça. Et j’espère pour le cinéma français que les jeunes pousses d’aujourd’hui seront les monstres sacrés de demain. Sur ce, je laisse la parole à Eva pour continuer le massacre…

L’éternelle jeunesse des enfants du cinéma

Vous ne vieillirez pas…

On les connaît davantage par le personnage qu’ils ont incarné que par leur prénom et leur nom de famille. Dans notre mémoire, ils s’appellent, et s’appelleront toujours, Paulette, Michel, Antoine, Zazie, Victor, Petit Gibus ou Anne.

Jeux_interdits

De même qu’on ne peut imaginer les êtres qu’on admire changer ou se livrer aux règles de la vie quotidienne – boire, manger, aller aux toilettes, de même il est difficile d’imaginer un seul instant que ces enfants puissent vieillir.

Dans notre imaginaire de cinéphile, ils échappent aux règles du temps. Ils ne peuvent prendre aucune ride, et encore moins mourir : ce serait nous trahir, trahir l’enfant qui demeure en nous et qui a, un jour, contemplé cette jeunesse dans le miroir tendu du film.

C’est peut-être pour cette raison que, bien souvent, une fois l’état de grâce envolé, une fois l’enfance physique abolie, et l’insouciance, la spontanéité, le charme qui l’entouraient disparus, les enfants du cinéma eux-mêmes s’évanouissent. Ils nous abandonnent tout autant que nous les abandonnons. On ne leur laisse généralement aucune seconde chance.

Les exceptions restent rares : Brigitte Fossey (Paulette dans Jeux interdits), après avoir magnifiquement joué dans L’Homme qui aimait les femmes et dans Raphaël ou le débauché, entre autres, deviendra la mère d’une autre enfant du cinéma, Vic, Sophie Marceau dans La Boum. Jean-Pierre Léaud, après Les Quatre cents coups, incarnera pour toujours la jeune garde de la Nouvelle vague. Et il aurait été dommage de ne pas voir s’épanouir la Charlotte Gainsbourg de L’Effrontée dans Ma femme est une actrice ou Prête-moi ta main.

 Les mémorables oubliés

Mais les autres ? Ceux pour qui le temps a figé l’instant de grâce dans la seule expérience cinématographique que nous ayons d’eux ? Ils sont pour nous moins des êtres vivants que des personnages, mais parfois la curiosité l’emporte : y’a-t-il une vie après l’enfance ? Ce genre de question peut prendre des allures un tantinet mélo : on se croirait dans une émission « appel à témoins », ou dans une série télévisée « portés disparus ».

Les enfants du cinéma

Pourtant, François-Guillaume Lorrain, l’auteur des Enfants du cinéma, paru en édition poche en mai 2013 (édition originale chez Grasset en 2011), ne tombe jamais dans le mélo, le pathos ou le voyeurisme. Son propos est toujours d’une rare élégance, teintée de nostalgie. De Jeux Interdits jusqu’à Au revoir les enfants, il observe ces différents visages de l’enfance : ceux et celles qui ont réussi le passage à l’âge adulte, ceux qui ont renié ce passé auxquels on les rappelle sans cesse, ceux qui regrettent, ceux qui n’ont pas laissé de traces, ceux qui cultivent le souvenir.

A la recherche de l’enfant perdu

Souvent le texte est la retranscription de l’enquête. L’auteur ressemble alors à ces rois sans divertissement qu’ont imaginé Pascal et Giono, et pour qui la chasse importe peut-être davantage que la prise. En effet, Lorrain nous rapporte les courriers, les coups de téléphone, les recherches (dans le bottin, dans les archives, mais aussi sur Google et Facebook), pour retrouver les oiseaux rares. Il évoque les obstacles : les changements d’adresse et de noms, la mémoire balbutiante ou la disparition des témoins directs. À ce moment, le livre a des accents de romans à suspense, et l’on voudrait sauter quelques pages pour savoir : perdus ou retrouvés ?

Retrouvés, l’enfant sauvage Jean-Pierre Cargol retourné à son univers gitan et l’espiègle Zazie devenue professeure. Perdus, sans laisser d’adresse, le fidèle ami d’Antoine Doinel, René, dans Les Quatre cents coups, et le petit Momo qui donne la réplique à Simone Signoret dans La Vie devant soi.

Cette quête de René, le petit blond avec lequel Doinel fume des cigarettes et fait l’école buissonnière, est l’un des épisodes du livre qui m’a le plus passionnée. Pas seulement parce qu’il s’agit de retrouver un des comédiens de Truffaut, mais parce que l’auteur semble à la poursuite d’une chimère qui n’en finira pas de lui échapper :

« Pourquoi ai-je jeté mon dévolu sur lui ? Il n’a que le second rôle. Il figure pourtant là, très souvent, dans notre champ de vision, presque autant que l’autre. Mais il est le garçon d’à côté, qu’on ne remarque pas, que le regard escamote. La postérité l’a oublié. On ne se souvient que de l’autre. Exclusivement. Injustement. Antoine Doinel est entré dans l’histoire. Jean-Pierre Léaud a volé la vedette, bouffé la pellicule. L’anonyme est son copain, son ombre, son Sancho Pança, son Sganarelle. (…) C’est pourtant lui que j’ai retenu. Il y a évidemment de la malchance à débuter aux côtés d’un phénomène nommé Léaud. Comment ne pas éprouver de la tendresse pour ce malchanceux ? Sur l’écran, Patrick Auffay perd déjà la partie. Dans la vie, il va continuer à la perdre, s’éclipsant sur la pointe des pieds loin du cinéma. »

Voilà pour les disparus… qu’en est-il des retrouvés ? Il y a ceux qui restent dans l’univers artistique, ceux qui se sont convertis en photographes, en assistants, en metteurs en scène. Et il y a les autres, qui ont changé de trajectoire, parfois à regrets, parfois résolument : ceux qui travaillent dans une banque ou un garage, pendant que d’autres sont devenus directrice d’une agence de mannequin (la petite Anne de Diabolo menthe), mathématicien reconnu récompensé de la médaille Field (le petit Max de La Passante du sans-souci, dernier film de Romy Schneider), ou gardien de la mémoire paternelle (Michaël Chaplin, seul et unique exemple du cinéma anglo-saxon dans ce livre consacré aux enfants du cinéma français).

Ce dernier nous dévoile d’ailleurs un aspect inattendu et cruel de l’enfant « fils de », celui du vilain petit canard. Mauvais élève, acteur d’Un roi à New-York aux côtés de son père, il a longtemps vécu en marges de la « dynastie » Chaplin, qui lui avait coupé les vivres. Il a connu la dèche à laquelle son père avait échappé pour devenir Charlot. Il a publié un brûlot sur celui-ci après la parution de l’inoubliable autobiographie de Chaplin. Aujourd’hui, il est engagé dans la fondation Chaplin avec ses frères et sœurs.

Mémoires d’enfances

Qu’ils se terminent ou non par des retrouvailles, les différents épisodes de ce livre surprendront toujours. Lorrain trouve le ton juste, entre l’émotion et le suspense, jamais intrusif, mais bienveillant, étonné, et soucieux de sauvegarder la magie qu’ont incarné un jour ses rencontres.

Lorsque le livre se referme, on ne se sent pas rassasié. Emerveillement où se mêlent quelques regrets, que viendra peut-être soigner un prochain livre, on l’espère en tout cas : où sont les enfants de L’Argent de poche ? Qu’est devenue la petite qui jouait Natty Gann (suis-je la seule à avoir adoré cet homologue féminin du héros de Croc blanc) ? Et le petit garçon de La Vie est belle, de Roberto Benigni, et Toto de Cinéma Paradiso ? «Mais où sont les neiges d’antan ?»

Ce livre nous laisse comme des enfants, insatiables, curieux et rêveurs.

Le Hollywood des anonymes (ou presque)…

Voici comme promis la seconde partie de ma série d’articles consacrés à Hollywood. J’ai dû attendre, pour ce second article, une accalmie – tout à fait temporaire – dans le planning plutôt chargé de mon côté DOC, pour ces dernières semaines. J’ai aussi succombé à la tentation de répondre à cette chaîne qui ne s’assume pas du Liebster Blog Award, même si cela m’a permis de constater combien ma comparse de blog, Eva de Thèse Antithèse Foutaises, était tout aussi gentille que brillante et loufoque

Le monde fantasmé des stars

Après avoir évoqué le glamour, les feux de la rampe – ou des projecteurs, le faste des costumes, le strass et les paillettes, la rubrique people, le star system, bref, le devant de la scène, voici l’envers du décor… c’est fou le nombre d’expressions imagées que l’on peut trouver sur le monde du spectacle !

J’ai l’habitude de faire généralement un long préambule avant de présenter mon compte-rendu de lecture. Faisons comme si ce préambule était déjà contenu dans mon article consacré au Hollywood des stars. Tout cet univers sur-représenté, traqué, harcelé par la presse « de caniveau » entre les années 1915 et 1970, cible du regard des journalistes et de l’amour et du désamour du public. Ce même public qui ne sait plus très bien, à propos des stars, ce qui appartient au mythe ou à la réalité, au fantasme ou à la vérité… ce public qui voit tout avec des verres grossissants, mais qui ne s’imagine pas un instant SA star fétiche utiliser les toilettes ou s’incarner d’une quelconque manière.

Un livre, son titre et son auteur : la réputation fait le titre.

C’est à ce même public, gourmand en anecdotes et en rêves de grandeur, qu’est destiné le petit livre qui nous intéresse. A toutes les midinettes des années 60 qui imitent Marilyn (sauf à la fin) ou Ava Gardner devant leur miroir et tous les jeunes ambitieux qui veulent être le nouveau James Dean (sauf à la fin) ou le dernier Marlon Brando.

Comment réussir (ou presque) à Hollywood

Ce livre, c’est… Comment réussir (ou presque) à Hollywood : les conseils du plus mauvais cinéaste de l’histoire (The Hollywood Rat Race) de Ed Wood. Deux remarques : la première, c’est que le titre original est tout à fait réjouissant : La course de rat hollywoodienne – elle me fait penser au conte du Joueur de flûte de Hamelin. La seconde, c’est à propos de son auteur. Le sous-titre français du livre n’apparaît pas dans la version originale.

Ed Wood est passé à la postérité principalement pour ses films improbables, aux effets spéciaux et aux faux raccords presque surréalistes. Il fait partie de ces personnages victimes d’une légende persistante, due à quelques articles, et qui donne ce genre de raccourci de la pensée, même pour ceux (comme moi) qui n’ont pas vu ses films : Ed Wood serait le plus mauvais cinéaste de l’histoire.

Il a fait l’objet d’un film de Tim Burton, réalisateur dont j’ai vu beaucoup de films, jusqu’aux plus récents, mais justement pas celui-ci.

C’est donc pour son titre et pour son sous-titre que j’ai choisi ce livre, écrit en 1965, publié pour la première fois en 1998  aux Etats-Unis, et traduit en français et publié aux éditions Capricci en mars 2013.

Guide de survie au pays du cinéma

Et pourtant, il n’y a rien de fantaisiste ni de léger dans cet ouvrage. Le ton est bienveillant, mais grinçant, et des plus cyniques. Le regard est désabusé. Ed Wood n’est pas un promoteur immobilier, ni un profiteur aux dents longues. C’est un acteur – réalisateur – producteur – scénariste – écrivain, revenu de toutes ses illusions sur la Mecque du cinéma, et qui cherche à les épargner à d’autres.

Il s’adresse directement aux fans de cinéma, aux lecteurs de revues et aux collectionneurs de photographies, bref à tous ceux qui ont songé, à un moment de leur très ennuyeuse vie à la Madame Bovary, « Pourquoi pas moi ? »

Tout part donc d’une erreur : il suffit d’aimer le cinéma et ses stars, et d’aller à Hollywood, pour pouvoir faire carrière :

Cap sur Hollywood ! Vous allez essayer de faire carrière sous l’oeil magique de la caméra. […] Vous allez faire sensation dans les studios. Vous voilà arrivée à Hollywood. Et Hollywood ne va pas tarder à le savoir, qu’on se le dise !

Evidemment, plus dure sera la chute. La personne folle d’espoir, pleine de rêves et de rien d’autre, se ruine (la vie est chère), et se trompe (elle croit être la seule à venir tenter sa chance, et se présente, sûre de susciter l’adhésion immédiate dans le regard des rares personnes qu’elle va croiser).

Vous quittez la capitale mondiale du glamour sans avoir vu la moindre caméra […] Vous n’avez même pas vu une star de cinéma […] Vous êtes venue, vous n’avez pas vu, vous n’avez pas joué la comédie. Vous vous êtes ruinée et êtes partie sans avoir jamais fait la moindre entaille dans l’armure d’Hollywood.

Alors, pour tous ceux pour qui le rêve reste néanmoins plus fort que la réalité triviale des studios et du quotidien, Ed Wood, malgré son ironie cinglante, va donner des conseils : savoir tout faire (jouer la comédie bien-sûr, nager, danser, monter à cheval, poser pour un photographe), avoir un agent, préférer exceller et durer dans les seconds rôles que vouloir à tout prix briller de manière éphémère dans les premiers, et ne jamais tricher.

Ses conseils vont être aussi plus pragmatique : où manger, où se loger, etc. Mais toujours, toujours, son regard sera sans illusions : impossible de vivre à Hollywood sans argent – à moins de loger sur le banc d’un parc, et impossible de faire carrière sans passer par le lit ou par les intentions plus ou moins explicites des uns et des autres. Hollywood, c’est du luxe et du sexe, point (presque) final.

Peinture au vitriol des rêves de stars

Je n’écris pas vraiment sur la ville ou sur ceux qui font les films. J’essaie de peindre un tableau factuel de ce qui vous arrive à vous, le nouvel arrivant, le gamin sans expérience auquel s’attaquent toutes les crapules qui l’aperçoivent.

Hollywood, univers des escrocs et des êtres sans scrupules. Si Ed Wood s’attarde à évoquer certains personnages professionnels (au sens noble du terme), dont le grand Bela Lugosi, qui a immortalisé Dracula, ces figures contrastent complètement avec l’univers moral de la ville. Cet ouvrage, bien qu’il demeure une véritable déclaration d’amour au cinéma et à Hollywood, mais pas son Hollywood contemporain, artificiel et dévoyé. Un Hollywood disparu où la ville incarnait réellement le cinéma, avec ses stars, qui elles aussi se sont évanouies.

En réalité, Hollywood n’existe plus. C’est un mélange d’ectoplasmes insignifiants, qui abondent entre la réalité et un monde virtuel.

On pourrait difficilement faire plus pessimiste.

C’est tout cela, Hollywood vue de l’intérieur. Dangers. Problèmes. Chagrins divers… Croyez-le ou non, votre vie est bien plus réelle que la scène hollywoodienne.

Du comédien au producteur, en passant par l’écrivain

Quelle que soit sa vision du mythe hollywoodien, Ed Wood va tout de même s’adresser à tous ceux qui tentent de survivre à Hollywood. Si son premier lecteur est la jeune fille naïve qui rêve de devenir actrice, ses conseils et ses avertissements sont aussi destinés au futur scénariste, au réalisateur en herbe et à l’apprenti producteur.

L’un des chapitres les plus beaux est celui consacré à l’écrivain : « Donc vous voulez être écrivain ? »

Comme jouer la comédie, écrire est un métier. Seulement il ne suffit pas de s’asseoir chaque matin avec son vieux crayon, ses feuilles de papier et ses grandes idées. Le plus souvent, on se retrouve assis devant une page blanche qui vous regarde fixement. Un bloc-notes rageur défiant chacune de vos pensées. Un plâtre blanc étouffant toutes vos pulsions. Mais tel est le monstre que vous devez combattre. Et une fois que vous avez pondu quelque chose, vous devez le relire pour vérifier que ce que vous avez écrit vous plaît. Puis déchirer tout, et recommencer.

Bref, loin de tout rêve et de toute illusion, amère mais juste et sincère, la vision d’Ed Wood, sa leçon, sa vérité, nous apprend une nouvelle fois que tous les mythes se construisent avec effort, que rien n’est jamais acquis, et que les rêves ne sont accessibles que si on se donne la peine, la vraie peine (comme dirait Truffaut, « 10% d’inspiration, 90% de transpiration », bref du travail, des larmes et de la sueur) d’y croire.

Dans les coulisses d’Hollywood, côté stars

Vous l’avez peut-être deviné, voici un nouveau petit voyage en deux parties, après les deux articles consacrés à Hitchcock au début de l’année. Grâce à mes deux lectures du moment, je vous invite à plonger dans l’intimité tantôt scabreuse, tantôt miteuse de la Mecque du cinéma.

Linda Wada

Linda Wada

Spectateurs et voyeurisme

Qu’il affiche un goût prononcé pour le cinéma d’auteur ou pour les films catastrophes, qu’il collectionne les affiches ou les autographes, qu’il vénère SA star avec un fanatisme pas trop envahissant ou qu’il soit complètement dérangé, le cinéphile est d’abord et avant tout un voyeur, qui observe d’autres voyeurs – réalisateurs, scénaristes, producteurs – eux-mêmes mettant en scène et se rinçant l’œil devant les névroses et les angoisses des comédiens et de leurs personnages.

De Fenêtre sur cour (1954) à Dans la maison (2012), il s’agit simplement d’imaginer, ou d’exagérer la vie d’un être qui n’est pas tout à fait ce qu’il laissait supposer. Représentant de commerce à l’épouse absente ou assassin méticuleux ? Famille de « la classe moyenne » ou créature aux multiples fins et aux multiples possibilités d’interprétation pour l’écrivain en herbe qui les observe ?

Les réalisateurs filment des voyeurs, pour notre plus grand bonheur à nous, qui ne pouvons pas nous empêcher de regarder ce qui se passe à une fenêtre éclairée ou derrière une porte laissée ouverte, comme l’explique parfaitement Hitchcock :

Je vous parie que neuf personnes sur dix, si elles voient de l’autre côté de la cour une femme qui se déshabille avant d’aller se coucher, ou simplement un homme qui fait du rangement dans sa chambre, ne pourront s’empêcher de regarder. Elles pourraient détourner le regard en disant « Cela ne me concerne pas », elles pourraient fermer leurs volets, eh bien ! elles ne le feront pas, elles s’attarderont pour regarder. (p.179, Hitchbook)

Les voyeurs et la machine à scandale

C’est donc tout naturellement qu’on lit, qu’on regarde, qu’on scrute, qu’on écoute. Les ragots, la rumeur, les potins, tout ce qui va du murmure jusqu’au vacarme du scandale enfin révélé nous comble généralement de joie, en tout cas nous permet de passer un agréable moment.

C’est la fameuse littérature de salon de coiffure : on pioche un magazine au hasard, vieux de six mois minimum, et on tombe sur une « affaire », ou sur un « drame », qui a bien dû être passionnant pour susciter tant d’intérêt à sa publication, mais qui n’est plus guère désormais que le moyen de calmer son angoisse pendant que le coiffeur nous massacre ou en attendant un détartrage…

Mais parfois cette presse de caniveau peut connaître une nouvelle heure de gloire, et peut susciter chez certains, une vocation d’archéologue, entre les épluchures de légumes et les croûtes de pizzas. Elle peut même se faire une place dans la mémoire du cinéma, en ayant dévoilé la fin tragique, le passé tumultueux ou le squelette dans le placard (formules éculées au possible) de telle ou telle étoile.

Dans les rues de la ville fantôme.

Restituer cette mémoire et cette atmosphère moitié clinquante, moitié empoisonnée de l’âge d’or hollywoodien, voilà l’esprit du livre de Kenneth Anger, Hollywood Babylone, publié en 1975, et pour la première fois en français aux éditions Tristam, en mars 2013.

hollywood babylone

C’est un livre de format souple, assez court – 300 pages, mais généreusement illustré – à la quatrième de couverture rose fluo, et à la première de couverture tape-à-l’œil, puisque dans toute sa longueur s’y étale Jayne Mansfield, sa plantureuse poitrine et sa blondeur.

Jamais un livre n’a autant proclamé et dénoncé, avec humour et parfois mélancolie, ce qu’il va mettre en scène : les flash des photographes, les scandales des people, le règne du faste et du faux.

L’ouvrage s’ouvre sur le poème d’un certain Don Blanding, poète américain de la première moitié du vingtième siècle :

Hollywood, Hollywood… / Fabuleuse Hollywood… / Babylone de Celluloïd, / Glorieuse, splendide… / Cité fiévreuse, / Frivole et consciencieuse…

Poétiquement, on a fait mieux. Voici un poème avec trop de –euse, et que l’on quitte volontiers pour retrouver l’évocation, bien meilleure, du Hollywood et de son âge d’or, sous le regard de Griffith et de son film Intolérance, réalisé avec faste en 1915 :

Une montagne d’échafaudages enchevêtrés, des jardins suspendus, des remparts pour courses de chars et de gigantesques éléphants, un mirage artificiel de la Mésopotamie, déposé sur les tranquilles maisons de style mission espagnole massées au milieu des orangeraies, qui composaient le Hollywood de 1915, en prélude aux temps à venir.

Les temps à venir, ce sont ceux des scandales du muet. J’ai déjà eu l’occasion de mentionner celui de Roscoe « Fatty » Arbuckle, arrêté pour le viol et le meurtre d’une jeune femme à peine actrice, puis acquitté, mais dont la carrière avait été brisée (la voilà, la fin).

On y retrouve les stars sombrant dans l’alcoolisme ou shootées à la cocaïne et à l’héroïne, les affaires sexuelles de Chaplin, de Errol Flynn, accusé de pédophilie, les stars adeptes du sadomasochisme, les bisexuelles, la prostitution, la folie, les meurtres et les procès, le tout accompagné de doutes, de rumeurs et de suicides. On effleure le maccarthysme et on aperçoit de loin les Dix d’Hollywood.

On y entrevoit le fonctionnement de la « presse de caniveau » et de ses principales hyènes : le magnat William Randolph Hearst, les sorcières des potins Louella Parsons et Hedda Hopper.

L’ouvrage se referme sur une séquence coupée de la comédie musicale Moulin rouge (version de 1934), sur une chanson dont les premiers mots sont :

J’erre le long de l’allée du chagrin / Le Boulevard des Rêves Brisés

Errances et décadences…

Lorsqu’on lit ce livre, qui alterne avec virtuosité ce ton léger, plaisant et plein d’humour propres aux anecdotes croustillantes, et le ton désabusé du regard jeté sur une époque révolue, on pense à des films comme Citizen Kane ou Sunset Boulevard, qui ne sont que démesure et décadence. Ce n’est pas pour rien que l’on a surnommé les années 20, âge glorieux d’Hollywood et de ses scandales, les « roaring twenties » (les années 20 rugissantes) et « the lost génération » (la génération perdue, nom donné à la littérature américaine de cette période, incarnée magnifiquement par Francis Scott Fitzgerald et son fabuleux Gatsby).

Derrière les fastes des décors et des maquillages, derrière les sourires et le jeu des comédiens, c’était l’illusion d’une vie privée qui ne l’était pas, et fatalement, qui était condamnée à être révélée au grand jour, à briser les carrières et les vies.

Voilà le Hollywood côté stars… à très vite pour le Hollywood des anonymes, ou presque !

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